Full text of "Romania"
HANDBOLNd
AT THH
^^VERSITY OF
TORO.VTO PRESS
ROMANIA
ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'Étude
DES LANGUES ET DES LITLÉRATURES ROMANES
FONDU EN 1872 PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
PCBLIli FAR
PAUL MEYER ET Ant. THOMAS
Membres de l'Institut
Pur remenbrer des ancessuis
Les diz e les faiz e les murs.
Waci.
5 5e ANNÉE. — 1906
PARIS (Vl^)
LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPlÇ)N, ÉDITEUR
5, QUAI MALAQUAIS, 5
TOUS DROITS RÉSF.RVRS
Pc
1
PROVENÇAL -ENC; ITALIEN -INGO, -ENGO
Diez, dans sa Grammaire des langues romanes, explique par
le suffixe latin -inquo- qui est dans prop-inquu-s, les
adjectits dénominatitsen -enc, fém. -enca, qui sont extrêmement
fréquents en vieux provençal et en catalan', et parmi lesquels il
nous suffira de citer, en provençal : aerenc « aérien », albenc
« blanc », albuginenc « blanchâtre », d'albugo (-in-) « tache
blanche dans l'œil », ceniknc « azuré », cornenc « corné »,
estivenc « d'été y>,f albenc « pâle y> , ferienc ^^ bestial »,ferrenc « de
fer », fogiienc « brillant comme le feu », laitenc « laiteux », livenc
« livide », ortenc « de jardin », mejanenc « mitoyen », monta-
nhenc « montagnard », pinenc « de pin », ramène « branchu »,
rogenc « rougeâtre », unenc « uni », vinenc « vineux »; en cata-
lan : agostenc « du mois d'août », en regard du milanais mar:;engh,
pour un plus ancien * niaryCngo « du mois de mars », blavenc
'< bleuâtre», famolenc « affamé », vernenc « printanier ». Comme
tous les adjectifs dénominatifs, les adjectifs en -nie ont une ten-
dance marquée à passer au rang de substantifs : prov. paierie
«garni de palissades», puis « fortification faite avec des palis-
sades », pastenc « pâturage y), jadenc « fadaise », vilhenc « vieil-
lesse» ; dauphin, îroienc « porcelet » du lat. vulg. troia
« truie» ; catal. albenc « aubier ».
C'est évidemment au même mode de formation qu'on doit
attribuer les noms de personnes en -enc du Midi de la France
tels que Peyronnenc, Mironenc, Baiisenc, Morellenc, Torrenc, Sebcn-
cus, en r oma.n S ibencs, Dedincus, Dedencus, Deusdesetis \^our un plus
I. Diez, Grammaire des langues romanes, trad., t. II, p. 347-348. Diez
propose dubitativement de rattacher le prov. -eue au latin -igntis, ce qui est
insoutenable.
Roman .a XXXI i
2 H. PHILiPON
ancien *Deusdedencs, Datencus, Permincus, Pelencus, Ardmcus
et PretTuncus, dans des actes du x' siècle, à côté des noms
d'hommes d'origme germanique Moringus, Rotingus, RodingUs,
Doningus, Valdingus.
Ce mode de formation a joué un rôle considérable dans la
toponymie et dans l'hydronymie de la France du Sud et du Sud-
Est; nous allons tout d'abord essayer de délimiter aussi exac-
tement que possible son aire d'application.
Provence, Languedoc, Dauphiné et Savoie : Alanuncus
(1024), ancienne paroisse du diocèse de Valence', du thème
Alamo-, var. d'Alabo-, qui se retrouve dans ^/flmo«/£, var. Ala-
bonte, le Monètier-AUemont, Hautes- Alpes, cf. Alamencum, Alle-
men(t), Ain ^ ; Albencum, l'Albenc, Isère ^ ; *Alboninca, Arhonenca
(i 183), ancienne localité des Hautes-Alpes'*; Ala:;encs{\Ws\kc\é),
auj. Lezens, et Cordencs'\ localité disparue, Haute-Garonne;
Arisencus, Arzens, Aude, et Ariseucum, Arzenc, nom de deux
localités de la Lozère^; Allencum, Aliène, même département;
*Bodenencum, Bodenenc (1113), c"' d'Arles, Bouches-du-Rhône";
*Bolencus, Bolencs, localité disparue, Haute-Garonne^; * Caren-
cus, Charencus (1509), Charens, ruisseau et village homo-
nyme de la Drôme^; Granencus et Granencs (xii' siècle), auj.
Saint-Romans, Isère '° ; *Màuriincus, Moircnci{s{ioi6), Moirans,
même département " ; Corencus, Corencs, Corens et Corencum, auj,
1. Chevalier, Cartitl. de Saint-Barnard,n° 72, et Itinéraire d\4ntottin,éd.
Pinder et Parthey, p. 542, 388. On peut rapprocher du thème ligure Alàbo-
le thème osque Alafo- qui est dans Alafaternum \ ci. Brugmann, Grundriss der
ver^leichenden Grammatik der indo-oermanischen Sprachen, 1% 439, 514, 820.
2. Pour ce nom et tous ceux du département de TAin, on me permettra
de renvoyer au Dictionnaire topographique de ce département qui paraîtra
bientôt.
5. J. Marion, Curtulaires de Vcglise de Grenoble, p. 289.
4. Guillaume, Cartul. de Durbon, p. 130.
5. C. Douais, Cartul. de Saint-Sernin, p. 2, 3.
6. Vita Hilari, 5, ASS, 25 oct. XI, p. 639 D.
7. Guérard, Cartul. de Saint-Victor de Marseille, n° 848.
8. C. Douais, loc. cit., p. 496.
9. Brun-Durand, Diction, topogr. de la Drônie, s. v.
10. J. Marion, loc. cit., p. 193, 197.
11. Ibidem, p. 76.
PROVENÇAL -£.VC ; ITALIEN -IKGO, -ESiiO ^
Corenc, Isère"; Lemhicum, var. Leniincum dans V Itinéraire if A n-
lonin (p. 346), Lcmenciis (xiV siècle), Lemens, faubourg de
ÇMxmh'dry- ; Salmonincus, à\i thème hydronymique Salmon- ;
Salino(i)rc>iciis (i loo), Serinorens, faubourg de Voiron, Isère ' ;
*Pi'ciiiiciis, PL\i}iciis dans un rexte du moyen âge, auj. Pezens,
Aude; Torencuin (iroo), Thorenc, Ardèche-*, d. Torenc,
Alpes-Maritimes, Toringo prov. de Lucca, Thorens (= Torcii-
cus), Haute-Savoie, probablement du cognomen Thorus;
*Scatalencus, Escatalcncs au moyen âge, auj. Escatalens, Tarn-et-
Garonne > ; Lastrincus (ix^ siècle), Lastens, Tarn^; Scokncus
(1024), ancienne villa du Vivarais, sur les bords de la Scola'^ .
Comme exemples de noms de rivières ou de montagnes dus
au même mode de formation, on peut citer : * Albinca, l'Al-
benche, torrent de la Haute-Savoie, du thème hydronymique
bien connu Alba-, * Allarinca, l'Allarenque, affluent du Gardon
d'Anduze, Gard*^; Autrinca pour * Auturiiich, la Laurenque,
rivière de l'Hérault, cf. Auturd, l'Eure, d'où le nom préceltique
d'Autricutn, Chartres; Blennenca (1075), rivière des Hautes-
Alpes'; * Dûrinca, la Durenque, rivière du Tarn, cf. Dura
(1076), auj. la Thur, affl. du Rhin'°; * Tolobrincns, Tolorencus
(1334), le Thoulourenc, rivière du Vaucluse et de la Drômc,
en regard de Tolïohra (1209), ^^ Touloubre, rivière des Bouches-
du-Rhône " ; Volvencus (1080), le Volven(t), rivière de la
Drôme'^; Fiserinca, la Virenque, rivière du Gard'''; — *Ala-
1. J. Maiion, loc. cit., p. 276, 288, 224 : « de Corens ».
2. Ibidem, p. 366.
3. Ibidem, p. 277.
4. Ibidem, p. 108, 115, 120.
5. C. Douais, Cartul. de Saint-Sernin, p. 5.
6. A. Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 185.
7. U. Chevalier, Cartul. de Saitit-Cliafre-du-Moneslier, p. 50, 94, 104, 105.
8. Germer-Durand, Diction, topogr. du Gard, s. v.
9. Guérard, loc. cit., 00731.
10. Œsterley, Historisch-geographisces Wôrterbuch, p. 686.
11. Brun-Durand, Diction, topogr. de la Drame, p. 388, et Guérard, loc. cit.,
n°9S4-
12. Brun-Durand, loc. cit., p. 50, 419.
13. Germer-Durand, loc. cit., s. v. Virenque et Vis. La Virenque est un
petit affluent de la Vis (= * Viser). Primitivement, Virenque désignait la
4 E. PHILIPON
binca, Alarrnni ('^)S)), montagne du comté de Valence ' ; Albi)!-
ctis mous, Puy-de-Dôme; * Arlaiiiiicus, Artanens (1200), mon-
tagne du Faucigny - ; *Icanniticii)ii, Igounenc, montagne du Gard,
d. Icauna, l'Yonne; *Mediuciim, Mezenc, montagne de la
Lozère.
Notre suffixe était encore vivacc au moyen âge, ainsi que le
prouvent les formations que nous allons citer : A}:{Oucnca (1371),
i'Alzonenque ou vallée de l'Alzon, Gard; Gardoiieitca (1120), la
Gardonnenque, petit pays arrosé par les deux Gardons, Gard;
Anduscncus (1099), l'Andusenque ou district d'Anduzj, Gard;
Alestenquus (1335), l'Alestenc ou territoire d'Alais (= Alcslus'),
Gard'; " Ausiincus, Oysens, auj. l'Oisans, petit pays au dépar-
tement actuel de l'Isère + ; Scdeninca vicaria (xi"" siècle), au comté
d'Uzès^. De même Raiiii/imlencus, au plur. Raimiindencos solides
(1061), prov. Raimondcncs'', en regard du mot d'emprunt ger-
manique csterlin <* sterling ».
Guyenne, Gascogne et Béarn. — Agarencns (xi^ siècle),
Agarencs, Garencs, auj. Garenx, Basses-Pyrénées"; Arincus^
Arinc, auj. Larincq et Barincus (1042), Barinquus (1542),
Barinque, Basses-Pyrénées ^;/rt»/»c//i (1365), localité détruite et
Jauveuc c. obi. (^ii<)2),iu]. Jaiivens {= -encus), au département
de la Dordogne ^; *Mariuciis, Maretics, M^r^«5, localité disparue,
Hautes-Pyrénées '°, cf. l'ital. Marengo; Maurencus (xiv= siècle),
Matirenxs, auj. Maurens, Dordogne", en regard de l'ital.
vallée arrosée par la Vis et la Virenque : « in valle quae vocant Virenca, in
pago Nemausense » (1084) ; cf. au département de l'Ajn, le nom de la Val-
serine (=* F<////5 5<'/o«a^) qui, après avoir désigné la vallée de la Serine,
désigne aujourd'hui la Serine elle-même.
1. Bernard et Bruel, Rec. des chartes de Cîuny, t. II, n" 1715.
2. E. Mallet, Chartes inédites du diocèse de Genève, suppl., p. 4.
3. Germer-Durand, loc. cit., s. v.
4. C'est sur le roman Oysens qu'a éié refaite, au moyen âge, la forme
Oysencius.
5. G. Desjardins, Cartul.de Conques, p. 513.
6. Ibidevi, p. 3, note, et p. 212.
7. P. Raymond, Diction, topogr. des Basses-Pvréne'es, p. 67.
8. Ibidem, p. 94, 21.
9. De Gourgues, Diction, topoç^r. de laDordof^ne, p. 161, 164.
10. Laça ve-Laplagne- Barris, Cartul. de Sainte-Marie d'Auch, nos joj, 69.
11. De Gourgues, /w. cit., p. 194.
PROVENÇAL -EXC ; ITALUiX -ISGO, -lïXGO 5
Morencro; Modolinctis (i\' siècle), Moudoulens, Lot-et-Garonne';
Navarencae (1286), Navarrencs (--= * Navnrrencus), Navarreuxs,
auj. Nav.irrenx, Basses-Pyrénées, en regard de Navarra, prov. de
Novare-; Scriuciis (961), ancien mas des environs de Rodez ';
*Albenca, aujourd'hui l'Albenque, Aveyron, et l'Albenque, Lot;
Anonenca (xii= siècle), Nonenque, Aveyron; Gavalenca, localité
détruite, Dordogne^; *Scrvencas, Servencbas (xiir siècle), Ser-
vanches, même département ^ ; Boaria U^^onenca (xiu^ siècle),
Boaria Talhafcrenca (xiv= siècle), Boaria Raymondencha ( i 3 1 8), au j .
la Raymondie, même département^; r^//6'«frt (1060), ancienne
localité du Rouergue^, en regard de Valenca, prov. de Brcscia
et de Valinco, nom d'un golfe de Corse; — Toerencs (\\\' s\hc\c\
auj. Toerenx, fontaine de Bordeaux*.
Auvergne, Forez, Lyonn.ms et Bresse. — * Arhorenctim,Arho-
renc et Avexencus (x^ siècle), localités du Brivadois depuis long-
temps disparues ^, des gentilices A r b o r i u s et A v e c t i u s ; Are-
lencus sur une monnaie mérovingienne, Ariane, Puy-de-Dôme,
du thème Arelo-, qui est dans Arel-ica, auj. Peschiera; Bodcn ■
eus, Boencus, Buencus, Boën, Loire '° ; Hermencus, Ermetic, Her-
men(t), Puy-de-Dôme, du thème hydronymique//(?;7;/o-,quiest
dans Heniientiô (828), l'Armançon, affl. de l'Yonne"; Loinin-
eus (970), ancienne villa du Lvonnais'^; Ronuencus (966),
Ronencs(io22), Ronnens, auj. Saint-Georges de Reneins, Rhône'';
TorencHS (1075), localité disparue, Rhône, et ""Torenca, Torcn-
1. A. Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 190.
2. P. Raymond, hc. cit., p. 122.
3. D. Bouquet, t. IX, p. 764.
4. De Gourgues, îoc. cit., p. 576.
5. Ibidem, p. 3:4.
6. Ibidem, 5. v.
7. G. Desjardins, Ioc. cit., p. 41.
8. Brutails, Cartul. de Saijit-Seiiriu, p. 30.
9. H. Doniol, Cartul. de Brioude, n°^ 138, 231.
10. A. Bernard, Cartul. de Scn'igtiy, p. 1055.
11. A. Chassang, 5/)/V/%m;» Brivaleusc, p. 62, 223-226, 255; Boutiot et
Socard, Diction, topogr. de l'Aube, p. 5.
12. D. Bouquet, t. IX, p. 593, 600 et 412.
15. A. Bernard et A. Bruel, Rfc. des chartes de Vabbaye de Cluny, t. II,
no 12 18 ; A. Bernard, Cartul. de Savigny, n° 437, et p. 916, 962, 1026.
6 E. PHILIPOX
chi (1120), auj. Toranche, même département'; *Calencns,
Challencs (1223), Challeins, Ain; Rodcnenciis, Bocnoics, Buénans,
Ain; Lasniuciis (y 17), localité disparue, Ain; Moianincus (923),
pour un plus ancien * Modiaiiinciis, auj. Mogneneins, Ain;
*Roniaiiincns, Romaneins et Romanans, Ain, à côté de Roina-
nens, district de Gruyère, c°" de Fribourg; — aqua Monienca,
Moiirncfis (^= *Moiiicnais), auj. le Moignans, Ain; * Urerenca,
U y ei euchi (ï 220), sourcede la commune de Villebois, dans l'an-
cien plions de Lyon.
Comté de Bourgogne, Bugey et Suisse romande. — A
l'époque de la conquête romaine, ces pays étaient occupés par
les Scqtiani, peuple dont le nom seul suffit à attester l'origine
pré-celtique^; les noms de lieu en -inctis, franc, -ans y sont
fréquents 5 : Ausiniuciis (854), Oisenans, Jura, du cognomen
*Ausinus postulé par Ausinius'*, DuhJincus (xi^ siècle),
Domblans, Jura > ; Lovincus (x^ siècle), Louhans, Saône-et-
Loire^; Volninciis (963), localité disparue qui était située au
même département"; Morinctis (854), Moirans, Jura ^, et quan-
tité de noms en -ans tels que Salans, Passenans, Oitnans, Jura;
Lanihenans,Do\ihs,tn regard de Lanthenay Lentenacum, Loir-
et-Cher; Bouhtins, Haute-Saône, à coté de Bohans (= Bodencus^,
Ain; Alhcncus, Albcins, Arbenc, Arben(t); BovencusÇyAn" sÀbdo),
Bouvens, Bouven(t); Dorlincus (S^^), Dortencs, Dortens, Dortans,
1. A. Bernard, Cartulaire de Savigny, nos y6i, 659.
2. Ainsi que leur nom l'indique, les Séquanes habitaient primitivement le
bassin de la Seine ; c'est sans doute la grande invasion belge du m^ siècle
avant notre ère qui les refoula dans le massif jurassique. La faculté qu'ils
avaient conservée de prononcer la gutturale vélaire labialisantc explique la
présence dans leur onomastique du suffixe -inco- qui, comme nous le verrons,
remonte à -tiquo-.
3. Ces noms se différencient nettement des noms en -ajigcs (rrgerman.
-iugas) de la Lorraine, qu'il faut se garder de confondre, comme le fait
M. Grôber, avec les formations romanes en -rt«^^<;(-= -anica) ou -inge (=
-janica).
4. D. Bouquet, t. VIII, p. 393.
5. Dunod, Histoire des Scquanois, t. II, pr., p. 598.
6. Juénin, Xouv.Ile histoire de V abbaye de Toiinins, pr., p. 102, 109-112.
7. Bernard et Bruel, loc. cit., t. II, r\° 1145.
8. D. Bouquet, loc. cit., t. VIII, p. 393.
PROVENÇAL -ENC ; ITALIEN -ISGO, -ENGO J
Dortan ; *Cnqnencus, Ciiquencs, Cuqnens, Cuquën ; * Modhicus,
Moëns ; * Miissin'uicns, Musinens, au département de l'Ain;
* Cliirinciis, Clarens, au canton de Vaud ; * Liipiiicits, Lovens, au
canton de Fribourg, en regard de Loubens, Ariège et Haute-
Garonne ; *5o/7//r//.s-, Sorens, au canton de Fribourg, à côté de
Soreui^o^ au canton du Tessin.
Des exemples que l'on vient de citer et que l'on pourrait
aisément multiplier, il ressort qu'il existait dans la France du
Sud et dans l'ancien pays des Séquanes, un suttixe -i)ico- qui a
servi à former des adjectifs dénominatifs employés par la suite
comme noms d'hommes, de lieux, de rivières, de montagnes,
de vallées ou de régions naturelles. Que ce suffixe se confonde
avec celui auquel nous devons les formations provençales du
type albenc, unenca, c'est ce dont personne ne saurait douter.
Le suffixe -iiico- qui s'explique comme nous le verrons bien-
tôt par un indo-européen -nqijo-, était naturellement inconnu
de l'onomastique gauloise, et de fait_, si l'on fait abstraction de
deux ou trois noms pré-celtiques, comme par exemple celui
à'AgedincNDi, il n'apparaît ni dans la Gaule Belgique, ni dans
la Gaule Celtique, à l'exception de l'Auvergne et du Lyonnais
où nous en avons signalé plusieurs exemples. Par contre nous
le retrouvons en Espagne : podenco « chien courant », Paulencà
prov. de Grenade, en regard de l'ital. Polin^o, Barrinco, prov.
de Santander, Lehinco, prov. d'Oviedo ', Trevmca, montagne
d' Asturie ; en Portugal : Cavenca ; en Corse : Bevinco et Saninco,
rivières, Valinco, golfe, Revinco et Stavolinca, montagnes, Bisinchi,
Campinca et Casinca, localités habitées, et en Sardaigne où il a
servi à former des ethniques : Bosiuku, habitant de Bosa, Sorsinku,
habitant de Sorsa, cf. Breysseiicus, en roman, Breissens, c. suj.,
Breissenc, c. rég. (Guigue, Cartitl. lyonnais, t. I, p. i6, 284),
auj. Bressan, habitant delà Bresse, Brixia^.
1. Les formations en -itico- sont rares dans ronomastique de la péninsule
ibérique, par contre celles en -auco- y sont fréquentes; on sait que l'ibère
répondait par -anquo- au lat. -inquo- et au ligure -euquo-.
2. La même formation ethnonymique se retrouve en balto-slave ■.Lêluvin-
iiiha-s « Lithuanien »; à la vérité le balto-slave -/hA-i/- s'explique aussi bien
par *-nqo- que par *-nqHO-, mais la comparaison avec les autres langues de la
famille postule *-}iquo-.
H. l'HlLll'ON
Dans l'Italie Supérieure le suffixe -iiico- n'est pas rare : Boliti-
CU5 et Beiiencii, noms de citoyens de Gênes au xiii*^ siècle ', cf.
les cognominaButtus ctBënus: Biencn, Terrinca, et Mnreiichi,
prov. de Gt'ues, Jllcma (1230), localité voisine de Gênes,
Galt-nai, prov. de Turin, Valiuca, prov.de Brescia, On««co, prov.
d'Udine, Lurcnco, Cnpincuco, au canton du Tessin, Landarcnta,
à celui des Grisons-; mais la forme -///.i^o, -oi^^o est de beau-
coup la plus usitée. C'est en tout cas à peu près la seule que
paraisse connaître le lexicon : iiia^i^iorin^^o, miiiorinî^o, cnsalinf^o
.. de la maison », .s()//;/,<^''() « solitaire »; milan, maç^genh i<. du mois
de mai », nuir-nigh « du mois de mars », uiverneiigh (<■ d'hiver»,
nuirciigh « vento marino », hhhnga « escarpolette»; bergam.
Ihîlcngh « traballante balordo », mais aussi iorlenc « boccale »'.
Dans l'onomasticon la forme -ingo-, -engo- est de règle : Bati-
ningiis fiiihiiis (920), Farcsingns fundus (965), Aufoningtis
fiindus (966), auj. Ortanengo, prov. de Crémone-*, Alhenin-
gum (1022), Calviueugum (1182), Cicimngnm (1038), Picetiin-
giim (1038) et PrimoUngum (1022), anciennes localités du
diocèse à^- Crémone % des noms d'hommes latins Albénus,
Calvin us. Ceci nu s, Picênus et Primulus, Joaningum
(1037), au). Zanengo, même diocèse^, du nom d'hom.me
biblique Joannes, Cucingiim (075), au diocèse de Novare',
de Cuccius, Cavarengum (1173), au diocèse d'Asti*^, du nom
d'homme gaulois Cavarus, Man-ellenguiii (i 181), au même
diocèse 9, de Marcellus, Luvimngo, prov. de Turin, de
1. Historiae patriae iiiotiiimenla, t. II, chartes. Index.
2. Les cantons du Tessin et des Grisons se trouvent compris dans l'an-
cienne Relie et l'on sait que les Rètes étaient très prochainement apparentés
aux Ligures.
3. Diez, GriiviiH. îles himrttes roiihuies, t. II, p. 550; J. Etienne Lorck, Alt-
bcrgamaskische Spnichdenkinâlcr, p. 46.
4. FIPM, série II, t. XXI, p. 51 et 34; cf. sur la table de Veleia : fiiiidus
Aurelianiis, fuit Jus Catuniiaciis, fiuuhis Areliascus, pagus Monimis {CIL., XI,
1147) et Curtis Miirinca, auj. Cormaranche, Ain.
5. Ibidem, t. XXI, p. 58, 154, 68, 59.
6. Ibidem, p. 260.
7. HPM, t. I, chartar., c. 246.
.S. Ibidem, c. «76.
9. Ibidem, c. 3 06.
PROVENÇAL -/:.VC ; ITALIEN -IS'GO, -ES'GO 9
Lupinus, MauringiDH (1046), Morengo, prov. de Bergame, de
Maurus', Toruitigum (947), au diocèse de Novare, de Tur-
nus-, Toriiic^o, prov. de Lu ce a, de Tau rus, Varengo, prov.
d'Alexandrie, de Varus, Albenc^a, prov. de Gênes, Bodeiigo,
nom d'une vallée de la prov. de Sondrio, en regard de
Bodincus, nom ligure latinisé du Pô. De même dans la Suisse
italienne : Amoreni^o, Barbeiitro, Mariiieiii^o, Polmengo, Prima-
dingo, Soreiigo, Torîengo, au canton du Tessin, Misanenga à côté
de Landurenca, au canton des Grisons'.
La concordance entre le v. prov. -oic et l'italien dialectal
-ingo, -eiigo est complète : v. prov. orteuc « de jardin » : ital.
cûsalingo « de la maison « ; v. prov. monihnbenc « de la mon-
tagne » : milan. luarengJ) « de la mer » ; v. prov, estivenc « d'été » :
milan, invernengh « d'hiver ». De même dans Tonomastique :
v. prov. Peyronnenc, Bansetic : ital. Martinengo, Pastrengo, noms
de personnes ; France : Curtis Marinca : Italie : Fuudus Marcel-
Jengns ;
Gaule Albem : Italie Albenga.
Arinc : Aringo.
Baiienc-s, Baneins : Banengo.
*Bodeuciis, Boencs, Bohans: Bodengo.
Bol eues : BoUengo.
Chareuc-s, Chareius : Carengo.
Meirenc-s : Marengo.
Moreiie-s : Morengo.
*Pellene-s, PeUeins : Pellengo.
*Scaknc-s, EchaUens : Sealengke.
Soreuc-s : Sorengo.
* Roiiia)ienc-s, Romaneius: Romanengo.
*Rossenc-s, Rosseius : Rossengo.
Toreuc : Toringo.
Cette concordance si suggestive n'a pourtant pas empêché
1. HPM, série II, t. XXI, p. 72, 104.
2. HPM, t. I, chartar., c. 160, 213.
3. Girte topographiqiie de la Suisse à i : 100,000, f'^s i^ et 24, et Manuel
lexique des localités suisses.
10 H. PHII.IPON
Diez d'expliquer l'ital. -iiii^o par le germanique -///.i," ', tandis
qu'il rattachait le prov. -eue au lat. -inquo-'. La légitime
autorité dont jouit l'auteur de la Gnwimaire des laiii^'nes romanes
a entraîné sur cette piste suspecte tous les romanistes qui se
sont occupés de la question. C'est d'abord Flechia qui, dans sa
savante étude sur les noms de lieu de l'Italie Supérieure, ne met
pas en doute l'origine germanique de la dérivation du type
Miirtiiit'iii^o \ puis M. C. Salvioni qui, tout en reconnaissant
l'origine latine ou du moins pré-germanique des thèmes de
dérivation, voit dans le suffixe -ingo, -eiis^^o le germanique -ing^.
J. Etienne Lork, dans son étude sur le vieux bergamasque, a
recours, lui aussi, à l'hypothèse germanique pour expliquer les
formes dialectales en -eng '\ M. Meyer-Lûbke lui-même ne
résiste pas à la tentation ; seulement, à la différence de Diez,
il réunit dans la même explication le prov. -eîic et l'ital. -iiigo,
ce qui est proprement tomber de Charybde en Scylla^. M. Grô-
ber ne se contente pas d'emboîter le pas à ses devanciers : il
surenchérit sur eux, et nous le voyons, non sans surprise, faire
appel au germanique -ing pour expliquer les formations pure-
ment romanes en -iugc du tvpe Presinge, Corsinge, sans paraître
se douter que dans les dialectes auxquels il se réfère, 1'/ de -inge
ne peut pas représenter un / primitif'.
1. C'est avec raison que Die;: s'est refusé à voir dans le prov. -eue le résul-
tat du durcissement d'un soi-disant primitif -*f"i,'', et dans -eiica, un fémi-
nin refait sur le masculin.
2. Grammaire des huii^nies romanes, t. II, p. 349.
5. Di alcune forme de' iiomi locali delP Italia superiore. Torino, 1871 (Mém.
de l'Ac. des se. de Turin, 2^ série, XXVII). Il a été fait de cette étude un
tirage à part : Torino, Stampcria reale, 1871, pet. in-fol.
4. Dei nomi locali lefeutinesi tu -éngo e d'altro ancora per Carlo Salvioni,
Bellinzona, 1899 (extrait du BoUetitto storico deV:i Swi^^era Italiana, vol. XXI).
5. J. Etienne Lork, Allher^amaskisdie Sprachdeukmàler, 1893, p. 46.
6. .VIeyer-Lûbke, Grammaire des langues romanes, t. II, 5 51 S- Si nous
n'avions affaire qu'à la forme provençale -enc, on pourrait à la très grande
rigueur y voir un durcissement roman de -en^, bien que la réfection de tous
les féminins sur le type du masculin, soit fort difficile à admettre, surtout
dans le domaine de la toponomjstique, mais nous avons les formes corses et
espagnoles en -inco, -enco qui s'oppjsent nettement à cette explication. .
7. Grundriss der romanischen Philologie, I-, p. 546.
PROVENÇAL -EKC ; ITALIEN ISGO, -ENGO I I
Aucune des nombreuses objections que l'on peut élever contre
l'origine germanique de rital. -im^o ne paraît avoir été soup-
çonnée par les savants auteurs que l'on vient de citer ; aucune,
en tout cas, n'a été envisagée par eux, et pourtant on va voir
qu'elles étaient diurnes de considération.
La première qui se présente à l'esprit, c'est l'impossibilité
absolue où l'on est de séparer, sans arbitraire, les formes corses
en -iiico des termes italiennes en -ingo; or il va de soi qu'il ne
saurait être question de suffixe d'origine germanique en Corse,
d'autant mieux que la présence du suffixe -iiico- dans la topono-
mastique de cette île est attestée par Ptolémée qui y mentionne
une ville nommée "A^'-yv-î-v (3, 2, 8).
La seconde objection est d'ordre sémantique : c'est un tait
bien connu que dans l'onomastique germanique le suffixe -itig
a eu pour unique fonction de former des patronymiques ou des
ethniques qui sont en réalité d'anciens patronymiques ' ; avant
de prétendre qu'une fois transplanté sur le sol gaulois ou ita-
lique, ce suffixe, rompant tout à coup avec ses anciennes habi-
tudes, s'est mis à former non seulement des noms de lieux,
mais même des noms de rivières, de vallées ou de montagnes,
il faudrait apporter à l'appui de cette conception nouvelle autre
chose qu'une simple pétition de principe. Dire que le nom de
lieu Martinengo dérive du nom d'homme latin Marti nus à
l'aide dn suffixe patronymique germanique -iug, c'est chose bien-
tôt faite, mais encore faudrait-il nous montrer que cette for-
mation, à la fois hybride et insolite, ne choque pas la vraisem-
I. Les noms de lieux germaniques en -ing, -inges latinisés en -inga, -ingas,
franc, -an^e, -anges, ne sont pas autre chose que des noms de personnes passés
à la fonction de noms de lieux, après la chute du second terme du nom com-
posé dont ils faisaient originairement partie : Bruuinges-Jorf, Baldings-heim,
Pahhings-dorf, Billinges-dorf, Bertiuga-heim, Bettikinga-husen, en regard de
GeroJdinges auj. Guirlanges, Moselle, Ptitlinga ((^O"]), Putleiiges (1^12) pour
un primitif* So(///;//^É'5, auj. Puttelange, germanisé en Pitlingen, même dépar-
tement, cf. Foerstemann, AUdeutsches Nameiihiich, 2^ éd., col. 322 : Bodilo,
Puti'Io et le nom de lieu . moderne Budilitigen qui montre bien le caractère
factice de la forme Pitlingen. Les noms de lieux en -iiigo s'expliquent de toute
autre façon; ce sont d'anciens adjectifs dénominatifs tirés du nom du pro-
priétaire et passés par la suite au rang de substantifs : Fundiis Marcellingus y
« la propriété de Marcellus », puis Marcellingus tout court.
12 E. PHILIPOK
blance; or il me parnît bien difficile qu'on v puisse parvenir.
Essayons de nous rendre compte des difficultés du problème.
Nous sommes à la fin du ^■I'•■ siècle, c'est-à-dire à une époque
où, en Italie comme en Gaule, l'état civil de la propriété est si
solidement établi que les invasions germaniques glisseront sur
lui sans presque l'entamer. C'est le moment où, quittant la
vallée du Danube, les Lombards envahissent les riches contrées
auxquelles ils devaient laisser leur nom. Parmi les envahisseurs,
un tout petit nombre, - mettons neuf ou dix par mille pour
leur faire, comme on dit au Palais, reste de droit ', — portait
un nom du type Bertin^^. Si l'hypothèse de Diez était fondée,
les vaincus auraient distingué dans ce nom de Berlin^ le radi-
cal Berl- du suffixe -in^, puis contrairement à l'usage i^ermanique,
ils auraient ajouté ce sutfixe si merveilleusement découvert, à
des radicaux latins ou latinisés pour former des noms de lieu,
de rivière ou de montagne, alors que depuis des siècles, ils
avaient cà leur disposition pour cet usage un nombre de suffixes
d'origine ligure, gauloise ou latine largement suffisant pour
répondre à toutes les nécessités de la toponomastique. C'est
tout à fait invraisemblable, d'autant mieux qu'il y avait dans le
latin vulgaire de l'Italie Supérieure un suffixe -i}igo- venu de
-inqno- qui était employé dans la nomenclature géographique
concurremment avec les suffixes -âno-, -âco-, -asco- et -âti-.
Ceci m/amène à entrer dans de brèves explications au sujet de
l'origine indo-européenne du suffixe -inquo-, var. -inco-y -ingo-,
explications qui auront le double avantage de montrer que
l'emploi de ce suffixe dans l'Italie Supérieure et dans la France
méridionale est de beaucoup antérieur à l'époque des invasions
germaniques, et d'indiquer pourquoi on ne le rencontre pas
dans la toponomastique de la France du Nord où il est rem-
placé par son équivalent gaulois -apo-.
Il existait dans l'indo-européen primitif un suffixe -nqijo- ^,
qui est représenté en arien par -ak-, -ank-, en grec, en illyrien
1. Sur les cinq ou six mille noms d'homme, d'origine burgonde, mention-
nés dans les trois premiers volumes du Recueil des chattes de Cluny, c'est à
peine si l'on en compte une vingtaine en -ing ou en -/(//i,^
2. Sur ce suffixe, voy. Brugmann, Grundriss der l'ergieichenden Gravnuatik
der iudojyermauische» Spracbeii, P 402, 408, 598, et F. Stolz, Historische Graui-
niatik der lateinischen Sprache, p. 515; sur son emploi dans l'onomasticon, on
PROVENÇAL -ESC; ITALIEN IXGO, -EKGO 13
et en gaulois par -npo-, en latin par -iiiqtto-, en ligure par
-enqiio-, en ibère par -tunjuo', en germanique par -utiga-, -ini!;ii-
et en balto-slave par -inka-. Cette forme suffixale a eu dans les
différentes langues européennes des fortunes diverses : rare en
arien, en grec et en latin, elle a pris une certaine extension en
gaulois et surtout en ligure, en ibère et en germanique. Comme
de raison, je ne m'occuperai ici que des formes latine et ligure,
les seules auxquelles on puisse songer, quand il s'agit d'expliquer
les noms en -inquo-, -inco-, -ingo- mentionnés dans des textes
de l'époque impériale. L'usage excessivement restreint du suffixe
-inquo- en latin où il n'a produit que loiiginquus et propiiiquiis-,
nous oblige à le mettre hors de Cour, si bien que nous restons
en présence du suffixe ligure -enquo-, ce qui n'est pas pour nous
surprendre puisque l'aire des formations romanes en -eue, -cugo
coïncide exactement avec celle des pays occupés par des peuples
de race réto-ligure à l'aurore des temps historiques'. Le plus
ancien exemple que nous ayons de l'emploi du suffixe -enqiio-
nous a été conservé par Polyhe, c'est *Bodenqtws, nom ligure
du Pô, que l'historien grec a transcrit par Bsosy/.o;'*, - avec
une n vélaire et un •/. tenant lieu de la gutturale vélaire labiali-
sante qn qui manquait, comme de raison, à l'alphabet grec,
me permettra de renvoyer à un travail que je compte faire paraître bientôt
sur la dérivation onomastique dans les langues indo européennes du groupe
occidental.
1. Je n'ai pas besoin de dire que la langue des Ibères, ou du moins ce que
nous en font connaître les inscriptions et les auteurs anciens, n'a rien à démê-
le»* avec la langue basque; il v a longtemps, en effet, que la thèse de Humbolt
a été condamnée par les linguistes qui, comme M.M. Van Eys et Vinson,
ont fait de l'escuara une étude spéciale, et M. Hùbner lui-même en a montré
la faiblesse dans les prolegomena des Monumenta liiiguae ibericae, p. xxiv sqq.
2. Et peut-être aussi ant-lqtiii-s pour * ant-iiiquu-s .
3. Polybe 2, 16, 2. Cinq mss. de Ptolémée écrivent de même Axojiyxov le
nom de la ville que l'Itinéraire d'Antonin appelle Aquinquum (Ptol. 2, 15,
3, éd. Mûller, et lA., p. 245, j, éd. Pinder et Parthey); cf. 'ApyevôjjLeaxov
dans Ptolémée (2, 6, 50) en regard d'Onrenoniesqui dans Pomponius Mêla
(3, 15); ceci nous autorise à transcrire par A sinquuni le nom d"'AaiYxov que
Ptolémée donne à une ville de la Corse (3, 2, 8).
4. C'est à tort, suivant moi, que M. d'Arbois de Jubainville a proposé de
corriger BôScyxo; en Bdotyxo; ; la nuance vocalique en est attestée non seule-
14 li. l'IllLlPON
— et que Pline a latinisé en Bodincus pour * Bodiuijuiis. Suivant
un procédé dont les auteurs grecs ou latins nous otirent de
nombreux exemples, les Romains ont remplacé, dans leurs tran-
scriptions, la forme ligure -cnquo- par son correspondant latin
-inquo-^ : Fiip-inguit-in-, Aqu-inquu-tu' , As-inqiiu-ni postulé
par "Asi-'y-iv (Ptol. 3, 2, 8); puis conformément à une loi* bien
connue de la langue latine, la vélaire labialisante qn a passé à
c : Vapincum^, Aquincum (T F), * S avUicus om *Savinca, rivière
qui avait donné son nom aux Savincàles, peuple ligure des
Alpes Cottiennes % Businca, rivière mentionnée par Eugepius
(Vila Severini 15, i), Sabatinca, ville du Norique (Itin. d'An-
tonin, p. 276), du thème ligure 5^/7^/0-, Matrinca (jhid., 245) et
'A7.:j;j.ivy.;v (Ptol.), villes de Pannonie, Elliuciini, localité de
la Viennoise célèbre par ses vignobles (Plin. 14, 18), Leniin-
cum à côté de la forme ligure Lemenciun, auj. Lemenc ou
Lemens (= Z/;»f«<://5), faubourg de Chambéry^, Dîirôtiiicum,
localité située au département actuel de l'Isère (T P), Alisiii-
cuniy première station sur la route d'Autun à Paris", Ai^cdin-
cum, nom pré-celtique de Sens'% Grininciim, Sainte-Colombe,
ment parle Roocvy.o; de Polybe, mais encore par Leineiicus, au]. Lemens (Itiné-
raire d'Antonin, p. 346), et par les noms d'homme Demenc-eld (CIL., V, 7885,
Nice) et Estcuc-ô (Bulletin de la Société' des nntigiiaires de France, ib8o, p. 220).
1. C'est ainsi qu'Hérodote ayant à transcrire des noms d'iiomme iraniens
remplace le h (= * hh) du v. perse par 9 (-^: *hh) et que le suffixe ibère -amo-
(=: *-;«wo-) est transcrit en latin par -iino- (= *-mmo-').
2. IA.,p. 357,7; 387, 5; 342, 3; cette forme Vapinqninn est employée
par 16 mss. sur 20.
3. lA., p. 245, 5 : Aqninqno sur 15 mss., Aqnunqno sur 4 et Aquiunqno sur
I ; on voit que la graphie avec -nquo- est constante, ce qui montre bien la
nature labialisante de la vélaire. duant à la nature vélaire de la nasale, elle
est attestée par les graphies 'Axojiy/'.ov (Ptol. 2, 15, 5, éd. Mùller, p. 299,
n. 6) et Aquiqq[iiuiii] (CIL., III, 3492).
4. L4., p. 357, 7; 387, 5, 342, 5 ; la forme Vapincuin est spéciale au ms.
Z); les Vases ApoUinaires écrivent Vapinquo, Vappinquo, Vappinciiiu, Fappincv,
5. C1L.,V, 7231; XII, 80.
6. L4., 346, 5, et J. Marion, Cartul. de VÈglise de Grenoble, p. 292, 294, 366-
7. [A., 366, 7 ; 460, 7. Si l'identification d'Alisincum à Anisy (* Alisiacum)
est exacte, elle nous montre que dès l'époque mérovingienne, au plus tard,
Alisincum avait troqué son suffixe primitif contre un suffixe d'origine celtique.
8. César, B. G., 6, 44; 7, 59 et 62; Ptolémée 2, 8, 9; lA., 585, 4, ms.
D; TP. : « Agetincvm ».
PROVENÇAL -HS'C ; ITALIEN -ISGO, -ENG O 15
près Vienne, Isère ', Labiiicus, nom d'homme sur la Table de
Veleia (CIL., XI, 1147, c. 5, 90), Lavincia {CIL., V, 2773),
Deminca, DemincUla en regard de Demeticelô, Jovinca, Esleucô,
noms de personnes - ; cf. pour le passage de Vapiuquum à Vapin-
cum, le lat. propincus, var. de propiiiquiis, hircus à côté àlnrquus,
sabin. hirpus, oculiis, en regard du grec :z-to-a, corpus (==*qur-
po-s), gv. -pi~u), etc.
Les transformations subies par le suffi.xe -enquo- ne s'en sont
pas tenues là; sous l'influence de la nasale vélaire antécédente,
la sourde s'est changée en sonore : Fapinguiii sur trois mss,
de ritinéraire d'Antonin, W/.cj'.';-;y^ à côté d'Ay.cyiY/.;v
sur les mss. de Ptolémée, Dnrotingum dans l'Anonvme de
Ravenne (4, 27) en regard du Durotinciim de la Table de
Peutinger, Vorocingus pour un plus àncii^n * Vorocincus , localité
mentionnée par Sidoine Apollinaire (car m. 24, 52) et qu'on
croit avoir été située au département actuel du Gard, ^'Bodingus,
auj. Bodengo, nom d'une vallée de la province de Sondrio, en
regard de Bodincus, nom ligure latinisé du Pô (Plin. 3, 122).
De même Marincus (x'^ siècle) et Marengum (ii-jj), localité
voisine de Pavie, en regard de Marengo, prov. d'Alexandrie,
Bolincum (1042) et 5o/m^?iw (1044), auj. Bollengo, prov. de
Turin. Comme bien on pense, ce changement de ne en ng n'est
pas spécial à l'onomastique, ni même au \2Ltm : angulus : gx .
ày/SKoz, d'une racine anq; ombr. iuvengar : lat. juvencae^ ;
gr. G-f^k\)y-(-oq gén. : lat. dia\ect:x\ spclunca; got. jugg-s : lat.
juvcncus, etc.
On voit par là que le passage de -inco- \ -ingo- est un phéno-
mène pré-roman qui s'est produit sporadiquement (ombr.
Iuvengar"^ : ht. jiivencae) et qui a tini par tout envahir dans
l'Italie septentrionale, à l'exception du Frioul (Orvenco, prov.
1. Sidoine, epist. 7, 17, 3 : « Grinincenses patres ».
2. Holder, Alt-celtischer Sprachschati, s. v.
3. R. von Planta, Grammatik der oskisch-umbrischen Diahkte, \. II, p. 39.
Dans juvcncus (= *iunn-ko-s), nous avons affaire à la gutturale palatale, mais
au point de vue où je me place, cela est indifférent; quant à la nature
vélaire de Vu, elle est attestée par le %oi. jugg-s.
4. Sur l'âge des Tables Eugubines, voy. M. Bréal, Les Tables Eugubines,
p. XXIV, 227, 307, et De Planta, loc. cil., t. I, p. 27, 5S-36.
lé H. PHILIPON
J'Udine), et de la Ligurie (^Botmcus,. nom d'homme génois,
BicHca, Terrinca, à côté d\4lhenga, prov.de Gènes). Par contre,
la forme -inco- s'est maintenue en Sardaigne, en Corse, en Gaule
et dans les régions de la péninsule ibérique qu'on croit avoir été
occupées par les Ligures' : Lclnnco, Paiilcnca.
Ainsi s'explique l'alternance prov. -enc : ital. -engo, sans qu'il
soit besoin de foire intervenir le germanique -ins^ qui bien cer-
tainement n'a rien à voir dans les formes en -ingiis du temps de
l'Empire romain, telles que Fapingus, Durflti)igus, etc., non plus
que dans les noms de rivière ou de montagne en -enc ou -cnca.
Le suffixe germanique -ing, que nous venons d'exclure de la
dérivation provençale et italienne, n'aurai 1 pas du moins droit
de cité dans la dérivation française ? A priori, la chose ne serait
pas impossible, la germanisation ayant agi plus profondément
au nord qu'au midi de la France. Je ne crois pas cependant à
l'existence d'un suffixe -irjo d'origine germanique dans la déri-
vation française. Mais entendons-nous bien, je ne prétends pas
dire qu'il n'existe pas en français de mots formés au moyen
du suffixe -ing : on rencontre dans la France du nord-est
des noms de lieu en -ange, -anges qui ne peuvent s'expliquer
que par le germanique et je ne songe nullement à contester
l'origine germanique des noms français du type chambellaji.
Seulement, ces noms sont des mots d'emprunt, transplantés
tels quels sur le sol français et Ton ne saurait, à aucun titre,
les considérer comme des exemples de dérivation romane. Il
y a bien eu dérivation au moyen du suffixe -ing, mais cette
dérivation est le fait des Germains; les Français n'ont rien à y
prétendre. Au surplus, il tombe sous le sens que pour que l'on
soit en droit de parler de dérivation romane, il faut nécessaire-
ment que le thème de dérivation soit roman ou romanisé; or
aucun des exemples cités par Diez ou par le Dictionnaire général - ,
1 . Sur la présence des Ligures en Espagne, voy. Avienus, Ora maritima,
V. 196-199, et d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitantsde FEurope, t. I,
p. 375-382. Notons qu'-ûHi/uo-, -anco-, le correspondant ibère du ligure -enqiio-
et du lat. -inquo-, s'est également maintenu : Ao'jayxol, Caecanqiis, noms
ethniques, Turancus nom d'homme. S ept imanca {I A., ^■^'^), 3.u]. Simancas,
prov. de Valladolid, Toranco, prov. de Burgos, en regard de Torin^o, prov. de
Lucca, Italie, et de Torenc, Alpes-Maritimes.
2. Diez, loc. cit., I, 296, et II, 349; Dictionnaire général , s. v., et Traité de la
formation de la langue française, p. 66.
PROVENÇAL -ENC ; ITALIEN -IKGO, -EKGO ij
SOUS le prétendu sutlixe roman d'origine germanique -in<^, ne
remplit cette condition essentielle. Il n'y a pour s'en convaincre
qu'à en parcourir la liste : v. tV. chainbrelenc : v. h. a. chaiiier-
ling ; V. fr. fraisseni^uc : v. h. a. vn'sking; v. fr. brelcnc : v. fi. a.
*brdling'; fr. hareng, prov. areiic, ital. aringa : v. h. a. hâring;
V. fr. espcrlenc « éperlan » : v. h. a. spcrling-; v. fr. merlenc
« merlan » : v. h. a. * nierling ' ; fr. escalin : angl. shilling, néer-
land. schelling, et. v. h. a. shilling^ ; v. fr. et v. prov. csterlin :
angl. sterling; m. fr. guildin, guilktlin : angl, gelding; — v. fr.
Lorrenc « Lorrain » : german. Lotharing; v. fr. Flamenc « Fla-
mand » : german. Vlaeming; — de même dans la toponomas-
tique > : Dourdan (Seine-et-Oise) ; v. h. a. Durding, patrony-
mique de Dard-, lati Vsé en Dordingiim au ix* siècle, cf. Dor-
dinga (955), localité inconnue d'Allemagne; Denain (Nord),
anciennement Donaing, v. h. a. Duninc, latinisé en Donin-
cum ^, cf. Tunningas, Dunningtharpa, Dunningen, localités d'Al-
lemagne"; Marange (Moselle) : Mairinga (1121), v. h. a.
Màring, patronymique, d. Maring, Prusse Rhénane; Bening
(Moselle): v. h. a. 5<';/;«"«o' patronymique. Beninga (xui" siècle),
Benninca (1275), Bénange (12^^), en regard de Benninghausen ,
1. Ce mot qui paraît être un dérivé du v. h. a. hret n'a pas été enregistré
par Schade ; il s'explique par le suffixe german. -linga- sorti de mots où 17
appartenait au thème, tels que v. h. a. sidil-iiig,var. sidel-ing « der wcrange-
siedel' ist ».
2. Du V. h. a. spër « lance, dard », cf. sp'érilïn « petite lance ».
3. Cf. le m. h. a. merJÎHK merle », mot d'emprunt, et pour la déviation de
sens l'ital. mcrla « merle » et « merlan », ainsi que l'allem. sperling « passe-
reau », à côté de spierling « éperlan ».
4. Cet emprunt et les deux suivants sont de beaucoup postérieurs aux
précédents, comme le montre le maintien du vocalisme germanique; escalin
paraît être une forme picarde sortie d'*cscelin ou plutôt *escellin, cf. l'ital.
scellino; s'il en est ainsi, le prov. escalin serait emprunté au français.
5. Les noms cités le sont d'après les ouvrages suivants : De Bouteiller,
Diction, topogr. de la Moselle; Longnon, Allas historique, texte (époque caro-
lingienne); Œsterley, Historisch-geographisches ÎVorterhuch des deutscbcn Miltel-
alters; Fôrstemann, Alldeutsches Namenhuch, Personennamen, 2^ éd.
6. Voir pour Donincum = Denain, identifié à tort avec Doullens,
Romania, XXXII, 585, et la nouvelle édition des Annales de Flodoard, par
M. Ph. Lauer, p. 49.
7. Rien n'est plus fréquent que la réduplication de Vn dans l'onomastique
de la Gaule : Calarôna, var. Calaronna « la Chalaronne », Matrona « la Marne »,
en regard de Matronna « la Meyronne » pour *Mayronne, etc.
l8 E. PHILIPON
Westphalie et de Benningen, Bavière; Algrange (Moselle) : v. h.
a. Alchermg, patronymique à'Alcher, Akercngis (875), Alhringes
(11 39), ci. Alkcrin^en (1180), localité inconnue en Autriche.
Cormoran, où l'on a voulu voir le german. -ing ', s'explique
par morinnum, variante insignifiante de morinum, du celtique
mort « mer », d. Morvimium, Morvan ; bongran est un emprunt
à l'italien-; quant au v. fr. ja:^erant, c'est soit un emprunt
au germanique, tout comme le nom à'osberc « haubert »
qu'il qualifie, soit une transcription du provençal jw^erenc, si,
comme le croyait Diez, ce mot se rattache à l'arabe, auquel
cas, c'est en Provence qu'on devrait placer le marché des
« osbercs jazerencs ». Pour ce qui est du franc, tisserand, on
peut soit le rapprocher du prov. teis^erenc \ qui s'explique par
-inco-, cf. îtiaréchal-ferrand en regard du prov, ferrenc, soit y
voir une formation en -andu-, du type ital. adorando, esp.
baranda « garde-fou », prov. talband-ier, franc, marchand,
lavand-ière, v. lyon. bnyand-îri, etc. ^tsitwi paysan, que dans
leur Traité de la formation de la langue française (p. 66), les
auteurs du Dict. général expliquent par un primitif hypothétique
*paiscnc, et boulanger, où ils voient un dérivé d'un non moins
hvpothétique*/'o»/c«c.La formation *païsenctstivo^ hétéroclite
pour qu'on puisse l'admettre sans autre preuve ; on peut en
dire autant de boulanger pour *boulancer que postulerait *boulenc.
Ce sont là deux mots dont l'explication est encore à trouver.
Ainsi, on ne rencontre pas env. franc, un seul exemple certain
de dérivation romane au moyen du suffixe germanique -ing,
tandis qu'en provençal, en espagnol et en italien les forma-
tions en -enc, -engo sont extrêmement fréquentes, aussi bien
dans l'onomasticon que dans le lexicon. Si, comme on le
prétend, ces formations avaient une origine germanique, il
est clair que loin d'être inconnues du v. franc., elles y seraient
plus nombreuses qu'en provençal et en italien. C'est Là une
raison de plus d'écarter l'hypothèse d'une dérivation romane
au moyen du suffixe germanique -ijig.
E. Philipon.
1. Voy. Romania, XXIV, 115.
2. Voy. le Dictionnaire général, bougr.'KN.
3. Cf. le nom de famille Teisserenc de Bord.
PROVENÇAL -ES'C ; ITALIEN -INGO, -E\GO 19
NOTE COMPLÉMENTAIRE
Je crois, comme M. Philipon, que la forme féminine du provençal, -enca,
est inconciliable avec le type germanique -in g : non seulement le masc.
lare < lat. largum n'a pas donné naissance à une forme féminine *larca, au
lieu de lai-ga, mais, pour nous limiter strictement aux mots germaniques, les
masc. cilherc <r germ. ha ri b erg, ■< renc, germ. ring n'ont pas donné
naissance à des formes féminines *alherca, *renca : le prov. dit régulièrement
albergii, retiga, etc. Il faut donc admettre l'existence d'un suffixe -inco -inca
en Gaule et dans le nord de l'Italie, indépendamment de toute influence
germanique. Je constate d'ailleurs que M. Salvioni en est arrivé, dans ces
dernières années, à une opinion à peu près analogue '.
Ce suffixe pré-germanique -inco -inca est aussi non seulement pré-
roman mais pré-latin, j'en demeure d'accord avec M. Philipon; mais est-il
ligure? Je n'en sais rien et je ne sais même pas si on en peut rien savoir. Je
tiens seulement à constater que l'habitat de ce suffixe, en tant que suffixe
toponymique, est notablement plus étendu dans le centre de la Gaule que
M. Philipon ne le dit. Il le refuse à la Celtique « à l'exception de l'Auvergne
et du Lyonnais » ; mais il oublie qu'il a cité des noms de lieux du Rouergue,
du Querci et du Périgord, et il ignore que -inco a plusieurs représentants
chez les Bituriges Cubi (que nous appelons communément Berrichons), par
exemple Croyant (Creuse), au confluent de la Creuse (Crosa) et de la Sédelle,
au XF siècle Croseiic; Culan (Cher), écrit Cuslenc dans le cartulaire d'Aureil
(Bull, de la Soc. hist. du Liviousin, XLVIII, 202); Le Blanc (Indre), jadis
Ouhlen'-, d'un type Oblincus. Il n'en reste pas moins que les mots de
cette sorte sont relativement rares dans cette direction.
Passant des noms propres aux noms communs, je dois attirer l'attention
sur le substantif tarin ca, dont je me suis occupé jadis - et dont la filiation
1 . Cf. ce qu'il a écrit dans sa brochure intitulée : Dei twtni locali leventinesi
m -engo e d'altro ancora (Bellinzona, 1899), P- 6> "• ^ • " Ma è sicuro -énco
in più appellativi (p. es. valmagg. remenca « raminga », ecc; e Landarenca
nome locale di Mesoicina; vedine Stiidi di fil. rom., VII, 251); e io, Arch.
gloll. it., IX, 258, e il Meyer-Lûbkc, Rom. Gramm.,U., § 515, propendevamo
a vedervi una estensione dell' -ênk mascolino. Non so se l'illustre cattedrati-
co di Vienna la pensi ancora in tal modo. Quanto a me, debbo confessare
d'avere ora qualche dubbio, suggeritomi dal -eue -ca provenzale, e dal veder
una taie estensione limitata, o quasi, ai nomi formati col nostro suffisse. »
2. Romania, XXIX, 198; cf. mes Mélanges d'étym. fr.,p. 149. Je n'avais
alors aucune donnée sur l'habitat de ce mot qui, je le rappelle, figure dans nos
20 E. PHILIPON
avec le français dialectal taranche ne peut être mise en doute". Il se décom-
pose clairement en un thème tar-, qui figure aussi dans le gaulois latinisé
ta rat ru m, prototype de notre mot taricre', et en un suffixe -inca. Or il
semble que les parlers celtiques actuels ne connaissent (au sens de « clou >>)
que les représentants de *taranga ou*tarangia. Faut-il croire que le
gaulois est l'obligé du ligure pour la désinence de tarinca? Voilà un
« clou » que je ne me charge pas de river.
En ce qui touche le suffixe germanique -ing, il est clair, comme le
remarque M. Philipon, que l'emprunt par le français et le provençal de mots
germaniques dans lesquels ce suffixe a été mis en œuvre ne prouve pas sa
vitalité en roman '. Mais tous les efforts que fait l'auteur pour l'éliminer de la
dérivation française ou provençale ne me paraissent pas également heureux.
Plusieurs mots, qu'il n'a pas remarqués, sont inexplicables sans l'hypothèse
d'une extension analogique de ce suffixe : franc, coustenge (picard costenghe.,
coustcngué), marsoinge, quarteroinge, sisterange, prov. lausenga, etc. Même en
admettant que le franc, et le prov. -enc sont, dans la plupart des cas, les
héritiers d'un pré-germanique -inco, je crois que cet héritage est de pure
forme, et que le suffixe germanique a contribué à l'enrichir de sa substance.
Je suis de plus en plus frappé des phénomènes d'hybridité que nous offre
l'histoire du langage, et j'en puis citer ici un exemple topique. Personne ne
niera que le provençal camarlenc soit emprunté du germanique chamar-
ling, lui-même de fo/mation hybride. Or, dans les comptes du mistral de
Vienne en Dauphiné, nous trouvons le substantif féminin chamarlenchi, et non
*chamarlengi*. Donc, une fois romanisé, le mot germanique a été coulé dans
grands dictionnaires avec le sens de « grosse cheville de fer qui sert à tourner
la vis d'un pressoir ». J'ai relevé depuis une intéressante indication :
M. Madelaine a trouvé tarencf dans les comptes de la fabrique de Moritchamp
(Calvados), année 1652; il définit le mot par « levier en fer pour ajuster et
pendre les cloches » et déclare qu'il est aujourd'hui vivant sous la forme
rance (Revue des parlers pop., II, 75). Est-ce le type *tarincia, allongement
de tarinca? — D'autre part on trouve en Bas-Poitou, région de Chef-
Boutonne, étalanche « écharde » (Beauchet-Filleau, Essai sur le palois poitevin).
1. Je me borne à rappeler l'existence de arinca, mot mentionné par
Pline comme le nom d'une céréale particulière à la Gaule (Hist. nat.,
XVIII, 81), et qui n'a laissé de trace dans aucun parler roman.
2. Primitivement tarere, du genre masculin; cf. mes Essais de phil. fr.,
p. 295, n. 3.
3. En tout cas, et à plus forte raison, Gaston Paris a-t-il eu tort de parler
d'un suffixe -lenc emprunté par les Romans de Gaule aux Germains et de le
mettre sur la même ligne que les suffixes -ard et -aiid (Litt. franc, au moyen
dge, S M-
4. Cf. Devaux, Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional.
PROVENÇAL ^ES'C ; ITALIEN -ISGO, -E.\'GO 21
une flexion romane préexistante en -etic -enca ; serait-il juste de dire que
le suffixe germanique -Hng n'est pour rien dans le dauphinois chamarkuchi}
M. Philipon déclare que le suffixe germanique -ing « a eu pour unique
fonction de former des patronymiques ou des ethniques qui sont en réalité
d'anciens patronymiques » : c'est là une exagération contre laquelle protestent
des formations fort anciennes, comme le ganiingus des lois Visigotiques, les
deux variétés de pommes mentionnées par Charlemagne dans le capitulaire De
Villis (formai inga et geroldinga), les trois termes musicaux cités par M. Suchier
dans son étymologie si pénétrante de l'anc. franc, rotrotienge' (carelmanninc,
liehinc, ottiuc), etc. La prédilection des langues germaniques pour le suffixe
-ing dans les noms de monnaies est connue : est-ce une simple coïncidence
que la présence du suffixe provençal -eue dans les noms de monnaies comme
arnaudenc, caoneiic, guillelmenc, otonenc, quintinenc, raimondenc, etc.? Et le
français lui-même n'a-t-il pas *estevenenc dans la région bourguignonne?
Ayant constaté que les Germains ont donné le nom de cheisuring - à une
monnaie d'or romaine à l'effigie de l'empereur (Caesar), je me demande si
les Ligures, voire les Gaulois, en ont fait autant et s'ils ont vraiment contri-
bué à l'extension monétaire du suffixe roman -eue dans le sud et dans l'est
de la Gaule. Il est permis d'en douter.
A. Th.
p. 72, n. 6. L'auteur croit que l'z final représente le suffixe roman -/a accen-
tué ; j'y vois \\i féminin atone cliangé en / conformément à la phonétique
du dialecte de Vienne : pour moi //' ehamarlenchi signifie la femme du
chamarlenc, et serait en provençal propre la caniarlenca.
1. Zeitschr. fm rom. PMI., XVIII, 283.
2. Voy. H. Paul, Grundriss der german. Philol., 2^ édit., I, 328.
FRAGiMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
I. — FRAGMENT D'UNE CHANSON DE GESTE RELATIVE
A LA GUERRE D'ESPAGNE
Feuillet isolé à deux colonnes par page et à 40 vers par
colonne, 275 mm. sur 220. Il iait partie d'un recueil factice
contenant des fragments divers, et conservé à la Bibliothèque
de l'Université de Cambridge sous le n° addit, 3303. L'écriture
est française et de la fin du xiii^ siècle.
Je crois que la chanson de geste de laquelle ce feuillet a
été détaché est jusqu'ici inconnue. S'il en est ainsi, c'est
assurément un morceau digne d'être étudié de près. Voici, en
résumé, ce que contient ce fragment. La scène se passe en
Espagne. Charlemagne voit les Sarrasins approcher. Il divise
son armée en cinq divisions (échelles), à la tête desquelles il
place ses principaux chevaliers. Le combat s'engage. Le roi
Agolant, qui commande les Sarrasins, attaque Ogier le Danois,
qui le désarçonne et prend son cheval. Agolant est secouru
par les siens qui lui donnent un autre cheval. Le duel recom-
mence et le fragment s'arrête au moment où de nouveau
Ogier se mesure avec son adversaire. Voici maintenant le
texte, auquel je joins, pour faciliter les références, un index des
noms :
Et dit li rois: « Ce ne refus je mie,
« Ainz me plest et agrée. »
Li emperere a l'estandart veû ;
Estout apele qui fu preu et membru :
5 « Amis », dist il, « vostre los est creû.
« Mes or me dites, por Dieu le roi Jhesu,
« Se de l'alcr vos iestes porveu ?
— Oïl voir, sire », Estouz a respondu
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 23
« Je et li mien i somes csleû.
10 « Ainz que pa. nos aient parceù
« Covient qu'il soient par engin deceù,
« Se nos le poons fere.
« Droiz empereres », dist Estoz en riant,
« Aler i vueil quant ai vostre conmant.
15 — Alez », dist K., « a Dieu le roi amant;
« O vos iront .xx^. combatant
« Et Olivier et mon neveu Rollant. »
Dist Estouz : « Sire, je l'otroi et créant. »
Atant s'em partent haut et lié et joiant ;
20 Delez .j. bruel vont pa. costoiant;
Nés aperçurent li félon mescreant ;
Et l'emp. o le guernon ferrant
Vet ses eschieles gentement ordenant.
Li dus Og. fu en sele devant,
25 .X™. Danois le vont au dos suiant;
Hoiax de Nantes vet l'autre conduisant.
Et avec li furent li Alemant
O .X™. homes qui bien sont combatant.
Qui bien fièrent d'espée.
30 Rois Arestanz ot le conte Engelier
Et de Boorges Lambert le Berruier
Firent la tierce o .x. mile chevalier.
La quarte [fist] dant Hernaut au vis fier
Et de Brabant Bernart au cors legier
35 Et dant Guerin d' Anseùne le fier :
De chevaliers moinent .xv. milier.
La quinte fist de Bordele Gaifier
O .x™. hommes qui moût font a prisier ;
Et Ganelon n'i vueil mie lessier :
40 .Xni. en ot qu'il ot a justicier.
Tuit pelle melle vont li autre derrier, (b)
Avec lo roi qui France a a baillier.
Tût soavet prennent a chêvauchier,
Li uns lez l'autre, sanz cri et sanz noisier.
45 Rois Ago. les choisi tôt premier
15 Koi amant est une forme corrompue qui se rencontre en beaucoup
de textes (Oison de Beauvais, 3207; Mort Aynicri, 4087, etc.) pour raeniant,
rédempteur (voir le vocabulaire de Raoul de Cambrai). — 24 sele pour celé.
— 44 lei, ms. let.
24
p. MKYER
Qui durement s'em prist a merveillier ;
A soi nieïsmes se prist a conseillier :
« Par Mahomet qui tôt a a jugier,
« Je croi c'est K. l'emperere au vis fier ;
50 « Sus li aloie, or se velt avancier.
« S'encui n'i muert ne [me] pris .j. d. »
Ses Sarr. emprist a aresnier :
« Seignor », dist il, « nobile chevalier,
« Sus Mahomet vos pri et vos requier
55 <c Que vos pensez de ma honte venchier.
« Au départir vous en avrai plus chier. »
Et cil responent : « Ce fet a otroier. »
Lors conmença sa gent a aresnier :
Et devisa liquel iront premier,
60 Liquel après et liquel darrenier.
Quant les ot fez bien et bel atirier,
Lors est montez desus le blanc destrier ,
O .xm. Turs conmence a chevauchier :
Ogier encontre le nobile guerrier
65 Sus Broiefoit le preu et le legier.
Il li escrie tant com il puet huchier :
« Qui es tu, va ? Gardes nu me noier. »
Dist li Danois : « Apelez sui Ogier ;
« De Danemarche ai la terre a baillier.
70 n Hom sui Kallon, l'emperere au vis fier,
« Qui tote Espaingne velt a force essillier. »
Dist li pa. : « Je la vieng chalangier;
« Ja ne l'avra, a celer nu vos quier,
« Tant com je soie sainz et sauf et entier. »
7) Er dist li dus : « Par le cors saint Ligier,
« S'il l'avoit lors, mentir ne vos en quier,
« Soe seroit ainz lieure de couchier. »
Lors esperonne sanz plus de delaier.
Branle la hante dont li fers fu d'acier,
80 Granz cox se fièrent, sanz plus de menacier.
Sur les targes dorées. (c)
Entre Ago. et Ogier li Danois
Sus les escuz se fièrent demanois.
La lance au duc est peçoïe en trois
76 Le premier hémistiche parait corrompu, ou peut-être y a-t-il une
lacune. En tout cas la suite des idées est obscure.
FRAGMENTS I)H MANUSCRITS IRANÇAIS 2$
5 Et celé en .ij. au Sarr. cortois.
Si s'entrehurtent li clicvalier norrois
Petit s'en faut ne chient u cliaumois.
Ogiers passe outre; tret le branc vianois,
Et Ago. le suen sarradinois ;
Granz cox se donnent li chevalier cortois
Sus les escuz ou reluist li orfrois,
Que flors et pierres abatent u chaumois.
Mes nés empirent la montance d'un pois.
Og. le voit, n'ot tel corrouz des mois :
95 Dieu en jura et ses saintismes lois
Miex velt morir n'ocie les Persois.
Adonc le fiert par merveilleus bofois,
Si l'estordra que il chiet u chaumois
Jus du destrier qui fu blans comme nois,
loo Puis le prist par la resne.
Quant Ago. fu del cheval cheû,
Grant maltalent et grand duel a eu.
En estant saut et tint le branc tôt nu ;
Et Ogier a le cheval retenu,
105 Derrières soi l'a maintenant rendu
A .]'. suen homme qui moût près de li fu.
Puis s'est es Turs fièrement embatu.
Ago. fiert, ne l'a pas mesconneû,
Que tôt envers le ra jus abatu ;
iio Ilec l'eûst ou mort ou retenu,
Mes de pa. i a tant acoru
Que toz en est couvert le pré herbu.
Ago. ont par force secoru,
Mes ainz i ot maint chief sevré du bu
115 Et maint paien ocis et confondu,
Por quant tuit ont le chaple maintenu
Qu'a Ago. ont .j. destrier rendu :
N'est pas le blanc, dont moût fu irascu ;
A ceste foiz d'ore l'a il perdu,
120 Ne onques puis nul jor sesiz n'en fu.
87, 92, 98 On rencontre, en rime, au cas rég., chaunioi et chaumois:, la
première forme paraît être la seule étymologiquement correcte, mais la seconde
s'est bientôt généralisée. On peut faire la même remarque sur ho/ois, v. 97.
— 96 Jes corr. le — 98 Corr. estordi} — 108 Le vers est trop long;
suppr. pas ?
2 6 p. MEYER
De ce a il duel et corrouz eu, ' (d)
Car n'ot meillor u monde.
Agolant fu sus .j. cheval monté
Qui moût fu fiers et plains de grant bonté ;
125 N'est pas le blanc que il ot tant amé :
Ogier l'en ot par force descroé.
L'escu embrace et trest le branc letré,
Es crestïenz se fiert moût adolé ;
Maint en a mort, ocis et afolé.
130 Et Sarr. s'i sont bien esprouvé :
Maint chief i ont fors du bu dessevré
Ogier le voit, près n'a le senz desvé :
Entr' eus se fiert comme home desené,
Destre et senestre a féru et chaplé.
135 Voit le Ago. si a le chief crollé;
Dist a ses hommes : « Moût avon mal erré
« Qant cil f. a tant longues duré.
« Se il vit gueres, par Mahomet mon Dé,
« Tuit i seront ocis et desmembré.
140 « O vis deable fu tel home trové.
« Je cuit qu'il soit ou sauvage ou faé,
« Car de nule arme ne puet estre entamé,
« S'a li ne joins, dont n'aie je dahé ! »
Lors esperonne, s'a l'escu acolé
145 Et tret le branc qui d'or estoit letré
Et fiert Ogier sur son hiaume gemé :
Le cercle tranche qui fu a or ouvré.
Ne fust la coiffe du brant d'acier letré
Jusques es denz li fust le fer coulé.
1 50 En contreval est le branc dévalé,
El braz senestre l'a .j. petit navré ;
Jusques a terre en est le sanc coulé.
Et li Danois en a le sens mué :
Dieu en jura, lo roi de majesté,
1 5 5 Que celui coup sera chier comparé.
Il tint Cortain qui giete grant clarté,
Fiert .j. pa., moût l'a bien assené.
Parmi le bu l'a en travers coupé,
Si le trébuche a terre
160 Moût fu dolenz Ogiers et courrouciez...
130 La lecture du dernier mot (qui est très eflfacé) est conjecturale. — 137
/. =françoi.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 27
TABLE DES NOMS
Agolant, 45, 82, 89, 117, 125, etc. Gaifier de Bordeaux, 37.
Alemands, 27. Ganelon, 39.
Arestanz, 30. GuERiN d'Anseûne, 55.
Bernart de Brabant, 34. Hernaut, 33.
Broiefort, cheval d'Ogier, 65. Hoel de Nantes, 26.
Charlemagne, I, 15, 42, 49. Lambert de Bourges, 51.
Danemarche, 69. Ogier, 24, 64, 68, 82, 88, etc.
Danois, hommes d'Ogier, 25. Olivier, 17.
Exgelier, le comte, — 30. Persois, 96.
Espagne, 71. Rolant, 17.
EsTOUT. 4, 8, 18. Turcs, 63.
France, 42.
L'action se passe en Espagne, et Ganelon figure parnii les
fidèles de Charlemagne. Donc le poème prend place, dans
l'histoire légendaire du grand empereur, avant le désastre de
Ronce\aux. Or on sait depuis longtemps, qu'il a existé des
poèmes français, actuellement perdus, où étaient contées une
'ou plusieurs expéditions en Espagne avant Roncevaux. Sans
parler de la Prise de Nobles, épisode auquel font allusion la
Chanson de Rolant et d'autres poèmes, et que raconte en
abrégé la Karlamagnus Saga^, nous avons dans le Pseudo-
Turpin, un résumé, probablement assez infidèle, mais toute-
fois très précieux, de récits épiques relatifs aux premières
guerres de Charlemagne en Espagne, et nous y voyons
paraître un bon nombre de personnages de notre fragment ^ :
1° Une première expédition a lieu. L'empereur s'empare miraculeusement
de Pampelune, détruit des idoles sarrasines, tonde des églises (chap . n-v).
2° Rentré en France il est obligé de repartir pour l'Espagne qu'un roi afri-
cain nommé Agolant vient de conquérir, massacrant les garnisons laissées
par Charlemagne (ch. vi).
30 L'empereur remporte sur Agolant une victoire chèrement achetée.
Quarante mille chrétiens, au nombre desquels Milon d'Anglers, le père de
Rolant, sont tués. Agolant prend la fuite et Charlemagne rentre de nouveau
en France (ch. viii).
1. G. Paris, Hist. poe't. Je CharlcDiagne., p. 253 ; Demaison, Aynieri de
Narhonne, p. ce.
2. Je me sers de l'édition du baron de Reiffenberg, dans l'appendice de
Philippe Mousket, t. I.
28 p. MEYER
4° Mais Agolant rassemble une armée innombrable, pénétre en Gascogne
et prend Agen. Après un siège de sept mois. Charlemagne reprend la ville.
Agolant réussit à s'échapper. Il se retire à Saintes et est battu de nouveau
par Charlemagne, mais réussit encore à s'échapper (ch. ix, x).
5° Agolant, battant en retraite, passe les Pyrénées et s'arrête à Pampelune.
Charlemagne rassemble une armée de cent trente-quatre mille combattants
et pénétre en Espagne. Les principaux chefs de cette armée sont Turpin»
Rolant. Olivier, Estout de Langres, Arastain {Arastagmis) roi des Bretons',
Engelier duc d'Aquitaine, Gaifier roi de Bordeaux, Galenis, GaJimis, Salo-
mon, Baudouin iVére de Rolant, Gondebuef {Gddehodtts) roi de Frise,
Hoel (Oilliis) comte de Nantes, Lambert de Bourges, Sanson duc de
Bourgogne, .... Ganelon (Ganeloniis qui postea traditor extitil). Un peu plus
loin sont nommés Ernaut de Beaulande et Ogier (ch. xi).
6° Après divers épisodes contés dans les chapitres xii et xiii, nous arri-
vons à la victoire finale des chrétiens, suivie d'un massacre général des Sarra-
sins (ch. xiv).
Nous n'avons pas besoin de pousser l'analyse plus loin : le
rapport de notre fragment avec les récits du Pseudo-Tur-
pin sont évidents. Presque tous les personnages du fragment
sont mentionnés dans le ch. xi de Turpin; il n'en manque
que deux : Bernart de Brabant et Garin d'Anseùne. Ce sont
deux personnages épiques connus par des témoignages fort
anciens; toutefois je ne vois pas à quel titre ils hgurent dans
une expédition en Espagne conduite par Charlemagne, puis-
qu'ils sont présentés partout comme fils d'Aimeri de Narbonne
et appartiennent par conséquent à une autre période deThis-
toire légendaire de Charlemagne-.
Si l'on peut affirmer qu'il y a un rapport entre les chapitres
de Turpin ci-dessus analysés et la chanson de geste dont nous
n'avons plus que i6o vers, la nature de ce rapport n'apparaît
1 . Ce personnage, qui est nommé dans notre fragment (v. 50), ne figure
pas, à ma connaissance, dans l'épopée française. M.Langlois ne le mentionne
pas dans sa Table (le roi Aristani, dans les Narhonnais, est un Sarrasin).
Cependant il est mentionné par Raimon de Miraval (Roiiiaiiia, VII, 452,
Orestains) et par B. de Born, Studi di fihl. romania, VIII, 429 ; cf. Rom.,
XXXI, 161, note 2), mais peut-être d'après Turpin.
2. Voy. sur ces deux personnages la table des noms de l'édition à'Aymeri
de Narbonne par M. Dcmaison. Il y a bien, dans le ch. xi de Turpin, un Ber-
nard, mais c'est Bernard de Nublis, et un Garin, mais c'est Garin duc de Lor-
raine (cf. Philippe Mousket, vv. 5220 et 5230).
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 29
pas tout d'abord avec évidence. La chanson est-elle le poème
ou l'un des poèmes que l'auteur des premiers chapitres de la
Chronique dite de Turpin a eu sous les yeux, ou, inversement,
le trouvère à qui est due notre chanson a-t-il suivi Turpin ? Je
crois qu'on peut, sans hésiter, rejeter la seconde hypothèse.
L'épisode important que relate notre fragment, à savoir le
combat d'Agolant et d'Ogier, n'existe pas dans Turpin. Nous
n'avons donc aucune raison de supposer que notre chanson
dérive de Turpin. Quanta la première hypothèse, elle ne peut
non plus être admise sans réserve. La langue et la versification
du tragment conduisent à placer la rédaction du poème au plus
.tôt vers hi tin du xii'-' ou au commencement du xiii'' siècle.
C'est à peu près le temps où écrivait Bertrand de Bar-sur-Aube,
auteur de Girarl de Vienne et d'Aynieri île Narhonne ^.
L'hypothèse qui se présente le plus naturellement, et à
laquelle, pour ma pan, je me tiens jusqu'à plus ample informé,
est que la chanson de geste représentée par le feuillet de
Cambridge est le rajeunissement d'une chanson beaucoup plus
ancienne, sans doute en assonances, que l'auteur de Turpin a
eue sous les yeux. Que ce remaniement ait été tort libre, je
l'admets volontiers ; et je conviens que les noms de Bernart de
Brabant et de Garin d'Anseûne ne pouvaient guère figurer dans
le récit primitif. Mais il n'en est pas moins très probable que le
fond doit être emprunté à un très ancien poème.
Si on pouvait s'en rapporter à l'auteur italien de VEntrée
d'Espagfte, des poèmes sur la conquête de l'Espagne par Charle-
magne auraient été composés par deux trouvères ou jongleurs
appelés Jean de Navarre et Gautier d'Aragon -. G. Paris dit à
1. M. Demaison admet qu' Ayiiieri de Narboime a été composé au com-
mencement du xiiie siècle, après 1205 (Introduction, p. LXXXix-xcr).
G. Paris, dans le tableau chronologique qui fait suite à sa Littérature fran-
çaise au moyen âge, 5= éd., p. 276, place la composition des deux poèmes de
Bertrand de Bar-sur-Aube, Girart de Vienne et Aynieri de Narhonne, entre
1210 et 1220.
2. Le passage a déjà été cité par L. Gautier (/JfW. de l'Ec. des ch., 4e série,
IV, 221) ; le voici d'après l'édition sous presse de M. Ant. Thomas :
2775 Se dam Trepin fist bref sa lecion
E je di long, blasmer ne me doit on ;
Ce que il trova bien le vos canteron.
30 p. MEYER
ce propos que l'auteur de V Entrée « donne ici l'exemple, si sou-
vent suivi par ses compatriotes, d'alléguer de fliusses autorités
en preuve d'aventures de pure invention ' ». je ne sais si ce
jugement un peu sommaire est tout à tait acceptable. L'auteur
de y Entrée mentionne d'abord Turpin, qu'il a en effet suivi assez
hdclement ; puis licite Jean de Navarre et Gautier d'Aragon,
indiquant avec assez de précision les limites de leur oeuvre. Je
veux bien que ces noms soient imaginaires, mais il m'est diffi-
cile de croire que tout soir controuvé dans l'assertion tormelle
de l'écrivain italien. Il se peut bien que cet écrivain ait eu en
effet sous les yeux quelque chanson de geste perdue; mais rien
ne prouve que ce fût la nôtre. M. Thomas, dans la préface de
son édition de VEntrée, nous dira ce qu'il en pense -.
Quelques mots maintenant sur la versification et la langue.
Le poème est en vers de dix syllabes, chaque tirade étant,
comme dans les poèmes du cycle de Guillaume, terminée par
un petit vers à finale féminine. Les tirades masculines y
dominent ', car, sur neuf tirades, une seule, la première (dont il
ne reste que les deux derniers vers) est féminine. Le poème
est rimé fort exactement, mais au prix de nombreuses infrac-
tions à la correction grammaticale. En effet, l'écrivain n'hésite
pas, pour taire sa rime, à employer la forme du régime au lieu de
Bien dirai plus, a clii'n pois e chi non,
Car dous bons cierges, Çan Gras et Gauteron,
2780 Çan de Navaire et Gauter d'Aragon,
Ces dos prodomes ceschuns saist (dist ?) pont a pont
Si corne Caries o la fiere façon
Entra en Espaigne conquere le roion,
La començaile trosque la fînisun
2785 Dejusque ou point de l'euvre Guenelon.
D'iluec avant ne firent mencion.
1. Hist. poét. de Charl., p. 175 .
2. On pourrait se demander si Girart d'Amiens, qui conte aussi la con-
quête de l'Espagne, n'avait pas conservé quelque souvenir d'une chanson de
geste sur ce sujet, mais vérification faite, il paraît n'avoir eu, pour cette par-
tie de son Charlewapie, d'autre source que le Pseudo-Turpin, bien qu'il soit
loin de le suivre exactement. Voir G. Paris, Hist. poct. de Chart., p. 481.
3. Comme dans Ayvicii de Narhonue (voir l'introduction de M. Demaison,
p. cvi), mais dans une proportion plus grande encore.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 3I
celle du sujet, et ce cas est très fréquent. On pourrait, à la
vérité, supposer qu'il admettait, par exemple, la rime d'-és
avec -é; ce serait une assonance que le copiste aurait corrigée
en mettant partout -é, même au détriment de la grammaire. De
même, aux vers ici, 107, 112, l'auteur aurait écrit che lis,
cmbatus, herbus, au cas sujet conformément à la grammaire, et
le copiste aurait introduit la forme du régime, pour la rime.
Cette supposition serait admissible pour un poème d'une allure
plus ancienne, mais au commencement du xiii*^ siècle, époque
où on recherchait les rimes exactes, il est plus probable que
c'est la grammaire qui a été sacrifiée à la rime. Ajoutons que si
l'auteur avait toléré les assonances, il n'aurait pas admis seu-
lement celles que comportait l'application des règles de la décli-
naison. Par exemple, il aurait laissé passer quelques finales en
-/Vdans une tirade en -ier, ou inversement.
Il V a une rime en -ant pur, la troisième, ce qui donne à
cn)ire que l'auteur distinguait -ant et -ent, selon un usage qui,
dans les chansons de geste, ne paraît guères antérieur au
XIII' siècle. Mais il n'est peut-être pas prudent de tirer une
conclusion ferme d'une tirade unique qui ne contient pas
plus de seize vers.
En somme, comme je l'ai dit plus haut, l'examen de la ver-
sification et de la langue ne permet pas de faire remonter la
rédaction au delà des dernières années du xii" siècle, et j'incli-
neraii, plutôt à la fixer au commencement du xiii^.
II. — FRAGMENTS DE LA VIE DES PÈRES
La collection de légendes pieuses en vers français connue
sous le titre assez impropre de Vie des Pères, ou Fie des anciens
Pères, est certainement l'une des oeuvres du xiii^ siècle qui
eurent le plus de succès. En 1884, lorsque feu E. Schwan lui
consacra, dans la Roinania (XIII, 233 et suiv.) un article impor-
tant, on en avait signalé 3 i manuscrits^ dont quelques-uns, à la
vérité, sont incomplets. De plus on en connaît deux anciennes
éditions, l'une de i486 ', l'autre de 1495. Depuis 1884, de
I. Celle de i486 est indiquée par Schwan, dans le mémoire précité (i?ow.,
XIII, 240) d'après le Catalogue des manuscrits des Bibliothèques des départements
(série in-40) : « t. I, p. 340 ». Au lieu de « t. I », il faut lire « t. IV ».
32 p. MEYER
nouvelles copies, les unes complètes, les autres consistant en de
simples fragments, sont venues s'ajouter à la liste, à savoir :
Un ms. à La Haye {RomauiiJ, XIV, 130).
Deux mss. dans la collection Ashbiirnham, Appendix, 174 et 175. Le
n° 174 appartient maintenant au Fitzwilliam Muséum (Cambridge), voir
Ronianid, XXXIV, 492 ; le no 175 a été acquis par la Bibliothèque nationale,
N. Acq. fr. 6855. Ce sont deux copies du xv^ siècle dont la valeur est
médiocre.
Quelques extraits transcrits dans le ms. B.N.fr. Sï8 (Ro»ia>iia, XIV, 585).
Un fragment conservé à Cheltenham dans la Bibliothèque Phillipps
(Romania, XIV, 585).
Un autre fragment à l'Arsenal, ibid., 586.
Présentement je me propose de faire connaître quelques
feuillets isolés du même ouvrage qui n'ont pas encore été signa-
lés. Assurément ces débris, détachés d'anciennes reliures, sont
d'une valeur minime, mais d'abord il convient que tout manu-
scrit ou fragment de manuscrit appartenant à une bibliothèque
publique soit identifié, et d'autre part, si de simples fragments
ne peuvent pas contribuer pour beaucoup à l'établissement
d'un texte dont on a d'excellentes copies complètes, il est du
moins utile de les classer, car il n'est pas indifférent de savoir
selon quelle proportion les manuscrits d'un ouvrage se répar-
tissent entre diverses familles. Faire le classement des nombreux
manuscrits complets ou fragmentaires que nous avons de la Vie
des Pères, est actuellement impossible. La tentative de Schwan
(^Romania, XIII, 242 et suiv.), toute méritoire qu'elle est,
n'aboutit qu'à des résultats provisoires '. Il appartiendra à un
futur éditeur de la Vie des Pères de la recommencer et de la
mener à bonne fin. La présente notice lui fournira quelques
éléments nouveaux.
I. — BIBLIOTHÈQUE DE l'iNSTITUT DE FRANCE
On a récemment détaché de la reliure d'un vieux livre de la
bibliothèque de l'Institut trois feuillets de parchemin où j'ai
I. Le travail de Schwan est complété sur quelques points dans la petite
préface que M. Salverda De Grave a mise en tète de l'un des contes, le
no 38, voir Romama, XIX, 370.
Fragments de manuscrits français 33
facilement reconnu des fragments des contes 5, 16, et 17, selon
l'ordre habituellement suivi '. L'écriture est de la seconde
moitié du xiii" siècle. De ces trois feuillets, deux sont entiers
(sauf quelques déchirures qui enlèvent des bouts de vers). Il y
a deux colonnes par page et trente vers à la colonne. Le troi-
sième feuillet est rogné en haut et en bas, de sorte que chacune
des quatre colonnes ne contient plus guère que 22 vers, dont
le premier et le dernier sont plus ou moins endommagés. C'est
ce petit fragment qui contient un morceau du conte 5. Ce conte
ayant été publié en entier par A. Weber avec les variantes de
nombreux manuscrits-(p. 60 et suiv. de la dissertation citée
ci -dessous en note), il peut être utile de transcrire ici une partie
de notre fragment, tout en reconnaissant que la comparaison
avec le texte imprimé ne fournit pas le moyen de le classer
d'une façon sûre. L'édition ne donne pas, à beaucoup près,
toutes les variantes. — Je donne tout le recto^ plaçant en
marge les numéros des vers d'après Weber :
Col. I D'un preudome qui se vivoit
T- , , ,1 De ses terres qu'il laboroit.
tt vos le volez resembler . _ .
76 Et a Deu tolir et embler
Voz âmes? c'est trop grant folie.
Si lo, tant com vos avez vie
^ .,.,-, , . Sa compaigne en fist et s amie
Cjue vos noz vilains tez amendoiz ^ °
o T- 1; T> 1 ■ (Q-ui a son droit la earde et tient
80 Et a 1 amor Deu entendoiz, ^^ ^
„ ,., , . ^ ^ 02 A la joie des cielx en vient)
Qu il en est bien seson et tens : ^ \ /
^ . , , . r Tant c'un ior, por esbanoier,
Qui plus se haste si tet sens. 1 > r
S'en torna ses terres voier;
Por avoir place en paradis . Si aperçut en mi son blé
84 Un autre conte vos devis 9^ Corpiaiis qui furent aune...
79 Corr. O. iv^ vilains — 93-4 H est visible que nous avons ici la
bonne leçon, car esbaneoir veoir, admis par Weber, est inadmissible,
comme du reste il l'a lui-même remarqué dans sa note sur ces deux vers
(p. 80) ; esbanoier et voier lui étaient fournis par des mss. qu'il cite aux
variantes. — 96 Le mot en italiques est coupé; plus loin (v. 107) il y a
I. C'est l'ordre du ms. B.N.fr. 1546, pris pour type par Alfred Weber dans
sa dissertation sur la Vie des anciens Pères (Handschriftl. Shtdien, Frauenfeld,
1876), et de beaucoup d'autres mss. Voir aussi la table des contes dressée
par G. Paris dans une note jointe à l'article deSchwan (Ronmnia, XIII, 140).
Komania, XXXV 2
A Deu de tôt son cuer se tint
Et en toz bons fèz se maintint.
Confession n'oblia mie,
34
MEYER
Col. II
Cil tost au prcudome s'en vint,
Quant sa terre despoiller vint,
Des corspiaux qu'il avoit trovez,
io8 Et cornent il les ot gitez
En autrui blé corne vilains
Et de grant covoitise plains ;
Si avoit ce fet a autrui
1 12 Q.u"il ne volsist qu'en feïst lui.
Moût s'en blasma, moût s'en re-
[prist,
De maintenant confès s'en fist.
Mes li chapelains li dist bien :
1 16 «Amis, vos n'avez forfet rien ;
« De noient estes esgarez .
« Se vos atant ne m'en créez,
« Alez parler a un hermite
120 « Qui la maint; tost vos avra
[dite
« La vérité de ceste chose.
« S'il vos en blasme ne ne chose,
« Si fêtes ço qu'il vos dira,
124 « Droit par mi le voir s'en ira. »
Li preudons s'en parti atant
Son pis de ses paumes bâtant...
Le verso contient les vers 135 à 15e et 165 à 186.
Les deux feuillets entiers ne se suivent pas ; ils devaient être
séparés par deux ou trois feuillets. Ils contiennent, je l'ai dit
plus haut, des morceaux des articles 16 et 17. Du n° 16 ',
nous avons les né premiers vers. Voici le début :
Dex, de qui tote bontez ist,
Par l'evangeliste nos dist :
Honore ton père et ta mère
4 Por eschiver la mort amere ' :
Si vivras longuement sor terre.
Chascuns doit bone vie querre
Et li fol par tôt se déçoivent ;
Li fox son preu fuit et refuse
12 Et quiert son pis, ainsi s'amuse.
Si a moût entre fol et sage.
Bien doit comparer son folage
Qui a son hoir doner entent
Par bien penser et par bien querre, 16 Tant qu'après a son don s'atent ;
(plere- Mielz li vaudroit morir que vivre
8 Tant qu'a Deu puissons si bien Quant a sa marende se livre,
Li sage font bien ce qu'il doivent Norris bien et aime ton hoir,
corspiaux. Dans les deux cas le ms. 1546 a coipiax. L'étymologie de ce mot,
qu'on rattache soit à couper (Littré, avec doute, et Dict . général') soit à cuspis
(Diez, II c), est douteuse. Au moyen âge on écrit coipcau. copeaus, copiaus, et
cospeaus corpeotis (Godefroy, Complément, copel ; cf. Du Cange ; coipellus,
COPELLUS, coRPELLus) ; ces deux dernières formes semblent être les plus
anciennes. Contrairement à l'opinion de M. Thomas (Mélanges d'étymologie,
p. 54), je crois que notre copeau et l'anc. fr. coispel, « pointe », sont deux mots
distincts. — 105 La bonne leçon est Tantost au p. soi'int
1. Du boterel, dans le ms. fr. 1546 (fol. 40 c). Ailleurs (voir par ex.
Jahrb.f. roman, u. cnglische Literatur, VU, 410), le titre est plus long.
2. M.\TTH. XV, 4; Marc. "VU, 10.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 35
20 Et il le suen ; saches por voir, Mort d'enfer sor le fil au père
Qiie por le suen t'oubliera Qui mal fet a père et a mère.
Si que mendier te fera, Qui ceste maldiçon gaaigne
Et por ce vaut mielz mien que 40 Ame et corsconfont et mehaigne:
nostre, L'amc en enfer le cors el monde
24 Foi que doi saint Père l'apostre. Covient que cist péchiez confonde.
Qui a ennor velt vivre el monde Si s'en doivent cil prendre garde
Ge lo que come fox se tonde 44 Qui père et mère ont en'lor'garde.
Ainz que de son bien se deinete (/') Qui de .ij. jeus le pieur prent
28 Ne qu'en bai/ de son fiu:^ se mete, A son escient moût mesprent.
Car si vilaine/Hcw/ se preuvent Cis prologues 'a vos ai tret
Li plusor que veoir ne veullcnl 48 Por essample prendre en .j. fet
Père ne mère, ainz les eschivent Que ci emprès vos voil conter ;
32 Quant en viellesce povre vivent, Gueres ne couste a escouter.
Et quant riche sont si les cuent. Et tel le porroit bien oïr
Tant que de lor biens les desnuent. 52 Qui au loing en porroit joïr
Gels qui ce font Dex les maudit. S'il amoit leauté ne bien
36 Tesmoing l'Escripture qui dit : Et Damedeu cremoit de rien
Le second feuillet contient la fin du conte 17, intitulé dans
le ms. fr. 1546 (fol. 42) : De celi qui espoiisa rymcigc de pierre.
Ce conte a été publié deux fois : par Méon, Nouveau recueil, II,
295, et par M. Castets, qui n'a pas connu l'édition de Méon',
Revue des langues romanes, 3^ série, t. IV, p. 60. Voici les pre-
miers vers, en regard desquels je place les numéros de la der-
nière édition :
Sa pareil, si l'orent plus chiere
Por ce que c'estoit la première. [484]
Fox est qui aime sanz amie;
Li borjois qui l'ot establie
Eu bien amez, et bien anni...
Les derniers vers du conte proprement dit, tel que M. Castets
l'a publié, sont :
27 Les parties italiques sont enlevées par une déchirure. Je les rétablis
d'après le ms. 1546 — 33 Ms. 1546 : si les sieuent — 57 Ms. 1546 : El jeu
d'enfer chicr lo compère — 38 ^Mathieu et Marc, /. c. — 52 Ms. 1546 : Qui
après... et les deux vers suivants manquent.
I. Cf. Romania, IX, 620-1.
3 6 V. MEYER
Et maint niusart et maint preudome
Tant com en estant sera Rome. [5^6]
Mais il y a à la suite, dans les manuscrits, une série de
maximes morales formant environ 72 vers, dont les 14 pre-
miers se trouvent sur la seconde colonne du verso de notre
feuillet. Les voici :
Qui ocvre sanz conseil, bien sache Et en leu de beste se met
Qu'a poines s'em part sanz domache, Qui ordure gitc en son puis
Et qui conseil trueve et le croit, Et de l'eve dedenz boit puis :
Son preu fet et s'onor acroist. Se mal li fet, c'est a bon droit
— Qui le bien voit et le mal prent Quant l'ordure a escient boit.
N'est merveille s'il s'en repent '. Moût i a de cels qui le font
— Del'amor de Dieu se démet Qui bien sevent qu'il se mesfont.
2. — FRAGMENT DE MAÇON
Dans le t. XLII du Catalogue général des manuscrits des Biblio-
thèques publiques de France, qui est le troisième tome d'un sup-
plément aux catalogues publiés dans les tomes I à XXXIX, se
lit un article ainsi conçu :
156. Fragment d'une traduction française de la Vie des Pères, chapitres de
l'Impératrice et de la Sacristaine.
xnie siècle, parchemin, 2 feuillets à 2 col. mutilés du haut. 195 sur 150
millim. Initiale bleue et rouge (don de M. Lex, bibliothécaire, 1906).
Ce fragment m'avait été communiqué par M. Omont, il y a
quelques années, avant l'impression du tome XLII du Cata-
logue général , et j'en avais facilement reconnu le contenu. Il a
fait partie d'un manuscrit qui devait contenir 36 vers par
colonne ; actuellement il n'y en a plus que 29 ou 30, les
5 ou 6 vers du haut ayant été coupés. Le premier feuillet
contient une partie du conte de l'Impératrice, n" 11 de la liste
I. C'est le proverbe dont le second vers se trouve ordinairement sous cette
forme : // se foloie a escient (Le Koux de Lincy, Livre des prov., 2»= éd., II,
394). C'est aussi à peu près le début du conte 74 de Weber :
Cil qui bien soit et le mal prent
C'est a bon droit s'il s'en repent.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 37
de Weber. Le second feuillet donne un fragment du conte de
la Sacristaine, n° 13 de la liste de Weber. La lacune entre ces
deux morceaux peut être évaluée à trois feuillets. Le conte du
Meurtrier (Weber, n° 12) manque entre les deux. La Sacris-
taine est publiée dans Méon, Nouveau Recueil, II, 154. Le conte
de l'Impératrice est, autant que je puis croire, inédit. C'est un
récit qui a été compris par Gautier de Coinci dans ses Miracles
de la Vierge. Mussatia en a indiqué deux rédactions latines, sans
déterminer laquelle de ces deux rédactions Gautier avait
suivie ' .
Il suffira, pour donner un échantillon du ms. de Màcon,
d'en transcrire une quarantaine de vers :
Point ne se senti travaillie
« Si te dirai dont ele sert : De la dolor qu'ele ot eue,
« Tuit H mesel qui en bevront, Ainz fu replenie et peûe,
« Qui de bon cuer confès seront, Si qu'ele n"ot ne soif ne fain.
« Maintenant seront respassé L'erbe qu'ele tint en sa main
« Qu'il en avront le col passé, Mist a sa boche et a ses euz ;
« Et saine char recoveront, Molt l'ot chère et moll l'ama meuz
« Si q'un et autre le verront. Que ne feïst l'onor de Troie.
« Mes toz jors maintien ma mémoire ; Que que de l'erbe fesoit joie,
« Si saches ceste chose a voire Si vit venir une galie -
« Que [a] la bone fin vendront Devers l'ile de Satalie
« Qui ma mémoire maintendront. « Qui venoit vers la roche a force
Une nuit et .j. jor entier Del vent qui se feroit en l'orce,
Dormi celé sanz esveillier, Si que pleine en estoit la voile
Et qant ele fu esveillie De bouqueran fête et de toile.
Au haut de la col. suivante manquent six vers que je rétablis
d'après le ms. fr. 1546 fol. 31 ^ :
Dames i ot et autre gent Quant paour orent de l'orage
Qui a .j. mostier simplement Et du vent qui ci les prenoit
Aloient en pèlerinage, Qui vers la roche les menoit.
1. Ueber die von Gautier de Coiticy be7iût:{ien Ouellen (Wien, 1894), p. 28
(Denkschriften d. K. Akademie âer JVissenschaften in W-^c;/, Philos. -hist. Classe,
t. XLIV).
2. Ce vers et les quatre suivants sont cités par Godefroy sous orge.
38 p. MEYER
Puis notre frai^ment poursuit ninsi :
Imil que par Jorce i anncrercnt '. Totcvois celc part alerent
Quant la dame seule avisèrent ■ Et virent celé bcle et simple
Mo!t en furent esmervellié. Qui fu en chemise et sanz guimpe.
Bien quidcnt estrc essillié, Molt eurent grant pitié de li,
Quar de fantôme se doutèrent; Que bien conurent son ennui.
3. — FRAGMENTS DE CAMBRIDGE
Ces deux fragments consistent en deux morceaux de parche-
min, restes de deux feuillets d'un manuscrit exécuté vers le
milieu du xiii' siècle, ou peu après. Ils forment les gardes d'un
livre de petit format appartenant à la Bibliothèque del'Univershé
de Cambridge \ C'est le bas des feuillets quia été rogné : le haut
est intact. Il y a deux colonnes par page, conséquemment quatre
par feuillet : en tout, huit colonnes, réduites à 13 vers chacune.
Par la comparaison avec les autres mss. on voit qu'il manque
18 vers au bas de chaque colonne. Je commence par transcrire
le texte, qui appartient au conte 39 de Weber, le demi ami.
Puis je présenterai sur l'origine de ce conte quelques observa-
tions.
FEUILLET I RECTO
Li granz avoirs et li trésors « Por mon profit et por mon bien
Que l'en pot de chascun jorhors « Sei ge que vos me chastiez,
Ou l'en ne met pas nule chose. « Mes vos devez estre moût liez
Musarz est qui conmencier ose « Que je ne sui pas truniellieres >,
Chose qu'il ne puet parfiner. « Ivroins* ne mellis ne lierres
Reulement se doivent mener « Ne femmene maintieng ge mie.
Genz qui el monde, voelent vivre c Je n'ai acointe ne amie
Porlor conmencement parsivre. « Dont pleinte ne noise vos viegne.
1. Ce vers est en partie coupé.
2. In Psahnos aliqiiot David icos Philippi Melanchtonis narrât iones doclissime.
Haganoe, per Johan. Sac, anno mdxxviii. In-8°. Voy. Panzer, Annales
typogr., VII, p. 10 1 (no 270).
5 . Godefroy cite de ce mot un exemple du xve siècle et le traduit, avec
doute, par « femme joueuse ». Mais c'est le cas sujet de tranelcor, inscrit à
son ordre alphabétique avec plusieurs exemples. Il v a tri bon lier es dans le
ms. 1546 et dans le ms. de l'Arsenal cité par Godefroy sous triboleor.
4. Exemples moins anciens de ce mot dans Godefroy.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
39
Qui tant despent en sa joenece
Que poures est en sa veillece,
Honte et mesese le sorprcnt;
Si est fox qui garde n'i prent,
Qui a bien fere vcult entendre
« Se mon cors bone vie tiegne,
« En tote la cité de Rome
« Ne sai enfant, femme ne home
« Qui ait vers moi corroz ne ire.
« Einsi le jurre por voir, sire.
FEUILLET I VERSO
« Que j'ai de bien parlanz amis
« Jusqu'à la montance de dis.
— Voire, biau filz? — Voire, voir,
[père,
« Foi que je doi l'ame ma mère.
— Biau filz, se vos me dites voir,
« Bien avez assis vostre avoir.
« Filz j'ai vescu moût longuement,
« Si sachiez vos certainement
« Conques tant ne poi esploitier
« Que j'en parfeïsse .j. entier.
« Si ai ge meint home servi ;
« Tôt adès en ai .j. demi
« Qui par tôt mon voloir feroit
« Si vos pri ge com a ami
« Que vos aveuques moi viegniez
« Et que la voie m'anseigniez
(I Par qoi je puisse cstre sauvez,
« Si com vos fere le devez.
« Lors si orroiz q'il vos diront
« Et quel aïde vos feront.
— Sire, « fet il », je cuit savoir
« Que por mètre cors et avoir
« Ma volenté ne defferoient,
« Ne honte avoir ne me lerroient ;
« Et totes voies i vueil aler ' ;
« N'est pas grant peine en l'esprover.
FEUILLET 2 RECTO
« Que vos par tôt m'aïdessiez
« La ou mon besoing seûssiez
" Et vos me failliez por si po.
« Or sei je bien, par saint Niqo,
« Ke tel ami fet fol amer
« Qui est sanz miel e plein d'amer. »
De lui se parti meintenant,
Si s'en ala por fol tenant,
Car il aperçut bien et sot
Que son servise perdu ot.
A l'autre ami revint après
Que de celui manoit bien près;
Si li conta ce qu'il pensoit.
Si come a l'autre fet avoit.
« Qui m'aime ma bouche le set,
« Et qui ne m'aime ne li chaut
« Se je muir de froit ou de chaut. »
A celui plus ne sejorna ;
Sanz congié prendre s"en torna.
Car s'amisiié pas ne li sist.
A son père vint, si li dist
Les responses qu'il ot eues,
Conques ne li furent teûes.
Li pères, qui bien l'entendi.
En souriant li respondi :
« Biau filz, je le savoie bien
« Qu'en tex gent n'avoit nule rien
« Fors la parole seulement.
I. Ms. v., ialer.
40
p. MEYER
FEUILLET 2 VKRSO
Il vint a son père et H dist
La rcsponse qui bien H sist.
Lors aperçut que bons estoit
Li chastiz que fet li avoit.
D'amis volages se garda
Et de trop doner se tarda.
Li pères, qui moutfu tendriers
De son fill, et qui volentiers
A bone voie l'atornast
Et de mau fere destornast,
Li dist : « Biau filz, or entendez
« Et par bien entendre aprenez ;
« L'en ne puet s'a bien non venir
« De bons exemples retenir
Les biens terriens et semé
Sor pierre dure et en tel leu
Ou nos ja n'avrons fruit ne preu.
Cil bien au besoing nos faudront,
Aveuques nos pas ne vandront
Devant Deu por nos délivrer.
Ja ne les i porrons mener ;
En la berele nos lerront
Et au grant besoing nos faudront.
Li seconz amis qui est nus,
Qui dist que jusq'a l'uissanz plus
Copaignie nos portcroit,
Mes dedenz mie n'enterroit
Por amor qu'il eùst a ame.
Pour faciliter l'intelligence de ces fragments, où la suite des
idées n'apparaît pas très clairement, et aussi pour la clarté des
explications qui vont suivre, je vais analyser le conte. La scène
se pa.-^se à Rome. Un prudhomme adresse de sages avis à son
fils, jeune homme de quinze ans, qui dépensait largement; il
lui remontre que les biens de ce monde sont périssables, et que,
à dépenser trop en jeunesse, on risque d'être pauvre en
vieillesse. C'est une sorte de « chastoiement ». Le fils reçoit
avec déférence les conseils de son père, et excuse sa vie dépen-
sière en disant qu'il espère ainsi acquérir de nombreux amis.
« Combien en avez-vous ? » dit le père. — « Dix », répond le fils.
— «C'est beaucoup », reprend lepère: «bien que j'aie longtemps
vécu, je n'ai jamais pu en avoir plus d'un demi, qui, je crois,
ferait tout pour moi. Mettez vos nombreux amis à l'épreuve.
Dites au premier que vous avez commis un meurtre, que vous
devez vous présenter devant l'empereur pour vous défendre,
et demandez-lui de vous accompagner et de vous tirer de ce
mauvais pas. » Le fils consent. Il se rend chez un premier ami
qui refuse absolument, puis chez un second qui s'ofire à l'ac-
compagner jusqu'à la porte de l'empereur. Le fils, sans pousser
plus loin l'expérience (ce qui ne laisse pas de surprendre),
retourne auprès de son père et lui fait part des réponses qu'il
a reçues. Le père lui conseille d'aller trouver le demi-ami, sur
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 4I
lequel toutefois il n'ose pas beaucoup compter, lui ayant fait
peu de bien. Le fils fait encore cette démarche : le demi ami se
met, par amour pour le père, à sa disposition et fera tout pour
le sauver. Le premier ami, ce sont les biens du monde ; le second,
qui nous abandonne à l'instant où nous aurons (après la mort)
à paraître devant le juge souverain, ce sont les parents qui
assistent aux obsèques, en pensant à l'héritage, la femme, qui
déjà songe à se remarier. Le demi-ami ce sont nos bonnes
œuvres, les aumônes que nous avons faites, etc.
Quel est le type original de ce conte ? Il y a deux paraboles
auxquelles on peut songer, et qui, bien que fort analogues, au
point qu'il paraît légitime de leur supposer une origine com-
mune, diffèrent cependant beaucoup dans les détails, et ont été
l'une et l'autre maintes fois reproduites, avec des variantes, dans
les littératures du moyen âge : ce sont la parabole du demi-
ami, dans la Disciplina clericalis de Pierre Alphonse, et la para-
bole des trois amis dans Barlaaii! et Josaphat \ Voici d'abord le
texte de h Disciplinadericalis, que je transcris d'après l'édition de
l'abbé Labouderie (Société des bibliophiles français, Paris, 1824,
1. 1), le corrigeant çà et là d'après le ms. B. N. latin 5397 (fol.
147 0:
Arabs moriturus, vocato filio suo, dixit : « Die, fili, quot tibi, dum vixisti,
« acquisieris amicos? » Respondens filius dixit : « Centum, ut arbitrer, acqui-
« sivi amicos. » Dixit pater : « Quia philosophus dixit : <( Ne laudes amicum
« donec probaveris eum.» Ego quidem prior natus sum, et unius dimidieta-
« tem vixmihi acquisivi ; tu ergo centum quomodo tibi acquisisti? Vade igitur
« probare omnes, ut cognoscas si quis hominum tibi perfectus erit amicus. »
Dicit filius : « Quomodo consulis? » Dicit pater : « Vitulum interfectum et
« frustatim comminutum in sacco repone, ita ut saccus forinsecus sanguine
« infectus sit, et cum ad amicum veneris, die ei : Hominem, care mi, forte
« interfeci ; rogo te ut eum secreto sepelias ; nemo enim te suspectum habe-
« bit, sicque me salvare poteris. » Filius fecit sicut pater imperavit. Primus
amicus ad quem venit dixit : « Fer tecum mortuum super collum tuum :
« sicut fecisti malum, patere satisfactionem ; in domum meam non introi-
I. Voir l'article de M. G. Huet intitulé La parabole des faux amis, dans la
Romatiia, XXXIII, 87. — La parabole des trois amis a été plus d'une fois
mise en vers français d'après Barlaam, en dehors des traductions, qui nous sont
parvenues de ce roman. Citons la pièce Bien deicssons essample prendre (Zeitschr .
J. roui. Pbil., XXII, 64, et Jean de Condé, éd. Scheler, II, m).
42 p. MEYER
« bis. )) Cum autem per singulos amicos suos sic ecisset, eodem responso
omnes responderunt. Ad patrem rediens, renunciavit quae fecerat.Dixitpater :
« Contigit tibi ut dixit pliilosophus : Multi sunt duni numerantur amici, sed
« in necessitate pauci. Vadc ad dimidium amicum queni habeo, et vide quid
« dicat tibi. » Venit, et sicut aliis dixerat, hiiic dixit, qui ait : «Intra domum;
« non est hoc secretum quod vicinis debeat propalari. » Emissa igitur uxore
cum omni familia sua, sepulturam fodit. Cum autem ille oninia videret parata,
rem prout erat disseruit, gratias agens. Deinderetulit patri quefeccrat. Pater
vero dixit : « Pro tali amico philosophus ait : « Hic est vere amicus qui te
« adjuvat cum tibi substantia déficit. »
Il existe un rapport évident entre ce récit latin et notre récit
français. D'abord l'idée du demi-ami, pais le fait que le fils,
abandonné par ses propres amis, rencontre enfin un accueil
favorable chez ce demi-ami, qui est celui de son père et non
pas le sien ; enfin cette circonstance importante que, dans l'un
et l'autre texte, le crime, qui motive l'épreuve, est supposé,
tandis que dans la parabole de Barlaam, dont le texte latin sera
publié plus loin, l'homme qui a recours à ses amis, au nombre
de trois, est sous le coup d'une accusation réelle. Il y a aussi
des différences, les unes secondaires, les autres capitales. Je
considère comme secondaire la localisation du récit : chez
Pierre Alphonse il s'agit d'un Arabe, dans le conte français, le
père est un bourgeois de Rome. Que le jeune homme ait (ou
croie avoir) cent amis, comme dans le latin, ou dix comme
dans le français, il n'y a pas lieu d'attribuer grande importance
à ce détail. Mais il est plus intéressant de remarquer que dans
le français le père avoue qu'il n'a jamais montré à son demi-
ami une bienveillance particulière, aveu qui manque dans la
Disciplina, et qui au contraire se retrouve dans le conte français
et âiins Barlaam. Enfin, la moralisation qui termine le récit
français n'existe pas chez Pierre Alphonse et est exactement celle
que nous présente Barlaam. Il paraît donc certain qu'il y a
dans le conte français une fusion des deux paraboles. La seule
question qui se pose est de savoir si cette fusion doit être
attribuée au poète français ou si elle existait déjà dans un texte
latin inconnu. Je pose la question sans la résoudre. D'une part
en effet il est certain que l'auteur de la Vie des Pères ' traitait
I. Plus exactement des 42 premiers contes. On sait que la suite est d'un
autre écrivain.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 43
avec liberté les matières qu'il mettait en vers; et sans doute il
eût été capable de fondre ensemble deux contes analogues,
originairement distincts'. Mais d'autre part nous connaissons
plusieurs récits où la parabole de Pierre Alphonse et celle de
Barlaam sont combinés de façon variable \ Les deux hypothèses
exprimées plus haut sont donc a priori aussi admissibles l'une
que l'autre. Aucun des récits combinés qu'on a signalés jusqu'à
présent ne paraît être la source du conte de la Vie des Pères,
mais il n'est pas impossible que l'on trouve un jour une rédac-
tion latine où les types fournis par la Disciplina et par Barlaam
soient combinés comme dans la Fie des Pères K
Afin de permettre la comparaison entre les deux types, je tran-
scrirai maintenant la parabole de Barlaam, où il n'est pas ques-
tion d'un demi-ami, mais qui doit être intitulée « les trois
amis ». On la cite ordinairement d'après le texte grec, qui,
naturellement, n'a pas été connu en Occident, ou d'après la
traduction latine de Jacques de Billy (1602), réimprimée par
Rosweyde, dans ses VitcB Patrum (161 5 et 1628)+, mais il y a
tout avantage à citer l'ancienne traduction latine, dont on a
des manuscrits dès le xii^ siècle, et par laquelle la fabuleuse his-
toire de Barlaam et Josaphat a pénétré dans les pays romans^.
Je transcris le texte d'un ms. du Musée britannique, Add.
1. Peut-être inconsciemment, car bien souvent il parait avoir écrit de
mémoire, sans avoir le texte sous les yeux.
2. Par exemple celui des Gcsla Koinaiiorutn, ch. 129. Dans ce récit il y a
trois amis, comme dans Barlaam ; la moralisation aussi est à peu près sem-
blable. Mais d'autre part l'épreuve est la même que dans la Disciplina, c'est-à-
dire que le jeune homme, sur le conseil de son père, feint d'avoir commis
un meurtre et se présente chez ses trois amis portant dans un sac un porc qu'il
vient de tuer, et qu'il prétend être le cadavre de sa victime. Cette rédaction
ressemble assez à celle de la Vie des Pires, où toutefois certains traits de la
Disciplina sont mieux conservés. — Ce qui prouve combien la teneur de ces
récits est flottante et variable, c'est que, dans une forme particulière des
Gesta Romanorum (éd. W. Dick, 1890, n° 196), la même parabole se présente
sans moralisation et avec une fin toute différente, et d'ailleurs absurde.
3. Il faudrait retrouver la source de la rédaction des Gesta. Mais on n'a pas
encore étudié avec méthode les sources de cette compilation.
4. Aussi dans la Pat rologie latine de Migne, tome 73.
5. Je l'ai déjà citée à propos d'une autre parabole, Romania, XIII, 593. .
44 P- MEYER
17299 (fol. 37), de la fin du \ir' siècle". Je le publie d'autant
plus volontiers que j'aurai à m'}' référer à propos d'un autre
fragment, en français d'Angleterre, que je ferai connaître plus
loin.
Senex vero disit : Rursus similes sunt amatores secularium delectationum,
et qui harum dulcedine illiciuntur atque futuris et stabilibus fluida et fragi-
lia preferunt, homini qui très amicos iiabuit, quorum quidem duos precor-
dialiter et affectuose honorabat ac vehementer eorum caritate afficiebatur,
usque ad mortem pro ipsis agonizans et periclitari desiderans. Adversum
tercium vero multo ferebatur despectu, neque honore neque decenti eum
aliquando gratificans dilectione, nisi modicam quandam et exiguam ad cum
simulans amiciciam. Venerunt ergo, die quadam, terribiles quidam ac preci-
pui milites, festinantes celeritate multa liuncad imperatoremducere, rationem
redditurum pro debito decem millia talentorum. Coartatus vero ille quere-
bat adjutorem ad subveniendum sibi in terribili rationis positione apud
regem. Currens igitur ad primum suum et pro omnibus aliis carissimum
amicum, dicit ei : « Nosti, o amice, quomodo animam meam semper pro
« te posui; nunc autem indigeo auxilio tuo in die ista, detinente me necessi-
« tate. Quomodo ergo promittis michi nunc auxiliari, et que apud te reposita
( michi spes est, dilectissime ? » Respondens ergo ille ait : « Non sum ami-
« eus tuus. o homo, neque scio quis sis. Habeo enim alios amicos cum qui-
« bus oportet me hodie letari, et amicos istos a modo possidebo, Prebeo
« tamen ccce tibi (Jol. ^S) ciliciola duo ut habeas ea in via qua ambulas,
« que tamen nichil tibi proderunt, et nullam aliam spem a me prestoleris. »
Hec audiens ille et diffidens de auxilio quod speraverat ab eo, ad secundum
perrexit amicum. Cui et ait : « Recordare, amice, quantum a me recepisti
« honoris et gratie. Hodie vero, in tribulationem corruens et adversitatem
« maximam, auxiliatore opus habeo. duantum vero ^ vales michi subvenire
« nunc indica michi. » Ille vero ait : « Non vacat michi hodie ut tecum
n subeam agonem. Curis enim et ego ac sollicitudinibus circundor, et in
« tribulatione sum. Modicum tamen tecum pergam quamvis non tibi sit
« profuturum. » Et statim domum reversus et undique destitutus, lamenta-
batur se ipsum de vana spe ingratorum suorum amicorum et de inutilibus
laboribus quos pro illorum sustinuit dilectione. Pergit etiam ad tertium
amicum de quo nunquam curam habuit, nec socium Içticie suç advocavit, et
ait ad eum, confuso et in terram vultu demisso : « Non habeo os loquendi
1. Acquis en 1848. Ce ms. paraît avoir été fait en France. La reliure
(xviiie siècle) est française. — Le Musée possède deux autres copies de la
même version (voir Ward, Catalogue of romances , II, 125-7), ^^ ^" outre divers
abrégés.
2. Ailleurs er^o.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 45
« ad te. Cognosco enim diligenter quia nunquam tibi benefèci nec amicabi-
« liter erga te me habui ; sed, quoniam adversitas apprchendit me durissima
« et nullam spem salutis in ceteris amicis meis repperi, veni ad te rogans :
« Si est tibi possibile quodlibet auxilium, vel modicum, impendere, ne
« tardes, memor ignorantiç meç. » Tune ille respondit ei hylari ac sereno
vultu : « Certe amicum meum carissimum confiteor te esse, et modici illius
« tui beiieficii non immjmor, cum usura retribuam tibi. Ne timeas ergb
« neque formides. Ego enim precedam te, ego interveniam pro te apud
M regem, et non tradam te in manibus ininiicorum tuorum. » Confide ergo,
« dilectissime, et ne tristeris. » Tune compunctus ille diccbat cum lacrimis :
(vo) « Heu michi ! quid prius lamentabor aut quid potius plangam ? Vanum
« affectum meum reprehendam quem ingratis illis et falsis exhibui amicis,
« an amentiam meam plangam que huic vero et germano amico nullam
« ostendi familiaritatem? »
Josapliat auteni et istum cum ammiratione sermonem suscipiens, exposi-
tionem requirebat.
Tune Barlaam ait : Primus amieus, utique est divieiarum possessio, et
amor pecuniarum pro quibus homo multis subjacet periculis, et plurimas
sustinet miserias. Veniente vero ultimo mortis termine, nichil ex omnibus
illis nisiquç ad sepulturam pertinent inutiles accipit panniculos. Secundus autem
amieus voeatur uxor ' et filii et eeteri cognati et amici quorum affectui adhé-
rentes inseparabiliter tenemur, ipsam animam et corpus propter illorum
spernentes amorem. Sed nullam aliquis ex eis utilitatem consequitur in hora
mortis, nisi quod tantummodo usque ad monumentum seeum pergunt. De-
inde mox revertentes suis vacant curis et sollicitudinibus, non minus obli-
vioni memoriam quam corpus aliquando amici operientes sepulchro. Ami-
ens vero tertius, despeetus et gravis, non faniiliaris, sed exosus et quasi aver-
sus, justorum operum chorus est, videlicet fides, spes, caritas, elemosina,
humanitas et eçtera virtutum congregatio quç potest precedere nos cum exi-
mus de corpore et pro nobis apud Deum intervenire et de inimicis et crude-
libus exaetoribus liberare, qui calumniam et amaram rationis exactionem
nobis commovent, in aère nos eomprehendere temptantes. Iste est gratus
amieus et bonus qui et modicum bonum opus nostrum in memoriam fert
et cum usura nobis integrum restituit.
Il a été fait de cette version divers abrégés qu'il n'est pas
utile de prendre ici en considération. Mais, ce qui est vérita-
blement intéressant c'est que, parmi les exempla de Jacques de
Vitri. il s'en trouve un qui, bien que visiblement identique
par le fond à la parabole de Barlaaiii, en diffère cependant
I. Je rétablis, d'après les autres mss., uxor qui manque dans l'Add. 17299.
4^ p. MEYER
par les circonstances du récit '. Il ne s'agit plus, comme dans
le texte précédent, d'un comptable appelé inopinément à rendre
ses comptes, mais d'un serviteur (scrvicns) qui n'a pas craint
d'accueillir les ennemis de son seigneur dans le château dont
la garde lui avait été confiée. Autre différence : le troisième
ami est le Christ, et non plus, comme dans Barlaani un groupe
de vertus ^ Ces récits, passant de bouche en bouche, subis-
saient de perpétuelles modifications. C'était comme une matière
malléable que chacun accommodait à sa guise.
4. — BIBL. NAT. LATIN IO769.
Ce ms. est classé dans le fonds latin parce que le premier des
ouvrages qu'il renferme (ff. 1-121) est en latin. Mais du fol.
122 au fol. 179 il contient une copie de V Image du monde,
seconde rédaction, qui se termine par cet explicit où le copiste
se nomme :
Chi fenist l'Image du monde
Dont vos avez oï la somme,
Escrit l'an d'incarnation
Mil et trois chens et .x. en son.
.1. clerc l'escrit de poi d'afere,
Car autre cose ne pont fere :
On l'apele Raol Crisnon
Par sen droit non et par sournon.
Jesucrist 5 otroit bon repos
A s'ame quant ira du cors ! Amen '.
A la suite de Vliiiage du monde est copié, d'une écriture
1. Crâne, The exeiiipla oj Jacques de Vitry (London, 1890), n" cxx. C'est
le no 108 des Latin stories de Th. Wright.
2. Une rédaction, qui est au fond celle de Jacques de Vitri, mais qui s'en
écarte sur certains points, est copiée isolément dans le ms. 1249 (fol. 80) de
la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Là les amiS sont au nombre de quatre, le
troisième est le diable, conception qui ne se trouve nulle autre part; le qua-
rième est le Christ.
5. Il ne semble pas que ce manuscrit, dont la valeur est médiocre, ait été
signalé dans les travaux que nous possédons sur V Image du inonde.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 47
fine et serrée le conte 38 de Weber. Je me borne à en trans-
crire le début :
De la noiuiaiii en qui le diable se tnist pour sa viande qu'elle ne mie.
Mauvez est qui ne gucrredonne Son serviche pert et sa pêne
Et ne désert che c'onli donne. Qui du maufé servir se pêne '
Pour che deserf que bien me faciles, Q.u'en tel manière et en tel guize
Non pas pour che que tu me haches. Rent a son serjant tel servise :
Vilein guerredon me rendroit Premièrement cheli honist
Qui pour bien servir me batroit. Q_ui plus le sert et obeïst. . .
III. — FRAGMENT D'UNE RÉDACTION DE LA PARABOLE
DU DEMI-AMI FAITE EN ANGLETERRE
Ce fragment se compose de deux feuillets de parchemin,
rognés du haut, qui servent de feuillets de garde à un manu-
scrit de la Bodléienne, fonds Bodley 82 ^. Le manuscrit pro-
prement dit_, qui a de lintérèt pour l'histoire de la littérature
française en Angleterre, sera de ma part, l'objet d'une pro-
chaine notice.
Revenons à nos deux feuillets. Il y a bien des années que je
les ai transcrits. Je ne me pressais pas de les publier, ne déses-
pérant pas de trouver un texte complet du poème auquel ils
appartiennent. Mais cet espoir ne s'est pas réalisé et j'arrive à
un moment de la vie où il est prudent de ne pas reculer indéfi-
niment l'achèvement des travaux commencés. L'écriture est de
la première moitié du xiv^ siècle. Elle est disposée sur deux
colonnes, à vingt-six vers par colonne. Les feuillets ayant été très
rognés, pour s'accommoder au format du livre, le premier vers
de chaque colonne est plus ou moins entamé. Le poème, qui
peut être attribué au milieu, environ, du xiii'' siècle, est en
strophes de six vers disposés selon une forme {a ab c c F) qui a
été fort usitée dans la poésie latine rythmique et dans la poésie
vulgaire. Elle est surtout fréquente dans les compositions
1 . Lire mauvais et non rnaufé. C'est un proverbe bien connu : Le Roux de
Lincy, II, 174, 392 ; Tristan de Thomas, éd. Bédier, v. 1955, etc.
2. Ancien N. E. E. 127; no 2274 des Catalogi de Bernard (1696).
4S l'. MEVER
françaises d'Angleterre et dans la poésie anglaise du moyen
âge '. Ce qu'il y a ici de notable, c'est que le sens se continue
parfois d'une strophe à l'autre (voir str. 11, 14, 26, 27, 29),
tandis que, dans les autres exemples qu'on a de cette forme, la
fin de la strophe est en même temps celle de la phrase. La
langue est dans un état avancé de déchéance phonétique ;-/ et
-ic riment ensemble; de même -er et -ère, etc.
Nos fragments appartiennent à une rédaction dans laquelle,
de même que dans celle de la Fie des Pères, le récit de la
Disciplina clcricalis a été combiné avec celui de Barlaaiii.
En voici le résumé : Un prince (probablement un roi), avait
pris son fils pour sénéchal. Mais ce fils remplissait fort mal sa
fonction. Il était « volage » et passait son temps à jouer.
Même, il dissipait en orgies les sommes qu'il recevait au
nom de son père. C'est du moins ce qui semble ressortir des
premières strophes; nous avons dit que l'ouvrage était incom-
plet du début. Le père se montra d'abord indulgent : il envoya
à son fils des messagers chargés de lui adresser des représenta-
tions; mais voyant qu'il n'en était tenu aucun compte, il jura
que, si le jeune homme ne lui rendait pas un compte exact des
sommes perçues, il le ferait pendre. Le fils demanda un répit de
huit jours qui lui fut accordé. Il alla demander conseil à sa
mère. « Beau fils », lui dit celle-ci, « du temps que vous étiez
homme puissant, avez-vous su vous faire un ami lo3'al qui
puisse vous venir en aide ? » Le jeune homme répondit qu'il
avait deux amis et un demi. La dame lui conseilla d'aller les trou-
ver. Le fils se rend auprès du premier ami. — Ici lacune. — Quand
le texte reprend, au second feuillet, le récit est terminé : évi-
demment, commedans les autres r-édactions de la parabole, le fils
n'avait trouvé aucun secours chez les deux amis qu'il chérissait
I. M. Naetebus n'en cite que trois exemples français, tous fournis par des
poèmes écrits en Angleterre (Die nicht-lyrischeii Strophenfornieu des Alt/ran-
:{osischen, art. LXiii (pp. 152-3). Mais il y en a d'autres, et jusqu'aux derniers
temps du moven âge. C'est une des formes du rythme que Fabri {Le grand
et vrai art de plaine rlietoriqiie, éd. Héron, II, 50) appelle « deux et art » et
qu'il serait plus correct d'appeler « deus et as », comme le remarque l'éditeur
dans sa note sur ce passage. C'est du reste le nom adopté dans un des arts
de seconde rhétorique publiés par M. E. Langlois (p. 225). — En anglais,
c'est la forme des proverbes de Hending (voir Romania, XV, 534) et du Sir
Thopas de Chaucer.
FRAGMENTS DE MAMUSCRITS FRANÇAIS 49
le plus et pour qui il s'était dévoué, tandis que le « demi-
ami » avait plaidé sa cause devant le roi et l'avait sauvé. Le
second feuillet contient la morale de la parabole et autre chose
encore. Cette autre chose est intéressante, et nous permet de
nous former une idée de ce que devait être le poème dont ces
deux feuillets nous ont conservé un fragment. La parabole expo»
sée, nous voyons intervenir un interlocuteur, du nom de
William, qui remercie le narrateur, lui disant : « Sire, mille fois
merci : vous m'avez appris comment je dois aimer le monde
et quels sont les amis à qui je dois faire part des biens que
Dieu m'a donnés : ce que j'ai donné à des amis^ à des
parents, est perdu. » Sur quoi le narrateur reprend son exhor-
tation morale : « Il n'est pas d'enfant, dit-il, qui aime son père
autant que son père l'aime. Le père mort, il ne pense qu'à l'héri-
tage. Ce n'est pas amour, c'est haine évidente, quand on souhaite
la mort de son père pour avoir son bien. Aussi doit-on, quand on
en a le loisir en cette vie mortelle, dépenser son bien en telle
manière qu'on en sache rendre compte au jour du Jugement;
et si on attend qu'autrui le dépense, on est trahi vilement. Que
personne ne se fie aux exécuteurs [testamentaires], car ce sont
les plus terribles traîtres qui soient en terre. Ils promettent de
faire droit ' quand vous leur confiez le soin de vos affaires ;
mais aussitôt que vous serez mort, ce droit se changera en tort.
Pas une maille ne sera donnée là où vous l'aviez assignée, à
moins qu'il se trouve un témoin du legs ou que le souverain
intervienne et impose sa volonté.... Dieu n'y aura pas sa part.
Les exécuteurs prendront tout à leur discrétion et feront le
jugement : « Partageons, diront-ils : tout cela est à nous. »
Telle est la patenôtre qu'ils en disent. Peu leur chaut de
l'àme, où elle aille, mais ils s'occupent activement à partager les
biens entre eux en parts égales ^. »
Il n'est pas facile d'étudier dans le détail, cette rédaction oii le
début manque et dont les deux fragments sont séparés par une
importante lacune. Toutefois on peut relever, comme venant de
la Disciplina clérical is, la mention du « demi-ami », Pour le
1. Faire droit, au sens du moyen âge, payer ce qui est dû.
2. Ces imputations contre les exécuteurs testamentaires sont fréquentes au
moyen âge. Voir par ex.; William de Waddington, éd.de l'-E. £. T. 5., p. 202
et suiv. (cf. Hist. lilt. de la Fr. XXVIII, 280); Coules de Boion, pp. 103 et 1 56.
Romania, XXXy A
50 1'. MEYER
reste c'est bien, semhle-t-il, la rédaction de Barlaam qui est sui-
vie. Ainsi l'homme qui se voit obligé de recourir à ses amis a com-
mis une faute réelle : il ne s'agit pas, comme dans la Disciplina
d'un crime imaginaire. Mais il y a pourtant une divergence
notable. Dans toutes les rédactions que je connais l'homme
accusé et le souverain, empereur ou roi, ne sont unis par aucun
lien de parenté. Ici c'est à son père que l'accusé doit rendre ses
comptes; c'est son père qui le fera pendre s'il n'arrive pas à se
justifier. C'est là une modification peu heureuse du type primitif.
Il y a encore une autre remarque à faire. Le fragment d'Ox-
ford semble appartenir à un ouvrage moral où la parabole était
citée à titre d'exemple. La parabole se termine avec la strophe
23. A la strophe 24 le texte continue comme suit : « Sire,
dis-je, merci mille fois. Vous m'avez sagement appris et ensei-
gné comment je dois aimer le monde, à quels amis je dois
faire part des biens que Dieu m'a donnés... »
C'est le langage d'un disciple s'adressant à son maître, d'un
fils parlant à son père. Et, à la strophe 26, le père ou le maître
reprend son exhortation morale en nommant William celui
dont il fait l'éducation. Nous avons donc peut-être ici les débris
d'un poème moral, d'une sorte « d'enseignement », qui, je le
répète, m'est complètement inconnu. Voici le texte :
I . . dépendre Pur quant que fust en ceste vie,
D'autri bens senz acunte rendre, Tant fu de mal su.spris.
Kar celi . r\ ^ • •.
4 Quant son père iceo vit,
Qui volunters vult acuntcr « u 1 j j-.
^ A un son chevaler ad dit
Dreit vult fere z dreit aver
Et ren d'autri.
K'il out nurrie
Ke il auge a son fiz
z k'il le chastie par beaus diz
2 Son père esteit un hom sage, j^^ ^^ ^^jj^
Ne trop hastifs ne trop volage ;
Si s'aperçust bien, 5 Cil chevaler se mist avant,
z quidout ben ke amender Amunt z aval l'ala querant.
Se devereit ; pur ceo chastier ^^ '^^> "" "i^tin>
Nel volt de rien. ^^"^ ^ ""^ ^'^^^ marchant; (/;)
Entre ribauz le trova juant
5 Un grant secle issi passa ; tntur le vin.
Le senescha! tuz jurs déclina 5 a sei l'apela priveement,
De mal en pis. Si le mist mult ducement
Ne voleit lesser sa folie \ resun
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
51
De part son pore ki mult l'ameit
z le plus haut hom fet l'aveit
De sa meson.
7 « Beaus sire », dit li chevaîer,
« Vus avez un hom a père
« Mult vaillant,
« Qui mult vus aime de bone fei
« z fere vus vult, ben le sei,
(' Honur mult grant.
8 K Ducement par mei vus prie
« Que vo ribaudie
« Des ore lessez.
« Venez ! si le criez merci :
« Tuz vos trespaz, jeo vus affi,
« Vus serrent pardonez.
9 — Sire », dit il, « jeo vendrai
« Ja quant parjué avérai ;
« Alez devant. »
Cil s'en ala z cil renva
Q.ui tantost en ubli li mist
Le covenant.
10 Ne voleit a son père aler, (c)
Einz se délita en son juer
Plus que ainz ne fist.
Plusors fee enveier le père
Gent a lui pur lui chastier,
Mes ren ne profist.
1 1 Tuz jurs se tint a la folie.
Le père, quant ceo ad oye,
Si ad juré
Que il le fra a furches pendre
S'il ne sache acunte rendre,
Tant est iree,
12 De chcscun dener z maille
Et par escrit et par taille,
Senz ren tnentir,
Puis icel primer jur
Que il fu fet rece\'vur
De l'empire.
1 3 Le fiz, quant ceo ad oy,
Mut fu dolent z marri
Et ben si dust,
Ke de son père ben saveit
Que sa parole ne retrereit
Pur ren ke fust.
14 Umblement son père priast
Que huit jours de respit li donast,
Et il le granta.
Et cil qui respit quis aveit {à)
A sa mère ala tut dreit.
Si l'acunta
I ) Cum son père pendre le voleit
S'il acunte rendre ne savereit
Déprimes que il fu senescal.
« Beau fiz », dit ele, « avez quis,
« Tant com fustes hom poustifs,
« Nul ami leal
16 « En ki vus pussez affier
« Pur vus au busoing Icaument ai-
[der? »
Et il dist ke si,
Que deus amis entiers aveit
Quis, tant com poutifs esteit,
Et un demi.
17 « Beau tiz », dist ele, « dune alez
« A vos amis, si les priez
« Par grant amur
« Qpe il od vus voillent aler
« Et del acunt vus aquiter
« A vostre jur. »
18 Et il monta ; si s'en veit
A un son ami ke mult ameit;
Si le cunta
6 à Mult en tontes lettres, et de même en qnelqiies antres cas\ mais ordinaire-
ment ce mot est abrégé — j a Ms. cheual' — 8 /' vo, ms. v?, c.-à-d. vus ; corr.
vostre — 9 i renva, corr. remist ? — 10 d enveier, corr. enveia — \6 a vus vas
— 17 a alez, ms. aler
5 2 p. MEYER
Corn son père mis Tavcit 24 - Sire, dis jeo, mile féz mercis. (/')
Hors de la poustc ou il esteit Curteisement m'avez apris
Et com il jura Ht enscingné
Cornent le mond dai amer,
19 Et as queus amis doner
De ceo ke Deu m'ad preste.
Servi n'ad nule des ore mes (f. 2.) 25 Ceo k'ai donc a ami ou parent
Pur ceo le lessoms en pès Tut ai perdu nettement,
Senz remenbrance. Ceo m'est avis.
N'ainme pas meisme mon trésor;
20 Tant com l'om est en prosperitez j^g 13^^ ^^ ^^^[ aperceu ore
Par tut ad il amis assez, par vos diz.
Sachez de fi ;
Mes, si tost com il est enterrée 26 — Willam, dit il, se Deu me aide,
Tantost en est ublié ; N'est enfant orendreit
N'en pense nul de li'. De mère nez
Ki la meité, jeo vus affi,
21 Allas ! chaytif dolorus, Tant ayme le père com le père li ;
Com failli avez a estrus Car sachez
De suceurs quere
T^ , . ,. 27 Ta ne l'ait le père si suet nurn.
De ceus ki amer sohez ' ■' ^ . , .
T, . Si ben gardé ne si cherri
lant com poer aviez °
j^ . . 1 Deskes atant
En ceste terre !
Q.ue il seit de âge pleinere,
22 Vos aumosnes z vos ben fètz lut dis après la mort son père
Vus esterront mult près Serra désirant,
Au grant busoing ;
u j- . j • ^ ,» 28 Pur aver un poi de héritage
Hardiement od vus irront t^ , ^
, . , Dunt le père en tut son âge
z al acunte vus aideront . , , .
„ . Ad este mestre z sire.
Senz assoing.
Itel amur est mult amere (c)
25 Tant pur vus en prieront Qiumt le filz la mort son père
Ke Jhesu z vus acorderont Pur terriene chose désire.
Si k'il après
Vus mectra od ses amis 29 N'est pas amur mes haunge aperte
En la joie de parais ^1"^"^ ^'0"sit de son père la perte
Ke ja ne cesse. P^'r ""1 chatel.
19 11 manque à tout le moins un feuillet (plus probablement deux) qui
contenait le récit de l'entrevue du jeune homme avec ses trois amis et le
commencement de l'application morale dont nous avons la fin au feuillet
suivant — 2^ d Corr. N'aime pas mei, mais.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
53
Pur coo chescuiî se purpenst,
Tant corn veit z liu z tens
En ceste vie mortel,
30 De Sun chatel issi despendre
Que il sace les acunte[s] rendre
Au Jugement ;
Et, s'il tant attent ke autri
Le despent, il est trahi
Mult viliment.
3 1 Ne s'affie nul en executurs,
Ke ces sunt les plus fers travturs
Ke sunt en tere :
Il promettent de fere dreiture ;
Quant vus les durrez la cure
De vostre afere ;
32 Mes tantost quant vus serrez mort
Serra cel dreit turné en tort,
Si k'il n'i ait
Une suie maille dune
La ou vus l'avez devisé,
Si ceo ne seit
53 Pur pie de aucun ki veù(?).
Ou par soverein ki le face
Par destresce fere ;
00
34 Ne ja Deu n'en avéra part ;
Tut tendrunt en lur agard
Et jugement front :
« Partons a dreit, tut est nostre. »
Ceo serra la paternostre
K'en dirrount.
35 De l'aime ren ne lur en cliaud
Cornent u en quele part ele auit.
Mes des chateus
S'entremettront vigrusement
Qu'il seient departiz owelement
Par entre eus.
56 Mes certes ja n'enjoieront
Cel aver ke si quis unt :
Tel ure vendra,
Meimes la manere k'il l'unt quis.
Tut dreit, issint ou pis.
S'en irra;
37 Ke chose que quise est par péchez
A hunte s'en va, ceo sachez.
Et a dolur,
Ne jamès bien n'achèvera
Cil ki fausine amera
A nul jur.
{Le reste manque.')
IV.
FRAGMENT DE RENART
Nous avons déjà fait connaître deux fragments provenant
de manuscrits dépecés de Renaît. L'un, publié en entier dans
la Romania, III, 373, avait été trouvé à Bruxelles \ l'autre, dont
on s'est contenté de donner un extrait (Rom., XXXIV, 455)5
vient des archives de Maine-et-Loire. Ce dernier ne présente
qu'un bien faible intérêt. Celui que je vais publier a plus de
33 a Les deux derniers mots, rognes par le haut, sont d'une lecture incertaine.
Il faudrait quelque chose comme l'uevre sace.
I. Le fragment coté /; par M. E. Martin, Le Roman de Renart, p. xxii.
54 !"• MHYER
valeur, bien qu'à vrai dire il appartienne à une famille qui
nous est connue d'ailleurs.
C'est un feuillet qui forme l'une des gardes du ms. 257 de
la Bibliothèque Sainte-Geneviève. M. Kohler, dans son cata-
logue de cette bibliothèque (I, 159) le décrit ainsi : « Le feuil-
let de garde de la fin du volume contient un fragment du
Roman de Renard, soit les 56 derniers vers de la branche de
la Jument et d'Ysengrin, et les 104 premiers de la branche du
Renard et de la Mésange (xiV siècle). Au bas du feuillet se
trouve le chiffre I III'''' et X qui indique probablement la place
de ce feuillet dans le volume d'où il a été tiré. »
Ajoutons que le feuillet est à deux colonnes par page, que
chaque colonne contient 40 vers, qu'il est relié dans le volume
de telle sorte que ce qui paraît être le recto est en réalité le
verso, et que l'écriture est du xiV siècle, sûrement du commen-
cement, peut-être même de la fin du précédent.
Le premier des deux morceaux qui se suivent dans ce
feuillet (de la Jument et d'Ysengrin) appartient à la branche
XIX de l'édition Martin, le second (deRenart et de la Mésange)
est le commencement d'une branche qui dans certains manu-
scrits et dans l'édition de Méon(I, i6é) commence comme ici,
tandis que, dans la famille de manuscrits que M. Martin a sui-
vie, elle se trouve jointe, dans la branche II, à un récit tout
différent, celui de Chantecler et de Renart.
Voici le texte. Les numéros des vers sont ceux de l'édition
Martin (t. II, p. 249). Pour le second morceau on trouvera la
concordance avec l'édition à droite, entre [].
« No compaingnie esteroit bêle. « Car venez en ma compaignie ;
« Car vos porpensez, damoisele, « Si seroiz fors d'autrui dangier :
« De ce vilain qui si vos tue 48 « Ne vos estovra charroier
40 « Et vos fait traire a la charrue. « Ne ça ne la porter nul faiz,
« Vos gaaingniez trestot son bien, « Et toz jors mais vivroiz en pais.
« Ne vos n'en averoiz ja rien — Sire Ysengrin, se je peiisse,
« Fors le noauz que il porra 52 « Vos compaignie chiere eusse ;
44 « Et ce dont il cure n'avra. « Mes je ne puis corre n'aler,
« Haï ! Rainsaut, ma douce amie, « Por ce voil ge ci pasturer.
42 Martin iivre- ce qui fausse le vers. — 43 pomi est certainement préfé-
rable à uvra, leçon suivie par M. Martin.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
55
« De mon pic destre, par derrière,
56 « Passai ier en une charriere;
« Une espine me feri enz.
« Se la me traïez aus denz,
« A nul jor ne seroit partie
60 « De vos la moie druerie.
« Grant mestier vos porrai avoir,
« Car je ferai tôt vos voloir ;
« Car, s'en vos velt gaignon huer,
64 « Je savrai très bien regcter,
« Mordre des denz, ferir des piez.
« Qui comsivrai toz iert jugiez :
« Qui je porrai bien assener
68 « N'avra talent de regiber. »
Dist Y. : « Le pié mostrés,
« Celui ou l'espine sente[z],
« Tost la vos avrai ja sachie ;
72 « Ja mar i avra autre mire. »
Le pié li lieve et il s'acrout,
G ses ongles li vuide tôt.
Que qu'lsengrin au voidier bron-
[che,
76 Et il le pié netoie et furche,
Rainsaut le pié a destendu, (/')
Et Y. si a féru
Entre le pis et le musel,
80 Tôt quoi le geta el prael.
Ransaut s'en tome regibant,
Queue levée va fuiant ;
Et Y. tout quoi se gist,
84 Grant pièce après, et puis si dist :
« Ahi ! maleûreus chaitis.
« Se ier oi mal, or ai hui pis.
« Ne me sai mes en qui fier,
88 « Ne puis en nului foi trover. »
Ainsi se démente Ysengrin,
Ici prent ceste branche fin.
/(■/ feiiist de Rainsaut et d'Yseu^riii, et co)imence de la nieseiige.
Renart se leva par matin ;
Se s'estoit mis en son chemin,
Qar la fain durement l'estraint.
4 Si se démente et se complaint.
Que qu'il se plaint de sa losenge,
Seur la branche d'un chesne crues
8 Ou ele avoit repost ses oes. [472]
R. la voit, si la salue :
« Conmere, bien soiez vos venue •
« Car descendez, si me besiez.
12 — R., fet elle, or vos tessiez,
« Voirement estes mes compères,
« Se vos ne parfussiez si lerres ;
« Car vos avez fait mainte guis-
[che
16 « A maint oisel, a mainte biche,
« C'on ne s'en set a quoi tenir.
« Et que quidiez vos devenir?
« Maufévos ont si déserté [483]
20 « Q'en ne vos puet prandre a ver-
[té.
— Dame », ce respont le gorpil.
« Si voirement com vostre fil (c)
« Est mes filleus en droit batcsme,
24 « Onques semblant ne fis ne
[esme
» De riens qui vos deûst desplere.
« Savez por quoi je nel doi fere?
« Droiz est que nos le vos disons :
28 « Mesire Noble li lions [492]
« Si a par tout la pès jurée
5 Ici commence le texte de l'édition Martin, branche II, v. 469 — 6 Le
copiste a passé un vers : Atant es vous une mesenge — 9 l'oit vaut mieux que
vit (Martin) et c'est d'ailleurs la leçon de la majorité des mss, — 10 Suppr,
vos
s6
p. MEYER
« Q.ui avra, se Deu plet, durée.
il Par sa terre l'a fet jurer
« J:t a ses homes afier, [496]
« Qui ert gardée et maintenue.
« Grant joie en a la gent menue :
« Par tôt iront en pluseurs terres,
« Que par tôt charront mortiex
[guerres, 64 R. li conmença a rire;
« Et les hestes granz et petites. Si li a geté .j. abai. [531]
[501I
« La merci Deu, seront bien qui-
La mesenge li escria :
« Haï! R., quel pés ci a?
« Tost eussiez la pès enfrete
60 « Se ne me fusse aricres trete.
« Vos disiez que afiée [527]
« Estoit la pès et bien jurée {d)
« Et jurée l'avoit vo sire. »
« Certes », fet il, « gc me gabai :
K Ce fis ge por vos poor fere.
[tes. n 68 « Vos qui chaut? Or soit a réfère;
La mesenge respont errant :
40 « R., or m'alez vos gabant,
« Mes, s'il vos plest, bessiez au-
[trui.
« Je reclignerai autre foiz. [535]
— Or dont », fet elle, « c'est tôt
[drois. »
Cil clingne qui molt sot de bole ;
K Que moi ne beseroiz vos hui. » 72 Celi li vint près de la goule
[506] R., mes ne vint pas dedenz ;
Quant R. ot que sa comere [509]
44 Ne fera rien por son compère,
« Dame, fet il, or escoutez :
« Por ce que vos me redoutez,
« Les elz cliniez vosbeserai. [515]
— Par foi! » fet ele, « et je l'o-
[troi.
« Clingniez donqucs. » Il a clin-
[gnié.
Et la mesenge a empoingnié [516]
Plain son poing de mousse et de
48
Et R. a geté les denz; [54o]
Prendre la quide, mes il faut.
76 « R., » fet ele, « ce que vaut?
« Ce n'iert mie q'en croire vos
doie.
« En quel manière vos querroie ?
« Se mes vos croi le m au feu
[m'arde ! »
80 Ce dist R. : « Trop ies coarde.
« Ce fis ge por toi esmaier,
« Que je te voloie essaier, [548]
« Car, certes, je n'i entent mie
[fueille ; 84 « Ne traïson ne felonnie ;
52 N'a talent que besier le veille.
Les guernons li conmence a tor-
[dre,
Et quant R. la cuide aherdre,
Ne trueve se la mosse non [521]
56 Qi li fu remese el guernon.
« Mes or revenez autre foiz,
« Tierce foiée, c'est li droiz. [552]
« Par non de sainte charité
88 « Par bien et par humilité.
« Bêle conmere, sus levez !
« Par celé foi que me devez [556)
42 II manque ici (comme dans C M) deux vers assez peu utiles au sens :
Ne jci por n'en que vos clie:;;^ | Icirt besiers nerl otroie:^. — 53 tordre, corr. ladre.
— 71 Ce vers est répété : la seconde fois le copiste a écrit Celé cligne — 73
quide, ms. quile — 73 II y a comme ici R, dans les mss. CAf; Martin raiant
— 77 mie, corr. ja.
FRAGMENTS DE MANUSCRITS 1-RANÇAIS 57
« Et que devez a mon filluel, 96 Mes celé fet oreille sortie [561]
92 « Que j'oi chanter sor cel tillucl. Q.ui n'est mie foie ne lorde,
« Si refaisomes ceste acorde : Ainz siet sor la branche d'un che-
« De pecheor miséricorde. [560] [ne.
«Guidiez vos donc que je vos Que que R. si se desrene,
[morde? » 100 Atant ez vos les veneors. [565]
Il suffit de comparer ce fragment avec les variantes conscien-
cieusement relevées par M. Martin dans le tome III de son
édition, pour lui reconnaître une étroite parenté avec les mss.
CMn '. Ainsi, pour ne citer qu'un seul détail, dans le second
morceau, entre les vers 42 et 43, les autres mss. ont deux vers
de plus. Je ferai une autre remarque. On voit que dans notre
fragment, la branche de Renart et de la mésange fait immédia-
ment suite à la branche de Renart et de la jument. Il en est de
même dans le ms. C (voir Martin, préface, p. viii). Dans le
ms. M, il y a cette différence qu'entre les deux se trouve
intercalée la branche du Prêtre Martin. Le ms. n ne contient
pas la branche de Renart et de la jument. Ces trois mss.
forment un groupe que M. Martin désigne par y et qui, selon
lui, « contient un texte qui combine d'une façon arbitraire
ceux des classes a et (i^ ». Je n'en suis pas convaincu. Cette
famille, me paraît indépendante d'à et de .3, et a certainement,
en beaucoup de cas, conservé la bonne leçon. Elle a notamment
le mérite d'avoir fait du récit concernant la mésange une
branche à part, tandis que dans les mss. suivis par M. Martin,
ce récit est soudé, bien à tort, à d'autres morceaux de sujets
très différents. Remarquons en terminant que ce groupe 7
acquiert une plus grande autorité par ce seul fait qu'il ne con-
tient pas seulement les trois mss. avec lesquels M. Martin l'a
constitué : il y faut joindre maintenant notre fragment et aussi
le fragment trouvé à Saluces, que j'ai signalé tout récemment
95 Ce vers, qui est évidemment de trop, se trouve à cette même place
dans plusieurs mss., notamment dans C M.
T. C = B. N. fr. 1579; ^ = Turin, Bibliothèque du roi, 151; ;/ =
Vatican, Regina 1699, seconde partie du ms. ; voir la préface de M. Martin,
pp. VII, XV, XX. J'ai coUationné moi-même le fragment de Sainte-Geneviève
sur le ms. de Paris et sur celui de Turin.
2. Observations sur le romun Je Renart (1887), p. 30.
58 p. MHYEK
d'après une publication italienne '. Il y a là une question qui
le recomininde à l'attention d'un futur éditeur du Roman de
Renart -.
V. — FRAGMENT D'UN MS. DU ROMAN DE JULES CÉSAR
PAR JaCOT D1-: FOREST
Je passais un jour par la rue du Vieux-Colombier, lorsque
mon attention fut attirée par un feuillet de parchemin exposé
à la devanture d'un marchand de curiosités. M'étant approché,
je vis que ce feuillet, écrit à deux colonnes vers la fin du
xiii^' siècle ou au commencement du xiv% contenait un fragment
de poème français, et, en ayant lu quelques vers, il ne me fut
pas difficile d'y reconnaître le poème de Jules César par Jacotde
Forest. Or on n'a signalé jusqu'à présent que deux copies de ce
poème encore inédit : l'un à Paris > et l'autre à Rouen ^ : le
fragment que le hasard mettait sous mes yeux offrait donc un
certain intérêt. J'en fis l'acquisition et je vais en transcrire
le commencement et la fin, l'importance du morceau ne me
paraissant pas justifier une publication complète.
Ce feuillet contient 44 vers par colonne. Il a fait partie d'un
ms. exécuté avec un certain luxe : les lettres initiales et finales
sont alignées, et il y a dans les marges du haut et du bas des
enjolivements rouges et bleus. L'écriture est très soignée. On
en jugera par le fac-similé ci-joint, qui reproduit le haut de la
première colonne du verso. Le livre, dont ce feuillet est proba-
blement l'unique débris, était fort volumineux et devait conte-
nir bien d'autres ouvrages que le Jules César en vers, car on lit,
à la partie supérieure du recto, les chiffres, .CCC. .xj. Il y a un
espace vide entre le premier nombre et le second, de sorte que je
1. Roiinviia, XXXIV, 624-5.
2. G. Paris a déjà fait remarquer (Rom., III, 374-5) que M. Martin n'avait
pas apprécié à sa valeur le ms. C.
3. B. N. fr. 1 457. M. Settegast en a extrait de nombreux vers qu'il a insé-
rés dans les notes de son édition du Jules Ci'sor en prose, de Jean de Thuin
(voir RotiHinia, XII, 380).
4. Romania, XV, 129.
FRAGMFA'TS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
59
ne sais s'il faut entendre fol. 311 ou fol. 300, onzième article.
Pourtant la première interprétation paraît la plus probable.
^
fi
■•'4
imcm sfStaiVLsmù i^nb&t &Cw0 iim^Ut n
i:«lretant ' que la gent Cesare fait cesser
Za fain qui les souprant, et qu'il cuide ester
A pais et a repos et asseùr garder,
A lor murs par defors dévoient arester,
5 Si com César i vot ses homes ordener
Por les murs détenir et les tors detenser,
I. Les deux premières lettres sont coupées.
60 p. MKYER
Pompeus est venus as murs soudainnement,
due nuns de ceus de la nulle garde n'an prant,
Et tantost ces enseingnes fait dcsploier a vent
lo Et commande a sonner ces grailcs erranment
Et buisines et cors a vois concordament ;
Et il ont fait trestuit lors son conmandement,
Et se lievent trestuit, que meut grant fiertci rent
La grant noise et dou hu et des cors encement.
15 La grant noise c'on a en Fost Pompé menei,
Et li hus et li cris c'on i a eslevei
De celle part ou il a son ost anienei
Les chevaliers César ont si espoentei
Ke par paour sont tuit près en fuie tornei,
20 Et li hardi son près de deffendre aprestei :
Cil sont sor les dcfois remeis mors ou navrez.
Tantost a on as murs a grans hics hurtci
Et moût fort assailir cil qui l'a craventei
En a moût grant partie a la terre boutei,
2 5 Et lors a ens es tors le feu ardent getei,
Dont li marrien sont tuit esprins et embrasez.
Ja avoit fait Pompé des murs acraventer ;
Grant partie des tors en avoit fait verser '
I. Voici, en prenant le texte un peu plus haut, pour plus de clarté, le
passage correspondant de Jean de Thuin (édit. Settegast, p. 92-3). On sait
que, d'après M. Settegast, le poème de Jacot Forest serait la mise en vers de
la prose de Jean de Thuin.
Quant Pompeus voit en tele manière morir se gent de jour en jour et
amaladir, il dist k'il ne veut plus demorer laiens.Dont commanda privéement
a tous ses homes k'il s'apareillaissent pour assalir, et les a fait tourner celée-
ment par .j. couviert chemin viers les chastiaus ke César faissoit frumer;
et entretant k'il quidoient iestre em pais a lor defois, et César i voloit
ordener ses homes peur desfendre les tors et garder, atant es vous Pompée
venir si soudainement ke la gent César ne s'en prendent garde, si les voient.
Et Pompée fait ses enseignes desploiier, et commanda cors et buisines a sou-
ner ; dont lieve II hus et la criée par toute l'ost de celc part, et en furent si
esfraét li chevalier de César c'a poi qu'il ne s'en torncrent en fuies; et cil ki
plus se firent hardit demorerent au defois sour les murs et i furent ocis.
Dont commenchierent a hurter et a hier as murs, et tant assalirent k'il en
FKAGMKNTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 6l
Entrcuint ' que Sceva devant lui regarda
Por aviser sor coi trebuchier se laira,
170 Por ce que desoz lui par destroit l'ocirra,
.1. bons archiers de traire son dart aparila ;
Si lansa a Sceva, si a droit l'ascna
due parmi l'orilliere dou hiaume li lansa
Le dart si que il l'oil senestre li creva ;
175 Mais maintenant retrait et regeta (sic)
Le dart lors de son chief et avoec en osta...
Pour qu'on puisse juger de la relation de ce texte avec les
deux autres, je vais transcrire les mêmes vers d'après le ms. de
Paris, plaçant à la suite les variantes du ms. de Rouen
(fol. éo v°) :
Entretant que les gens Cesare fet cesser (/. 66 v")
La fains quilles souprent, et qu'il cuident ester
A pais et a repos et asseùr garder
Lor murs ou, por defois, dévoient arrester,
5 Si com César volt ses homes ordener
Por les tors détenir et les murs detenser.
Pompée est si venus as murs soudainement.
Que nus de cels de la nule garde n'i prent,
Et tantost les enseignes fet desploier au vent
10 Et conmende a soner les grailles erraument
Et buisines et cors a vois concordaument ;
12 Et lors ont il trestout fait son conmandement,
la^is Et buisinent et cornent a vois et plainement,
13 Et si lieve li huz qui moût grant friente rent,
I3'''s Si que luie (sic) et demie l'oïst on amplement,
La grant noise du hu et des cors ensement.
abatirent a tiere une grant partie. Apriès jetèrent feu grigois k'ilorent àppa-
reillét es tours pour ardoir les et en firent vierser pluisours. Puis fist Pompée
mètre ses enseignes sour les murs.
Voir Lucain, VI, iiSetsuiv,
I. Jean de Thuin (p. 99) : Et en cou k"il esgardoit a cou, uns archiers de
Grèce l'avise et li lance .j. dart et le fiert en l'oel seniestre, droit parmi l'oe-
lierc dou hiaume, et li crievc. Et Sceva trait errament a lui le dart atout
l'oel...
Voir Lucain, VI, 214 et suiv.
62 1'. MEYER
1 5 La grant noise c'on a en l'ost Pompe mené
Et H hiis et li cris c'om i a eslevé
De ccle part ou il a son ost amené
Les chevaliers César ont si espoenté
Que par poor sont prés tuit a fuie torné,
20 Et li hardi qui sont de deffendre apresté :
Cil sont sor lor defois remez mort ou navré.
Tantost a on as murs a granz hies hurté
Et moût fort assailli si c'om acraventé (/. 6'j~)
En a moût grant partie et a terre bouté,
2) Et lors a on as tors le fu ardant geté,
Dont li mairien sont tost espris et embrasé.
Ja avoit feit Pompée des murs acraventer ;
Grant partie et des tors plus d'une fet verser
Êntretant que Sceva devant lui regarda
Por aviser sor cui trebuchier se laira,
170 Por ce que desGuz lui par destroit l'ocira,
Uns bons archiers de Grèce son dart apareilla
Sa lance a Scevain, et si droit l'ascena
Que très parmi l'oilliere dou hiaume II lança
Le dart si que il l'oeil senestre li creva ;
175 Mais maintenant Sceva retrait et regeta
Le dart fors de son chief et avec en osta
L'oeil qui au dart pendoit, et, de l'ire qu'il a,
L'oeil et le dart emsamble desouz ses plez froissa.
Var. de Koiicn : 2 qui les — 4 par defors — 7 Toutes les finales des vers sont
écrites ant. — 8 n'en — 9 sez e. — 10 a sonner tost et apertemant — lia
vois bien concordant Et cil lievent la noise qui retentist formant. Par consé-
quent le V. 12 bis manque. — ijb's plainemant — 14 ausemant — 15.
P. levé — 16 démené — 17 il ot — 18 La gent au ber C. — 19 en f. —
21 lesd. ou ocis ou n. — 25 es t. le feu grigois — 168 Cevals, ici et ailleurs
— 169 Por esgarder — 172 S'a lanciét a Ceval.
Si l'on compare les trois textes, on reconnaîtra qu'ils sont
indépendants. Il y a bien au v. 4 une foute commune au frag-
ment et à R Çdefors au lieu de dejois), mais elle est acciden-
telle, les deux mots ne différant que par une seule lettre : il est
facile de prendre / pour r. Pour le reste le fragment s'accorde
tantôt avec P et tantôt avec R. Souvent aussi il offre des leçons
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 6}
particulières qui sont généralement mauvaises. V. 2 caide,
fragm., est fautif; il faut cuidenî, comme dans les deux autres
textes. La leçon du v. 4 est corrompue dans le fragment. Les vers
11-14 diffèrent notablement dans les trois textes. Le fragment
omet les vers 12 bis et 13 bis de P, et de ces deux vers le premier
manque aussi dans i^; au v. 13, friente, de P, est certainement
la bonne leçon que le fragment a corrompue enjiertei, et que
R a modifiée arbitrairement. Les vv. 23 et 24 sont évidemment
corrompus dans le fragment : les deux autres mss. ont la leçon
correcte. Au v. 25 on peut hésiter entre grigois de R et ardent
des deux autres textes. V, 171 Grèce, PR, est sûrement
préférable à traire. V, 172 le cas régime Scevain, de P, est
intéressant, mais ne se trouve que dans ce ms. V. 173, orilliere,
fragm., au lieu d'oilliere, est évidemment fautif.
VI. — FRAGMENT D'UN POEME SUR LA THEOLOGIE MORALE
COMPOSÉ EN ANGLETERRE
Je serais heureux si quelqu'un de nos lecteurs pouvait nous
apprendre de quel ouvrage le fragment qui suit est tiré. Je
crois bien ne pas m'aventurer beaucoup en supposant que c'est
le débris, peut-être unique, de quelque poème théologique ou
moral, mais je suis obligé de m'en tenir à cette vague indica-
tion.
Il fait partie du recueil tactice, coté à la Bibliothèque de
l'Université de Cambridge Additional 3303, qui renferme le
fragment de chanson de geste publié ci-dessus (p. 22). C'est
un feuillet de parchemin (19 cent, sur 14) à deux colonnes par
page et à 34 vers par colonne. L'écriture, visiblement anglaise,
est des environs de l'an 1300. La langue et la versification ne
fournissent pas d'indices suffisants pour déterminer une date,
même simplement approximative ; mais on peut du moins affir-
mer que le poème n'est pas plus ancien que le milieu du
xiii^ siècle. Je le placerais volontiers vers la fin du règne de
Henri IIL Le poète fiiit rimer -é avec -ié (39, 40, 51-2, 59-60,
61-2, etc.), u avec ou 15-6, 45 -6, 127-8). Il admet volontiers
quatre et même six vers sur la même rime (27-31, 35-40, 59-
64 !•• MHVHR
62, 85-8, II 1-4), ce qui est fréquent dans les poèmes compo-
sés en Angleterre'. La grammaire est mauvaise : il y a de
nombreuses fautes d'accord attestées par les rimes.
On trouve dans ce fragment la Hn d'un récit et le commen-
cement d'un autre. Le récit dont nous avons la fin est l'his-
toire de Tarsilla et de ses deux sœurs, contée d'après saint Gré-
goire, Homélies sur les Evangiles, II, xxxviii (Migne, Patr.,
lût., LXXVI, 1291). Je joins en note la partie correspondante
du texte latin, plaçant de temps à autre, entre parenthèses,
des renvois à la traduction en vers 2.
1. Voir mon édition des Fraj^nncnts il' une vie de saint Thomas de Cantoihery ,
p. XXXV.
2. Quadanivero nocte huic Tharsillœ amitit mea:, quce inter sorores meas
virtutc continuce orationis, afflictionis studiosce, abstinentiœ singularis, gra-
vitate vita; vcnerabilis, in honore et culmine sanctitatis excreverat, sicut ipsa
narravit, per visionem atavus meus Félix, hujus Romaniv ccclesia; aniistes
apparuit, eique mansionem perpétua ciaritatis ostcndit, dicens : « Veni,
quia in hac te lucis mansionesuscipio » (f. 12). Qua;, subsequenti mox febre
correpta, ad diem pervenit extremum. Et, sicut nobilibus feminis virisque
morieniibus multi conveniunt, qui eorum proximos consolentur, eadem hora
hujus exitus multi viri ac femina; ejus lectulum circumsteterunt, inter quas
mater mea quoque adfuit (z' 22) ; cum subito sursum illa respiciens, Jesum
venientem vidit, et cum magna animadversione cœpit circumstantibus cla-
mare, dicens : «« Recedite 1 recedite! Jésus venit! » Cumque in eum inten-
deret quem videbat, sancta illa anima a carne soluta est, tantaque subito
fragrantia miri odoris aspersa est, ut ipsa quoque suavitas cunctis ostcndcret
illic auctorem suavitatis vcnisse (i'. J4). Cumque corpus ejus, ex more mor-
luorum ad lavandum esset nudatum, longo orationis usu in cubitis ejus et
genibus, camelorum more, inventa est obdurata cutis excrevisse, et quid
vivens ejus spiritus semper egcrit, caro mortua tcstabatur (z'. 42). H;ec
auteni gesta sunt anteDominici natalis diem. Quo transacto, mox .^îlmilianiv:
sorori sux per visionem nocturna: visionis apparuit, dicens : « Veni ; ut
quia natalem Dominicum sine te feci, sanctum Theophaniii; diem jam tecum
faciam » (r )2). Cui illa protinus, de sororis sue Gordianie salute sollicita,
respondit : « Etsi sola venio, sororem nostram Gordianam cui dimitto ? »
Cui, sicut asserebat, tristis vultu iterum dixit : « Veni ; Gordiana etenim
soror nostra inter laicas deputata est » (z'. 6;). Quani visionem moxmolestia
corporis secuta est, atquc ita, ut dictum fuerat, ante Dominica; apparitionis
diem, eadem molestia ingravescente, defuncta est (z'. 66'). Gordiana autem,
mox ut solam remansisse se reperit, ejus pravitas excrevit, et quod prius
latuil in desiderio cogitationis, hoc post eflfectu prav^e actionis exercuit, narn
FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS
6^
Le second morceau est la vie de Malcus, moine captit. L'ori-
ginal est la Fitû Malchi, nionachi caplivi, de saint Jérôme, qui
est comprise dans le premier livre des Vitœ Patrum de Ros-
weyde (réimpression dans Migne, Patr. lût., XXIII, 55). Cette
légende a été plusieurs fois traduite en prose française — je
donne sur ces versions d'abondants renseignements dans le
t. XXXIII (sous presse) de V Histoire littéraire — mais je n'en
connais aucune traduction en vers, sinon l'imitation de La
Fontaine.
Faut-il croire que l'ouvrage dont le feuillet de Cambridge
parait être le seul reste était un recueil de vies de saints en vers?
je ne le crois pas. Les deux morceaux ne sont pas indépen-
dants l'un de l'autre : ils sont reliés par quelques vers de tran-
sition qui se trouvent à la fin du premier. Je crois donc que
les deux légendes de Tarsilla et de Malchus ont été introduites
dans l'ouvrage à titre d'exemples. Cet ouvrage devait être une
compilation de théologie morale, à l'usage des laïques. On sait
qu'il a été composé en x\ngleterre plusieurs de ces compilations
versifiées. On peut citer le Manuel de péchés de William de
Waddington, la Lumière as lais de Pierre de Peckham, les Evan-
giles des Doinées, le Corset, etc. Mais il a dû en exister bien
d'autres qui ne nous sont pas parvenues.
Une noyt mut avej-t vel\'é
E en ureyson travalié ;
Sumoyl prisl, si li fust vis
4 Ke un apostolie Félix
(Ke a le père saynt Gregorie,
Ke Deus eyt en memorie,
Père esteyt) z si parla
8 A Tarsille ke la trova,
E la joye le ad mustré
Ki jamniès ne ert terminé,
Sy li dist : « Venez a moy;
12 « En ceste joye vus receveray. »
Celé tost esteyt esprise
De une fevere ke en fere guise
La anguissa dekes ele morust
16 Corne nus covendra trestut.
Mes quant ele morir deverevt
Grant assemble i esteyt
De prodeshomes, de femmes
[seyntes
20 Ke pur Iv fesayent pitust[s]
[pleyntes.
7 Corr. issi p. ?
oblita Dominici timoris, oblita pudoris et reverentiiE, oblita consecrationis,
conductoreni agrorum suorum postmodum maritum duxit. Ecce omnestres,
uno prius ardore conversse sunt, sed non in uno eodemque studio perman-
serunt, quia, juxta Dominicam vocem, « niulti sunt vocati, paucivero electi »
(Matth. XX, 16).
Romania, XXXV ir
a
t. MEYER
La nicre saynt Gregoric i fu
Ke la chose ad oy e veu,
Ke, quant e!e devereyt morir,
24 Jhesu Crist vceyst venir,
Dunt ele ad mut haut criez :
« Jhesu vent ! car dcpartez ! »
E si corne garda sus ver ly
28 Le esperit noble rcndi
E le aime s'en départi
Ou ly sire ke vint pur ly,
E si aveyt tant de fleyrur
52 Ke bien fu mustré ke auctur
De duceor i fust venu,
Ly noble sire, ly duz Jesu.
Or esteyt le cors liveré, (/')
36 Corne manere fust, ke fust lavé;
Lors esteyt le quir trovc
A eûtes e a genuz enflé
Corne de chamel ust esté,
40 Tant aveyt geu e genulic ;
Dunt la char morte tesmonia
Quele fust la vie ke ele menad.
Si esteyt par un dimeyne le jor
44 Devant la nativité NostreSegnior.
Après tost si aparust
A Emiliane ke ele ama mut ;
Si ly dist treducement
48 Parole bêle, ky le entent :
« Pur ceo ke jeo ay en joye u
« La nativité Jesu
« Sanz vus, la Tiphaine, sachez,
52 « Ou grant joye ou mey avérez. »
Quant Emiliane ceo oy a,
E ele tantost demanda
Ke Gordiane serreyt,
56 E si ele suie demureyt.
Ou murne chcre la respuiidist
Sa soer Tarsilla, si la ad dist :
« Bone soer, avant venez,
00 <i Car Gordiane, ceo sachez.
« Entre seculers est alugnié,
« Par la vie ke ad mené. »
Emiliane se esvelia,
64 La avision nent ne ublia,
E la maladie la prist
Dunt un poy de ure languist,
Ke devant la Tiphaine fini
68 La vie ke out mené ici.
E Gordiane, quant aparceyt (c)
Ke ele suie remaneyt,
Tost ad apertement mustré
72 De quel curage ele out esté,
Car ele prist tost un barun
Ke il valeyt set Deus u nun :
Un vassal ke sout semer
76 Sun semayl pur son luer.
Bien vey treben comencerent.
Tûtes une corde tirèrent
E esteyent en fin' amur
80 De paer lur creatur.
Pur ceo di ke nul ne deyt
De sey fier, quey que il ^^yx.
Car cil ke set que il est uy
84 Car est si demeyn seyt issi :
Pur ceo covent ke seyt gardé
Le quer en bon e en chasteté.
Par le quer est checon nomé
88 Net u ord devant Dé
Ki set les privetés de quer
E les fèz de checon ber.
Il set ke eyme chasteté,
92 Ky lecherie e foleté.
Ke ceo seyt veyrs je vus dirray
Un example ke jeo trovay.
Jeo le trovay en escrist
96 De un seynt home ke laie mist.
De Mako nionacoaliquando captiva.
Si dist ke un jevenes hom esteyt-
Ke Nostre Sire treben ameyt,
74 Ce vers est peut-être corrompu. Le latin n'est ici d'aucun secours, la tra-
duction étant très libre — 84 Corr. Corn sel...} — 86Corr. en boue chasteté. —
yi ke, corr. ki.
Fragments de manuscrits français
67
De quer net, de pur curage.
100 Ccl siècle tint tut a folage,
Ke pur Deu gerpi père e mère
E héritage de grant manere
E se rendi en moniage, (</)
104 Car a ceo tret sun corage,
En Syrie, en une cité
Ke Marok esteyt clamé.
Sun abé esteyt mut prodhom,
108 Se i'reris de grant religion.
Il meymis esteyt debuneyre
A tuz e de bon affere.
Malcus esteyt apellé,
112 De se freris mut amé.
Quant longement i out esté,
Une novele i est levé
Ke sun père mort esteyt
116 E il autre heyr ne aveyt,
For ke ly, si fu riches hom
De terres e de pocession.
Ly jevenes hom de ceo pensa
120 E'son quer ne chastia,
Corne mut de altre gent ne funt
Quant en pensé entré sunt,
Mes pensa ke fereyt grant damage
124 Si issi noble héritage
Par defaute de heyr irreyt
Issi ke nul pru n'i avendreyt,
E pensa, si il i fust,
128 Le affere amendereyt trestut.
Car d'une pose le tendreyt
E puys trestut le vendreyt
E durreyt as orphanins,
152 A vewes e a pèlerins,
E sa mère purvereyt
Si ke defaute n'i avereyt.
Deu 1 come ici out grant queyn-
[tise '•
1 56 Car ly diables quant en sa guise. . .
Paul Meyer.
108 Corr. Li Jrere ?
AN EARLY MS. OF GUI DE WARWICK
The library ot the late Sir Henry HopeEdwardes, which was
dispersed by an auction-sale at Christie's in May 1901, includ-
ed two mss. which hâve formed the subject of articles in
Roniania \ The first of thèse contains a Life of St. Margaret,
not known elsewhere, togetherwith a copy, unique in parts, of
Adgar's Miracles of Our Lady; butin point of interest and
importance it is completely eclipsed by the second, which is no
other than the now famous Chançun de Willame. A third nis.
in Old-French was acquired at the same sale by the discerning
iand fortunate bibliophil to whom thèse two treasures fell; and
through his kindness I am now enabled to introduce it (but not
ts owner, for lie still prefers that his anonymity should be
respected) to the readers of Romania. It does not add a new
epic to the language, like the Chançun de Willame, nor does it
even rival the Adgar-ms. in giving us fresh texts of minor
importance; but it deserves some notice at least, being certainly
one of the oldest — if not indeed actually the oldest — of the
ex tant mss. oi Gui de Wanuick.
Though still inedited, the poem is well known from the
varions English translations and the 15''' cent, version in
French prose, as well as from many articles devoted to the
study of one or more of the mss. A useful summary of the
bibliography of the subject may be found in Dr. Oscar Winne-
berger's inaugural-dissertation % or in Dr. Max Weyrauch's
I XXXII, 394, 597.
2. Ueher dus Handschnjtenverhàltnis des all/r. Guy de JV^imnch, Marburg,
1889.
AX EARLY MS. OF GUI DE U'ARinCK G<)
more récent work '. It will perhaps be convenient to repeat
hère the lisu of mss., adding their dates when possible, so as
to show more readily the sii^nificance of the addition which is
now to be made to their number. Following Dr. Winneber-
ger's enumeration, those known hitherto are :
1. WoLFENBÛTTEL, Cod. Aug. 87, 4. Impcrfect. Assigned by C.P.C.
Schôiiemann - to the end of the 13''^ cent.; dated " 13-14 Jahrh. " by
Dr. O. von Hcinemann in his récent catalogue '.
2. Paris, Bibl. Nat., fr. 1669 (anc. 7656. 3, Colbert 1289). Complète.
Analysed by Littré in Hist. litt. de la Fr., XXII, 841-851, who describes it
as " une transcription faite manifestement par un copiste anglais, à la fin du
xiiie siècle ou au commencement du xive ". The Cat. des mss. français,
tome I, 1868, p. 284, savs merely " xiiie siècle ". The fîrst 28 Unes were
printed hy M. Paul Me\-er in the Bulletin de la Soc. des anc. textes fr., 1882,
p. 62.
3. LoxDON, Collège of Arms, Arundel 27. Complète. Beginning of the
xiv'th cent. See the Cal. of the Arundel mss. in the Coll. of amis, by C. G. Y.
(i. e. Sir Charles Young), 1829, p. 38.
4. Cambridge, Corpus Christi Collège, 50, art. 6 in Nasmith's Catalogus,
^777' PP- 32-3, where 't is dated " seculo xiii ". Complète. Through the
courtesy of Mr. C. W. .Moule, fellow and librarian of Corpus, I was enabled
to procure the photograph of the fîrst page, which accompanies the présent
notice. Dr. Warner and the other experts whom I hâve consulted agrée
with me in assigning it to the latter half of the xiii'h cent., though Zupitza +
put it as late as the xivt'i. The first 28 Unes were printed by M. Meyer in
the Bulletin, p. 65, and the last 20 are printed below from his transcript,
which he kindly p!aced at mv disposai.
5. LoN'DON, Brit. Mus., Harl. 3775, ff. 15-26 b. Imperfect. Circa 1300.
See H. L. D. Ward, Cat. of. Romances, i, 471-484; the first 28 lines printed
in Bulletin, p. 63.
6. LoNDON, Brit. Mus., Roy. 8 F ix. ff. 105-159. Imperfect. Early xiv^h
cent. See Ward, I, 485-7.
7. Oxford, Bodleian, Rawl. D 913 (formerly Rawl. Mise. 1370),
ff. 86-89. Fragments. Beginning of the xiv* cent. ; see W. D. Macray,
Cat. Codd. mss. Bibl. Bodl., pars V, fasc. IV, 1898, col. 141.
1. Die mittelengl. Fassun^en der Sa^e von Guy oj War-iuick und ihre alffr.
Vorlage, Breslau, 1901, forming Heft II of E. Kôlbing's Forschungtn ^tir engJ.
Sprache und Litteratur.
2. Serapeum, 111(1842), p. 355.
3. Die Hss. der Her^ogl. Bibl. i^n JVolfenbïittcl, VU (1900), p. 109.
4. Ziir LiteratiirgescJ}ichte des Guv von Wanvick{i%']-Ç), p. 8.
70 J.-A. HERBERT
fWinncbcrgcr countcd, as No. 8, two sniall fragments at Oxford, which
Mr. Madan kindly identified for me, not without trouble, as ff. 88-89 of
Rawl. D. 913 (sec No. 7 above). Thev were first printed in 1814, by the
Rev. J. J. Conybeare ' .]
9. Marske Hall, Yorkshire, library of Mr. d'Arcy Hutton. Imperfect. Des-
cribcd by M. P. Meyer (Bulletin, pp. 43-60), who says « Il a été, sans
aucun doute, exécuté en Angleterre. L'écriture est normande et paraît appar-
tenir aux dernières années du règne de Henri III. »
[« Ms. Howard, Coll. Arm. 14 ist nirgends zu finden. » So Winneberger,
having evidently taken the référence from « A Clerk of Oxenforde » , who
States' that « three copies certainly exist in England, vi\. one in ms. Harl.
3775. 2; the second in ms. Howard, Coll. Arm. 14; and the third in Ben-
net Coll. Camb. No. 50. 6 ». On making inquiry at the Collège of Arms,
I was assured that no Howard mss. were preserved there, tl'ough that
name might, of course, hâve been applied with propriety to what is known
as the Arundel collection; and there can be no doubt that « A Clerk of
Oxenforde » meant to refer to Arundel 27 (No. 5 above), which was for-
merly numbered 154.]
10. Cheltenham, Phillipps 8345. Winneberger says « Ueber Lùckenhaf-
tigkeit ist nichts bekannt ». But heprobably overlooked a notice of this ms.
by C. Sachs =, w^hich would hâve escaped me but for a timely word from
M. P. Meyer; no hint is given there of any imperfection, so it may be pre-
sumed to be complète. Sachs assigns it to the thirtcenth century. The first
28 lines are printed in the Bulletin, p. 62.
1 1 . Cambridge, University Library. A single leaf, found by Mr. Jénkin-
son in an old book-cover. Described at a meeting of the Cambridge Anti-
quarian Society, on Mar. 7, 1887, by Prof. Skeat, who savs'. « The writing
is perhaps as early as the thirreenth century » : but the beginning of the
fourteenth century isamore probable date. We shall return to this fragment
further on.
The Edwardes ms. was numbered 565 in Christie's sale-
catalogue, where it is described as foUows-* :
1. ne Brilish Bibliognipher, by Sir Egerton Brydges and Joseph Hasle-
wood, IV, 268. See an article in the Gentleman's Magasine, XCVIII. II (Dec.
1828), 495, over the signature « A Clerk of Oxenforde », which Mr. Ma-
dan tells me was a pseudonym used by Sir Frederick Madden.
2. Beilràge :(iir Kunde alt-fr., engl. und profen^. Literatur (Berlin, 1857),
pp. 50-54.
3. See Academy, XXXI, 224-5.
4. Catalogue of the choice and mluahle library of Sir Henry Hobe Edwardes,
Bart.ydeceased, p. 68.
AN EARLY MS. OF GUY DE IVARWICK ']\
Roman de Guy Comte de Warwick, manuscript of tlie xiv'h century, on
vellum (80 leaves) bnnun niorocco extra, hy Bedfonl.
It contains 80 leaves of vellum, measuring 230 by 156 milli-
mètres, in ten quires of eight leaves. The script is in double
columns of 40 Unes, written throughout in one hand, proba-
bly towards the middle of the thirteenth century. At the begin-
ning is a large ornamental initial in red, white, blue and
green ; the sections of the poem are marked by smaller ini-
tiais, red with green flourishes, or blue with red flourishes.
From the accompanying photograph the hand will be readily
recognised as that of the Cbançun de Willauic ; and there can
be no doubt that thèse two mss. and the Adgar-ms. were in
one volume, along with other pièces, at some time not long
before the Edwardes sale. AU three were bound uniformly
by Bedford, probably in the latter half of the nineteenth cen-
tury, and the numbers (3), (4) and (é) were pencilled, appa-
rently about the same time, at the top of the first page of Giii,
Willanie and Aâgar respectively. There is nothing to show
what N°' (i), (2) and (5) were, nor how many pièces fol-
lowed Adgar. The présent owner tells me, however, that he
remembers seeing another volume, similarly bound, and pen-
cil-numbered in double figures, at the Edwardes sale ; he also
finds indications that Adgar was not originally bound up with
Gui and IVillamc, but that it joined them at some unknown
period before the middle of the fifteenth century. However this
may be, let us hope that the missing numbers will some day
corne to light, and prove not unworthy of their whilom
companions.
The poem contains 12^762 Unes in this ms., part of fol. 80 r°
and the whole of fol. 80 v° being left blank, while many ol
the other pages hâve more than 80 Unes of verse, Unes acciden-
tally omitted having been inserted in the margins by the ori-
ginal scribe. As I hâve not had an opportunity of studying
Dr. Winneberger's article in the Frankfurter neuphilologische Bei-
tràge, 1 887, where he explains the principles on which he classifies
the mss., no attempt is made hère to assign to the Edwardes
ms. its proper place in his scheme. The foUowing extracts wiU
however, it may be hoped, be of some service towards this
end.
1
V
3
fk ,2f^^iezlmi»^aiCtOi
4
ticoïc «w Ut p*tr ^Httnt^
mtfC^4lhrtff?ttW!ratiSi
^ 1)itMrtta^mF<mte
1^ tf£^4(kl^:^d'ri?gm<^'.
t 4r^î«ftmrî3i^i^ti2ô;0
Ms. Edwardes
A\ FAKI.Y MS. OF GUI DE irARtVlCK
5 «^
5 0 3
§ ^ -
C.C.C. Cambridge, 50
74 J.-A. HERBERT
The opening Unes are :
Puis cel tens que Deu fu néd,
■ E establi fu la crestientéd,
Multcs aventures sunt avenues
4 Q.ue a tuz homes ne sunt seùes.
Car (/. Pur) ço deit l'om niult
enquere
E pener sei de ben faire,
E des boens prendre esperemenz
8 Des faiz, des diz as anciens
QliI devant nus esteient.
Aventures bêles lur aveneient
Pur ço qu'il ameient vérité,
12 Tut dis fei e lealté.
D'els deit l'om ben sovenir
E lor bons faiz dire e oïr.
Ki mult ot e ço retient
i6 Sovent mult sage devient;
Iço est tenu a bêle mestrie
Ki fait le sen e laist la folie.
De un cunte voluns parler
20 Ki mult fait a preiser,
E de un sun seneschal
Ke preuz ert e leal,
E de Sun fiz, un damaisel,
24 Qui mult par ert e gent e bel,
E cum il amat une pucele,
La fille al cunte, que mult ert bêle.
En Engletere uns coens esteit,
28 En Warewic la cité maneit.
Riches ert e de grant poeir,
Cointes e sages, bon chevaleir ;
Riches ert d'or e d'argent,
32 De dras, de seie, de veisselement.
De forz chastels, de riches citez ;
Par tut le règne ert mult dotez.
N'aveit home en tote la tere
56 Ki vers lui osast prendre guère,
Que par force tost nelpreïst(f. ih)
E en sa chartre le meïst.
Bons chevalers mult ama,
40 Riches dons sovent lur dona;
Pur ço fud cremu e doté
E par tut le règne preisé.
Coens esteit de mult grant pris,
44 Sires ert de tut le pais ;
De Oxeneford tote l'onur
Sue esteit a icel jur;
De Bokingeham, de tut le cunté,
48 Sires en icel tens esteit clamé.
Li coens Roalt out a nun ;
Mult par esteit noble barun.
Une fille aveit de sa moiller ;
5 2 Sa grant belté ne puis cunter,
Pur la plus bêle l'unt choisie.
Ore est raisun que l'um vus die
Un petitet de sa grant belté :
56 Le vis out blanc e coluré,
Long e traitiz e avenant,
Bêle bûche e nés ben séant,
Les oilz veirs e le chef bloi,
60 De lui veer vus semblast poi.
Bien faite de cors, de bel estature.
Tant par ad dulce la regardure;
Curteise ert e enseigné,
64 De tuz arz ert enletré ;
Ses meistres esteient venuz
De Tulette, tuz blancs chanuz,
Ki l'aperneient d'astronomie,
68 D'arismatike, de jeometrie;
Mult par ert fere de corage.
Pur ço qu'ele ert tant sage
Dux e cuntes la requereient,
72 De multes teres pur lui veneient ;
Mais nul d'els amer ne voleit
P'ir ço que tant noble esteit.
Felice fud la bele apelée ;
76 Pur sa belté fud mult amée.
De totes beltez ert ele la flur ; (f. ic)
Tant bele ne fud a icel jur.
Ki totes teres dunques cerchast
80 Une tant bele n'i trovast.
Ki tote sa belté contereit
Trop grant demorance i freit.
De la pucele larrum ester ;
84 Del seneschal voldrum parler,
AN EARLY MS. OF GUI DE WARUICK
«
Ki mult crt cortcis e sage.
75
This may be compared with 11. 1-85 oftheMarske ms., print-
ed in the Bulletin, 1882, pp. 46-9.
The following lines correspond to the first six Unes of Royal
8 F IK (cf. Ward, Cat. of Romances, I, 485) :
Ore s'en va Gui del estur; (f. ic)
Mult demeine grant dolur.
Le cors Heralt od lui porta,
Sun compaignun, qu'il tant ania.
Tut dreit s'en va a un abbeie
Qu'il vit ester près de la veie.
The passage in which Harl. 3775 breaks off (Ward, I, 484)
is hère :
Gui dit a ses compaignuns (f. 1 9 c)
« Seignurs, ore tost nus armuns,
Les Sarazins irruns assaillir. »
Chescun se peine de bien ferir :
Hastivement se sunt armez,
En lur destrers sunt puis muntez.
Ferir les vont erralment,
N'i ad mes esperniement.
Gui va ferir l'amirail ;
Escu ne halberc ne li valt un ail.
The passage in which the Marske ms. is defective (see Bulle-
tin, p. 49) begins :
« Deus ! Dunt m'est venu cest en-
[combrer? (f. 64 /')
« Ja ne combati jo pas pur luer
« Ne pur chastel ne pur dungun,
and ends :
Venuz sunt par devant l'empereur
(/•. 65 .0-
Li quons Terri n'est pas asseur.
« Sire enpereres », ço ad dit Gui,
« Veez ci le bon cunte Terri ».
Li empereres le regarda,
E Terri sun chef enbruncha,
« Ainzfispur mun bon compaignun
« Que de péril voleie délivrer
« Dunt il out mult grant niester.
Car deli grant pour aveit.
E li empereres li diseit :
« Este vus ço li quons Terri
« De Guarmeis, li fiz Alberi?
— OU sire », fait il, « ço sui mun ;
« Ore sui chaitif, ia fui barun. »
The story of Guy ends with the death of Felice :
Qu'ele après la mort sun seignur
[(f. 72 c)
Morut al cinquantime jur ;
Après li se fist mettre, par amur,
Sevelie fu a grant honur.
Ensemble sunt en la compaignie
De nostre dame sainte Marie ;
E issi nus doinst Deu servir
Ke en sa glorie puissum venir.
[Amen.
76 J.-A, HERBKUT
Tlie poem ends at this point in the Royal ms. : sce Ward, I,
487. The Edwardes ms. lias a two-line space, and then goes
on with the usual continuation, ofwhicii Guy's son Rainhrun
is the hero :
Ore avez, seignurs, de Gui oï
Cum il sa vie en ben feni :
Fei e lahé tut dis ama,
Sur totes riens Deu honura,
E Deu le gueredun li rendi,
Cum vus avez ici 01.
Totes buntez en li csteient,
Aventures bêles li aveneient,
En bataille ne \-int, ne en estur,
U il ne fust tenu al nieillur.
Q.uant li quons Terri oï aveit
Ke Gui sis compainz morz esteit,
Al rei vint d'Englctere
Le cors sun compaignun requere.
The concluding section is :
Quant iloec unt scjurné (f. 80)
Tant cum lur est venu a gré,
Al cunte unt puis congié pris,
Aler voldrunt en lur pais;
Desoremès ne finerunt,
A la mer si vendrunt.
Quant a la mer venuz sunt
Hastivement passer se funt ;
A Lundres sunt tut dreit aie,
U le rei Adelstan unt trové.
Le reis encontre els est aie,
Od li le mi'jlz de la cité.
Mult durement les ad honuré (f.
[80 b)
E del suen assez doné ;
A Rainbrun rent sun cunté,
E si li acreist mult sun fé.
Treis jurs i sunt sejurné,
Al quart unt pris lur congié.
A Warewic vont, a la cité;
Cil del pais en sunt mult lié.
Rainbrun prentdeses homes feltez;
Mult par est entr'els amez.
Heralt s'en va a Walingeford,
A sun chastel qui est bon e fort ;
Desore i voldra sejurner
Od sa femme, la bone moiller.
Car mult ad sun cors travaillé
En plusurs terres, pur sa lealté.
De ceste estorie voil fin fere ;
Plus ne voil des ore retraire.
Bel essample i puet l'um prendre,
Qui ben le set e velt entendre :
De prouesce amer e lealté tenir.
De tuz bens faire e mais guerpir,
Orguil e richesces aver en despit.
De Guiun nus aprent l'escrit ;
Ço fu la sume de sa valur.
Qui tut guerpi pur sun Criatur.
E cil, qui en la sainte Trinité
Uns Deus est, par sa pité
Nus doinst en tere lui servir.
Que a lui en glorie puissums ve-
[nir. Amen.
The last twenty lincs may be compared with the following
extract from the Corpus ms., for which my thanks are due to
M. P. Mever :
AN EARLY MS. OF
Heraud s'en va a Walingeford, (f.
[182)
A son chastel bon e fort ;
Des ore i vodra sojurner
Od sa femme, bone mulicr,
Kar mult ad son cors travaillé
En plusurs lius, por sa beauté.
De ceste estorie voil fin faire;
Plus n'en voil des ore traire.
Bel ensaumple i peut em prendre,
Qui bien la siet e veut entendre :
GUI DE WARWICK 77
De pruesce amer, leauté tenir.
De tuz biens faire e mal gerpir,
Orguil, richesces aver en despit,
De Guion nus aprent le escrit ;
Ceo est la sumnie de la valur
Ke tut guerpi pur sun Crcatur.
E cil, qui en la sainte Trinité
Un Deu est, par sa pité
Nus doint en terre si servir,
Ke a li en glorie puissums venir.
[Amen.
The Cambridge fragment ' consists of a single leaf of vellum,
rneasuring 205 by 149 millimètres, in double columns of 30
Unes; each section begins with a large red initial, in the other
lines the first letter is touched with red. The text deals with
Guy's victory over the dragon and bis betrothal to Felice, ans-
wering to 11. 6947-7078 of the fifteenth century English ver-
sion - ; the corresponding passage in the Edwardes ms. runs
from fol. 46 d, 1. 7, to fol. 47 c, 1. 20. The Cambridge text is
as follows :
La beste chet, ne puet avant,
Crie e brait, grant doel fesant.
Gu: se retret atant arere
4 Pur la puur 5 que est si fere.
Puis que beste ^ mort estoit
De 5 lungur trente pez avoit.
Gui lui va le chef couper,
8 Ensemble od lui le fet porter.
Si vient'' a ses compaignons
1. No II in the foregoing list. I am greatly indebted to Mr. Jenkinson
for his courtesy in sending it to the British Muséum for my use.
2. The Romance of Guy of IViirwick, éd. Zupitza, Early Engl. Text Soc,
1875-6, pp. 199-203.
5. Ediu. pulence. Echu, bas iwo addilional lûtes after l. 4 :
Ne i osa dune adeser,
En loinz s'en ala reposer.
4. Ediv. la beste.
5. Ediv. En. For //. y-iS', Edw. bas :
Pur merveille l'unt tuit mesurée
La gent qui erent de la contrée;
La teste puis trencher ala.
Ensemble od sei la emporta.
6. Edw. Revenuz est.
7^ J.-A.
Que pur lui sunt ' en afflictions.
A Everwyc puis s'en ala,
r 2 Al roi le chef présenta ;
Lui rois mult heité se fet '
Quant seine heité le veit.
A Everwic unt le chef pendu,
i6 A grant merveille l'unt tenu.
Gui al roi ad cungé pris,
Si s'en vet ' en sun pais.
A Wailigfort ■♦ s'en est aie ;
20 Ceus '> del honur i ad trové.
Que pur lui grant joie firent,
Meitit jors de lui ren* n'oïrcnt,
Quar sis pères? mort estoit,
24 Autre eir de lui n'en avoit*.
Heralt sun mestre' dune apella;
Tout cel honur lui dona '°,
[E] a cels" qui l'ont servi
HERBERT
28 Lur g[uari]sun mult ben rendi ".
A Warvvic puis s'en ala,
Al cunte que mult le honura,
E tout cil '5 de la cuntré (ro /')
32 Si sunt pur lui mult heité'-».
Lui quoens l'eime e mult ho-
[nure'5,
Sanz lui ne volt estrc nul hure,
Ensemble vont en bois chascer
36 E en rivcre pur riveicr.
A"' sa amie parler ala,
Toute sa vie lui ■' cunta,
Cum riches rois e emperors
40 Lui unt offert '^ mult grant honurs,
E cum ert amé des puceles,
Finies '9 as princes, que mult sunt
[bêles,
Mes nul amer ne voloit;
3-
4.
5-
6.
7-
8.
9-
10.
II.
12.
14.
15-
16.
17-
18.
19-
Edw. erent.
Edw.
Li reis joius e lez se fait
Quant Gui sain e haite veit.
Ediv. Aie s'en est.
Edw. Walingford.
EdzL'. Ses homes.
Edw. novele.
Edw. sun père.
Edw. dune n'aveit.
Édw. Heralt d'Arderne.
Edw. Tote l'onur puis li dona.
Edïu. E a ses homes.
Edii-, Lur guareisun ben lur rendi. Tben Iwo additional lines
As chevalers e as serganz
E as petiz e as granz.
Edw. icil.
Edw. Pur lui unt joie démenée.
Edw. l'onure.
Edw. Puis a.
Edw. mustré lui ad.
Edw. Offert li unt.
Edw. Des filles.
AN EARLY i\lS. OF GUI DE IFARJriCK
44 Altre de lui jamès n'averoif.
79
« Amis ' », fet de, « vostre merci
« E jo verraiment vus di '
« Que mult requis ai esté
48 « Des plus riches del régné,
« Mes nul de eus amer 4 ne voloie,
(c Ne a nul jur mes ne feroie.
« A vus me doins q> si me otroi.
52 « Vcstre pleisir fetcs de moi. »
Gui de joie l'en ad beisé;
Unkes mes ne fu si lé'^
Joie demeine e î nuit e jour
56 Quant est asseur de ? sa amur.
Lui quoens un jour sa fillieapele^ :
« Felice », fet il, « fillie bêle,
« Pur Deu, quar pernez baron;
60 « Nous n'avom cir si vus nun.
« Dux e cuntes vus unt requis (vo)
« Quevenuz sunt de» autre païs;
« Nul de eus ne volez'° prendre.
64 « Cumben volez" vus atendre?
— Sire )), fet ele, « jo en penserai,
(i Deci que al terz jor vus dirrai •^ »
Cum il avint '5 al tierz jor
68 Lui quoens apele par '* amor
Sa fillie que tant par est sage '5 :
« Dites moi », fet il '^, « tun co-
[rage.
— Sire », fet ele, « jo vus dirrai '7
72 « Cum en mun quor purpensé ai '».
Edîu. ne ja n'amereit.
Edîu. Sire Gui.
Edw. le vus di.
Edw. Mais amer nuL
Edzu. omits e.
Edw. Une mes de rien ne fu tant lé. Then two additional Unes
A s'amie prist puis congié,
Si est a sun ostel aie.
Edw
Edw
9-
10.
II.
12.
13-
14.
15-
16.
17-
18.
Edw.
Edw.
Ediu.
Edw.
Edw.
Edw.
Edw.
Edw.
Edw.
Edw.
. del suen amur.
. bas for 11. ; y -60
Li quons sa fille apela,
Devant sa mère l'areisona :
Fille, fait il, pernez barun;
N'avums nul heir si vus nun.
d'estrange païs.
Nuls d'els ne voliez vus.
voldrez fille atendre.
Deci al tierz jur le vus dirrai.
vint.
par grant amur.
Felice sa fille qui tant ert sage.
Fille di mei.
ben vus mustrai.
corage purposé l'ai.
gQ J.-A. HERBERT
« Ne VUS en pcist si jo le vus di, « Son - corage saver voudrai. »
« Beau duz sire, jo vus pri ' :
« Ceo est Gui, vostre chivaler, Un jor, cum il ■' repeira (vo b)
76 « En le niunde ne ad, ceo croi, sun 92 De la rivere, ou il pris a
[ per ^ Volatil a grant plentc,
« Si jo certes ' lui n'en ai Gui ad a soi apellé '+.
« James autre n'en amerai*. « Gui », fet il, « entendez '5 ça.
— Fillie », fet il, « ben avez dist. ^(^ „ Vostre corage me dirrez ja 'S
80 « Dampnedeu vus en ait 5, „ Quant vus femme prendre vou-
« Quant vus or lui ' desirez [drez ?
« Par ki serom honurez^ ; ^^ Q^\^y ^.^ç, ne'' me deviez.
« Jo l'amasse ceste cité
84 « Que il venist Gui a gré ». _ « Sire ,., fet il, jo ■» vus d.rrai :
« Tarn ad refusé puceles, 100 « En le munde " n'ad femme
, ,1 loue jo sai
« Filliesasrois, que multsunt bêles, l . )
« Que plus de vus valent d'assez .. « Que jo preisse, si une nun
88 «Mes quant vus. o, fillie taml'amez « Pur nent me metre.ez^^^ a
« Volunters en" parlerai,
1. Edw. ço vus en pri.
2. Edw. El mund n'en ad ço qui sun per.
3. Edu\ Certes si jo.
4. Ediv. A nul jur mes barun n'avrai.
5. Edw. Beneie vus ore qui une ne mentit.
6. Ediu. celui (omitting or).
7. Edw. tuz honorez.
8. Edw. Que de vus prendre li venist a gré.
9. For 11. Syj, Edw. bas :
Pucele amer une ne deignat.
Tantes puceles refusez ad,
Filles de reis e de empereurs.
Qui mult erent de greignur valur^
Que n'estes vus, jamès serrez.
10. Ediv. bêle.
1 1. Edw. a lui en.
12. Edw. Tut sun.
13. Edic. li quons.
14. Edw. Guiun par sei ad apelé.
1 5 . Ediu. ça entendez.
16. Edw. car me diez.
17. Edw. nel me devez.
18. Edw. jol.
19. Edw. El mund
20. Edw. mettreit hom.
An early ms. of gui de ivarwick
8i
— Gui », fet il, « ore entendez.
104 « Une fillie ai, cum vus savez ■ ;
« Autre eir nen ai - si lui nun ;
i< Grant terre l'atent cî environ 5 .
« Jo la vus doins si la pernez,
108 « De toute ma terre sire soiez *.
— Sire », fet Gui, «vostre merci.
« Grant honur me mustrez ci 5.
« Vostre fillie melz voudroie
112 « Od Sun cors, melz que ne
feroie ^
« La fillie al emperor de Ale-
[maigne
« Od toute sa terre cham-
paigne7. »
Lui quoens l'en ad mult * mercié
1 16 Al col le prent, si l'ad beisé'.
« Gui », fet il, « ore sai j[o] bien
Que vus m'amez sur[tu]te ren '°.
Si voil des hui a quin[ze] jors "
120 Teignoms'^ les noces a grant ho-
[nurs. »
J.-A. Herbert.
I.
Edw.
2.
Ediv.
?•
Ediv.
4.
Edw.
5-
Edw.
6.
Edw.
7-
Edu:
8.
Ehu.
9-
Edw.
10.
Edw.
II.
Edw.
12.
. Edw
bêle ben le savez.
N'ai altre heir.
Jo la vus durrai sire Guiun.
adds t-wo liiics :
De chastels e de citez,
Vostre plaisir de tôt facez.
Mult ad grant honur ici.
Sul od Sun cors, que jo ne freie.
la tere si k'en Espaigne.
sovent baisé.
De mult bon quor mercié.
, adds two Unes :
Quant ma fille prendre volez
E tantes bêles guerpi avez.
, D'icest jur dune a ait jurs.
. Seient.
Romania, XXKV
JAMETTE DE NESSON
ET MERLIN DE CORDEBEUF
Le bagage littéraire de Jamette de Nesson n'est pas lourd :
on n'aura garde de le confondre avec celui de Cristine de Pisan.
Nous connaissons d'elle un rondeau amoureux adressé à Tanne-
guv du Chastel (qui y répondit galamment), et c'est tout'.
iMais on peut tenir pour certain qu'elle avait beaucoup écrit.
Autrement, on ne s'expliquerait pas la place d'honneur que lui
a accordée indirectement Martin Le Franc dans son Champion
des Dames, en faisant reprocher par « l'Adversaire » à « Franc-
Vouloir », panégyriste enthousiaste de Cristine, d'avoir passé
sous silence « la belle Jamette » :
Et m'esbahis que mot ne son
N'as fait de la belle Jamette,
Niepce de Pierre de Nesson :
Ele vault qu'en rench on la mette,
Car n'est rien dont ne s'entremette.
Et l'appeU'on l'aultre Minerve ^
Sa qualité de nièce de Pierre de Nesson est tout ce que la
postérité a su jusqu'ici de sa biographie. M. Gaston Raynaud
a conjecturé qu'elle était fille de Jamet de Nesson, officier de
Charles VI ' : les documents complémentaires que j'ai publiés
récemment sur Pierre de Nesson •♦ et ceux que je vais faire
1. Gaston Raynaud, Rondeaux et antres poésies du XV^ siècle (Paris, iJ
Soc. des anc. textes français), p. 59-60.
2. Vers cités par G. Paris, Romania, XVI, 417.
3. Rondeaux, p. xxviii.
4. Romania, XXXIV, 540 et s.
JAMETTE DE NESSON DT MERLIN DE CORDEBEUF 83
connaître confirment cette hypothèse et fournissent, directe-
ment ou indirectement, beaucoup de détails sur la carrière mon-
daine de famette deNesson. Espérons que l'avenir nous réserve
des découvertes plus intéressantes encore sur son activité litté-
raire.
Mais avant de parler de notre « Minerve », il est bon de
déblayer le terrain et de prévenir le lecteur qu'il a existé, dans
la première moitié du xV^ siècle, une Jamette de Nesson qu'il
faut se garder de confondre avec elle. Cette Jamette était veuve
d'Etienne Souchet ou Sochet et plaidait, à Poitiers, le
29 novembre 1423, devant le parlement de Charles VII, contre
le célèbre Pierre de Giac, ainsi qu'en fait foi l'extrait suivant' :
Entre Jamette de Nesson, veuve de feu Estienne Sochet, en son nom et
comme administrateresse du filz d'elle et du dit défunt et héritier d'icelui
défunt, demanderesse et complaignant en cas de saisine et de nouvelleté et
aussi sur excès, d'une part, et messire Pierre de Giac, deffcndeur et oppo-
sant, d'autre part.
Pour la dicte Jamette, Rabateau dit que son dit feu mary estoit notable
homme et que le dit Giac et sa mère, l'an IIII'^ XI, pour le douaire de la
suer du dit messire Pierre paier et autres leurs affaires, vendirent et trans-
portèrent au dit feu mary de Jamette le chastel ou lieu de Brion-.
Les registres du Parlement parlent souvent de la veuve
d'Etienne Souchet, entre 1423 et 1427, soit à propos de ce pro-
cès, soit à propos de deux autres affaires'. Mais nous n'avons
pas à la suivre plus loin. Il nous suffira de dire que son mari
était un notable marchand de Clermont, en Auvergne +, et qu'il
avait obtenu pour lui, sa femme et ses descendants, des lettres
d'anoblissement dans les dix dernières années du xiv^ siècle^.
1. Arch. Nat., X' a 9197, f° 266 v».
2. Brion, c"'' de Compains, co" de Besse (Puy-de-Dôme). Il y a un hom-
mage de cette terre, en 1494, au comte de Montpensier, par quatre frères
Souchet (Noms fi'ochiux, II, 914 : on a lu Brioii).
3. Arch. Nat., X'.\ 9197, fo 278, 284, 302, 307 ; 9198, f° 230, 233, 308,
314 ; 9199, f° 8, etc.
4. L'avocat de la partie adverse. Me Jouvenel, dit de lui : « Souchet estoit
marchant soutil et faiiiosiis de nsiiris, vel quasi » (plaidoirie du 31 janvier
1424, Arch. Nat., X'a 9197, f" 284).
5. Bibl. Nat., Nouv. acq. franc 7745, fo 103, vo : « Nobilitatio Stephani
84 A. THOMAS
L'acte le plus ancien que je connaisse relativement à Jamette
de Nesson la poétesse est un acte immédiatement consécutif à
la célébration de son mariage qui eut lieu à Paris le 25 janvier
143 1 (nouv. style). Le baron de Joursanvault en possédait
l'original, qu'il céda à un descendant de la famille dans laquelle
était entrée par alliance Jamette de Nesson ' ; je ne sais ce qu'il
est devenu. Heureusement, il s'en conserve à la Bibliothèque
Nationale une copie presque complète, faite au .wnr' siècle, et
qui suffit pour le but que nous poursuivons -. Dans cet acte,
reçu par deux notaires du Châtelet, Jaques de Vaux et Jean
François, Jamette est dite fille de feu Jamet de Nesson, écuyer,
et de demoiselle « Ysabel de Nesson » ; son mari est nommé
Huguet de Cordebeuf, dit Merlin. On y voit intervenir le mari
de Guillemette, sœur ainée de Jamette, Jaques Falle ', bourgeois
de Paris. Voici d'ailleurs la partie essentielle du document :
...Disans et affcrmans les dites parties que comme ce jour d'uy, par lettres
faictes et passées avant les espousailles et solemnité du mariage, qui au jour
d'uy avant le passement de ces présentes a été faict, solemnizé et célébré en
sainte Eglise, dudit Huguet, dit Merlin, et la dite dam^'e Jamette de Nesson,
entre les autres choses contenues au dit traittié, les dis Jacques Falle et
dam"e Guillemcte eussent et aient transporte? et délaissé a tousjours, par
forme de partaige sur ce faict entre eulx, aus dis Huguet, dit Merlin, et a la
dite Jamette a cause d'elle, lors sa fiancée et a présent sa femme espousee,
tous les droits... etc. qui a la dite Guillemete pourroient appartenir a cause
de feu Jamet de Nesson escuier, son père, etc., combien que par convention
faite entre eulx paravant, comme ils disoient, les dis Huguet et sa femme ne
dévoient avoir que le droit, part et portion que a cause de ce la dite Jamete
seulement et de son chief y avoit et pouvoit avoir, sans avoir le droit des dis
Socheti, Jacobitie uxoris et prolis, febr. 139 ? ; Chambre des comptes, reg. 3,
fo 95. » Le chiffre de l'année manque; le registre visé a été détruit, comme
tant d'autres, dans l'incendie de la Chambre des comptes de 1737.
1. Le catalogue manuscrit de la collection de Joursanvault, que j'ai vu à
Londres (British Muséum, Add. Mss. ii539)en octobre 1903, porte à la
p. 30, en marge de l'analyse de ce contrat, la note suivante : « Cédé à M. de
Cordebeuf, marquis de Mongon. »
2. Franc. 27337, fo 15 v"-i7 v° (série dite des Pièces originales, ancien
Cabinet des titres, dossier CordeheuJ).
3. J'ignore s'il faut prononcer Fdlle ou Fallc et, dans le doute, je m'en
tiens à la graphie ambiguë du moyen âge. Le premier secrétaire de la Cour
atnotireiise étudiée par M. Piaget était Jean Ftillc, sommelier de corps du roi
(Roiiiiiiiia, XX, 1891).
JAMETTE DE NESSON ET MERLIN DE CORDEBEUF bj
Falle et sa femme..., et sans ce aussi que es héritages... du dit feu Jamet,
estans a Paris et environ et ailleurs par deçà la rivière de Loire, icelle
Jamete peust avoir ou demander aucun droit lors ne ou temps advenir, pour
ce que par le dit traictié et partaige ilz dévoient demeurer a dam'l'^ Ysabel de
Nesson, leur mère, et aux dis Jacques Falle et sa femme..., néanmoins a la
vérité le dit transport du dit droit et part d'icelle dam'ie Guillemete des dites
choses, heritaiges et biens qui furent au dit feu Jamet, estans par delà la dite
rivière de Loire, avoit et a esté ainsi fait, comme les dites parties disoient,
pour et affin que les dis Huguet' et Jamete, sa femme, peussent et puissent
plus valablement en leurs noms saulver a la dite dam"e Guillemete, son
dit droit et part... Pour quoy, en usant de bonne foy, les dis Huguet et sa
femme... consentent et accordent que le dit transport et délaissement ainsi
a eulx fait par la dite forme de partaige et au dit traictié de mariage d'iceulx
heritaiges et droits de la dite Guillemette, situez aud. lieu d'Aiguespersez et
ailleurs par delà la rivière de Loire, n'ait aucun effet.
Dans l'acte en question, la mère de Guillemette et de Jamette
de Nesson est appelée « Ysabel de Nesson », du nom de famille
de son mari; mais en réalité elle s'appelait Marcadé ou, selon
l'usage populaire de mettre le nom de flimille au féminin en
l'appliquant aux femmes, usage que nous constatons dans un
acte du 23 décembre 1440, transcrit aux registres du Conseil
du parlement de Paris, « la Marcadee » : elle était morte à
cette date et sa succession était litigieuse '. Nous savons par
ailleurs qu'elle avait épousé en secondes noces Jean Lamy ^ et
qu'elle vivait encore le 23 août 1438 ^ Elle appartenait à une
1. Reg. du parlement de Paris, Conseil, Arch. Nat. X'a 1482, fol. 155 vo
(23 déc. 1440) : « Entre damoiselle Anthoinete de Maignac, vcfve de feu
maistre Guillaume Lamy, tant en son nom comme ayant le gouvernement
des enfans du dit Lamy et d'elle, soy faisant fort de maistre Hugues Lamy,
et damoiselle Guillemette de Nesson, en son nom et soy faisant fort de
Merlin Cuerdebuef (^r/V) et de Jamette de Nesson, sa femme, filles et héritières
de feu Isabeau la Marcadee, jadix femme de feu Jamet de Nesson... »
2. Reg. du pari., Arrêts, Arch. Nat. X'a 69, fol. 65 \° (12 janvier 1437,
nouv. st.) : « Cum lis mota fuisset... inter Johannam Bourbeline, defuncti
Guillermi Mercadé viduam, et Guillermum Mercadé, ipsorum defuncti et
Johanne filium, actores, ex una parte, et magistrum Jacobum Tiessart, Ysa^
bellim Mercadee, Johannis Lamy, uxorem ab eo separatam, Gei-aldam
Raguiere, defuncti Jacobi Mercadé relictam, defensores . . . »
3. Reg. du pari., Arrêts, Arch. Nat. X'A 69, fol. 185 v° (23 août 1438).
86 A. THOMAS
hiiiiillc qui n'ctait peut-être pas parisienne d'ori*;inc, mais qui
était, en tout cas, fixée à Paris depuis longtemps et en posses-
sion d'olHccs de la maison du roi. Le dossier Marcadé de la
série des pièces originales de l'ancien Cabinet des Titres de la
Bibliothèque Nationale (aujourd'hui coiéficuiç. 283 i9)contient
un certain nombre d'actes concernant les uns Jaques Marcadé,
qualifié écuyer, d'abord serviteur de François Chanteprime '
dont il devint gendre, puis valet de chambre du roi, dès 1383,
les autres un homonyme, premier sommelier du roi en 1403,
fils du valet de chambre : ce sont respectivement le père et le
frère de notre « Ysabel^ ». Le testament de Jaques Marcadé père,
daté du 6 août 1409, a été transcrit dans un registre du parle-
ment de Paris et le texte nous en est parvenu grcâce à cette
trancriptiôn 5. Nous y apprenons que, par-devant les notaires
au Châtelet Jehan Hure et Toussains Badoulx, « Jaques Marcadé,
escuier, varlet de chambre du roy... eslut sa sépulture et voult
estre enterré en l'église Saint Gervais a Paris, dont il est par-
roissien, en une chapelle par lui nagaires taicte édifier et
ordener en ycelle église » et qu'il choisît comme exécuteurs
testamentaires « damoiselle Jehanne Chanteprime, sa femme,
honnorable homme et saige maistre Estienne de Vray,
conseiller du roy nostre sire et maistre en sa Chambre des
Comptes a Paris, maistre Guillaume de Neauville, secrétaire
1. François Chanteprime, originaire de Sens, fut un des plus gros bonnets
des finances sous Charles V et Charles VI ; voyez la notice développée que
lui a consacrée M. Maurice Roy dans son livre intitulé : Le Chcsnoy le:^ Setis
(Sens, 1901), p. 37-64.
2. Aucun indice de cette parenté ne se trouve dans les pièces du dossier ;
mais les actes judiciaires visés .ci-dessus et le testament analysé plus loin ne
laissent aucun doute à ce sujet.
3. Arch. Nat. X' a 9807, fol. 261 \°. M. Tuetey a tiré de ce registre la
matière de sa publication intitulée : Tcstaiiients eiircgistn's au parlement de
Paris sous le règne de Charles FI, qui a paru en 1880 dans la Collection des
documents inédits relatifs à l'histoire de France, Mélanges historiques, t. III,
p. 241-704; mais il a fait un choix parmi ces testaments, et celui de Jaques
Marcadé, qu'il a indiqué à sa place sans le publier, est toujours inédit; il
n'offre d'ailleurs rien qui sollicite particulièrement la curiosité. Jaques Mar-
cadé survécut peu de temps à son testament :il ét;iit mort avant le 17 octobre
suivant (Reg. cité, fol. 15 vo).
JAMETTE DE XESSON ET MERLIN' DE CORDEBEUF 87
du roy nostre dit seigneur, Albert du Moulin, maistre Pierre
Marcadé, secrétaire du roy nosrre dit seigneur ', et Jaques Mar-
cadé, premier sommelier de corps du roy nostre dit seigneur ».
Mais laissons les Marcadé ^ pour revenir à Jamette de Nesson
et à Huguet de Cordebeuf dit Merlin.
Comme on le sait par les documents déjà publiés, Jamette de
Nesson et son mari poursuivirent énergiquement la revendica-
tion de leur part des biens de Jamet de Nesson contre leur
oncle Pierre, le poète, frère cadet de Jamet, et, après sa mort,
contre ses héritiers : le parlement de Paris, par arrêt définitif
du 5 juillet 1453, leur donna satisfaction '. Il est à croire que
la sœur de Jamette, Guillemette de Nesson, avait conclu un
arrangement particulier au sujet des droits qui devaient lui reve-
nir de la succession paternelle, car il n'est pas fait mention de
son intervention dans le procès soutenu par sa sœur et par son
beau-frère. "Veuve dès 1434, elle mourut au mois de septembre
1466, sans enfants +. Jamette de Nesson ne parait pas avoir sur-
1. Resté à Paris sous la domination de l'Anglais, P. Marcadé mourut peu
avant le 18 mai 145 1, date où le Parlement évoqua la connaissance de l'exé-
cution de son testament (Arch. Nat. X' a 9807, fol. 27 v).
2. Il est probable que c'est ce nom de famille qui s'est perpétué dans celui
d'une rue et d'une cité du 18= arrondissement de Paris dites aujourd'hui Mar-
cadet. Mon ami Fernand Bournon, si familier avec l'histoire de la capitale et
de ses environs, me signale dans les Curiosités du vieux Montmartre de
Ch. SeUier (Paris, 1904), p. 298, un acte de la fin du xvii^ siècle par lequel
« Charles Ruelle de Marcadé » vend une terre sise au territoire de La Cha-
pelle, « lieu dit la Marcadé », et lui-même, dans ses Additions à Vliistoire
de Paris, p. 544, a fait mention d'un « lieu dit la Marcadé » qui était, en
1540, dans la censive de l'abbaye de Saint-Denis. — Soit dit en passant, je
n'ai trouvé aucune trace de parenté entre les Marcadé auxquels se rattache
Jamette de Nesson et Eustache Marcadé ou Mercadé, auteur du mystère de
la Voigeance de Jésus Christ, à qui je consacrerai prochainement une notice
biographique.
3. J'ai publié le texte de l'arrêt, Roniania, XXXIV, 549-558.
4. On lit dans les extraits des registres du Chàtelet de Du Fourny (Bibl.
Nat., coll. Clairambault, 764, p. 6), à la date du 2 juin 1467 : « Merlin de
Cordebeuf, escuier d'escuierie du roy, héritier à cause de sa femme de damoi-
selle Guillemette de Nesson, sœur de la femme dudit Cordebeuf...., jusques
au mois de septembre 1466, qu'icelle damoiseile est alée de vie a trespas. »
88 A. THOMAS
vécu très longtemps à sa sœur, et, comme elle, elle mourut sans
entants, entre 1467 et 1476.
II
Le mari de Jamette de Nesson a fourni une bien plus longue
carrière.
Je dois résumer ici les renseignements essentiels que nous
possédons sur lui, non seulement parce que le rang social d'une
femme dépend surtout de celui de son mari, mais parce que
Merlin de Cordebeuf a droit, lui aussi, à une petite place dans
l'histoire littéraire de notre pays.
Son nom patronymique était Regnaud. La généalogie de la
famille ne remonte qu'au père, Durand Regnaud de Cordebeuf,
écuyer. Hugues, dit Merlin, "était son fils puîné: l'aîné, Guil-
laume, qualifié chevalier, épousa, le 12 avril 143 1, Louise de la
Roche, vicomtesse de La Mote ', et mourut, semble- t-il, .sans
enfants \ Cordebeuf est le nom d'un ancien fief situé dans la com-
mune de Parai-sous-Briailles, canton de Saint-Pourçain, Allier K
Son mariage avec Jamette de Nesson est le premier acte de
Merlin de Cordebeuf dont la connaissance nous soit parvenue,
et vraiment ce mariage n'est pas banal. Il faut se rappeler que
le jour où il fut célébré à Paris, le 25 janvier 143 1, Paris était
aux mains des Anglais et reconnaissait Henri VI comme roi de
France, tandis que Merlin de Cordebeuf, à n'en pas douter,
était un fidèle de Charles VII, alors livré corps et âme à son
favori La Trémoille et cantonné dans son château de Chinon,
pendant que s'ouvrait à Rouen (12 janvier 143 i), le procès de
l'héroïque Pucelle qui avait assujetti la couronne de France sur
son front. Il est fâcheux que les documents ne nous renseignent
nas sur les moyens employés par Merlin de Cordebeuf pour for-
1 . Sans doute La Motc, co» de Brioude, H»e-Loire.
2. En 1441, il exerçait l'office d'élu dans la H'^ Auvergne; voy. mes
Etals pnn'iiiciaiix de la France centrale, I, 203, pièces J et B.
3. Ambr. Tardieu, Dict. des anc. familles de V Auvergne, col. 113. — Cha-
zaud, Dict. des noms de lieux habités de l'Allier, écrit Cordebcvuf ; il indique
sous ce nom une ferme et un moulin.
JAMETTE DE NESSON ET MERLIN DE CORDEBEUF §9
ccrle blocus delà capitale et obtenir ainsi cette curieuse trêve
nuptiale ; mais nous ne saurions suppléer à leur silence.
Nous ne retrouvons notre personnage que quelques années
plus tard, lorsque l'autorité de Charles VII est rétablie à Paris,
et alors nous le voyons au service du duc de Bourbonnais et
d'Auvergne, son suzerain direct. Le 15 février 1439, il donne
quittance d'unesomme de 50 livres tournois que lui ont allouée
les gens d'église et nobles de la Basse-Auvergne ' ; aux côtés du
Dauphin et du duc de Bourbonnais, il prend part à la Praguerie,
et bénéficie du pardon général qui termine cette échauffourée,
le 15 juillet 1440 2. Au commencement de 1445, il est avec
la Cour à Nancy : le roi et le maréchal de La Fayette le
dépêchent en Auvergne, sans doute pour préparer la grosse
aftiire du casernement des gens d'armes dans la province, et il
reçoit pour ses bons offices une allocation de 50 livres tournois ^.
Il fut retenu pour servir lui-même dans les nouvelles compa-
gnies d'ordonnance, et honoré, peu après, du titre d'écuyer de
l'écurie royale : nous voyons en effet que le roi, l'autorisant à
fortifier son lieu de Beauverger, au mois de mars 1449 (nouv.
style), le mentionne en ces termes : « nostre escuier d'escuie-
rie servant en ordonnance Merlin de Cordebeut, seigneur de
Saint-Pont et de Beauvergier ^. »
Les comptes royaux de la fin du règne de Charles VII qui
ont échappé à la destruction, contiennent de curieux témoi-
gnages sur le degré d'intimité et de faveur dont jouissaient
auprès du vieux roi Merlin de Cordebeuf et sa femme Jamette
1. Bibl. Nat., franc. 27337, f° ^7 v° (copie).
2. Du Fresne de Beaucourt, Hist. de Charles Vil, III, 133, n. 4.
3. Woy. mts Etats provinciaux, W, 222.
4. Arch. Nat., JJ 179, no 339. Le ms. porte Saint-Porl, mais il s'agit cer-
tainement de Saint-Pont, commune du canton d'EscuroUes, Allier. Quant à
Beauverger, ce lieu est dit situé dans la paroisse de « Soset en Bourbonnois »,
qui est Saul^et, canton de Gannat. Étonné de ne pas trouver Beauverger
dans le Dict. des noms de lieux Ijahites de F Allier de Chazaud, je me suis ren-
seigné auprès de M. F. Chambon, bibliothécaire de la Sorbonne, très au cou-
rant des choses du Bourbonnais : le château de Beauverger, rebâti vraisem-
blablement par Merlin, est fort bien conservé ; il fait partie intégrante du
bourg même de Saulzet, ce qui explique qu'il n'ait pas d'article spécial dans
le dictionnaire de Chazaud.
90 A. THOMAS
deNesson, intimité qui s'explique si Ton se rappelle lesemplois
qu'avaient occupés à la cour, auprès de Charles VI, le père, le
grand-père et les oncles de Jamette. Du Fresne de Beaucourt y
a fait allusion ' ; en voici le texte exact, d'après le compte des
être unes de 1453 et 1454 conservé à laBibl. Nat., franc. 10371 :
A Merlin de Cordcbeuf, escuier J'escuierie J'.i Roy nostre sire, lequel a
donne au Roy ungz avan:braz garniz d'or, en x. aulnes damas, que le Roy
lui a données, en xxxv escus, la somme de XLViij 1. 11 s. vi d. t. a lui
paies par vertu dud. rôle, pour ce ci... xlviii 1. 11 s. vi d. t.
A la femme dud. Merlin, laquelle donna aud. seigneur led. jour unes
caries bien riches, en xx. aulnes de damas, que icellui seigneur lui donna led.
jour, Lxx escus, qui valent liii'"' xvi 1. v s. t., a ellepaiez parvenu dud. rôle,
pour ce ci iiiix" xvi 1. v s. t. (fol. 24 r», étrennes de 1455).
A Merlin de Cordebeuf, escuier d'escuierie dudit seigneur, lequel donna
led. premier jour de l'an a icellui seigneur des estrietz^ de madré, en xxxv
escuz, la somme de xlviii 1. 11 s. vi. d. t., pour dix aulnes damas, que le
Roy nostred. seigneur lui a ced. jour donnée, laquelle somme lui a esté paiee
par led. commis par vertu [dud.] premier rôle, pour ce cy.... XLvni 1. 11 s.
VI d.
A la femme dud. Merlin, laquelle a donné aud. seigneur ung tablier
divisé led. premier jour de l'an, en lxx escus, que icelui seigneur lui a don-
nez pour avoir xx aulnes damas, la somme de iiu'''' xvi 1. v s. t. a lui (sic)
paiee parvertu dud. premier rôle.... Iiii'"^ xvi 1. v. s. t. (fol. 34 vo et 35 v»,
étrennes de 1454).
En 1459, Merlin de Cordebeuf représente le duc de Bourbon
à l'assiette d'un impôt sur la Basse-Auveri^ne K
Au commencement du règne de Louis XI, il prend part à la
campagne de Roussillon (1462-1463) sous le commandement
de Jaques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la
Marche ■».
Il resta fidèle au roi pendant la ligue du bien public, bien que
son suzerain direct le duc de Bourbonnais et le duc de Nemours
1. Hist. (le Charles Vil, V, 8j, 81.
2. Des étriers et non des écrins, comme le conjecture Du Fresne de Beau-
court, qui lit cscrieli.
3. Thomas, États prov.,\, 172.
4. Voy. Vaesen, Lelt. missives de Louis XI, II, p. 65, et Calmette, Louis XI
et la révolution catalane, p. 164, no 2.
JAMETTE DE NESSON ET MERLIN DE CORDEBEUF 91
fussent parmi les révoltés '. C'est pour cette raison que le duc
de Bourbonnais le révoqua de sa charge de gouverneur de Can-
nât : il la lui rendit d'ailleurs un peu plus tard, le 8 février
1467';
Louis XI paraît lui avoir toujours maintenu sa confiance :
le 6 février 1470, il le charge, conjointement avec i'échiinson
Merlin de Nerenx, de passer en revue les troupes du sire de
Lescure destinées à faire campagne en Catalogne ' ; le 2 sep-
tembre 1472, il autorise l'imposition sur la Basse-Auvergne
d'une somme de trois cents livres tournois dont les États de ce
pays lui avaient fait don 4.
Merlin de Cordebeuf, veuf de Jamette de Nesson, se remaria
avec une demoiselle Antonie Blanche, dont le nom est men-
tionné, conjointement avec le sien, dans une concession d'autel
portatif faite aux deux époux parle légat pontifical, à Tours, le
jour des ides de janvier 1476 (15 janvier 1477, nouv. style), tt
dont il eut la joie d'avoir une postérité. Il parvint à un cage
très avancé, car nous le voyons encore, le 21 juin 1499, de
concert avec sa seconde femme, ratifier le contrat de mariage
de son fils Robert et de Françoise de la Garde ; il n'était plus
de ce monde en 15 10 >.
Un seul opuscule a été signalé jusqu'ici comme portant
expressément le nom de Merlin de Cordebeuf. Il se trouve dans
un m-muscrit de la fin du x\^ siècle, le n° 1997 ^^ fonds français
de la Bibliothèque Nationale, page 8r, et y débute ainsi :
Ici après s'ensuit par chapitres rordonnance et manière des chevaliers
errants comme je MerHn de Cordebeuf me suis pensé estre chose de grant
1. C'est ce qu'on peut conclure d'une pièce du 21 mai 1465 citée par
M. Vaesen, Lettres missives, II, 92.
2. Copie des lettres de provision dans le dossier Cordebeuf (Wo\. Nat.,
franc. 27337, fol. 19 vo); elles ne furent enregistrées que le 13 décembre
1471.
3. Copie ihid., fol. 20 r°.
4. Copie //'/W., fol. 22 vo. — lime paraît inutile de citer tous les documents
groupés sur lui dans le dossier Cordebeuf; je me borne aussi à dire que son
nom revient plusd'une fois dansles extraits des registres du Châtelet(vol. 763 et
764 de la collection Clairambault), ainsi que dans les registres du Parlement.
5. Dossier Cordebeuf ciré, fol. 24.
92 A. THOMAS
bruit et de grant plaisance pour esbattrc les seigneurs princes, chevaliers et
L'scuiers de ce royaulnie. Et premièrement la faczon des armes de leurs per-
sonnes ; secondement celle de leurs chevaulx...
^Ordonnance et nmnicre des chevaliers errants occupe sept
feuillets dans le manuscrit, lequel est de petit format; malheu-
reusement les deux derniers, déchirés de gauche à droite,
n'offrent qu'un texte tronqué, dont voici la fin, Ljui est celle
même du manuscrit :
[toujtes les choses davant dictes je
Cordebeuf davant nommé faiz
nostre sire et a messeigneurs de
blanche ou du serement de
fin que de sa maison ysse nouveaux
en armes qui pieça ne furent faiz
[tjemps du règne du roy Artus sobz
.... correction du roy nostre d. seigneur, de mesd. seigneurs
et de tous ceulx qui y sauront mieulx
re chose ad ouster etc. {sic').
René de Belleval, dans un livre illustré intitulé !)/< costume
viilitairc des Français en 1446 (Paris, Aubry, 1866; in-4°,
VI11-91 pages et 7 planches), a parlé de cet opuscule de Merlin
de Cordebeuf : « Il y avait encore, curieux vestiges d'un autre
âge, quelques chevaliers errants dont le costume offrait des par-
ticularités assez remarquables pour que Merlin de Cordebeuf
ait songé à les réunir sous le titre de : V ordonnance et matière
[sic] des chevaliers errans. C'est ce petit traité très court et
entièrement inédit que nous publions ci-après '. » Malgré cette
déclaration catégorique, Belleval n'a donné au public que la
première partie du traité de Cordebeuf. Son texte s'arrête
après ces mots : « donner cop qui grève ou face mal », qui se
lisent au bas de la page 86 du manuscrit. \'oici le titre et le
sommaire de la seconde partie que l'éditeur a négligée sans
prévenir son monde :
Icy après s'ensuivent les formes et manières comment les chevaliers errans
querront leurs adventures.
Premièrement, quelles armes il/, porteront en leurs cscuz.
I. Op. laud., p. 78.
JAMETTE DE XESSOX ET MERLIN DE CORDEBEUF 93
Secondement, comment ilz seront acompaignez tant de gentilz hommes
comme de variez.
Tiercement, la forme et manière comment ilz devront quérir leur herber-
gement.
Quartement, la forme et manière comment ilz devront envaïr ' et courre
sus l'un a l'autre.
Quintement, la forme et manière comment ilz devront chevaucher par le
pais.
Sixtement, les sermens qu'ilz auront a faire pour estre chevaliers errans et
en quel main.
Setieme[ment], coment dames et damoyselles yront par pais avecques les
diz chevaliers errans.
Huitieme[ment] -, ce que herault et poursuivant auront a faire.
La publication intégrale de l'opuscule de Merlin de Cordebeuf
pourrait tenter quelque bibliophile; mais il sera sage d'attendre
qu'on mette la main sur un manuscrit qui ne soit pas lacéré
comme le 1997 de la Bibliothèque Nationale. René de Belleval,
dans son introduction, déclare posséder un manuscrit iden-
tique à ce manuscrit et de la même époque, mais il ne s'explique
pas sur l'état des derniers feuillets, et même l'on peut se
demander si ce manuscrit contient bien l'opuscule de Cordebeuf
ou seulement le traité anonyme qui le précède dans le 1997,
traité auquel est spécialement consacrée la publication de
Belleval''. Voici les premières lignes du traité anonyme (page 63
du manuscrit 1997) :
Icy après s'ensuit la façon comment les gens de guerre du royaume de
France, tant a pié comme a cheval, sont habillez et + la manière et usance de
leur 5 guerroier qu'ilz font contre leurs ennemis.
Item aussi la faczon comment oud. royaume tant hommes que femmes se
habillent en vestemens auiourduv
1. Ms. en voyc; mais la correction s'impose d'après le passage correspon-
dant du traité.
2. Le ms. a un ^ initial en bleu, au lieu d'une, H.
5. Ce traité a été utilisé par M. Jusserand dans son livre récent intitulé
Les Sports et les jeux d'exercice dans rancienne France (Pa.ns, Pion, 1901).
4. Ms. en.
5. Belleval lit le pour n'avoir pas remarqué le sigle abréviatif de ur.
94 A. THOMAS
Ce traité anonyme a été composé aux alentours de 1448
puisqu'on y lit la déclaration suivante (p. 69 du manuscrit) :
En Fan mil IIII'-" XL\'I, XL\'II, XLVIII portoient tant gentilz hommes que
gentilz femmes en teste et sur leurs corps la propre forme et faczon en telle
manière comme cy davant est paint ; si me en tays atant, car par la painture
le pourrez aussi bien comprendre '.
Belleval s'est demandé si la paternité pouvait en être attribué
à Antoine de la Sale, dont le manuscrit 1997 contient, en tête,
le Traité iIcs tournois et le poème intitulé Journée d'onneur et de
prouesse : il a sagement conclu que non. On ne voit pas pour-
quoi il ne s'est pas posé la même question au sujet de Merlin
de Cordebeuf. J'avoue qu'il me paraît très vraisemblable que
les deux traités qui terminent le manuscrit 1997, et dont l'objet
témoigne de préoccupations d'un ordre si spécial, doivent avoir
le même auteur, c'est-à-dire Merlin de Cordebeuf*. L'étude de
la langue et du vocabulaire — si l'on veut prendre la peine de
la faire — confirmera probablement cette. hvpothèse qui a pour
elle toutes les apparences.
A. Thomas.
1. Le manuscrit n'a malheureusement ni peintures ni dessins.
2. Quoi qu'en dise Belleval, l'écriture n'est pas identique dans tout le
manuscrit 1997 : il y a deux mains distinctes, celle qui a copié les deux opus-
cules d'Antoine de La Sale et celle qui a copié les deux traités sur le costume
qui terminent le manuscrit.
MÉLANGES
ENCORE FLOÎRE ET BLANCHEFLEUR
Ces quelques mots ont pour objet de compléter et de justi-
fier ce que j'ai écrit jadis sur ce sujet dans le tome XXVIII
(année 1899) de la Romania, p. 348 et suiv.
I. Au moment où je préparais mon article, je n'avais pas
encore lu un ouvrage qui venait alors de paraître, V Hh'toirc delà
lilh'rûlinrnéerlandaise de feu le professeur]. TenBrink'. Quelle
ne fut pas ma surprise, en consultant ce livre, il y a quelque
temps, pour un tout autre objet, de voir que Ten Brink avait
fait (p. 115, né de son ouvrage) une partie des rapproche-
ments pour lesquels je croyais avoir la priorité ! Il compare en
effet à Floire et Blancheflciir trois des quatre récits que j'ai cités
dans la seconde partie de mon étude (ceux que j'ai désignés par
les lettres A, B et C), et conclut, comme moi, contre l'origine
byzantine et en faveur de l'origine arabe du récit- Je note ici
le fliit pour constater d'abord la priorité de Ten Brink et lui
accorder ce qui lui est dû, ensuite, pour faire observer qu'un
rapprochement qui se présente à l'esprit de deux chercheurs
entièrement indépendants l'un de l'autre peut ne pas corres-
pondre à la réalité des faits, mais mérite de n'être pas repoussé
à priori.
IL L'épisode de l'amoureux qui se déguise en marchand pour
aller rejoindre sa bien-aimée (voir p. 354 de mon premier
article) se trouve dans un conte des Mille et une nuits, celui
intitulé Taie of Taj al Muli'ik and the Princess Diinya dans la tra-
duction de Burton (III, i2-32;il manque dans Galland), bien que
les circonstances ne soient pas tout à fait les mêmes : il ne s'agit
I. Gcschicdcnes derNederlaiulsche letterkunde, Amsterdam, 1897, p. 115,116.
9é MÉLANGES
plus de retrouver une amante perdue, mais d'un voyage inco-
gnito pour une demande en mariage. Cette observation
répond à une critique de M. Reinhold, p. 159 de l'article
dont je vais maintenant parler.
III. Sous ce titre : Quelques n'iitarqnes sur les sources de Floire cl
Blanceflor, M. J. Henry Reinhold publie, dans h Revue de phi-
lologie française, t. XIX, 2*= et y semestres 1905, p. 152-175,
un article destiné à combattre les conclusions de mon travail et
à leur substituer une autre hypothèse. Rejetant l'idée d'une
origine arabe aussi bien que d'une origine byzantine, M. R.
voit dans Floire la libre invention d'un romancier français se
servant d'éléments empruntés à la Psyché d'Apulée^ à Théagène
et Chariclée, à Apollonius de Tyr, au livre à'Esiher, au livre des
Nombres, à Partonopeu de Blois et enfin au Roman d'Eneas,
auquel serait empruntée la ruse de Floire pour s'introduire dans
la tour (le panier à fleurs serait une imitation du cheval de
Troie, p. 170). L'auteur aurait joint à ces éléments divers des
notions sur l'Orient, qu'il tenait, « soit d'un voyageur, soit
d'un croisé venu d'Orient, soit de ses lectures » (p. 165) et
l'idée d'une Tor as puceles qui se retrouve ailleurs.
A ce système, ingénieux mais complique, je n'opposerai
qu'une objection fondamentale. Je crois qu'il serait difficile de
trouver, dans la poésie française du moyen âge, un récit mieux
suivi (à quelques détails fantastiques près, qui sont évidem-
ment adventices), plus logiquement construit que le récit des
aventures de Blanchefleur, depuis le moment où elle est vendue
comme esclave, jusqu'à celui où l'on découvre ses amours avec
Floire ; en outre, ce récit suggère irrésistiblement l'idée d'un
harem ; cela est si vrai que Jonckbloet, qui croyait pourtant à
l'origine byzantine du thème, se sert du mot dans l'analyse du
poème {Geschiedenis der Nederl. letterkunde, y éd., I, p. 337), et
signale une foule de détails qui coïncident avec ceux qui se
trouvent dans des contes arabes où il est question de harems.
Pour moi, je me déclare incapable de comprendre comment un
homme prenant pour point de départ le thème purement fan-
tastique de la Tor as puceles, et y mêlant une foule de traits
hétérogènes pris à droite et à gauche, aurait pu construire
un récit aussi réel, aussi net et précis que cette seconde partie
du roman. Au contraire, cette logique et cette précision du
ENCORE FLOIRE ET BLANCHEFLEUR Cjj
récit s'explique si ce récit est réellement d'origine orientale,
arabe.
Je ne m'arrêterai que sur un point, où M. R. me reproche
une erreur de méthode et qui touche à une question d'ordre
général. D'après M. R. je n'avais pas le droit de me servir, pour
mes démonstrations, des Mille et une nuits : « On place les ori-
gines des Mille etune nuits aux temps de Haroun-al-Raschid, mais
ce ne sont que pures hypothèses. Ce qui est certain, c'est que
leur forme actuelle remonte au xV^ siècle et qu'elles se répandent
en Europe pour la première fois au xviii^ siècle... Un poème
du second 'tiers du xii^ siècle ne doit pas être expliqué par des
contes du xV' siècle, à moins qu'on démontre leur existence
antérieure et qu'on prouve qu'ils ont été connus dans les pays
où se développa la littérature du moyen âge. «
D'abord, le recueil des Mille et une nuits est certainement
antérieur au xv*= siècle, vu que M. Zotenberg a signalé un
manuscrit qui ne peut être plus récent que la seconde moitié
du xiY^ {Notices et extraits des mss., t. XXVIII, p. 1 68 et 171).
En outre, le prot. A. Mûllera montré, par des arguments très
forts et très probants (voy. son article dans les Beitrâge ~iir
Kunde der Indo-Genn. Sprachen, XIII) que les parties les plus
anciennes de l'ouvrage, notamment la plupart des contes où
figure le calife Haroun, ont dû être composées à Bagdad, dans
un temps où cette ville était encore riche et florissante, par
conséquent bien avant le xV siècle. Burton, dans le Terminal
Essay placéà lasuitedesa traduction(édit. 1885, t. X, p. 93-94),
place la composition de la partie la plus ancienne de l'ouvrage
au dixième siècle. C'est remonter encore plus haut, peut-être
trop haut'.
Mais des £iits spéciaux montrent bien que nous ne pouvons
I. On peut voir encore, sur la question, Oestrup, Studier over looi Nat,
Copenhague, 1891, in-80 (dissert. d'Université), un article de M. Blochet,
dans la Revue eucyclopcdique Larousse, année 1900, I, p. 7-10 ; une étude
pour le grand public du prof. A. Mùller dans la Deutsclic Ruudsclmu, année
1887 (vol. LU), p. 77 suiv.), et un art. de M. Carra de Vaux dans la Revue
des Deux Mondes du i^r janvier 1906. Très divergents dans les détails, ces
orientalistes se prononcent tous contre l'hypothèse d'une origine récente
de l'ensemble des Mille et une nuits.
Romania, XXXV J
C)8 MELANGES
pas fliire descendre la composition des Mille et une nuits à une
date aussi basse que le xv^^ siècle. M. De Goeje, après un exa-
men détaillé, conclut que les Voyages de Sindbad ont dû être
composés au x"^ siècle ; en tout cas, des récits qui semblent
bien empruntés à ces voyages étaient connus en Europe dans
le dernier quart du xii' siècle (revue D<? Gids, 1889, III, p. 288 et
suiv.). Un des contes que j'ai comparés pour le fond à Flaire
et Blanchefîcur se trouve, sous une forme légèrement différente,
chez un historien arabe, mort, selon M. De Goeje, en l'an
1200 (voir mon premier article, p. 355), et qui dit le tenir de
la tradition orale. Un épisode essentiel du conte de Qamar-al
Zaman est le fond du Roman de l'Escoufle, composé avant l'an
1204 (voir l'édition de M. P. Meyer, dans l'Introd. de son édi-
tion p. xxxv). Je cite ce fait plutôt pour mémoire, vu que
l'épisode utilisé dans VEscoufle peut parvenir d'un conte diffé-
rent, dans son ensemble, du conte actuel de Qamar-al- Zaman;
il n'en est pas moins curieux comme preuve de l'antiquité rela-
tive de ces sortes de récits". Autrement important est le fait que
le conte du Cheval de bois d'ébcne (trad. de Burton, éd. 1885,
tome V, p. I et suiv.) est évidemment la source de deux
romans, Ciéomadès, d'Adenet le Roi, et Méliaciu, de Girard
d'Amiens, composés, le premier dans les dix premières années
du dernier quart du xiii^ siècle, le second avant 1291-. Ici on
ne retrouve pas seulement un épisode isolé: la structure com-
plète du récit est reproduite par les deux imitateurs occidentaux
avec une fidélité telle qu'ils peuvent servir de garants, pour le
fond, sinon pour le style, de l'antiquité du récit arabe. Comme
nous devons admettre un intervalle assez long entre la compo-
sition de ce conte dans les régions orientales du monde musul-
1. Le conte de Oa ma r-al-Ziniia 11, dans sa forme actuelle, a certainement
fourni des épisodes au roman de Pierre de P.crveuce, ainsi qu'au poème italien
d'Oltiitellp e Giiilia (xv^ siècle); il aurait donc pénétré en Europe à deux
reprises.
2. G. Paris dans Histoire littèr. de la France, XXXI, 190, ainsi que l'article
de M. V. Chauvin sur Pacolet dans la revue IVallonia, t. VI, p. i et suiv. —
M. Chauvin a bien montré que les deux poèmes dérivent d'une version
occidentale perdue, mais cette version peut difficilement être, comme il le
croit, une traduction espagnole des Mille et une nuits ; comp. les observations
de G. Paris, /^(w/., XXVIll, 325-326.
ENCORE FLOIRE El BLAKCHEFLEUR 99
man (le héros est persan), et sa première apparition en France,
en 1275 ou plus tôt, nous sommes de nouveau obligés d'ad-
mettre les dernières années du xii^ siècle comme terme extrême,
et le conte est probablement bien plus ancien (d'après le prof.
A. Millier, ce récit pourrait être un de ceux qui ont fait partie
des Mille et une nuits primitives, rédigées en persan ou en pehl-
vi'). Ce fait est d'autant plus important pour le sujet qui nous
occupe que j'ai cité un certain nombre d'analogies entre le
conte du Cheval de bois d'cbène et Floire et Blancheflenr .
Les autres contes que j'ai cités pour des détails de mœurs ou
d'analogies du récit sont de ceux où figure Haroun-al-Raschid.
Le conte du Dornieur Eveillé, bien que Haroun y joue le rôle
principal, pourrait bien ne pas appartenir au noyau le plus
ancien des Mille et une nuits à cause de la place qu'il occupe
dans les manuscrits; on ne peut cependant le faire descendre
très bas : on trouve le conte, plus ou moins défiguré, chez
l'humaniste L. Vives ^, qui le donne comme une anecdote his-
torique, rattachée au duc Philippe le Bon de Bourgogne : il a
donc pénétré en Europe au xv^ siècle et pourrait avoir été rédigé
au xiV^ siècle au plus tard. Vu le caractère traditionnel et per-
manent des mœurs orientales, j'avais le droit de m'en servir
pour un détail d'étiquette (la présence d'odalisques au lever du
calife).
En somme, si quelques-uns des rapprochements de M. R.
ont de la valeur 5, s'il a eu le mérite de fixer l'attention sur la
1. Article cité dans les Beitnii^e, p. 241.
2. Voy. Vives, Openi, édil. de Valence, 1788, VII, p. 144-145. Un début
de conte espagnol fort semblable à celui de Vives a été publié, d'après un
manuscrit (xv» siècle) du Coude Liicanor, par Amador de los Rios, Historia
critica de la literatiira espanold, IV, 618. Comp. V. Chauvin, /. c, fos 18-19.
3. Celui avec Apollonius de Txr est frappant (tombeau érigé pour faire
croire qu'une personne est morte) ; cependant la ruse n'a pas pour but, dans
Apollonius, de tromper un amoureux, ainsi que cela est le cas dans Floire et
dans le conte de Ganem ; il est possible que l'auteur de Floire ait ajouté cet
épisode, ou bien qu'il ait combiné le récit très connu au moyen âge d'Apollo-
nius avec les données du conte arabe ; du reste, je n'avais pas présenté le
rapprochement avec Ganem en première ligne. — En revanche, je crois qu'il
faut faire les plus expresses réserves sur les rapprochements avec la Psyché
d'Apulée ; il est fort peu probable qu'on ait connu, en France, au xii^ siècle,
rOO MELANGES
donnée de la Tor aspiiceles', je persiste i croire l'hypothèse d'une
origine arabe du roman plus probable que toute autre,
plus surtout que celle de M. Reinhold. Je reconnais du reste
que mon hypothèse n'est que vraisemblable, tant qu'on n'aura
pas trouvé un conte arabe qui serait à Floire ci Blaiichejîeur ce
que le conte du Cheval ifchàw est à Clcoiiiadcs et à Méliacin ^.
G. HUET.
GUENELOX — GJXELON
Dans son étude sur le Carmen de prodicione Guenonis, Gaston
Paris a prétendu que la forme Ganelon était postérieure à
Giienclon et n'était apparue qu'après la chute de 1'// du groupe
giiK C'est très certainement une erreur.
Le célèbre archevêque de Sens, prototype du traître, a été
de son vivant appelé Ganelon et s'est lui-même ainsi désigné.
Les « Annales » dites « de Saint-Bertin », dans la partie
rédigée par Prudence (mort le 6 avril 86 1), évêque de Troyes
et, par suite, suffragant de la métropole senonaise, signalent à
l'année 859 que, au concile de Savonnières, Charles le Chauve
porta plainte contre l'archevêque : « libellum accusationis
adversus Guaniloneni Agcd'mci Senonum metropolitanum + ». Et
un peu plus loin elles rapportent, avec un blâme discret, que
le roman de iin'ldiiiorphoscs dont Psycbc tait partie. Mais cette question serait à
examiner à part.
1. Cette mention de la l'or as piicclcs n'est du reste pas décisive. Dans le
système de M. R., si je le comprends bien, l'idée d'une lor as pucelcs, mêlée
à des détails pris d'ailleurs, a conduit l'auteur de Floire à une conception qui
présente une ressemblance extérieure avec un harem. Mais il est tout aussi
possible que l'auteur ait appliqué le nom traditionnel de Tor as piicdcs au
harem qu'il trouvait dans un récit venu d'Orient.
2. Bien des points, dans l'histoire du roman, sont encore à élucider.
M. R. raisonne perpétuellement comme si l'auteur du poème I de Du Méril
avait été le premier à traiter le sujet en français ; c'avait été aussi mon opinion ;
mais G. Paris a conjecturé que tous les récits conservés dérivent d'un origi-
nal français ^^/ï/» et il a donné, en faveur de son hypothèse, des raisons qui
ne sont pas à négliger (Koiii., XXVIII, 445).
3. Roinanid, XI, 486-487.
4. Annales Bertiniutii, éd. G. VVaitz (Hannoverae, 1885, in-80), p. 52.
G UE\ELOX — GANELOK' I O I
le roi se réconcilia avec le prélat qui l'avait trahi : « Guanilo
episcopus Senonum absque audientia episcoporum Karlo régi
reconciliatur ' ».
On pourra objecter, il est vrai, que nous n'avons (pour cette
partie des Annales) qu'un seul manuscrit, lequel semble de la
fin du x*" siècle =, et que, par suite, cette graphie pourrait être le
fiait non de Prudence mais du scribe ; d'autant que le LiheJlus
proclamatkmis doiiini Karoli régis, auquel fait allusion Prudence,
nous a été conservé par plusieurs manuscrits anciens ; or ce Lihel-
lus est certainement l'œuvre d'Hincmar, archevêque de Reims,
etil porte cà plusieurs reprises JVcnilo, jamais Giiûiiilonï WaniloK
Mais l'épître synodale envoyée de Quierzy à Louis le Ger-
manique en novembre 858 et conservée, elle aussi, par des
manuscrits anciens, porte, à côté du nom de l'archevêque de
Rouen JVenilo, celui de l'archevêque de Sens Wanilo'^. Et cette
forme se retrouve dans l'épître synodale du concile de Soissons
de 866 adressée à Nicolas P"" : « Uanilo archiepiscopiis ^ yK Celle-ci
est au fol. 78 verso du ms. 407 de la Bibliothèque de la
ville de Laon, manuscrit du ix*^ siècle, exécuté à l'instigation
d'Hincmar de Reims (mort en décembre 882) et portant des
annotations de sa main^.
Enfin l'archevêque de Sens lui-même a signé deux diplômes
synodaux dont les originaux existent encore aujourd'hui. Dans le
premier, en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, donné en 862 ou
peu après, on lit : « -[ego Fuajiilo munere divino Sennençis (m')
episcopus, prius per advocatum, postea per memetipsum sub-
scripsi.» Son représentant, lediacre Baumond, avait souscrit tout
d'abord : « -f Baltmundus diaconus, ad vicem domni et patris mei
Vuanilonis, Senonum urbis archiepiscopisubscripsi " » ; le second
1 . Ihid ., p. 53.
2. Conservé à la Bibliothèque de la ville de Sainî-Omer, r\° "06. Les
passages que nous venons de citer se trouvent aux fol. 188 verso et 189
recto.
3. Capittilaria, éd. Boretius et Krause, II, 430-453 (Moinimciita Gcniia-
niiv hislorica, série in-40).
4. Capitulaiia, éd. Boretius et Krause, II, 427.
5. L'initiale est bien line lettre simple.
6. Voy. Le Moyen Age, année 1902, p. 438.
7. Tardif, Moiiiiiiients bistcn\]ues, Caiioits des rois, n" ïi'i'j, p. 121.
102 MELANGES
en faveur de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, donné en
864 porte : « -j- Vnanilo munere divine Sennensis episcopus hoc
privilegium recognovi et ;subscripsi' ' ».
Il est donc bien établi que l'archevêque de Sens était appelé
et s'appelait Ganelon.
Mais cette prononciation était-elle générale ? N'était-ce pas
un cas particulier? Au premier abord on serait tenté de le
croire en voyant dans un exemple rapporté plus haut le nom
de l'archevêque de Rouen écrit Wenilo tandis que celui d'un
homonyme sénonais est mis sous la forme Wanilo. Comme ce
dernier est étranger au royaume de Charles et est venu du
royaume de Lothaire% on pourrait se laisser aller à imaginer
soit une influence germanique soit un reflet de quelque
prononciation romane dialectale.
Il n'en est rien. En efl'et l'archevêque de Roiien reçoit en 863
une lettre du pape Nicolas P'' adressée « Wanihmi Rotoma-
gensi' ». Et lui-même a souscrit en 862 au-dessous de son
homonyme dans le même diplôme synodal pour Saint-Denis:
« Y Vuanilo humilis Rotomagorum episcopus subscripsi'* ».
D'autres exemples pourraient facilement être réunis. Ceux-ci
suffisent pour montrer que, dès le milieu du ix= siècle, la
prononciation Guanelon, Ganelon, coexistait avec Guenelon'^.
^ Ferdinand Lot.
FRANC. ÉPAULE
Dans son Lat.-rom. J^tV/^rZ'., à l'article s pat ula, Kôrting,
déclare que le changement phonétique de l'anc. franc, espalle
es pale tn franc, mod. épaule n'est pas encore éclairci. Dans les
1. Max. Quantin, Cartulaire général âe T Yonne, I, 86-87 (^vcc fac-
similé).
2. Audradus Modlcus, Révélât iones, dans Historiens de France, VII, 291.
3. Annales Bertiniani, p. 63.
4. Tardif, op. cit., p. 121.
5. [La coexistence de Wanilo et de Wenilo au milieu du ix= siècle, n'est
pas douteuse. Wanilo est, linguistiquement, la forme la plus ancienne
et IVenilo offre un affaiblissement de l'a en c dû à l'action de Vi du suffixe
hvpocoristique -ilo, action qu'on désigne ordinairement, à l'allemande, sous
FRANC. EPAULE IO3
lignes qui suivent, nous nous efforcerons de donner l'explica-
tion de ce changement.
Nous n'insistons pas sur le développement irrégulier de tl en
ill, II, qui indique que spat(u)la = espadle, espaUe de
même que rot(u)lus = anc. franc, ro/û', bien que très anciens,
n'appartiennent pourtant pas au fonds premier de la langue
comme veclus vet(u)lus ou *secla sit(u)la.
M. Mever-Lùbke {Gramm. d. roui. Spr., I, p. 449-450)
affirme que le groupe //, s'il est de formation récente, devient
-//-en franc. ; c'est-à-dire que la première des deux /devient une/
vélaireetparsuitese vocalise, tout comme si elle se trouvait non
pas devant une / mais devant une autre consonne. M . Foerster (Z.
/. 10m. Ph., XXVI, 430) refuse à bon droit d'admettre l'explica-
tion de M. Meyer-Lùbke ; il n'y a pas en effet d'autre exemple
où la première liquide du groupe -//- se soit vocalisée'. Quelques
lignes plus bas, M. Foerster . suggère une autre explication:
espalle, espale serait devenu espaiile dans un dialecte de l'Est où
a passe régulièrement à an devant /, et le français du Centre
aurait ensuite emprunté à l'Est cette forme dialectale. Il a soin
pourtant d'ajouter aussitôt : « Mais pourquoi la forme de
l'Est aurait-elle pénétré en français et de si bonne heure ? » Et en
effet, on nesaurait admettre que le nom d'une partie du corps soit
un emprunt fait par le français à un dialecte tout comme un terme
techn'que ou un mot désignant une chose originaire de telle
contrée ou plus abondante là qu'ailleurs. Si l'on tient compte
encore de ce que la forme épaule paraît au commencement
du xiii^ siècle et qu'à cette date le bourguignon — qui n'a
presque rien fourni au vocabulaire commun — était le seul
le nom d'« umlaut » ou, à la grecque, sous celui de « métaphonie », recom-
mandé par M. Victor Henry. Ce nom germanique remonte, d'après l'opinion
généralement reçue, au thème gothique vën-s « espoir » ; mais il ne saurait
y avoir de rapport direct entre l'i^ gothique et Ve de la forme carolingienne
Wenilo, Vê gothique s'étant changé en â dans tout le domaine allemand.
Comme la métaphonie de ]'<; n'apparaît en haut-allemand qu'au ixe siècle,
la forme JVenilo doit provenir des pays-bas allemands où le phénomène est
beaucoup plus ancien : cf., sur ce point de chronologie linguistique, Roiiiaiiia,
XXXI, 495. — A. Th.]
I. L'exemple soulier (sotlar, soller) que M. L. cite à côté de épaule est peu
concluant vu que Vo est atone.
104 MÉLANGES
dialecte de l'Est auquel le français eût pu prendre ce mot, on
voit le peu de vraisemblance de cette supposition '.
Dans la Grainni. de ranc. franc, de Schwan-Behrens (4"^ édit.
p. 72-73), on trouve une autre explication qui n'est pas plus
heureuse que la précédente: à cause du lieu et de la date de
l'emprunt, l'atone pénultième ne serait pas tombée et n'aurait
pas mis en présence la dentale et la liquide dans épaule de
même que dans 7)ieiile <metula, roule < rotulat et viouh'
<modulus; la dentale intervocalique aurait disparu et Vu aurait
formé diphtongue avec la voyelle tonique précédente. Mais
aucun des exemples allégués n'est probant : meule ne vient pas de
metula, qui n'a pas donné de dérivé dans les langues romanes,
mais de môla (pour le sens, voy. le Dict. général de Hatzfeld-
Darmesteter-Thomas) ; Von de roule est dû à l'influence ana-
logique exercée par le verbe roeler, roueler {dérivé de roele.
rouelle) sur le verbe roller, roler (*rotulare); quant à molle,
moule, et à épaule, affirmer l'existence en latin vulgaire des
types *moulus, *spaula, c'est négliger complètement les
formes romanes: esp. molde, roum. inodru ; catal. espattla,
prov. espatla, ainsi que les formes de l'anc. franc. : modle, molde
et espalde, espaude.
Espalde est sorti par méthathèse d'espadle qui, par l'assimila-
tion du ^ à /, a donné naissance à la forme espalle, espale, la
plus usitée en anc. franc. Néanmoinsdans quelques textes de la
première moitié du xii^ siècle, écrits dans le dialecte du Centre
ou en anglo-normand, on rencontre assez souvent espalde'.
Quatre Livres des llois 29, 35, 61, 141, 370, 377; Psautier
de Cambridge 20, 12; 80, 6; 90, 4; Psautier d'Oxford 90, 4.
Enfin, dans un texte du xiii^ siècle, avec la vocalisation de/,
espaude :
En l'espaude as denz l'aert
Que l'os remaint tut descuvert-.
1. Le lorrain du xiv^ siècle ne présente encore que d'une manière spora-
dique le changement de « devant /en au: loial, e spécial z. côté de loiaul,
ailles (Apfelstedt, Introduct. del'édit.du fta/zZ/Vr/o/n//;/, p. x) ; et en wallonce
phénomène ne fait son apparition que dans les dernières années du xin«
siècle (Wilmotte, Étiuies Je tlialecloloi^ie walL, dans Rom. XVII, 554-55, et
XVIII, 211-212). Voy. d'autre part, pour le bourguignon, Gôrlich, Z)^;-
biirgiiiul. Dial. iiii XIII u. XIV Jahrh., p. 15.
2. Fragment d'At?iadas ci Ydoitie publié d'après le ms. de Gotha par
Andresen (Z. /'. roiii. PJjil., XIII, 92, vers 23). Dans le manuscrit 575 de
TRANÇ. ÉPAULE IO5
Il est à remarquer que la iormc espaude ' a dû être d'un usage
courant au xii*^ siècle, à côté de la forme espalle, espale.
Les formes autres et aiifei des Qiiatre Livres des Rois prouvent
que la graphie cspahh- de ce texte cache une prononciation «
espdude (cf. Schlôsser, Die Laiiiverhàlinisse der QLD R,p. 6-7);
d'autre part les formes Hairaiid, Teihaud etc. du Liber censna-
lis de Guillaume le Conquérant (voy. Hildebrand, Ueber d.
fran:^. Sprachelement ini L. Cens. Wiih., \, 39, P- 361) qui
témoignent de la vocalisation de / suivie de consonne et précé-
dée de a dès 1086, permettent d'aflirmer qu'on a prononcé
cspaude pour espalde à partir du commencement du xii^ siècle
en franc., norm. et anglo-norm. et que les Psautiers repro-
duisent, en dépit de la prononciation de leur temps, l'ortho-
graphe surannée de l'original du xi^ siècle ^.
Vers la fin du xir siècle, espalie, espale et espaude créèrent
par croisement une forme nouvelle. Le résultat de ce croise-
ment entre des mots très rapprochés au point de vue de la forme
et identiques au point de vue de la signification, fut l'ancêtre dii
franc, mod. épaule, lequel supplanta les formes anciennes qui
lui avaient donné naissance : espaude -\- espale = espaule, épaule.
Il faut donc enrichir de cet exemple la liste des croisements
cités par M. Suchierdans Le franc, et le prov., p. 145 : anc. franc.
oreste (orage) =: orage -\~ tenipeste; anc. franc, triers = très
<trans-f- fier < rétro, etc., et par M. Meyer-Lûbke dans sa
Grammaire des l. rom., II, § 466, notamment l'anc. ùanç.peiir,
sorti du croisement des suffixes -6 re et -iira : pavore-j- pavura
= peiir.
la B.Nat., que Hippeau a suivi pour son édition de ce poème, espaude est
remplacé par espaulle, v. 181 1.
1. La forme espaude est attestée une seconde fois, ''dans 'un document
de 1590 cité par Carpentier, dans Du Gange, spondalis, et par La Curne
de S'e-Palaye à l'art, espaude : « Le suppliant lia sa femme à l'espaude de son
lit et la feri d'une cognée. » Mais M. Thomas croit qu'espaiide est ici une
simple faute de copiste pour espoiide « bord du lit ».
2. La langue de l'original des Psautiersqueles copies du xii^ siècle repro-
duisent laisse déjà voir, par la diphtongaison de la terminaison -t'/5 =: eaîs
(cfmîeuieaJsybeallet dans le Fs.d'Oxt'.,oiseaIs, ruisseah, dans le Ps de Cambr.),
une tendance à la vocalisation de /, notamment après a, e (cf. Harseim,
Voc. H. Cous, iiii Oxf. Ps., p. 320).
I06 NltLANGES
Quant à la ÇormccspaiiiUi'(hcc scapula ' : espaudle) du Glos-
saire anglo-normand publié dernièrement par M. Priebsch %
il V faut voir une fiiute de scribe plutôt qu'une hésitation
de langage entre la forme ancienne espaude et la nouvelle
espaith'. Le copiste, ayant présente l'esprit la désinence du
mot latin, a ajouté une/ devant la lettre finale du mot français
.qui était en regard.
Ch. Drouhet.
« GIRAUT DE BORNEIL » OU « GUIRAUT DE BORXELH >, ?
M. le Docteur Adolf Kolsen, qui va enfin publier le premier
fascicule de son édition, depuis longtemps annoncée ^ du célèbre
troubadour Giraut de Borneil, m'a tait l'honneur de me con-
sulter sur les raisons qui m'ont amené à écrire récemment, à
propos d'une étude de M. René Lavaud : « L'origine du trou-
badour étant parfaitement établie, il y aurait tout avantage à
l'appeler comme il s'appelait lui-même, Giraut, et non Guiraut :
c'est ce qu'a fait M. Chabaneau... ^ «
Voici mes raisons.
Le nom propre germanique que les documents mérovingiens
et carolingiens latinisent ordinairement en Ga i roald us ^ est
devenu plus récemment, en Limousin comme ailleurs, Geral-
dus et Giraldus^. Il est certain que le g germanique, placé à
l'origine devant un a, a passé du son explosif au son chuintant,
de même que leiijdeGauciobercthus (plus récemment Gauz-
1. Scapula remplace dans les Gloses de Cassel spatulaet traduit, de
même que humérus, le germ. ahsla. Dans le Gloss. d'Évreux on trouve
quatre synonymes lat. pour « épaule » : biniienis, vel ariiius, vel scapula ■=
espauîe 54 et spaltûa — cspaiilc 44 (Petit vocab. lat. -franc, du xiiie siècle, p.
p. Chassant).
2. Dans les Bausteine (icr rom. Phi'. Ft'stgahef. A. Mussafia, p. 536.
3. Cf. Romania, XXIII, 496.
4. Romania, XXXIV, 157.
5. Cf. A. Longnon, Polypt. de Vahbave de S. -Germain des Très, I, 311.
6. Geraldus est de beaucoup la forme dominante en Limousin ; mais il
y a quelques exemples de G irai dus ; cf. Viiidex noviinum des Doc. hist. con-
cernant principalement la Marche et le Limousin de Leroux, Molinieret Thomas,
t. II, p. 345-
« GIRAUT DE BORNEIL » OU « GUIRAUT DE BORNELH »? IO7
bertus); mais tandis qu'on a pris de bonne heure l'habitude
d'écrire en roman Jausberl , ce qui rend manifeste le changement
de g en y devant un a persistant, le son e en i, qui avait succédé
au son primitif^/ dans les formes latinisées Geraldus, Giral-
dus, a maintenu l'usage traditionnel du ^ parce que les nom-
breux mots latins où g devant un e ou un / sonnait ; (comme
geii, de gentem, ougirar, de gy rare) ne laissaient aucun doute
sur la prononciation du g devant les voyelles e et /.
Ce n'est qu'au-dessous de la ligne de partage des sons ca et
ga, d'une part, cha et ja de l'autre ^ que le g germanique a
conservé le son explosif primitif, et que, pour bien marquer le
son explosif, on a pris l'habitude de faire suivre le g d'un // et
d'écrire Gniraiit. II est fort possible que le troubadour s'appelât
réellement Gérant plutôt que Giraitt, mais il est impossible,
étant donné qu'il était « de l'encontrada d'Esidueill, d'un ne
castel del vescomte de Lemoges ^ » que le nom qu'il portait fût
Giiiraut. Les chansonniers qui nous ont transmis ses poésies
hésitant entre Giraiit et Guiraiit, c'est Giraiit qu'il faut choisir.
L'exemple de M. Chabaneau que j'ai invoqué appelle une
réserve importante. De parti pris, M. Chabaneau appelle Girau
tous les troubadours dont le nom remonte à Gairoaldus,
quelle que soit leur patrie : mais dire Girant Riquier, comme il
le fait, c'est commettre une confusion inverse de celle que j'ai
critiquée chez M. Lavaud. Il faut dire Gniraut Riquier (de Nar-
bonne) et Giraui de Borneil (d'Excideuil) : c'est une question de
latitude, c'est-à-dire de géographie linguistique 5.
Il est un autre détail sur lequel M. Kolsen ne m'a pas consul-
té, mais sur lequel je me permets d'attirer son attention : il
concerne la graphie du surnom de notre troubadour. Dans sa
thèse de 1894 et dans un mémoire qui foit partie du Festschrift
publié en 1905 en l'honneur de M. Tobler -^j M. Kolsen écrit
1. Cf. l'art, de P. Meyer, Remania, XXIV, 529 et s.
2. Aujourd'hui orthographié Excideuil, ch.-l. de canton de l'arr. de Péri-
gueux, Dordogne. — Cf. Chabaneau, Biog. des troubadours, p. 14.
3. Même devant e et i primitifs, le o- germanique esftraité comme devant
a, de sorte que si Geraldus, Giraldus étaient des formes primitives et non
secondaires, nos conclusions resteraient les mêmes. Cf. ce que j'ai dit, à pro-
pos delà thèse de M"e Cipriani, dans Romania, XXXI, 455.
4. Die heiden Kreuilieder des Trohadors Guiraut von Bornelh (pages 205-227
du volume).
io8
MELANGES
Bornelh, contrairement à l'usage suivi le plus généralement et
qui consiste à écrire Borneil, comme l'ont fait et comme le
font Diez et MM. Paul Meyer et Camille Chabaneau '. Le plus
sage me paraît être de s'en tenir à la forme Borneil, car c'est
cette forme qui a le plus de chances d'être celle même dont se
servait le poète. Je crois que le surnom du poète est un nom
de lieu qui est à Born comme Monteil est ;\ Mont, c'est-à-dire
que Borneil représente un type étymologique *Borniculum%
comme Monteil représente Mont i eu lu m, et par suite nous offre
dans sa désinence un e fermé suivi d'une / mouillée. Or la
notation de 1'/ mouillée par //;, que l'orthographe provençale a
en commun avec la portugaise, n'apparaît pas, à ma connaissance,
au moins d'une façon suivie % avant l'extrême fin du xir siècle '^.
Jusque-là, à côté des cas nombreux où le mouillement n'est
pas noté, nous ne trouvons à la finale que // (par exemple vell
dans Boeci 235 et d^ins sancia Fides 2), //(par exemple oil:(,veil:(,
meil:;^, voil, soil, broil, dans Sanrta Fides 78, 118, 232, 236,
260, 264, 266, 273, 286), /// (par exemple voill, doill, foill,
acoill, oill, cahdoiU, escoill, orguoii, troill, dans Sancta Fides,
1. Bartsch, dans son Gniiidn'ss, écrit BorHt'/// d'après le nis. A (c'est ce que
fait aussi M. Crescini dans son Maniialctto), dans sa CJirestom. prov., 3e éd.,
Borneil à la col. 79 et Bonieth à la col. 418 (index). M. Appel écrit Bonielli
dans sa Prov. Crestovi. Émeric-David {Hist. litt. de la France, XVII, 447),
se sert de la (orm^Bomeilh, qui s'accorde bien, dans sa graphie pléonastique,
avec la forme Girauld, qu'il donne au nom du poète. Enfin, s'il m'est permis
de faire en public mon examen de conscience, je dois avouer que, dans mon
édition de Bertran de Born, j'ai maladroitement flotté entre Borneil
(p. wxm), Bornelh (p. 18, n. i)et Borneilh (p. 165, art. Alamanda).
2. Il est vraisemblable que cet ancien Borneil est aujourd'hui Bonrnei,
hameau de la commune de 'Nantiat (Dordogne), qu'on écrit avec un x final
sans valeur phonétique (Chabaneau, Biogr. des Iroithuhnrs, p. 145) ; malheu-
reusement les formes anciennes manquent qui pourraient seules relier Bourneix
à Borneil et, à première vue, le Bonrneix actuel peut être un ancien Bornés ou
Bornesc.
3. Voyez quelques' exemples sporadiques anciens dans Diez, Grannn., trad.
franc., I, 375, n. 3.
4. Je ne sais sur quel fondement M. Crescini a écrit : a Si fa quindi dalla
meta del dugento più fréquente e comune il segno //; » (Manualetto, 2céd.,
P- 47)-
PROV. ANC. ALBUESC.l ; PROV. MOD. AUBUiCO I09
202, 228, 231, 235, 263-272), OU, très exceptionnellement,
ilh (par exemple lailh dans Sancla Fidcs 205).
Étant donné que l'usage dominant au xii^ siècle dans les
textes provençaux flotte entre Bortieil et Bonieill, et qu'il nous
faut choisir entre ces deux formes concurrentes, notre préfé-
rence doit naturellement aller à celle de ces deux formes qui
est la plus simple et qui, par surcroît, concorde avec l'ortho-
graphe française usuelle, orthographe dont il est bien permis de
critiquer les défauts mais dont on ne saurait contester la grande
notoriété'.
A. Th.
PRO\'. ANC. ALBUESCA ; PROV. MOD. AUBIECO.
Le Trcsor don Fdibrigc de Mistral a l'article suivant :
AuBiECO, s. f. Citrouille commune, citrouille longue, en Périgord ; sorte
de petite calebasse, en Guienne.
Contrairement à son habitude, Mistral n'indique aucun
rapprochement avec d'autres langues. Je me demandais depuis
longtemps s'il ne fallait pas considérer aubicco comme identique
au catal. nlbiidcca, à l'esp. albndeca et hadca,au portug. albiidieca
et paicca, mots d'origine arabe dont Diez s'est occupé (Etyiii.
JVœrteib.jlV-" pateca -.) Cette idée, qui m'était venue à première
vue, me semble nettement confirmée par un texte qui n'avait
pas attiré mon attention jusqu'ici, le leudaire de Montréal
1. On pourrait encore discuter la question de savoir s'il vaut mieux écrire
Giiaiit que Giraud. Bien que Giraiit ait pour lui l'usage du xiF siècle et la
phonétique (car le d étymologique a fini par s'assourdir en t à la finale), je
n'aurais aucune répugnance pour Giraud, qui est certainement antérieur à
Giraut (cf. la graphie de Sancta Fidcs, qui ne change pour ainsi dire jamais la
sonore en sourde à la finale et qui écrit non seulement parled 2, cervs 8, prob
13, aiidid 32, unsqiiegs J^(), pdg 90, à côté pourtant de hrac 86, laid 166, sauh
2^0, perd 24^, grand 2^<^, plaid 112) et qui a l'avantage de distinguer la
désinence -aut secondaire, issue de -ald, de la désinence -aid primitive, issue
de -ait. Mais il ne faut peut-être pas faire cette concession à l'orthographe
étymologique, car la pente est glissante et on ne saurait où s'arrêter.
2. Cf. Kôrting, 1440.
IIO MELANGES
(Aude), rédigé vers 13206! publié par M. l'abbé Sabarthés dans
\e Bnll. historique et philologique du Comité, année 1896, p. 48e
et s. L'article 3 i de ce leudaire est ainsi conçu :
Item, en lunh autre cos ressemblant, ni coggas, ni cogombres, ni plantas
{sic), ni anienlas, ni albnescas {sic), ni cscaluenhas, ni biedas, ni cauls, ni lunha
autra erba, no dona re.
Dans cet alhucsca, dont la désinence paraît altérée sous l'in-
fluence du suffixe provençal -esca, il est impossible de mécon-
naître un emprunt au catalan nlbudeca, et il sert de lien entre
le catalan et le provençal moderne aubieco.
A. Th.
UN SENS RARE DU MOT VOITURE
Il y a dans les archives communales de Bourisp (Hautes-
Pyrénées) un long mémoire de griefs d'appel, rédigé en léii
et produit devant le sénéchal d'Armagnac par des habitants de
ce village et de quelques villages voisins; on doit la connaissanceet
lapublicationpartielledecemémoireà M. Labrouche '.Les appe-
lants exposent que « sur le commencement du moys de juing
16 10, revenantz d'Espaigne par le port de Plan et chemin
royal et publicq qui conduict par la montagne de Rieumajou
vers les dicts vilaiges de Bourisp, etc., comme leurs voytures,
cinq en nombre, feussent hors d'aleyne et lasses du chemin
(que la Cour remarquera... sembler plus tost un chemin d'en-
fer que de la terre, tant il est rabouteux, estroict, difficile et
dangereux pour précipiter la voyture et le voyturier dans des
abismes). ils auroint.. .voulu descharger leurs bestes et les lais-
ser un peu repaistre... » Plus loin, le mémoire parle de « voytures
paysans et repousans de passade et nécessité » et il affirme
que « tous passants estrangers ou du pays... ont le privilège...
de faire repaistre et descharger leurs voytures en tel endroit que
|bon| leur semble. »
M. Labrouche a cru que ce mémoire prouvait que le port de
Plan était alors traversé par une route carrossable, et que les
I. Bultetin de ^èograpliie historique et descriptive, année 1897, p. 122
et s.
UN SENS RARE DU MOT VOITURE I 1 1
cinq « voitures » dont il est formellement question étaient cinq
« chars ». Il est manifeste que le rédacteur du mémoire a
employé le mot voiture au sens de « bête de somme » : le fait
mérite d'être signalé car aucun dictionnaire français n'attribue
expressément ce sens au mot voiture. On sait que le latin
classique emploie vectura, type devoiture, pour désigner soit
l'action de vehere, soit le prix perçu pour faire cette action : par
conséquent vectura s'applique aussi bien à l'action de porter
une chargea dos, qu'à tout autre mode de portage'. Par suite,
une fois vectura passé au sens concret et appliqué à l'agent de
transport, il peut aussi bien désigner une bête de sonnne qu'un
véhicule. En fait, le latin du moyen âge emploie vectura et son
doublet barbare vehitura dans le même sens où notre mémoire
pyrénéen emploie voiture-. Dans les exemples français réunis
par Godefroy, art. veiture du Complément , il y en a un, le
premier, où ce même sens semble s'imposer '.
Je crois qu'il ne serait pas difficile d'établir quel'ital. vettura
s'est prêté et se prête peut-être encore au même emploi. La
locution figurée dure iina âojina a vettura « prostituer une
femme » montre déjà que vettura désigne l'action de « porter»;
et le sens de « muletier », que possèdent vetturale et vetturino,
témoigne que vetiura peut s'appliquer à la bête de somme
elle-même-*.
Pour en revenir au français, voiture « bête de somme » fait
tout de suite songer à notre ancien mot cbevaucheïire « bête
qu'on chevauche » et à notre mot, très vivant encore, monture
« bête qu'on monte ». Mais il faut remarquer que le dévelop-
pement sémantique n'a pas eu le même point de départ : voiture
vient directement du latin vectura, c'est-à-dire qu'il repose sur
1. Cf. Gellius, Nocl. Att.,Y, 3 : c Protagoram aiunt victus quœrendi gratia
vecturas onerum corpore suo factitavisse. »
2. Cf. Du Cange, vectura: «omne jumentum, nempe cquus, camelus,
mulus, asinus, bos. »
3. « Cil firent prendre viandes assez sur chamaus et en autres veictun's »
(trad. de Guillaume de Tyr); le texte latin porte (XX, 6) : « Suniptis ali-
mentis ad iter necessariis et camelis ad devehenda onera sufficientibus. »
4. hevoitiiricr de notre mémoire est donc le correspondant e.xact, pour
le sens, du vetturale ou vetturino italien.
112 MELANGES
vehcrc pris au sens actif, tandis que clicvauchciirc et vioiiteiire,
créés à une époque postérieure, reposent sur chn'aucher et
monter pris au sens passif.
A. Th.
ITAL. jA\'A, JANARA
A proposito del prov. antico jana, che si legge nelle chiose
dal cod. parigino Bibl. Nat. lat. 7622, testé pubblicate e studiate
dal Thomas, si è ricordato che il sardo conosce la stessa parola
jana nel senso di « strega » '. Mi sia permesso di notare che
anche nell'antico toscano esiste la parola jana per indicare una
strega. lo credo di poter additare la stessa voce in un passo
del Tesoro versificato di Brunetto Latino, edito in parte dal
D'Ancona nelle Meniorie délia R. Accademia de' Lhicei, anno 1888.
Vi si parla di una donna, la regina del reame di « Sizire «^ che
aveva predetto la nascita d'Alessandro per astrologia:
Era iiana et per sua sorte sapea
Che d'Olimpiade uno Alesandro nascer dovea-.
Il D'Ancona postilla : « Perché naiia ? Dubito debba leggersi
iiiaga » ; e la sua congettura è stata approvata da W. Hertz,
Die Sage von G if t?nàdchen (in Henz, GesainnicJtc Abhandlungen,
Stuttgart, 1905, p. 176). E sta bene; ma basterà mutare îiaiia
in jana.
L'esistenzia délia parola janara nella stessa significazione in
dialetto napoletano è accennata dal Kôrting, 2^ediz., n° 2946.
Non sarà inutile perô di citarne un esempio tolto dal
De nucc maga beneventana del Piperno (Napoli, 1635), dove si
legge, a p. 17 : « Retinet hodie locus la ripa delk ianare, in
qua erat ceu antrum aqua plénum, qua aestivo tempore
lamiae etiam balneantur. » Che la vccq sia viva ancora a Bene-
viento risulta da A. de Blasio, Iiiciannafori, iiiagbi c sfreghe di
Binevento (Napoïi, 1900), p. 136, passim.
F. NOVATI.
1. Romania, XXXIV, 201.
2. D'Ancona, // Tesoro di B. L. versifie, Roma, US89, p. 29 deU'estratto.
COMPTES RENDUS
Bausteine zur romanischen Philologie. Festgabe tûr Adolfo
Mussafia zuni 15. Fcbruar '.905. Halle, Niemeyer, 1905. In-8, xlviii-
716 pages.
Nous avons annoncé (Remania, XXXII, 633, et XXXIV, 346 et 489) la pré-
paration et la publication de ce volume collectif, bouquet de fête que moins
de quatre mois ont suffi à transformer en couronne de deuil. Nous ne revien-
drons pas sur les circonstances qui l'ont inspiré, sauf pour faire remarquer
qu'il était destiné à célébrer, en même temps que le soixante-dixième anniver-
saire de la naissance du maître, le centième semestre de son activité univer-
sitaire. Il nous reste à faire connaître à nos lecteurs les titres des mémoires
qui le composent, en insistant sur ceux de ces mémoires qui nous touchent
plus particulièrement.
P. viii-XLVii, Élise RiCHTER, A. Mussafias Schriftcn (1858- 1904). Biblio-
graphie très complète et très minutieuse, par ordre chronologique, terminée
par une .able alphabétique des noms propres et des matières.
P. 1-8. De Lollis, Di alcune forme verhali nelV italiano atitico. Il s'agit de
formes rares de l'ancienne langue qui correspondent phonétiquement et séman-
tiquement, d'une manière plus ou moins complète, au futur antérieur du
latin; l'auteur en relève un certain nombre, surtout chez les premiers lyriques
et dans les chroniques d'Aquila, tout en admettant des contaminations de
sens et de tonne entre ce temps et le passé du subjonctif, voire avec le plus-
que-parfait de l'indicatif. Il croit même, ce qui parait excessif, que l'emploi
du futur antérieur a donné à l'infinitif une vitalité qui n'était pas dans sa
nature.
P. 9-16. Wahlund, Bibliographie der frau:iôsischen Strasslmrger Eidei'om
Jdhre 842. Travail poussé à fond, avec cette minutie inlassable dont l'auteur
a donné tant de preuves dans ses précédents travaux ; on n'a d'ailleurs ici que
ce qui concerne le xvie siècle. Les extraits des livres cités que donne M. W.
constituent non seulement une bibliographie, mais une bibliothèque du sujet.
P. 27-45. Lang, Ohl Portuouese Songs. [M. L. étudie les sept alhas conte-
nues dans le chansonnier portugais du Vatican (il eût pu remarquer que
quelques-unes de ces pièces sont moins des albas proprement dites que des
Remania, XXXV 8
114 COMPTES RENDUS
variations assez éloignces du type ordinaire) ; il signale un nouveau « des-
cort », qu'il avait oublié de mentionner dans son étude sur ce genre (voy.
Romviia, XXIX, 124), et cinq pièces se rattachant de plus ou moins loin à
Vescoudic;. Il publie avec traduction et notes neuf de ces morceaux. Cette
publication, faiteavec le plus grand soin, fournit de nouvelles preuves de l'in-
fluence des troubadours sur l'ancienne poésie galicienne. — A. Jeakroy.]
P. 46-59. Philippide, Aîtgriechische Elemenleim Rumànischen . [Miklosich a
montré (5<r///rt^v, Vocal. III, 17 : Cotisou. I, 78) que l'ugrec pouvait être repré-
senté en roumain par [n. Ce phénomène ne peut naturellement se présenter que
dans des mots empruntés au grec avant la transformation de l'y en i, c'est-à-
dire avant le x* siècle, mais il peut encore nous fournir le moyen de remon-
ter plus haut dans l'histoire des éléments grecs en roumain : c -\- i et t -\- i
avant l'accent passent en roumain à c (sauf devant d) dans les mots latins ; si la
même transformation se produit pour c et / devant iii < u, ce ne pourra être
que dans les éléments grecs d'emprunt très ancien, d'époque préroumaine.
M. Philippide propose d'expliquer ainsi: 1° Ciuricd, « fête du 15 juillet
Saint Cyriaque) » < Kjp'.a/.o; ; — 2" Ciuj-ild, nom propre, ■< KupiX/oç ; —
5° *ciumur (primitif hypothétique des dérivés ciumdrat a fâché », ciunidros
« aigrelet », a ciuiudn « devenir amer, en parlant du vin » ; a ciuinurluia, ciuvitir-
luiald « avoir un refroidissement, courbature, etc. »)et ital. cimiirro, « mala-
die du cheval caractérisée par un écoulement nasal » (mais avère il cimiirro,
if. être en colère » ; cf. aussi esp. cimorni); *ciuiniir représenterait un composé
grec yuijLou porj ; — 4° ciuturâ « seau, gourde » •< diminutif de -/.jto; ; — 5°
ciuc « boucle de cheveux, toupet, pic » et ciucà « cible » < y.jzXo; ; — 6" a ciidi,
ciiiciuli, ciiil et dérivés « rouler » et sens analogues << xuXÀô) ; — 7° cimbni
« thym » <C *ciiimhnt (cf. les nombreux doublets en -ci- et ■ciii-') <C Oj|j.[îpov ;
— 8° citiiel, ciuiitel etc. « devinette » dont le primitif *cf//;« pourrait représen-
ter Ou;j.ô: ; — 90 cioc, « bec, etc. », ciocan « marteau » < Tyzo:. L'on ne
saurait oublier que beaucoup de mots ainsi expliqués ont des analogues dans
les diverses langues balkaniques, d'où ils ont pu passer au roumain avec le c/-
initial. Mais il est intéressant de noter qu'en même temps que M. Philippide
et indépendamment de lui, M. S. Puscariu proposait d'ajouter à o-/»/- < yûpo:,
outre l'it. acciuga << àojr,, deux nouveaux exemples de u > in : 1° xujjia >
mac.-roum. et megl. tsuma « bosse, enflure, abcès », et roum. ciiiiiia fctil
« ponmie épineuse » ; — 2° xotjÀ»] >■ *cytola~;> roum. ciuturd, cf. l'art. 4 de
M. Ph. et voy. Puscariu, Lalcinische Ti iind Ki int Rumànischen, Leipzig,
1904. — M. RodUES].
P. 60. MuSATTi, Catranionacia. Ce mot signifie « maléfice » et aussi
« crasse, dépôt sédimenteux » en dialecte vénitien : l'auteur l'explique par
une locution grecque de la basse époque : t7,v /.«Tâpav u.o-j\i'i-/r^t « puisses-tu
avoir ma malédiction ! », mais il reconnaît lui-même que c'est là une simple
conjecture.
P. 61-76. MoHL, La préposition eu m et ses successeurs en gallo-roman.
Cherche à montrer que la substitution de apud à cum dans la langue vul-
Bausteiiic ::^iir roiiianischcn Philologie 115
gaire de la Gaule n'est pas une évolution naturelle, mais une réaction de la
langue savante, dont le grand facteur doit être cherché dans les écoles célèbres
fondées par la politique romaine à Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Autun,
etc. : adhère ii l'étvmologie du prov. ah par apud, mais considère la variante
ani comme issue de la vieille particule italique amb, am; retire l'adhésion
qu''il avait donnée antérieurement à l'étymologie du français avec par le lat.
ab hoc , et voit dans le mot français le représentant du lat. ad hoc au même
titre que dans l'anc. franc, avollre le représentant du lat. adulter(?)
P. 77-89. Behreks, Etyjuohgisches. Ane. fr. bnwien[t'\ : ne signifie pas
« barque », comme le dit Godefroy, mais « portefaix », et vient du nordique
byrja « porter » + man « homme » (cf. mes Noiiv. Essais, p. 184, art.
bniiman. où l'on trouvera des renseignements plus étendus sur l'extension de
ce mot dans les parlers de France). — Ane. wall. by « hovau » : du néerl.
bik. — Fr. chique « bille à jouer » : à rattacher à l'aliem. schicken
« envoyer ». — Fr. orieiu. Jîingot « fusil » : allem. du sud flingge, variante
de flinte. — Pic. gomiiie « réservoir » : allem. kumme « bassin », auquel se
rattache aussi le mot gomer « seau ». — Wall, hanèt, hènat « nuque » : même
origine que le fr. hanap (german. hnap), avec altération de la désinence par
substitution de suffixe, comme le montre l'anc. fr. hanepier. — Wall, hèder
« s'interposer entre le vendeur et l'acheteur » : allem. scheiclen « séparer ». —
Wall. ivie)(e) « neige » : appuie l'étymologie par hibernum, déjà donnée
par M. Horning et à laquelle je me suis rallié d'enthousiasme (Noiiv. Essais,
p. 284). — Pic. h'iiiiiére « vache qui n'a pas eu de veau dans l'année » : lat.
vulg. *annucu la ria : cf. mes Mélanges, p. 112, art. «o/Z/^/t;, auquell'auteur
apporte d'intéressantes et convaincantes additions. — Gasc. mèco « moelle » :
même mot que mèco « mèche ». — Ane. wall. cirselle « noir de fumée » : flam.
zwartsel, déjà indiqué par Bormans ; même racine dans ivarsier (Godefroy)
et :5;u'rt/ (Grandgagnage). Je remarque, à l'art, ivarsier de Godefroy, un exemple
de la locution icairsier de ivai:ie : or le subst. wai^e n'est relevé ni par Gode-
froy ni par M. Behrens. — Ane. fr. plete « espèce de bateau » : est classé à
tort par Godefroy sous plate et omis par Kemna dans le mémoire dont nous
avons rendu compte (Roiiiatiia, XXXI, ^132) ; l'auteur le rapproche du néerl.
pleyte,pîeit sans se prononcer à fond sur l'étymologie. En note, liste à ajouter à
celle que j'ai donnée des mots omis par Kemna. — Ane. fr. rie[s] v botte d'aulx,
d'oignons » : néerl. rije, correspondant à l'aliem. reihe. Article de sept
lignes, manqué, mais instructif ; au lieu du néerlandais rije, c'est le lat. restis
qui fournit l'étymologie (cf. l'art, rest de mes Essais, p. 378) ; il faut garder
Vs et voir dans ie la diphtongue wallone régulière de Ve latin entravé. —
Wall, rivé, rivis « èglefîn, merlan, carrelet, etc. » Anciennement ritivés : bas
allem. rinfisk, proprement « poisson du Rhin ». Très jolie conjecture ; mais
puisque c'est toujours un poisson de mer que le rive, le Rhin, qui est un fleuve,
m'inquiète. — Biais, rognon « coup de talon donné par le sauteur sur le
derrière du patient, au jeu de saute-mouton » : forme résultant de l'aggluti-
nation au mot ognon de Vs de l'article pluriel devenu ensuite r ; rappro-
Il6 COMPTES RENDUS
chemcnts sémantiques intéressants, mais pas tous convaincants. — Fr. sineau
«grenier à fourrage»: lat. cenacula m ; étvmologie déjà connue, mais
qu'il était bon de remettre en lumière, avec des indications sur l'état actuel
des représentants patois du mot latin.
P. 80-107. ScHULTZ-GoRA, Vitr ifiedierte Jtiix-parlxs. [Ces jeux partis sont
les nos 1794, 942, 405, 2083 de Raynaud, tous quatre contenus dans /?■ et
R' (le premier aussi dans A qui n'a pas été utilisé). M. S. -G. donne la préfé-
rence à R\ qui est en général beaucoup meilleur ; mais il l'a néanmoins,
comme on va le voir, suivi trop aveuglément : ce ms. efface en outre
la plupart des nuances dialectales, de sorte que le texte ici imprimé s'éloigne
sensiblement de la langue des auteurs. Les notes grammaticales sont un peu
maigres et n'élucident pas toutes les difficultés. Voici quelques remarques cri-
tiques '.I, 19, pour est une faute de R' : le sens exige impérieusement ^ar, qui
est en effet dans les deux autres mss. (/> barré dans A). — 20, désirent signifie
pas grand'chose ici ; lire avec /?' A : désert. — 30, servir a dû être amené par
le servans de la fin du vers ; lire : furnir (R' A). — 40, la leçon de R' A (de bien
canter en gUse) est plus vive ; elle est en outre appuvée par le rapprochement
fait en note avec un autre jeu parti. — II, 22-3, la ponctuation fausse le sens ;
effacer le point après puisant et le reporter après prende^. — 67-8, le premier
de ces deux vers est trop long, le second trop court ; arme appartient au second.
— Aux vers 42, 69 le ms. a souffisant et chaîne '. — III, 2, le ms. suivi, au
lieu de pris, a sens. — 19 ss., il n'est pas question dans ces vers de voler une
boulangerie (je comprends mal le reste de l'e.xplication). Le sens me paraît
être : « pour être un vrai ribaut, il faut savoir jouer aux dés », et ribaus de four
doit signifier simplement « ribaut authentique » ; on sait que les jongleurs et
autres vagabonds avaient l'habitude d'aller giter dans les fours, probablement
les fours banaux (voy. le fragment imprimé dans mes Origines, p. 506, note,
v. 6); sur leur habitude de se rôtir les jambes auprès des fours, vov. Ronumia
X, 401 et 591. — 22, les mots^M mestier ne manquent pas dans R'. — 30 ss.,
M. S. -G. admet, si je comprends bien sa note trop concise, que c'est la dame
novice en amour qui est comparée à un arbre transplanté (puisqu'il l'oppose à
celle dont le cœur est déjà occupé) ; c'est tout le contraire : l'arbre qu'on trans-
plante, dit Grieviler, fleurit plus difficilement :de même la femme qui a déjà
aimé est plus difficile à séduire que la novice. — 46, au lieu de a, lire avec R'
lost. — 50, au lieu de tost, trop (/?'). — IV, 20 lire avec R^ : on le doit en gré
1. M. S. -G., en annonçant (p. 21) l'intention de publier les jeux partis conte-
nus dans R' R', ne s'était pas souvenu, comme il a bien voulu me l'écrire depuis,
que ces pièces doivent faire partie de la collection des jeux partis dont la publica-
tion a été annoncée ici (XXX, 1 5 7). De cette publication ne seront exceptés que
ceux d'Adam de la Haie, si M. R. Berger conserve l'intention de les éditer.
2. Le sujet de cette pièce est fort analogue à celui d'un jeu parti entre
Simon Doria et Albert, récemment publié par M. Bertoni (Trovatori niinori
di Genova, p. 15).
Baiistcinc :^ur roitianischcn Philologie 117
prendre, leçon qui s'accorde bien mieux avec le sens général ; le se rapporte
à l'idée — 27 qiw] quele (R'). — 51, l'éditeur avoue son embarras sans
nous faire connaître exactement son sentiment ; cet embarras provient de
ce qu'il a lu au v. 56 mai, au lieu de mai)! (— m a ne). Sens : « de
même que la lune rend les ténèbres moins épaisses, de même l'amour
fait sembler à la vieillesse que sa nuit soit le plein midi ; souvent il arrive
qu'il pleuve le matin et qu'avant le soir le soleil brille. » La métaphore
signifie que l'amour peut enflammer sur le tard un cœur de femme
et lui donner le change sur l'opportunité de ses désirs. — 48, tele] plutôt,
ihele (âviic R'). — 58, R- âh'ien plesaument; mais je préférerais la forme plus
correcte de R' plesanment ; de même plus haut II, 58. — A. Jkanroy].
P. 108-116. Von Weilen, Eine deutsche Stegreifkomôdie. Imitation du
Légataire universel de Regnard.
P. 1 16-146. D'An'CONA, Saggio di una bibliografia ragionata délia poesia popo-
hire itdliatia a stampa del secolo XIX. On regrette d'apprendre que l'illustre
maître renonce à écrire le livre caressé depuis longtemps et dans lequel il aurait
recueilli les traces de toutes les Storie imprimées grossièrement qui se débi-
taient jadis dans certaines rues où, suspendues à des ficelles, elles mettaient le
long des murs comme une floraison littéraire ; puisse l'ofifre qu'il fait de céder
ses matériaux à qui voudra et saura les mettre en œuvre sous sa direction ne
pas rester sans eff"et ! LeSaggio qu'il publie, limité au xix* siècle et aux lettres
A et B, est un modèle de bibliographie raisonnée, c'est-à-dire d'histoire litté-
raire résumée.
P. 147-157. Appel, Vermischtes. [i. Port« Pass ». On sait que port a pris le
sens de « passage » dans diverses régions, notamment dans les Pyrénées.
Dans cette note, aussi érudite qu'ingénieuse, M. A. combat l'hypothèse par
laquelle M. Schultz-Gora a essayé d'expliquer ce singulier changement de sens.
D'après lui il faudrait en chercher l'origine dans le sens primitif de portus
« traversée » ; il aurait été favorisé en outre par l'analogie formelle de porta ' ;
l'emploi du mot au pluriel s'expliquerait par le fait que le passage dans les
montagnes s'opère généralement par plusieurs voies. — 2. Huelh de veire.
C'est, dans un petit bestiaire provençal bien connu (Appel, Chrest., n° 125),
le nom d'un oiseau dont la vue est censée percer les murs. M. A. pense que
cette absurde dénomination vient d'une faute de lecture; l'auteur provençal,
qui suivait Richart de Fournival, aura lu l'ius de voirre au lieu de // li?is de
veoir (début du chap. sur le lynx). Cette explication séduisante ne résout pas
I. [M. A. déclare ne pas pouvoir contrôler « topographiquement » l'exemple
que donne Du Cange (plus exactement, les Bénédictins, continuateurs de Du
Cange) pour l'emploi de portus au sens de porta : le contrôle topographique est
facile, car il s'agit de la lameuse porte Mordclaise (c'est-à-dire donnant passage
à la route de Mordellcs) qui se voit encore aujourd'hui à Rennes ; c'est le
contrôle « paléographique » qui est difficile. — A. Th.]
Il8 COMPTES RENDUS
toutes les difficultés : la disparition de l'article n'est pas motivée : en outre
dans les mss. picards oculus est ordinairement ;V.v ou ex, non ius (voy.
Dits artésiens, v. 33). Il reste à expliquer pourquoi le lynx, qui est un petit
ver dans les autres bestiaires, devient ici un oiseau ; la conjecture de M. A.
me parait ici moins vraisemblable. — A. Jeanroy].
P. 158-166. ViDOSSiCH, Tre uoterellf siutattichc clal Tristano Viucto. On
sait que ce texte est contenu dans un ms. de Vienne que Mussafia a le pre-
mier signalé; M. V. le croit traduit du français à la fin du xiiic siècle ou
dans les premières années du xiveet, en attendant une étude générale, il en
extrait beaucoup d'exemples (reliés par des considérations très sobres) qu'il
classe' sous trois chefs : discours indirect et direct (Meyer-Lùbkc, III, f, 579),
verbe suppléant (ibid., § 521), le type ititro mi e ti (^ibid., § 217).
P. 167-176. LuiCK, Ztir Aussprache des Franiôsischen im XVlI.Jahrumiert.
Extraits de quatre grammaires du temps, que Thurot ignore et dont Sten-
gel ne connaît qu'une ; la moins insignifiante est un remaniement de Tl)e
French Schoolemaister de Claude de S'-Liens (alias Holybatid) par P. Eron-
delle, paru à Londres en 1619.
P. 177-192. S.wj-LoPEZ, La Jettera epica di Rambaut de Vaqueiras in un
nuovo manoscritto. Manuscrit catalanisé de la bibliothèque Vintimiliana de
Catane, remontant au xv^ siècle, plein de fautes et d'omissions.; M. S.-L. en
donne le texte aussi fidèlement que possible, avec quelques notes critiques.
P. 193-210. Kawczyxski, ht Apiiteiiis iin Mittelalter bekamil gewesen?
Montre que Jofrei de Monmouth a cité et utilisé le De Deo Socratis d'Apulée
dans un passage de son Hist. reg. Brit. Quant au reste, l'auteur fait des rap-
prochements intéressants, sinon décisifs, entre VAmor et Psyché d'Apulée et
quelques poèmes français (notamment Partenopeu de Blois, Erec, Renaud) ;
il rabroue M. Voretzsch, et s'efforce de répondre à cette remarque de G. Paris
au sujet d'un de ses précédents travaux : « quant à la vraisemblance qu'il
peut y avoir à ce qu'un poète comme celui de Huon ait lu Apulée, l'auteur
ne prend pas la peine de l'établir » {Remania, XXXII, 479).
P. 211-223. Ettmayer, Die provençal ische Mundart von Vinadio. Vinadio
est, avec Démonte, le centre de population le plus considérable de la vallée
de la Stura, en Piémont ; il est d'autant plus difficile de fixer les traits du dia-
lecte local que la plupart des habitants parlent concurremment le piémontais,
l'italien et le français. L'auteur trace un tableau d'ensemble auquel des préoc-
cupations multiples (géographie lexicographique, étymologie, etc.) ajoutent
de l'intérêt, mais enlèvent de la.clarté. Il y a trop de rapprochements oiseux,
fertiles en inexactitudes. P. 213, viege n'est pas*vicata, mais viaticum ;
p. 218, l'affirmation que darboiissieiro désigne le stramonium à Limoge {sic)
est une erreur : l'auteur a cru que le sigle /. de Mistral désignait le limousin,
tandis qu'il s'agit du languedocien; ibid., l'explication du prov. mod. alabreiio
« salamandre » par un type *larvina n'est pas sérieuse; et que dire de
celle de sagno « laiche » par y.jotvê'.o; qui se trouve à la même page .''
P. 224-226. NiGRA, Bas-fat. c a m butta [ « crosse »]. Combat avec raison
Baiisicinc :[^iir roiiuniischcn Philologie 119
l'opinion exprimée par les Bénédictins, continuateurs de Du Cange, d'après
laquelle le premier élément serait cani et le second bot : le radical est sûre-
ment camb « courbure ». La reproduction d'une sculpture du ixe siècle exis-
tant dans l'église Saint-Tliomas de Strasbourg confirme (mais qui en doutait?)
que le bâton pastoral était recourbé au sommet, sans volute, dès la fin du
iv^: siècle. Il aurait été bon de faire la critique des exemples accumulés à
l'article cambuta de Du Cange (au moins des plus anciens). D'autre part un
suffixe -ùtt a ne va pas tout seul, et on en voudrait voir citer d'autres
exemples.
P. 227-254. Rajna, Uiia ridu-:^ione quattrocenlistica in ottava rima del primo
lihro ihi Reuli di Frauda. Manuscrit du British Muséum, add. 22821, prove-
nant de Libri et de Rinuccini. C'est une oeuvre anonyme, indépendante de
celle de l'AItissimo, mais sans grand intérêt; il est difficile d'affirmer que la '
date de 1436, qui est fournie par une des octaves, vise l'auteur plutôt que le
scribe (il s'agirait, dans cette dernière hypothèse, d'un scribe antérieur à celui
à qui nous devons le 22821). M. Rajna publie quelques fragments en plaçant en
bas le texte même des Reali : le rapport est très étroit. L'auteur paraît origi-
naire de ia Vénétie, mais il a cherché à écrire en pur toscan.
P. 253-275. Cloetta, Grandor de Brie und Guillaume von Bapaume. Appuie
d'arguments solides et clairement présentés l'opinion d'après laquelle Gran-
dor de Brie serait bien (conformément au témoignage de Guillaume de
Bapaume) l'auteur de deux chanjons de geste. Le Moniage Rainoart et La
Bataille Lokifier, qui forment une continuation à'Aliscans ; le rôle de Guil-
laume de Bapaume consiste à avoir plus ou moins remanié non seulement
Le Moniage et La Bataille, mais aussi Aliscans, dont il n'a pas fait connaître
l'aifteur parce qu'il ne le connaissait pas lui-même.
P. 276-288. Pasini, Montiaiia. Lettres inédites de Monti.
P. 289-308. Bartoli, Di una metafonesi )iel veneto di Mitggia (^Veiie:(^ia
Giulia). Il s'agit de l'influence exercée par la voyelle finale sur la qualité de
Ve et de Vo en syllabe tonique : cette influence paraît souveraine et tout à
fait indépendante de la qualité" que les voyelles toniques avaient en latin vul-
gaire. Etude faite sur les lieux et qui repose sur une connaissance approfon-
die de la phonétique expérimentale. L'auteur proteste contre la confusion
trop fréquente qu-i fait voir du ladin en Istrie ailleurs qu'à Muggia et contre
l'expression ladino-veneto employée encoie récemment par M. Ive.
P. 309-512. Ara, AppuHti diversi. Courtes étymologies de mots italiens
dialectaux, surtout vénitiens ; remarques sur a Torino en face de in Asti.
P. 313-320. Meyer-Lûbke, Zur Geschichte des C vor helleti Vokalen. Série
d'observations critiques et hypercritiques sur quelques témoignages d'où nous
pouvons chercher à induire l'époque où l'on a eu conscience de l'évolution
du c ; ces observations ne peuvent être résumées en quelques lignes, mais il
en faut noter la conclusion assez décourageante, surtout si l'on tient compte
de l'assurance ordinaire de l'auteur : Xr,sî /.xl aiavri^o ir-irs-Ev/.
P. 321-331. Subak, £)fl5 Verbiim in Judeiispanischeu. Classement métho-
I 2 O COM PT KS K EN DUS
Jiquc do tbriucs phonétiques et niorpliologiqucs lournies par M. Salvator
Sefamy de Constantinople, avec références au « ladino », prononciation
arcliaïque conservée dans la traduction de la Bible en vielchir.
P. 552-556. Braun, // caiito di Tryni, do hi Sacuiumiar Edda. Traduction
en vers italiens.
P. 357-564. A. L. Stif.fei., Ueher die Coiiwdia « Iii Espaiiola de Floren-
ciii ». [L'auteur s'efforce de montrer que cette pièce, inspirée de la comédie
italienne GF Iiigatniati (1537), et subsidiairement de la Comedia de los Euga-
fios de Lope de Rueda et d'une nouvelle de Bandelio, remonte à la fin du
xvi<: siècle et qu'elle pourrait être une œuvre de jeunesse de Lope de Vega,
plus ou moins remaniée au xvip siècle. L'attribution à Lope semble peu
vraisemblable pour plusieurs raisons (dont une a été indiquée par H. A. Ren-
nert, The Life of Lope de ^t^^/, p. 498); les détails de costume, entre autres,
et notamment l'allusion au g.ardainfaute, renvoient au premier tiers au
moins du xviie siècle et l'on ne peut les mettre tous au compte d'un rema-
nieur. — A. Morel-Fatio.]
P. 565-566. Del Lungo, « Cattività onorevole » nel MachiaveUi.
P. 567-568. Mazzoni, Ouakhe appiiuto sulla voce « Erro ». Cet « Erro »
est l'allemand Heu introduit au xive siècle par les soldats mercenaires
d'Allemagne.
P. 369-585. Rydberg, Uber die Enhvichhmg voti « illui, illei n aufFran-
:^ôsischen Boden und dus Eindritigen der Forni « lui » aïs schwachtonige Dativ,
eiu Beitrag :^/(7- Geschichte der Reichssprache. Recueil extrêmement riche fourni
par un dépouillement minutieux des documents littéraires et diplomatiques
depuis l'origine de la langue jusqu'au xir*" siècle.
P. 586-400. Ramôn Menéndez Pidal, Sufijos dloiios en espafwl. [Il s'agit
des suffixes atones -aro, -ai;o, -atio, -alo, et de quelques autres où la voyelle
n'est plus a, mais /ou 0, de formation analogique. Le sujet a été traité concur-
remment par M™e Carolina Michaëlis de Vasconcellos, à propos du mot
ptïcaro, dans son article intitulé: Algitmas piiluvras a respeito de pùcaros de
Portugal., voy. le Bulletin hispanique d''âvnl-]u'Kï 1905. M. Menéndez Pidal
apporte beaucoup d'exemples nouveaux tirés surtout de la langue provinciale
actuelle. Il a tout à fait raison de rattacher picaro à picar, verbe qui joue un
rôle important dans l'art culinaire : le picaro a été originairement un solhistre,
c.-à.-d. un marmiton, un gâte-sauce. — A. Morel F.\tio.J
P. 401-460. F.MUNKLLi, Note sulla fortuna del « Corhaccio y> nellaSpagna
médiévale. [Excellente étude de littérature comparée, domaine où M. Farinelli
est passé maître. Il a très bien mis en lumière les emprunts considérables
faits au Corhaccio par le catalan Bernât Metge, auteur du Sonini, emprunts
que n'avait notés aucun de ceux (et j'en suis) qui se sont occupés de ce
dernier ouvrage. — A. Morel-Fatio.]
P. 461-472. Crescini, Di uua tcn~one iniaginaria. [Excellente édition,
fondée sur une rigoureuse classification des mss. (sauf deux) de la tenson
entre Peirol et " Amors », avec traduction et notes, grammaticales et histo-
Baiislci)tc ~iir roiiianischen Philologie 121
riqucs. Les allusions aux faits contemporains ont permis à M. C. de la
dater de 11 88 ou 1189. — A. Jeakroy.)
P. 475-480. Demsusianu, Eiii albaneshches Suffix iiii Riiniânischen. (Il
s'agit du suffixe diminutif -^s, conservé en roumain dans un très petit
nombre de mots dont certains peuvent d'ailleurs avoir été pris directement
à l'albanais, tandis que les autres (une demi -douzaine), tels que câcùrea:^à <
cdcdrea -f -\iï, sfîrlea:^â < s/îrla -\- -ea-iâ, paraissent bien être de formation
roumaine. Ce serait là un témoignage fort important pour juger de l'intimité
des relations anciennes entre l'albanais et le groupe roumain. — M. RoauEs.]
P. 481-502. HerzoG, Elvinologiscbes. — Fr. « -cir », prov^. -« (e)iir ».
Admet le ivpe phonétique lat. vulg. -i cire, que j'ai proposé, et en explique
très ingénieusement la naissance et le développement en partant non de l'in-
finitif, mais du présent de l'indicatif : *obscuricare avant eu un inchoatif
*o b scu ricisco , la conjugaison inchoative "finisco, etc. a fait créer plus
tard un infinitif * o bscurici re, d'où le franc, obscurcir. — Fr.prov. k fin »,
/7ii/. «//')/(% fiiio ». Cherche à montrer que l'on a affaire au subst. finis con-
struit d'abord avec le génitif f i n i s honoris équivalant à s u m m u s h o n o s ;
plus ingénieux que convaincant. — Fr. « oaloper » prcn\ « galmipar » ;
itdl, « g(u)aîoppare » : german. wela ou wala + h 1 au pan. L'auteur
ignore que la même étymologie a été proposée par M. Grammont, Bull,
tk la Soc. de liiii^uistiqnc, n" 51, p. cv, séance du 25 août 1903. — Fr.
(i paie »: adj. verbal tiré de piilir, d'après les couples ronge rougir, verd
verdir, etc. — Fr. « torche », prov. « torca », ital. « torcia ». Serait le lat.
torques, qui signifie ordinairement « collier »; et pour le prouver, l'auteur
accumule les exemples de mots féminins de la 3e décl. lat. qui ont passé à
la première. Je lui donnerais volontiers raison, bien que beaucoup des
exemples qu'il cite ne prouvent rien dans l'espèce. — Aiic. fr. et prov. « vercii ».
Serait le lat. vulg. *veraius, formé d'après verum aio « je dis vrai ».
P. 503-512. Nyrop, Remarques sur quelques dérivés français. Liste intéres-
sante de dérivés (généralement très modernes) formés soit par addition soit
par suppression d'une consonne du mot primitif : ba~arder, de ba~ar, d'une
part ; faubourien, àt faubourg, de l'autre.
P. 513-532. Grôber, Koniaiiisches ans niittclalterlichen Itinerarien. Etude
minutieuse de l'itinéraire du vovage fait à Rome par l'archevêque de Cantor-
béry Sigeric (-]- 994), dont le manuscrit est tout à fait contemporain, com-
paré aux documents analogues postérieurs. Les noms de lieu offrent çà et là,
sur la prononciation romane, des indices intéressants que Fauteur commente
savamment.
P- 534-556- Priebsch, Ein anglonormannisches Glossar. Publication et
commentaire approfondi de la moitié d'un Nominale contenu dans le ms
Douce 88 de la Bodléienne d'Oxford; l'écriture est de la fin du xnie siècle.
P- 5 57" 562. Baist, « Mutulus » « Butina ». Après avoir relevé la présence
de ces deux mots, à peu près svnonymes de « borne », dans la Lex Ripuario-
ruui, l'auteur passe en revue les formes romanes qui les continuent plus ou
122 COMPTES RENDUS
moins directement : esp. iiiojon, catal. iiiolbo, Iran*;, primitif /W;/t', etc. 11 pro-
met (Je revenir quelque jour sur l'histoire des limites dans les langues
romanes.
P. 563-580. CoKXU, Zii Commodiiut. Extrait d'un travail sur la versifica-
tion de Commodianus qui est sur le chantier depuis huit ans.
P. 581-586. d'Azevedo, Dois Jragmeiitoi de luua vida de S. Nicolau do sec.
XV en porluguès. Proviennent de la couverture d'un registre de VArchivo
national de Lisbonne ; publication sans commentaire.
P- 587-593- WiCKHOFF, Der Apollon von Belvédère als Frenidlini^ hei den
Israelilen. Étude sur une fresque de Luca Signorelli, avec une planche.
P. 594-608. Carolin.\ Michaëlis de Vascon'cellos, Zum Sprichwôrter-
schat~ des Don Juan Manuel. [Il existe dans le Conde Lucanor un certain
nombre de sentences morales dont l'auteur s'est plu à faire des casse-têtes en
intervertissant l'ordre des mots (cf. Remania, XXIX, 601). Il faut rétablir
l'ordre logique, et c'est à quoi s'est employée très habilement M™*; de Vascon-
cellos, qui a de plus confirmé ses essais de restitution en rapprochant certains
passages des Bocados de 010 et d'autres recueils sentencieux des praverhios de
Juan Manuel. — A. MoREL-F.vno.]
P. 609-628. Freymond, Eine hisher nicht h'niit~te Haudschri/t der Prosaro-
mane Joseph von Arimathia iind Merlin. Manuscrit de Florence, Riccard. 2759,
exécuté par un Italien au xiv* siècle; l'original appartenait probablement à
la région française de l'Est. L'auteur publie quelques fragments du manu-
crit et en détermine les rapports avec les autres manuscrits connus antérieu-
rement.
P. 629-640. Jeanroy, Un sirventes en faveur de Rainion VII (12 16). Publie,
traduit et commente le sirventes Si col flacs niolins torneja de Tomier et
Palazi (Bartsch, Grundriss, 442, 2).
P. 641-660. Thomas, U évolution phonétique du suffixe « -arius » en Gaule.
Remaniement d'un article paru en 1902 {Ronninia, XXXI, 491-498) : la
nouvelle rédaction (sauf un postscriptum de 12 lignes) figure aussi dans les
Nouveaux essais de philoloi^ie française, p. 1 19-147.
P. 661-668. SucHiER, Die Heinial des Leodegarliedes. S'appuyant sur les
raisons qu'il avait jadis données pour attribuer au poème sur saint Léger
une origine wallone (d. Roiuania, Vil, 629), l'auteur pense que c'est à
Brogne, au sud-est de Namur, où des reliques du saint avaient été solen-
nellement portées vers 926, que l'on peut vraisemblablement en localiser la
composition.
P. 669-675. BiADENE, Nota etiinohgica : u pa:^io » e aliri dérivât i délia
sua inedesima radiée. Le mot serait un participe syncopé du verbe pa-{:^are
(inusité comme simple, mais contenu dans les composés inipa:^:^are, strapa-{-
:^are, spaiiare), lequel représente le lat. vulg. *pactiare, dérivé de pac"
tum, supin de pan gère.
P. 676-682. Leitede Vasconcellos, Dois textes portuguesesda Idade Media.
Le premier est un acte daté (le plus ancien qui ait encore été signalé) de l'ère
j.-M. BURNAM, Glosseniata de Prudoilio 123
1230 { - 1192 de Jésus-Christ); le second est la confirmation d'un prieur
par son abbé, en forme de dialogue, daté de l'ère 1351 (=1 1293). L'auteur
accompagne ces deux actes (le second seul est inédit) d'un excellent com-
mentaire philologique.
P. 683-714. Friedwagner, Runiànische Volkslieder ans der Bukcnviua.
Textes précédés d'une substantielle introduction et accompagnés de
remarques philologiques et de rapprochements folkloriques.
P. 715-716, M.\DD.\LENA, Pcr il hagno di Ldiira. Remarque sur la fameuse
chanson Chiaie, fresche e dolci acqiie.
A. Th.
Glossemata de Prudentio edited from the Paris and Vatican manu-
scripts bv lohn M. Burxam. Cincinnati, 1905 in-8", 102 p. (Extrait des
Uiiivcrsitx Studh's pitblisl.vd bv tbc Un. of Cinciiniati, nov.-dec, 1905).
Les gloiseniata que publie M. B. ne se trouvent que dans deux mss. rela-
tivement récents, Rome, Vat. Pal. lat. 237 (xi<^ s.) et Paris, Bibl. Nat. lat.
13953 (x'^s.), mais l'éditeur croit pouvoir fixer la date de cette œuvre entre
650 et 750, et il estime que l'auteur était un Celte, probablement moine à
Corbie. Tous les mots nouveaux ou rares qui se trouvent dans le commen-
taire ont été soigneusement relevés et discutés par M. B., dont on ne saurait
trop louer la conscience et l'esprit critique. L'élément latin savant y prédo-
mine, mais on v trouve aussi quelques mots insolites sur l'origine desquels
on ne peut faire que des conjectures, par exemple : ahlenoheha, sorte d'in-
secte, p. 3, où M. B. est disposé à voir une altération de attelalnis; clarnus,
au sens de disciis, p. 22, qui se trouve aussi chez Papias, fait qui a échappé
à M. B., bien que les Bénédictins l'aient signalé dans leur édition de Du
Cange; ifa, miel sauvage, p. 31, etc. La philologie romane a peu à y gagner;
notons cependant deux mentions de langue rustique : « vestem orbiculatam
quam rustici diutinnan^ vocant », p. 49; « vocamus mastrucas renones alio
nomine, quœ rustice crocina vocantur, p. 90. Mais sommes-nous en pays
roman? Je crois que non, car si je ne sais rien de clintinna, je ne doute pas
que fn\/Hi7 soit l'anc. haut ix\\<im. chrusina (cf. l'art, cruska, de Du Cange, où
crotina doit être lu crocina). Mentionnons en outre la glose : « sero, id est
mesio », p. 23. M. B. a bien vu que ))i:'sio était apparenté au franc, et prov.
mesgue « petit-lait », auquel on attribue une origine celtique ; mais je doute
que mesio soit une simple graphie pour niesgo, comme il le dit, car le patois
de la Corrèze (débordant légèrement sur la Creuse) appelle le petit-lait nu'ii
I. Leçon du ms. de Paris (lu clinliniiain par Du Cange); celui de Rome
a cUnlint.
124 COMPTES RENDUS
(et lii-inè^i): or wi'^/ remonte a un type mêsium, qui a pu être antérieure-
ment mes i eu m (cf. la glose latino-germanique « mesico cbas^L'aner » dans
Steinmeyer, Altljochil. Gloss., III, 476, 12), mais non à mèsguni, quoi qu'en
pense M. Chabaneau. Gnuiitii. liiiiousiiie, p. 555. A. Tu.
Cartulaire de Saint-Vincent-de-Lucq, pp. L. Barrau DiHicoet
R. PocPARDiN. Pau, Garet, 19O). In-cSf^, 52 p. (Extr. delà Revue du Bnini
et du Pa\s Basque.)
Les textes anciens relatifs au Béarn sont si rares que la publication de ce
cartulaire (ou plutôt des fragments qui nous en sont parvenus dans une copie
du chanoine Candomec qui ne remonte qu'au début du xviie siècle) doit
être accueillie avec reconnaissance. Les actes sont généralement du xic ou
du xiie siècle, tous sans date expresse, sauf un, de 1 1 14 ; il y en a 27. Bien que la
langue des documents soit le latin, la philologie romane peut y faire quelques
glanures. — Charte VI: « accepitpretium .xiii. /'/woi et duos boves. » Une note
informe le lecteur que hiuio désigne « une chèvre d'un à deux ans qui n'a pas
encore porté » ; suit un renvoi à G. Azaïs. Quand on veut expliquer un mot
latin du Béarn par le patois, ce n'est pas à Azaïs, mais à Lespy et Raymond qu'il
faut s'adresser. Or, dans le Dict. Beartiais de ces deux derniers auteurs, je ne
trouve /'////«'qu'avec le sens de « génisse» ; j'y trouve aussi hiiuat « taureau ' ».
Il est certain à mes yeux que biinus dans le cartulaire de Luc (le mot revient
dans la charte XII) veut dire « taureau d'un à deux ans » : il y a là matière à
un article supplémentaire non seulement pour Du Gange, mais pour Lespy et
Raymond, voire pourGodefroy, puisque lefém. binie figure dans un texte fran-
çais méridional que Carpentier a bizarrement mis en rapport avec l'art, bima-
Nis de Du Gange: " Sur chacune bi me ou petite vache ^ ». — Charte VII : au
lieu de iornatas, Wm jonuitas : cf. n° XXVII. — Charte IX : pièce de quatre
lignes constatant qu'un quidan « dédit et vendidit pro sua anima et pro pretio
quem accepit unam equam unum desnierum et vestivit super altare S*' Vin-
1. Mistral donne biiuo, avec deux sens : 1° jeune chèvre d'un an à deux,
qui n'a pas encore mis bas ; 2° génisse en rut, génisse pleine, en Velay,
Gascogne et Béarn. Le sens de « jeune chèvre » paraît restreint à la région
qui est entre le Rhône et les Alpes (cf. le Dict. savoyiinl de Constantin et
Désormaux,art. BËM.Xet binma.) Au sens de « j^énisse »,le mot n'est signalé
par la carte 637 de V Atlas liiiifuistùjue de Gilliéron et Edniont que dans
quatre départements : Basses-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne et Puy-de-
Dôme. Sa présence dans les environs de Clermont-Ferrand est constatée
depuis longtemps par F. Mège, Souveuirs de la langue d'Auvergne (Paris,
1861), art. Bi.ME.
2. Ce texte est extrait d'une ordonnance des commissaires rovaux en Lan-
guedoc datée de Montpellier, 8 nov. 1443 ; ordonnance publiée d'abord par
dom Vaissete dans VHist. de Languedoc (éd. Privât, X, col. 2201), puis par
l'abbé Douais (Aun. du Midi, VIII, 422), qui a eu le tort de Vire buve au
lieu de bime.
STEFFENS, Dic Liedcr d. Troveors Pétrin v. Aiigicoiirt 125
centii », ce que les éditeurs qualifient de « vente d'une jument », sans
s'expliquer sur le sens de desnientm. Il y a quiproquo : la jument n'est pas
vendue par le quidan, mais au contraire reçue par lui en échange de ce qu'il
cède au couvent, à savoir un dcsnier (il ne faut pas hésiter à lire desinenim au
lieu dedesnieruni), c'est-à-dire un homme soumis à la dîme : cf. la charte XXV
et l'article de~inari du glossaire du Recueil de M. Luchaire. — Charte X : au
lieu de Aiiieritis, lire Aineriiis (ci. n° XIV): le tvpe primitif est Asinarius;
la représentation par /de Vs devant 11 est un fait connu. — Charte XXVI ,
quelle est la céréale mentionnée à côté du millet et du froment sous le nom
de /'('/(^rtii/Hw ? Je ne le devine pas. A. Th.
Die Lleder des Troveors Perrin von Angicourt kritisch
herausgegeben und eingeleitet von D'' G. Steffexs. Halle, Niemeyer,
I905.1n-8o, x-364 T^agQS {Rovianische Bihliotek, XVIII).
Ce volume est le fruit d'un travail considérable; c'en serait un aussi que
de l'examiner en détail dans toutes ses parties. Je laisse donc de côté la bio-
graphie du poète et les recherclies sur sa langue et sur sa versification,
ainsi que celles sur le rapport des manuscrits, c'est-à-dire la moitié du
volume (p. 1-182). Je me borne, de propos délibéré, et sans prétendre
épuiser la matière, à la constitution du texte et aux notes explicatives. Je
ne me demanderai même pas, au moins en général, si le texte est établi
conformément à la classification des mss., mais s'il offre un sens satisfaisant ;
je n'examinerai pas non plus les questions accessoires, étymologiques ou
autres, abordées dans les notes ; je nie contenterai de signaler et de discuter
les passages que je comprends autrement que l'éditeur.
I, V, 5-6 5e n est plus] lire s'en e.p.
II, II, strophe inintelligible, que je suis obligé de transcrire :
J'tii servi toute ma vie,
Onqttes fioi un bel semblant
Ou un tout seul coup d'escremie
4 Que me fist en retraiant
De ses vairs ieus en riant.
L'eut Atnors de moi saisie ?
Lors cuidai avoir amie ;
8 Mais c'est noient, j'ai failli. . .
La îM/'/if lectio est donnée d'une façon trop peu claire (ainsi au v 5, deux
leçons différentes sont attribuées à aZ) pour que je propose une restitution
ferme. Il est évident que le v. 6 ne peut être isolé : eut doit avoir pour
sujet un. ..seul coup.Jti mettrais un point-virgule à la fin du v. 2 et lirais (saut
correction) au v. 3 fors qti'uns sens cous (leçon appuyée par aZ -\- C U -\- R) et
au v. 6 0 ut, en supprimant toute ponctuation à la fin du v. 5.
126 COMPTES RENDUS
Le sens serait : « Car un seul regard, qu'elle nie lança en se détournant,
rendit Amour maître de moi. » Il serait séduisant de lire (v. 3) avec la
famille ,3, fors un, mais il faudrait en tète du v. 6 un relatif et il serait bien
hardi de corriger lent en cent (:= que eut).
III, II, 5-6:
. . .SiUn sentir
Me Joignent Ainors joir...
c'est-à-dire qu'il n'aspire pas à la possession : ce sens particulier de sentir
n'est pas rare en anc. franc, (cî. Erec, 5598) et se retrouve dans Perrin lui-
même (XXI, V, 6 et, avec quelque atténuation, XXVII, iv, 5). — III, 8 :
en joie en moi retenir \\e second en ne saurait s'expliquer : il n'est du reste que
dans deux niss. voisins; il faut lire avec tous les autres et; l'expression
technique, au reste bien connue, retenir, était à relever ; v, 8: niorir a ici son
sens ordinaire et non celui de « tuer » ; il suffit pour obtenir une phrase
limpide, de mettre une virgu'e après ^/a/i/ et un point et virgule après tnorir :
« je consens à languir pour vous... et, si vous le voulez, à mourir. »
IV, IV, 3 : se ç'avenoit, que par raison diroie,... M. St. veut (aux notes) effacer
la virgule et donne une explication insoutenable. Le sens me paraît être : « Si
cela advenait, chose que je dirais arriver avec raison... «
V, II, 1 : bien se bonist li cuers et desnature .. . M. St. veut prendre des-
m//î<rf/- au sens intransitif ; il est bien plus naturel de sous-entendre >v (cf.
VII, VI, 4). — IV, I : il est tout naturel de donner zfaiture son sens ordi-
naire et non celui de « traits, au sens psychologique », que je n'ai jamais
rencontré ; noH/Wz//(î, au v. 10 ne peut se traduire par sïisse Kost; le poète
prie sa dame de le laisser persister dans la douce habitude qu'il a prise de
l'aimer (cf. v. 8) .
VI, I, 7-8 : le régime de rendans n'est pas toute ma vie (complément cir-
constanciel) mais une chançon. — 11, 2 : tant soit nices, entre deux virgules.
— III, 7 ; vengie n'a évidemment pas ici son sens ordinaire; « elle sera punie
(et ce sera la vengeance d'Amour) en ce qu'elle sera haïe de tous les nobles
cœurs » ;il faut lire en effet, avec trois groupes de manuscrits, si en ert; à la
rigueur, ce verbe pourrait avoir pour sujet Amors (du v. i) et l'on conserve-
rait à vengier son sens habituel.
VII, II, 3 ; je nùibati, non « je fus pris de découragement », mais «je me
détruisis, j'allai à ma perte ». — m, 5 ss. : le poète dit que son cœur est pris
et qu'il est mis dans une tour :
. . .plus clere et plus pure
Que n'est li tens de Pascour,
El cors eïist grant seigneur
S'il fus t en autel pasture.
Par un bizarre quiproquo, dont je ne me charge pas d'expliquer en détail
les conséquences, M. St. a vu là une allusion au sacrement de ïautel, à
STEFFENS, Die Licdcr d. Troveors Pétrin v. Angicourt iij
l'Hucharistie. Le sens est bien clair : il s'agit ici de cette métaphore sur
laquelle M. Van Hamel a récemment disserté (Roniania, XXXIII, 470), dans
laquelle le poète feint que son cœur l'a quitté pour aller habiter chez sa dame
(dans le cœur ou le corps de celle-ci, peu importe)', c'est-à-dire dans le
plus agréable des séjours: « mon corps serait un grand seigneur, c'^st-à-dire
honoré autant qu'heureux, s'il pouvait partager ce séjour»; pastiire =
proprement « l'endroit où paît un animal », comme dans le vers coimu
d'Adam de la Halle (Raynaud, Motets^ II, iii) : (V esl Bdiars en lapasliire^
— VI, 2: faire de son paoïir n'a pas de sens : il faut corriger hardiment
paour en pioiir (le ms. est unique).
VIII, I, 2 : teiis félon signifie ici « hiver », comme chez tous les lyriques et
Perrin lui-même (XI, i, i : XVII, i, 2) ; il faut bien se garder de chercher
là une allusion à des événements historiques. — i, 4: je ne comprends pas
la note sur novele chanson : cette expression a exactement le même sens qu'en
français moderne. — i, 10 : supprimer toute ponctuation entre ces vers et
le suivant. — iv, 9 (]iul\ lire, avec la famille a, cjni ; conquérir est pris abso-
lument. — V, 6: virgule après langue. — v, lo-i : le premier des sens
proposés dans la note est le seul possible ; il est du reste absolument indiflFé-
rent d'écrire hoin ou on. — vi, 1-2: je mettrais la virgule après chançon. —
2-5 : chanson envoie... seras a la flor — des dames a droit jugier. Cet infi-
nitif, dit M. St., se rapporte à chanson et a le sens passif, ce qui n'est pas
clair. Entendez: « à celle qui est, si l'on juge bien, la fleur des dames. »
IX, I, 7 : supprimer toute ponctuation après ce vers. — m : deux points
après le v. 2, pas de ponctuation entre 3 et 4, virgule après ce dernier vers. —
V bis, ) : M. St. fait de faite (sic) le part, passé de fiitier ; mais il faut une
rime er é pur; corr. le faite du ms. (unique) en chante.
X, III, I : assentir, non « se figurer », mais « s'accorder à cette opinion
que ». — V, 2 : resleecier, simplement « remettre en joie ». — v bis, 7:
l'euiUes] veuillies.
XI, I, 7: a] en (avec O). — iv, 4: servie ne doit pas être corrigé.
XJI, IV, 5, bon est ici adverbe, synonyme de buer.
1. Aux exemples que j'ai signalés à M. Van Hamel, ajouter celui-ci,
particulièrement précis :
Sani cuer stii, deus en a via dame ;
San:^ cuer sui , deus en a od soi.
(Scheler, Trouvères belges, II, 143.)
Perrin lui-même reprend ailleurs cette métaphore (XV, i 4). Cf. encore :
En vo gent cucur prent son repaire (Chansons du xv^ siècle, p. 29).
2. La traduction, au reste très libre, que P. Paris a donnée de ce passage
(Hist. litt., XXIII, 666) aurait dû mettre M. St. sur la voie du véritable
sens.
128 COMPTES RENDUS
XIII, V, lo: aucune difficulté : « je lui impose ^cela] en pénitence [deses
fautes] », c'est-à-dire comme une stricte obligation.
\IV, II, 6-7 : ponctuation fausse : point après yo/o/V, virgule après doie. —
V, 9 : ilones] doues.
XVII, II, 4 : pilie\ pitc. — m, 2 : effacer virgule après dame.
XVIII, IV, 7 : cnuie (iiiodia) n'existe pas; lire cirvie. — v, 4: plutôt or^fc
(F) que crevé.
XIX, II, 5 : lûi^c au sens de « folie » est fréquent. — m, 7 : vers trop
court. — VI : cet envoi a fort embarrassé l'éditeur (vov. sa note générale); il
n'y a rien à v changer ; il faut indiquer seulement que les trois premiers vers
sont prononcés par le poète, les deux autres par « Bone Amour ». M. St. a
raison (mais trop longuement) contre moi {Origines, 2t éd. p. 54, n. i), en
pensant que « Bone Amour » est une abstraction, et non un seiibal de la
dame; j'avais au reste dit: « peut-être ».
XX, La forme strophique est mal comprise ; M. St. est amené par sa théo-
rie à supposer, dans trois couplets sur cinq, une lacune, qui, nulle part, ne
nuirait au sens. Le compas est ab ah ce, plus un vers qui rime avec le refrain :
celui-ci compte tantôt un, tantôt deux vers. — I, i : 5în]corr./«/ ; nouveliere,
non a inexpérimentée », qui ferait ici contresens, mais « inconstante», sens
ordinaire du mot. — iv, 3 pUt est une forme incorrecte; C au moins a phi
(non indiqué). — i\', 9-10 : mss. : Ne vencs plus ^a (sa), talensde bien faire ;
l'en vous clorroit l'uis. La coquette personnifie et interpelle le désir, la velléité
de bien faire et le chasse loin d'elle. Ce joli refrain, que j'avais pourtant impri-
mé correctement (Revue des langues rovuvies, 1902, 203), mais sans explica-
tion, a eu bien de la malchance ; M. St. veut corriger ça en qua, qui ne
donne aucun sens, et M. Schultz-Gora {Zeitsch. f. roui. PW/., XXVII, 378)
veut lui substituer san~, ce qui est pis; car cette Schlitumverhesserung fausse
à la fois le rythme et le sens, la femme inconstante étant mal qualifiée pour
donner des conseils de morale.
XXI, II, 5 : pour vo chapel. M. St. propose de prendre ces mots dans un
sens métaphorique, c'est-à-dire obscène. Nullement : « En échange de votre
couronne de fleurs je vous offre mon amour. »
XXII, II, ) : virgule après m'asseiire; ce verbe signifie « se rassurer »,
non « acquérir la certitude ». — iv : les v. 3-4 se rattachent à ce quiprécède,
non à ce qui suit. — v, 8 : la correction proposée est impossible ; il faut une
rime en er, non en -ure ; peut-être sd)is ja remuer.
XXIII, V, 5-6: la ponctuation fausse le sens; lire jadis, ce dit ou,
Yvains...
XXIII», m, 4-6. Et je versli ni'espris ai, la mercii ïen prierai ; paor ai que
Jailli n'oie. Espris ne peut être le part, de esprendre : il faudrait moi ; lire
se. . . mespris, sa merci. Au v. 6 noie n'a pas de sens ; Vue faille r doie (R) ou
failli n'aie (OX); la rime oi : ai est acceptable; vov. p. 153. — v bis, i :
n'a nul besoin de correction ; eu est iude, comme l'éditeur l'a soupçonné. —
STEFFEXS, Die Licderd. Trovcors Pevr'mv. Angicourl 129
7 : gies, qui fausse la rime et ne donne aucun sens, doit être lu (ou corrigé
en) ^re's.
XXIV, I, 5 : effacer la virgule après voloiitc. — 11, 5-8 : n'ont pas de sens;
au lieu de iw lire roc, leçon de V (voy. l'éd. Noack ; ce mot a été mal lu
ici); peut-être : «une femme mal élevée a plus tôt donné son amour qu'une
autre (c'est-à-dire une honnête femme) n'écoute l'amant le plus irrépro-
chable ».
XXV, III, 8: qu'an] qu'au ; le passage est au reste obscur. — v, 3 me
serré ne peut s'expliquer et l'éditeur s'y efforce en vain ; lire iiieserrè.
XXVI, M. St. fait un rapprochement intéressant entre cette pièce et une
chanson de Peire Raimon qui en a fourni l'idée générale et, à peu de chose
près, le rythme Les deux pièces doivent être sur la même mélodie ; il eût
valu la peine de le rechercher. — i, 11, remise signifie naturellement
« usée, détruite », et non « remplacée ». Si la chandelle est « remplacée»,
ce n'est plus elle qui « fait le service ». — iv, 8 : il me paraît plus naturel de
rattacher creiï à croire qu'à croistre. — ^,7 ■ niesprison, que l'éditeur semble
rattacher à mesproisier, a son sens ordinaire de « faute ». — vi, 3 : M. St. corrige
liiigiUice en lii^inuice {}), qu'il traduit par « violence » ; corr. ligeance (de lige).
XXVII, II, 7 : (/twtvJM. Brandin a lu dou:;^, qui convient mieux. — iv, 5:
daigniessie^] Brandin: daignissiei. — v, 7 : hienvaillance] l'éditeur propose de
corriger tn grant vaillance; mais c'est précisément, selon M. Brandin, la leçon
du ms. — V, 8 : souvient] M. Brandin a lu souvent, que le sens exige.
XXVIII, II, 5 : celle = certainement s'ele (si elle) ; M. St. a eu grand tort
de rejeter cette idée, qui lui était venue.
XXVIII a, II, 6: /a] il faut le et c'est ce que porte une copie de M.- St. lui
même (A rchiv, 88, 322).
XXIX, I, I." contre a. son sens fréquent (voy. Godefroy, II, 271 b) de « au
temps de >;. — 11, i n'icrt fausse le sens; lire n'icrr(M). — 2 jolis] Vire faillis
(M). — Il ne faut pas de point d'interrogation après 8. — m, 3 a] lire, tient
(iVf ) et on aura un sens excellent: « une dame de valeur inspire à son ami
la courtoisie. » Le v. 7 se rattache à ce qui suit, non à ce qui précède.
XXX, II, 8 : c'est le sens indiqué en second lieu qui est le bon.
XXXI, IV, 4: l'expression jouir de son cuer me paraît aussi claire que
jolie, elle signifie simplement « goûter de la joie, être heureux. » — vi, 5 : ne
(/H(?f/7. La traduction nicht n'ie (.';«(.'/• fausse le sens: il faut entendre « non
[autrement] que ».
Appendice. — II, iv, 7 : vous] nous. — v, 4, con] corne.
IV, I, 4 correciê. — 6-7 : reporter le tiret à la fin du second vers. — 8 dou]
corr. i(. — II. Les v. 3-6 sont inintelligibles; il suffit, pour obtenir un sens, de
grouper autrement les syllabes et de comprendre qu'il s'agit d'abst.actions
personnifiées :
Li nit'sdisaut (lire mesdisaus), cant sa langue desloie,
Contre son col[p] nait {r=z n'a) unie airme garant,
Romania, XXXV n
130 COMPTES RENDUS
Et Anvie (Envie), sa iiieiie, li apraiil
Kc sor A mors Mcsdil, son fil, aiivoie...
III, 5 apii'vieul ne peut rester ; corr. afieiuent au sens de « assurances qu'ils
se donnent, cabales qu'ils font entre eux »(?). — 1 : a niant. — iv, 2 sou =zsel,
si k, il ne faut donc pas corriger en sons ; c'est une allusion à un proverbe
connu. — 4 les] corr. le. — 7. Luiiruenient] corr. langue [(]iii] nunt '.
A. Je.\nroy.
Table des nonjs propres de toute nature compris dans
les chausons de geste imprimées, par Ernest Langlois. Paris,
Bouillon, 1904. In-8", xx-674 pages.
En 1899, l'Académie des inscriptions et belles-lettres proposa pour le
prix ordinaire de l'Académie, à décerner en 1901, le sujet suivant :« Relever
les noms propres de toute nature qui figurent dans les chansons de
geste imprimées antérieures au règne de Charles V. « Le prix fut décerné
à M. Ernest Langlois (voir Romania, XXX, 464), qui, on le voit, n'a pas
tardé à publier son travail. Je puis attester qu'avant de l'imprimer, il l'a
revu et amélioré, ce qui ne veut pas dire qu'il ne reste rien à faire pour
l'amener à la perfection. Tel qu'il est, cependant, l'ouvrage est d'une
incontestable utilité. Si, en général, les éditions récentes de vieux poèmes
français — et notamment celles de la Société des anciens textes français —
sont pourvues d'index, les anciennes éditions en ont rarement. De plus,
alors nVéme que chaque édition aurait un index, il serait pourtant commode
d'avoir à sa disposition une table générale, formant en quelque sorte le
résumé de tous les index particuliers. Ajoutons que les dépouilkments de
M. L. paraissent, autant que j'en ai pu juger par quelques vérifications, exacts
et complets. A cet égard il n y a qu'à louer. Nous verrons tout à l'heure que
certains articles auraient pu être disposés selon une méthode meilleure. Quant
aux textes qu'il s'agissait de dépouiller, il y a quelques lacunes, dont je ne
veux pas, du reste, exagérer l'importance. M. L. a compris dans sa table les
noms qui figurent dans les poèmes relatifs à la croisade. Pourquoi a t-il
négligé le plus ancien de ces poèmes, le fragment, que j'ai publié en 1884, de
la chanson provençale d'Antioche? Est-ce à cause de la langue? Mais il a
bien dépouillé Giiait de Roiissil Ion (d'après ma traduction). Et le poème sur la
I. Voici quelques additions concernant la bibliographie Une partie c'a
no V est reproduite dans les Fac-siniili de M. Monaci, fol. 16. La première
strophe de cette chanson est citée dans le Conte du Cheval defust (Zeitsch. f.
roui. Ph. X, 462). — Les nos XII, XIV, XXIV ont été imprimés par Noack,
Der Strophenausgang, etc., p. 12-14, 24. — Le premier couplet du no XXVI
l'avait été (d'après O) dans Hist. lilt., XXIII, 823.
E LANGLOis, Tûhle ries noms propres 131
première croisade, dont j'ai don ne de longs extraits dans le t. Vdela Roiiiiinia'}
Sans doute il est inédit, mais les extraits publiés pouvaient être dépouillés.
Pourquoi aussi avoir laissé de côté Matirin, et DaitreJ et Betoii, qui sont assu-
rément des chansons de geste? J'irai plus loin et je dirai que, à la place
de M. L , je n'aurais pas hésité à faire entrer dans cette table les noms
contenus dans le Caiiuen de proditioiie Guauelonis, dans le Fragment de La
Haye, dans le Pseudo-Philomena. Sans doute le programme du prix proposé
ne l'exigeait pas expressément; mais ce programme était un peu bref, et il
fallait l'interpréter largement. — Pour le fragment du poème en alexandrins
sur la Reine Sébile, découvert et publié par le baron de Reiffenberg, M. L.
a fait usage de la réimpression, améliorée par places, jointe par Guessard à
son édition de Miicaire, mais il n'a pas connu la nouvelle édition de ces frag-
ments par Aug. Scheler^ Or cette édition, outre qu'elle présente un texte
amélioré par la collation du manuscrit, contient 76 vers de plus que celle de
Reiffenberg. Ti istaii Je Xaiileuil est inédit et ne sera sans doute pas publié de
si tôt, mais à peu près tous les personnages du poème, sont mentionnés dans
les longs fragments que j'en ai publiés en 1868'. De plus, j'ai pris la peine
d'en dresser la liste au commencement de mon mémoire. Ces noms pouvaient
donc prendre place dans la Table générale qu'ils n'eussent pas sensiblement
allongée. Je regrette aussi que M. L. n'ait pas compris dans ses dépouillements
les poèmes sur Alexandre le Grand, ou du moins le principal, celui dont les
différentes branches ont pour auteurs Lambert le Tort, Alexandre de Bernai,
Pierre de SaintCloud. C'est une véritable chanson de geste.
L'une des principales ditîîcultés du travail entrepris par M. L. consistait
dans la distinction de personnages ayant le même nom et le même surnom,
mais n'étant pas identiques. Ce cas n'est pas rare, tout comme il peut arriver
que des personnages avant des surnoms différents soient identiques. On
ne peut assurément exiger que l'auteur d'une table générale donne la solu-
tion de tous ces problèmes, et l'on doit savoir gré à M. L. d'avoir, en cer-
tains cas, renvoyé à des ouvrages où l'on trouve la solution désirée. Mais il
aurait pu le faire plus souvent. Notamment pour les personnages historiques
qui figurent dans ies poèmes sur la croisade, des identifications précises auraient
pu être faites en beaucoup de cas par la comparaison avec les textes latins,
particulièrement avec Albert d'Aix. Voici, à ce propos, quelques remarques
de détail, l.a Cannlerie est bien « un château non loin d'Antioche »,
mais il eut été bon de dire que cette forme était corrompue et qu'il
fallait lire La Taïuehric ou Taleniaiie (cf. Albert d'Aix, ///.</. occ, IV,
4^1, note a). Rairiicl est en Arménie et non en Asie mineure. Rohais
(Edesse) n'est pas non plus en Asie mineure. Bauduin de Mont ou de Mons,
1. Cf. un autre morceau du même poème, VI, 489.
2. Bulletin de l' Académie royale de Belgique, 2<^ série, t. XXXIX (avril 1875).
3. Jabrb.J. roui. u. engl. Literalur, IX, 142, 355-398.
t}i COMPTES RENDUS
qualifie de «chevalier croise», doitctrc Baudouin comte de Hainau. Casses de
Beers est le « Gastus de Beders » d'Albert d'Aix, « Gasto de Bearn » selon
d'autres (H/5/, occ, III, 516, n. y). Halloic, Hallilie, etc., a été identifié, voir
Hoiiniiu'ii, XVIII, 39. — Moiilchtvrel n'est pas «près de Rome », c'est Mon-
crivello, entre Ivrée et Verceil (Réf. des 1. rom., 4<^ série, VII, 255-6, n. 6).
On pourrait citer d'autres cas du même genre, mais j'insiste d'autant moins
que des observations analogues ont déjà été présentées dans un des comptes
rendus qu'a suscités le livre'. D'ailleurs on conçoit que de telles erreurs
sont inévitables dans une table aussi étendue.
M. L. s'est tenu en garde contre les fautes de lecture qui abondent dans les
anciennes éditions. Voici cependant un cas où sa sagacité a été en défaut. De
l'art. Otiviaus il nous renvoie à l'article Olivier i, où se trouve une citation
de Baudouin de Seboiirg, II, 552, ave; cette observation : « texte Otiviaus ».
Or voici le vers tel qu'il se lit dans l'édition : Aius puis cpCOtiviaus fisl le
champ contre Rollaut. Cet Otiviaus n'est nullement à confondre avec Olivier :
c'est Oliiiel (donc lire Otiuiaus), qui, dans le poème de ce nom, combat en
effet contre Rolant (édition Guessard et Michelant, pp. 10 et suiv ). Il fallait
donc placer cette citation à l'art. Otinel i .
Il est bien certain qu'une table de cette nature ne peut être que provi-
soire. Comme le titre l'annonce, M. L. n'a pas dépouillé les chansons de
geste inédites, et, parmi les éditions dont il a dû, faute de mieux, se conten-
ter, beaucoup sont très défectueuses et donnent, pour les noms de personnes
ou de lieux, bien des formes erronées. Chaque édition nouvelle apporte
son contingent d'additions et de rectifications. On peut donc croire que
dans quelques années l'ouvrage de M. L. devra être réimprimé. Je voudrais
qu'à cette occasion l'auteur prît la peine de refondre un certain nombre
d'articles, surtout les plus longs, qui sont vraiment bien incommodes à
consulter. L'auteur devrait adopter un ordre immuable pour le classement
des chansons de geste qu'il cite, et l'indiquer en un tableau auquel on pour-
rait recourir pour chaque recherche : dans des articles (Charletuagne, Espaone,
France etc.) qui ont souvent plusieurs pages on perd un temps infini à recher-
cher la place de chaque chanson de geste. Je n'ai pas réussi à trouver le
principe du classement, qui varie pour chaque article. D'autre part, le dépouil-
lement est purement mécanique, il s'applique non pas aux personnages,
mais strictement aux noms par lesquels ils sont désignés. Ainsi, à l'art.
Charhviagnc, je vois que ce nom figure dan^ A\e d'Avignon aux pages i,
2, 19, 22, 25, 35, 36, 42-5, 52, 53, 125. Est-ce à croire que l'Empereur ne
figure qu'à ces pages? Non, car il est le plus souvent appelé Charles ou
Karles. Je me reporte à la seconde partie de l'article, celle qui est consacrée
au nom Charles, et je vois dans Aye d'Avignon ct^ue simple mention c 2 etc. ».
M. L. a reculé devant le dépouillement. Il a bien fait ; il eût fallu plus de
i. Voir Zeitschr. f.fran-. Spr. u. Litcr., XXVII, Réf. u. Recen-., p. 13.
THOMAS DU MAREST, Livre des comptes p.p. le cacheux 133
cinquante renvois, et les longues séries de chiflFres ne servent à rien : il est
plus simple de lire l'ouvrage. Je crois qu'il aurait mieux valu fondre en une
seule série Chtrlemacrne et Charles, et, à propos d'Aye d'Avignon, dire que le
jjersonnage figure dans ce poème presque à chaque page sous l'un ou l'autre
de ces noms, ou sous les désignations de roi ou d'empereur, et on se serait
dispensé de tout renvoi. La même remarque pourrait être faite au sujet de
bien d'autres poèmes. Il est inutile de faire des dépouillements pour des per-
sonnages qui sont presque constamment en scène. Robaslre ne paraît que
dans la fin de Doon ie Mayence et dans Gaiifrey. Mais dans ce dernier poème
il est l'un des principaux personnages. A quoi bon cinq lignes de renvois?
Une ou deux auraient suffi avec un etc. M. L. a souvent employé ce procédé
et personne ne l'en blâmera. Quant aux axùcXqs Jésus et Marie, je les suppri-
merais entièrement. Ils ne peuvent évidemment servir à rien. M. L. aurait
pu aussi bien faire un art. Dieu : il s'en est sagement abstenu.
Telle qu'elle est, et bien que sur quelques points de méthode, je ne sois
pas d'accord avec l'auteur, cette table est une oeuvre de patience qui est à
la fois très méritoire et très utile.
P. M.
Le livre des Comptes de Thomas du Marest, curé de Saint-Nicolas
de Coutances (1397-143 3), publié par Paul Le Cacheux, suivi de pièces du
xve siècle relatives au diocèse et aux évêques de Coutances, publiées par
Ch. de BeauRepaire. Rouen, Lestringant ; Paris, A. Picard et fils, 1905.
In-80, XL-265 pages (publication de la Société de l'histoire de Normandie)'.
Thoujas du Marest naquit en 1367, à Carentan. Pourvu en 1397 du
bénéfice de Saint-Nicolas, de Coutances, il se rendit à l'Université de Paris
où il resta six ans sans toutefois obtenir aucun grade. Revenu à Coutances, il
s'occupa avec zèle de la réparation de son église, qui se trouvait en un tel
état de délabrement qu'elle ne pouvait servir au culte. Son livre de comptes —
qui est proprement ce qu'on a appelé plus tard un livre de raisons — contient
en assez mauvais ordre la liste des dons qu'il reçut et le détail des dépenses
faites en vue de lareconstruction, le tout entremêlé de notes autobiographiques
qui ont permis à l'éditeur de retracer la vie du personnage. Ce livre méri-
tait en soi d'être imprimé ; la publication en était d'autant plus désirable que
loriginal appartient à un particulier, et par conséquent n'est pas à la portée
de tous ceux qui auraient intérêt à le connaître. Les comptes de Thomas du
Marest sont le plus souvent en français, quelquefois en latin avec emploi
de mots français pour les termes techniques. C'est naturellement en raison
de l'intérêt linguistique de la partie française que cette publication est annoncée
I. Le présent compte rendu ne s'applique qu'au Jivrc de Comptes, qui se
termine à la p. 163.
134 COMPTES RENDUS
ici. Il s"v trouve en effet — indépendamment de termes de construction,
quiont été généralement bien expliqués dans les notes — quelques particularités
linguistiques qu'il n'eût pas été inutile de relever dans la préface. Thomas
du Marest écrit à peu près en français central ; c'était l'usage de son temps en
Normandie, et on a vu qu"il avait passé six ans à Paris. Mais bien souvent les
formes de la phonétique locale se présentent sous sa plume. Ainsi il écrira
avhhlle 5 5 , canvre 44, aipi tir 71, carectcs 48, cariage 57, carier 46, 5 7, car leur 78 ,
carpeiitier ■^(), 40, cartier{c\\2irrc:\(^x')46,casuble 89, coulx (chaux) 5 5, 86-7, quesve
(chêne) 22,39, 40, qiieville 61, clo:jiies,'j(); et, d'autre part, achuta 25, chanvre
55, chaest (part, p.) 58, chayrcnt 5 1, ch.iricr 44, chevrons 27. Les finales en -ie
se réduisent à /; inarchi (marché) 58, les part. p. masc. empechi 89, enchargi
29, viihU 25. Citons encore les inf. aver 42, voyer (voir)' 58. Notons que
hosc, un bois, 59, est distingué de bois signifiant le bois, charpente'. L'édition
est faite avec soin : elle reproduit très exactement l'original, autant qu'on en
peut juger sans avoir vu le manuscrit, ce qui est l'essentiel; çà et là quelques
fautes d'interprétation. Ainsi, p. 41 : « Autres mises... coniineiichies n, il faut
coinnienchies,au fém. — -P. 64, il faut écriracbevauche, envoyé âu prétérit, i^^pers.
du sing., et non chevauche, envoyé. — P. 1 30 les mots « quesne gallice « devraient
être entre deux virgules. P. 145 (cf. p. xij), « Item do...librum meum calho-
//Vi'»... » L'éditeur n'a pas compris qu'il s'agissait du dictionnaire bien connu de
Jean de Gênes qui fut impinné plusieurs fois à la Renaissance (cf. Hist. litt. de la
F/-., XXII, 13-5, cf. 33). — -Thomasdu Marest n'était pas dépourvu de littéra-
ture. Il aime à faire des citations: p. 91, il transcrit des vers latins sur
Paris dont je ne saurais indiquer la source :
Parisienses sunt sicut enscs seniper acuti
Prelia iioscunt, oninia poscunt, sunt bene tuti...
On doit regretter, disons-le en passant, que l'éditeur n'ait pas corrigé les
nombreuses fautes que présentent ces transcriptions.
i^illeurs(p. 156) l'écrivain cite, sans doute de mémoire, en tout cas très
inexactement, quelques vers de la pièce J'ai un cuer trop lait, qui a été si
souvent copiée et que plusieurs manuscrits attribuent à un certain Thibaut
d'Amiens, lequel, jusqu'à présent, n'a pas été identifié avec certitude^.
Il peut être intéressant dénoter que dans un acte de 14 17 analysé par notre
Thomas figure (p. 83) un Olivier Basselin. sergent de la vicomte de
Mortain. Cette qualific.ition exclut toute identification avec l'auteur plus
célèbre que connu des vaux-de-vire, mais le sergent en question était
probablement de la même famille. Le seul reproche d'une certaine gravité
qu'on puisse adres.ser à cette publication est qu'il n'y a ni glossaire ni table.
P. M.
1. Il faudr.iit donc considérer /'tni; et /v/.v comme deux mots distincts, ce
que n'a pas fait Godefrov*, Cowpl. Bois.
2. Voir Bulletin de la Soc. des anciens textes français, 1901, p. 73.
CARXAHAN, ProIoguc iti tbe oJd french Mystery 135
The Prologue in the Old French and Provençal Mys-
tery, by David HobartCARMAHAX.— Ncwhaven. TheTuttle, Morehouse
and Taylor Company, 1905. In-80, 200 p. (Thèse de l'Université de Yale).
Des deux parties — versification, analyse des prologues — , la première
seule a été présentée comme thèse à l'Université de Yale. On y trouvera,
touchant un certain nombre de mystères (78 français, 9 provençaux,
quelques bretons), des listes et catalogues des différents mètres employés,
des cas d'élision, d'hiatus, de svnérèse ou de diérèse, des rimes masculines et
féminines, plates ou mêlées, identiques ou équivoques, des constructions de
strophes, des rimes à cheval sur deux couplets ou sur le prologue et le mvstère
lui-même; dans la seconde partie, des passages, découpés de prologues,
rangés sous les rubriques: sermons; proverbes et comparaisons ; mention des
sources; érudition; intentions et apologie des auteurs; invitations au silence;
analyse des mystères ; présentation des acteurs ; indications de mise en scène,
par qui le prologue est dit ; à qui il s'adresse; les prologues doubles et les
formes irrégulières (diableries, discours du fou). Les appendices donnent
(p. II 7- 190), juxtaposées sous les mêmes rubriques, des citations de prologue
qui n'ont pas trouvé place dans le corps de la thèse. Ils seront utiles
parce qu'on peut y picorer des exemples, et le seraient davantage avec des
références précises aux manuscrits et aux éditions: M. Carnahan ne donne
ni le folio ou la page, ni le chiffre du vers, et il renumérote tous ses extraits.
Une table des mystères assez sommaire et une bibliographie terminent le
volume. L'auteur promet de publier dès cette année des prologues inédits ou
cachés dms des éditions rares de la Bibliothèque nationale, et de poursuivre
ensuite ses recherches sur les épilogues.
M. C, n'ayant pas comparé le prologue au corps du mystère, ne nous dit
pas s'il a des caractères particuliers, tranchés, ni quels ils sont ; les exemples
cités mis décote, le résidu d'observations et de conclusions est bien mince,
de volume et de poids, et pourrait être encore réduit. P. 28, liste de vers ne
rimant pas : messagers, héritages ; la mesure du vers à elle seule exige la
correction tn messages ; inoy, résurrection, venant après exposicion, passion, avant
toy, croy, ne sont pas sans rime : le tout est un sixain du type aababb; p. 29,
« Pour les péchiés du premier jour De Adam que mangat h pome », Jour
est visiblement une mauvaise lecture de home ; même page, valoir-religieux,
ce dernier mot est impossible pour la mesure du vers, il faudrait un dissyl-
labe comme /'mz'c'/V(é'). — Le chapitre sur l'orthographe et la prononciation
d'après l'examen des rimes laisse beaucoup à désirer: on ne peut pas voir
des phénomènes de phonétique dans les moindres divergences de graphie
(p. 45 « âge pronounced aige »); p. 50 apostre- dcuionstre, rangés parmi les
assonances; il eût fallu peut-être lire demoustre; même page charge et vierge
(chez Jean Michel) donnés comme « rimes imparfaites n ; l'auteur se contente
d'entrevoir en tout cela « the possibility of dialectic forms » (p. 50).
'36 COMPTES RENDUS
P. 72, « iid ce que » noté comme mot latin inséré dans le français au
même titre que item, illec, etc. La typographie est agréable à l'œil, mais
l'emploi des accents est bien capricieux.
Henri Chatelaik.
Der Huge Scheppel der Gràfln Elisabeth von Nassau.
Saarbrùcken. nach der Handschrift der Hamburger Stadtbibliothek,
mil einer Einleitung von Hermann Urtel. Hamburg, Lucas Gràfe, 1905.
In-folio, 25 pages -f- 57 feuillets, et table non paginée de 5 pages — ,
6 pi. en couleurs, hors texte ou fac-similés.
Le roman en vers français du xive siècle dont Hugues Capet est le héros
fantaisiste, traduit en allemand au xve siècle par la comtesse Elisabeth de
Nassau-SaarbrùcT<, a joui dans les pays germaniques d'une vogue assez
surprenante mais indéniable, étant attestée par au moins dix éditions qui
s'échelonnent de l'année 1500 à 1794. En examinant un manuscrit de la tra-
duction allemande conservé sous le n" 12 à la bibliothèque de la ville de Ham-
bourg, le distingué bibliothécaire à qui est due la belle publication que nous
annonçons a pu établir que ce manuscrit avait été exécuté pour Jean III de
Nassau-Saarbrùck, le propre fils de la comtesse Elisabeth, et que sa date se
place entre 1455 et 1472. Il v a donc les meilleures raisons de croire que ce
manuscrit (dont l'éditeur nous donne une reproduction soignée en gothique
allemande) est sensiblement plus proche de l'œuvre de la comtesse que les
éditions du xvi'; siècle, et c'est ce qu'une comparaison des deux textes met
hors de doute. On sait d'autre part que la comtesse Elisabeth s'est appuyée
sur une version française qui diffère de celle que présente le texte édité par
le M>s de la Grange. Le manuscrit de son fils permet de corriger certaines
leçons de cette dernière édition.
M. Robert Schmidt a joint à l'introduction de M. Urtel une intéressante
étude sur les miniatures du ms. de Hiige Scheppel, et de deux autres mss.
renfermant Lober nnd Mallart et Herpiii, lesquels sont certainement du
même enlumineur. Il arrive à la conclusion que ces miniatures sont copiées
sur les manuscrits français d'après lesquels la comtesse Elisabeth a exécuté
ses traductions. La patrie de l'enlumineur (ou de l'association d'enlumineurs)
français pourrait bien être Amiens, et la date de l'exécution se placerait vers
1420-1430.
Ce splendide volume forme le premier fascicule des VerôffentUchiingen
ans der Hainlnirger Stadtbibliothek et a été imprimé aux frais de la municipa-
lité hambourgeoise, que l'on ne saurait trop féliciter de son zèle éclairé.
Ferdinand Lot.
PÉRIODIQUES
ZeITSCHRIFT FUR ROMAMSCHF, PHILOLOGIE, XXIX, ^ — P. 2)7, O. Dit-
trich, Ueher Wort:;usavn7ieiiset\iiiii^, aiif Gruiid der ueufrdn:^ps'nchi'u Sprache
(suite). — P. 293, L. Poulet, Marie de Fiance elles Liis bretons (suite et fin).
[Dans la première partie de son étude, M. F. montrait que les auteurs des
lais anonvmes n'ont connu les « lais bretons >■• que par Marie dé France; ici,
il soutient que Marie de France, à son tour, ne les connaissait que par ouï-
dire, (' qu'elle n'a jamais été en contact avec les originaux celtiques » ; qu'il
faut reculer dans un passé lointain et presque mythique les anciens « musi-
ciens » et surtout les anciens « conteurs » bretons. « Marie n'était pas plus
renseignée à leur égard que nous ne le sommes », ce qui revient à dire,
puisque nous ne les connaissons que par son témoignage, qu'elle ne savait rien
d'eux. M. F. arrive à ces conclusions à la suite de discussions parfois obscures
(vov. les pages 306-7), très souvent ingénieuses et fortes, mais toujours si
complexes, si nuancées, si subtiles aussi, qu'on ne saurait, sans trahir sa pen-
sée, les résumer en quelques lignes. Je me bornerai donc à dire qu'on peut
en contester le point de départ même : tandis qu'on avait jusqu'ici bonne-
ment accepté, au même litre et sur un même plan, tous les renseignements
que Marie nous donne sur ses sources, M. F. estime qu'il en faut distinguer
de plus anciens et de plus récents : le sens que Marie attachait au mot lai
aurait évolué au cours de son travail; M. F. décrit l'histoire de ces variations
et tire de là par la suite maintes conséquences. Par malheur, nous ignorons
tout à fait si Marie a employé à la composition de ses poèmes plusieurs années
ou quelques mois seulement, en quel ordre elle les a composés, si le lai de
Gui(;eiuar, par exemple, bien qu'elle ait visiblement tenu à le mettre en tête
de son recueil, n'est pas néanmoins le plus récent de tous, si elle n'a pas revisé
et remanié d'ensemble les introductions et les épilogues de ses contes lorsqu'elle
les a rassemblés pour en faire une collection, etc. Nous vovons bien qu'elle
a écrit en dernier lieu le Prologue de son ouvrage, mais c'est tout. M. Foulet
rencontrera sans doute plus d'un contradicteur , mais ses adversaires apprécie-
ront chez lui une rare faculté d'analyse et de combinaison, et ce travail ori-
ginal et hardi leur révélera qu'on doit beaucoup attendre de son auteur. —
J. Bédier.] — P. 323, H. Schuchardt, Lut. « galla ». A propos du portug.
galelo, M. Sch. étudie la famille du lat. g al la, « noix de galle », et en parti-
culier l'espagnol galilh ; le franc, gattge et les formes apparentées ; l'ital.
galla, noce di galla, auquel il rattache le franc, noix de galle; les formules
138 PÉRIODiaUES
italiennes telles que leggiero corne uiia galla, aiuiaie a galla « venir à la sur-
face », d'où gallare, galleggiare, sources du {r.galer, galoier, etc.
Mélanges. P. 333, A. L. Stiefel, Zu Lope de Veç;as « El hoiiraJo heniuvio ».
Une scène curieuse de cette comédie nous montre Horace envoyé en ambas-
sade à Albe et ne trouvant pas place pour s'asseoir devant les sénateurs albàins
qui ont concerté cet affront : il plie alors son manteau, le pose à terre et s'as-
sied dessus, puis, son ambassade terminée, se retire tn abandonant son man-
teau, car, dit-il, « No ine iiiostiniibro llevar \ La silla en que me iiseutè ». L'in-
vention n'appartient pas en propre à Lope de Vega : l'anecdote se retrouve,
avec pour héros un ambassadeur vénitien à la cour du grand Turc, dans Juan
de Timoneda, et des variantes se rencontrent ailleurs encore'. — P. 336,
Schultz-Gora, Eiiie Gedkhtslelle hei Rainion von Miraval (Gr. 406, j). Cor-
rection, appuvée sur un passage de Peire Espanhol, des vers où il est fait allu-
sion à la façon dont la huppe lait éclore ses œufs, ou plutôt son œuf unique.
— P. 337, Schultz-Gora, « Augen des Herie?is » ini Proa.'en\alischen utid AU-
frtvuiosischen. Exemples provençaux et français anciens de l'expression « ieus
del citer », appuyés d'exemples français modernes et italiens ^our yeux de Tes-
prit, de la pensée, etc. — P. 340, H. Schuchardt, Ital. k pisciare >^,fr. «pis-
ser ». Il y a bien à l'origine de ces verbes une onomatopée, ps servant, très
généralement, à noter le bruit d'un liquide qui coule, ou qu'on fait couler,
ou qu'on veut faire couler. Les formes du tvpe « pisser» se rencontrent, avec
le même sens, chez les Germains et les Romans, chez d'autres peuples
encore, sans rapports avec ceux-ci, et une telle extension ne se comprendrait
guère pour un mot qui n'aurait pas pour origine une onomatopée. — P. 343,
G. Bertoni, Appnnti lessicali ed etimologici : i. II. ant. lerpo=^ palpebra;
rattaché à l'anc. haut. ail. leffur ; — 2. Ziano (r= lio), archaïque dans la
langue littéraire, mais bien vivant dans l'Italie du sud, a comme pendant en
Emilie ;;;//»;;; d'où M. B. pense qu'il faut voir dans :(iano, \iino les représen-
tants de types *thi-anus, *thi-inus, dérivés de thi us, plutôt qu'un reflet
de la déclinaison en n — due (barba — barbano), comme on l'avait proposé pour
liano: —r 3. liai. « cafaggiaio », « garde champêtre et forestier », à ratta-
cher au longobard gahagi, bas-Iat. cahagium v< enclos, bois » ; — 4. Anl.
bologn. « sagiiradaria » ;= ital. « sciagiirataggine », avec changement de suf-
fixe.
Comptes rendus. — P. 346, Andraud, Li vie et Vœuvre du troubadour
Rainion de Miraval (R. Zenker). — P. 558, Obras de Lope de Vega, t. X
(A. Restori, suite). — P. 365, Docuvientos Cervanlinos hasta ahora inedilos,
recogidos y anotados par D. Cristobal Ferez Pastor (W. von Wurzbach).
— P. 375, n La perfecta casada » por el maestro fr. Luys de Léon, édit .
E. Wallace (W. von Wurzbach). — P. 377, E. Fischer, Die Herkunft der
Rumâncn (G. Weigand). — P. 378, Bianu et Hodo^, Bihliografia romdnesuï
I. [Cf. Ro)nania,l\, 5 1 5 et suiv. — Red.]
PERIODiaUES 139
feche, I, 1508-1716(0. Wcigand). — P. 579, Ri'Z'ista htsitaua, ^'-VI (A. R.
Laiig). — P. l'è^, SUtdj lU filologui ivnniii^a, IX, 5 (P. Savj-Lopoz).
XXIX, 4. — P. 385, L. Jordan, Ziir Eiitirickeliiiii^ des Gotlesiicn'chtUchcn
Zweikainpfs in Frankreich. M. J. montre que, aussi loin que nous pouvons
rjmonter dans l'histoire des Francs et des Burgondes, le duel judiciaire
apparaît co imie légal et ayant force probante entière, mais n'avant originai-
rement aucun caractère sacré ; c'est une coutume proprement franque, contre
laquelle on proteste de bonne heure en Gaule, mais que les Francs con-
servent, sans avoir cependant, sur cette matière, de droit écrit. — P. 402,
Mever-Liibke, JVortgeschichlUchcs. [i, prov. « heko » Biitie. Wespe. L'auteur
ne connaît le mot qu'il étudie que par r^//(75 linguistique de MM. Gilliéron et
F^Jmont, où ce mot est donné comme signifiant « abeille » (carte 1) au point
605 (Saint-Dizier, Creuse) et comme signifiant « guêpe » (carte 672) aux points
506 (Châteauponsac, Haute-Vienne), 606 (Saint Junien, ibid.), 607 (Châlus,
ibid.), 611 (La Tour-Blanche, Dordogne), 6)2 Saint-Pardoux-la-Rivière,
ibid.), 614, (Excideuil, ibid.), 615 (Saint-Pierre-de-Chignac, ibid.), et (-24
(Bourgnac, ibid.). Cela ne l'empêche pas de partir du suns « abeille » pour
chercher l'étymologie, et il fait un beau chapelet d'hypothèses : le gaulois
avait bëcos « abeille », qui a donné en Limousin hec, lequel est devenu beca
d'après la désinence féminine de aheJha ; ce beca a réagi à son tour sur
abelha en le transformant en beUia dans la Haute-Vienne, la Coirèze, la
Creuse, la Charente et la Dordogne ; on comprend très bien que bëcos
ait évolué du sens « abeille », au sens « guêpe » etc. En fait, le sens
« abeille », donné par l'Atlas, n'est qu'une illusion d'enquêteur, comme
je m'en suis assuré par deux contre-enquêtes faites à Saint-Dizier même
(lo-ii avril 1905 et 20-21 avril 1905) : beko signifie « guêpe » à Saint-
Dizier, comme ailleurs en Limousin, mais il y a partout des individus qui
répondent de travers ou qui, par imbécillité d'esprit, confondent guêpes et
abeilles. M. Rolhnd, Faune pop., Ul, 271, connaît Mco par les fables de Foucaud
(l'éJi:. Ruben, p. 43, écrit bèko), et M. Chabaneau n'hésite pas à tirer beko du
lat. ve s pa (Gra »/;/;. lim., p. 116) moyennant une métathèse de consonnes
combinée avec un échange de degré qui de guespa aurait fait besca pour *pesga :
il y a de quoi donner à réfléchir. Ce qui est sûr, c'est que la forme actuelle
représente une forme romane bèsca, car dans le patois de la partie orientale
de la Creuse on a blèko (Ahun, Sannat, Lépaud), obïiko (Chambonchard),
(^^«('^•^(Chambon), etc., c'est-à-dire des témoins d'un <; ouvert suivi primitive-
ment d'une 5 ; j'ai '■ecueilli bïègo à Chenerailles (de la bouche d'une personne
née dans la commune voisine d'IssouJun), ce qui semble favoriser l'hvpo-
thèse de M. Chabaneau, mais je tiens que ce g est un afTaiblissement indi-
viduel et récent du k, et non le g de guespa. La désinence ca ne peut pa.s
être primitive, puique c devient c/; en limousin devant a ; d'autre part un tvpe
comme *bësqua, qui semble postulé par la phonétique, ne laisse pas que
d'être bien étrange. — 2, nonifran^. « hur », i^enlralfrani. « largo » IVidder.
143 PÉRlODiaUES
Rattache le premier mot et son dérivé hnrde, usités dans les Cùtes-du-Nord,
au celtique (corn, hordh, etc.), et le second (Bourgogne et Bretagne) au ger-
man. brui : cette dernière étymologie est bien invraisemblable du côté phoné-
tique ; en tout cas, il eût été bon de rappeler que Chamburc, dans son Glos-
saire du Morvan, s'est longuement occupé de ce mot : dans le fatras de ses
articles leuhiau, luhiar, lureai, lureau, luria, luron, le rapprochement
avec l'anc. verbe luire « saillir » mérite de retenir l'attention. Finalement,
l'auteur jette un coup d'œil superficiel sur les différents noms romans de la
race ovine (remarques intéressantes sur l'esp. carnero) ; je note en passant que
a ri es était vivant au moyen âge dans l'est de la langue d'oïl, cf. Gloss.
hébreu-franç. du XII[e s., p. p. Lambert et Brandin. — i,Jrani. v jade ». Combat
avec raison l'étym. j as pi de donnée par M. Behrens, et se rallie à celle de
Murray (iVfU' EiigJ. Dicl.) qui voit dans le mot français un emprunt à l'espa-
gnol [piedradela] ijada : citation d'un passage de Monardes, médecin de Séville,
emprunté à ses Dos lihros (1569) sur les vertus curatives du jade. — 4, veii.
« onfegar ». Ce mot, qui signifie « tacher, graisser», représente *olficare
pour *oleificare, plutôt que *ungificare ou *unctificare ; aux
exemples de verbes en -ficare qui sont attestés par des formes romanes on
peut ajouter le franc, oriental bonijer < *bo ni ficare et turijer < turifi-
care (Gloss. hébreu-franç. du XIII^ s , p. p. Lambert et Brandin. — 4, ostfrani.
« pane » kebreii, Kpanor» Besen. Ces mots du patois des Vosges (Atlas liuiJ. de
Gilliéron et Edmont, cartes 107 et 109) remonteraient au lat. pinna et non
à pannus; cf. auvergnat pena « genêt » (Mistral), etc. Je crois que l'auteur
fait tort à pannus ; la présence de « nettoyer » au sens de « balayer >^ dans
le dép. voisin de la Haute-Marne me paraît faire le pont entre « essuver» et
« balayer» : or paner « essuyer » est très répandu et vient incontestablement
de pannus ; cf. Godefroy, et la carte 485 de l'Atlas, où l'on peut constater que
le verbe *buxare cumule les sens « essuyer » et « balayer » aux points 548,
624, 635, etc. — 5, sard. « ruskidare » schnarchen. Du lat. vulg. *reoscitare,
nouvelle preuve de la survivance de oscitare, à ajouter à celles qu'ont
données Schuchardt et Ascoli. — 6, Franchecomt. « tll ». Mot qui signifie à
Damprichard « file de monceaux de fumier » (Grammont en déclare l'origine
inconnue) : du germ. *tila (franc ou burgonde), forme primitive correspon-
dant à l'allem. actuel :(tele « file, ligne » ; peut-être faut-il rattacher à la
même étymologie le subst. tilo qui, dans la Suisse romande, signifie « rucher » ,
c'est-à-dire, si l'on veut, une rangée de ruches. — A. Th. ] — P. 413, F. Sette-
gast, Armenisches un « Daurel e Béton ». C'est un complément aux Quellen-
stiidien, etc. du même auteur (cf. Remania, XXXIV, 524) et une nouvelle série
d'exemples d'identifications aventureuses : Béton représente le nom patrony-
mique d'une famille princière arménienne, Bagratuni ; Esmanjarl =z
armén. Pbarand~em, etc ; enfin l'histoire de Daurel et Béton a une source
arménienne. M. S. espère avoir rendu ses conclusions vraisemblables; mais
c'est sa méthode même qu'il faudrait justifier : ces rapprochements fondés sur
des analogies de forme et si lointaines sont plus que contestables — P. 418,
PERIODldUES I4Î
J. Subak, IVeiterekh'ine Ndchtràge ^n Kôrtiiig, Lateinisch- lonniniscbes IVorter-
Imch '. — P. 429. Cari Ollerich, Der katahxnischeBrief mit Beilageinder Arhorea-
Sainmluucr in Cdgliari. Inauthenticité démontrée par l'étude linguistique.
Une note préliminaire de M. Foerster fait connaître le point de départ du
travail de M. Ollerich.
MÉLANGES, p. 449, H. Schuchardt, Ahru:;^. n ciiixe », etc. observations sur
l'ouvrage de M. Puçcariu, Lai. tj-, cj- iiii Riiiii., etc., à propos de roum. spîn:;^,
abbruz. ciirce, ital. go:^io. — Port. « cai'idar ». — Baskische Naiiieii des Ei\ihecr-
hatinis. — Lut. semen/w Bask: basq. seine « fils i- << lat. semen, cf. anc.
port, seniel « progéniture »,et les expressions bibliques semen David, etc. —
Altprov. (c doha » : observations sur l'étymologie dolsa <C dolichus,
« fèverole », proposée par Mistral, cf. A. Thomas, Nouveau.x Essais, etc.,
p. 245, où cette étymologie a été inexactement interprétée '. — Wor .
« caieti », Miesmuchel : observations sur un article de M. A. Thomas (Joiinuil
des Débats, 21 mars 1905 ; cf. Romania, XXXIV, 287). — Nicdeniiaiii. « cosaque »
Schoher : remarques sur diverses dénominations de la meule (de paille, etc.)
et l'intérêt d'études comparatives sur les dénominations de ce genre ; en
particulier on signale l'analogie de la forme cosaque (Bas-Maine) avec le slav.
kô:(a. — P. 456. P. Kretschmer, ItaJ. « uiolo ». Les difficultés qui empêchent
de rattacher directement l'ital. luolo (d'où le fr. môle') à môles ont été déjà
signalées: changement de déclinaison et de genre, qualité de l'o (ouvert);
mais les mêmes difficultés n'existent pas s'il s'agit de rattacher à môles le
gr. [xwXo; (attesté dès le vi^ siècle parProcope) : le changement de déclinaison
etparsuite de genre est normal et w représente p latin à défaut d'une meilleure
transcription; enfin aoJÀo:, emprunté par l'italien, devait bien devenir moJo
qui se rattache ainsi à môles mais par l'intermédiaire du grec. Le double
courant d'emprunts qu'il faut ainsi admettre entre l'Italie et la Grèce n'a
rien qui puisse surprendre pour un mot du vocabulaire maritime. — P. 458,
1 . J'ai laissé passer dans un précédent numiro de la Romania (XXXIII, 62 3),
où je signalais un travail analogue, mais moins important, de M. Subak, une
expression excessive (« beaucoup de remarques oiseuses ») ; un exemple aurait
fait entendre ma pensée et aurait permis de donner sa valeur réelle à une
épithète qui a paru un peu forte ; ex. : à l'article 9973 de Kôrting^ (VaJeo),
M. S. ajoute : Das Pai ti-ip [vaiUaiit] nocb in « sans un sou vaillant » ; est-ce
la une remarque fort utile? Ceci dit sans vouloir nier l'intérêt d'additions à
Kôning et la nécessité d'une refonte du Lat.-Rom. IVorterh. à l'aide de
multiples contributions; n;ais peut-être n'est-il point nécessaire d'imprimer
d'abord dans une revue tous ces matériaux, quels qu'ils soient.
2. [M. Sch. a tout à fait raison de me tancer pour avoir confondu le subst. lat.
dolichus, cité par Mistral, qui signifie effectivement « fève » ou « fève-
role » ( grec ooA'./o;), avec l'adj. grec ôoXr/o; « long » ; mais l'étymologie du
prov. dolsa reste toujours a trouver, car je ne puis croire que le scribe caro-
lingien à qui nous devons le ms. "Vat. Keg. 846 et qui écrit scorcia
« écorce » ail pu écrire dolsa si ce mot procédait, comme le dit M. Sch.,
d'une forme antérieure *d o 1 c i a, tirée du lat. *dolcus pour dolichus,
— A. Th.].
142 PERIODiaUES
G. Bertoni, p-//«/^cn/. M. B. rétablit par conjecture ce mot dans un texte ita-
lien du xin"^ siècle où il est question d'armes en s'appuyant sur le bas latin
giiavferia (d'origine germanique) attesté par deux documents de Modène
(xive siècle).
Comptes-rendus. P. 460, Œuvirs couplètes irEustache Deschamps, p.p.
G. Raynaud, XI, Introduction (E. Hœpffner). — P. 469, L. Brandin, Les
gloses françaises {Loaiiiii) de Gerscbom de M^^;^; (J. Subak). — P. 472. Miscel-
lanea di sliidi critici édita monoredi Artitro Graf (P. Savj-Lopez). — P. 476,
Stiidi medievali diiettida F. Novati e R. Renier, I, i, 1904 (P. Savj-Lopez et
R. Ortiz). — P. 479. Societù filologica roiiuiita. Sltuli roiiianii edili a cura di
E. Monaci, I, 190} ; II, 1904 (P. Savj-Lopez). — P. 483, Stiidi glottohgici
italiani direlti da G. deGregorio, III (H. Schneegans). — P. 488, Zeitschriji
fïir fraiii- Sprache utid Litleratiir, XXV-XXVI (A. Schulze). — P. 500,
Revista hisitana, VII, 1899, (H. R. Lang). — P. 502, Gioruale slorico dcUa
letteratiira italiaiia, XLIV, 3 àXLV, 1 (B Wiese). — P. 507, Revue de philo-
logie Jrançaise et de littérature, XVIII (E. Herzog). — P. 509. Archiv Jiir
lateiuische Lexicographie, XIII, 4 a XIV, 2 (E. Herzog). — Livres nouveaux
(G. G.).
M R0Q.UES.
Revista de bibliografi.\ catalaka. Numéro 6. Janvier-décembre 1905.
Année III. — P. 5. A. Rubiô i Lluch, Notice de deux manuscrits d'un Lau-
celot cataan. Il s'agit d'un fragment relatif au combat de Lancelot avec le
géant Karadoc, retrouvé dans une reliure à Majorque, et d'un autre Lancelot
catalan qui a été signalé à l'Ambrosienne et que doit faire connaître M. S;)n-
visenti. Dans son étude sur le roman de Lancelot en catalan, M. Rubiô
aurait pu citer la Tragcdia ordenada per Mosseii Gras, la quai es part delà gruu
obra dels actes del famo; cavalier Lançalot del Lac, qui existe peut-être parmi
les livres laissés par D. Mariano Aguilô (voy. P. de Gayangos, Libros de
cahallerias, p. xi). — P. 21. Matheu Obrador, Fragment d'un Lancelot catalan.
Édition du fragment de Majorque étudié dans l'article précédent. A en juger
par le fac-similé, ce fragment est du xv-" siècle et non de la fin du xiv^. —
E. Aguilô, Quelques notes sur Ranion Muntaiier et sa famille. Documents tirés
des archives de Majorque. — P. 39. J. Pijoan, Au^ias March à Naples en
1444. Le docunTent ici publié est une lettre d'Alphonse V datée du Château
neuf de Naples le 8 mai 1444 et qui a pour objet de faire payer 250 sous
pour des oiseaux de chasse apportés de Valence à Naples et qu'avait dressés
Auzias March : los quais lo amat nostre mossen Ausias March, cavalier, en dies
passats havia afaytats per ohs e servey nostre. La lettre ne prouve donc pas du
tout la présence du poète à Naples en 1444. — P. 45. J. Massô i Tor-
rents, Manuscrits catalans de Valence. I. Bibliothèque métropolitaine. Mss.
du Cristid d'Eximenez et de la Vida de fesu Christ du même. Sermons en
langue vulgaire de saint Vincent Ferrier. Mémorial de Francesch de Pertusa.
PERIODIQUES 143
Lo Pccador icinut de Felip de Malla. Traduction des Psumncs, différente,
d'après M. Massô, de celle qui fut imprimée à Venise en 1490 et dont
existent au moins deux exemplaires, l'un à Madrid, l'autre à la Mazarine.
Pour prouver que ces deux versions diffèrent, M. Massô imprime le premier
psaume d'après l'une et le dernier psaume d'après l'autre : cela ne fiuilite pis
la comparaison. Vies de saints, suivies de l'histoire de Tobie. Plant l'c saut
EstfVf. II. Archives de l'église métropolitaine. Règlements intérieurs de la
cathédrale en langue vulgaire. — P. 87. Joseph Ribelles Comin, Xoticc
biographique et bibliographique sur le lexicographe Labernia. — P. 116. Angel
Aguilô, Index des noms de personnes et des noms géographiques de la Chronique
de Jacques I'^^ le Conquérant (édit. de la Biblioteca catalana). — P. 168. Jaunie
Bofarull, Manuscrits catalans de la bibliothîque provinciale de Tairagoiie.
Recueils d'Usages cisterciens du xv-' siècle. Dialogues de saint Grégoire.
Recueil de sentences et de proverbes; l'un de ces recueils intitulé Ex pio-
verbiis Arabuni a été imprimé en 1891 dans la revue UAïunç. Funérailles
des rois d'Aragon. • — P. 217. Bulletin bibliographique des ouvrages en catalan
ou relatifs aux pars catalans publiés en i^^oj. Travail utile et bien fait.
A. Morel.-Fatio.
Studier I MODERN Sphâkvetenskap, III, 1905. — P. 6t, Pon freno al
gran dolor che ti trasporta, par Fr. Wulff (en français). M. W. étudie les
rédactions successives, conservées dans le ms. Vat. 3196, fos 13 et 12,
de la strophe VII de la canzone Che debF io far de Pétrarque. — P- 71,
Des locutions emphatiques, par A. Malmstedt (en français). Remarques intéres-
santes sur les constructions : c'est lui qui, c'est de lui que, c'est lui dont, etc.
— P. 205, Gaston Paris; nàgra niiniwsblad af P. A. Geijer. — P. 257,
Aperçu bibliographique des ouvrages de philologie romane et germanique publiés
par des Suédois depuis iç}02 jusqu'à i^oj.
M. RociUES.
Ann'ales du Midi, XVII (1905). — Janvier. P. 27-62, D'' Dejeanne, Le
troubadour Cercamon. Monographie très méritoire comprenant une édition
critique, avec traduction française et notes, des huit poésies de Cercamon
qui nous sont parvenues, en comptant les quatre que M. Bertoni a fait
récemment connaître d'après le ms. Campori, de Modène. J'y trouve bien
peu à reprendre : V, 17, lire avec le ms. (dont la leçon exacte n'est pas
reproduite en note) domnejador, et non domnej'adors, car il faut le nominatif
pluriel, comme pour ^(/Z ; ibid., au lieu de corriger druderau en (//;// se fan,
j'aurais le courage de supposer un verbe driulejar et de lire drudijan. — V,
19, pourquoi ne pas garder reprocher et le corriger en reprovier} — V, 41, il
est plus indiqué de suppléer tal que lo. — P. 63-67, Steffens, Fragments
d'un chansonnier provençal aux archives royales de Sienne. Deux feuillets du
xive siècle contenant quatre chansons de Bernard de Ventadour (Bartsch,
144 PERIODIQ.UES
Gruihlriss, 6, lo, 15, 25) et la tin d'une autre (ibid. 3); M. S. reproduit le
texte diplomatiquement. — P. 71-75, De Bartholomaeis, Une nouvelle làlac-
tion d'une poésie de Guilbetu Montanlhn^ol. C'est la pièce Xuls oni no val, dont
Bartsch a oublié de signaler la présence dans le ms. Vatic. Barb. lat. 3953
(ci-devant à la Barberine, XLV, 47), de sorte que M. Coulet ne s'est pas
préoccupé de ce manuscrit. M. De 15 en publie la leçon, fait quelques
menues observations et conclut que le texte peut rester tel qu'il a été établi
par M. Coulet. — P. 73-77, Ji-'anroy, Gascon « lanipournè ». Adjectif
employé surtout par D'Astros et Ader, à côté du \-erhe la nipou ma et du subst.
verbal lampor : même famille que l'anc. franc, raniposne, raniposner. — P.
77-8, A. Thomas, Encore le nom de lieu c Traviesaigues ». Signale deux autres
représentants de In ter ambas aquasen Gascogne, d'après des communi-
cations de MM. Millardet et Pépouev; la série n'est pas close (cf. Revue de
Gascogne, 1905, p. 84).
Avril. — P. 161-217, Jeanroy, Poésies de Guilhuinic IX comte de Poitiers.
Aucun provençaliste n'ignore combien était difficile la tâche entreprise par
M. J. ; aucun n'hésitera à le féliciter de la manière dont il s'en est acquitté.
Je ne crois pas qu'on puisse pénétrer plus avant dans la connaissance de ce
fantaisiste troubadour, qui ne fut pas un moins fantaisiste homme d'État
et chef d'armée, ni définir avec plus de finesse le singulier mélange de
banalité et de déséquilibrement de ses poésies. La langue et la versification
sont très exactement caractérisées. Des onze poésies qu'accepte M.J. comme
authentiques, il traduit toutes celles qui ne défient pas trop audacieusement la
traduction et annote abondamment toutes celles qu'il publie. Je ne relève
qu'une inexactitude vénielle, qui est du ressort de l'histoire locale : p. 216,
Ucle Brun est qualifié « comte de Lusignan » ; il n'y a pas de comtes de Lusi-
gnan, mais un Uc de Lusignan, IXe du nom, devint comte de la Marche en
1199 (longtemps après la mort de Guillaume IX) et transmit ce comté à ses
descendants. — P. 296-7, compte rendu par le D"" Dejeanne du livre de
M. Bertoni intitulé : / trovatori minori di Genova.
Juillet. — P. 361-2, Bertoni, Sur quelques vers de Guillaume IX. Au v. 6
de la pièce Companho farai, lire : qui la troha son taleu, au lieu de : qui la
troF a son ialeu. En note M. Jeanroy communique quelques observations de
M. Rajna, dont l'une excellente sur le sens « étriller » qu'il convient d'attri-
buer au verbe ?'i///fl/-. — P. 362-365, A. Thomas, Sur la date d'un nu'moran-
âiim des consuls de Martel. Attribué à 1256 par l'éditeur, M. Teulié (Revue de
plnlol.Jranç., VII, 260), il est en réalité postérieur de peu à 1275. — P. 365-
385. E. Aude, Les plaintes de la Vierge et les signes de la fin du monde, d'après
un imprimé toulousain du xvie siècle. Cet imprimé, inconnu de tous les biblio-
graphes, est sorti des presses de Nicolas Vieillard, vers 1 540 et se conserve à la
Méjanes d'Aix dans un recueil factice. M. A. en donne le texte entouré de
commentaires fort instructifs ; il rappelle quels sont les textes en langue vulgaire
du Midi qui furent imprimés à Toulouse au xvie siècle. En appendice, notice
sur une version provençale du Chant de lu Sibille (mieux vaut ne pas mettre
PÉRlODiaUES 145
d'v que d'en mettre un, connue le fait le compositeur des Annales du Midi,
dans la syllabe initiale) d'après un nis. des archives de l'Aude, signalé par
M. Jeanrov. — P. 386-590, compte rendu par M. Jeanroy de la 6^ éd. de la
Cbrcstoinatbicprov.de Bartsch (relbndue par Koschwitz), laquelle est bien
inférieure, même sous cette forme, à celle d'Appel.
Octobre. — P. 457-489, Jeanroy, Poésies provençales inédites d'après les inss.
de Paris. En tout 12 pièces, dont les auteurs sont : Cadenet, Guiraut de
Calanson, Bernart Arnaut Sabata, Pons Barba, Sordel, Uc de Lescura, Mar-
cabrun, Rambaut d'Orange. L'éditeur les traduit (sauf celles des deux der-
niers auteurs qu'il se contente de reproduire diplomatiquement d'après le
chansonnier C de Bartsch en donnant les variantes de R). — P. 517-534,
.\. Vidal, Les comptes consulaires de Montagnac (Hérault). Extraits d'après les
originaux conservés aux archives communales : il y a 22 comptes de 1422 à
1451 ; à suivre. Nous reparlerons de ces comptes, dont la graphie est très
curieuse, lorsque la publication de M. V. sera parvenue à son terme, — P.
535-6, compte rendu par M. Jeanroy de Kolsen, Die Kreuilieder des Trobadors
Guiraut von Boruelb.
A. Th.
Studi romanzi, editi a cura di E. Monaci. II, 1904. In-8, 170 p. (Publi-
cation de la Societéi filologica Roniana. Rome, au siège de la Société, palais
Sera) '. — P. 5, V. Crescini, La redaiiotie velletrana dcl canlare di Fiorio e
Biaucifiorc. Remarques sur le texte du nouveau ms. de ce cantare, qui a été
publié pour h Sociclà filologica, par M. Crocioni(cf. ci-dessus, XXXIII, 126).
— P. 27, R. Fornaciari, Uimperfettostorico. — P. 41, A. F. Massera, I sonclti di
Cecco Amriolicri contenuti ncl codice chigiano L. VIII. 305. Travail préparatoire
à une nouvelle édition de ce poète. M. Massera passe en revue les poésies
anonymes transcrites dans ce ms., restitue un certain nombre d'entre elles
à leurs auteurs (par ex. à Cino) et fait le départ de celles qui peuvent être
légitimement attribuées à Cecco. — G. Bertoni, Ntiove rime proveniali traite
dal cod. Carnpori. Extraits faisant suite à ceux qui ont paru dans le tome VIII
des Studi difilologia ronian:^a (cf. Roniania, XXXI, 160-2). Les textes publiés
cette fois ne sont pas à proprement parler inédits : on en possède d'autres copies,
mais le ms. Campori offre souvent des leçons nouvelles, plus complètes et
ordinairement fort précieuses -. Malheureusement la transcription due à
1 . Les observations que nous avons présentées à propos du premier cahier
des Studi {Ronumia, XXXIII, 1 54) s'appliquent aussi aux fascicules II et III.
2. Je citerai notamment le n»^ XIII qui offre de bonnes variantes au texte
unique (fr. 856) qu'on en avait. C'est la pièce //a e dolor s'es dins mon cor
assc:;a (imprimée dans mon Recueil, n° 20) ; pour le v. 54 la leçon nouvelle :
Contrais Lombarl^ a Carle[e] ah Frances, vaut assurément mieux que la leçon
Contr Alamans ab Arles e Frances dont il avait fallu se contenter jusqu'ici. De
Roman ta, XXXV lO
14e PÉRIODIQUES
Jaques Tcissier de Tarascon", fourmille de fautes, entre lesquelles celles qui
consistent en une mauvaise séparation des mots ne méritaient guère d'être
reproduites. La lecture des pièces éditées par M. B. est à peu près impossible
sans la confrontation avec les autres textes. Il est du reste fort incommode
d'avoir à chercher en des publications diverses les fragments mis au jour à
diverses reprises par M. B. et par M. Stengel, et il serait bien à désirer que
l'édition complète que M. B. a l'intention de faire ne tardât pas trop. On v
joindra sans doute des tables, et aussi des notes offrant la correction des
fiiutes de copie commises par le copiste. P. 67, M. B. présente' un argument,
auquel du reste il ne paraît pas attacher grande importance, en faveur
de l'existeiîce d'un recueil des poésies des troubadours qui aurait été
imprimé au xvi"* siècle, et dont on ne connaît plus aucun exemplaire. —
P. 97, C. Segré, Aiicdilotto hioi^rafico ciel Petraica. C'est un acte de 1324 tiré
des Memoriali d'un notaire de Bologne, où Fr. Pétrarque, encore mineur,
figure à côté de son père. — P. 105, A. Parducci, Staline nisticali iii dialetto
lucchese del sec. XVII. Poésies tirées d'un ms. de Lucques écrit du xvii« au
xviiie siècle. — P. 123, P. Rajna, La Jettera di frate Ilario. Cette lettre latine
à Uguccione délia Faggiola, ici imprimée plus correctement que dans les pré-
cédentes éditions, nous a été conservée, comme on sait, par le ms. Plut.
XXIX, 8, qui est de la main de Boccace. M. R. ne pense pas que cette lettre
soit une fabrication de Boccace, mais il ne croit pas pour cela à son authenti-
cité ; en quoi il est d'accord avec la majorité des critiques (cf. Rom., XI,
615). — P. 135, G. Fogolari, La leggmda di Barlaam e Josafat in un codice del
ijii. Sur un ms. du fonds Ottoboni, au Vatican, qui renferme la version
latine de ce roman, et dont le seul intérêt consiste dans les dessins dont il est
orné. — P. 141, G. Ferri, La prefa:[io)H' ad u)i saltero del xij secolo. Cette
préface se trouve dans un ms. de l'église Sainte-Marie /;/ Trastevere,
à Rome. — P. 149, P. Egidi, Postille Baiherniane. M. P. Egidi s'efforce de
réfuter les critiques que j'ai adressées (XXXIII, 127) à son édition du com-
mentaire de Fr. da Barberino sur les Dociunenti d'Aniore. L'édition étant
commencée d'après un certain système, il est évidemment trop tard pour en
adopter un autre, et par conséquent le débat entre nous est sans intérêt pra-
tique ; aussi ne chercherai-je pas à le prolonger. Je me borne à dire que je
conteste la valeur des arguments que m'oppose M. Egidi. Je ne crois pas, par
exemple, qu'il y ait utilité à conserver l'emploi irrégulier que fait l'écrivain
des majuscules. Je suis heureux de voir que M. E. a l'intention de joindre à
sa publication une série de notes et de tables, mais il aura quelque difficulté
à placer ses appels de notes. Si M. E. avait eu plus d'expérience de l'art de
plus, tandis que ilans cette leçon l'auteur était indiqué vaguement comme
étant « un chevalier du Temple », le ms. de B. Amoros nous fournit ce
nom, à la vérité en partie corrompu : « En Ricatz Honomel, fraire del
Temple, w II faut donc rejeter l'hypothèse de Milà selon laquelle le « Tem-
plier » devrait être identifié avec Olivier le Templier (r/or.a/. en Esp.,p. 564).
l. \ o'ir Komania, XXXI, 160.
PERIODIQUES 1^7
faire une édition, il aurait, comme je l'ai dit, entouré de guillemets les cita-
tions, de sorte qu'on pût apercevoir à première vue où commence la cita-
tion et où elle finit. Il aurait aussi numéroté les vers des Dociiiiienti, et repro-
duit les numéros entre crochets dans la paraphrase latine et dans le commen-
taire, aux endroits convenables. De cette façon on aurait pu sans aucune
perte de temps rapprocher 1° le texte italien, 2" la paraphrase, 3° le commen-
taire; ce qui est d'autant plus difficile actuellement que, par suite des nécessi-
tés typographiques, le commentaire se trouve souvent à une autre page que
le texte. Telle qu'elle se présente, cette édition est d'un usage fort incom-
mode. — P. 159, Noti:(ie.
— III, 1905', 155 pages. — P. 7, Ascoli, Ricordi concenteiili la toponotiuis-
ticd italidiia. Un vaste répertoire des noms de lieux de l'Italie pourrait être
tiré des fiches du dernier recensement de la population (1901)-. M. A.
expose sommairement comment ce travail devrait être exécuté. Dans une
note préliminaire, M. Monaci explique, que, par suite de difficultés finan-
cières ou autres, le projet de M. Ascoli ne peut, pour le présent, être réa-
lisé. — P. 15, E. G. Parodi, La data délia coiiiposi:(ioiie e le teoriepolitiche delV
Inferno, e del Purgatorio di Dante. Exposé peu clair d'idées analogues à celles
qui ont été en dernier lieu soutenues par M. Michel Barbi, tendant à placer
avant 1 307 la composition de l'Enfer, et celle du Purgatoire dans la période
comprise entre 1307 et 1312. — P. S. Santangelo, // nis. provençale U. Sur le
chansonnier provençal XLI-43 de la Laurentienne. Relevé des erreurs de
transcription commises dans l'édition de Grûzmacher (Herrig's Archiv,
XXXV) ; recherches (qui ne donnent pas de résultats bien certains) sur les
rapports du ms. en question avec d'autres chansonniers qui sont aussi d'ori-
gine italienne. — P. 75, C. Marchesi, La prima tradu^ione in volgare italico
délia Farsaglia di Liicano, e una nuova reda:(ione di essa in ottava rima.
Signale une traduction en prose dans un ms. Riccardi du xiv^ siècle, et une
version en ottava rima dans un ms. de la Bibliothèque Victor-Emmanuel, à
Rome. — P. 97, C. Nigra', Note etimologiche e lessicali. — P. 103, Ascoli,
Intorno ai continuatori Corsi del lat. ipsu. Complète un mémoire publié dans
le t. XV de VArchivio glottologico (cf. Romania, XXXI, 457). — P. 113,
G. Crocioni, Lo studio sul dialetto marchigiano di A. Neumann-Spallart. Exa-
men critique d'une dissertation publiée dans la Zeitschrift f. rom. Pbil.,
XXVIII, 273 et suiv. M. Cr. refait à peu près complètement le travail de
l'auteur critiqué. — P. 134, G. Bertoni, Un nuovo testo volgare del sec. XIIL
Courte pièce en vers italiens copiée à la fin d'un ms. des Gesta Francoriim
Jérusalem peregrinantium de Fouchier de Chartres. — P. 137, G. Bertoni,
Un nuovo accenno alla Rotta di Roncisvalle. Cette mention est tirée du Chroni-
con Estense, publié par Muratori, non sans suppressions, dans le t. XV des
Rerum Italicarum scriptcres. Le passage manque dans l'édition. La date de la
bataille est fixée à l'année 804, 25 juin, « in die sancti Viti ». Mais la fête de
ce saint est célébrée le 15 juin. — P. 143, Kotii^ie.
P. M.
1. Le titre porte 1905, mais la couverture 1904.
2. Pour un précédent travail de M. Ascoli sur la même question cf.
Romania, XXX, 617.
CHRONIQUE
A partir du présent numéro la Romania parait à la librairie Champion, bien
connue par ses éditions d'ouvrages relatifs à l'Iiistoire de France. La maison
Bouillon n'existe plus, MM. Champion ayant acheté le fonds de cette librai-
rie. Ce n'est pas sans regret que je vois disparaître une maison qui, sous les
noms de Brockhaus et Avenarius, Franck, Vieweg, Hérold, de nouveau Vie-
weg, et Bouillon (M. Bouillon était le gendre de M. Vieweg), a, pendant envi-
ron trois quarts de siècle, rendu à nos études des services signalés, et à
laquelle se rattachent mes plus anciens souvenirs. C'est dans cette librairie
qu'ont paru de 1859 à 1862 les publications d'Hdelesland du Méril, relatives
aux littératures du moyen âge. C'est Vieweg qui édita, en 1858, la deuxième
édition des Graiimiaires provençales de Guessard, et, à partir de 1859, après la
chute de la maison Jannet, le recueil des anciens poètes de la France '. La
même maison (alors dirigée par Hérold) publia, en 1865, mon édition de
Flamenca. M. Vieweg avant repris cette même année, la direction de la mai-
son, c'est chez lui que fut publiée, de 1866 à 1874, la Revue critique, fondée
par G. Paris, Ch. Morel, H. Zotenberg et moi-même. C'est lui enfin qui
entreprit, en 1872, la publication de la Romania, pour laquelle nous aurions
alors trouvé difficilement un autre éditeur. La plupart des livres de G. Paris,
à commencer par sa thèse sur le rôle de l'accent latin en français (1862),
portent le nom de Franck ou celui de Vieweg. — La publication de la Roma-
nia se poursuivra chez MM. Champion dans les mêmes conditions que
devant. — P. M.
— M. Gustave S.\ige, archiviste de la principauté de Monaco et correspon-
dant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, est décédé le 5 décembre
dernier, à l'âge de soixante-sept ans. Ses travaux, consistant principalement
en publications de textes diplomatiques du moyen âge, ont pour objet diverses
parties du midi de la France et surtout la principauté de Monaco, qui possède de
très importantes archives. Ces archives n'ont pas un caractère exclusivement
local : ce sont des archives de famille groupées dans le même dépôt à la suite
I. Le premier volume. Gui de Bourgogne, etc., avait paru, en 1858, dans la
Bibliothèque el:^cvirienHe. Il parut de nouveau en 1859, avec le nom de Vie-
vveK.
CHRONIdUE 149
d'alliances, et par conséquent ayant des origines très diverses. Saige en avait
entrepris la publication aux frais du prince de Monaco. De cette collection —
qui, nous l'espérons, sera continuée — ont paru neuf volumes in-40. Nous
avons rendu compte de l'un d'eux qui contient le cartulaire de la seigneurie
de Fontenav-le-Marmion (Calvados), dans notre tome XXIV, p. 626.
— M. Achille- Jacques-Arsène Delboulle, ancien professeur au lycée du
Havre, né en 1834 à Dancourt (Seine-Inférieure), est mort le 20 décembre à
Grandcourt (Seine-Inférieure), où il s'était fixé, après avoir pris sa retraite de
l'Université, il v aune dizaine d'années. Bien qu'il ne fût pas un profession-
nel de la philologie et de la linguistique et que son éloignement constant de
Paris ne lui ait pas permis de pousser au dernier point de perfection tout
ce qu'il a publié dans le domaine de nos études, il a droit au souvenir
reconnaissant de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la langue française.
Avec une rare abnégation, il avait mis à la disposition de Frédéric Godefroy
et des auteurs du Dictionnaire gênerai les dépouillements considérables qu'il
avait faits et qui avaient surtout porté sur les livres du xvr siècle conservés à
la bibliothèque de Rouen. Collaborateur assidu de la Revue critique, de la
Rotnaniii et de la Revue iVhistoire littéraire de la France, il avait en outre
publié les ouvrages suivants : Glossaire de la vallée d'Yères (Havre, 1876);
Matériaux pour servira Vhistorique dti français (Pa.ris, Champion, 1880) ; Join-
ville, Hist. (/^ .f(//«^ilo»/5, édition classique précédée d'une étude sur la langue,
(Paris, Dupont, 1882); Les Fables de La Fontaine, additions à l'histoire des
fables, avec notes littéraires et lexicographiques (Paris, Bouillon, 1891), etc.
Le Recueil Je vieux mots qu'il projetait (et auquel renvoie souvent le Diction-
naire général) n'avantpaspu trouver d'éditeur, il l'avait réparti entre la Roma-
nia et h Revue d'histoire littéraire. Nous donnerons prochainement la fin de
ses Mots obscurs et rares; il faut espérer que la Revue d'histoire littéraire ne
négligera pas la part qui lui était échue et qu'elle a commencé à publier dès
la première année de son existence (1894), sous le titre de Notes lexicologiques;
malheureusement, on est loin de la fin puisque len« d'octobre-décembre 1905
ne contient que les mots commençant par la lettre F. — A. Th.
— M. Bernard Prost, ancien archiviste du Jura, inspecteur général des
bibliothèques et archives, est décédé le 8 décembre dans sa cinquante-septième
année. Il est l'auteur de divers travaux relatifs à l'histoire de la Franche-
Comté et à l'histoire des arts, dont plusieurs fournissent des éléments nou-
veaux et importants pour la lexicographie française. Nous signalerons notam-
ment i> Trésor deVahlmye de Saint-Bénigne de Dijon, que nous avons annoncé
en son temps (XXIII, 492), et ses Inventaires mobiliers et extraits des comptes
des ducs de Bourgogne de la maison de Valois (i 365-1477), dont le tome 1er
(Philippe le Hardi, 1 363-1 377) a paru, en trois fiiscicules, de 1902 à 1904.
On y peut relever un très grand nombre de mots qui ne figurent pas dans les
dictionnaires.
— M. H. L. Ward, ancien conservateur adjoint au département des
jlKinuscrits du Musée brit^nnicjue, où jl était çntré en 1849, est décédé Iç
150 CHRONIQUE
28 janvier 1906 à l'âge de 81 ans. Il ét::lt particulièrement versé dans l'étude
des légendes du moyen âge. Il connaissait mieux que personne le cycle bre-
ton. II avait éludié de première main les récits latins, gallois, français,
anglais qui se sont groupés autour du roi Arthur de Bretagne et des cheva-
liers de la Table ronde. En outre, il s'était livré à des recherches approfon-
dies sur les légendes pieuses et sur les miracles de Notre-Dame, comme on
peut le voir en certaines parties de son Qitalogue of Romances. A ces études se
rattache sa publication de la vision de ThurkiW, Journal of the British Archaro-
logical association, XXXI (1875), 420-449. D'un naturel timide, se défiant de
lui-même, il se décidait difficilement à communiquer au public les résultats
de ses études. Aussi, en dehors du mémoire précité et d'un autre (Laihkeu
or Merlin Silvesier) qui a été publié dans la Romania, XXII, 504, ne peut-on
citer de lui qu'un ouvrage : le Catalogue of romances in the âepartnient of
manuscripts in the British Muséum (Londres, 1883-1893, deux vol. in-80),
bien connu de tous les érudits qui s'occupent de la littérature du. moyen âge.
G. Paris s'en est beaucoup servi et y renvoie souvent dans sa Littérature fran-
çaise au moyen âge. C'est une œuvre inégale, où, à propos de certains manu-
scrits qui l'intéressaient particulièrement, l'auteur introduit de véritables dis-
sertations pleines de faits et d'idées, tandis que pour d'autres il se borne à de
sèches notices. Depuis qu'il avait pris sa retraite, en 1893, Ward n'avait rien
publié, et il faut le regretter, car sur beaucoup de points de l'histoire litté-
raire, du moyen âge il avait fait des recherches dont les résultats seront
probablement perdus pour la science. — P. M.
— La GeseUschaft fïtr romanische Literatur a mis sous presse une édition du
Libre de Alexandre d'après le manuscrit de Paris. L'éditeur, M. Morel-Fatio,
consacrera ensuite un fascicule de la Bibliothèque de V École des Hautes Études à
l'examen du texte de ce manuscrit comparé à celui de Madrid et reprendra
toutes les questions traitées dans la dissertation sur ce poème qu'a publiée la
Romania en 1875 dans son quatrième volume.
— M. J. Atkinson Jenkins, professeur à l'Université de Chicago, connu par
son édition du Purgatoire de Marie de France, nous annonce qu'il prépare
une édition du poème champenois sur le psaume Eructavit, d'après les qua-
torze mss. qu'on en connaît (cf. Romania, VI, 9, et XXIII, 502).
— La maison Bailly-Baillière et fils à Madrid a entrepris la publication d'une
Nueva Biblioteca de autores espaùoles destinée à continuer l'ancienne Biblioteca de
autoresespaiioles de l'éditeur Rivadeneyra. Le moyen âge n'était représenté dans
l'ancienne collection que par deux volumes de poètes et de prosateurs anté-
rieurs au xyc siècle, trois de chroniques du xiii^ à la fin du xv^, un volume
de Livres de chevaleries et un autre consacré à la Gran conquista de Ultramar.
En général, mal transcrits et mal publiés, les textes de ces éditions ne
peuvent pas servir à l'étude de la langue, et le vœu a souvent été exprimé en
Espagne et ailleurs qu'ils fussent réédités. La Nue-va Biblioteca, placée sous la
direction de D. Marcelino Menéndez Pelayo qui s'est adjoint plusieurs
érudits qualifiés, se propose d'abord d'éditer des ouvrages qui ne figurent
CHRONIQUE 151
pas dansRivndcnevra, puis aussi de republier ceux dont le texte a été particu-
lièrement maltraité par les précédents éditeurs. Parmi les ouvrages sous
presse et qui intéressent le mo\en âge, il faut signaler la Crôiiica vri'iieral
d'Alphonse le Savant par D. Ramon Menéndez Pidal, et deux volumes de
Livres de chevaleries par D. Aldolfo Bonilla. Le tome I^r de \nNtieva Bihlioleca
qui vient de paraître contient, sous le titre de Origenes de la Novela, une longue
étude de M. Menéndez Pelavo sur l'histoire du roman espagnol, depuis les
récits orientaux et le roman chevaleresque jusqu'à la nouvelle pastorale,
étude qui doit servir d'introduction à un recueil de nouvelles telles que la
Diana deMontemayor, la Cdrcel de Anior de Diego de San Pedro et d'autres.
Si toutes les introductions de la nouvelle bibliothèque ressemblent à celle-ci,
l'entreprise sera certainement couronnée de succès. — La Ntieva Biblioteca se
publie en volume in-40 espagnol, à deux colonnes, au prix très abordable de
12 pesetas le volume. — A. M. -F.
— D. Adolfo Bonilla y San Martin vient de donner dans la Bihliotheca hispa-
nka (t. XIV, Barcelone et Madrid, 1904) une nouvelle édition de la version
espagnole du xiii^ siècle du Sùidihdd, publiée d'abord par M. D. Comparetti
dans ses Ricerche intonio al lihro di Svidibdd, Milan, 1869, puis, en 1882,
par la Folk-Lore Society de Londres. L'éditeur a coUationné à nouveau le
manuscrit provenant de la bibliothèque du comte de Puiïonrostro, qui fut
acquis par le libraire Krapf, de Vigo, et qu'a racheté après la mort de ce
dernier l'Académie Espagnole. Ce manuscrit est d'une très bonne écriture
de la première moitié du xv« siècle qui ne présente aucune difficulté de
lecture. Cependant, M. Bonilla ne l'a pas toujours exactement transcrit.
En comparant le fac-similé du fol. 73 r° avec son texte, on s'aperçoit qu'il
n'a pas reconnu la forme particulière et bien connue que les scribes de cette
époque donnent au ;^ : il l'a prise pour s. Ainsi dans cette page, il faut lire
yaiieiido, faier, contera, de^ir, fiiiestes,fiuia,fai, etc., au lieu deyasieiido^faser,
œiitesa, etc. Si ce manuscrit a été matériellement bien exécuté, il nous offre
un assez mauvais texte où bien des phrases sont inintelligibles. Un lecteur
du xvie siècle, qui avait sans doute sous les yeux une autre copie, a corrigé
çà et là des fautes et mis des leçons qu'il estimait meilleures, en interligne.
M. Bonilla a accueilli ces corrections dans son texte, ce qui ne se justifie
pas toujours. Ainsi au fol. 73 r° muerto ne vaut pas mieux que matado,
ni tnixolo que aduxolo. En tout cas, il ne fallait pas introduire dans un écrit
du xiiic siècle des formes verbales telles que seayset sai'eys. Dans son glossaire,
M. Bonilla explique le mot ynchahi par l'arabe, mais les mots arabes qu'il
cite ne peuvent donner le sens de « menace «. Je crois le passage altéré, et
il y a lieu de supposer que cet ynchala répond au subjonctif de incaJer qu'on
trouve dans le Lihro de Alexandre et ailleurs. — A. M. -F.
— M. W. Foerster nous a envoyé, à propos de quelques observations de
la Romania (XXXII, 341, et XXXIII, 433) sur une communication faite par
lui au Congrès historique tenu à Rome en 1903, une réponse trop longue et
trop personnelle pour qu'il soit possible dç l'insérer ici. Les points essentiels
152 CHRONIQUE
de cette réponse sont les suivants : M. F. pense que la présence de quelques
documents authentiques parmi les taux d'Arborea a une importance réelle
que j'ai eu tort de méconnaître; que de plus ces documents sont par eux-
mêmes fort intéressants; enfin que c'est à lui qu'appartient le mérite de les
avoir découverts'. En même temps M. V. nous fait savoir que son mémoire
entier (la communication de Rome n'était qu'une esquisse) a paru dans les
Mémoires de l'Académie de Turin (2^ série, t. LV'). Je dois ajouter que les
observations que je résume sans les discuter ont déjà paru dans la Zeitschr.f.
rom. PhiL, XXIX, 250-5. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je
décline toute polémique avec M. Foerstcr. — P. M.
— Livres annoncés sommairement :
Chresloiiiiilhie de l' ancien français (viii'-'-xvc siècle) accompagnée d'une gram-
maire et d'un glossaire, par K. Bartsch. Huitième édition, revue et corri-
gée par A. HoKKiNG. Leipzig, Vogel, 1904. Gr. in-S", 744 col. — Cette
nouvelle édition ne diffère pas très sensiblement de la sixième (voir Rom.,
XXIV, 63}) et de la septième, aussi revues par M. Horning. Çà et là
quelques améliorations, dues, en partie, à divers critiques. Mais il y a
encore bien des textes dont la constitution pourrait être améliorée.
// PoiUglioue cli re Alfonso. Firenze, tip. Galileiana, 1904. In-8°, 23 pages
(Nozze d'Ancona-Cardoso). — L'auteur de cette publication nuptiale est
notre collaborateur M. P. Rajna, qui rappelle, dans une lettre à M. Paolo
d'Ancona, les publications faites en 1871 à l'occasion du mariage du père
de celui-ci, M. Al. d'Ancona. Le roi Alphonse dont il est ici question est
Alphonse le magnanime, roi d'Aragon, de Naples et de Sicile. La publica-
tion de M. Rajna consiste en tercets italiens, composés vers 1450, pour
être placés au-dessous des personnages figurés sur un riche pavillon oftert
au roi par la cité d'Aquila. Le texte n'est pas toujours très clair. M. Rajna
s'est efforcé de le corriger et de l'expliquer dans une série de notes qui
occupent les pages 19-23.
Can~one tParnore di un antico rimatore pisano, édita da L. Biadene. Pisa,
Mariotti, 1904. In-80, 22 p. (Nozze d'Ancona-Cardoso). — Nouvelle édi-
tion, avec commentaire détaillé, de deux pièces assez difficiles de Panuccio
dal Bagno et de Meo Abbraciavacca, la seconde étant une imitation ou plu-
tôt un rifaciinento de la première. Introduction en forme de lettre adressée
à M. Al. d'Ancona.
DiNO COiMPAGNi. Chronique des événements survenus de mon temps. Traduction
annotée par Ch. Weiss. Paris, Ch. Foulard [1905], In-80, 166 pages. —
1. Un savant professeur italien, fort au courant de la question, m'avait dit
au moment de la conférence que l'existence de ces documents était déjà
connue, mais j'admets volontiers l'erreur.
2. Ce volume, que je recevrai certainement comme associé dç cçttç Acadé-
mie, ne m'est pas encore parvenu,
CHRONIQUE 153
La traduction est faite d'après la petite édition de M. Is. del Lungo; l'an-
notation est empruntée à la même source, et comme il n'y a pas de table
dans cette édition, il n'v en a pas non plus dans la traduction de M. Ch.
Weiss.
Miscelhviea di shidi storici e ricerche critiche raccolta per cura délia commis-
sione per le onoranze al patriarca Paolino d'Aquileia, ricorrendo l'xi cente-
nario dalla sua morte. Milano, Hoepli, 1.905. In-40, 129 pages. — Cette
publication, tirée à 250 exemplaires, est mentionnée ici parce qu'il s'y
trouve (pp. 25-33) u" mémoire de M. F. Novati intitulé « Paolino d'Aqui-
leia, la cura délia metrica ed il timoré délie censure ne' poeti carolingi ».
Les autres mémoires sont étrangers à nos études.
Fr. Novati, Attravcrso il iiiedio ez'o. Bari, G. Laterza e figli, 1905. In-80,
415 pages. — Ce volume est formé des articles suivants, qui ont tous paru
à diverses époques en différents recueils périodiques, et dont quelques-uns
ont été mentionnés en leur temps dans la Roiiiania : 1. Un poema francescano
del dtii;euto. — IL // Loiidnirdo e la Luiiiaca (cf. Roman in, XXIH, 628). —
III. Il pdssato di Mcfistofcle. — IV. Il frannuento Papafava (cf. Romanla,
XIX, 156). — V. / detlî d'anioie d'nna coiitessa pisana. — VI. / codici
francesi dei Gon^iaga (art. publié d'abord dans la Romania, XIX, 161). —
VIL Le poésie siilla natura délie frutta e i canterini di Fireii~e (cf. Rom.,
XXIIL 279). — VIII. Unavecchiacan-one a hallo (Madonna Pollaiola). Une
table des noms et des matières termine cet intéressant volume, qui est
dédié à la mémoire de G. Paris. M. N. ne s'est pas contenté de réimprimer
ces divers mémoires : il les a complétés et enrichis de notes nouvelles. A
propos des vers sur la vanité des biens du monde, cités p. 84 (Si tibi pul-
cra domus et splendida viensa, quid inde ?...), on peut signaler, à titre de
rapprochement une suite de vers sur le même sujet et commençant de
même, publiés dans la Bihl. de VÈc. des ch., LUI, 146, d'après un ms. de
Privas. ■ — Pour les vers Dicavi quid sit avwr..., attribués à Jean de Gar-
lande, et imités d'un passage du De plancUi Natura' d'Alain de Lille, cf.
Bihl. de TEC. des ch., LXV, 104. — P. M.
La Vierge Marie dans la littérature française et provençale du moyen âge, par
le chanoine A. Lepitre. Lyon, E. Vitte, 1905. In-80, 43 pages (Extrait
àtV Université catholique). — Conférence pour le grand public. L'auteur
qui est bien informé, mais était obligé de se maintenir dans les généralités
et de se borner à quelques citations, commence à Wace, dit quelques
mots des miracles de la Vierge et termine aux Puys Notre-Dame.
The farce oj Master Pierre Pathelin, composed bv an unknovvn author about
1469 A. D., englished by Richard Holbrook. Illustrated with fac-similés
of the woodcuts in the édition of Pierre Levet, Paris, ca. 1489. Bos-
ton and New York, Houghton Mifflin and C", 1905. In-80, xxxviii-
116 pages. — Cet élégant volume, sorti de la célèbre Riverside Press à
Cambridge (Mass.), nous apporte un nouveau témoignage du zèle et de la
compétence avec lac^uelle notre vieillç littérature est étudiée de l'autre côté
1)4 CHRONIQUE
de l'Océan. La traduction est faite d'après l'édition de Guillaume Le Roy
(Lyon, vers i486) supposée la première, et dont on ne connaît plus qu'un
exemplaire auquel manquent quelques feuillets, qu'on a restitués d'après
une autre édition. L'édition de Pierre Levct, dont les gravures sur bois
sont ici reproduites exactement pour la première fois, est également un
livre unique. Ajoutons que M. H. ne s'en est pas tenu exclusivement au
texte de Le Roy, qui n'est pas exempt de fautes : sa préface et ses notes
montrent qu'il est bien au courant des travaux dont la célèbre farce a été
le sujet. Sa traduction est aussi exacte qu'elle peut l'être si on considère
qu'il y a dans la farce nombre de jeux absolument intraduisibles.
M. R. Holbroock a dû souvent recourir à des équivalents. Peut-être aurait-
il dû multiplier les notes pour indiquer la valeur des expressions qu'il ne
pouvait traduire. Ainsi une note n'aurait pas été inutile pour les vers ;
. . n^ouhJiei ptis a boire. Si vous trouve' Martin Garaut, imparfaitement
rendus par « and don't forget vour dram, if you can corne bv it for
nothing » (p. 8); cf. Ronhiuia, XXX, 432. Mais, en somme, cette traduc-
tion est très digne d'éloges. — P. M.
Le Folk-hre de France, par Paul Sebillot. T. II, La mer et les eaux douces.
Paris, Librairie orientale et américaine, 1905. In-80, 478 pages. — Le
tome h'' de ce précieux recueil des croyances et superstitions populaires de
notre pays a paru en 1904 : nous l'avons annoncé en son temps (XXXIV,
133). On voit que le second suit à peu d'intervalle. Ce volume est divisé,
comme l'annonce le titre en deux livres : 1° la mer, 2° les eaux douces.
Dans le premier livre sont étudiés en huit chapitres : I, la surface et le
fond de la mer; II, les envahissements de la mer (étude approfondie des
traditions relatives à la submersion de la ville d'Is); III, les îles et les
rochers en mer; IV, la ceinture du rivage ; V, les grottes marines; VI,
le bord de l'eau ; VII, les navires légendaires; VIII, observances et vestiges
de culte. Les cinq chapitres du livre II sont intitulés : I, les fontaines ;
II, la puissance des fontaines"; III, les puits; IV, les rivières ; V, les eaux
dormantes. Les observations générales que nous avons faites sur le premier
volume pourraient être répétées à propos du second. II y aurait aussi lieu
à des critiques plus particulières. Ainsi c'est à tort (p. 81, etc.) que la
Légende dorée est citée par volume et par page : il faut naturellement indi-
quer le chapitre, puisque l'ouvrage est divisé en chapitres, afin qu'on puisse
se référer à toutes les éditions ou traductions. Et puis il vaudrait mieux
citer les vies plus anciennes publiées par les BoUandistes ou d'autres. Trop
souvent M. S. cite des ouvrages de seconde main quand il serait facile de
recourir aux originaux. Saluons, pp. 197, 225, l'immortel « Robert Wace ».
Quoi qu'il en soit, ce recueil est infiniment précieux, non pas seulement
parce qu'il résume d'immenses lectures, mais surtout parce que, sur beau-
coup de points, il donne le résultat de recherches personnelles, principa-
lement pour la Bretagne. Il faut surtout louçr la peine que M, S, s'çs;
CHRONIQUE 155
donnée pour vérifier ou faire vérifier certains récits dus à des littérateurs
d'une véracité suspecte. — P. M.
Chants et chansons popithires du Laiii^uedoc, recueillis et publiés, avec la
musique notée et la traduction française par Louis Lambert, tomes I et IL
Paris, Welter, 1906 (paru en rgoj). In-8", viii-389 et 347 pages. — Ces
deux volumes sont le complément et la suite d'un précédent recueil de
« Chants populaires du Languedoc » publié d'abord dans la Revue des
huic^ties romanes, puis à part (1880), par MM. A. Montel et L. Lambert.
M. Montel s'étant trouvé, par suite de maladie, dans l'impossibilité de
continuer son concours à l'œuvre commune, M. Lambert s'est décidé à
reprendre seul la publication. Le recueil n'y a rien perdu. Nous avions
annoncé fiivorablement (Rom., IX, 634) le volume de 1880; les deux tomes
qui viennent de paraître méritent les mêmes éloges. Il y a même un cer-
tain progrès, en ceci que dans le précédent recueil il y avait quelquefois
des rapprochements inutiles ou non fondés, reproche qui ne saurait être
adressé à celui-ci. Les textes sont bien établis, les variantes bien indiquées;
la division est judicieuse et commode; de plus, presque tout est nouveau,
car une faible partie seulement de cette seconde série a paru dans la Revue
des langues romanes. En somme, nous avons là une des meilleures collections
de chants populaires qui aient été publiées jusqu'à ce jour. La matière ne
paraît pas épuisée, car on lit à la dernière page : « Fin du tome deuxième «.
Nous espérons qu'il v aura un troisième volume, contenant une table
générale des pièces indiquées par leur premier vers.
La Poesi'a popolare italiana. Studj di Alessandro d'Ancona, seconda edizione
accresciuta. Livorno, Raffaello Giusti, 1906 (paru en 1905). In-12, viii-
571. — Cette seconde édition d'un ouvrage dont l'éloge n'est plus à
faire, sera bien accueillie de tous ceux qui s'intéressent à la poésie popu-
laire en Italie et hors d'Italie. Le caractère de l'ouvrage, qui se compose
d'unesérie d'études indépendantes, comme l'indique le titre, a été conservé,
mais les additions sont considérables et devaient l'être, puisque la première
édition est de 1878. L'une de ces additions consiste en un recueil de
Stramhotli de Giustiniani, qui, bien qu'imprimé plusieurs fois (la première
édition est de la fin du xv^ siècle ou du commencement du xvi''), était
devenu très rare. L'ouvrage serait plus commode à consulter si les différents
chapitres dont il se compose étaient précédés de titres sommaires qui
auraient pu être reproduits à la fin du volume, en forme de table.
Le Tristan et le Palamède des mss. français du British Muséum. Étude cri-
tique par E. LôsETH. Christiania,]. Dybwad, 1905. Gr in-80, 38 pages
(Extrait de Vidcnskahs-Selskahets Skrifter. Histor. Filos. Klasse 1905,
no 4). — Ces mss., déjà décrits par Ward dans le t. I de son Catalogue
of Romances, sont au nombre de huit. M. L. les étudie en les comparant
aux mss. des bibliothèques de Paris utilisés dans ses recherches sur le
roman en prose de Tristan {Bihl. de l'Èc. des Hautes-Etudes, 1890, fasc. 82).
11 reconnaît « que les mss. de Londres n'apportent pas un contingent bien
156 CHRONIQ.UE
important à l'étude des romans de Tristan et de Palamède » (p. 32). En termi-
nant il présente diverses objections aux vues exprimées par M. Parodi à
propos du Trislano RiccanJiano (cf. Ronniiiia, XXV, 634).
Dcr Soldmr (soudoyer) iin MUtdaltcr, nach den franzôsischcn (und proven-
zalisclien) Heldenepen... von Ernst Neumanx, Marburg, 19O). In 8",
162 p. (dissertation de Marbourg). — Travail mal composé et pauvrement
rédigé, formé essentiellement de citations dont un grand nombre n'ont
aucun rapport avec le sujet traité. L'auteur, en commençant, se perd en
observations inutiles (et d'ailleurs toutes de seconde main) sur la compo-
sition des armées et sur le service militaire au moyen âge. Partout il cite
des textes qui se rapportent à la guerre, aux troupes, mais non aux sou-
doyers proprement dits. Ces textes il les met tous sur le même rang, sans
tenir compte des différences de date. Le sujet est à reprendre et ne peut
être traité que par un homme ayant la pratique de la méthode historique.
Et il ne faudra pas se contenter des témoignages offerts par les chansons
de geste : il sera nécessaire d'utiliser d'autres textes, par ex. les poésies de
certains troubadours.
La Plainte d'Amour, poème anglo-normand publié pour la première fois par
Johan VisiNG. Gôteborg, 1905. In-So, 65 p. — La Plainte d'Amour est un
poème en 169 strophes de six vers dont la Romania s'est occupée à plu-
sieurs reprises (voir par ex., XXIX, 4), signalant les mss. qu'on en possède
et faisant ressortir la valeur littéraire de cette composition. L'édition
de M. J. Vising, est satisfaisante en ce qui concerne le texte, reproduit
d'après le meilleur ms. (Harl. 273), et corrigé çà et là d'après les autres
mss. dont les variantes sont soigneusement données. Peut-être eût-il été
désirable d'aller plus loin dans la voie de la correction. Les 13 pages de
la préface sont entièrement occupées par une étude sur le rapport des mss.,
qui — M. V. ne le dissimule pas — n'aboutit à aucun résultat certain.
Comme il arrive ordinairement pour les ouvrages souvent copiés, un clas-
sement précis des mss. est impossible. On aurait désiré que M. V. nous
donnât son avis sur la date du poème, qu'il en étudiât le style et la versifica-
tion, qu'il en fît ressortir l'intérêt ; qu'enfin il expliquât, en note ou dans
un court glossaire, certaines expressions qui embarrasseront tout lecteur
non versé dans la connaissance des institutions anglaises. — P. M.
Gormond et Isembart. Reproduction photocollographique du manuscrit unique
II, 181 de la Bibliothèque royale de Belgique, avec une transcription lit-
térale par Alphonse B.wot. Bruxelles, Misch et Thron, 1906. In-40,
xxiii pages et 8 planches (Publication de la Revue des Bibliothèques et
archives de Belgique). — Utile publication d'un prix modéré qui pourra
utilement servir de base à des exercices paléographiques et philologiques
dans un cours d'ancien français. On y trouve d'abord une description du
ms., des détails sur son histoire depuis le moment de sa découverte par
Mgr de Ram, qui le confia à Reiffenberg à qui est due la première
cdilion, puis la bibliographie des travaux dont il a été l'objet ; çnfin
CHRONiaUE 157
une transcription très exacte fait suite au fac-similé des quatre feuillets
dont se compose le fragment. Ce fac-similé n'est que passable , mais il
faut dire que l'état du parchemin, souillé par places, ne permettait guère
défaire mieux. M. Bavot eût augmenté la valeur de sa publication, et ne
l'eût pas sensiblement allongée, en indiquant en note les corrections qui
ont été proposées par divers savants pour les passages corrompus qui ne
sont pas rares dans ce texte. Les mots qui se lisent dans la marge exté-
rieure du feuillet 2 v» (Johunnes Marcscaîlus...) ne sont pas du xvi^ siècle,
comme il est dit, p. m, mais de la seconde moitié du xiii'^. — P. M.
Coiiconlaiiia délie opère italiaiie in prosa e del caniiotiere di Dante Alighieri,
pubblicata per la Società dantesca di Cambridge, Mass., a cura di
E. S. Sheldox, coir aiuto di A. C. White. Oxford, nella stamperia
deir Universita, 1905. — In-8°, viij-740 pages. — Cette concordance,
oeuvre qui fait le plus grand honneur à la patience et à la diligence des
deux auteurs, est le digne pendant de la Concordance de la divine Comé-
die publiée à Boston en 1888, par E. A. Fay. C'est un instrument de
travail sûr et commode. Les citations en vers et celles en prose forment
deux séries alphabétiques qui se suivent, l'une au-dessous de l'autre, sur les
mêmes pages. Il reste à faire le même travail sur les écrits latins. On
voit par cette magnifique publication que les Etats-Unis rivalisent
de zèle avec l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne pour les études dan-
tesques.
Le tournoi de Chaiivency en 128^ . Etude sur ht société et les mœurs chevaleresques
au Xllh siècle, pa.r E. DuvERNOY etR. Harmand. Paris et Nancy, Berger-
Levrault, 1905. In-80, 51 pages (Extrait de \a. Revue de' VEst). — La pre-
mière édition (1855) du poème de Jacques Bretel sur le Tournoi de Chau-
vency était fort défectueuse : elle reproduisait le ms. de Mons supposé
unique. Depuis, un second ms. et des fragments d'un troisième ont été
découverts (Rotnania, X, 593). Une nouvelle édition était nécessaire : elle
fut malheureusement faite (Mons 1898-1901) par un éditeur absolument
incompétent. Elle ne compte pas. Une édition vraiment critique et annotée
au point de vue historique serait tout à fait désirable, car le poème de
Jacques Bretel, outre qu'il a le mérite d'être daté (1285) contient la men-
tion d'un grand nombre de personnages du temps, sur plusieurs desquels il
reste des recherches à faire. L'étude de MM. Duvernoy et Harmand, qui
n'est pas proprement un travail d'érudition, met bien en relief la valeur
du poème.
Oscar Grojean, Notes sur quelques jurons français. Liège, 1905. In-S''.
(extrait de la Revue de l'Université de Bruxelles, 1905, p. 401-41 1). — A
propos de l'étymologie du nom propre Boieldieu, M. Grojean donne une
liste intéressante, qu'on pourrait grossir encore, de nombreux jurons
figurant dans les textes du moyen âge, et constate, comme l'indiquent
du reste les deux sens du \aùn jurainentuin, l'identité première du serment
et du juron. L'explication nouvelle de l'expression tudieu est bien invrai-
158 CHRONIQUE
semblable. Pourquoi ne pas en voir l'origine dans les mots Veilu Dieu,
suivant une opinion que M. G. qualifie de canonique ? La chute de la
première syllabe dans des cas semblables n'est pas rare (cf. crcuovi, pour
idcrc nom, etc.). — G. Rayxauu.
R. Menéndez Pid.\l, Mauiial eleniental de i^ianidtica hist'jiica espaùola,
Scgtinda edicion. Madrid, Victoriano Sudrez, 1905,^1-8'^, vii-271 pages. —
Ce manuel, dont la première édition (voir Romania, XXXIII, 270) a
obtenu un grand succès, nous revient aujourd'hui notablement augmenté
et amélioré. M. Menéndez Pidal a tenu grand compte des observations
qui lui ont été adressées de divers côtés; il a de plus enrichi son livre des
résultats d'un travail personnel toujours plus actif et compréhensif.
Rudolf Thurneysen, Die Etymologie\ eine akademische Rede. Freiburg i. B.,
Spever, 1905. In-8", 55 pages. — Rapide coup d'oeil sur l'histoire des
principes étymologiques, l'origine des changements phonétiques, la place
de la recherche étymologique dans l'ensemble des sciences. En quelques
pages, dont la portée dépasse la linguistique romane, mais qui n'en seront
pas moins précieuses à méditer pour les romanistes, M. Th. insiste sur ce
que l'application mécanique des lois phonétiques a d'insuffisant comme
procédé étymologique : bien des groupes de mots échappent à la régula-
rité des différenciations phonétiques entre générations successives, régula-
rité dont nos lois phonétiques sont la traduction ; ainsi les mots très fré-
quents, les articulations de la phrase, et aussi les mots rares : pour ceux-
ci, il n'arrive pas à se constituer, comme pour les mots usuels, dans chaque
groupe social, une forme moyenne, commune, où viennent se perdre ou
s'unifier les différences individuelles ; par suite ils échappent à la régularité
des transformations propres à tout ce groupe, et témoignent des phénomènes
individuels dont ils peuvent garder isolément la trace. M. Th. donne ici
en exemple les noms d'animaux non domestiqués, et qui n'intéressent pas
les hommes d'une façon générale; il indique encore d'autres causes qui
peuvent soustraire des mots aux développements généraux ou généraliser
des formes individuelles. D'où la nécessité pour l'étymologie d'être moins
mécanique, « plus humaine », chaque mot devant être étudié dans son
milieu propre. — M. Roques.
H. Vagaxay, Le vocabulaire français du XFl^ siècle et deux lexicographes fla-
nuindsdu même siklc. 2.000 mots inconnus à Cotgrave. In-8", 46 pages. (Con-
grès pour l'extension et la culture de la langue française, Liège, 10-13 sept.
1905). — La principale source de M. V. est le Dictionnaire Françoys-
Fhimeng de Gabriel Meurier, paru en 1584, qui a fourni 1500 mots : 300
viennent du D/c//o««fl//'e f/fl«/f?/-FmHco/i du même auteur (1563 et 1567);
200 du Tiiesaunis Tbeutonicx lingux anonyme publié chez Plantin en
1573, qui est un dictionnaire flamand-français-latin. Une courte préface
précède la reproduction des articles : M. V. y republie le curieux avis
« A l'oreille du monde », imprimé par Gabriel Meurier pour se défendre
contre les attaques des puristes et où le lexicographe cite quelques-unes de
CHRONiaUE 159
SCS lectures. M. V. pense que Cotgrave a connu le recueil de Meurier et
qu'il y a beaucoup puisé ; on aurait aimé à lui voir fournir la preuve de
cette assertion. Il se borne à dire : « Plusieurs des mots auxquels Cotgrave
attribue une origine picarde viennent de chez Meurier : pour Engrand
et Hiibir, les exemples sont identiques chez les deux lexicographes, mais
Cotgrave a su traduire par To haïuiy at Tennis l'expression Piehender en un
tripot à laquelle Meurier n'avait passa trouver un correspondant flamand ».
Que les exemples de Engrand et de Huhir soient identiques, cela ne
prouve pas que Cotgrave les ait pris à Meurier : il est plus probable que
les deux compilateurs ont puisé à la même source, à savoir Robert
Esrienne revu par Jean Thierry (éd. 1564) ou par Nicot (éd. i <i73).Q.uant
à l'expression Prebender en un tripot, elle ne prouve rien non plus, car elle
apparaît pour la première fois dans Robert Estienne, édition de 1549. Des
2.000 articles mis bout à bout, sans aucune note critique, il y en a un bon
nombre qui sont insignifiants et qu'on aurait pu négliger ; mais il en reste
assez d'intéressants pour qu'on sache gré à M. V. de la peine qu'il a
prise. — A. Th.
Le patois de Court i sols ; ses rapports avec les patois marnais, par Emile GoÉ-
NARD. Châlons-sur-Marne, 19O). In-12, 380 pages. — • L'auteur est insti-
tuteur à Chouilly ; il est fâcheux qu'il se soit lancé dans i'étymologie, à
laquelle il n'entend rien, au lieu de décrire exactement les sons et de défi-
nir avec précision les mots d'un patois qu'il a parlé pendant ses premières
années et sur lequel il pouvait fournir des renseignements puisés à bonne
source. Heureusement, la légende que l'ignorance a créée autour du patois
de Courtisols est à peu près dissipée, et M. G. lui-même reconnaît que
« le vocabulaire est entièrement roman », ce qui ne l'empêche pas d'ex-
pliquer par le radical germanique w ar d- le subst. fém. o»(fn/t', qui désigne
l'ivraie et qui, tout comme le mot français ivraie, mais à travers plus d'acci-
dents phonétiques, vient du latin ebriaca. Après une introduction con-
sacrée à la phonétique et à la dérivation, l'auteur donne un glossaire éty-
mologique et comparatif, qui occupe les pages 59-364, mais où il y a mal-
heureusement plus de remplissage que de fonds. — A. Th.
Adolf ToBLER, Mélanges de grammaire française. Traduction française de la
deuxième édition par Max Kuttner avec la collaboration de Léopold
SuDRE. Paris, Picard, 1905. In-80, xxn-372 pages. — Ce n'est pas à nos
lecteurs qu'il est nécessaire de présenter aujourd'hui et de louer le recueil
formé par M. Tobler, en 1886, des articles qu'il avait publiés dans les huit
premiers volumes de la Zeitschrift Jiïr romaniscbe Philologie, recueil dont il
a donné une deuxième édition en 1902 (cf. Roniania, XV, 441, et XXXI,
649). C'est cette deuxième édition de la première série des Verniischte
Beitràge ~ur j'ran:^^. Granimatik que M. Kuttner a mise en notre langue
avec la collaboration de M. L. Sudre et sous le contrôle de M. Tobler lui-
même. Il est probable que le public français n'a pas attendu qu'il existât
une traduction pour utiliser le livre de M. Tobler, car les nombreux
l60 CHRONIdUIi
exemples qui l'émaillent facilitent singulièrement la lecture du texte origi-
nal au lecteur qui n'a qu'une teinture superficielle de la langue allemande;
mais il est bon que l'on médite les pensées, toujours ingénieuses et pro-
fondes, qui circulent à travers les exemples pour les animer en les expli-
quant, et on saura gré à MM. Kuttner et Sudre de nous en offrir une ver-
sion française aussi fidèle que le permet le rapport des deux langues. En
faisant des vœux pour le succès de ce volume, nous ne pouvons qu'encou-
rager les traducteurs à nous donner bientôt les autres séries des Veniiischte
Beitrâge. — A. Th.
Contribution à la critique et à Vexplication des gloses latines par Max NiEDER-
MANN. Neuchatel, 1905. In-8", 50 pages (forme le ler fascicule d'un
Recueil de travaux publié par la Faculté des lettres de l'Académie de Neu-
chatel). — Série d'observations détachées qui témoignent d'une réelle
connaissance de la grammaire comparée des langues indo-germaniques et
romanes et surtout de beaucoup d'ingéniosité. Les résultats, en ce qui
concerne notre domaine, revêtent malheureusement un caractère très
hypothétique qu'explique en partie la défectuosité des matériaux mis en
œuvre. P. 27, on ne saurait rapprocher le changement de a en c dans
j enuarius pour jan uarius , de celui de farrago en ferrago : l'action
du / sur l'a de jan uarius ne peut guère être mise en doute. — P. 32,
l'explication de niblus (ital. iiibbio « milan ») par*nilblus < *milvu-
lus, d'après le franc. uWf, de *abla par *albla •< *albula, est à
prendre ^en sérieuse considération. — P. 57, il ne faut pas partir de
*junica pour expliquer le prov. jnnega, jiirga « génisse», mais de
*junïca. — P. 37, l'hypothèse que pumella serait une forme dissimi-
lée de *plumella et aurait donné naissance au lat. vulg. *pluma
pour pruna, abondamment représenté dans la région franco-provençale,
est fort séduisante, mais il est difficile de s'y arrêter en présence de la
variânxe prutiella fournie par un autre manuscrit. — M. N. s'était laissé
entraîner, à la suite de M. Th. Reinach, à rattacher le franc, boucher à un
prétendu mot latin *bucularius (p. i), mais il s'est ravisé en s'autori-
sant de ce qui a été dit à ce sujet dans la Romaiiia, XXXIV, 342 (p. 47) :
il aurait dû renvoyer directement à l'erratum publié par M. Th. Reinach
lui-même, Bull, de la soc. de Vnignislique, t. XI, p. xxij, et où l'on apprend
que la véritable leçon n'est pas *bucularius, mais bubularus, pour
b ubul a riu s, mot connu d'ailleurs. — A. Th.
Le Propriétaire-Geraut, H. CHAMPION.
.M.\CON, PROTAT 1 RERES, IMPRIMEURS
LE
LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS
ET LE VOCABULAIRE ZOOLOGIQUE ROMAN
J'ai eu récemment le plaisir de foire connaître un manuscrit
glosé du Liber Dérivât ion u m d'Ugucio de Pise, qui a apporté
une contribution importante à notre connaissance du vocabu-
laire de l'ancien provençal '. C'est une bonne fortune analogue
qui m'arrive aujourdui, plus importante peut-être puis-
qu'elle a pour théâtre non le xiii% mais le v^ siècle, plus
piquante, en tout cas, puisqu'il s'agit non d'une œuvre en-
fouie dans un manuscrit, mais d'un texte publié depuis près de
cinquante ans et qui a échappé par hasard aux recherches de
presque tous ceux qui avaient intérêt à le connaître, ou qui
étaient en état d'en tirer parti. Le nom de Polemîus Silvius, à
peu près inconnu jusqu'ici aux romanistes, aura droit désormais
à une certaine reconnaissance de leur part. Ils en reporteront
une partie sur celui de M. le professeur Frédéric Kluge, de
l'Université de Fribourg-en-Brisgau, un des rares germanistes
de la génération actuelle auxquels on puisse appliquer le vers
de Fortunat :
Hinc cui Barbaries, illinc Romania plaudit.
C'est en effet dans la deuxième édition de son remarquable
mémoire intitulé « Vorgeschichte der altgermanischen Dia-
lekte », qui fait partie du Grnndriss der germûnischen Philologie,
publié sous la direction de M. le professeur Hermann Paul
I. Voir Romania, XXXIV, 177 et s.
Romania, XXXV
l62
A. THOMAS
(2' édition, 1901, p. 327 et s.), que le nom de Polemius Sil-
vius a pour la première fois frappé mes regards. Passant en
revue les auteurs de l'antiquité qui ont cité des mots germa-
niques (ou présumés tels), M. Kluge a consacré la ligne sui-
vante à celui qui nous occupe :
PoLKMius SiLVius : /'//'('/•, visons, iints, laxo, g^intajngardiuvi '.
Et cette ligne m'a inspiré le désir de faire plus ample connais-
sance avec Polemius Silvius, désir facile à satisfaire entre tous.
En effet, la seule œuvre de Polemius Silvius qui nous soit par-
venue a été publiée en dernier lieu par l'illustre Théodore
Mommsen dans les Monumenta Germaniae historica, série in-4",
t. IX des Auctores antiquissimi, paru en 1892. Elle porte le
titre singulier de Laterculns. On n'en a signalé jusqu'ici qu'un
seul manuscrit, déjà utilisé, au xviii'^ siècle, par les Bollan-
distes, qui se trouve aujourdui à la Bibliothèque de Bruxelles,
n°'ioé9i-io695 ; ce manuscrit ne remonte qu'au xii^ siècle. La
publication des Monumenta, qui laisse de côté le calendrier
déjà édité par les Bollandistes, n'est qu'un remaniement d'une
publication antérieure de Mommsen, parue en 1857 dans les
Abhandlungen de l'Académie des Sciences de Leipzig, classe
historico-philologique, t. II, p. 233-278.
ht Laterculns est dédié à Eucherius, évèque de Lyon, mort
le 10 novembre 450; Mommsen a prouvé qu'il avait dû être
rédigé au début de l'année 449. De l'auteur on sait peu de
chose : il est certain seulement qu'il vivait en Gaule, et il n'y
a aucune bonne raison de l'identifier, comme on l'a fait, avec
un évêque d'Octodurus (Martigny, dans le Valais), qui s'ap-
pelait Salvius, et non Silvius.
Tout ce que Polemius Silvius avait mis dans son LalerciiUis
ne nous a pas été conservé par le manuscrit de Bruxelles, mais
peu nous importe. Le seul morceau qui nous intéresse est une
I. H. Paul, loc. laiul., p. 332. — Je note ici, n'avaut pas l'occasion d'y
revenir, que c'est par distraction que M. Kluge a attribué bigarJiuiii à Pole-
mius Silvius : ce mot appartient à une série de 17 gloses ccltico-latines
connue sous le nom de « Glossaire d'Endlicher » et au sujet de laquelle je
me contenterai de renvoyer à une savoureuse note de M. d'Arbois de Jubain-
v'iWc, Rei'iic ci'Jtiiiitc. XIII, 296.
LE L.irnKCULVS DE POLEMIUS SILVIUS 163
liste de noms d'animaux répartie par l'auteur en différents
endroits de son calendrier et dont Mommsen a groupé l'en-
semble aux pages 543 et 544 du t. IX des Aiictores antiquis-
siiiti. Il y a six divisions : quadrupèdes {quadrupediwi), au
nombre de 108; oiseaux (volucruni), au nombre de 131;
coquillages {coriim que se non tnavencium [sic|), au nombre de
1 1 ; serpents (coliihrarum), au nombre de 26 ; insectes ou rep-
tiles {insectoruni sive reptantinm), au nombre de 61; poissons
(natantium), au nombre de 148. Au total 485 mots '. De parti
pris, Mommsen s'est borné à mettre sous les yeux du lecteur
une reproduction du manuscrit, reproduction fidèle jusqu'à la
minutie et qui, après l'édition de 1892, soigneusement colla-
tionnée sur l'original, rend inutile toute vérification ultérieure.
Il a indiqué ses raisons dans les termes suivants, que je traduis
de l'allemand des Abhandlungen, l'auteur ne s'étant pas soucié
de les mettre en latin pour les Monumcnta : « Ces listes
sont tellement en dehors de mon cercle d'études que je me suis
contenté de reproduire le texte avec toutes ses fautes, car il est
possible qu'un lexicographe ou un éditeur de Pline y trouvé-
quelque utilité » -.
Il ne semble pas que les éditeurs de Pline aient songé à étu-
dier le texte de Polemius Silvius, et, à vrai dire, je crois bien
que Pline n'y a pas perdu grand'chose. Mais il en va autrement
pour les lexicographes. Bien entendu, la majeure partie des
mots recueillis par notre auteur appartient au latin courant et
est absolument dénuée d'intérêt; les mots rares viennent ordi-
nairement de Pline, soit directement soit par l'intermédiaire de
Solin. Il faut se rendre compte, en outre, que sur le total de
485 mots enregistrés à la suite les uns des autres, il y a un
déchet considérable dont je vais indiquer les causes diverses.
On constate dès l'abord dans le manuscrit de Polemius Sil-
vius un certain nombre de doubles emplois : l'éléphant figure
à deux reprises, sous la forme elefans, dans la section des
quadrupèdes ; on trouve deux fois strix dans celle des oiseaux,
1. Eu réalité, il n'v a pas 485 animaux différents pour les raisons qu'on
verra plus loin, et aussi parce que de simples épithètes ont parfois été prises
pour de véritables noms et fout double emploi avec ces noms eux-mêmes.
2. Loc. laiid., p. 238.
164 A. THOMAS
et deux fois scarus dans celle des poissons. Biber et feber
constituent deux mentions distinctes, éloignées l'une de
l'autre, dans la liste des quadrupèdes, et il est clair qu'il s'agit
du même animal, le bièvre ou castor : biber est la forme cel-
tique ou germanique et feber (pour fiber) est la forme pro-
prement latine. Qu'est-ce que furmica dans la liste des quadru-
pèdes, sinon la fourmi, que l'on retrouve dans la liste des
insectes sous la forme latine plus correcte formica? On voit
avec surprise dans la liste des quadrupèdes les mots suivants :
buteo, epileus, gallus, noctua, pantagatus, vultur. Ces
mots devraient figurer dans la liste des oiseaux. Le prétendu
poisson dit eu eu mis est probablement dû à une méprise sur le
texte de Pline qui mentionne une variété marine de con-
combre.
Enfin des fautes multiples ont défiguré beaucoup de noms
qui se laissent assez facilement corriger sans qu'il soit besoin
d'y insister longuement : ansisbena est pour amphisbaena;
le bannacus de Polemius Silvius est évidemment le bonna-
cus ou bonacus de Solin, le bonasus de Pline ; cacoplepa
doit être corrigé en catoblepas; cabarusest pourcarabus;
cibinnus correspond au cybin dis et ciclamnus au cychra-
mus de Pline; cinnamullis doit être lu cinnamolgus;
cirus est pour ciris et gradins pourgladius; gromis équi-
vaut à chromis ; dasipes est pour dasypus; opips
semble une mauvaise leçon pour epops; au lieu de terspi-
cerus il faut lire strepsicerus; theus est pour thos ; ticris
doit être corrigé en tigris; pectunctus représente pectun-
culus; vena fait bien l'effet d'être le -j-j-vi-j. grec, transcrit
ordinairement en latin par hyxMia, etc., etc.
Toutefois il ne £mt pas aller trop loin dans la voie des cor-
rections. Agatullis est l'oiseau appelé ày.xvO'jAAÎç par Aristote
et que les éditions de Pline mentionnent sous la forme correcte
acanthyllis : mais les manuscrits portent agathylis ou aga-
tyllis, et le texte de Polemius Silvius provient d'une leçon
analogue. Il est curieux de trouver côte à côte chez notre auteur
les deux noms d'oiseaux : titus, titiunglus. Ce dernier cor-
respond évidemment au titiunculus du Corpus gloss. latin.,
II, 347, 12 (cf. Not. Tiron., 102, 12^), et certains philologues
sont portés à croire que dans Columelle et dans Pline, malgré
Lt LATERCVLVS DK POLHMIUS SILVIUS 1^5
a tradition des manuscrits, il faut aussi lire titiunculus et non
pas, comme le font les éditions, tinunculus^
Le Thésaurus Un^uae latinae, qui se publie en Allemagne
sous le patronage de cinq académies, a fait état des listes de
Polemius Silvius, mais d'une façon un peu capricieuse et qui
manque parfois de la science qu'on s'attendrait à y trouver.
Voici un exemple notable. Le Thésaurus, ayant relevé chez
notre auteur le mot arcomus, se contente de remarquer que
ce mot est dans la liste des quadrupèdes et qu'il y fait suite à
arcoleon. Il aurait follu rapprocher de Polemius la glose
« xpyc'fi.j: m élus » des Hermeneumala Valicana (C. gloss. lat.,
III, 431, 45), que M. Immanuel David a fort justement corrigée
en « xpv.zu/j; mêles- », mentionner un passage célèbre de saint
Jérôme où, à proposduchoerogryllus, il est dit : « sciendum
animal esse non mai us hericio, habens similitudinem mûris et
ursi, unde in Palestina y.pv-zy.'j; dicitur \.. », et enfin renvoyer
à une note érudite de Haupt, réimprimée dans ses Opuscula,
m, 301.
En revanche il n'y a qu'à applaudir à la prudence éclairée des
auteurs du Thésaurus qui leur a fliit écarter de leur recueil le mot
apellion, enregistré par Polemius Silvius entre le gragulus"*
(choucas) et le milvus (milan). Si je ne me trompe, ce pré-
tendu nom d'oiseau est sorti d'une mauvaise leçoa d'un passage
de Pime où il est question des trois espèces de hérons, à
savoir : leucon, asterias, pellos \ Au lieu de ces deux der-
niers mots, les manuscrits portent : suasperia pelion, et l'on
comprend comment une mauvaise coupure a donné naissance
à un mot factice apelion, d'où apellion.
Ces quelques détails permettent d'entrevoir le fort et le faible
du texte de Polemius Silvius en tant qu'il a été puisé dans les
livres antérieurs au Laterculus ; mais je n'ai pas la compétence
nécessaire pour pousser à fond une étude dans cette direction.
Je déclare simplement que les listes de Polemius Silvius, passées
1. Cf. sur ce point une note de F. Bùcheler dans VArchiv fiir h:t.
Le.xicoi;r., II, 119. — Les naturalistes modernes ont adopté ce dernier nom
pour désigner la crécerelle, Tinnunculus alaudarius.
2. Dans les Conimenlaliones philologicae Icntnses, vol. V (1894), p. 218,
1. 27, et p. 235.
3. J'emprunte la citation à l'art, choerogryllus de Forcellini.
4. Le ms. a : gragulis.
5. Hist. mit., X, 164.
i66
A. THOMAS
au crible d'une critique assez approfondie, présentent un résidu
relativement considérable qui ne correspond à rien de ce que
les textes antérieurs au Laterculus nous ont transmis. Je crois
utile d'inventorier ici ce résidu, section par section et en ordre
alphabétique dans chaque section, tout en souhaitant que les
progrès de la science lexicographique en réduisent progressive-
ment le volume. J'y joins quelques mots rares, sinon incon-
nus; enfin, j'imprime en italiques tous ceux qui seront plus
loin l'objet de notices spéciales.
adis
aris
arpe
camox
darpus
eleia
acena {ou aceua -)
barbio ">
camotina
cebena {ou cebeua)
cicisa
cordolus •
cordus
eumorfus
QUADRUPEDES
engistrus (ou eugistrus)
eocle
fungalis
furniellaris
furo
lacrimusa
OISEAUX
gains (ou cravis)
glanda n'a
jacolus
linustaî
nession
perseus '
plumbio
lus
mufron
mus monlavus
oxurincus '
sincirix
tabla
taxo
pumplio 7
riparia
senator
siibter
suessalus
titus
tteniulus
1. Transcription manifeste du grec ôçjopyY/oç ; mais le mot grec s'applique
à un poisson, peut-être l'esturgeon ; il se peut qu'il v ait une erreur de clas-
sement dans le texte de Polemius Silvius.
2. Peut-être faute pour acceia « bécasse » ; cf. Kôrting, 2^ éd., 84.
3. Ci. la glose ■3zop'.i5a|j.o; barbio des Hermeneumata Vaticaiia (Corp.
gloss. lai., III, 455,67) que M. David a peut-ê're corrigée à tort en xopjoaÀXo;
hivàc-i, Commentationes philûlogicae lenenses, vo\. V (1894), p. 237.
4. Peut-être pour coredulus, forme populaire prise en latin par le grec
xopuoaXXd; : cf. une note de M. Niedermann, hidogerman. Forsch., X, 237, et,
plus anciennement, une remarque de M. Sittl, Arch.fiir Lit. Lexicogr., II, 478.
5. Peut-être identique à linosa, donné par Papias comme synonvme de
curuc.a; chez Ugucio (au moins dans le ms. B. Nat. lat. 7622, fol. 29b)
il y a ïinofa.
6. Le grec -spTEj; s'applique à un poisson.
7. Peut-être faute de scribe pour plumbio, ce qui ferait double emploi.
LE LATERCILVS Dl- POLEMIUS SILVIUS
167
COaUILLAGES
anabiilio.
SERPENTS
INSECTES, REPTILES
ehlinda
gristus
petalis
acina
iulus -
popia
asio
lanarius
ruscus
cefenis
laparis
sunhons
ce mis
liscasda
scxpedo '.
corgtis
minerva
delpa '
musomnium
POISSONS
abclindcas
cuga
ricinus
ambicus
Jactrinus
rottas
amulus
levaricinus
samanca (ou saniauca)
ancorovus
lucuparta
samosa
auricularius
nhirisopa
scai'da
carahuo
mirrus
serpido
caraulis
)iaiipri'da
sofid
cleomena
pardus
tecco
coluda
pelaica
tirus
culix
platensis *
trocus
encataria (ou cucataria)
plotta
vaguris.
eufratis
porca 5
•
1. Peut-être pour dolba, dolva « douve », sur lequel on peut voir mes
Essais de phil. franc., p. 279.
2. Transcription du grec l'ouÀo: dont on n'avait pas d'exemple latin antique
en tant que s'appliquant à un insecte.
3. Cf. Rabelais, IV, 64 ; Cotgrave identifie à tort sepedon (qu'il a certaine-
ment emprunté à Rabelais) et sepe (= lat. seps, pis), puisque Rabelais
donne dans la même liste d'une part sepes, de l'autre sepedons. On trouve en
anc. ital. sepede (mot savant) qu'Ant. Oudin traduit par « fourmi » et Duez
par « I. vn fourmi. 2. vn pouil ». Sexpes ou sepes est effectivement
appliqué à la fourmi par Apulée ; mais le glossaire interpolé d'Aelfric en fait
un synonyme de pediculus et le traduit par l'anglo-saxon lus (éd. Wûl-
cker, col. 122).
4. Le manuscrit porte placensis.
5. Peut-être la dorée (Zens faher L.) dite tnûjo « truie » sur les côtes de
la Méditerranée.
l68 A. THOMAS
Les listes que je viens de placer sous les veux du lecteur con-
tiennent une centaine de mots. Je me propose de montrer,
dans une série unique de notices rangées par ordre alphabé-
tique, sans distinction de section, les rapports qui existent entre
Polemius Silvius et le vocabulaire populaire des différents
peuples romans. Les quatre cinquièmes des mots précédents —
quels que soient en définitive leur origine, leur forme exacte
et leur sens — semblent défier tout rapprochement; mais si
nous ne pouvons en retenir qu'une vingtaine, quelques-uns de
ceux que nous retenons offrent un très vif intérêt. Ce sont de
véritables perles que les Romanistes me sauront gré d'avoir
extraites du Laterciihis. Quoique le seul manuscrit connu ne
remonte qu'au xii'^ siècle, il n'y a aucune raison pour y suppo-
ser des interpolations et pour ne pas faire remonter à Polemius
Silvius lui-même la reconnaissance du plaisir que nous cause
la rencoatre en plein V^ siècle de mots comme ancoravus,
camox, turo, gaius, lacrimusa, marisopa, etc., etc. Sans
doute il a beaucoup emprunté aux livres de ses devanciers et
dans sa laborieuse compilation il y a plus de zèle que d'intelli-
gence : mais il lui est arrivé parfois d'interroger ses contempo-
rains et d'enregistrer des témoignages oraux, et de cela nous
devons lui savoir infiniment de gré.
Ablinda. — Ce mot figure dans la classe des insectes ou rep-
tiles, entre inuolus ej liscasda, termes complètement incon-
nus". A titre d'indication conjecturale, je ferai remarquer que
la salamandre porte, dans le midi de la France, entre autres
noms, celui de blando ou blendo, que Mistral explique par l'alle-
mand bJinci « aveugle », ce qui n'est guère vraisemblable^. La
perte de Va initial en provençal moderne est un fait fréquent,
et blendo peut remontera Tablinda de Polemius Silvius.
Ancoravus. — Nom d'un poisson que le Thésaurus lin^iiae
Jatinae a omis. Il est tout indiqué de voir dans ancoravus une
1. Le Tlksaurus Huguiie latiiiae unrcgistre ahliiida et le rapproclie de
ahelindeas qui figure dans la section des poissons de Polemius Silvius.
2. C'est l'orvet qui est « aveugle » dans les croyances populaires, et non
la salamandre, laquelle passe pour ne pas entendre et porte le nom de
sourd dans beaucoup de patois; voy. Rolland, Faune pot\, III. 78.
LE LATERCULUS DK POLHMIUS SILVIUS 169
variiuite de ancorago, mot mentionne par Cassiodore comme
le nom d'un poisson du Rhin : « a Rheno vQwvMancorago enor-
mis ' ». Du Cange a cité le texte de Cassiodore et il l'a juste-
ment rapproché d'un passage de la chronique de Saint-Trond où
il est question d'une variété de saumon appelée soit anchora,
soit, d'après le manuscrit utilisé pard'Acheri, Spîcilegiuni, VII,
507, anchoraus-. L'identité de l'ancoravus de Polemius
Silvius et de l'anchoraus du chroniqueur saute aux yeux :
on sait que la désinence -avus se réduit normalement,
dans la prononciation vulgaire du latin, à -aus. D'autre part,
Carpentier a relevé dans le registre dit Habncuc de l'abbaye
de Corbie, aux années 1511 et 1512, la mention de poissons
dits ancroeux et ancreulx^. La filiation de ivicreu <C ancora-
(v)u(m) est tout à tait normale dans le dialecte picard, où
cla(v)u(m) aboutit à dm, pour ne rien dire de cailleu, franc.
caillou, pour lequel le moment serait vraiment mal choisi
d'abandonner le type *cacla(v)u( m), dont j'ai naguère
défendu les droits '^. Mais y a-t-il filiation entre ancorago et
ancoravus? Ce n'est pas probable : il faudrait supposer une
forme *ancoragus non attestée, car il vadesoi que Cassiodore
devait décliner ancorago ginis. Il est donc sage de considérer
ancorago et ancoravus comme deux tormes distinctes et non
comme deux étapes phonétiques d'une même forme ^
AuRis. — Nom d'un coquillage que le Thésaurus Unf^nae
latinae enregistre uniquement d'après Polemius Silvius et qu'il
1. Var., 12, 4, I.
2. Du Cange, anchora.
3. Du Cange, anchora. — Godefroy a pillé Du Cange, et a constitué
une forme artificielle aiicrel comme tête d'article.
4. Voy. mes Noufeaitx Essais, p. 198, et Roviania, XXXIV, 287.
5. Au dernier moment, je relève un exemple roman plus ancien que ceux
qu'a cités Carpentier: dans une ordonnance de Liège du 16 mai 1317, on
lit à deux reprises ancrau.'e, associé à samon (voy. Recueil des ordonti. de la
principLiuté de Liège, p.p. Stanislas Bormans, Liège, 1878, in-fol., fe série,
p. 163). L'f; de ancraïue est paragogique comme celui de meire (<mare), qui
se trouve dans le même texte. — Grandgagnage cite ce texte de 13 17 et un
texte de 1547 (où on lit acraiL'e, à tort ou à raison) dans son Dict. étym. de la
huigue wallouiie, II, 317, mais il est muet sur l'étvmologie.
lyO A. THOMAS
rapproche justement de l'expression d'Athénée : our A^pozirr,:.
Une note complémentaire de M. Meyer-Lûbke dit : « forte
comparandum francogallicum onnier, id est au ris maris ».
Orniier est effectivement le nom que porte sur les côtes du
département des Côtes-du-Nord le coquillage que les savants
appellent Haliotis, surtout la variété dite Haliotis tuberculata.
A Guernesey et à Jersey on prononce armer \ ce qui appuie
Tétymologie par au ris maris, que donne Littré, et qu'accepte
M. Meyer-Lûbke-. Le terme français a passé en breton sous la
forme orniel, dans laquelle M. Victor Henry a parfaitement
reconnu une dissimilation de Vr finale en IK II est vraisem-
blable que la dissimilation est du fait du français, car Bernard
Palissy emploie la forme hourmeau ^, et ormeau figure dans
Nemnichet autres lexicographes concurremment avec ormier et
mmet.
La survivance, dans un mot composé devenu bientôt inintel-
ligible, du simple auris, remplacé dans l'usage général des
peuples romans par le diminutif auricula, est un fait intéres-
sant qui n'a rien d'inadmissible \ Il semble plus extraordinaire
qu'on ait dit en latin auris maris au lieu de auris marina,
qui est seul conforme à la syntaxe classique, ou de auris de
mare, plus en harmonie avec la syntaxe vulgaire : on peut
cependant rapprocher de auris maris l'expression avis maris
qui est dans un glossaire ^.
Camox. — Comme ce mot figure à côté de ibix (= ibex)
dans la liste des quadrupèdes, on ne peut refuser d'y voir le
chamois. Il esta peine besoin de faire remarquer que le français
1. Rolland, Fiiw«c /o/)., III, 191.
2. A. Darmesteter a omis ce mot dans son Traite de la format ion des mois
composés, ou il est seulement question d': l'anc. Iranç. ormier <C aurum
merum ; voy. sa première édition (1875), p. 29 ; 2^ éd., revue par G. Paris
(1894), p. 3).
3. Lexique étymol. du breton moderne, p. 214.
4. Voir H. Dupuy, Bernard Palissy, p. 505 ; le coquillage n'y est pas
identifié. D'ailleurs hourmeau manque dans Cotgrave.
5. M. Salvioni reconnaît auris dans l'expression dar ora « écouter >;,
employée en Valteline (Kôrting, 1069).
6. Corffus orloss. latin., V, 297, ^i.
LE LATERCVLUS DE POLEMIUS SILVIUS IJI
(et franco-provençal) <:/;a///c'/.f et le provençal fa//WM5,r/;amMfi' (pri-
mitivement *cainoi, * chamoi) représentent très régulièrement
l'accusatif camôcem. L'italien courant dit catnoscio, pour le
mâle, et ca}no::;^a, pour la femelle : camoixfl s'explique bien par une
forme allongée à l'aide du suffixe -ia, *camôcia (cf. cervia,
nom de la femelle du cerf); mais camoscio ne peut venir de
*camôcius et semble postuler un type *camôsius (cf. cascio,
de *caseus)dont la raison d'être n'est pas claire, et qui résulte
peut-être d'un croisement avec la famille à laquelle appartient
l'adjectif français camus. L'espagnol gamu:^a ne doit pas être
autochtone ; est-ce un emprunt à l'italien, avec changement
de c initial en ^^ sous l'influence de gamo « daim » ? C'est
d'autant plus probable que l'on trouve aussi camti::^a en
espagnol, et que le portugais dit exclusivement camiiça ou
camurça.
L'hésitation du latin vulgaire entre c initial et g initial se
présente dans un certain nombre de mots : camba et gamba,
cattus et gattus, etc. Rien n'empêcherait de supposer une
variante *gamox à côté de camox, et l'on serait ainsi amené
à rattacher l'ancien haut-allemand gam'^ à une origine romane '.
En tout cas, ceux qui tirent le français chamois et les mots appa-
rentés de l'allemand oublient qu'il n'y a pas un seul exemple
d'un g germanique initial s'assourdissant en c dans son passage
aux langues romanes'.
Cervus. — Ce mot bien connu étant enregistré par Polemius
Silvius comme un nom d'insecte (ou de reptile), on est fondé
à croire que les Romains l'ont appliqué au cerf-volant, le Liica-
11US Cervus des naturalistes, fait en soi fort vraisemblable, mais
à l'appui duquel nous n'avions jusqu'ici aucun témoignage
directe
CoRGUs. — Nom d'insecte (ou de reptile), qu'il est tentant
1. Cf. l'art. GEMSE de Kluge, Etymol. IVôrterh. der deutschen Spr.
2. La remarque de M. Mackel que « die Oberdeutschen die Media wie
stinimiose Tenuis sprechen « (Die germaii. Hlem. in der jran~. und proz'.
Spracbe, p. 47) n'est guère concluante.
3. Cf. Rolland, Faune pop., III, 326. On y verra que « cerf «, avec ou
sans épithète, sert dans des régions très diverses à désigner cet insecte.
Ï7- A. THOMAS
Je rapprocher du latin classique curculio, lequel se présente
aussi, comme on sait, sous la forme gurgulio. Le provençal
ancien corgo^on, le provençal moderne courcoussoiin (et courgons-
sonn) remontent manifestement à un type du latin vulgaire
*corcocionem (avec la variante *corgocionem); le verbe
conrcoussa et l'adjectif courcoussoiis prouvent qu'on a dit aussi
*corcocius. Enfin le catalan co/t/; semble démontrer l'existence
d'un type plus simple *corcus, à côté duquel la variante
corgus, fournie par Polemius Silvius, a une place tout
indiquée '.
Darpus. — Dans la liste des quadrupèdes, entre talpa (la
taupe) et scirus, pour sciurus (l'écureuil), on lit le mot
darpus. Ce mot évoque nécessairement les noms variés que
porte la taupe dans une région considérable qui embrasse en
gros le sud-est de la France et la Suisse romande : dorbon,
drabon, derbon, darbou, derbou, dreboii, enderbou, etc ^ Parfois,
des animaux voisins sont désignés par le même mot ou par ses
dérivés, notamment la courtilièreou taupe-grillon 5, le mulot ',
la musaraigne' et le campagnol^; mais c'est un foit excep-
tionnel". Les étymologistes se sont escrimés à l'envi sur l'ori-
gine de ces vocables. En 1874, M. Joret a cru pouvoir
expliquer par carbonem le nom de tharbon que l'on donne
1. Cf. à ce sujet les observations de M. Schucliardt, Zeitschr. fi'ir nvii.
PhiloL, XXVI, 411, note.
2. Vov. Rolland, Faune pop., I, 9; Mistral, Tn'sor, art. darboux ; N. du
Puitspelu, Dkt. iiyviol. du patois lyonnais, art. d.\rbon, etc. — D'après ces
données, ce nom semble s'étendre, sans parler de la Suisse romande, sur
16 départements français : Ain, Alpes (Basses-), Alpes (Hautes-), Alpes-Mari-
times, Bouches-du-Rhône, Doubs, Drôme, Isère, Jura, Loire, Loire (Haute-),
Rhône, Savoie, Savoie (Haute-), Var et Vaucluse.
5. Dans l'Allier (Rolland, Faï/nt'^o/)., III, 296).
4. Dans l'es Bouches-du-Rhône (Rolland, Fai<He /)()/)., II, 33).
5. Dans le Tarn, d'après Couzinié, Dict. patois-franc. (Castres, 1847),
art. KNDKRHOC.
6. A Genève, d'après Humbert, Nouv. GIoss. gi^navis, art. darbox ou
ZARBON.
7. J'ai de la peine à croire que le subst. fém. ahrbonneira, qui désigne l'écu-
reuil dans la région de Murât d'après l'abbé Labouderie (cité par Rolland,
Faune pop., I, 66) se rattache à la même famille.
LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS I73
à la taupe dans les environs de Chambéry d'après l'abbé Pont ' ;
mais il était mal renseigné sur la valeur du groupe //; employé ici
par l'abbé Pont pour désigner non pas le //; dur, mais le îh
doux anglais. Le Dictionnaire savoyard de Constantin et
Désormaux a les formes concurrentes darhon, drahon et jhar-
bon. Quelle que soit l'explication du jb de jharhon, cette
forme est certainement issue de darhon -. M. Rolland, après
d'autres'', part de *talponem ; mais N. du Puitspelu et, plus
récemment, M. Horning-* ont montré les points fliibles de
cette étymologie qui, pour être plus vraisemblable que les
rapprochements de Mistral', n'en est pas moins fausse. Dans le
patois de Vionnaz (Valais) talpa a subsisté sous la forme régu-
lière tarpa, mais avec le sens de « rat des champs », tandis que
la taupe est appelée derbon^: n'est-ce pas un indice sérieux que
l'on n'a pas affaire à un môme radical ? Je suis d'accord avec
M. Horning pour repousser *talponem et j'espère être aussi
d'accord avec lui en laissant reposer in pace son étymologie par
le latin herpès, etis ". N. du Puitspelu rapporte que Darmes-
teter a rattaché darhon « à un radical darb- dont nous ne con-
naissons pas l'origine'^ ». C'est la sagesse même. Et il n'y a
plus aucun mérite à être sage, aujourdui que l'on sait que
darpus est cité par Polemius Silvius ; seulement il faut
admettre que le /) est une notation inexacte pour/', notation due
vraisemblablement au voisinage de talpa'. Qu'il y ait eu
1. Du C dans les langues romanes, p. 211 .
2. J'imagine que jharboii est dû à un phénomène de prononciation renver-
sée : on a en savoyard (/t'«/a««a, doli à côté de j'heiifaiina (gentiane), /o/i, etc. ;
on aura créé jhaibon à côté de darhon.
3. Notamment M. Cornu, Roinania, VI, 413, et M. Gilliéron, Patois de
Vionnai, p. 76.
4. Zeitschr . jiïr rom. PhiloL, XX, 87.
5. Avec le persan darvand « damné v et l'arabe djerhoiih « gros rat » ;
notez que le mot arabe a été francisé en gerboise, jadis gerbo.
6. Voy. GiWiéron, Patois de la commune de Vionna:(, p. 145 et 176.
7. Zeitschr. Jïir rom. PhiloL, XX, 87.
8. Je n"ai pas réussi à savoir où ni à quel propos Darmesteter s'est occupé
de darbon.
9. Le bas latin darbus invoqué par Mistral se trouve dans les comptes des
consuls de Nimes à la date de 1 479-1480, date qui lui enlèverait toute impor-
174 •*^- THOMAS
contamination dans le langage parlé entre talpa et *darbus,
cela est très vraisemblable ; mais attendons de nouvelles infor-
mations pour l'affirmer, en souhaitant que les auteurs de
VAtlas linguistique publient bientôt une carte consacrée au mot
laupc '.
FuRO. — Le mot latin furo onis, appliqué à l'animal que
nous appelons « furet », n'est pas précisément nouveau dans
l'histoire de la lexicographie romane, mais on ne l'a relevé
jusqu'ici que chez Isidore de Séville. Or Isidore de Séville est
mort en 636 : le témoignage de Polemius Silvius est donc anté-
rieur de près de deux siècles, et il mérite d'être retenu comme
étant de beaucoup le plus ancien qui nous soit parvenu. Je rap-
pelle que si l'ancien français dit ordinairement /«/Vo//, forme qui
postule un type *furionem, l'italien jurouCy l'espagnol hiiron,
le portugais furâo et le provençal fnro{jï) remontent directe-
ment à furo ne m.
Gaius. — Malgré l'incertitude de la graphie du manuscrit de
Bruxelles, on ne peut hésiter sérieusement sur la bonne leçon
du nom d'oiseau mentionné entre le passereau (passer) et la
grive (turdus) : il faut hre gaius et non gavis. Appliqué à
un oiseau, le mot gaius a été recueilli par le glossateur Papias
qui en fait un synonyme de pic us, et qui donne en même
temps la forme féminine gaia comme synonyme de pica; il
semble donc que pour Papias, qui, comme on sait, écrivait en
1053, très probablement en Lombardie-, gaius désigne le pic
et gaia la pie. En est-il de même pour Polemius Silvius? Ce
tance en ce qui concerne la question étymologique ; mais je verrais plutôt
dans ce texte le mot roman darho employé à l'ace, plur. sans latinisation : il
s'agit d'une sentence d'excommunication obtenue par les consuls « contra
mures, darhos et talpas ». En tout cas le texte prouve que darho s'employait
alors à Nîmes et qu'il y désignait un animal distinct du campagnol et de la
taupe.
1 . Il faut attendre aussi pour expliquer les formes daœivie, diavie, draivie
de la Franche-Comté, lesquelles semblent postuler une variante *darvus au
lieu de *darbus.
2. Voir dans les Sitiungsh. de l'Académie de Munich, année 1903, p. 267-
286, le mémoire de M. Goetz intitulé : Piipias utid seine Quelle.
LH LATEKCULUS DE l'OLLMIUS SILVIUS 175
n'est pas probable, bien que la constatation de quelques doubles
emplois empêche d'arriver à une certitude absolue sur ce point.
Toujours est-il qu'il enregistre picus immédiatement avant
passer, ctpica beaucoup plus loin, entre le corbeau (corvus)
et la corneille (cornix) : aussi peut-on considérer comme vrai-
semblable que gains est pour lui le geai, sans se laisser arrêter
par la mention du même oiseau sous le nom de glanda ria
dont nous parlerons tout à l'heure.
Plaçant uniquement la question sur le terrain linguistique,
il faut affirmer bien haut la filiation du français geai et du
latin vulgaire gains et rejeter absolument tout rapport
étvmologique entre le français geai, substantif masculin, et
le français gai, adjectif'. Le nom de l'oiseau esi gai dans la
région normanno-picarde comme dans la région provençale
située au sud de la limite qui sépare les sons c[a], o^[a], avec
f et ^ explosifs, des sons ch[a\ et j[a], avec ch et; continus^ :
c'est dire que, dans la partie du domaine provençal qui est au
nord de cette limite, on a un y continu pour le nom de l'oiseau
comme en français propre. Aussi la phonétique comparée
impose-t-elle à l'étymologiste un type analogue à gai lus,
c'est-à-dire possédant un g initial. Au contraire, l'adjectif gai
ne se présente nulle part sans le son explosif : donc son type
étymologique (qui reste à découvrir) doit posséder un w,
ou à tout le moins un v initial, et non un^.
Au lieu de gaius, M. Nigra a proposé récemment un type
hypothétique *gacus pour expliquer le français geai, le pro-
vençal gai et leurs congénères 5. Il n'a pas pris garde que la
phonétique provençale opposait une barrière infranchissable à
cette hypothèse, car, au nord comme au sud de la limite
linguistique indiquée plus haut, on aurait irréductiblement
1 . Ménage semble avoir eu le premier l'idée que gai et geai avaient la
même étymologie (non pas dans ses Origines, en 1650, mais dans le Dict.
élymol. publié après sa mort); toutefois il préfère considérer le type gaius
« geai » comme une altération de varias. C'est Diez qui a donné la vogue
à l'étymologie qui consiste à voir dans geai un doublet de gai, étvmologie
acceptée par Brachet, Scheler et MM. Baist, Mackel, etc.
2. Sur cette limite, voir l'article de M. P. Mever, Romania, XXIV, 529.
5. Arch. glottolog., XV, 285.
17e A. THOMAS
une désinence -ac et non -ai, soit *jac soit *gac : il suffit de
penser au traitement du suffixe -acus dans les noms de lieux
pour s'en convaincre.
A côté de gai us, le latin vulgaire a certainement possédé
gai a, mot auquel M. Nigra rattache non seulement l'espagnol
ga\a et des vocables dialectaux italiens ou ladins comme gagia,
gags^ia, ga:^a, mais l'italien Wnér aire ga~:(a lui-même : ces mots
s'appliquent ordinairement à la pie, mais parfois (à Bellune et
dans la Soprnselva) au geai '. Nous avons sur l'existence de
gai a un autre témoignage direct que ne cite pas M. Nigra et
qui est probablement un peu antérieur à celui de Papias. On
lit en effet dans la version interpolée du glossaire d'Aelfric
le grammairien : « Gaia vel catanus, higere^ ». Le dernier
mot est anglo-saxon et apparenté à l'allemand actuel hàher
« geai »; quanta catanus, il va de soi qu'il n'a rien à voir
avec le terme homophone auquel j'ai rattaché le français cadc
« genévrier' » ; on doit l'identifier à cicuanus, glosé par
higrae dans le plus ancien glossaire anglo-saxon qui nous soit
parvenu^ et par higerc dans un recueil analogue plus récent 5.
Mais qu'est-ce en définitive que catanus ou cicuan us ? Je ne
me hasarderai pas à le conjecturer^. Comme, d'autre part,
h igere glose plus d'une fois pi eu s, nous n'avons pas le moyen
de déterminer avec rigueur la valeur ornithologique de gaia
chez l'interpolateur d'Aelfric. A peu près à la même époque
nous voyons associer comme synonymes picus, gagia (5/V) et
binera. '
1. Zeitschr. fur roman. Pbilol.,W\'U., 140. Dans la région de Cadore,
c'est le diminutif p^flvo/a qui a le sens de « geai ».
2. Ait<rlo-saxoii iiiid ohl eiic^lish Vocahularies by Thomas Wright, 2<i édition
by R. P. Wiilcker (London, 1884), t. I, p. 132. Je remarque au dernier
moment que la glose « gaia vel catanus higere » doit être postérieure à
Aelfric, car elle ne figure pas dans l'édition Zupitza (Berlin, 1880).
3. Voy. mes Nom'. Essais, p. 188.
4. An eiglh-ceulur\ latin-anglo-saxon Glossary, by J. H. Hessels (Cam-
bridge, 1890), p. 33.
5. Anglo-saxon and old english Vocab., t. I, p. 564 (glossaire du xi= siècle).
6. Il n'est pas vraisemblable qu'il s'agisse du cychramus ou cynchra-
mus de Pline.
7. Loc. laud., p. 286. — J"ai indiqué plus liaut des exemples italiens et latins
LE L.i'l'EKCULL'S DE l'OLEMlUS SILVIUS l'J'J
A côté de CCS témoignages directs il fiiiit placer un témoi-
gnage indirect qui nous permet de remonter beaucoup plus
haut dans le passé de gaia et par cela même de gaius : je veux
parler du témoignage de la langue roumaine.
M. Nigra a cité, après bien d'autres, le roumain gaità « geai »,
dont la désinence offre le suffixe diminutif -{[a et dont le radi-
cal se ramène à celui de gaie « milan, épervier, oiseau de proie
en général ». Au lieu de gaità on trouve au xvr' siècle la forme
gaica transcrite en caractères cyrilliques : en la signalant,
M. Ha:jdeu a affirmé avec raison sa dépendance du latin vulgaire
gaius gaia'. Il est surprenant pourtant, il faut l'avouer,
que gaie désigne exclusivement les oiseaux de proie : M. Apos-
tolescu, un de mes auditeurs à TEcole des Hautes Etudes, à
qui je dois l'essentiel de ce qui touche le roumain dans cette
notice, me déclare qu'il a entendu appliquer gaie à une variété
de corneille, ce qui peut servir de pont sémantique entre gaie
et gaifâ. De Cihac a vu dans ^aie un emprunt aux langues
slaves, mais ses rapprochements n'ont aucune portée-. Plus
récemment, M. Densu^ianu s'est adressé au latin gavia
« mouette » ' ; mais j'aime mieux de beaucoup l'idée de
M. Hasdeu. En tout cas, on reconnaîtra qu'un témoignage
aussi ancien que celui de Polemius Silvius sur l'existence de
gaius n'est pas pour faire du tort à cette idée.
Et n:aintenant, que faut-il penser de ce terme de gaius
appliqué à un oiseau par le latin vulgaire ? Il est difficile de ne
pas supposer un rapport originaire entre ce gaius emplumé et
le nom de personne Gaius, forme prise à la basse époque par
Gaius. Dans cette supposition, deux idées diamétralement
opposées se présentent à notre esprit. Ou gaius a dès l'origine
où le type gaia sert à désigner soit la pie soit le geai. La confusion du geai
et du pic est plus rare ; je note cependant le nom de bpouc porté dans les
Vosges par le geai (Rolland, Faune pop., II, 144), bien que le sens propre de
hpouè (cf. Godefroy, espoit 2) soit « pic ».
1. Cuvente denhCitrdni, Bucarest, 1878, I, 281.
2. Il semble même qu'une forme roumaine caie, citée par lui, n'ait pas
d'existence réelle et soit surtout due au désir de trouver en roumain la
même initiale que dans les mots slaves invoqués comme base étymologique.
3. Hist. lie Li langue roumaine, II, 197.
Romania, XXXf j -7
IjS A. THOMAS
désigné, chez les Romains, un oiseau, et ce nom d'oiseau a été
ensuite appliqué à un homme, comme, par exemple, aquila,
corvus, merula, ou Gaius est essentiellement un nom
d'homme qui a été appliqué à un oiseau, comme on a appliqué
plus tard au geai lui-même les noms d'homme Jaques, Gautier
(en France) ou Markolf (en Allemagne '), à l'étourneau le
nom Sansonnet, etc., etc. M. Nigra ne se prononce pas délibé-
rément entre les deux hypothèses, et j'avoue qu'il me paraît
sage d'imiter sa réserve, non sans marquer cependant qu'on en
saurait assimiler l'emploi des mots Aquila, Corvus, Merula
dans l'onomastique des Romains, où ils apparaissent nettement
comme surnoms, à celui de Gaius, qui est un prénom^.
Gl.\kdaria. — Pline parle d'une variété de pie (pica) qui
se nourrit de glands, sans lui donner de nom particulier'; tou-
tefois le sommaire du livre X emploie l'expression de picae
1. Déjà relevé par Albert le Graud dans la première moitié du xnie siècle :
« De garrulo... germanice heher..., a quibusdam Marcolfus vocatur » {De
animalihus, XXI, 2, t. VI, p. 640 de l'édition des oeuvres de 1655). C'est donc
à tort que M. Kluge, dans son Etyvwl. Worterb. der deutschen Spr., déclare
que mj/Â;o// n'apparaît comme nom du geai que dans le « neuhochdeutsch ».
Il est vrai que Du Cange n'a pas dépouillé Albert le Grand, et que Diefenbach
ne remonte qu'à 1 5 1 7.
2. Comme d'autres prénoms, Gaius se présente parfois en fonction de
surnom, mais cela est sans conséquence ; les exemples sont d'ailleurs rares.
En voici un : dans les Inscriptiones Graecae ad res Komanas pertinentes, recueil
publié par l'Académie des Inscriptions, figure (no 417) Màp/.oç nXâv/.io;
Kopvr,Xiavo; Tito;. Au dernier moment, je m'aperçois que G. Paris a écrit, à
propos de la thèse de M. Sudre sur les sources du Roman de Renard (extrait du
Journal des Savants, 1894-95, p. 27-28) : « L'usage de donner à des animaux
des noms d'hommes, qui désignent non un individu, mais tous les individus
de l'espèce, existe en dehors du Roman le Renard... Tout ce qu'on peut
noter, c'est que l'antiquité, si je ne me trompe, ne nous offre rien de pareil. »
L'application au geai du nom d'homme Gaius irait à l'encontre de la
remarque de G. Paris ; mais cette remarque ne constitue pas une objection
de principe, et, plus j'y songe, plus ie penche à admettre comme un fait
acquis le passage de Gaius, nom de personne, à gaius, nom d'oiseau, le
procédé inverse me paraissant nettement en opposition avec les faits constatés.
3. « Addiscerc alias negant posse quam quaeex génère eorum quae glande
vescantur » (Hist. nat., X, § 119, éd. Jahn).
LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS I79
glandares en l'appliquant à cette variété. Il est certain que
chez Polemius Silvius glandaria est une forme plus popu-
laire de l'adjectif gland aris, et que l'adjectif s'est de bonne
heure employé substantivement : l'italia ghiandaja « geai » en
est le seul représentant très exact et comme sens et comme
forme'. Kôrting enregistre glandarius, a (n° 4258), mais
il ne mentionne que le subst. roumain ghindar « chêne » et
l'adj. provençal crlandier (catal. glander^ « qui produit des
glands ». On peut faire remarquer que l'adjectit latin a été
substantivé au masculin et au féminin dans la toponymie fran-
çaise {ci. Le Glandicr, Corrèze, et Glandiêres, Aveyron) et que
nos patois du Midi emploient encore aglandler pour désigner
le chêne qu'on destine spécialement à porter du gland et aglan-
diero (gasc. glandero) pour désigner collectivement soit la pro-
duction du gland soit un bois de chênes^.
Jaculus. — Polemius Silvius a enregistré jaculus dans la
classe des serpents : cette mention n'offre aucun intérêt parti-
culier, car ce nom de serpent nous est déjà connu par Lucain
et par Pline. Mais nous retrouvons jaculus (écrit j a co 1 u s ,
d'après la graphie en usage à la basse époque) dans sa liste des
oiseaux, et nous sommes amenés à nous demander si cette nou-
velle mention correspond à une réalité. En fait le mot jacu-
lus n'a survécu sous aucun de ses sens dans les langues
romanes, mais des raisons sémantiques portent à croire qu'il a
pu être appliqué en latin à un oiseau, soit à cause de la rapi-
dité du vol de l'oiseau, comparée à celle d'un trait, soit à cause
d'une certaine ressemblance entre un oiseau et un trait empenné.
Tout récemment, M. Pieri a proposé de voir le mot « dard »
dans les noms que porte le martinet dans la Haute Italie : dard,
dardan, darden, darder, auxquels correspond l'italien courant
balestriiccio"'. Il aurait pu en rapprocher les noms que porte le
1. Le nom scientifique du geai est, comme on sait, Giirridus glandarius.
Au moyen âge, Petrus de Crescentiis, qui écrivait en Italie, emploie
glaiidiini : Du Gange a enregistré le mot, mais il l'a défini prudemment par
« aviculae spccies ».
2. Les dialectes italiens ont probablement des mots analogues : cf. Glan-
DARETUM dans Du Gange.
3. Dans les Studj roman:(i, I, 40. — Gf. Vidossich, dans Zeitschr.f. rom.
PhiloL, XXX, 205.
l8o A. THOMAS
même oiseau dans différentes provinces de France : wallon
airchcQl arbalète; languedocien hakstric, aiibaleslric, etc. '
Lacrimusa. — Polemius Silvius donne côte à côte, dans la
classe des quadrupèdes, lacerta et lacrimusa. Il ne faut pas
s'étonner de voir le lézard qualifié de « quadrupède », puisque
la langue populaire du nord et de l'est de la Gaule a monopo-
lisé au profit de cet animal la même dénomination \ Mais
toute notre attention doit se porter sur lacrimusa, mot
nouveau dans les textes antiques, que nous sommes pourtant
en mesure de définir sûrement : il désigne le lézard gris, par
opposition au lézard vert (lacerta). La Faune populaire de
M. Eugène Rolland donne une dizaine de formes modernes du
nom du lézard gris qui se rattachent à lacrimusa, à com-
mencer par lagraniuso et à finir par laf^ranuc'' ; dans le Trésor
don Felihrigede Mistral, à l'article lagramuso, on trouve vingt-
trois variantes : lagramuso, Jagremuso, Icgramuso, grainuso,
langramuso, regramuso, larmuso, larniiso, kgremise, legremi,
legremieu, regremieu, lagramuo, lagramue, langramue, largamue,
longamue, lagranue, Jangronue, grananue, grairuso, gratamuo,
gratamuro. La carte 766 de V Atlas linguistique de MM. Gilliéron
et Edmont fournit encore quelques autres variantes : agramue,
agranue, cataiuu~o, gramu:{èro, larinota, etc. Mais ce qui lui donne
surtout du prix, c'est que seule elle permet de se faire une idée
précise de l'aire occupée aujourdui par le type lacrimusa.
Cette aire chevauche sur les Alpes, car dans les arrondis-
sements italiens de Suze et de Pignerol on agraifiu^e (972), lar-
;y///^o (982) et grainu~a (992). En France, elle comprend toute
la région qui se trouve entre le Rhône, les Alpes et la mer-^;
en plus, sur la rive droite du Rhône, elle embrasse à peu près
1. Rolland, Faune pop., II, 525 — Le nom de falcino, donné à Lucques
au martinet, est aussi à rapprocher du Languedocien /joz/rïV, donné par Rol-
land, îoc. lauil., et par Mistral.
2. Voy. Rolland, FaH«e /)o/?., III, 17 et 77 ; Hôrning, Zcitschr. fur rom.
Philol., XVIII, 226; Marchot, ibut., XVI, 380, et XIX, 102. Les noms de
« quatre-pieds » et de « quatre-bras » s'appliquent aussi à la salamandre.
3. Tome III, p. 16.
4. M. Edmont n'a pas rencontré de représentant de lacrimusa dans la
Haute-Savoie, bien que VAtlas comporte huit points de repère pour ce
I.K I.ATERCULUS DK POLHMIUS SILVIUS l8l
tout le territoire des départements du Rhône, de la Loire et de
l'Ardèche et une lisière de F Ain, de la Haute-Loire et du Gard.
Le point le plus septentrional qui lui appartienne est Tor-
cieu. près de Saint-Ramhert (Ain), où l'on prononce raiiiiiiia ;
le point le plus occidental, Burzet (Ardèche), où l'on dit, au
genre masculin, legremi. U Atlas ne donne rien pour la Suisse
romande : pourtant les (ormes gretnillettc, greinelhetta, gremilhettà
sont en usage dans le canton de \'aud', et il n'est pas témé-
raire d'y voir notre lacrimusa privé de sa tête, altéré dans
son thème et enrichi d'une désinence diminutive.
Mistral voit dans lagramuso, etc., l'expression latine lacer ta
mûri; N. du Puitspelu, dans son Dictionnaire étymologique du
patois lyonnais, art. larmisi, a rompu une lance courtoise en
faveur de lacer ta mu ri ci u m ^; enfin, plus sagement, M. Phi-
lipon restitue un « type barbare lacrimusia » 5, dans lequel
il voit « le latin lacryma + usia »4. Malheureusement il
néglige de nous dire ce que c'est que -usia (le latin ne
connaît pas de suffixe -usia ni -usa) et ce que les larmes
peuvent avoir à démêler avec la dénomination du lézard gris.
Nous devons nous contenter de savoir que cet intéressant ani-
mal s'appelait lacrimusa dans le sud-est de la Gaule dès le
v*^ siècle et qu'une forme allongée *lacrimusia — postulée
par la forme Ivonnaise actuelle — a été en usage par la suite.
La désinence insolite de ce mot a subi en beaucoup de points
l'influence de divers suffixes, et il semble bien que l'étymologie
populaire ait vu dans le thème celui du mot la cri ma : mais
cela ne préjuge pas le sens primitif et la nature propre du
nom recueilli par Polemius Silvius >.
département ; mais on constate à l'aide du Diciioiimiire savoyard de Constan-
tin et Desormaux l'existence de larmiii:^a à Annecy, de iiiantiuiia a Balme-
de-Sillingy, de laniiota à Chambérv et à Leschaux.
1. Je les prends dans Rolland, Faune pop., III, i6.
2. Muricium est, aux yeux de N. du Puitspelu, le génitif pluriel de
murex; mais ce serait plutôt m u r i c u m .
3. Rouiania, XX, 310.
4. Ihid., XX, 315.
5. M. le Dr Bos m'apprend qu'à Marseille même on dit lannouso en patois
et larmetise en français local. — A côté de larviuse, qu'il qualifie expressé-
ment de « Dauphinois », Cotgrave a îarniol, qui doit venir aussi de la région
du Sud-Kst.
152 A. THOMAS
Lactrinus. — Il est ditîîcilc que le nom de poisson lac-
trinus, enregistré par Polemius Silvius entre ricinus et
s a m osa (deux noms sur lesquels je n'ai rien à dire), ne fasse
pas songer à l'italien lattarino ou latten'no, nom de poisson. On
ne peut pvas penser sérieusement à mettre en cause le grec
àOspîvt;, comme le fait encore le Di:^ioriario délia lirigua italiana
de Tommaseo et Bcllini, pour rendre compte du mot italien.
Un humaniste du xv*-' siècle, Platina, me paraît avoir vu la véri-
table étvmologic. Voici ses propres paroles qui constituent
un témoignage intéressant sur l'italien latîerino:
duos vulgus hhterinos, ego lacleolinos appcllaverim, a lactc et albido
colore, quo etiam translucentem spinam integro de vivo licet cernere, adeo
diaphani sunt. Mari et lacubus capiuntur. Fricti moreto viridi, aut agresta
suffundi debent '.
Antoine Oudin enregistre concurremment les articles sui-
vants :
Latarina, sorte de poisson appelé alherina en latin.
Laterina, une sorte de poisson.
Laltarini, poissons laictez.
Duez, contrairement à son habitude^ a été mieux renseigné,
et voici ce qu'il nous apprend :
Latarina, nadelle % une sorte de poisson comme lattarino.
Laterina, nadelle, comme lattarino.
Lattarino, i . nadelle ou petite loche un peu large, petit poisson un bien
peuplas petit que la sardelle. 2. poisson laicté.
Reste à rendre compte de la forme lactrinus' du manuscrit
de Polemius Silvius : on peut supposer que c'est une faute f)ar
*lactarinus, tiré de lac par l'intermédiaire de lactaris ou
de lactarius. L'existence ancienne du suffixe double -arinus
1. De honesta Voluptate, livre X, fol. xcv de l'édit. publiée à Paris chez
J. Petit en 1550.
2. Nadelle est dans tous les grands dictionnaires français depuis Cotgrave ;
il a l'aspect d'un mot d'origine provençale, et, en fait. Mistral enregistre
nadelle « sardine fraiche ». Je ne trouve rien d'analogue dans la Faune popu-
laire de Rolland.
LE LATERCULUS DE POLF.MIUS SILVIUS 183
n'a rien en soi d'invraisemblable : cf. mon mémoire sur la
naissance et le développement du suffixe analogue -aricius'.
Marisopa. — Nom de poisson inconnu aux textes de l'anti-
quité, placé par Polemius Silvius entre serra et rota. On ne
peut hésiter à l'identifier avec le poisson dont parle la biogra-
phie de saint Filibert, que M. Poupardin vient de rééditer, et
qu'il attribue, dans la forme qui nous est parvenue, au début du
ix^ siècle : « Cum territorium Pictaviense coepisset gravis inedia
angustiare,... multitudo piscium, quos marsuppas vocant, vene-
runt in alveo, qu^e ducentae trigenta et septem recedente mari
remanserunt in sicco ^ ». Le même mot figure, sous la forme
marsupa, dans le cartulaire de Redon et dans un acte de 11 90
du cartulaire de Saint-Jean-d'Angeli '. Les Bénédictins ont eu
raison d'y reconnaître le marsouin, qui portait encore, au xvi*
siècle, le nom de ninrsoiipe sur les côtes de Poitou et d'Au-
nis-*. Mais j'avoue que je suis incapable de déterminer
l'origine de ce nom de marisopa, dont il est permis cepen-
dant d'affirmer que le p devait être un p double puisque dans
le cours des siècles il a conservé sa valeur d'explosive sourde.
Le premier élément est manifestement mari- « mer », et il
est peut-être d'origine germanique (comme dans marsouin) plu-
tôt que d'origine latine ; mais faut-il voir dans -sopa le même
thème que dans notre mot soupe, à savoir le germanique sùp-,
auquel est attachée l'idée de « boire » ?
MuFRON. — Parmi les quadrupèdes, Polemius Silvius enre-
gistre à la file : ibix, camox, mussimus, sincirix.
1. Romania, XXXII, 177, et mes Xoiiv. Essais, p. 62.
2. R. Poupardin, Monuvients de Vhistoire des ahhaves de Saint -Philihen
(Paris, Picard, 1905), p. 17.
3. Voyez Du Cange, marsupa. Cf. un texte de 1294 publié par Marche-
gay dans les Arcb. hist. de Saiiiiotige et d'Ainus, où on lit : « iiiarsupioniin
(sic) et aliorum grossorum piscium marinorum » (communication de
M. Etienne Clouzot).
4. Le mot manque dans Godefroy et dans la Faune pop. de Rolland ; mais
il figure dans un texte de 1529 cité par M. Etienne Clouzot, Les viarais de
la Sk're Niortaise, p. 126 (cf. Romania, XXXIV, 495), et dont voici un
extrait que nous devons à son obligeance : « Si auchun pescheur peschet
1S4 A. THOMAS
mufroii. Il est clair que mussiinus est une variante de
musimo ou musmo, mot auquel les auteurs latins clas-
siques ne semblent pas tous attribuer le même sens, mais que
Pline emploie pour désigner le ;j.;j-;x'.)v de Strabon, c'est-à-dire
le nK)urton. je ne puis rien dire de si nci rix; mais il me paraît
infiniment probable que nous avons dans mutron un autre
nom du mouflon. Je me fonde sur l'existence en italien de
w«/ro et mufrone « mouflon », dont le rapport avec mufron
est frappant. De plus une obligeante communication de M. Max
Leopold Wagner m'apprend que dans l'ile de Sardaigne le mou-
flon femelle s'appelle iiiiirva et le mouflon mâle murvone ou
inurone, formes qui se concilient très bien avec l'existence de
types primitifs tels que *mufra et *mufrone'.
Mus MOXT.wus-. — L'animal que Polemius Silvius appelle
mus mont an us est placé par lui entre la belette (mu s tel a)
et la musaraigne (mus ara n eus). Je ne crois pas que cette
expression de mus mont anus' se trouve chez les auteurs
antiques ailleurs que chez Polemius Silvius. Au moyen âge, je
la relève chez Albert le Grand qui l'applique, si je ne me trompe,
au rat du Nord ou hamster. Faut-il croire qu'il s'agit réelle-
ment du hamster? J'incline plutôt à voir dans le mus mon-
ta nus de Polemius Silvius l'animal que Pline appelle mus
ou prent en la dite chenau balayne, elle est myene; et si v prend niarsoiippe,
je doys aver la teste et deux pieds emprcs le cagouet, et demy pied devers
la quehe en sus, nen preconté le balovs de la dite queuhe ». {Arch. de la
r^;;(/(''t;, fonds Talmond, 18; original). Le mot se trouve aussi dans un état de
la seigneurie de Lesparre (Gironde) de l'an 1592, qui permet d'en constater
le genre féminin : « Le droict que mon dict sieur a et prend sur chacune
marsouppe qui se trouve en la coste de la mer... » {Bihl. Nat., frùiiç. 5516,
fol. 90 ; communication de M. Et. Clouzot).
1. Vovez plus loin la note de M. Wagner sur les noms sardes du
mouflon, p. 291.
2. Le manuscrit de Bruxelles porte mus moiitanis, mais la correction va
de soi.
5. De auimalibus, XXL 2 (tome VI de l'édition des œuvres complètes de
i6ji,p. 597): « Emptra, ut quidam dicunt... hoc animal est quod nuireni
montanum quidam vocant, nec invenitur nisi in montibus, et est major
mus qui visus est in terra nostra ».
LF. L.4THRCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 185
Al pi nus, à savoir la marmotte, et j'estime que la vieille éty-
mologie de Bochart, reprise par Diez, laquelle rattache mar-
motte et ses congénères aux types latins mu rem montanum
et murem montis y gagne un surcroît d'autorité '.
Nauprhda. — Polemius Silvius enregistre naupreda dans
la classe des poissons : il s'agit certainement de la lamproie. On
va répétant que le plus ancien témoignage de l'existence en latin
d'un nom de la murène analogue à lamproie nous est fourni
par le glossaire attribué à Philoxène où on lit : « lampetra
•x'jpa'.va » ; c'est une erreur ^ Dans YEpistiiJa du médecin
Anthimus, M. V. Rose a adopté la leçon naup rida, qui paraît la
mieux appuyée par la tradition manuscrite, mais il donne comme
variantes naupreda et lampreda'. Enfin la vie de saint
Hermelandus (vulgairement saint Erhland, abbé d'Aindre, au
diocèse de Nantes, j vers 720), publiée par Mabillon d'après un
manuscrit daté de 777 ^, donne la même forme que Polemius
Silvius '. Toutes les langues romanes sont d'accord pour attes-
ter que la forme vulgaire usuelle avait comme désinence -prëda
et non -pëtra, mais elles n'offrent aucune trace d'un premier
élément n a u - au lieu de la m -. S'il est assez difficile de rendre
compte de la forme naupreda, sa présence dans trois textes
indépendants n'en atteste pas moins qu'elle a eu une certaine
vo£Tue dans le latin vulgaire de la Gaule ''.
1. Ceci dit, je me borne à renvoyer aux opinions contradictoires de
M. le Dr Bos (Jiavhviia, XXII, 550) et de M. Jeanroy {ihid., XXIII, 236)
sur les rapports possibles de marmotte et de marmot.
2. Cette glose n'appartient pas au recueil dit de Philoxène, mais à VOno-
viaslicon de Vulcanius, qui est l'œuvre d'un savant de la Renaissance ; voy.
Locwe, Prodromus corp. gîoss. latin., p. 194 et s.
3. Pages 16 et 55.
4. Cf. Aug. Molinier, Les sources de Vhistoire de France, I, 132, n° 397.
5. Voy. Du Cange, naupreda. Même forme chez Papias, non relevée par
Du Cange : « Naupreda genus piscis ».
6. M. Valentin Rose a tenté d'expliquer naupreda par le celtique,
au moins à titre d'hypothèse (.4»mfo/a graeca et graecolatina, Berlin, 1870, II,
S3~55) • naupreda signifierait « neuf-taches » et serait le pendant de
l'allemand neunauge « lamproie », attesté dès le moyen âge, proprement
« neuf-yeux ». Malgré l'appui que l'on pourrait trouver dans le fait (non cité
par M. Rose) que la lamproie porte en France le nom plus ou moins bien
l86 A. THOMAS
Pelaica. — Ce mot se trouve dans hi liste des poissons sans
que rien dans son voisinage en fasse préjuger la valeur exacte :
il est encadré entre deux inconnus, levaricinus et amulus.
Mais il se dénonce de lui-même comme une graphie négligée
de l'adjectif -iKx-;i.v.i:, pe lagicus, sous forme féminine :
pelaica est pour pela g ic a. Comme le grec a-t\ôcy:o: à côté
de -iXxv-y.iç et le latin pelagicus' à côté depelagius, je
n'hésite pas à reconnaître dans le pelaica de Polemius Silvius
le pelagia de Pline, IX, 62, 2, lequel est un autre nom de la
pourpre, coquillage. Ceci dit, et à titre d'hypothèse, je me
demande si pelagia et pelagica ne survivent pas aujour-
dui dans les langues romanes pour désigner un animal tout
différent, à savoir la sole. Mistral enregistre palaigo « petite
sole, poisson de mer », et il cite ces vers de Mirèio :
Lou picliot barquet fcndic l'aigo
Sens mai de brut qu'uno palaigo.
Dans la Faune populaire de Rolland, III, 105, on trouve
palaïga, nom de la sole à Cette, et palaja, nom sicilien du
même poisson. L'explication étvmologique de Mistral (palo
(fûf/V(7), difficile à admettre, en ce qui concerne le provençal, au
point de vue syntactique, se heurte phonétiquement à la forme
sicilienne. Rien n'est plus commun que l'assimilation d'un e
protonique à un a tonique, et *palagica (pour pelagica)
cadrerait avec le provençal palaigo tout aussi bien que * pa lagia
(pour pelagia) avec le sicilien palaja-.
conservé de « sept-veux » ou de « bête à sept trous » (Rolland, Faune pop.,
III, 97), je ne crois pas possible d'identifier la désinence -pre d a et le thème cel-
tique que M. Rose a en vue et qui est sous la forme ancienne, brik-. Je
note, d'autre part, que des formes surprenantes du nom de la lamproie se
trouvent dans le Corp. gîoss. lat., à savoir nacopretis et nocopretis ;
vov. le Tl}es. gloss. euieudal. de M. Gœtz, au mot lampreua, où est proposé
dubitativement un type grec *vazfj-pr,T'.:, dont je n'arrive pas à percer le
mystère.
1. Pelagicus est glosé par pi s ci s dans un glossaire dont le manu-
scrit remonte au ixe siècle (Corp. gloss. latin., V, 384, 35).
2. A signaler aussi palaia, nom de la sardine moyenne à Nice (Rolland,
III. 119).
LE L-iTHRCULUS DE POLEMIUS SIL\IUS 187
Platensis. — Le manuscrit de Bruxelles écrit placensis,
mais comme ce mot est dans la section des poissons entre
lutarius (évidemment le mu 11 us lutarius de Pline) et
sole a (la sole), il n'est pas téméraire d'affirmer qu'il s'agit de
la plie et qu'il taut corriger placensis en platensis. On
reconnaît généralement la plie dans le platessa d'Ausone ' ;
la variante légère pi a tissa se retrouve dans un recueil de
gloses-, mais on lit dans VEpislida du médecin Anthimus :
« platenses vel soleae unum genus est'. » L'existence de
platensis n'est donc pas douteuse, et Polemius Silvius nous
en fournit le plus ancien témoignage connu. Toutefois aucune
langue romane ne paraît avoir conservé de représentant du type
platensis, non plus du reste que de platessa : le provençal
moderne a plaiiisso, le portugais patruça; l'espagnol otfre
concuremment platija, forme usuelle, et platuja, platucha,
formes dialectales. Enhn le français plie, issu de l'ancienne
forme plai~ (cf. l'anglais plaice), dont la désinence a été
bizarrement altérée, suppose nécessairement l'existence d'un
tvpe *platicem, lequel n'a pas été encore signalé dans les
textes. Les formes romanes indiquent en outre que le thème
a oscillé entre *platt- ei plat-.
Plotta. — Nom de poisson qui doit être vraisemblablement
identifié avec l'italien dialectal piota (Lombardie) et l'engadin
plotra, lesquels s'appliquent au Cxprimis rutihis ou Leucisciis ery-
îhrophthahnus ^ . L'allemand dialectal possède aussi ce nom sous
la forme pldl~e, et il semble qu'il faille aussi le reconnaître dans
le xwss^ plotiua ti ploti:;a : c'est toujours la même espèce 5.
Carpentier a ajouté à Du Cange un article ainsi conçu :
« Plota, piscis genus. Tract, ms. de Pisc, cap. 1 ex Cod. reg.
6838 c : Est et alia Aristotelis et Plinii rémora seu echeneida, pis-
ciciilus saxis assuetus... Diversis nominibus appellant . Narn plota,
1. Epist., IV, 58.
2. Corp. gloss. latin. V, 582, 19.
3. Ed. Rose, 42.
4. Rolland, Faune pop., III, 141.
5. Xemnich, Catholicoii, II, 1367; Cuvier et Valenciennes, Hist. natur. des
poissant, XVII, p. 90-91.
l88 A. THOMAS
flula, vennis nmr'nius, astcrias, hirudo, viurana noniinatur. »
Comme on Ta dcmontré ici même ', le ms. Int. 6838 c est iden-
tique au célèbre traité de Rondelet sur les poissons imprimé
en 1554-1555, et où la fin du passage cité par Carpentier se
retrouve effectivement-. Mais dans Rondelet plota est la trans-
cription du grec -X(i)ty;, que les auteurs latins anciens rendent
par fluta, sans doute par étymologie populaire d'après f lui-
tare, flutare^ Le double t du mot plotta enregistré par
Polemius Silvius et attesté par les formes romanes que nous
avons citées empêche tout rapprochement avec le grec -aokt,.
Plumbio. — Dans la section des oiseaux, entre querqui-
du la (la sarcelle) et falacrocorax (le cormoran), nous trou-
vons inscrit ce mot lumineux pour tout romaniste : plumbio.
On sait que le français donne le nom de plonjon (écrit plongeon')
à divers oiseaux aquatiques des genres Colwrbus et Podiceps^;
le provençal moderne emploie un terme analogue, mais il la
peut-être emprunté du français à une date récente. Le rapport
phonétique de plumbionem à ploiijon est parfait : cf. cam-
biare > chanjier {changei-), et plus précisément encore cam -
bionem > chanjon'^. Le picard et le wallon disent ploinion,
forme employée par Froissart, lequel la fait trisylhibique ^;
elle repose sur la variante *plummus pour plumbus, qui
est à la base de tant de mots d'ancien français' : plomion est
1. Romauia, VI, 269, n. 3. art. de J. Bauquier.
2. De piscibus niarinis, lib. XIII, cap. ni (p. 398 de l'éd. de Lyon, 1554).
3. On trouve déjà la forme latinisée chez Platina, De honesta Voluptate,
X, de Muraena : « Ex pharo Siciliae optimae putantur quas illi plot as,
Latini flutas vocant ». La vieille traduction française de Desdier Cristol,
dont la première édition est de 1505, dit : « Les meilleures qu'on sache sont
au phar de Cécile appellees plotes, et les Latins les appellent fl e ut es »
(fol. 89).
4. Rolland, Faune pop., II, 404-406. — Le mot est attesté dès le xiie siècle,
dans Fhire et Blancheflor, avec la graphie plongon (vers 1466 de la i^^ rédac-
tion, éd. Du Méril, p. 59).
5. Sur chtmjon, voir ce qu'ont écrit G. Paris, 7?(i;;/fl;;;a, XXXI, 351, et
M. Paul Meyer, ihid., XXXII, 452.
6. Voir la citation dans Godefroy, Compl., art. plongeon.
7. Cf. Godefroy, art. plomm.^rt, plomm.^s, plomme, plommee, etc.
LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 189
au français classique /i/fn/o/î comme le wallon-picard gouvion est
à goujon. D'ailleurs on peut invoquer le nom de ville Amiens
< Ambianis, parallèle à plomion < plumbionem'.
Il est plus délicat d'expliquer la formation du type latin dont
nous devons la connaissance à Polemius Silvius. Jusqu'ici on
rattachait /)/t)«^(W/ 2. plonger (comme bâillon, à bâiller] bouchon, 'a
boucher; torchon, à torcher, etc.). Il faut renoncer à cette manière
de voir, d'autant plus que plonger représente *plumbicare ,
puisque l'ancien français oscille entre plongier et plonchier (picard
plonkier). Mais le latin vulgaire a-t-il tiré directement plum-
bio de plumbus, comme, par exemple, campio de cam-
pus? La sémantique s'accommoderait mieux de l'hypothèse
qu'un verbe, soit plumbare (avec le sens non attesté de
« plonger ») soit *plumbiare, a servi d'intermédiaire; mais il
taut dire que tous les substantifs en -io que nous connaissons
en latin reposent ou paraissent reposer sur des noms préexis-
tants et non sur des verbes^, sauf peut-être scelio, de scelus,
qui est dans Pétrone , etmirio, employé par Tertullien au
sens de « badaud », qui se tire plus naturellement de mi rare
que de mirus '.
RiPARiA. — Pline mentionne une variété d'hirondelle dite
ri paria parce qu'elle fait son nid sur les berges des cours
d'eau, et les gloses de Virgile de la Bibliothèque de Berne
connaissent aussi l'oiseau dit ri paria « quae in specu ripae
nidificat ■*». Le médecin Marcellus de Bordeaux emploie le dimi-
nutif ri pariola, qui n'a pas été rencontré ailleurs que chez lui.
M. Chabert, dans sa thèse De latinilate MarceUi, a bien relevé
1 . Avec cette réserve toutefois que Amiens n'est pas trisyllabique comme
plomion, mais disyllabique : cf. Renaît, éd. Martin, XIII, 1165 :
Sire, je fui nés a Amiens,
Mes quanqu'il i a n'est pas miens.
2. Cf. aulio « joueur de flûte », flagrio «habitué au fouet », mulio
«muletier», pellio « pelletier », etc.
5. A plumbus se rattache l'italien /'/('/«/'///o (Oudin, Duez), nom dia-
lectal du martin-pécheur : cf. Bonelli, Noini degli ucceîli nei dialetti loni-
bardi dunsStudj difilol. roniaiiia, IX, 402.
4. Voy. les citations à l'art, riparius de Forcel!ini-De Vit. — On sait
que Linné désigne sous le nom de Hirundo ripana l'hirondelle de rivage.
190 A. THOMAS
chez son auteur le substantif ripa riohi comme un àza; ' ;
mais il n'a pas songé à se demander si ce mot avait survécu
ou non dans le vocabulaire roman. Or il a effectivement sur-
vécu : d'après M. Rolland -, le pluvier à collier blanc s'appelle
rivicyrôla dans l'Hérault, et, d'après Mistral, l'hirondelle de
rivage porte aussi dans le midi de la France le nom de riheirolo,
rivieirolo, rebcirolo, raheirolo. Il semble cependant que la forme
masculine ribeirou <C ripariolus soit plus répandue que la
torme féminine'. Pour cette forme masculine elle-même, il est
permis de remonter à une date assez reculée dans le latin vul-
gaire : en effet, dans un glossaire de Cambridge (Corpus Christi
Collège 144), qui est attribué au viii^ siècle, on lit ripariolus
avec en face le mot anglo-saxon siaeâsuualpe, lequel signifie
littéralement « hirondelle de rivage-* ».
ScARDA. — Parmi les noms de poissons, entre se a r u s et m u 1-
lus, figure le mot scarda. Comme lescarus, dont l'identité
n'est pas établie, et le mu 11 us (mulet ou rouget) sont des
poissons de mer, il est probable que la scarda de Polemius
Silvius est identique au scardo de l'interpolateur d'Aelfric,
qui est le bar ou loup de mer K Toutefois c'est aussi bien parmi
les poissons d'eau douce que parmi les poissons de mer que ce
terme paraît avoir survécu et donné naissance à des dérivés,
surtout, sinon exclusivement, dans le nord de l'Italie. Le
simple scarda (latinisé en scarda parPlatina dans le x^ livre de
son De honesta Voluplale '' est encore vivant en Lombardie où
il s'applique, concurremment avec son dïmmmïï scardola, à la
1. Op. laiid., p. 48.
2. Faune pop., II, 347.
3. Ihid., II, 323.
4. An eighth-century lalin-at:^lo-$a.\on Glossary, editcd hv J. H. Hessels
(Cambridge, 1890}, p. 103, no 195. Dans le glossaire interpolé d'Aelfric on
trouve r a p a r i o 1 u s (faute manifeste pour ripariolus) glosé par fiscere (éd .
Wright revue par Wùlcker, col. 132) : c'est le martin-pêcheur.
5. Cf. Rcv. des laiii^iies roui , XLVIII (1905), p. 194, article de M. P. Bar-
bier fils.
6. « Scardae, quovis modo coquantur, insipidae sunt, et plus molestiae
ob minutissimas spinas interedendum quam voluptatis afferunt » (fol. xciv
v'o Je l'édition parisienne de 1 530, la seule qui soit à ma portée).
LE LATERCULVS DE POLEMIUS SILVIUS I9I
brème commune'. Antoine Oudin se contente de traduire
scarda par « sorte de poisson »; Duez, plus savant ou plus
suffisant, dit : « Scarda i, brame de mer, une sorte de
poisson -». Il est d'accord avec Oudin pour considérer scàrdine,
scàrdola, scardona et scardonc comme des termes synonymes
désignant « une sorte de poisson de mer comme une petite
carpe ». On sait que scardova a été employé par Dante, Inferno,
29 :
E si traevan giù l'unghie la scabbia
Come coltel di scardova le scaglie.
Dans le Tessin, scàrdola s'applique au Leucisciis trythrophîal-
mus, le Scardinius erythrophthalmiis du prince Bonaparte'.
En somme, le témoignage d'Antoine Oudin, dont Duez
n'est que le plagiaire, a bien peu de poids, en présence des faits
contemporains, pour nous persuader qu'en italien scarda et ses
dérivés désignent réellement un poisson de mer.
Sofia. — Le nom de poisson sofia, que Polemius Silvius
place entre tinca (la tanche) et alburnus {Taulmir de Béarn,
Xauhourne ^Q Saintonge +), est très répandu aujourd'hui dans
nos patois de l'Est et du Sud-Est. Dès le xvi'' siècle, Belon et
Rondelet ont signalé l'existence de sophio en Languedoc et de
suiffe en Lyonnais pour désigner la vandoise >. Mistral enregistre
1. Rolland, Faune pop., III, 144 (d'après Schinz, Faiitia Helvetica-, 1837).
2. La brème est un poisson d'eau douce, mais on désigne aussi sous le nom
de « brème grise » et de « brème de mer », particulièrement en Picardie
(Rolland, op. laud., III, 166) le Canthants ou, selon d'autres (voy. Baudril-
lart, DiV/. des pèches, 1827, p. 77) le Spams brama L., dit aussi « carpe de
mer ». Cf. Bibl. nat., franc. 25545, fol. 19 r" : « Ce sunt les menieres des
poissons que on prant en la mer... Brieines, id est besques (= becûe?) ».
La lecture hesquis (Godefroy, s. v.) est erronée ; c'est le même texte qui est
cité dans Godefroy, besq.ue.
5. Rolland, op. laud., III, 141 (d'après Pavesi). Je vois dans Valenciennes,
Hist. des poissons, XVII, 92, que le prince Bonaparte, à qui est dû le genre
Scardinius, admet une variété, distincte de celle-ci, et qui porte les noms
vulgaires de scarda, scardafa, scaerdova, etc.
4. Cf. Romania, XXXIII, 139.
5. Belon, De Aqaatilibus (Paris, 1553), p. 3' 3 • " Parisienses une vandoise
...Lugdunenses siiiffani vocant ». — Rondelet, Universx Aqualiliiun Historix
1^2 A. THOMAS
les variantes sofi, sdjio, sdujîo, sôufio, sufio, suifo, souafo, comme
s'appliquant, selon les régions, à l'ablette, à la vandoise et à
l'ombre'. N. du Puitspelu donne, pour le lyonnais, soifi et suèfi
que, dit-il, on francise, à Lyon même, en soif, et qui désigne
spécialement Tablette. Littré a endossé une vieille coquille
typographique lorsqu'il a inséré dans son article suisse une
section ainsi conçue : « 6° Nom d'un poisson, le leucisque
commun, Cyprinus kuciscns /.-. » Suisse est une faute d'im-
pression pour siiiffe, dont la responsabilité première paraît
remonter à La Chesnaye des Bois, auteur d'une compilation
publiée en 1739 sous le titre de Dictionnaire raisonné et universel
des animaux.
J'emprunte à la Faune populaire de Rolland l'indication plus
intéressante que la vandoise porte dans la Côte-d'Or le nom de
scujfe\ et que le Cxprinus nasus s'appelle seufjle, sojfle à Mont-
béliard, chije dans la Moselle, sife, soife, soufe dans le Jura-*.
Tout cela, malheureusement, ne nous dit pas ce que c'est en
définitive que ce nom vulgaire de sofia que Polemius Silvius
nous a transmis : il n'est pas vraisemblable qu'il vienne du
grec (yzz'ix « sagesse ' ».
SuBTER. — Parmi les oiseaux, entre numidia(pour numi-
dica) la poule de Numidie ou pintade, et clivia, terme
archaïque qui désigne tout oiseau de mauvais augure (Pline),
pars (il le lit (Lvon, 1555), p. 191 : « A Gallis vandoise, a Santonis et Pictavis
dard, a nostris sopino, a Lugdunensibus suiffe... » Sui^e a passé de là dans
Jean Thierry, Nicot, Cotgrave, etc. Ce dernier donne aussi sophie.
1 . Je ne sais où Mistral (art. soFio) a pris l'indication d'un mot « roman »
sopbia; M. E. Levy m'informe qu'il ne l'a trouvé dans aucun texte.
2. Suisse est donné comme nom vulgaire de la vandoise ou dard par tous
les grands dictionnaires français : Boiste, Landais, Bescherelle, Larousse, etc.,
sans parler des dictionnaires français-anglais, français-allemand, etc. Le Nou-
veau Larousse illustre a omis ce sens; c'est bien, mais il aurait fallu instituer
un article suiffe.
5. Tome in, p. 142 (d'après Vallot, Ichlhyologie française, Dijon, 1857).
4. Ibid., p. 152-153 (d'après Sabler, Géhin et Toubin). — Mon collègue
M. Seignobos m'apprend que dans l'Ardèche sojio désigne le véron.
5. Je dois à mon confrère M. Vidier la communication — faite au dernici
moment — d'un article de M. J. Désormaux paru dans la Revue savoisienne,
LE I..^TERCULL■S DV. POLEMIUS SILVIUS I93
on trouve inscrit dans le manuscrit de Polemius Silvius le nom
énigmatique subter, sur lequel on ne peut que faire des hypo-
thèses. Peut-être avons-nous affaire à une forme archaïque ana-
logue à infer et à super, pour inferus et superus, soit un
adjectif non attesté *subterus, de même sens que *subtera-
nus, lequel fait pendant à superanus, et est représenté par
le provençal solra{)i) « qui est en dessous » '. Le provençal
moderne connaît le verbe sonta « plonger, nager entre deux
eaux », d'où soiilairc, nom du grèbe dans le Var - ; le dialecte
vénitien donne le nom de sottarolo <<*subtariolus au Podiceps
fluviatilis ou plongeon'. Il est donc probable que subter
s'applique à un oiseau plongeur.
Taxo. — Voilà un mot qui n'est pas nouveau pour les
Romanistes et qu'ils ne seront pas embarrassés pour identifier.
Polemius Silvius le place entre histrix (grec OT-rpiç « porc-
épic », peut-être aussi « hériçon ») et ericius-* (le hériçon) :
c'est le blaireau, en italien lasso, en prov. tais, en français dia-
lectal tesson, etc'. Je relève ici la présence de taxo chez Pole-
ler trimestre de 1904, p. 67-70, sous ce titre : « Le français local um- suif. »
J'y trouve l'indication d'un article de Littré qui m'avait échappé et que je
reproduis : « f soëf (so-èf) s. f. Nom donné dans l'Ain au chondrostoma
'/(75«i Agassiz, cypriiius tutsiis, L., dit aussi quelquefois vandoise; mais la
vraie vandoise c'est le cypriniis lencisciis, L. » M. Désormaux renvoie aussi à
un article de M. Arnould Locard, paru en 1903 dans les Me'iii. de VAcad. des
sciences, belles-lettres et arts de Lyon, 3e série, t. 7, p. 54-60, article intitulé :
(' La soafe et le hotu », que j'ai lu, mais qui ne traite pas de l'étj'mologie du
« nom assez étrange de soafe ou seiiflen. Quant à l'opinion exprimée et déve-
loppée par M. Désormaux, à savoir que le nom de notre poisson est tout
simplement le latin su a vis, il n'en faut plus parler aujourdui.
1. Kôrting donne * superanus, n» 9264, mais il a omis *subteranus.
L'existence en latin vulgaire de l'adj. *subterus est rendu presque certaine
par ce fait que l'anc. prov. a sotror, lequel ne peut être que *subteriorem
(^omisdans Kôrting); cf. mes Essais de phil. franc., p. 107.
2. Rolland, Faune pop., 11,404.
3. Bonelli, dans SludJ di filol. romança, IX, 407.
4. Le texte donné par Mommsen dans les Momunenta porte irioius,
mais il est à croire que c'est une faute typographique pour i r i c i u s , qui se
lit dans le texte des Ahhandlungen.
S- Cf. Kôrting, 2^ éd., 941 1.
Romania. XXXV j.
194 '^- THOMAS
mius Silvius, parce que, avant la date où a été composé le
Latercitliis, nous n'avons pour témoigner de son introduction
dans le latin vulgaire que l'adjectif taxoninus chez le
médecin Marcellus. La forme concurrente taxus se trouve
dans un commentaire sur l'épître aux Hébreux de saint Paul
qui a été publié en dernier lieu dans la Patrologic latine de
Migne, tome 117, col. 915. L'attribution traditionnelle de ce
commentaire à Primasius, évêque d'Hadrumète au milieu du
vi'= siècle, paraît controuvée : d'après M. Zimmer", l'auteur
aurait écrit à la fin du V siècle dans la Gaule méridionale.
Il est donc tout à fait certain que le germanique *thahs a été
latinisé dès le v" siècle en taxus et taxo; quant à chercher
dans l'hébreu l'origine commune du mot germanique et du
mot latin, comme l'a fait Hermann Rônsch ^, c'est une idée
déraisonnable qui ne mérite pas d'être discutée.
Tecco. — Polemius Silvius inscrit tecco dans sa liste des
poissons entre pectunclus' (le coquillage dit aujourdui
pétoncle') et coluda (terme inconnu). Il n'est pas douteux
qu'il ait en vue le même animal que celui qui figure dans
VEpistula de observatione cibonim du médecin Anthimus, rédigée
entre 511 et 534 : « Tecones (var. teciiiiis, teccuris, teccones)
dicuntur esse filii esocum-^ ». M. Valentin Rose, qui a le pre-
mier fait connaître Topuscule d'Anthimus', a très justement
rapproché ce terme, jusqu'alors non signalé, du français dialectal
taco>i. S'il s'était avisé de l'existence de tecco dans le Latercu-
lus, il aurait certainement adopté la leçon tecco nes> laquelle
est d'autant plus sûre que le limousin técoii « saumoneau » cor-
respond encore plus exactement à cette leçon que le français
tacon et confirme l'existence d'un doubler dans le latin vulgaire.
Quel est actuellement l'habitat des représentants de tecco?
M. Rolland ne connaît que le bas-limousin técou : son informa-
tion est trop restreinte. Littré, article tacon, dit : « Jeune sau-
1. Pelagiiis in Irland, p. 136.
2. Zeilschr. fur roiii. Phil., I, 420.
3 . Le ms. porte fautivement pectu nctus.
4. Édit. Valentin Rose, p. 16, ligne 8.
5. En 1870, dans les Anecdota publiés à Berlin, II, 43-62; voy. spéciale-
ment p. 55, où est cité un passage de Belon (1555).
LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 195
moneau, dans le bassin de la Loire » : c'est trop de latitude.
Mais à l'article TÉcou, il s'exprime ainsi : « Nom, dans le bas-
Limousin, de petits saumons qu'on trouve dans la Vienne et le
Taurion ' ». Or le Taurion n'a rien à voir avec le Bas-Limou-
sin : il appartient à la Creuse (Marche et Poitou), pour la
plus grande partie de son cours, et à la Haute-Vienne (Haut-
Limousin), pour les derniers kilonctres, avant son confluent
avec la rivière de Vienne; on peut donc qualifier técou de mot
du patois limousin, car il est commun à une partie (qui reste
à préciser) des trois départements actuels qui correspondent en
gros à l'ancienne cité des Lemovices. Teccoa aussi un pied
en Berry, comme en témoigne le Glossaire du centre du comte
Jaubert, où on lit ce qui suit : « Sorte de petite truite que
l'on pèche dans la Creuse aux environs d'Argenton et au-
dessus. On regarde mal à propos comme un jeune saumon ce
poisson du goût le plus délicat; c'est \erille-. Une observa-
tion décisive fait reconnaître que le tacon n'est point un petit
saumon. 11 a 63 vertèbres et le saumon n'en a que 36.
M. de la Tramblais a fait connaître ce fait il y a une vingtaine
d'années \ »
Il ne faut pas confondre avec le nom fccou ou tacon celui de
tacaiid, ou iaco, porté sur nos côtes de l'Atlantique par quelques
1. lia en outre un article tocax, où il se contente d'une définition som-
maire (vov. plus loin).
2. Aucun des grands dictionnaires courants, ni Littré, ni Larousse, ni Bes-
cherelle, ni Sachs, ne donne ce mot rilli, que le comte Jaubert a l'air de
supposer connu de tout le monde. J'ai fini par le dénicher dans le tome 45
(paru en 1827), p. 471, du Dict. îles sciences naturelles, où on lui consacre
cette notule : « Rille, i?///ir(Ichthyol.) nom spécifique d'un poisson du genre
Salmone ». Mon ami M. le D^ Dorveaux m'apprend qu'il remonte à La-
cépède, Hist. nat. des poissons, t. V (an XI de la République), p. 224-226,
et qu'il provient du nom de la rivière de Rille, affluent de la Seine. Il est
reconnu aujourdui qu'il v a dans la Rille des saumoneaux et des truites
mais pas de rilles, car le rille n'existe pas réellement (voy. Cuvier et Valen-
ciennes, Hisl. nat. des poissons, XXI, 1 51-15 3).
5. Je n'ai pas qualité pour me prononcer sur ce point d'ichtyologie; je
crois pourtant que la vieille opinion rapportée par le médecin Anthimus
sur les « teccones » est encore aujourdui la plus autorisée.
19e A. THOMAS
variétés de gades, Gndiis ininittus, Gadus lusciis ou Gadns harha-
tus ' .
Il semble bien, en revanche, qu'il faille le reconnaître dans
tocan, mot que Littré définit par « saumon qui a moins d'un
an », mais sur la provenance duquel il ne fournit aucun
renseignement. Or tocan existe sur deux points très éloignés
l'un de l'autre du territoire de la Gaule, d'une part en Béarn
(sous la forme ancienne tocaa, rapportée par P. de Marca ^),
d'autre part dans la Basse-Auvergne, sur les bords de TAllier '.
En Béarn, iocaa nous ramène à un type * toccânus, qui a pu
être primitivement *teccanus. Mais en Auvergne, la présence
du son explosif c ne peut s'expliquer que par une substitution
de suffixe relativement récente; les conclusions de la phoné-
tique historique sont d ailleurs d'accord avec les faits connus
des naturalistes, car c'est Belon qui a le premier signalé les tocans
de l'Allier, et il les appelle tacons ^.
Est-il possible de connaître rét3'mologie de tecco? Je cons-
tate que M. Holder a recueilli le mot dans Polemius Silvius
(sans faire mention de sa présence dans Anthimus)et l'a inscrit
sans commentaire dans son Alt-celiischer Sprachschat':^. Je vois
bien aussi chez lui un nom de potier Tecco, dans la région de
Trêves, mais je me demande s'il y a là de quoi établir l'origine
celtique du nom du saumoneau, même en tenant compte du fait
que esoxest lui-même un mot celtique. Quant à l'idée émise
par Littré (art. tacon), à savoir que l'on aurait affaire à un radi-
cal tac « pointe », lequel est non pas celtique, mais germa-
nique,il faut absolument y renoncer, puisque nous voyons que
la torme la plus ancienne du nom de notre poisson est tecco
et non *t acco.
1. Duhamel du Monceau, Traite des pèches, 2^' partie, p. 156; Rolland,
Fawie pop.,111, 115 ; Littré, Supplément, tacaud, etc. — Baudrillart, dans son
Dict.des pêches (1827), p. 523, donne concurremment tacaud et tacan, mais
cette dernière forme semble être le résultat d'une coquille typographique, n
pour n.
2. Lespy et Raymond, Dict. béarnais.
3. Duhamel du Monceau, Traité des pêches, 2« section, p. 223 et s.
4. En fin de compte je suis porté à croire que tocan, en tant que certains
compilateurs l'appliquent à un poisson de l'Allier, est sorti d'une faute
d'impression pour tacon ; je tiens de bonne source (communication de
M. FélixChambon) qu'aujourdui comme au temps de Belon les riverains
de l'Allier disent tacon.
LE LATERCXJLUS DE POLEMIUS SILVIUS I97
Titus. — La latinité du mot titus <> pigeon sauvage,
ramier » n'est formellement attestée que par un scholiaste de
Perse, dont il est impossible de fixer la date, et par Isidore de
Séville ■ : le témoignage de Polemius Silvius, qui rapproche
titus et titiunculus dans sa liste des oiseaux, a donc son
intérêt. Bien que Kôrting ait omis ce mot, même dans sa seconde
édition, il appartient au latin vulgaire et est représenté aujour-
dui dans des régions fort éloignées les unes des autres, soit
sous la forme simple, soit sous une forme allongée à l'aide du
suffixe -onem. Dès 1879, sans connaître, à ce qu'il semble,
l'existence du mot latin, M. Rolland avait rapproché du terme
todc, usité dans les Pyrénées orientales, les noms sardes du
ramier: tidus, tidonc, tiidone^. Depuis lors M. Salvioni a
signalé la présence du type en -onem dans la Basse-Engadine
sous la forme tidun '.
Tremulus. — Nom d'oiseau qui se retrouve dans les gloses :
« Tremulus o-cig-ottuy'-? '^- » H est certain que c'est lacauda tre-
m u 1 a qui figure aussi dans les gloses, avec ces synonymes grecs :
ï£'.(j:-uYv^ : r, ïu^;, c ccwoupcç 5. Le mot tremulus ne s'est pas
conservé en roman avec ce sens, mais l'italien connaît codatre-
mola, nom de l'oiseau que le français courant appelle bergeron-
nette, et auquel les patois du Nord et du Midi appliquent des
noms variés dans lesquels figure le mot qtieue ou ses diminutifs
combinés avec les verbes battre, bal Jer, hausser, hocher, lever, etc. ''.
A. Thomas.
1. Cf. une note de F. Bûcheler dans VArchiv fur lut. Lexicogr., II, 118-
120. Servius donne te ta : « Columbae quas vulgus tetas vocant » (Eclog., I,
58).
2. Faune pop., II, 550. Cf. Archiv fur ht. Lexicogr., II, 508, note com-
plémentaire de F. Bûcheler où sont cités, d'après une communication de
M. W. Foerster, les mots sardes, mais non le mot catalan. (Ce dernier est
enregistré dans le dictionnaire de Labernia sous les formes concurrentes todo
et ludô). Dans son compte rendu de la première édition de Kôrting (Zeitschr.
fur (Tsterr. Gynniasien, 1891, p. 777), M. Mever-Lùbke a signalé la lacune,
mais n'a cité que le mot sarde ttdu.
5. Nuoï'e pastille italiane al vocaholario latiiio-roi)ian:^o, dans les Reiidiconti
del r. Istituto Lombarde, 1899.
4. Corp.gloss. latin., II, 452, i.
5. Ibid., m, 258,21.
6. Cf. Rolland, Faune pop., II, 224.
LA DECLINAZIONE IMPARISILLABA
IX -J -ÂNE, -0 -ÔNE, -E ÉNE -ÏNE, -I ÏXE -ÉNE
NELLE CARTE MEDIEVALI DTIALIA
Il titolo è lungo; e puô parère anche pretensioso chi consi-
deri che di certo non ho io inierrogate tutte le carte édite del-
ritaha médiévale ma mi sia di nécessita ristretto a un certo
numéro di raccoltescelte tra le più copiose,e, perquestaoquella
ragione, più cospicue'. Lo lascio tuttavia tal quale m'è inavve-
I . Sian qui indicati insieme alla sigla con cui s'allegano : CDL = Codex
DipUmiaticus Latigohardiae (costituente il vol. XIII degli Historiae Patriae
Monintietita) ; CDBe. = Codex dipl. Civ. et EccL Bergomatis di M. Lupi (se
n'è spogliato il 2° vol. fino circa ail' a. 11 30); — CDLod. ^= Codice dipl.
Landese â cura di C. Vignati (in Bihliotheca historica italica, vol. I, II, III);
— CDR = Codice dipl. d. Re~ia pubblicato da F. Fossati* in Periodico
d. Societàstor. di Como, vol. VI-XIII (spogliato fin circa ail' a. 1200); —
DR =; Doctim. d. Re:(ia Chiaveniiasca anteriori al sec. XIV. pubblicati da
P. Buzzetti (Como 1903) ; — HPM = Historiae Patriae monumenla, e la
sigla rimanda propriamente ai volumi Chartariim I e II recanti i documenti
deir antico Regno subalpino ; — M.V =^ Moniimenta Novalicensia vetustiora
a cura di C. CipoUa. Due volumi (Ronia, 1898-901); — .-^.V r^ Stoiia del-
VAhbaiia di Noiuiutola di Gir. Tiraboschi (vol. II, che porta i documenti); —
MR = Monumenti Ravennati de' secoli di :ne'{:;o pubblicati da M. Fantuzzi,
vol. I e II; — CDP z= Codice dipl. Padovano dal sec. sesto a tutto V iindecimo
di A. Gloria; — CDI =1 Codice dipl. Istriano, dcl Kandler, che si cita collo
indicar l'anno del docum. ; — ML = Memorie e Docmn. per servire alT istoria
del Ducato e délia Diocesi di Lucca, vol. IV, pp. I e II. vol. V, pp. II e III (v.
Blanchi, Arch. glotl. it., IX 369); — RALz^Regesti del r. Arch. di Stato di
Lucca (Lucca, 1903). Vol. I. Pergamene del Diplomatico, p. i" (daW a. "jç^o
ail. a. 108 r); — DA =r Documenti per la storia délia Città di Are^o nelmedio
Evo raccfllti per cura di UhMo Pasqui. Vol. I : Codice dipl. (a. 6jo?-iiSo').
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA I99
dutamente caduto dalla peiina, perché forse posso lusingarmi
dioftrireai lettoriun quadro abbastanzacompiuto del fenomeno
morfologico che per l'Italia ho impreso a studiare, un quadro
che più insistenti ricerche potranno peravventura meglio colo-
rire, potranno quà e là nellc linee secondarie modificare, ma i
cuicnpitali contorni non potranno essere sensibilmente alterati.
La mia fatica intende solo a raccogliere e a disporrc dei
materiali e a completare per questo lato i lavori sapienti che in
questa stessa rivista son venuti pubblicando il compianto Paris
(Roiiuwia, XXIII, 321 sgg.), che con mano maestra tessè la
storia délia quistione, e il Philipon (//'., XXXI, 201 sgg.), il
quale ha intaccata, con argomenti, a parer mio, vittoriosi, la
teoria délia origine mediatamente o immediatamente germa-
nica délia flessione -a -âne, -0 -âne, dimostrandone invece la
genesi latina^ Per la quale parla eloquentemente il fatto che i
vari tipi délia nostra flessione compajano nelle iscrizioni latine
prima délie invasioni barbariche, e dovevano essere abbastanza
diffusi nel latino dell'età impériale perché i nomi barbarici
Firenze, 1899; — CDT =: Codice dipl. Toscano di Fil. Brunetti; — RF =^ Il
Regesto di Far fa compilato da Gregoriodi Catino e pubhlicato[a cura di I. Giorgi
e M. Balzani ; — RS = Il Regi";to Stddacense delV iindecimo secoh puhblicaio
du L. AUodi e G. Levi (Roma 1885); — CCav. =. Codex dipl. Cavensis,
vol. I-IV (v. de Bartholomaeis, Arch. glott. it., XV, 247 sgg., 527 sgg.);
— CCaj. = Codex Cajetanus (citato sulla fede del de Bartholomaeis, Arch.
ghtt. it., XVI, 9 sgg.) ; — CDU = Codice diplomatico Barese, vol. I-V (Bari,
1897-902).
Le seguenti scritture sono solitamente citate col solo nome dell' autore :
GlULiNi, Memorie spettanti alla storia délia città e campagna di Milano, 2» éd.,
vol. VII; — Bluhme, Die Gens Langohardorum II : Ihre Sprache (Bonn,
1874); — MEYER(Karl) Sprache und Sprachdenhniiler der Langoharden (Pader-
born, 1877); — ^KUCK'iiER, Die Sprache der Langoharden (Slrassburg, 1895);
— Wrede, Ueber die Sprache der Ostgoten in Italien (Strasshurg, 1891); — HoL-
DER, Altceltischer Sprachschat^; — Bianchi, La déclina^, dei nomi di liiogo
délia Toscana, in Arch. glott. it., vol. IX, 365 sgg., X, 305 sgg., ed è inteso
il vol. X quando il rimando avvenga colla sola indicazion délia pagina. —
Ricordo infine che nel citar gli esempi, adopero « 5. » per i< signiim», «/. »
per « fliiis, -a -ii -iae, ecc. »
I. Alleconclusioni del Philipon s'associa 'ûParis (Romania, XXXI, 251 n.);
ma non nepajono intieramente convinti lo Schuchâvdt (Zeitschr.f. roni. Phil.,
XXVI, 638), che fugaccmente propone una nuova dichiarazione délia decli-
200 C. SALVIOXl
potessero senz' altro adagiarsi in essi. Gli esempi antichi di -n
-niii' posson vedersi presse il Paris e il Philipon (v. anche Sittl,
Wolfflin's Arch., II, 580, Meyer-Lûbke, Einf., § 153, Densii-
sianu, Hist. delà langue roumaine, I, 139); di -0 -ô»^ abbiamo
i'unico ma prezioso dativo Valentioni in una iscrizione cristiana
dell'a. 564(v. Bonnet, le lat. de Grég. de Tours, 227),equanto a
'/ -ine le iscrizioni délia Narbonese conoscono i dativi Nalalini
e Suabini, che il Philipon (p. 227) ha torto di ritener foggiati
sul tipo sanguis sanguinis, supponendo cosl che s'abbia da leg-
gtre Nalalini ar\7À che Natal lui '. Di -^ -é7ie diremo più in là.
Ma com' è sorto nella lingua di Romaquesto tipo flessionale?
Prcmetto esser mia ferma convinzione che bisogna considerare
il tipo, prescindendo dalcolore délia vocale tematica, e cioè corne
un tipo unico, corne un solo sistemadi forme-, allô stesso modo
nazione imparisillabica, e il Meycr-Lûbke (Grôber's Grundnss, 2* éd., vol. I,
p. 485). Qui ricorderô che già nel 1877, un germanologo, il Meyer (p. 271),
dubitava dell' origine germanica délia declinazione imparisillaba. [Xa impor-
tante trattazione del Suchier, Grôber's Gr., 2^ ediz., 827-8, non mi è capitata
sott' occhio che dopo avère steso il mio articolo.]
1. È forse il nom. -ï(s) che induce il Philipon a leggere -^ini (= -?;//),
dimenticando che anche ad -âne corrisponde il nom. -â. Gli è che abbiamo
qui da fare con prodotti analogici, che poco o punto si preoccupavano délia
regolare fonetica latina.
2. A due riprese il Meyer-Lûbke ha tentato una scissione pur dentro ai
limiti d'una sola categoria. Nella Einf., par. 153, distingue egli tragliappel-
lativi personali mascolini del tipo barha -hanis, — che sarebbero dovuti al
tipo lat. -0 -onis, quasi a sanare il contraste tra il significato mascolino e la
desinenza-rt, — e i nomi propri feminili e mascolini in -a, ai quali si sarebbero
associât! degli appellativi feminili, corne amita -tanis, molto affini ai nomi propri.
I nomi propri, secondo il Mever-Lubke, sarebbero d'origine germanica, appa-
rirebbero nel sec. 7°,e si ritroverebbero solo cola dove la mescolanza tra latini
e germani è molto forte. 1 primi, s'io non l'raintendo l'autore, sarebbero da
ritenere romanzo-comuni. Nel Grôber's Gr., il Meyer-Lûbke mantiene, non
senza qualche esitanza, la distinzione, soltanto i motivi di essa sono legger-
mente modificati : i nomi délia prima categoria apparirebbero solo in iscri-
zioni deir Oriente neo-latino e cosi il famoso fem. Fortunataiiem {-ni nel
Meyer-Lûbke), mentre gli altri feminili d'origine germanica e latina (nonchè
i loro compagni, gli appellativi del tipo amita -tanis) apparirebbero solo nella
Gallia, nella Rezia e nell' Italia settentrionale e non prima del 7° sec,
rimanendo cosi estranei aile iscrizioni di queste regioni. Tra il primo c il
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 201
che nellatrattazion dell' infinito, p. es. trattiamcome una forma
sola e -â-re e -Mr e -1-re. Il che è stato recentissimamente
anmiesso anche dallo Zimniermann (Zeilschr. /. rom. Phil.,
XXVIII, 343), ma parmi che in definitiva non ammetta il Phi-
lipon, il quale cerca una spécial dichiarazione per -a -âne
(p. 236) e un'altra per -o {-us) -ônc (pp. 203-4)', ^^l quale
si concède solo che possa essere stato tra i coefficienti del primo.
Alla diretta influenza del lat. -0 -onis di accezioni personali
{lafro-uis, ecc.) sui masc. in -a pure di accezion personale, e
poi di questi sui loro correlativi feminili, pensa ilDensusianu,
p. 140, senza più precisamente spiegarsi. Il Meyer-Lùbke poi
(Crôber's Gr., 2^ éd., p. 483 ; un p6 diversamente giudica lo
secondo de" due giudizi del Meyer-Lùbke era apparso l'art, del Philipon e ciô
spieghi le varianti del secondo. Ma objezioni ne rimangono da fare e parec-
chie: in primo luogo contro Fargumentum ex silentio che poco o punto
vale quando si sa che le iscrizioni si sforzavano di imitare il linguaggio ele-
vato e che solo per caso si lasciano scappare i volgarismi, tanto che molti e
molti fatti fonetici e morfologici che noi dobbiamo attribuire al latin volgare
non hanno dalle iscrizioni nessuna conferma ; ne per questo se ne dubita.
Tiittavia qualche esempio par proprio che le iscrizioni délia Gallia lo torni-
scano, e v. Brunot, Histoire tic lu langue françaiae, I, 80. Poi contro la limita-
zion territoriale degli esempi : aliliane e amitaint occorron nella Toscana, e
tiaiiasi rltrova pur esso, fin dai primordi del sec. 9°, a Lucca, poco più tardi,
neir Umbria, e nel sec 11°, nella région méridionale. Ne mancano, perla
Toscana e l'Umbria, le traccie dei nomi propri in -a -âne. Chè se anche taluno
dei pochi feminili che più in là si attribuiscono a questi territori, potrà essere
discusso, non v' ha dubbio che qualcheduno rimane superiore a ogni conte-
stazione. Q,ijanto aile ragioni geografiche, non sarô poi solo a stupirmi che il
Meyer-Lûbke chiami « orientali » gli esempi epigrafici provenienti da Taranto,
da Pozzuoli, da Miseno, e circa aile cronologiche, chi crede ail' unità siste-
matica délia flessione -a -âne, puô pensare ragionevolmente che la lacuna
tra gli esempi epigrafici e quelli del sec. 70 è ben riempita dai nomi gotici che
Cassiodoro, Giordane e altri ci presentan rivestiti délia flessione -a -âne (v.
più in là, p. 216, n.). E allora, — e non solo per questo motivo del resto,
— non parrà una inutile violenzi. yjella di separare l'esempio Fortiiiiataneui-,
per quanto epigrafico <; per quanto orientale dai suoi compagni latini e non
latini che compajon nelle scritture occidcirtii del sec. 70? — SuU' argo-
mento ritorna il Meyer-Lùbke in Litbl.f. ^. ii. r. Ph., a. 1904, p. 206.
I. La quistione s'è fin qui svolta intorno ai soli due tipi -0 -ône e -a -dm.
Gli altri due furono prima d'ora trascurati o menzionati solo per incidenza.
Se ne tocca più in là.
202 C. SALVIONl
stesso aurore in Eiiif., § 153), dichiarerebbe -a -ànc dalla
iinmissione del « délia flession debole germanicae insieme dalla
influenzadei masc.del tipo Petro (-us) -trône, che quindi avreb-
bero preesistito a quello. Il tipo masc. è poi spiegato, ma in
modo dubitative, del Meyer-Lùbke, invocando insieme ragioni
fonetiche e analogiche : nella Francia e nella Rezia, cioè, -e e
-(1 venivano a coinciderc in -e, e cosî nel vocativo risultava una
identica forma tanto dal lat. Peints -i quanto dai nomi propri
in -0 (jçi.QS., voc* Lee= Léo''). Masiccomea questo *L<'c corris-
pondevan gli altri casi come Leonis ecc, cosî al voc. Petrc si
creô un * Petronis qcc. Questa congettura crolla par la conside-
razione che il tipo Petro (-its) -trône t di tutta l'Italia continen-
tale mentre solo nnn parte délia penisola potrebbe acconciarsi
al fatto fonetico supposto dal Meyer-Lûbke. — Siam dunque
sempre in alto mare e il lettore vorrà guardare benigno al
nuovo tentativo di guadagnare la riva -.
La sentenza che « poca favilla gran fiamma seconda » s'avvera
molto di spesso ne' procedimenti d'ordine analogico. Ogni
niomento è dato ail' indagatore di riconoscere la straordinaria
tortuna di certi suffissi, di certe forme, chiuse prima in assai
brève sponda. Orbene, è uno di questi casi che, se l'ipotesi mia
coglie nel segno, ci si offre nella genesi délia declinazione
imparissillaba. La chiave di volta dell' edificio sarebbe il sost.
barba barbàne. Questa forma ci è attestata da una iscrizione di
Taranto, e che fosse diffusa su tutta Italia è esuberantemente
provato dair articolino che più in là le si consacra. A Roma
adunque c'era barba -bàne. Se la voce colla sua flessione sia
1. L'esempio non è nel Meyer-Lûbke, ma mi lusingo, allegandolo, di ren-
der bene il pensiero dell' illustre romanologo.
2. La nécessita di descrivere con chiarezza il procedimento analogico quasi
mi obbliga a prcsentar qucsto come più semplice, come meno complicato
che in realtà non sia. Poichè veramente più correnti potevano incontrarsi,
confondersi e anche intralciarsi. Cosi non v'ha dubbio che ai nomi propri del
tipo Petro {-us) -tronis la via era molto agevolata dai cognomi in -0 -otiis
(v. Philipon 205, e anche 247 n), e da ciô certo si spiega la proporzione
quantitativamente assai maggiore in cui ci si offrono i nomi propri personali
d'origine latina in -0 -one, di fronte agli altri. E d'altra banda ail' incremento
di questi altri contribuiva non poco il fatto délia forte proporzione numerica
dei primi.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 203
stata si ono portata nelle altri parti dell' Impcro, non consta",
ma poco monta, poiclic nulla vieta di ritenere che il tipo -a
-unis sia stato dall' Italia portato altrove quando il germe già
aveva dato i suoi primi frutti. L'origine di barba -bâne io poi
l'attribuirei alla spéciale influenza di un *barbo -bonis che la tra-
dizione non ci ha conservato(c'c tuttavia il nome Vibideius Barbo
allcgato da R. Fisch in Wôlfflin's Archiv, V, p. 62), se non
torse neir it. barbonc « uomo dalla lunga barba », ma che si
puô supporre esistesse come allato a biicca e giila esistevano
biicco -cconis e giilo -lonis. Venuto barba al significato personale
e mascolino di « barbuto » (onde poi quello di « uomo vene-
rando », di « zio »), era ovvio si andasse formalmente racco-
stando a *barbo -nis, ch' era in fondo un suo sinonimo, e ciô
tanto più facilmente quanto più viva doveva sentirsi la néces-
sita di distinguere tra barba barba, e barba barbuto. E il rac-
costamento si compl nel senso che il masc. barba, pur conser-
vando la sua vocal caratteristica, adotto la flessione e con essa
la vicenda accentuale di *barbo.
Ma barba -nis era un nome di parentela, apparteneva a una
vasta categoria concettuale, e cosi poieva far sentire la propria
influenza in una duplice direzione : prima su d'altri nomi
mascolini di parentela uscenti essi pure per -a (p. es. su atta,
ridotto a*atla -nis; cfr. latani dat. CIL,X, 3646, e il vivo
attâne di cui più in là), poi sul suo correlativo teminile, cioè
su amita, che venne ad avère il gen.* aniitanis ecc. Questa
forma non è attestata da nessuna epigrafe, ma la sua antichità
(v. Sittl, Wôlfflin's Archiv, II, 580) e la sua diffusione (per la
quale depone anche il pure antico tia -âne dcU' Italia centro-
meridionale e dcUa Guascogna) attraverso l'Italia centrale e
settentrionale, la Gallia, la Rezia ci guarentiscono che il latin
volgare doveva conoscerla. E iala (e ^7//^) da una parte, come
suo corrchuivo mascolino, anrita dell' altro, come nome femi-
nile di parentela, cospiravano contro mania per fiirlo entrare nel
comun tipo di flessione (d. niamaui CIL, X, 2965).
S'era cosi venuto costituendo un nucleo, qualitativamente
assai forte, di sostantivi in -a -anis, mascolini e feminili^ un
nucleo che appariva come l'antesignano d'una spécial declina-
I. Circa ail' esistenza di un franc, barbe, zio, v. Paris, 336 n.
204 C. SALVIONI
zione dei nomi aventi un significaio personale e che doveva
percio esercitare una poiente attrazione, prima sui nomi per-
sonali \n-a, fossero essi nomi appellativi o nomi propri, — e noi
abbiamo visto or ora che una reciproca influenza tra questedue
catégorie la trova naturale anche il Meyer-Lùbke, — fossero essi
mascolini o feminili, poi sui nomi di altre declinazioni appar-
tenenti alla stesse catégorie concettuali. Poteva attrarre a se,
pur rispettandone la vocal tematica, dei nomi délia 2-' declinaz.
come avus, nel quale il tipo flessionale avo -vone si documenta
a Lucca nel 776, e la cui ditfusione e antichità insieme è provata
dal friul. avon, dal nap. vavone e dall' ant. sardo aioni (Solmi,
Carte volg., num. XI, a. 121 5)', e infine poteva attrarre,
sempre rispettando la vocal caratteristica dei nominativo, nomi
délia y in -c ed -/' -. S'era cosî costituito il sistema -a -âne, -0
-âne, -e -éne, -i -ine ' . /
1 . Un esempio che dimostra quanto strettamente si tenessero insieme le
diverse catégorie délia declinazione imparisillaba è Vattus -ttouis, nonno,
délia Lex Romana Utinensis o Curiensis (v. Sittl, /. c), che sarà il lat. atta
passato ad *atto (-us) -ttonc, grazie a *avo-vone, e grazie al parallelismo
mascolino con niaiiio -aiie ecc.,ecc.
2. Non conosco appellativi che entrino in quest' ultima categoria [v. perô
ora p. 206, n.]. Ma se gli appellativi sono pochi nelia i^ déclin., se sono in
minor numéro ancora nella 2», non istupirà che il caso non ce ne abbia
conservata nessuno nella y. I dialetti moderni délie valli alpine lombarde
hanno nevoddn le nipoti, ^undn le giovani, ecc, che son forme metaplastiche.
3. Il sistema che in origine, come s'è visto, non era limitatoai nomi propri
e anzi ha per punto di partenza degli appellativi, fini poi per divenire quasi un
sistema specifico délia flessione dei nomi propri personali. In esso s'adagiaron
soprattutto i nomi barbarici, cosi i mascolini gotici in -a, i feminili barba-
rici accolti come latini nelia i» conjugazione, i mascolini barbarici in -0, i
mascolini e feminili barbarici (e pochi greci) in -e -i. Non vi mancano natu-
ralmente i nomi latini e latino-cristiani ; ma quesli o in molta parte non
v' entrarono affatto o. entrativi, non vi allignarono troppo. E ci6 per due cause :
perché la forma tradizionale dei nome conservata ne' testi rappresentava come
un continue correttivo, e perché in fondo la flessione imparisillaba non potè
forse mai svestirsi d'una certa impronta bassa e plebea. Al quai proposito
è significantissimo il fatto che il nome dei santi, in quanto applicati alla
persona stessa dei santi, seguono inflessibilmente la declinazione classica,
e cosi mentre nelle pagine che séguono vedremo Maria -ri'aiie, Pctro -troue,
Amhrosio -sione, Gaudentio -tionc, sempre applicati a pcrsone di tali nom"
DECLINAZIONK IMl'AKlSlLLAliA NELLli CARTE D ITALIA 205
Si connette direttamente con questo sistema quella declina-
zione in -ê -cnis, che, per ritrovarsi quasi esclusivamente in
nomi propri d'origine greca ', fu maie chiamata semigreca
(v. Bonnet, Le latin de Grég. de Tours, 380; Philipon, 237; Schu-
chardt, Zeitschr. f. roin. PhiL, XXVI, 637-8 ; Zimmermann, ib.,
XXVIII, 343)'' ? Essa vienesoddisfiicentemente dichiaratadauna
mossa analogica il cui motivo viene fornito dalla grammatica
greca stessa. Avrebbe quindi una ragione afFatto spéciale. Ma
cW essa abbia poi potuto entrare nel sistema générale délia decli-
nazione imparisillaba in -ne ed anche esercitarvi un' influenza.
chc non sieno i personaggi venerati, mai non s' incontra o un sancLac
MariiUiis, o un sancti Petroiiis, Ambrosionis, Guudentionis *, nelle infinité
volte in cui il genitivo di saucta Maria, sanctus Petrus ecc. ha occasione
di prodursi quai déterminante del determinato ecclesia o monastciium.
Questo per l'Italia e fors' anche per la Francia. Una notevole eccezione co-
stituisce la Rezia iransalpina tra i cui esempi délia declinazione imparisillaba
(v. ^\xc\s., Zeitschr. f. roin. PhiL, XI, iio, m) il Philipon (pag. 240) ta figu-
rarela forma obliqua in -aiie del nome à.\Santa Regola,\niiix\\.a. dal tcd.Kiylen,
e dove il patrono 5i,'// G.ï//ii compar realmente al genitivo come Ga//o«/5 (Phi-
lipon, p. 222).
1. Tra i nomi non greci, è notevole il lat. Spes (= 5/)('5 speranza) che, in
quanto nome proprio, s'incontra col gen. Ispenis e col dat. Speiii. Ne viene
una singolar luce sull' it. speiie, in quanto il nome proprio ben abbia potuto
intluire suUa declinazione dell' appellativo.
2. A una categoria spéciale di nomi entranti in questa declinazione vorreb-
bero il Bonnet, il Philipon, e quindi il Brunot, attribuire la sviluppo del tipo
-a, -aiiis. E un' analoga idea, ma movente da tutti i nomi délia flessione
semi-greca, parmi implicita in ciô che dicelo Schuchardt, /. c. A me si consenta
di qui accenare a una possibilità che riguarda i rapporti tra il tipo semi-greco
e il tipo -il -anis : Hernies ha allato a se Herma -ae, e cosi "Nice poteva avère
allato a se *Nica; venutosi ai genitivi //^rA/w^w (Schuchardt, /. c.) Niccnis
(v. Rônsch, Ilahi 11. Vulg., 264), è facile supporre la presenza di * Hermams
*NiCiiiiis allato a Henna * Nica. E s'avrebbe cosi un nuovo coefficiente délia
flessione -a -anis.
»Nel CDL, num. 222, si legge il gen. sancti Jngialinni = s. Juliani. H ben proba-
bile che a voce, già altrimenti deformata, rappresenti, come anche riticne l'editore
uno sbagho. —Non so poi che pensare di Sant' Ilarionc c della curiosa e diva copia
dei ss. DomnweDomnwnc. Q.ui avrem forse il caso retto e il caso obliquo presi corne
due nonii diversi e nieriti quindi a due persone. Là è forse l'obliquo <^ià irri<^i-
Jito m un' unica tornia ail" atto del battesimo del santo. Ma di più e mealio^'ci
Jicano gh agiologi. .
206 C, SALVIOXI
soprattutto sui nomi dcl tipo Johanne(j), non è chi non
veda ".
Il quai tipo Johannc -cnc (e con esso il tipo -/ -iné), in quanto
romanzo, è forse considcrato la prima volta nclle pagine che
seguono. Almeno nessun accennone scorgo ne' trattati generali
di linguistica romanza, nessuno nelle monografie spécial!,
tranne che in quella del Blanchi sui nomi locali délia Toscana.
Manca esso fuori d'Italia? O solo uncurioso caso havoluto che
su di esso non si tissasse l'attenzione degli studiosi di altri lin-
guaggi neolatini ? Farebbe specie soprattutto che il tipo man-
casse alla Francia, là dondc ci vcngono dcgli esempi epigrafici
di -e -enis e di-z(5) -mw, corne Nalalini Suavini ^. lo non ho i
mezzi per istituire le opportune indagini, ma parmi intanto che
Gaiideni Villa (Bianchi, 340 n.) potrebbe voler dire qualcosa,
e fors' anche l'analogico E t toi ene d'i cui a p. 252, n. 2.
Rimane che si tocchi di qualche traccia délia flessione impa-
risillabache si riscontri conservata ne' volgari italiani. E molto
non visarà da aspettarsi. Cominciando da-a -â?ie,e rimandando
prima ail' art. del Paris, a Meyer-Lûbke, II, § 18 e pag. v, //.
Grainm., § 353, agli Stiidi di fil. rom., VII, 185-6, rilevo Vat-
tàuc del dial. di Bari e di Taranto (De Vincentiis) e Vatano '
d'altrevarietà meridionali(Tappolet, Dieroman. Verwandtschafts-
namen, 24) cui fa bel riscontro l'atàii che, coi significati dove
di « padre » dove di (< nonno », vive nelle valli ossolane aven-
dosi accanto, nella région limitrofa, àta e làta (v. Rendic. Ist.
lomb., s. II, vol. XXX, 1501-2). La presenza del vocabolo aile
due estremità délia penisola ci guarentisce ben antica in esso
la flessione atta -ttâne. Anche il riflesso di barbarie s'ode nel
mezzogiorno e nel settentrione : barbàne, zio paterno, è di
Bari, e barbàn, zio, è di qualche parte délia Venezia e délia
1. Dircttamente connessi colla declinazione semigrcca son forse gli obli-
qui gotici del tipo IVacceiunii di cui a p. 206 n.
2. [Ed ecco, dopo scritte le parole del testo, balzar fuori dal cartolario
del monastero di Paunat (Dordogna) la bella forma di genitivo genitricene
(ancora un nome di parentela !), sulla quale richiama cortesemente la mia
atten7.ione il Thomas. Vedi Annales du Midi, t. XVIII, cap. m, délia intro-
duzione ai Fragments du cartulaire de Paujiat, p. 17].
3. Il / scempio forse per influen/.a di atavus o di tuta.
DECLIXAZIONE IMPARISILI.ABA XELLE CARTE D ITALIA 207
Emilia (v, Tappolet. o. c, 105) ', ed è da lui promosso liam)
(Tappolet, 95-6; Arch. glott. it., XVI, 397 n.) ^ Corne nome
proprio è ben verosimile che qui spetti Cholane (= Nicola(s)
-làne) nella lettera zaratina, che si legge a p. 166 délia Altita-
lienische Chrcstoinatie di P. Savj-Lopez e M. Bartoli. Ne' femi-
nili, ricordo chesempre vive nella Lombardia tusàn corne plur.
di t(m ragazza \ e che ugualmente nelle Alpi lombarde, miita,
ragazza, ha il plur. inaîàn. Ai quali esempi tanno ottima com-
pagnia, nel lombardo del Bescapé, i plur. donàn « donne » e
inadrànc « niadri » ■<. nonana monaca (^Fraverbia super mit. fciiii-
uaniiii) potrebb' essere il franc, nonnain. Ma hanno vita florida
neir Istria (Ive, 117, 132, ecc.) plur. siànne, netànne {smo.sia,
niclo). Questi ci menano a dire di un angolo di Lombardia,
costituito dalle estreme vallate alpine délia Moesa e del Liro ^
1. Cfr. ancora il plur. barbai nel Cavassico (gloss.), ev. plù in là le note ail'
art. « barba -bàne ». — Un nome proprio mascolino in -due parrebbe essere
il gen. /'«/■/'(/« babdu (Parodi, Miscellanca mc^iale Rossi-Tetss, 343, Arch. glott.
il., XV, 49) se avesse ragione il Parodi di riferirlo a Barabba. Ma io credo vi
si tratti solo délia base « babau » {Arch. glott. it., XVI, 566) munitadelsuffissol
-aiiii. Sarà invece sicura la continuazione di Andréa -drcdne nel cognome
Audreaiii -driaiii Laiidriaiii. I Landriani di Lombardia dipenderanno perô
piuttosto dal nome locale Landriano, ma questo sarà esso stesso altra cosa
che non i'obliquo di Aiidrea[s]}
2. Per « barbano », cfr. ancora il lig. barbàii (Parodi, nelle Illustraz. aile
Poésie in dial. tabbiese ; in Giorn. st. e lett. délia Lignria, IV), il molfett. ver-
véne (con aiiejéne e altéiie), e sing. barba plur. barbdni nel l'Istria (Ive,
pag. 50, çcc.) ; per « ziano -a >>, v. il Petrocchi, p. infer., aile voci « :{^iaiio » e
« ciana », e cfr. l'a. orv. tia)ia nel Diario di ser Toniaso di Silvestro iiotaro,
pag. 875.
j. Puo poi passare al sing., dando luogo a un tiisdna che houdito, p. es.,
nel Ticino e anche a Pavia in Borgo Ticino. Cïr. puttana, che ne' docum.
volgari medievali dell' Alta Italia compare ancora corne piiitan.
4. In madrane ecc. è notevole il metaplasma, che ritorna nel suo corre-
ativo mascolino padron di cui più avanti.
5. Arbedo, ch' è ail' entrata délia Mesolcina, già conosce il fenomeno (v.
Gloss. del dial. d' Arbedo di V. Pellandini, lUustr. 24, dove, nella nota,
son riportati gli esempi di S. Vittore che, da mezzogiorno, è il primo paese
délia Mesolcina). Subito a occidente délia Mesolcina, il Meyer-Lùbke ha poi
rilevato, di su le Curiosilà del venuicolo bleuiese di L. Demaria (p. 25), i
plur. aiidai. zic, e norai. nuorc, che pajon testimoniare che in antico i
208 G. SALVIONI
fin giûallespondc piùscttentrionali del Lario (p. es. a Domaso),
incui ilnostro tipo flessionale si continua con una vivacilà e
tenacità sorprendenti ' ; si continua, s'intende, nel senso che
il plurale rappresenti l'obliquo, e il singolare il caso retto. Se
n'è discorso con qualche abbondanza in KciicL ht. lonib., s. II,
vol. XXXV, 917, e qui son lieto di poter soggiungere due
nuove série di personali feminili : quella dei sostantividerivanti
da aggettivi di patria (mes. fraùcesàù, iiiilanesâi'i, le trancesi,
milanesi, soa::^onàù, le soazzesi, tcc, campodolc. DÛ'sokonni, le
mesocchesi, cavenaskéu, lechiavennasche, ecc), e quella rappre-
sentata da esempi corne la Noiâfi, le donne di casa Nolli, le
Nolli, la Moîân, le Motto, ecc. Da Campodolcino ho poi un
altro nome zoologico : ga^çu, plur. di gâi^a, gazza, e tra i nomi
comuni, Mesocco t'ornisceancoraî/'^/^hi, valli, ravisân, radici, e
inoltre i nomi locali La cotân (cfr. sing. cptay pi. -ten, lastra di
sasso, lomb. pjôta), dove un' altra volta si vede conservata nel
nome locale una tradizione morfologica diversa da quella invalsa
neir appellaiivo. — Venendo ora ai nomi locali ^ e ai cognomi,
non ne posso dire che quel po' che m'è risultato dal paragone
tipo vi fosse più diftuso. — Non parrà irriverenza verso la memoria di tanto
uomo, se qui rilevo un abbaglio in cui è caduto il Paris, p. 337, a proposito
dei fera. plur. in -an -en délia Bregaglia e délia Mesolcina, portati prima in
discussione dal l'Ascoli {Arch. i^lott. jt., I, 270). Questi plurali hanno la desi-
nenza atona (portpi le porte, ecc), corne giustamente indicanogli esempi del-
l'Ascoli, e nulla hanno da vedere, come pure già avvertiva l'Ascoli stesso
{Arch. glolt. 27., VII, 443), coi plur. in-f/Vidicui si tocca nel testo; ondenello
stesso dialetto si trovan di fronte pçrlen, porte, e kuùaddh cognate. Del tipo
pôrtçii è poi ampiamente ragionato in Rcndic. ht. lonib., s. II, vol. XXXV,
PP- 905 sgg.
1 . Corrisponde bene alla tenacità c vivacità delF oggi il fatto dei molti nomi
propri in -a -dne che ci oflfre il manipolo relativamcnte esiguo de' docu-
menti chiavennaschi che più in là si allegano sotto la sigla « DR ». — Le
condizioni cisalpine si riproducono o meglio si riproducevano ne' paesi tran-
salpini immediatamente limitrofi, come risulta dalla csposizione del Paris,
337-8, dalle osservazioni dell' Ascoli, Arch. ghtt. it., VII, 443-4, dal Buck,
/. c.
2. Non abbiam nulla in Italia da porre a fianco de' molti nomi di corsi
d'acque in -a -unis che per la Francia ha con tanto acume rivelati e studiati
il Thomas, Romania, XXII, 489 sgg., Essais de phil. franc., pp. 30 sgg.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 209
tra le forme antiche de' documenti da me esaminati e le
moderne. Ed è ben poco quelle che se ne ricava, poichè Vima-
gnano (Lodi) = Vico Magnani, Cameriano = Arca Mariane,
Salberirand = sala Berlaui, Bassignana^^ [terra de] Bassiniane,
dei quali ai relativi luoghi, e forse Cabricani (p. 256 n.) son le
sole risultanze relativamentesicure, e potrem forse loro aggiun-
gere, tra i mascolini, Landriano di cui qui innanzi. Gli è che
i possibili metaplasmi di -âne nel senso délia r^ e T' declina-
zione, il suffisso -anii, -a (soprattutto -ianii -a), e nell' Alta
Italia la coincidenza in -âiï délie uscite -a^ii -e -u \ intorbi-
nano singolarmente i fatti e inceppano il lavoro del raziocinio
per riconoscerne la verità intima. Come affermare, p. es., che
Mariano, Lavano, Bellano -a (Rivolta d'Adda) sian piuttosto
che altra cosa de' resti dell' antico obliquo Mariane, Lnpane,
BeJlane} Uguali o analoghe difficoltà insorgono per i cognomi :
Mariani, in quanto non dipenda da un nome locale, puô si
rappresentare l'obliquo imparisillabo di Maria % ma anche
essere un derivato in -ami da questo nome, oppure da Marins.
Riterrei tuttaviache, p. es., un cognome come Bcrtani o Berfa-
na 5 rappresenti' la continuazione dell' obliquo Bertani -ne.
Non meno intida è la storia di -i (-f^) -ine Ç-éne)-^; questa
anzi ancora di più, se si considéra che^ mentre il suffisso -anu
ha nella nostra quistione un solo valore, quello di accennare
alla pertinenza, -inii ne ha due : quello di esprimere il dimi-
nutivo e quello di indicare la dipendenza, derivazione, discen-
1. Dalla quale consegue la uniforme ricostruzione per -no; cfr. Cameriano.
— Soggiungo qui che tavolta il -no potrebbe ritenersi giustificato, in quanto
p. es. un campo Bellani[s] o [de] Bellane potesse issofatto, raediante l'aggettiva-
zione del sostantivo di caso obliquo, con o senza l'ajuto del suffisso -anu,
convertirsi in un campo Beîlano, ecc. V. più in là s. « Blanca -cane ».
2. In quanto alto-italiani, i cognomi come Mariani e Bcrtani nuUa per-
mettono di fondare suU' -/. Poichè questo è récente, introdotto per influsso
toscane.
5. Il nome Albertano non sarà un derivato, ma molto verosimilmente
dipenderà dal fera. Alberta per la via che si descrive nella nota i (Bellanoy.
4. È difficile tener distinto -i -ine da -e -c'ne, v. pag. 245 n. ; anche perché,
come si vedrà, è tutt' altro che infondato il sospetto di un mero rapporto
tonetico tra -in- e -en-.
Romatiia, XXXV lA
210 C. SALVlONl
denza '. Cosicché un cognomc Giavaiiiiini teoricamente puô
rappresentare un [fil in s] Johaiiiuni{s), un JohiUDuiiits (.<■ piccolo
Giovanni- », o l'aggett. Johanninus « discendente da Gio-
vanni ». E lo stesso valga dei Dolcini, Fortini, Bonfantini,
Pasqiialini, Siabilini, Terribiliui, Iiiserniini, ccc. Onde non è
senza qualche trepidanza che mi decido a riconoscere de' geni-
tivi nelle parentele venete Coutarini, Foscarini, Lavarini (v. più
in là, s. « Guntari », « Fuscari », « Lupari » ; e cf. ancora Petrus
Gunlarinus^ ego Conlaremis,CDI, aa. 960, 1106), V- e Willare-
n'r^ (cfr. WiUari, Bruclcner, 322, e il cognome ViUari)^ e nella
toscana Ochini. Tra i nomi locali, si ricordan più in là Campo-
dolcino e Camorino, e mi domando se non sia da considerarsi qui
\\ fiindum qui vocatiir Ma^ajreni -frini, MR., vol. I, num. 78 (a.
1004) e il piac. Rottofreno (dial. Altofrdj) +. Anche loco Viialma-
rini, AN, num. loi, 112, par essere da un *Walmari.
Su assai più solido terreno ci moviamo invece coi cognomi
derivati da nomi propri in -0 {-us) -om. Infatti il suffisso accre-
scitivo -âne è ben lungi dal farci qui la formidabile concorrenza
che sul terreno de' nomi in -/ -înc ci apparecchiavano il suffisso
di discendenza e più ancora il diminutivo. Il diminutivo, ch'è
insieme vezzeggiativo, s'attacca all'uomo appena nato e lo
accompagna molto di spesso attraverso l'intiera vita, quali pur
sieno le dimensioni che la persona venga poi acquistando. Onde
non di rado sorge un comico contrasto tra le reali proporzioni
1. Ne' nomi germanici puô anche rappresentare la risultanza meramente
fonetica di -iviii o quanto meno la confusione de' due suffissi (Lupuiitus e
Lupiiius, Liiidiiinus e Liitdenus, e altri. Cfr. Alhino e AJhitino, RF nnm. 340,
applicati alla stessa persona).
2. Puô anche rappresentare, naturalmente, un aggettivo sorto dal caso
oblique : canipu Johannino = c. Johann in i[s] o [de] Johann ine.
5. Era un' antica famiglia délie isole lorcellane ; v. Monticolo, Cronachc
vene\iane anlirhisshne. Indice, p. 212. — Un altro célèbre cognome veneto,
che potrebbe con qualche du'itto esser qui menzionato, è quelle dei Morosini
(Maureceni -10- nelle carte : cfr. Maiiricius Maureceni Monticolo, 0. c,
p 179), per cui cfr. il nomin. Maurici, Blanchi, p. 580.
4. Sarebbe il primo una forma parallela a Mattejrc[ihts], Bruckner, 249,
il secondo un * Roi fie composto di Rôd- Rôt- (Bruckner, 298 sgg.) e di -JriJ.
La forma dialettale puô dichiararsi senza più dalla forma antica, che qui
rappresenterebbe una giusta tradizione.
t)ECLINAZ10\E IMI'ARISILLABA XIÎLLE CARTE O ITALIA 21 I
del soggetto denominato mediante un diminutivo e il diminu-
tivo stesso. Ben altrimenti avviene dell' accrescitivo, il quale
non s'applica che nel caso concreto dell' uomo che lo meriti, e
quindi, rispettoal diminutivo, un numéro di volte infinitamente
minore. Poichè il diminutivo per un certo numéro d'anni ben
s'attaglia a iiilti i figli d'Adamo, l'accrescitivo a ben pochi, e
anche questi pochi, per la consuetudine contratta negli anni
deir infanzia, possoncontinuare l'intiera vitaachiamarsi conun
nome di forma diminutiva '. A buon dritto dunque riterremo
che di regola i cognomi italiani risalenti a un nome proprio e
uscenti per -oui (e -e) rappresentino la forma obliqua del nome
stesso. E non son pochi; assai più certo, — pure astraendo dai
nomi barbarici -, — che non sian quelli registrati nella nostra
Usta, tanti di più che il completo elenco de' nomi latino-
cristiani declinati sul tipo -o -onis dovrebbe farsi movendo dai
1. In un paese di mia conoscenza, vivevano due Karlin aventi lo stesso
casato. Per distinguerli si ricorse ailo spediente di chiamare Kàrlin grdnt il
più grande e grosso de' due.
2. Aiioni (e Anif, Ghe-ioni (e Ghe^:^), Opiyioni (e Opini), Boin\ioni,
Alhii:(Oui (e Aïïnni), Befi~oni, Gindoni (e Guidi), Figoiii Gitigoiii {Wido o
JVigo), Prandoni, Franconi, ecc. ecc. Sennonchè ne' cognomi troviam rap-
prcsentati in assai maggior copia che non ne' dccumenti, — dove sono
invero assai scarsi (dat. Gendfoni CDL num. 230, a. 864, gen. Trogulfoni,
ih. num. 356, a. 886, gen. Briineugoni ib. num. 8, a. 737, gen. Adehnoni
ib. num. 107, a. 826, Anselmoiii 161 a. 847, Antelmom abl. -ne 257, a. 874,
ace. Luiionem [nom. Liu:^o HPM.,\'o\. I, num. 203] ib.num. 738, a. 972, gen,
Lamhcrloni Giulini p. 72 (a. 1093), gen. Leupertoni TeiiperUvii Alpcrtoni
Uucilpetioiii Koprandoni Gospraiidoiii, tutti nelle carte astigianedi HPM, vol. I,
num. i68e 169, a. 990 ; 188, a. 998 ; 209, a. 1004; 170, a. 99i,gen.5d/Yw-
goiiis gen. dat. Naviiigonis -ne RF num. 163 a. 799 ; 219, a. 816, dat. Aiisel-
inoiiiib. num. 328, 880, gen. Rihcrtoiiis ib. num. 989, a. 1069, gen. Cailoiiis
ib. num. 1504, gen. Caroloiii e Carîonis CDR num. 53, 60, 61. 88, 166,
negli aa. 1073-1189, gen. e abl. Eiirigone ML vol. IV, p. 11 App. num. 100,
a. IT22), — i nomi composti o i non famigliari o ipocoristici : Albertoni,
Arrigoni, Origoni, Gilardoni, Bernaidoni, Fraiicescoiii, Gugliehiiotii, Astolfoiii,
Lafraiicoiii, Liiisoiii, Carloni, ecc. ecc.
* La forma di caso obliquo c quclladi caso retto si trovano insiemc a designare lo
stesso santo in 5. Lucio c S. Liigiii:ioiu-, v. BoUettino storico d. Srincni iliilinna, XIII,
t04-). Si traita d"un nome germanico.
212 C. SALVIONI
cognoni attuali'. Ma, per rimanere aile rispondenze dell'
elenco nostro, ricorderemo, solo facendo appelle alla memoria,
Ambrosoni -sic-, Augeloni, Belloiii, Cehoiii, Coslati:^o)ii, Da:^:{onij
Donu'uiconi Menooni Moiiconi, Dokioni, Donaioni, Giorgioni,
Fantoni, Giavanuoni Vannoni, Lan:^oni, Loren:^oni, La~:^aroni,
Longoni, Luvoni, Maioni, Mai:^om, Magnoni, Marconi, Marhioni,
Marioui Maironi, Martiîioni \ Moroni, Negroni, Polloni, Pedroni
Peroni Perrotw, Pt);/-()n/, Roniaiioni, Rossone -ni, Siefanoni Steve-
îioni. Pcr quant' c de' nomi locali, e non facendo qui nessuna
distinzione tra nomi germanici e latino-cristiani, poco o nulla
ha raccolto il Blanchi (X, 306 sgg.), ne io ho istituito in
proposito nessuna ricerca ; onde mi limito a traire dalla mia
memoria nomi come Avmdone (Soncino-Cremona), An:^one, in
valle Mesolcina (cfr. An::p nel Bruckner, 223), dove la fonetica
locale non permette di decidere se si tratti d'un genitivo,
mentre lo permette il valmagg. Men:^QJ (il. Menooni 0^, che or a,
dopoconosciuta l'esistenza d'un nome proprio Mf;/:^^ (Bruckner,
285, RF, num. 553, 835), non esito a dichiarare dal geni-
tivo Men:^dm (= -)s). Anche in BeUin:(ona (cfr. l'accus.
Bilitioneui in Gregorio turonense; Holder sotto BilïtioÇuy) è
da veder non altro che il caso obliquo, aggettivato poi e
concordato con un sostantivo feminile, del nome proprio
Beliio (y. Bruckner, 232) K Son poi da ricordare Liirago Mari-
none (Como\ Mondiigone (y . più in là sotto Liipo -pone), Mon-
1. Cfr. Agustoiii, Agostinoni, Baldasscroni, Cesaroiii, Pasqualoni, Siroiii,
Benedettoni, Filipponi (il metaplastico Phiîiponus so d'averlo letto in una carta
d'Ivrea délia fine del sec. xii o del prlncipio del successive), Gasperoni,
Isepponi, Salvioni (il nome Salvio era assai diflfuso nel M. E., e si continua
tuttodi anche nellaparentela Saîvi; cfr. del reste il toscane S. Salvi ^ Salvio
Blanchi IX, 380), Tommasoiii, Gervasoni, Nicoladoni (cfr. Nicoîado in Krit. Jah-
resher., VII, p. i», 122), ecc. ecc. ; dai quali esenipi si scerge anche quanto
diffusi fossere i metaplasmi. Qui noterô anche Anirco)ii, Butlistoni, che sono
analogie! e da giudicarsi forse come Judoni ecc. ; v. più innanzi a p. 272 n.
2. Più ancora che Martinoni s'ode Martignoni. E siccome non par proba-
bile che Martiuius avesse maggior séguito di Martimis, cosi gioverà
ammettere in Martimui la dissimilazione di n-n per n-n. Un nome locale
Martignotie occorre nel Bolognese.
3. Sul nome di Belliniona mi prepongo di riternare quanto prima; per
ora, V. BoUettùio storico d. Svii:(era ital., XV, 22 sgg.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 21 3
teJnpone (Marche), Cortai:{one. (Asti) ', Cortandone (Asti) =
« curte Tondoni » (cfr. curtetundoni curtcondoni curteandoni
ap. Bruclcner, 329), Curtatone (Mantova) = « corte Attone »
(cfr. curte Atoni AN, num. 132), FigOHioneÇPnvh) e Vigol^pne
(Piacenza) « vico Unzone o Gunzone », Vimodrom (Monza;
cfr. Vicus Moderoni CDL, num. 868), Vigan:^me (Lodi ;
= vico An:^onis CDLod., num. 35), Vittadone (Lodi) =
vico Tadone, Vittuone (Pavia) « vico Todone », Vimanone
(Pavia) '( vico Mannone », Casielro^xp^ic, Cûsteldidoue, Castel-
pon:::p}ic, tutti in provincia di Cremona, Roccavione (Cuneo; —
-vione = Widonis) ^ — Nel campo degli appellativi, a suo
luogo son ricordati l'a. sa. aioni, il nap. vavônc, il friul. avon e
von, avo, 'cheben richiamano il ïranc.îîonnones (Philipon, 247),
venuto pero al significato di « monaci », nonchè i côvsi sucerâni
c bahçni; qui vada anche il roman frateUonc, confratello, del
quale è discorso in Stiidi di fil. rom., VII, 191. Nella Lombardia
è comune sing. iôs, ragazzo, pi. toiçw (che puô passare alsing.),
e nelle Alpi lombarde, il suo sinonimo mat pi. matçn 4, cosi
come neir Ossola si ha wâtar, ragazzo, pi. luatarôh. C'è anche,
neir Italia settentrionale e nella Francia méridionale, la bella
1 . Cortaiione non è punto 'corte Azzone' come a prima vista parrebbe,
ma « corte Sedone » (cfr. Curte seonis e Curte sedonis HPM, vol. I, num. 5 18
e 524, aa. 1161 e 1164. Asti). La risultanza ultima di questa base sarebbe
stata * Corain o tuttalpiù * Cor feçôiï, che avrebbe dovuto dare nella ricostru-
zione aulica un * Cortessone , o fois' anche * Corte:{ione ammesso che il :{i;^
ricostruisca falsamente ss. Riman quindi misterioso Va.
2. A Pavia c'era una chiesa di S. Maria Perone cosi chiamata dal fonda-
tore di nome« Pietro ».
3. Andrà con essi Yavd, zio, di Valtournanche (Aosta), comunicatomi
dal dott. Clem. Merlo.
4. A proposito délia base radicale di questa voce, è notevole che a Cam-
podolcino si abbia ni^t (plur. maton) di fronte a mat pazzo, rat topo, gat
gatto. Equantoalla sua parte formale, è da rilcvare come in qualche terra del
Novarese (Cerano, Marano, Bellinzago) s'abbia mattd plur. -ttdi, mentre in
più altre terre dello stesso territorio si ha sing. matt plur. mattdi. Il territo-
rio stà a cavalière tra la Lombardia e il Piemonte, e perô vedremo in mattd
l'incontro di matt col suo sinonimo pi'rmontcse ch'è masiid, incontro che in
alcuni luoghi s'ù compiuto solo nel plur., ottenendosi cosi quella forma
più pesante che, in qualche dialetto, é preferita per il plurale dei nomi di
parentela (v. Rendic. Isl. tonih., s. II, vol, XXX, p. 1505).
214 C. SALVIONI
controparte del lomb. madrane, nel plur. padron ecc. antenati
« padri » (v. Arch. glott. it., \, 455 n.; XI, 301,371; XII, 419;
e cfr. il lad. babiins antenati), che pur pu6 passare al singolare
col significato di « monaco », di « padre » nel senso mona-
stico (v. Studi critici dedicali ad Art. Graf., p. 402, sotto
« patron »). Rimane ancora si ricordi un bel doppione deri-
vato dalla declinazione imparisillaba di La:{arus (v. più in h\)
e c'ioè lai:(arône allatoa lâixftrc '.
E passiamo agli esempi délie carte.
I. A -ANE
A. — MASCOLINI.
a. Appellativi.
barba -banc {CIL, IX, 6402). AUato a barha (più raramente
a barbas ^), occorrono promiscuamcnte, e senza distinzione tra
caso retto e caso obliquo', il tipo harbnne e il metaplastico
barbàno. Ambedue sono ben antichi, e vedine Bluhme, 30,
Sittl, Wôlfflin's Archiv, II, 580. Ora gli esempi délie carte :
barbànc ecc, ML., vol. IV, p. i, num. 38 (due volte ; a. 731),
1. Circa alla continuazione del tipo flessionale in nomi propri di batte-
simo, è certo importante di ricordare che a Venezia, ancora a principio del
sec. XIV, la stessa persona poteva indifferentemente chiamarsi Pero e Perun
(v. Levi, I ynomimenti del diaktto di Lia Maior,àovc un Pero Floca, nominato
con molla frequenza, compar due volte corne Perun : cf. 20 r, 1. 3-4, e f. 27
r, 1. so).
2. E' in questa forma che il Bruckner, 0. c, p. 202, allega la parola
(ch'egli persiste a ritener germanica) nel suo glossario. Anzi, a p., 40, avanza
egli l'ipotesi che addirittura si tratti di un tema hirhis- (v. anche Cbarak-
terisiikd. ^erw. Elem. im ItaL, p. 16). Naturalmente, si traita invece di un
-s analogico, proveniente dai molti nomi propri in -as, forse anche da ahbas
cui stà allato ahha. E v. Paris, Romaiiia, XXIII, 336 n.
5. La quai confusione è tanto più curiosa in quanto alcuni testi volgari
ancora distinguano tra il tipo nominativale, adoperato nel singolare, e il
tipo di caso obliquo, adoperato nel plurale. Vedi. Rendic. Ist. lomb. s. II,
vol. XXX, 505, e anche, ma con minor sicurezza, Arch. glott., XVI, 418. Il
notevoic fatto par che si verifichi tuttora nelF Istria (v. Ive, p. 50).
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 21 5
54 (tre volte; a. 761), p. 11, num. 93 (a. iO)i), CDT p. 11,
nuni. 41 (a. 794; nom. pi. barbanis), CCav., num. 68 (e v.
Arch. glolt. h., XV, 332), CDL, num. 78 (a. 804), 206
(a. 859), 234 (a. 865), CDP, num. 7o(a. 985), HTM, vol. I,
num. 220 (a. ioio.Novara),Z)i^, num. 25, CD5t?., II, col. 673-4-
5-6 (a. 1068); barbàno qcc, RF, num. 31 (a. 751), I22(a. 778),
184 (a. 807), 317, ML, vol. IV, p. I, num. 98 (a. 786), V
p. II, num. 246 (a. 794), 376 (a. 811), 305 (a. 803), p. m,
num. 1257 (a. 939), 1391 (a. 961), 1545 (a. 893), vol. IV,
p. Il, num. 85 (a. 1018), 92 (a. 105 1)', CDT, p. i, num. 69
(a. 767), p. II, num. 41 (a. 794), CDB, vol. V, num. 87
(a. 1136), e si scorrano gli Indici degli altri volumi-, HPM,
vol. I, num. 334 (a. 1049. Novara), 358 (a. 1064. Pinerolo),
401 (a. 1085. Genova, perla quai città v. anche Parodi, Arch.
glott. //., XIV, 14), 420 (a, 1095. Monferrato), CDLod., num.
47 (a. 1090), III (a 1145), CDBc, vol. II, col. 961-2 (a. 1131),
CDR, num. 123 (a. 1153), ^ occorre pur nelle carte trentine
(v. Malfatti, Degli idiomi parlati auticain. ne] Trentino, 49). —
Direttamente promosso da barbàno ', come ha ben veduto il
Mever-Lùbke5, e insieme dal suo corrispettivo feminile tiana,
è poi tiano e Zj zio, RF, num. 214 (a. 815), 320 (a. 876),
CCav. e CCaj., Arch. glott., XV, 360, XVI, 27.
1. Cfr. anche per qd. Lopo Barhano et suis consortibus, ML, vol. V, p. m,
num. 1702 (a. 995).
2. Nel CD5, è fréquente pure il derivato harhaneus.
3. Per quanto la cosa possa parère intuitiva, pure vi contraddicono il
Tappolet, Die rom. Verwandlschaftsn., 95 n, e il Bertoni, Zst., XXIX, 344.
Ma la cronologia, nelle carte di que' territori che conoscono intieme bar-
bàno e tid)w, offre un dato oggettivo a favore délia desi del Meyer-Lûbke.
Infatti, nel CCav., barbanes è in una carta dell' 848, tianu in altra del 1004,
nel RF, barbàno, occorre prima nel 751, tiano nell' 815. Se poi il Bertoni, a
giustificare la derivazione per -dnit, pone su d'unastessa linea ^iano e il franc.
marraine, egli mostra di dimenticare che mentre :^/o e i^iano dicono la
siessa cosa, non cos'i mère e marraine, e che qui perô il suffisso ha una giu-
stificazione spéciale, quella stessa che ha nel fiUana, figlioccia, d'una carta
pisana (v. Blanchi, 0. c, p. 410 n), dove quindi non potremo ravvisare la
declinazione filia -liane- cfr. il côrsojigliano -a, rum.Jin -nd, alh.fijan, figlioc-
cio -a, Densusianu, Hist. de la îangu; rotim., 162, Gartner, Darst. d. rum,
Spr., 214.
2l6 C. SALVIONI
se ri b a -banc. Von conosco che lo scrivaiw -nés allegato dal
Bluhmc, p. 30. e dal Sittl, Le. Nclle carte, quasi sempre scriva,
più raramente il metaplastico 5Tn7'^;?//5(C/)5, I, num. 43, 68,
70, ecc).
h. N omi propri '.
Andréa -edne : nom.- Andréa dat. Andreani, HPM, vol.
II, num. 156. (a. 982. Novara), s. Andreani, ib., num. 22
(a. 840. Asti), VitaJis Andriani, « Vitale di Andréa », CDR,
num. 211. E andramo forse corretti in Andreani il s. Anderani
di DR, num. 48, e il s. Andreani di HPM, vol. I, num. 148
(a. iioi. Biella)"'.
1. Restan cronologicamente esclusi dal nostro assunto i mascolini gotici
in -(/ -iint\ per cui si hanno esempi e dall' Italia e dalla Gallia e dalla
penisola iberica. V. Philipon 208 n, 245, Bonnet, Le latin de Grégoire de
ToM/i, p. 380, Meyer-Lùbke, Z./Wa«., XXIV, 413, Menéndez Pidal, Manuaî
elemental de gravidtica historien espailola, 2» ediz., pp. 17-8, A. de Azevedo,
O territorio de Anegia (estr. da O Archeologo Porttigiiés, vol. IV, nn. 7-9),
pp. 7-8, Wrede, Ueb. d. Sprache der Ostgoten in Italien, 183, e passim, di
su il quai ultimo libro si puô mettere insieme questa lista : * Butila dat.
Butilani p. 113, *Gattila gen. Gattilanis 81, *Helba abl. Helhane, Ebhvie, 37.
38 (v. anche p. 80), Manna gen. Mannanis -ni, 156, Oppa abl. Oppane 126,
Ouidila ace. Quidilanevi i'^o,Sindila gen. Sinthilanis, 142, * Tataacc. Tataneni
124, Thanca abl. Tancane 131, Triuua abl. Triuuane 78, Tritta gen. Trittani
93, Vera dat. Verani -no 123. Saranno forse da aggiungere Thelidanus p.
90, 108 e Pitiamum (1. -numT)']2, formazioni metaplastiche dai casi obliqui
di Teoda 56 e Pit^a 'j2. — Il dott. AI. Sepulcri ha poi la cortesia di pormi
sott' occhio le Vilae sanctonim Colunihani, Vedastis, Jolkvinis di Jona (ed,
Krusch; Hannover e Lipsia 1905), da dove si ricavano Domiia gen. DoDinane,
Hunna dat. Hunnane, e abl. Attilane ; v. gli Indici.
2. Nelle carte da noi esaminate il nominative puô comparire anche quale
rappresentante dell' accusât, grammaticale ne' costrutti infinitivali (constat
Petrus fecisse), e nella apposizione di altra parola, quai pur sia il caso in cui
questa si presenti (p. es. terra lui Petriis, dedi tibi Peints, dédit viihi Petriis
=z diede a me Pietro, ecc).
3. Andreals], in quanto non si declini secondo la i^ decl., segue spesso
nelle carte medievali il tipo Andréas -die, di cui s'è toccato da ultimo in
Krit. Jahrcsbericht, VII, p. i, 122: gen. Andreatis ace. -atem abl. -ali, RP
num. 9 (a. 745), 12 (a. 747), 22 (a. 749), gen. Andreade -di -ti, CDI,
aa. 933, 977, 1074, nom. Tumatus (dai casi obliqui), AN, num. 14 (a. 789).
Dello stesso tipo di flessione : Johannace Helliadi « Giovannace di Elia »
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 21 J
*Ansi-e*Ansetrida-dane: s. Ansifridani -se- RF, num. 8
(a. 745), 20 (a. 748), 33 (a. 752). La seconda parte del com-
posto va certamente col Fridani -ne di cui il Blanchi, o.c,
pp. 373, 409, e che si ritrova nella carta chiusina (a. 771) che
il Mever 0. c, pp. 245, 6, riproduce dal Troya (v. anche
CDT, p. I, num. 77). Tanto in questa che nella carta lucchese,
la forma obUqua è passata al nominative, e lo stesso puo
forse presumersi, ove pel nominative vi fosse occasione, del
RF. Per il suo Fridani -ne il Meyer pensa a un t. Fridan-, e di
questo stesso esempio, — il solo ch' egli conosca, — il Bruckner
(p. 248) non pu6 ragionar bene, visto ch'egli lo considéra corne
feminile. Ma un masc. Frida, assai bene intuito dal Blanchi, è
provato dal masc. Ajfreda, RF, num. 1280 (p. 272), dal fré-
quent! mascolini pure in -freda del CCav. : Confreda, num. 23,
27, 34, 49, 50, Pelelfreda 49, 50, Adelfreda, 38, 52, Ansfreda,
34 (questo dipartlcolar interesse per noi), Rofrida 1 1 (cfr. Rof ri-
da iudice e gen. Roffrede, RS, num. 46, 212)'. V-a del quali
esempi ha la curlosa conseguenza dl far comparlre parecchie
feminefra 1 testlmoni : ego Walfreda filia... teste, CCav., 16, 27,
30, ego Gaidelfreda filia... teste, lé, 24, qcc, — e di far cre-
dere persino al de Bartholomaeis {Arch. glott. it., XV, 252)
che tutti quel noml, ad eccezlon d'uno, sieno de' femlnlli!
Baronta -tane : nom. Baronta gen. Barontani ap. Blanchi,
0. c, pp. 367, 409, da carta dell' a 731; dove perô è danotare
che il gen. Barontani si referisce ad altra persona che non a
quella figurante al nom. e gen. come Baronta -te nello stesso
documente. Lo stesso nome, ugualmente declinato, compare in
una carta francese del 739 (v. Philipon 211)-.
CDI, a. 960, S. Mdiiiaduin S. Mamma (v. Bianchi, Arcl}. gtott. it., X, 347
aggiungendo un nuovo esempo del genit. Andreaii ML, vol. V, p. 11, num. 742,
a. 857), CDR, num. 166.
1. Cfr. il cogn. Giiifrida.
2. Sarà di formazione analoga a Baronta il Mauninta, del RF, (Bruckner
285, s. 'Mauronto') provato anche dal gen. Maurunte, ML, (Bianchi 580).
Orbene, crederei che la traccia dello antico obliquo in -âne si riscontri anche
per questo nome nel nom. Morantaniis (cfr. Moronio, Bianchi ib.), gen.
Morentani, RAL, num. 77 (a. 1032), 166 (a. 1058), 217 (a. 1069). E che
saranno Caremtani{s. C-), ib. num. 293 (a. 1079)6 {s.) Berglilntani, ib. num.
215 (a. 1070)? Per la vocale, cfr. Baritita, RF, num. 1280 (p. 238).
2l8 C. SAI.VIOXI
*Frida - dân e; v. qui sopra.
Oliva (o -ba?), -vâne : s. Olivani' ftlio RAL, num. 177
(a. 1061); V. Philipon, 210, ecfr. il derivato OlivaneJli, RALt
num. 139 (a. 1050) -.
B. — FEMIXILI.
0. A p p e 1 1 a t i V i .
a mita - tane . V. Sittl, I.c, e per Lucca (dove già nel 77e
siamo al meiAphsiico awitana), ML, vol. V, p. 11, num. 162,
a. 776 (v. Blanchi, Arch. glott. it., X, 410 n); del resto, de
amitaiie, CDL, num. 74 (a. -769).
aldia-diâne. Il sing. di questa voce quasi non ha occasione
nelle carte, onde risulta ben prezioso il solo esempio (ahlat.
aldiane -nevi) che ne offre il CDL, num. 41 (a. 771). Nel plu-
rale ^ invece, essa ricorre in quasi tutti i diplomatari délia
regione méridionale e centrale, in parte colla sua schietta fles-
sione in parte come metaplasma (ace. pi. aldianas)"^ : aldiane
= -nés e aldianis, DA, 56, 58, 138, -ncs ML, vol. IV, p. i,
num. 65 (a. 767. Correggi perô aldionibns et aldiones m ald. et
1. Forse già da un nomin. *Ol!vauiis. C'è anche/ara Liha>ii, Fara Olivana,
CDL (a. 915. V. Mazzi, Corogr. herg. 246), ma non oso giudicarne.
2. Discuto in nota qualche caso singolare. Nel RF, num. 8 (a.- 745), 30,
34, compare un Lucanus di cui non so décidera se sia il metaplasma di un
Liica -cane, ose continui il lat. Lucanus. In MR, I, 85 (a. 1018), si legge Uga-
nus, nel quale, se non v'ha una lezione o scrizione errata per Ugonus, par-
rebbe di vedere il metaplasma di un Hnga -gcine di tradizione gotica. Cohiiii-
banus (cfr. anche dai. Palinnhino, RF, num. 1194) e Coluiiibu ci si offrono
insieme, quali nomin., in HPM, vol. I, num. 50 (a. 603 ; apogr. del sec. XIII),
e rappresentano una tradizione ben diffusa, poicliè anche il nome del santo
compare nelle due forme (v. p. es. la vita bcrittane da Jona, di cui in una
délie precedenti note). Non improbabile certo che la doppia tradizione del
nome dipenda da un antica flessione nom. CoUmiba obi. Cohwibdne. Lo
stesso dicasi di Ros:u e Rostani (cfr. Rostanus, MN, vol. I, p. 295), adoperati
promiscuamente in HPM, vol. I, num. 50 (a. 895. Asti).
3. Di aldianis, abl. dat., è difficile affermare, viste le condizioni generali
délia declinazione, se si riferisca a un nom. aldianae o a un nom. aldiancs.
4. Occorre anche il tipo ahliae -diariim, p. es., in CDL, num. 454
(a 914), 231 (a. 864), 553 (a. 938), RF, num. 183 (a. 806), ^cc. Ne manca
DHCLINAZIONE IMPARISTLLABA NELLE CARTE D ITALIA 219
aUiaiii's; v. vol. V, p. ii, num. roi), V, p. ii, num. 532
(a. 836), -lus -iiibiis, CDL, nuui. 51 (a. 774), 80 (a. 806), 84
(a. Soj ; proaldianes), 162 (a. 847), 402 (a. 903), 389 (a. 901),
ecc, CDBe, vol. II, col. 523-4 (a. 1026), HPM, vol. I, num. 32
(a. 874. Novalesa), 84 (a. 934.Acqui), 180 (a. 99e. Vercelli),
WAs num. 3, (a. 753; apogr.), MR, vol. I, num. 61 (a. 981),
CDP, num. 52 (a. 969), CDl, aa. 921 e 929; aldianas RF,
num. 276 (a. 831), 371 (a. 920), ML, vol. IV, p. i, num. 114
(a. 795), CDL, num. 377 (a. 898), 381 (aldiaiiabiis ; a. 898),
403» 534. 535. 607, 760, ecc, CDBe., II, col. 523-4, 537-8,
(a. 1026), HPM, vol. I, num. 180 (a. 996. Vercelli), 256
(a. 1023. Novara), AN, num. 81 (a. 930), 87 (a. 945), 104.
a via -viàne nonna : gen. aviani, più volte in CDL, num.
236 (a. 865 ; apogr.).
domna-mnane : nom. douma dat. donmani, tre volte in
CDL, num. 401 (a. 902). Inoltre, c'e a Pavia una chiesa ancor
oggi chiamata in linguaggio forbito S. Giovanni Domnarum, nome
che popolarmente o è ridotto a S. Giuvan Diinà o è tradotto
per S. Ginvaii di don. Ne' documenti la chiesa è pur detta Dom-
narum {ccclesia s. J. qnac niiiiciipatiir Domnarum, CDL, num.
57e, a. 946), ma anche trovo quac muncupatiir Domnan, CDL,
num. 507 (a. 924), qaidiciiar Domnam, ib., num. 534 (a. 929).
Il -m potrebbe qui stare erratamente per -n o fors' anche per
-ni, ma in domnan si ode la schietta continuazione popolare di
donàn == domnanes o -aniim.
femina-nane. Si \egge defendendi a femenanis « difendere
dalle femine )),in un doc. del 1163 dell' abbazia di Morimondo
inserto nel cartolario manoscritto di detta abbazia ch'è stato
procurato da Ceiso Bonomi e si conserva alla Nazionale di
Brera in Milano (AE., XV, 36; v. p. 45e, n. i6r) '.
mo nach a -chd ne : de monachane 'délie monache' CDP,
num. 167 (a. 1054; ma apogr. s. XII ex.).
il tipo aUia -clionis, di cui in una dellc seguenti note : aldiones CDL, num.
215 (h'is), -dionibin ^4j, e, con meta.phsmo, iildioiiabiis 561 ahîionas HPM,
vol. I, num. 256 (a. 1023. Novara), aldioiiibiti, ML, vol. V, p. m,
num. 1773 (a. 993).
I. L'esempio nrècortesemente segnalato dal dotto studioso Signor Cons.
dott. Gir. Biscaro, délia Corte d'Appello di Milano.
220 C. SALVIONl
scripta -ptdne. Si chiamavano scriptaues (nelle carte
occorrono scriptanes accus., scriptanihus, scriptanaruni) ne' doc.
milanesi de' sec. xi e xii, délie « donne certamente religiose,
perché intervenivano aile funzioni ecclesiastiche, col resto del
clero, ma che non abitavano ne' monisteri » e i cui nomi
« erano scritti in alcuni cataloghi o brevi, onde furono chia-
maie scriptanes » ; v. Giulini, McDiorie spettanti alla storia délia
città di Milano, 2" ediz., vol. II, pp. 193-4, m^ 79 1-
tia -idne zia. Siamo già al metaplastico tiana in ML, vol. V,
p. ii,num. 316 (a.Sof), RF, num. 285 (a. 843), 337 (a. 890),
dove la voce è ripetuta ben quatro volte, plur. ~iane, CCaj.
(a. 1103), Arch. glott. it., XVI, 27.
h. Nomi p r o p r i ' .
Africa -cane: nom. Africa gen. -caui, DR, num. 36
(a. 1068).
A ha -h âne: nom. Aba dat. Ahani, CDL, num. 214
(a. 861).
Aemilia -liane: nom. e gen. ImmiJia gen. Immiliani,
CDP, num. 100 (a. 1015).
Aida Auda Olda -dâne : nom. e ace. y^Wa; gen. e dat.
Aldani CDL, num. 607 (a. 955), 872 (a. 993),/. Aldani,
HPM, vol. I, num. 341 (a. 1054. Novara), gen. Aldaîii,
Parodi, Arch. glott. it., XIV, 13; nom. Auda gen. dat. Audane
-ni, CDL, num. 892 (a 995); nom. Olda dat. Oldanis, CDR,
num. 58 (a. iioo), 62 (a. iioi).
Amiza -zâ ne : nom. Ami^fi, gen. Amizani, DR, num. 31
(a. 1062), 34 (a. 1068).
Antela -Idne : a sera Antelani, CDL, num. 627 (a. 958).
Atola -Idne : nom. e ace. Atola gen. A tôle, gen. e dat.
Aîolani, DR, num. 25 (a. 1048), 50 (a. 1087).
Atta -ttdne nom. Atta, gen. e dat. Attaui -ne, CDL,
num. 784 (a. 978), 879 (a. 993), carte Attani, ib., num. 14
(a. 753 ; apogr.).
I . Ricordo in nota i fem. Leudeherta abl. -tane, e Wilsinda abl. -dane « ex
génère Saxonorum », nelle Vitae di Jona ricordate qui addietro (v. gli Indici
del Krusch), e l'abl. Miisane in Paolo Diacono (v. Bruckner, o. c, 284 s.
'Masa').
DECLINAZIOXK IMI'ARISILLABA NKLLH tlAKTK D ITALIA 221
Bassinia (Holder s. 'Bassiniâcus') -niàne : Gregorins de
Bascnianc, HPM, vol. I, num. 88 (a. 940. Asti) '.
Bel la -11 âne : Marlinus qui dicilur Bellani, CDP, num.
loi (;a. 1016), nepoics Bellani, RF, num. 1251 (a. 1094).
Bellaxia -xiâne : nom. Bellaxia, gen. e dat. Bellaxiani,
CDL, num. 557 (a. 941).
Benedicta -ctdne : nom. Bcncdicta, gen. e dat. Benedic-
lani, CDL, num. 557 (a. 941), gen, -ctani, num. 993 (a. 1000).
Berga -gane : torse villa que dicitur Bergani, CDP, num.
47 (a. 964), 115 (a. 1027), 184, e Ursi Vergani, RF,
num. 1230, p. 265.
Berta-tdne : nom. Berta, gen. dat. Bertani, gen. Bcriane,
HPM, vol. I, num. 191 (a. 999. Novara), 272 (a. 1028.
Torino)-, 273 (a. 1028. Pinerolo), 274 (a. 1028. Torino) ',
gen. Bcrta e Bertani dat. Bertani, CDBe., II, col, 723-4
(a. 108 1), Johannis qui dicitur Bertani, CDE, num. 104
(a. 1019), 127 (a. 1033), 171 (a. 1035), Martino Berianis,
ib. num. 154 (a. 1049).
Bertilla -11- Bertilâne -11- : nom. e gen. Bertilla -II- lie
gen. e dat. Bertilani -ell-, CDL, num, 735 (a. 972), 789
(a. 972) 682 (a. 964).
Bertillia -lliane : gen. Bertilliani, CDL, num. 764
(a. 975), ma il nome si confonde col précédente, come appare da
:. Bascniaiie puo qui essere direttamente un nome proprio. Credo tuttavia
che sarà più prudente vedervi un nome locale derivato dal nome proprio
([lena de] Bascniaiie). E il nome locale ci si offre spontaneo nel Bassignana di
Alessandria.
2. Nellostesso doc. c'è anche Bertani che a me par di dover leggere Bertani,
come qui indietro s. « Andréa » e s. « Bertillia » abbiamo visto un -m maie
letto per -ni, e come più altri analoghi casi s'incontreranno. Gli è che i tras-
crittori di pergamene, mal raccapezzandosi davanti a una forma in -ani, si
trovavan portati a leggere senz' altro -ain ; e cosi lo stesso Gloria deve
neir errata correggere in Ciciliani un Ciciliani délia sua trascrizione, e un
s. Livam è corretto per 5. Lïvani dal Philipon 238. Non che in qualche caso già
l'originale possa avère -m, ma questo sarebbe in ogni modo molto insolito,
e generalmente nonandremo errati, quando, imbattendoci in un/. 05. Bertani
ecc, leggeremo -ni. Cfr. del resto anche s. Vilîam = s. Vittani (da Villanits)
RAL, num. 106, e Amicom =z Amiconi più in là a p. 231 n. 4.
5. Qui anche il nome locale Satahertani Salih- (= Salbertrand) HPM,
vol. I, num. 277 (a. 1029), 304 (a. 1038. Susa).
222 C. SALVIONI
nom. e gen. Bcrtilla -lie; gcn. Bcrlilliaiii (1. -ni), CDLod.,
num. 22 (a. 991).
Blanca -cane : da tcrciaBlancani, DR, num. 34 (a. 1068),
cioè « J./. [terra] 5. » ', hoiiiines qui dicimiiir Blancani, AN, num.
143 (a. 1038). E sarebbe assai prezioso, perla sua provenienza,
il /. Blancani, del CDT, (v. Bianchi, o.c, 409), ove non insor-
gesse il dubbio accampato dallo stesso Bianchi e che trae forza
appunto da ciô che 5/^nrrt/z/ sarebbe nelle carte toscane quasi
l'unico esempio di un feminile cosi declinato -.
Bon a -nâne : nom. Bona, gen. dat. Bonani, CDL, num.
883 (a. 994), DR, num. 56 (a. 1094), abl. Banane, DR, 25,
Ursus de Banane, CDI, a. 932,/. Banani feniina, HPM, vol. I,
num. 411 (a. 1089. Biella).
Bruna -nane: nom. Bnina e s. Bninani (1. -ni) HPM,
vol. I, num. 282 (a. 103 1. Biella).
Burga -g âne : nom. Biir^a, gen. abl. Burgani, HPM,
vol. I, num. 68 (a. 910. Asti), /. Burgani, DR, num. 30
(a. 1062).
Caecilia -liane: nom. e abl. Cicilia, gen. Ciciliani,
(e Ciciliam =-ni), CDP, num. 58 (a. 972),/. Geciliani, DR,
num. 41 (a. 1074).
1. Tali formule, di cui si son già visti più esempi, occorrono con somma
frequenza in tutte le carte quando si tratti di descrivere i confini d'una
proprietà. Ne v' ha nessun dubbio che il nome proprio vi stia al genitivo.
2. E perô rinfiancato, nello stesso CDT, p. I (num. 65 ; a. 765. Chiusi) da
terra Blancani, es. non so se sfuggito alla diligenza del Bianchi o da lui volu-
tamente negletto. — Le scambio di vocale su cui il Bianchi appoggia i suoi
dubbi intorno a Blancani, è di quelli in cui gli editori di diplomi incorrono
con una certa frequenza; cosi leggo s. Anihroxiani per -oui o -wii in CDL,
num. 387, A'N,r\um. 60, 5. Doiniuicani, DR, num. 42 (si tratta di un testi-
monio), s. Boni^ani per -oni o -nui nel CDBe., .'ol. II, col. 525-6, e ail' incon-
tro /. Vidalioni per -ani ib. col. 565-6, ecc. Onde ben potrebbe darsi che
anclie nelle carte nostre qualche -dni stia per -ôni. duanto aile ML in ispe-
ciale, noi perô già vedevamo come il Bianchi avesse torto di dubitare di
Fridani. — Del resto, per tornare a Blancani, c'é Rolaudns de Bhvicano, RF
num. 1067 (a. 1082), dove Blancano e potrebb' essore un errore per Blancane
(obi. di Blanca) o anche rappresentare un np. Blancanus fondato su d'un
aggettivo dipendente alla sua volta da un genit. fem. Blancani (cfr. Contareni
e Contarenus più in là, s. « Guntari »J.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA N'ELLE CARTE d'iTALIA 22 3
Celsa -sa ne : nom. Cclsagen., dat. e ace. Celsani, gen.
Celsajiis, DR, num. 48 (a. 1084), 58 (a. 1096).
Crescentia -tiàne: nom. Griscncia ', gen. Crisenciani,
CDL, num. 976 (a. 1000).
Ch ristina -nâne : nom. Christina, gen. Cristinani, CDL,
num. 862 (a. 992), gen. Cristinani, HPM, vol. I, num. 228
(a. ion. Novara), e sarà forse da leggere cosi pure il Cristiani
dello stesso documente.
C 1 a V e n n u 1 a - 1 d n e : nom . Clavcnola, gen . Clavenolanis
-II-, CDR, num. 54 (a. 1092), gen. e abl. CJavenolani, -nu-, DR,
num. 16 (a. 1034).
Critu na -nâne : a meridicvia cl Critunani, CDL, num. ^ i r
(a. 904).
Cumperga -gdne : /. Cuiiiperganis, DR, num. 54
(a. 1092), 57 (a. 1094).
Dominica -cane : nom. Doniinica, gen. edat. Dominicani,
DR, num. 22 (a. 1041), da îcrcia Domiiiicani, CDL, num. 888
(a. 995)-
Doda (RF, num. 1036) -dane : silva Dodani, HPM,
vol. I, num. 353 (a. 1062. Novara).
Domna -mnane : Uberti qd. Donnane, ML, vol. V, p. m,
num. 181 5 (a. 1121) e si retrova forse nel pure metaplastico
Dumnaita -âiiain, CDB, vol. V, num. 87 (a. 1136)-.
Druxa-xâne : Laurenciiis Dnixani, CDR, num. 178 (ctr.
Johannes Driixa, ib.).
Eba -bdne : Ana f. Elmiii, HPM, vol. I, num. 248
(a. 10 19. Genova).
Emma -m md ne : occorre più volte l'obi. Eiiiniaiii (ïn una
cogli errati Eiini- Einiu-) in HPM, vol. I, num. 133 (a. 969.
Novara).
Ermiza-zdne : nom. e abl. Eniii~a, gen. Ernnji^ani, DR,
num. 32 (a. 1067).
Ficia -idne (= Officia} Cfr. Officia, ML, vol. V, p. m,
1. Circa al G- di questa forma, v. s. « Crescentio » più in là, e cfr. Gre-
xeiicius Arch. glott. it., XIV, 8.
2. Il np. Donaiid compare in HPM, vol. I, num. 463 (a. 1129. Novara).
Sarà certo un metaplasma, ma non saprei dire se da Domna Donna o da Dona
fera, del nome proprio Dow (Bruckner, 512).
224 C. SALVIONI
num. 141 5, <t Ficia, -ciac, RAL, num. 30^, CDL, iium. 854) :
Joh. Fitiam -cia- CDBe., vol. II, col. 891-2, e 897-8 (a. 1117).
Flora -râne : nom. Florauc, CDL, num. 377 (a. 898).
Framiza -zâne: Marcbisi Fraini:^ani, CDLod, num. 128
(a. 1148).
Franca -cane : nom. Franca, gen. Frmicani, CDP, num.
42 (a. 954) /. Francani, HPM, vol. I, num. 40 (a. 1085.
Genova), s. Francani (l. -ni), Vcrci, St. d. Marca triv. e ver.,
I, doc. 4 (a, 954) '.
Fraxia (= Eufr-Ï) -xiâne : nom. e dat. Fraxia, gen.
Fraxiani, DR, num. 32 (a. 1067).
Fusca -scâne : nepos Fuscani, CDI (a. 932).
Gaiperga -gdne : /. Gaipergani, CDI, a. 932.
Galla-lldne : nom. Galla, gen. Gallani, CDL, num. 11
(a. 745)- Si tratta di due diverse donne, la zia e la nipote.
G a u d e n t i a - 1 i d n e : Johannes Gaudcn~am, CDR, num .
178.
Gausa.-sane : dat. Gausani,nt\ doc. 104 ap. Meyer (o.c,
p. 180), che lo toglie dal Troya (v, anche Fôrstemann, Alid.
Nanienb., 2^ éd., s. Gauda). L'esempio è notevole in quanto
provenga dal mezzogiorno délia penisola nostra.
Gaza -zdne : gen. Ga:^ani, v. Parodi, Arch. gloit. it., XIV,
13, Petrns Gha~ane ML, vol. V, p. m, num. 1701 (a. 995).
Gisa -sdne : valle Gisani, CDP, num. 42 (a. 954) [cf.
Johannes de Gisa, ib., num. 125, ecc.].
Georgia -gidne : Martino qui dicitur Zoriiani, CDP, num,
72 (a. 988), due volte.
Gisla -sldne : nom. Gisla, gen. Gisle e GisJani, CDL,
num. 76e (a. 975), abl. Gislane, num. 768 (a. 975), Mafeus
Gislaiii, CDR, num. 178, e spetterà qui anche da una parte
Gixilani, CDR, num. 62.
Grata -tdne : nom. G/vzi/rt, obi. Gradane, CDL, num. 11
(a. 745) ^
1. N'è forse il diminutivo nel ni. vallis Francolani (c Flang-) CDDLod.,
num. 52.
2. lo qui porrei anche il Boiiipnuulis et Graiii iin^dliluis di HPM, vol. I,
num. 154 (a. 981. Asti), nel cui Grani vedrei un *Graivn *Gra[d]ani. La
scomparsa dcl -/- si documenta ad .Vsti già un secolo prima col nome locale
DECLIMAZIONE IMPARISlLLABA NËLLE CARTE D ITALIA 2:2 5
Grima -m âne : gen. Grimaui, CDL, num. 215 (a. 861),
da istam Grimaiie (= d.i. [rerra] G-)HPM, vol. I, num. 194
(Novara).
Gunza -zâne : nom. Giinia, gen. Gimxfim, CDL, num.
106 (a. 824), Jobanues Giin:(aiii, CDLod., num. 150 (a. 1153).
Higenza -zâne: terra Higeu~aiii, CDL, num. 833 (a. 987).
Ida-dâne (cfr. Iddanue, ap. Philipon, p. 205) : gen. Yda-
nae, MR, \'o\. I, p. 404 (a. 1296), che rappresenta forse un
metaplastico îdaita '.
Imiza -zdne : nom. Imi:;a, gen. e abl. L)ii~am, CDLod.,
num. 42 (a. 1068).
Johanna -nnâne : ace. Johannaue, CDL, num. 136
(a. 840), gêner Johannani, CDI, a. 932, e fors'anche Petrus de
Jauane, ib,, a. 933.
Jus ta -stdne : Joh de Justane, CDI, aa. 932, 933, 977.
Laeta-tdne: dat. Ledani, CDL, num. 494 (a. 921).
Laurentia -tiane: nom. Laurencia, gen. e dat. Lauren-
ciani, DR, num. 23 (a. 1045).
Lida -dane : forse /. Lidani, RF. num. 1124 (a. 109 1).
Longa -gdne : Franco Longani, RF, num. 11 67 (a. 11 13).
Lucia -cidne -./.Lnciane, HPM, vol. l, num. 457 (a. 1123.
Asti).
Lupa -pdne : nom. Liipa e Lupane, gen. Lupani, abl.
Liipaiw CDL, num. 215 (a. 861), 956 (a. 999); nom., ace. e
abl. Luba, abl. Liibane, ib., num. 98 (a. 822), casalis Lupani
(nome loc), CDLod., num. 32 (a. 1039), 35 (a. 1044), CDBe.,
vol. II, col. 599-600, 613-4.
Magna -gndne : /. Magnaui CDL, num. 558 (a. 941),
Johannes de Magnane, CDI, a. 932 -.
Maria -ridne : nom. Maria, dat. Marie, gen. Mariani,
DR, num. 16 (a. 1034) '.
Paerno (oggi Perno) che, allato al tradizionalo Patenio, si legge anch' esso in
HPM, vol. I, num. 51 (a. 896).
1. Dico forse, in quanto V-ae potrebbe rappresentare quell' -e che vediamo,
p. es., anche nel gen. Giin:^aiie, mentre solitamente il gen. è in -ni, da giudi-
carsi non diversamente dal -;/(' di genitivo de' masc. in -0 -onis.
2. Vico Miignaui CDL, num. 734 (a. 972), ed è forse da ragguagliarvi il
Vimagnani e Vicomagnano di CDLod., num. 72 (a. 11 18).
3. Archamariane, Arca Marianc -ni è ne' docum. il nome di Canicnaiio
Rumania, XXXV j r
226 C. SALVIOXI
Nîartlia -thdne : Guidoiiis Martani (= Guido di Marta?)
IIPM, vol. I, num. 138 (a. 972. Bobbio).
M art in a (o -th-?) -nâne : Joharvm Bonus Martinani,
CDR, num. 178.
Maura-rânc : camie Manraiii, CDL, num. 892 (a. 995).
Megenza -zàne : nom. Megeii:^a, dat. Megin::^e, gen.
Mci^cn::am, CDL, num. 690 (a. 965).
Obiza -zdne : nom. Ohi:;ri, gen. Obi:^ani, DR, num. lé
(a. 1034).
*Passinga -gane : f. PassiHgaui, RF, num. 1285.
Pau la -Idne : casale Paulaiii, CDL, num. 14 (a. 753).
Perenza -zane : f. Pereti:(ain, DR, num. 45 (a. 1082).
Proba -bdne : /. Proi'mii, RAL, num. 72 (a. 1030).
Rilieza-zdne : nom. Rihe^a, gen. Riheianis, DR, num.
52 (a. 1089). Dalla stessa base forse : da nieridie Rige^ani, Giu-
lini, O.C., VII, p. 58 (cfr. Rigc~a, ib., p. 52), Andrcam et Bomi-
nianniim gui diciwtiir Rigi~a}ii, CDLod., num. 147 (a. 1153).
Rimiza -zdne : Johannis Rimi:^ani, CDLod., num. 100
(a. II 38).
Roza -zdne (v. Bruckner, 295 s « Roccia ») : Fermosa que
vocatur Rocianes, MR, vol. I, num. 41 (a. 964), « Formosa '
ch'è chiamata di Roza ».
Tadola-ldne : vi)iea Tadolani, CDL, num. 799 (a. 980).
Teveta-tdne : nom. Teveta, ace. e gen. Tevetani, CDL,
num. 692 (a. 966). Correggi poi in Tevetane il Tevecate dello
stesso documente.
Una -nâne : castellum Unani, CDL, num. 734 (a. 972);
cf. il nome proprio Una in ML, vol. IV, p. I, num. 54
(a. 761).
Unia -nidne. E assai verosimilmente un metaplasma
VUniana di CDR, num. 84 (cfr. Uiiia gen. -ie, ib., num. 83,
103).
(Novara) : V. HPM, vol. I, num. 414 (a. 1091. Novara), 426 (a. 1094.
Novara). Mérita poi menzione anche qucsto passo di HPM, vol. I, num. 450
(a. II 20 circa. Torino) : Villa Mariana... et ecclesiani Sancte Marie in eadem
villa sitam.
I. Fermoso -a occorre fréquente nellc carte italiane e certo vi s' ha da
vedere « Formoso -a >>. Cfr. lo sp. hcrvioso.
DECLIXAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 227
Ursa -sdne : gen. metaphistico Orsaiiac, RF, num. 1221
(data incerta).
Ursula -lane : abl. Orsolaiie, CDP, num. 15 (a. 874).
Warna -nane : nom. JVarna, gen. e dat. fVarnani, CDL,
num. 993 (a. 1000).
Wida-dâne : nom. Vuida, dat. ace. Vuidane, CDLod.,
num. 42 (a. 1068).
Willa -lldne(cf. Giiillo, Bruckner, 321, c Gtiilla, RF,
num. 1067) : hoiuincs qui dicuuiHr Gnillmii, AN, num. 18 r
(a. 1068).
Degli esempi posti in fila quisopra qualcuno potrà non essere
intieramente sicuro per le ragioni che si dicono a p. 222 n
(per la errata sostituzione di a ad 0, cfr. ancora s. Gisaiii, CDL,
num. 372, dove Gisani è un testimonio) e per altre. Cosi per
la possibilità che il nome in -àni, anzichè il genit. d'un fem, in
-a, rappresenti quello d'un masc. in -anus. Per questa ragione
anche non ho allegato esempi come fiUa Clemaiciani, CDL,
num. 819 o Joannes Alhani CDI, a. 960 ', potendosi avère in
essi CJeinencianus e AJhamts piutosto che Clemeiicia e Alha.
D'altra parte è forse da emendare in Aiuiane il gen. Antione
(nom. Alla fem.) di CDL, num. 628. Dico forse, perché
non mancano nelle carte (v, Philipon, p. 204 n.) le traccie
di una flessione masc. ^ e fem. in -a -âne, e ne vedevamo un
1. Forse il dubbio era meno impellente per Joannes Baffaui CDI, a. 960,
heredes Fibiini DR, num. 25. V. Anche Geranl us qd.Fralani, ML, vol. V,
p. III, num. 1820 (a. 1151), Bruni Ubihane « Bruno di Ubibana ? », th.,
num. 1819 (a. 1 156).
2. Mascolino è il fréquente Wala (cfr. la parentela piemontese Guala) che
ha l'obliquo IValone in CDL, num. 619 (v. ancora num. 618, CDBe., II col.
737-8, HPM, vol. I, num. 404, 399, RF, num. 310, 397, nella quai uhima
raccolta perô, il nom. suona Gualo num. 396, e v. il Bruckner, p. 516), ma
il cui obliquo * IVahne è forse rappresentato dal metaplastico IValanus che
s'incontra talvolta nelle carte («05 Walano CDP, num. 270). Un Cona gen.
Co«ok/5 compare in CDLod., rwim. 145, edè inutile rammentare che è fre-
quentissimo il nom. Cono. Nel gen. Judoni (h\s) CDL, num. 724 (a. 970) abl.
hidone HPM, vol. I, num. 56 (a. 799. Novara), nell' abl. Golione CDL,
num. 884 (a. 994), nel gen. Sahbonis RF, num. 683 (a. 1025), 1296, sarà da
vedere un genit. analogico di Juda Golia Sabha, come è dovuto alla stessa
228 C. SALVIONl
esempio qui indietro toccando délia dcclinazione dell' appella-
tivo ahiia ' .
II. _ .0 2 ONE.
La lista potrebbequi farsi lunga ail' infinito ove non prescin-
dessimo degli appellativi e dai nomi propri d'origine germa-
nica (del tipo di flessione -o -^on) che, nel loro passaggio aile
lingue romanze, s'adattarono al tipo flessionale latino -o -âne.
Una parte di questi, aventi uno spiccato significato perso-
nale, non saranno perô da considerare germanici che quanto al
teqpa, chè la derivazione per -io -iôiie accenna a una formazione
dotta del latino médiévale. Son questi i sostantivi aldio
spinta analogica il rapporte che corre in Lomhardia tra i casati Rtisca e Riisconi.
Curioso è il caso offerte dal doc. 212 (a. 959. Asti) di HPM, vol. I. Qui si
parla di una terra Roioni, ma insieme, e sempre con évidente riferimento
alla stessa persona, vi occorre terra suprascripti Ro:(aiii e iam dicte Ro:iaiii.
Evidentemente qui c'e uno sbaglio e forse più d'uno, ma dove ? Poichè la
quistione si coniplica appunto per la circostanza che in carte délia Liguria
si trovi un Ro^a mascolino.
1. II Bruckner, par. 106, allega di su quello stesso doc. del CDL, che a noi
forniva l'es. IVarna -nane, il gen. fem. IVarnoni. Ma l'egregio germanista ha
qui preso abbaglio, poichè questo Wanioiii è un' altra persona, che tutto
induce a ritenere mascolina. Nel RF, num. 144, c'è Haleranam (una sol volta)
e insieme Haleroiiam -runae (e -ro)ia -riuia pure ai num. 148, 213). Se la
prima forma non è un errore, essa andrebbe considerata corne un metaplasma
délia flessione -a -due e ci porterebbe di nécessita a vedere nella seconda pure
un metaplasma, ma délia flessione -a -oiie. E quesî' ultimo (e cosi in Stiroiia,
RF, num. 228, Alderuna e Godenina, num. 1280, pp. 254, 255, Auriina,
CDL, num. 374, a. 897) potrebbe ammettersi, anche supposto che Halera-
nam sia da emendare in -ouata (y. perô anche Bruckner, 301). — Tra i nomi
locali, è notevole che Cavandone (Novara) appaja ne' doc. corne Capiit de
Anda; v. MN, vol. Il, Indici.
2. La quistione di sapere se si tratti di Petrus Petroiiis o di Petro Petronis
ha una importanza in Francia, ma non ha motivo d'essere se posta in Italia,
dove in Petro si ritrovarono ben presto e Petru(s) e Petrd. Solo i dialetti meri-
dionali, che distinguono tra -u e -ô, potrebbero invitarci a un più attento
esame délia quistione. E infatti i cognomi Russo, Fusco accennano piuttosto
a Russu ecc. che non a Russo. Ma giova tener conto che il tipo di flession
classico visse sempre accanto ail' altro e che le reciproche contaminazioni de'
due tipi non potevano mancare. — Del resto, circa alla metafonesi nelle carte
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 229
-dione \ gastaldio -diône, scario -riône, sculdascio -sciône, marchio
-chkvie, mitndio mundione, che son rappresentati tutti, quali più
quali meno, nelle carte medievali d'Italia. Qui basti l'avervi
accennato. Onde le liste che ora seguono non conterranno che
i pochi appellativi d'origine latina e i moki nomi propri d'ori-
gine latina e latino-cristiana -.
a. Appellativi.
avo -vône e avio -vione : nom. havoni, ML, vol. V,
p. II, num. 93 (a. 776), avoue, nella apposizione di un genitivo,
ib., num. 202 (a. 785), e v. ancora Blanchi, 0. c, 410 n. ; avioni,
pure nella appos. d'un gen., ML, vol. V, p. 11, num. 755
(a. 861) avioni -ne, CDL, num. 31 (a. 76e), plur. aviones,
HPM, vol. I, num. 19 (a. 897. Novalesa), avionibus, DA,
num. 91 (a. 1003).
meridionali, e poichè siam venuti per incidenza a toccarne, v' ha del vero
in ciô che ne dice il de Bartolomaeis (/4rc/;. ^/o«. it., XV, 252 sgg.; XVI,
1 1). Ma i fatti sono ben lungi dall' avère quelle proporzioni assolute che
parrebbero risultare dalla esposizione dello studioso abruzzese. Poichè,
p. es., da una parte non è infrequente -etu nel CCav. (castanietum, qtier-
tiettim, num. 35, caitnietii et salicetu, num. 47, quertietii, num. 50, casta-
nieto etnseletu, num. 53, 78, ecc. ecc), e dall' altra parte ci sono esempi come
/?o/'w/a (num. II). Anche qui dunque nessuna possibilità di conchiudere.
Cosi come nulla è da inferire dal fatto che nelle carte di tutta Italia s'alter-
nino al nomin. -us e -0.
1. Per aldione occorre qualche rara volta alJiauo. Deve trattarsi délia diretta
influenza del feminile, il quale, come s'è visto, puô anche declinarsi come
i//t//i7 -ih'otte.
2. Per i quali si tengano sempre présente gli elenchi del Philipon, pp. 223
(questo consacrato specialmente ail' Italia), 224-5, che forse abbondano
neir ammettere materia romana. — Parecchi nomi naturalmente potrebbero
venir considérât! come d'origine gernianicae cosi il Bruckner ritien tali Amico,
Caro, Lupo, Magno, Mauro, Donnolo, Romolo, Primo, Ponio, Marco, e altri. Se
anche si possa ammettere che qualche volta abbia ragione, o meglio, che nel
nome possan quà e là incontrarsi le due basi, penso tuttavia che in génère il
Bruckners'è lasciato trascinare dalla suatesi. Per compenso ciregalerebbeegli
(pag. 198) un Benedicto -ctone, ma nelle forme ridotte di Becto -doue, Necto
o (Ni-) -ctone, occorrente la prima una volta, la seconda numerose volte
nel RF. Puô darsi che la prima sia da accogliere, ma quanto alla seconda o
230 C. SALVION'I
socro -crône. E' certamente la base socroiie ' che si scorge
nel gen. consocrunii abl. plur. consocrnniis (= consoceri -ris) che si
leggono in documenti napoletani (v. la citazion de' passi nel
Gloss. che stà in fondo al vol. II, p. 2^, de! Monumenta ad Nea-
politani Ducatiis historiain pertinentia). Circa al -iiis di questo
consocrunius si ricordi il pugl. barbaneus di cui a p. 215 n.
*veclo -clone (= vêtu lo - lône). « Nella nostra metro-
politana chiamansi veggiôn e veggionn dieci vecchi e dieci vec-
chie, vestiri quelli da chierici, e queste da monache, i quali
air offertorio délia messa capitolare offrono il pane e il vino
rappresentando il popolo milanese nelle offerte che antica-
mente si solevano fare alla chiesa, e precedono il clero metro-
politano nelle processioni, ecc. Il Du Gange fa memoria di
questi nostri Veggion che veggonsi chiamati Vegloiii, Vegloncs,
Vegionio Seiies, e délie nostre Veggionn che si leggono da lui
dette Veglonae e dal Giulini (VIII, 363), Veglonessae » (Gheru-
bini, Voc. mil., s. « veggiôn »). Girca al Giulini, v. ancora
vol. I, 2* ediz., p. 326-7, dove compajon le forme gen. veglo-
nuni, dat. vegJonihus. — Non dubito di ravvisare in questo plu-
rale il resto dell' antica flessione -0 -ône ^
sarà germanica o, se latina, rispecchierà un Nitido -doue (cfr. Fit. netto). Il Br.
s'appoggia al fatto che in un docum. (num. 509) la stessa persona si chiami
Nettonem nel testo ma Betiedictus nella firma. Sennonchè Xi'tlonein dev' essere
un soprannome corne risulta dal num. 471 (Benedictum qui pro tioniine Nitto
sproccus vocor ; Benedicti qui et Nitto vocor), e il fatto che il soprannome
possada solo rappresentare il nome non è senza esempi.
1. Questo *socrone, o almeno *soceroiie, appar chiaro nel zàrso sucenvii suo-
cero. Il Guarnerio {Arch. glott. it.,Xl'V, 191) vi vedrebbe veramente una
voce originariamente diminutiva. Sennonchè in un tal nome la ragion del
diminutivo non risulta chiara, a meno non si ritenga che nelF -çmi abbia una
mano hahoni nonno. Ma e qui avremo realmente un diminutivo o non piut-
tosto vi riconosceremo, a ciô confortati dall' a. sardo aioni, dal nap. z'uvone
ecc, l'obliquo délia flessione -0 -ône, flessione estesa poi a mamvioni nonna?
Certo « avone » poteva farsi valere in Corsica come s'è fatto valere nel /'<(/'-
hone (t (\umà\. mamvione') d'altre parti d'Italia (v. Tappolet, Rovi. Venvu.,
pag. 74)-
2. Come nel mil. vegdna, vecchiaccia, è da vedersi il metaplasma dell' obli-
quo di *vecla -cldne (cfr, sing. vega pi. -gdh, sost., nella Mesolcina).
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 23 1
/'. Nonii propri.
Adamo-mône' : /. Adatiunoiiis, RF, num. 82e, 1069
(a. 1082-3), terra Adammojiis, ib., num. 733.
Aemilio -liône "" : iiiaiiiis Melioiie, AN, num. 17 (a. 800),
da maiie Mclioni, HPM, vol. I, num. 145 (a. 976, Novara).
Albino -nône :/. AUnnoni, CDL, num. 49 (a. 773), 665
(a. 962).
Amandulo -16 ne : nom. Aniandolo, gen. e dat. Aiiiciiido
loni, HPM, vol. I, num. 5 (a. 886. Asti).
Amato 5 -tône : nom. Aiiiato, gen. Ainaionis, ace. Arnaio-
nem, RF, num. 498 (a. 1014), 593, 625 (a. 1012), 724, 747,
751 (a. lo-jo), ecc.
Amb rosio' -siône : nom. Aiiibrosius, dat. egen. Auihrosioni
abl. Amhrosiom, CDL num. 13e (a. 840), 149 (a. 843), 180,
484 (a. 919), Qcc, CDBe., vol. II, col. 647-8, CDLùd., num.
151 (a. II 53), HPM, vol. I, num. 119 (a. 963. Vigevano),
145 (a. 976. Novara), CDP, num. 53 (a. 969).
Amico -cône : nom. Amico Amiens ^, gen. Aiuiconis -ni,
dat. Amiconi, ace. Amiconem, abl, Amicone, RS, num. 193 (a.
1013), i94,2io(a. 993), i?F, num. 373 (a. 940), 381, 388, 458
1. Aùamo 0-1UUS in realtà non ni è occorso mai, bensi il gen. Adami-mmi.
Il nominativo è solitamente Adam, assai più raramente Ada. Nel RF è fre
quenteil gen. ^Jaegiànoto al latino. — Dialtri metaplasmi, v. s. « Johanno »
e i< Victoro ». Curiosi sono qucsti : gen. Feluni (e fors' anche gen. Filoni,
ML, vol. IV, p. I, num. 65, a. 767) CCav., num. 26 (a. 825), e/. Cresconis
RF, num. 1030 (a. 1077) s. Criscioni, CDT, p. 11, num. 74 (a. 807). Il primo
è dal noto nominativo Fêle ^ Félix, AscoVi A rch. glott. it., II, 435,clie
occorrene' doc. declinato per lopiù corne Fêle -lis, e il secondo pure dal nom
Crescens (cfr. il tosc. Crescio ; e nom. Crescio, RF, num. 956, a. 1092, gen.
Crescii, Ciisci, CDT, p. 11, num. 81, a. 809; 89, a. 812, i?F, num. 931, a.
1062).
2. Potrebbe anche trattarsi àiMelio; v. Holder, All-celt. Sprachschati, s.
« Mclius ».
3. Amato poteva fors' anche rappresentare il nom. Auiator, se non è per
errore che nel CDT, num. 86, al nom. Amato corrisponda s. Amatori, e che
in RF, num. 593, ail' ^wa/o«/5 délia firma corrisponda nel testo Amatorem.
4. Nom. Amicom, HPM, vol. I, num. 305 (a. 1039. Asti), che perô leg-
geremo Amiconi (cf. nom. Opiioni e Liii^oni ib. num. 252, 339).
232 C. SALVIOXI
479, 590, 615 (a. ion), 736, 72o(a. 1037), 1050, CCav. num.
421 (a. 990), terra Atnigoiii, CDL, num. 751, col. 13 11,
(a. 974)'•
Atilio -liône : /. Alchoni, -ti-, CDL, num. 933 (a. 997),
HPM, vol. I, num. 139 (a. 973, Asti).
Angelo -lône : campo dicitur de Angeloue, CDL, num. 845
(a. 988), e fors' anche AgiielJoue, ib., num. ^78 (a. 918).
*Anticio -ciône- : Leonis de Anticioue, RF, num. 646
(a. 1028).
Arvio -viône '' : /. Arvioni, CDBe, col. 443-4 (a. 1005).
*Aucello -llône:/. Uccelloiiis, RF, ii94(a. 1104).
Auso -son e : s. Ausûni -iiis, CDT, p. 11, num. 36 (a. 793),
89 (a 812), RF, num. 1280, p. 267.
*Ausulo-lône : gen. Ausuli, dat. AusuJoni, ML, vol. V,
p. II, num. 102 (a. 767).
Baroncio -ciône: nom Baroucius -cio, gen. Baronciôni,
ML, vol. IV, p. I, num. éi (a. 765), Blanchi p. 367, RAL,
num. 137 (a. 10-19), CDL, num. 866 (a. 992).
Barucio -ciône : nom. Bariicio, gen. Banidoni, ML,
vol. IV, p. I, num. 39 (a. 737), e Blanchi, p. 367.
Beato -tône : s. Biadoni, CDL, num. 869 (a. 992), 899
(a- 995)-
Bello -llône : nom. Bellone, gen. Bclloni, -nis, ML,
vol. IV, p. II, num. 91 (a. 1049), ib., App., num. 91
(a. 1099), 106 (a. 1164), vol. V, p. m, num. 1813 (a. 1121),
1816 (a. 1123), 1825 (a. 1177), RAL, num. 207 (a. 1068),
270 (a. 1077), RF, num. 1098 (a. 108 1), 1280 (p. 268),
Giulini, p. 78 (a. 1098).
Blandino -nône : Tribnnus Blandinoni, CDP, num. 4
(a. 673 ; apogr. saec. x).
Bono -nône : nom. Boiio eBomvie, dat. e gen. Bononi, ace.
Bonus e Bonone, ML, vol. IV, p. 11, num. 81 (a. 1000), CDT,
p. II, num. 64 (a. 804; Bimonï), RAL, num. 158 (a. 1056),
CDL, num. 291 (a. 879), 446 (a. 912), 597, tcc, HPM,
1. Curioso Amisone -nis, CDBe., vol. II, col. 597-8, 901-2, se da esso già
traluce il moderno amis (Roniania, XXIX, 546 sgg.).
2. V. Flechia, Di akune forme, ecc. p. 40.
3. V. Holder s. « Arvius ».
DECLIXAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 233
vol. I, num. 129 (a. 967. Novara), 401 (a. 1085. Genova),
CDP, num. 52 (a. 969), CDR, num. 61 (a. iioi). Si emendi
poi in Bononi il fréquente Bonoiii di CDLod., num. 141.
Bon'io (RF, num. 1280, p. 267, ML, vol. V, p. m, num.
1309, a. 945) -ni 6 ne : s. Boiiioiiis, RF, num. 769 (a. 1043).
Brutio-tione : gen. Bni~oius, ace. Bni:^iucm, RF, num.
783 e 78^- (a. 1046).
Cahallio -lliône : s. CavaUioui., CDLod., num. 128
(a. 1148).
Caelio -lié ne : gen. CelUonis, RF, num. 854 (a. 1055).
Calvo (cfr. nom. Calvm, RF, num. 1177) -vône : /. Cal-
vonis, RF, num. 732 (a. 1030-31).
Caesario -riôneirt capite Caesar'wnis, RF, num. 597
(a. 1043).
Carentio -tione : s. Carentionis -cio- -~o- CDLod.,
num. 69 (a. 11 17), 129, 130 (a. 1140) '.
Ca.ro -ràne : s. e f. Crtnww, i?F, num. 457 (a. 10 18), 507,
654 (a. ion), abl. Caroiie, ib., num. 11 15 (a. 1088), gen.
Caronis e Cari, ML, vol. IV, p. 11, App., num. i ro (a. 1 179),
113 (a. 1181).
Caruncio -ciône : f. Caninciouis, RF, n um . 630
(a. 1012).
Casto -stône : nom. Casto, gen. Castonis, RF, num. 736,
(a. 1034-5).
Catulo -lône:/. Cadoloiiis, CDI, a. 10 17 (cfr. Cadiihis,
ib., a. 1 102).
Celso-sône : nom. Celso e Celsus, gen. Celso)u, dat. Ccl-
soni, ace. Cehonem, RF, num. 119 (à. 778), CDL, num. 133
(a. 839), 291 (a. 879), 376 (a. 898), 450 (a. 912), 674
(a. 963), 839, (a. 997), CDBe., vol. II, col. 595-é (a. 1039),
637-8 (a. 105 1), HPM, vol. I, num. 21 (a. 836. Asti), 242
(a. 1017. Asti).
Cinctio -ctiône : /. Cîntioni, CCav., num. 41 (a. 855).
Civicio -ciône : /;/ Civicioni -nis, HPM, vol. I, num. no
(a. 959. Asti). E un nome locale, davanti al genit. è quindi da
sottintendere un sostantivo reggente.
I. Anche 5. CanuiyOnis e il metaplastico nom. Caraii:^dnus, RF, num. 1047
(a. 1080)? Per il nome stesso, cfr. poi il cognome pavese Carentio e Sca-.
2 34 C. SALVIONI
Clavennulo -lônc'; s. Clavenoloiii, DR, num. 44
(a. 1081).
Clcmentio -tiône : /. Clemencioni, CDL, num. 817
(a. 983).
Concesso -ssône . s. Concessoiii, CDL, num. 86 r
(a. 992).
Constantio -tiône: a sera Cônstancioni, CDL, num.
433 (^- 907), -J- Cônstancioni, ib., num. 708 (a. 968).
Corvio -viône : /. Corvionis, RF, num. 1210 (a. 1096).
Corvo -vône : gen. Corbonis, ace. Corbonem, RF, num.
783, 784 (a. 1046), 856, 1008 (a. 1073), (ego Corbo, ib. 928).
Crescentio - tiôn e : nom. Grixencius, Crisentius, abl. Cn-
seniio, gen. Gre- e Cresencioni, CDL, num. 131 (a. 837), 421
(a. 906), DR, num. 32 (a. 1067), ^- ^ /• Crescentionis, RF,
num. 418 (a. 1003), 906 (a. 1060).
Crispio -spiône : s. Crispionem, CDLod., num. 41
(a. 1065).
Damiano-nône : /. Damianoni, CDL, num. 650 (a. 961-
Datio -tiône : /. Dationi, AN, num. 27 (a. 826).
Dato -tône ^ : nom. Dalo, gen. Datonis, ace. Datonem, RF,
499 (a. 1014), 720 (a. 1037), 734, 914, 921, 1256 (a. 1093),
ecc, gen. dat. Dadoni, HPM, vol. I, num. 418 (a. 1092), e
fors' anclie ML, vol. V_, p. 11, num. 828 (a. 873), RAL, num.
61 (a. 936).
Decimo-mône : Thedaldi Decinoni (\. -nioiii}), AN, num.
117 (a. 1089).
Dominico -cône : nom. Domînicus, gen. Dominiconi, ace.
Dominicone, CDL, num. 98 (a. 822), 161 (a. 847), 171
(a. 851), 229 (a. 864), 487 (a. 919), 603 (a. 933), 707
(a. 968), Qcc, HPM, vol. I, num. 56 (a. 899. Novara), [35
(a. 970, ib.), 106 (a. 955. Asti), Martini Dominiconi, AN,
num. loé (a. ion), Doniinicus Mengoni, CDP, num. 7
(a. 829), s. Minconis, RF, num. 92 (a. 775).
1. V. il suo corrispettivo feminile qui indietro s. « Clavennula ». Tanto
il maschio che la femina compajono in document! chiavennaschi. E di Bella-
gio è la signora Betlaxia di cui a suo luogo.
2. In RF, num. 736 (a. 1034-5), il gen. Dalonis corrisponde al nom Deo
datiis.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 233
Domino -nône : nom. Dominus -no, gen. Doiiiiiii e Dotni-
noui, CDL, num. 773 (a. 976), 813 (a. 983), 817 (a. 983),
862 (a. 992), 873 (a. 993), DR, num. 20 (a. 1039), /. Don-
nom', CDL, num. 932 (a. 997).
Domnulo -16 ne : s. Donnoloni, CDL, num. 196 (a. 856).
Donato -tône : gen. Donadoni, dat. Douatone, CDL,
num. 142(3. 841), 207 (a. 859).
Dulcio -ciône : /. Dnlcioni, CDLod., num. 54 (a. 1106).
Fabario -rione : Martini Laharonis, RF, num. ^40
(a. 999).
Faustino -no ne : nom. Fanstinns, gen. Fanstinoni, ace.
Faustinone, CDL, num. 83 (a. 807), 206 (a. 859), 423 (a. 907).
Februario -riône -.s. Februarioni, HP M, vol. I, num. 70
(a. 911. Asti).
Fessucio (cfr. il nome proprio Fessus ap, Verci, Storia d.
Marca Triv. e Veron. I, doc. 14) -cione : ace. Fessnccione,
CDT, p. I, num. 70 (a. 768).
Firmo -mône : nom. Fernins, gen. Fernioni, CDT, p. 11,
num. 6 (a. 775).
Florentio -tiône : s. Florent ioni, CDL, num. 19 (a. 741),
per Florentione, ib., num. 53 (a. 774).
Fusco -scône : gen. Fusconis -ni abl. Fuscone ace. Fusco-
neni, RF, num. )i_| (a. 1018), 698, 763, 765, 853, 1018 (Fo-
sconis ; a. 1075), 1051, 1311, ecc, CDB, vol. III, num. 71
(a. 1148), 72, V, num. éi (a. 1114), 96, CDP, num. 79
(a. 999), 82 (a. 100)).
Gallo -llône: Peints Gallone, ML, vol. V, p. m, num.
1778 (a. looi). [In assai più tarda età e in contraddizione con
quanto è detto a p. 205, gli Statuti di Bormio offrono sanctnni
Gallonuin, sancto Gallone. Si sente qui l'influenza dcl Gallo
-llonis délia Rezia ; v. p. 205 n.].
Gaudentio -tiône : nom. Gaudentius -dus, gen. e dat.
Gaudentioni -cio-, ace. Gaiidencione, CDL, num. 83, 146 (a. 84'»)
325 (a. 884), 613 (a. 956), 866 (a. 992), 869 (a. 992), 956
(a. 999), Qcc, HPM, vol. I, num. 102 (a. 953. Novara), ecc,
CDR, num. 184, s. Gaiiden:^ont e Godoi^onis, DR, num. 42
(a. 1076), 56 (a. 1094).
Germano -nône: nom. Germano, gen. Germanoni, abl.
Germanone, HPM, vol. I, num. 69 (a. 910. Asti), 94 (a. 945.
Asti).
23 e C. SALVIONI
Georgio -giône : gen. Geo- Gioi\^ioni -ne, CDL, num.
60 (a. 785), 206 (a. 859), HPM, vol. I, num. 23 (a. 861.
Asti), -j4 (a. 886. Asti).
Giso -sône : nom. Gisus eGiso, gen. dat. Gisoui, ace. Giso-
nem -ne, CDL, num. 207 (a. 859), RF, num. 359 (a. 953),
573 (a. 1032), ecc, CDBe., vol. II, col. 945-6 (a. ii^o. Gesoné),
CDP, num. 29,
Gratio -tiône : gen. Gra:^o e Gra~onis, RF, num. 1113
(a. 1085).
Grato-tône : nom. Grains, obi. Gradone, CDL, num. 39
(a. 769).
Gregorio -riône : gen. Grigorioni CDL, num. 325
(a. 884), 557 (a. 941).
Honora to-tô ne : j. Onoradoni, CDL, num. 390 (a. 901).
Helleno : (cfr. nom. Eleniis, RF, num. 1280, p. 258)
-nône ' : nom. Helleno, dat. Hellenoni, ace. Hdlenone, CDL,
num. 206 (a. 859).
Infantio -tiône : nom. Fan^one, DA, num. 293 (a. iiio
circa).
*Infanto-t6ne-: terra Fantonis, ecc, HPM, vol. I, num.
404 e 419 (aa. 1086, 1092. Novara), 435 (a. 1098. Biella),
s. Fanioni, RAL, num. 263 (a. 1076).
Jobo -bône 5 : terra Jobonis, RF, num. 403 (a. 986), 416
(a. 998), ecc, s. Joboni, CCav., num. 421 (a. 990).
Johanno -nnône^ : 5. Johannoni, CDL, nUm. 357
(a. 892);/. Johannoni, CDLod., num. 143 (a. 115 1).
Joviano -nône:j. Jobianoni, DR, 13 (a. 1017), 22
(a. 1041).
Julio -liône : f. Julioni, CDL, num. 692 (a. 966).
Justo-stône : nom. Jnstus, gen. Justoni -nis, abl. Justoni,
CDL, num. 560 (a. 941), 787 (a. 978), 813 (a. 983), 817
(a. 983), 863 (a. 992), 873 (a. 993), HPM, vol. I, num. 210
1. V. Bruckner, p. 267.
2. Anche qui si postula Infanto senza che un tal nom. realmente occorra, e
senza che in fonde ve ne sia bisogno.
3. Cfr. nom. Jobo RF, num. 402 ; e vi si traitera d'i Job corne nel ven. Giopo.
4. Cfr. Joawto (ter), HPM, vol. I, num. 421 (a. 1902. Asti), Juaunus,
CDT, num. 89 (a. 812), e Zaïininii ap. Verci, 0. c, I, doc. 13.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 23^
(a. roo6. Novara), DR, num. 24 (a 1047), ML, vol. V, p. 11,
num. 24 (a. 739).
Laeto -tône : nom. Lae- Leto -tus oren. Lae- Letonis -
&^
;//
-tuui -doni, ace. Lcdo, dat. Ledoiii, abl. Laetone, CDL, num. 54
(a. 776), 635 (a. 960), 809 (a. 982), HP M, vol. I, num. 77 e
204 (aa. 927, 1003. Asti), MR, vol. II, num. 60 (a. 1137),
RF, num. 398 (a. 981), 437, 458, 575, 577, 682, 715, 754,
800, 866, 873, 1046, 1060 (a. 1081), tcc.
Lancio -ciône (Holder) : nom. Lancius, gen. Lnncioiiis,
ace. Lancione, HPM, vol. I, num. 45 (a. 887. Asti), /. Lan-
:{Oui, RF, num. 1253.
Lato -tône : f rater Latom's, RF, num. 647 (a. 1030).
Laurentio -tiône : nom. Laiirencio -tins, gen. Laitrcn-
cionis -ni, dat. Laiircncioni, ace. Laiircnc'w, Laiirencionem, abl.
Laurencione, CDL, num. 186 (a. 854), 478 (a. 918), 519
(a. 926), 540 (a. 931), 819 (a. 983), 866 (a. 992), tcc. ecc,
gen. LoreriT^onis -ni, DR, num. 56 (a. 1094), 4^ (^- 1084),
CDR, num. 61 (a. iroi). Qui andrà anche/. Ren:^onis -ni,
CDBe., vol. II, col. 691-2 (a. 1073), CDLod., num. 69
(a. 1117); cfr. /. Rencii, AN, num. 161.
Laurio -riône :/. Laurionis, RF, num. 67 (a. 766).
Lazaro -rône : nom. La^aro e La~ariis, gen. La:(aroni -Z;^-
CDL, num. 196 (a. 856), 532 (a. 929), 533 (a. 929), 551
(a. 938), 565 (a. 941). 624 (a. 957), 778 (a. 977), ecc, Giu-
lini, p. 94 (a. 11 30), CDBe., vol. II, col. 503-4 (a. 102 1),
591-2 (a. 1036), 619-20 (a. 1045), 945-6 (a. 1130).
Liminio -niône' : gen. Li- Leminoni, CDL, num. 149
(a. 843) [abl. Liminiu<;, ib.].
Longicio -ciône ^ : /. Long iioni s, RF, nnra. 943 (a. 1065)
[cfr. de Longi~o, ib., num. 971].
Longo -gône : gen. Longoni, RF, num. 1267 (a. 1102),
1297, de Longono in Verci, 0. c, vol. I, doc. 14 (a. 11 38).
Lucido -dône -.s. Lucedoni, HPM, vol. I, num. i6(a.8i2.
As,iï) [dr. Lncido -xedo,\h., num. 417 (a. 1092. Ventimiglia)].
Lucio -ciône : nom. Liicius, obi. Liiciuni -ne, CDL, num.
73-
1. V. Holder s. « Liminius ».
2. Cfr. Clariiam, RF, num. 975.
238 C. SALVIONI
Lupicino -nône (cfr. Lupicinus, AN, num. 56) : s. Lupeci-
non,HPM, vol. II, num. 9 (a. 730. Novara)'.
Lupo -pône (v. Meyer-Lùbke, Altport. Personuenamcn,
p. 65) : nom. Lupus Lupo Lo-, gen. Liiponis e Liiponi -puni
Zo-,dat. Liiponi, ace. Luponem,ah\. Lupone -pune, ML, vol. V,
p. II, num. 18 (a. 736), 534 (a. 837), 626 (a. 84s), CDT,
p. I, num. 31 (a. 739), p. 11, num. 3 (a. 775), 36 (a. 793), 34
(a. j^i), DA, num. 48 (a. S8i), 73 (a. 967), 80 (a. 996),
114 (a. 1021), 147 (a. 1031), RF, num, 3 (a. 718), 18
(a.751), 5o(a. 762),é3(a. 764), 166,167, 191, 204, 205, 217,
221, 388, 453, 456, 674, 794, 859, 866, 1003 (a. 1072), ecc.
ecc, CDB, vol. I, num. 61 (a. 1188), 71 (a. 1202), 78
(a. 1210), 94 (a. 1228), vol. II, num. I4(a. 1234), vol. III, num.
94 (a. II 64), 219 (a. 1228), vol. V, num. 28 (a. 1099), 78
(a. 1130), 84 (a. 1135), 87 (a. 1136), CDI a. 847, CDL,
num. 51 (a. 774), 72 (a. 800), 81 (a. 806), 83, 85 (a. 810
circa), ecc. ecc, AN, num. 28 (a. 827), 48 (a. 885), 51
(a. 890), gen. Lobo e Loboiii Lu- Lob uni-, CDL, num. 64
(a. 792), 142 (a. 841), HPM, vol. I, num. 22 e 70 (a. 792,
841. Asti), gen. Luvoni, ab\. Lovone, CDL, num. 815 (a. 983),
HPM, vol. I, num. 22 (a. 840. Asti), Monte Lovone, nome
locale (oggi Mondugone"^), CDLod., num. 124 (a. 1147).
Maccio -cciône ^ : s. Maionis -ni, RF, num. 170 (a. 801),
172 (a. 796), HPM, vol. I, num. 401 (a. 1085. Genova),
Albert us t Guidus Madone, MR, vol. II, num. 81 (a, 1187).
Maco -cône : s. Maconis, RF, num. 868, vico Maconi,
CDLod., num. 2 (a. 761).
Magno -gnône : nom. Magnus, gen. Magnoni -nis, CDL,
num. 222 (a. 862), 396 (a. 901), 597 (a. 951), 809 (a. 982),
RF, num. 38 (a. 757), gen. Mangnuni CCav. (v. Arch.
glott. it., XV, 261).
1. Il Bruckner, p. 188, fà un lungo ragionamento intorno a Liipecinon,
basandosi appunto sulla desinenza -on. Essa è tutt' altro che infrequente al
posto di -ôni -âne, ne credo occorra vedervi una flessione longobardica. Ana-
logamente c'è -aw per -dne[5], e v. qui indietro, p. 219.
2. Il Philipon, p. 224, muove per Lob- da un *Lolms -boni.
3. Per il 0-, cfr. il nome locale ferrar. Cantalôg Cantalupo.
4. Potrebbe trattarsi anche di Mattio -ttione, e al postutto anche di Mat-
thaeo -tthaeone.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 239
Maio -iône ' : nom, Maione, gen. Maiouis -ioni -71e -iuni,
dat. -ione, ace. -ionem, CCav., num. 2 (a. 798), 6 (a. 816),
18 (a. 837), 36 (a. 853), RF, num. 735, 1060 (a. 1081), ML,
vol. V, p. III, num. 1708 (a. 996), 1714 (a. 997), [ego Maio,
CCav., num. 4, a. 801].
Mancio -ciône (Holder s. « Mancius ») : /. Mancioni, ML,
vol. IV, p. II, num. 117 (a. 770).
Manso -sône : dat. Mansoni, CCav., num. 167 (a. 940),
208 (a. 960).
Marcio -ciône ^ : /. Marcioni, ML, vol. V, p. 11, num. 201
(a. 785), s. Martionis, RF, num. 222 (a. 816).
Marco -cône : nom. Marcus, gen. Marconis -ni, dat. Mar-
coni, abl. Marconc, CDL, num. 877 (a. 993), CDLod., num.
42 (a. 1068), HPM, vol. I, num. 69 (a. 910. Asti), CDP,
num. 7 (a. 829), RF, num. 686 (a. 1033), 873, 13 13
(a. 1104), CDB, vol. III, num. 148 (a. 1187).
Marino -nône : gen. Marini e Marinoni, CDL, num. 433
(a. 909), 793 (a. 979), 869 (a. 992).
Mario -riône : s. Marionis, RF, num. 42 (a. 760), CDB,
vol. III, num. 222 (a. 1229),/. Marrioni, ML, vol. IV, p. i,
num. 54 (a. 761).
Marti no -nône : nom. Martino e Marti none, gen. Marti-
noni -nis -ne, ace. Martinone, abl. Martinone, CDL, num. 407
(a. 903), 563 (a. 941), 497 (a. 922), 685 (a. 964), 874
(a. 993), 881 (a. 994), 900 (a. 995)>956 (a. 999), CDBe., vol. II,
col. 945-6 (a. 1118), DR, num. 20 (a. 1039), CDLod.,
num. 85 (a. 1125), HPM, vol. I, num. 271 (a. 1028.
Novara), 99 e 188 (aa. 949, 998. Asti), A::p Martinomis,
Giulini, pag. 93 (a. 11 30).
Maurico (Bruckner 284 s. « Mauricus ») -cône : /. Mori-
coni,RAL, num. 262 (a. 1076).
Maurilio -liône : casale Maiirelioni, CDL, num. 14
(^- 753)-
Mauritio -tiône : nom. Mauriccius, dat. Maiiricciuni, CDT,
p. 1, num. 24 (a. 730), p. 11, num. 3 (a. 775), s. Mauricioni,
ML, vol. V, p. II, num. 4 (a. 713), CDL, num. 557 (a. 941).
1. V. Holder s. « Maius ».
2. Si puô anche pensare a Martio -tione.
^40 C. SALVIONI
Mauro -rône : gen.Mauroiii -uis, acc.Mauromm,ah\. Mau-
rone,RF, num. 12 (a. 747), 44 (a. 761), ML, vol. V, p. ii,num.
167 (a. 777), 270 (a. 798), CDT, num. 36 (a. 793), RAL,
num. 180 e 181 (a. 1062. ego Morone), CCav. num. 167
(a. 940), 208 (a. 960), CDI, num. 472 (a. 917), 561 (a. 941),
578 (a. 946), Giulini, p. 72 (a. 1093), CDLolL, num. 26
(a. 1000), 37 (a. 105 1), HPM, vol. I, num. 419 (a. 1092.
Novara), MiV, pp. 15e, 157, AN, num. 125 (a. 1029), 5.
Moronis HPM, vol. I, num. 364 (a. 1069. Novara).
Maximo -mène : gen. Masimoni\HPM, vol. I, num. 430
(a. 1095. Novara).
MuHano -nône (v. Olivier!, Sltidi gloit. it., III, 88 s.
« Mulius ») : uno stesso luogo è chiamato in Molianis e in
Molianoni, HPM, vol. I, num. no (a. 959. Asti). V. s. « Ciyi-
cio -cione ».
Mutelio-llio (Holder) -1-, - 1 1 i 6 n e : fundo Modelioni, CDL,
num. 855 (a. 890).
Mutio -tiône : /. Muccioni, ML, vol. IV, p. i, num. 42
(a. 744-5).
Nazario -riône : nom. Natiario, gen. Natiarioni, HPM,
vol.I, num. 28 (a. 861. Asti), e {ors'2Lnche^,'gen. Zaronis, RF,
num. 181 (a. 806) [ego Zaro, ib., num. 125, a. 779], dove il
Bruckner, p. 325, vedrebbe una base germanica.
Nigro -grône : gen. Nigroni -nis Ne-, CDL, num. 639
(a. 960), CDLod., num. 53 (a. 1104), 120 (a. . 1046) in
nota, D^, num. 23 (a. 1045), //PM, vol. I, num. 401 (a. 1085.
Genova), 408 (a. 1088. Asti).
Nonno -nnône : /. Nonnonis, RF, num. 70 (a. 767),
[nom. Nonniis, ib., num. 183, a. 806]. V. invece Bruckner,
p. 86.
Otilio -Ho ne : gen. Otilloni -dilioui -de-, CDL, num. 723
(a. 970), 771 (a. 976), 965 (a. 099) (cfr. Odelio, ib., num.
951, in funzione di abl. assoluto].
Paulinio -niône : gen. Paulijiioni in un doc. del CDP,
cheora non so più precisamente indicare.
1. Stà per Mass-, dove è da notare che lo stesso doc. ha più altri eseinpi
per -s- r= ss.
2. Cfr. Natiario qui Tiario vocal ur (bis), H FM, vol. I, num. 28 (a. 861.
Asti).
DECLINAZIONE IMPARISILLAHA NELLH CARTE D ITALIA 24 1
Paulo -lône : nom. Paiilns e Ptiitio, i^en. Pauloni -iiis,
dat. Pauloni, abl. Paiiloiic -iicni, CDL, num. loo (a. 833),
120 (a. 835), 122 (a. 836), 142 (a. 841), 379 (a. 898),
689 (a. 965), 708 (a. 968), 809 (a. 982), tcc. ccc, CDBc,
vol. Il, col. 561-2 (a. 1030), DR, num. t2 (a. 1016), 19
(a. 1039), HPM, vol. I, num. 16, 154e 173 (aa. 812, 981,
994. Asti), AN, num. 43 (a. 872), 117 (a. 1021), CDP, num.
40 (a. 950), 100 (a. 1015), 130 (a, 1040), RF, num. 903
(a. 1059).
Petro -trône : n.om. Pciro e Pclrns, gcn. Pcliviii -uis, dat.
Pelroiii, ace. Pc l nvw, àhl. Pchonc, CDL, num. 78 (a. 804), 179
(a. 852), 194 (a. 8)6), 199 (a. 856), 207 (a. 839), 203
(a. 86r), 223 (a. 862), 234 (a. 863), 242 (a. 867), 261
(a. 863), 327 (a. 883), 374 (a. 897), 338 (a. 93 0, 5^6
(a. 941), 720 (a. 970), 809 (a. 982), 956 (a. 999), 994
(a. 1000), ecc. Gcc, CDBe, vol. II, col. 473-4 (a. 1014),
CDLod., num. 127 (a. 1148), 137, 144, HPM, vol. I, num.
12 (a. 774. Bobbio), 41 (a. 885. Novara), 219 (a. loio.
Biella), 241 (a. 1013. Genova), 284 (a. 103 1. Asti), 401
(a. 1083. Genova), vol. II, num. 3 (a. 886. Asti), AN, num.
43 (a. 872), 50 (a. 890), 54 (a. 896), 36 (a. 898), 161
(a. 1046), CDP, num. 17 (a. 893), 37 (a. 944), ML, vol. IV,
p. I, num. 36 (a. 721), vol. V, p. 11, num. 372 (a. 810),
629 (a. 846), 650 (a. 847), 614 (a. 844), 382 (a. 843), 395
(a. 844), p. m, num. 1289 (a. 942), 1773 (a. 993), 1801
(a. 1073), 1824 (Pedronis; a. 1168), vol. IV, p. 11, App. num.
91 (a. 1099), Qcc, RAL, num. 218 (a. 1070), 296 (1079),
CDT, p. II, num. 2 (a. 774; ace. Petnine, dat. -uni), 68
(a. 806), 73 (a. 807), 88 (a. 813), DA, num. 10 (a. 752), 27
6 28 (a. 833), 72 (a. 967), 132 (a. 1028), tcc, RF, num. 92
(a. 775)> 177 (a. 805), 179(3. 802), 274 (a. 824), 338 (a. 893),
392 (a. 963), 303 (a. 1017), 644 (a. 1027. de Petrono), 863
(a. 1057), 1027 (a. 1073-6), 1047 (nom. Pétrone; a. 1080),
1133 (a. 1094), 1173 (a- II 12), 1180 (p. 271 : nom. Pefronus;
273), ecc, CCaj. a. 1047 (de Petrune; v. Arch. glott. it. XVI,
12), CDB, vol. I, num. 103 (a. 1255), vol. V, num. 72
(a. r 126). V. ancora dat. Petroni, gen. dat. Petruni, a.cc. Petrune,
ne' Doc. modenesi (aa. 8rr, 816) pubblicatl dal Bertoni, Dial.
di Modena, pp. 61 sgg.
Romania, XXXV l6
242 C. SALVIONI
Placito -tône ' : a sera Placitoni, CDL, num. 585 (n. 948).
Pontio -tiône : gen. Pon-o e Pon-oiii -ni s -cio-, HP M, vol. I,
num. 75, 115, 121 (a;i. 926, 961, 965. Asti), RS, num. i6r
(a. 967), RF, num. 1280 (pag. 264, 274), 1296.
Primo -mône : gen. Primo e Priinoni, ahl. Prirnone, HPM,
vol. I, num. 28 e 94 (aa. 861, 945. Asti), 128 (a. 966.
Novara), 1072 (a. 1072. Torino). Qui fors'anche nom. Prcnio,
ace. Premoni, CDP, num. 42 (a. 954).
Froho {dr. ego Probus, RF, num. 108) -bone :/. Proboiiis,
RF, num. 720 (a. 1037), 734 (a. 103 1-2), Job. Proboni, num.
1129.
Proto -tône : s. Protonis, CDLod., num. 84 (a. 1123).
Ravenno -nnône - : gen. Rav- e Rabennonis, ace. Ravenno-
nem, abl. Rabenmne, RF, num. 20 (a. 748), 144 (a. 787), 159
(a. 742), 194 (a. 809), 248 (a. 788) [Cfr. Rabenno. RF, num.
138, Ravennus e Ravenni, MR, vol. I, num. 23, 148J.
Romulo -lône : nom. Romuh -mo-, gen. Romoloni, ace.
RonioJone-nem, HPM, vol. I, num. 45 e 47 (aa. 887, 892. Asti).
Russo -ssône : gen. Russonis, dat. Rnssoni, ace Russoneiii,
CDB, vol. III, num. 54, 55, 56, 57 (aa. 1139-41), 72 (a. 1154).
79 (a. 1158), vol. V, framm., num. 9 (a. 1108), eec.
Rustieo -cône : Rainuccius Rusticonis, RF, vol. V, App.
num. 1, Jobannes Riistigonis, CDLod., num. 108 (a. 1142).
Sabinio -niône : nionastcrinni Savinionis, CDL, num. 318
(a. 883), terra Savinioni, HPM, vol. I, num. 97 (a. 947. Asti).
Secundo -dône : gen. Secundoni, HPM, vol. I, num. 75 e
150 (aa. 926, 984. Asti).
Sicco -ceone : /. Sicconis, RF, num. iooo(a. I07i)[efr. de
Sicco, num. 1023].
Silvo -vône : gen. Silvonis, RF, num. 364 (a. 957), 1280
(p. 265) [cfr. Silvo, ib., num. 820, ece.]
Stabilio -liône : gen. Stavelioni -lotii, ace. Slavelioni, HPM,
vol. I, num. 158 (a. 984. Asti).
1. Cfr. il nome proprio fem. Plaihi, ML, vol. V, p. 11, num. 94.
2. Il Bruckncr, 291, vi veJrjbbj un norac germanico. Ma cfr. il nome
proprio fem. Ravcuna, MR, vol. I, num. 58, 132, vol. II, num. 46, 48, e qui
indictro Claveiiiuilo ecc.
DECLINAZIOXH IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 243
Stantio -tiônc : gen. Stantionis, RF, num. 807 (a. 1046)
[ikSidiitio, ib., num. 1026, nom. Stanicio, AN, num. i6i|.
Stephano -nônc" : nom. Stefanus Steff- e Stefano, gen. e
dat. Stefanoni -nis -ff-, abl. Stefanone, CDL, num. 482 (a. 919),
484 (a. 819), 557 (a. 941), 573 O^- 943), 597 (^- 9)0, 630
(a. 959), 708 (a. 968), 866 (a. 992), tcc, AN, num. 64
(a. 905), HPM, vol. I, num. 33 (a. 875. Asti), 156 (a. 982.
Novara), RF, num. 1280 (pp. 264, 274), dat. Slevmioni -no,
HPM, vol. I, num. 68 (a. 910. Asti).
Syndico -cône : gen. Sindicoiiis, HPM, vol. I, num. 239
(a. 10 14. Vercelli).
Talisio -siône' : Talesits e Talesoni, HPM, vol. I, num.
240 (a. 1014. Novara).
Theodoro -rône"' : heredes Teoderoiii, CDL, num. 473
(a. 917).
Tiano-nône^ : gen. Tianoni,RF, num. 22 (a. 749).
Tiberio -riône : îoxst terra Teveroni, HPM, vol. \, num.
169 (a. 996. Asti).
Tito -tône : f. Titoni, ML, vol. IV, p. i, num. 59 (a. 764).
Upilio -liône : Opilio, dat. Opillioni, CDP, num. 4
(a. 673 ; ma apogr. del sec. x), posiernla Ovilioni -nis, MR,
vol. II, num. 15 (a. 971), 73 (a. 1169).
Ursacio -ciône : nom. Ursacio, gen. Ursacioni, CDL, num.
288 (..879).
Urseo-seône : nom. Orseo, dat. gen. Orseoni, CDL, num.
43) 0^- 910).
Urso-sône : nom. Urso e Ursus, gen. Ursoni Or- -nis -ne,
dat. Ursoni Or-, ace. Ursonem, abl. Ursone Or- -sune : ML,
vol. \, p. II, num. 10 (a. 722), IV, p. i, num. 38 (a. 731),
61 (a. 765), 12 (a. 777), p. Il, num. 100 (a. 1068), DA, num.
121 (a. 1025), 150 (a. 103 1), 168 (a. 1044), CDT, p. 11,
1. Sarà un accorciamento di Stephano lo Stepho -phouis (bis) dd RF,
num. 1024 ?
2. V. Holder s. « Tâlisius », alla quai forma contraddirebbc pcro l'c de
nostro Taîesus.
5. Con questa base potrebbe per avventura entrare in concorrenza il germ.
TTieoderi.
4. M'immagino si tratti dell' appellat. tiano dl cui qui addietro.
244 C. SALVIONl
num. 40 (a. 794; Ursiini), RF, num. 98 e 99 (a. 777), 208
(a.802-15), num. 1282 (a. 1039-47), 1283, CD5, vol. I, num.
îo (a. 1021), 15 (a. 1028), 23 (a. 1049), 32 (a. 1087), vol.
II, num. I (a. 1 124), vol. III, num. 37 (a. un), 42(a. 1123),
54 (a. 1138), vol. IV, num. 13 (a. 1015), 41, vol. V, num.
19 (a. 1094), 53 (1108), ecc, CDP, num. 95 (a. 1013), m
(a. [026), CDI, a. 1005, CDL, num. 28 (a. 765), 57 (a. 781),
78 (a. 804), 87 (a. 812), 635 (a. 960), 685 (a. 964), 809
(a. 982), ecc, CDLod., num. 31 (a. 1037), 120 (a. 1146), in
nota, //PM, vol. II, num. 113 (a. 1049. Genova), vol. I, num.
272, 364 e 401 (aa. 1012, 1069, 1085, Novara), 313 (a. 1041.
Genova), ^A^, num. i, 9 (a. 758), 18 (a. 801), 48 (a. 885),
54 (a. 896), 76 (a. 918), 108 (a. 1014; Ursono), MR, vol. I,
num. 74 (a. looi), 90 (a. 1026), 118 (a. 1068), vol. II, num.
38 (a. 1056).
Valentio -tiône : gen. Falentioni, ace. Falciitioncin, ML,
vol. V, p. II, num. 25 (a. 739), RF, num. 57(3. 764), 102
(a. 777), 113 (a. 778), s. Varen-oiiis, Giulini, p. 72 (a. 1098).
Vedi pag. 200.
Victoro -rôni' : heredes Victoroni, CDL, num. 887
(a. 992), /. Vittoroni, HPM, vol. I, num. 200 (a. looi.
Novara).
Vigilio -liône : Vitalis Vigilioni, CDB, vol. V, num. 68
[è un documento del sec. xii d'origine venezianaj.
Vincentio -tiône : nom. Vinceniius, gen. Vicen-. Vinccn-
tioni -nis -ne -do-, CDL, num. 297 (a. 880), 421 (a. 906), 707
(a. 968).
Zacchajo -a;ône^ : gen. Zdccionis, ace. Zaccioncni, RF,
num. 885 (a. 1052), 13 19.
1. Cfr. nom. e gen. Victoro, DR, num. 27 (i. 1054).
2. Zaccionis e.cc. potrcbbe per avventura leggersi Zakkioiiis ccc; ma anche
Zaccio- non sarebbe fuor di luogo.
DECLINAZIONE IMPARSILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 24$
m, — -E -ÉNE, -I -ÎNE, -E ENE -ÎNE, -1 -ÎNE -ÈNE ■
A. — NOMI PROPRI MASCOLINI =
Acerisi -sine(v. Bruckner, 218 s. « Ageris ») : nom. Ace-
risiiti'^ gen. Acerisini, RF, niim. 181 (a. 806), 200 (a. 813),
208, 234(^.816).
Aderisi -sine (Bruckner, 216 s. <* Aderis ») : gen. Aderi-
sini, RF, num. 29 (a. 794), 158 (a. 802), 164 (a. 799), 206
(a. 808), 201 (a. 813), 250.
1. La confusione tra / e e nella vocale caratteristica trae origine da più
cause, non ultima quella per cui già nel latino si confondevano temi in -/ e
terni in consonante. Circa alla realtà dell' -/, non v' ha da dubitarne nella
maggior parte de' nomi germanici e in parecchi nomi latini o latino-cristianl
(v. Bianchi, Arcb. glott. it., IX, 389 sgg.), cosi in Gio-vaiini (ib. 391 n; e ego
Johanni RF, num. 253) che s'appalesa anche cisapenninico, — e quindi di
tradizione bon antica, — nell' ossol. Zvafi e nel bol. Zan (ven. Za/zc) zanni
(cfr. alto-it. aii ^nvà, paù panni) e in Chinieiiti (Bianchi, /.c, 390). Ne' casi
obliqui era poi ovvio s'inframettesse -Inu, vuoi in quanto diminutivo vuoi in
quanto iormativo di aggettivi di discendenza, derivazione. Ne la fonetica
mancherà d'avervi detta la sua, poichè le vicende di -In- son tutt' altro che
chiare e assodate, e andrebbero ristudiate attraverso tutta Italia (v. intanto
Planta, Wôlfflin's Arch. XII, 567 sgg., Schuchardt, Voh. I, 291-3, II, 70-
71, e qualche elemento in Arch. glotl. it., XVI, 316 n., BolJ. stor. d. Svi^-
lera it., XXIII, 79, Krit. Jahrsh., VII, p. i, 135 e nel Pianto d. Marie in aiit.
marchig., par. 3 délie Illustraz. Ricordo ancora il fréquente floremim, fiorino,
délie carte medevali, nelle quali s'incontra pure Ticemim Ticino ; ricordo i
nomi locali tosc. Selvena che è Silviua nelle carte, v. Repetti s. « Selvena » ; e
ricordo m^ne caprena caprina, e Lupeniim=zLiipinutn o Liipuinum, CCav.,Arch.
ghtt. it., 335, 344 s. « gorga », pariteHÎs := parielinis, CCaj., th., XVI, 24.
2. Il solo appellativo italiano che parrebbe qui spettare sarebbe spene spe-
ranza. Ma già vedevamo come esso vada forse giudicato diversamente.
3. Il nom. in -iiis (e la conseguentene declinazione) prova per -/ essendo
esso fatto direttamente su di questo, come Rotharius su Rothari, ecc. E cosi
data una base come Aceris,se ne possono avère nella declinazione médiévale :
nomin. Aceris, Acerisi, Acerisius, e anche Acerisinus, cioè un nominative
foggiato sui casi obliqui. Ne' nomi in -ri s'aggiunge il metaplasma del tipo
Sifitiirns.
2.\6 C. SALVIOXI
Al bine -jii -ne ne -ni ne : a nianc Alhimni diaconi, CDL,
num. 450 (a. 912), nom. Albininus^ RF, num. 199 (a. 813).
Circa al nom., cfr. Alhine, CDL, num. 985, nom. gen. dat.
Albeni, ib., num. 223, 367 (a. 8<^6), Albini, CDP, num. 109,
113, e V. il Bruckner, p. 220, s. « Albeni ».
Al boni -né ne : da meridie Alboneni eeredes Alboneni, CDL,
num. 707 (a. 968). Nom. Alboni, CDL, num. 464 (a. 915), RF
(^Albimi), num. 262 (a. 827), e frequentissimo nelle ML.
Aldine Aldeni-néne : nom. Aldeni t Aïdine, gen. Aldi-
ncni, dat. o abl. Aldincui, HPM, vol. I, num. 36 (a. 880. Asti).
Alerisi -sine (Bruckner, p. 222, s. « Alerissi ») : abl.
Alerisino, RF, num. 174 (a. 803).
Allovisi -sine : gen. Allovisim, ML, vol. IV, p. 1, num. 33
(a. 686).
Alpari -ri ne -rêne (Bianchi, 355, 410, Bruckner, 220, s.
« Alpari ») : abl. Alparine, CDT (aa. 785, 790 ; v. Bianchi,
Le); nom. Alpiiriiius, gen. Alparini, ace. Alpareniim, abl. Alpa-
reno, RF, num. 26 (a. 746), 30 (a. 747), 165 (a. 801), s.
Halpareni, ap. Meyer, num. 181 (a. 760).
Andemari. -rêne : casajn Andeniareni, RF, num. 143
(a. 786) [cfr./. Audemarii, ib., num. 299, a. 857].
Anselmi ' -mine : s. AuseJmini, RF, num. 8 (a. 745), 56
(à. 764), 167 (a. 801).
Anserami- -mine : s. Auserniiiini, RF, num. 115
(a. 778).
Antelmi (v. qui in nota) -mine : nom. Anlehiiini, ML,
vol. V, p. III, num. r8i6 (a. 1123).
Aredisi (Bruckner, p. 226, s. « Aredîsius ») -sine : s.
Ardisiuo, CDT, num. )> (a. 801), 86 (a. 811), e forse anche
s. Ordisino([. A-}), ib., num. 52 (a. 800).
Aricisi -sine : s. Aricisiui, RF, num. 31 (a. 751), 269
(a. 811).
Arihi -hêne : cnmpo Aribeni, CDL, num. 337 (a. 886).
Auchi (ML, vol. IV, p. i, num. 5, a. 762) -tchi -chine :
1. Per V-i, cfr. ego Antelmi, RF, num. 263 (a. 827), nom. Teiisehni, Anselmi,
Roteîmi, ML, vol. IV, p. i, num. 21, 63, Bianchi, p. 363, 404.
2. Per Ausemnti -me possiamo invocarc Alerame, e Beitranie di cui a p.
247 n.
DECLINAZIONF. IMPARISII.L ARA NF.Ll.F. CARTF D ITALIA 247
siamo al metaplastico nom. Occ'nii -cchini secondo il Bianchi,
pp. 399, 410, e fors' anche in s. Occini, RF, num. 198 (cfr.
nom. Occiniiis, ace. -nium,\h. 185).
Auderisi (Bruckner, p. 229) -sine : siamo al metaplastico
nom. Auderisiuus, gen. Anàcris'nii, RF, num. 1222 (a. 756),
1224 (a. 757).
Authari -rcne : fara Aiiihareui ; iioiiiinatiir ecclesia Autareni
ab Autari regc; abl. Antharene, CDL, num. 3 (a. 716), 322
(a. 883), 364 (a. 895), /. e s. Autareni, RF, num. 67 (a. 766),
193 (a. 809); [cfr. Jevaverunt sibi regeni nomine Anîarenem, nel
Cod. goth. délia Hist. Langob., MGH, Script. Rerum Lang. et
Ital. X, 13 e 14].
Autzi -tzéne ■ : gen. Aut:^eni -nii^, CDL, num. 502
(a. 923).
Bertari -rêne : eredes Bertarii (cfr. gen. Bertari, CDL, num.
866) e eredes Berfareni, CDL, num. 83 (a. 807).
Bertrame ' -mine : s. Bertraiiiini, CDLod., num. 167
(a. II 56).
Boni (Bianchi, p. 404, RF, num. 825) -ni ne : questo
obliquo si ravvisa nel metaplastico Boniuiis -ni, RF, num.
802 (a. 1043-4), 7^9 ^ 790 (^- ^046).
Brunari {Arch. glott. it., X, 356) -rêne : s. Brnnareni,
CDL, num. 83 (a. 807), 707 (a. 968).
Causari {Arch. glott., X, 356) -rêne -rine : ciirte Cau-
sareni, HPM, vol. I, num. 52 (a. 896. Asti), /. Gaiisarini,
apud Bertoni, Dial. di Modena, p. 62 (a. 816).
Cameri -rine+: abl. Camerino, RF, num. 25 (a. 750),
f. Chaniariiii, ML, vol. V, p. m, num. 1358 (a. 954) -no -ni
num. 159 4(a. 984), 1688 (a. 993) [/• Icaniarini num. 1671,
(a. 99i)|.
1. Autii è inferito appunto, e non illegittimamente, dal genitivo. Nel
CDL, num. 168, c'è Aut'^o provato dal gen. JiU-oiii.
2. Aiit^tiiii dov' essere un errore.
5. Cfr. Bertrame, CDLod., num. 48, Beltriimme, ib., num. 165.
4. Il Bruckner, p. 253, ha Camero (cfr. terrain Cameronis, RF, num. 254)
e Caviara. Il nome del paese di Cameri (Novara), che cosi suona già nelle
carte (Cawjrz -mmari, HPM, vol. I, num. 174, 212), .sarà o il nostro Cameri
o il genit. di Camcrus. L'obiiquo di Cameri è poi forse nel ni. Kamurin
Camerino (Bellinzona).
2-1 8 C. SAI.VIONI
Cclere -rine : /. Cclcritii, RF, nuin. 64 (a. 765).
Clémente -tine : s. Claementini, RF, nu m. 3 (a. 718).
Dagari (Bruckner, 241) -rine : nom. Dagariiis, gen.
Dagarini, RF, num. 4j (a. 761), 95 e 97 (a. 776), 103
G-i. 777).
Dulce -cine. Nel CDLod., num. 48 (a. 1094), figura
(al nom. e al gen.) un personaggio di nome Dulce. Un' antica
chiosa al documento spiega poi chi fosse questo signor Dulce
colle parole : Nota Dulcinum istiiiii Juisse; e vi occorre anche il
nom. Dulcinus. Al num. 67 compajon poi, ambedue nella forma
del genitivo, un Dulci c un Dulcini, clie son zio e nipote'.
Forte (cfr. nom. Forti -tes, ML, vol. IV, p. i, num. 765,
V, p. II, num. 489) -tine : s. Fortini, CDL, num. 10 (a. 741).
Fuscari (Blanchi, p. 356, Bruckner, p. 250) -rine, -rêne :
Stephanus Fiiscareni, nel doc. veneto ^ in CDB, vol. V, num.
6S,fundiim qui vocatiir Fuscarini, MR, vol. I, num. 72.
*Framari 5 -rine : s. Framarini, HPM, vol. I, num. 331
(a. 1047. Asti).
Ellari (Bruckner, 270 s. « lllarius »)-réne-t : gen. Ella-
reni, CDL, num. 413 (a. 905).
1. Da qui il ni. CainpocloJcino (Kiililnisin), per cui ritiro l'etimo proposto
in Bail. st. d. Sri^:;^. il., XXII, 87. Lo ritiro anche perché una vecchia famiglia
di Chiavenna è quella dei Dolciui, e risiiha cosi hen antica in quelle parti la
tradizione del nome Dulce -due. Si ricordi ancora il nome dell' ossol. Frfl
Dotciuo.
2. A Venezia si continua la tradizione del noniin. nella parenlela Foscari e
quella dell' obliquo in Foscariui.
3. Dafram, di cui v. Bruckner 248. È forse la nostra una forma longobar-
dica corrispondentc al got. Franiirus, Meyer-Lûbke, Atport. Persuu., 69, 26.
4. Qui veramente si puô pensare anche al lat. Hilare (dr.siuicti Elari,ML,
vol. IV, p. I, num. 73, ch'è rinfiancato dal nom. Haro, ib., num. 113). Enoto
che Hilare per Hilarius si dissimula nel nome locale bolognese (fraz. di Monte
S. Pietro) 5i(nC(Tt'/ (italianizzato mSaiichierlo, Sau Chierlo e in Sau Chiellaro,
V. Toni, Voc. del cUal. bol., p. 478), che nelle carte si trovacome5. Ilhuius -ii
(v. F. M., Voc. it.-hit. il. uouii délie coiuniiiiiità e appodiali delta proviucia bol.
[Bologna, 1829], p. 13). Avremodunque il gen. *sauti Elari[s]*Sautj Flari[s]
* saut jet- *5J«f('7-(rapprcsentata, questa fase, in Sau Cljiellaro), poi, con meta-
tesi reciproca di /-/• in r-1, saucèrel.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA \ELLK CARTE D ITALIA 249
Gaidene' -néne : nom. Gaidcnc, gen. Gaidencni, CDL,
num. 336 (a. 886).
Gaiderisi (Bruckner, p. 251) -sine : gen. Gaiderisini, abl.
Gaiderisino, RF, num. 56 (a. 764), 153 (a. 792). 214 (a. 815).
Gaitari (Bi-Lickner, 251) -rénc : gen. Gaitari it Gaitareni,
RF, num. 186 (a. 808), 215 (a. 815).^
Gambari (Bruckner, 253) -rine : hmiincs qui dicuuiur
Gambarini (cioc « di Gambari »), AN, num. 181 (a. 1068).
Gauderisi Go- (cfr. Goderis, RF, num. i8é, Gauderisius,
gen. Goderisii, ib., num. 34, 47) -sine : gen. Goderisiiii, RF,
num. 2^ (a. 749), 49 (a. 761), 186 (a. 808), 212 (a. 812),
nom. Goder isiniff, num. 1224 (a. 757).
Gudifre^ -frêne : s. Giidifreni, HPM, vol. I, num. 22
(a. 840. Asti).
Guntari G- -rine -rêne : gen. Guuiarini, CDT, p. i, num.
44 (a. 752; V. Blanchi, p. 35e), e ap. Bluhme, p. 29 (a. 752),
Rohindus Contareni e Cùuiari Contarenus'', nel doc. veneto in
CDB, vol. V, num. 68.
Herfemarl (cfr. nom. Herfciiiarins -phc-, abl. Hcrfcmaro,
RF, num. 107, 135) -rine : s. Herfciiiarini, RF, num. 99 e
100 (a. 777).
Infante -tine : forse i. Fantini, RAL, num. 240 (a. 1073).
Insari (Blanchi, p. 356, Bruckner, 271) -rêne : acc.Insare-
nem, RF, num. 22 (bis. a. 749).
Johannaci -ce ÇCDI, a. 960, 977, ecc.) -cine -cène :
1. Cfr. ancora il gen. Gaidini, RF, num. 215 (a. 815). Riterrei poi che
Gaidene e cosi Aldeiti -diiie e Albine -béni rappresentin ciascuno doppiamente
il tipo di flessione clie qui si studia. Poichè dati Gaidihilfus, Gaidepeitus e
consiniili, ben ne potova venire (v. Blanchi, pp. 404 sgg.) l'abbreviato Gaidi
(e Gaidi postula il Bruckner, p. 251), e cosi Aldi, di Ironte a Aldiprandii
Alde/iid, ecc. e AIbi, di fronte a Alhericns, i quali si declinavano Gaidi -dinc
ecc, risultandone poi un nom. Gaidini -ne -déni -ne, allô stesso modo che
Albo -one s'irrigidiva nel nom. Alboni (Blanchi, p. 405), da cui poi prendova
le messe la nuovo flessione Alboni -noie.
2. Per il nom, cfr. Landefre, itcc. Il Bruckner, p. 259 s. « Godefrit », pos-
tula un GHdefre[niis], il che naturalmeme non è necessario.
5. Contareni e Contarenns sono equivalcnti. Solo che il secondo è il geni-
tivo concepito come un aggcttivo c quindi fatto concordarc col nome cui si
rifcrisce.
2)0 C. SALVIONI
gen. Johammceni, CDP, num. 7 (a. 829), CDI, a. 932, -n;/;,
C7J)/, a. 847, e in ML, vol. IV, p. i, num. 34 (a. 718), si
legge in présent ia... Jolmnnacini dove è forse da emendare/o/7fl«-
nacini.
Johanne -nnénc : s. Joanneni, HPM, vol. II, num. 12
(a. 903. Asti), vol. I, num. 83 (a. 933. Asti) '. Qui fors'anche
s. Joahenes (1. Johanencs o Joancues), ib., vol. I, num. 248
(a. 1019. Genova).
Landari -ri ne : gen. Laiidarini, CDT, p. i, num. 66
(a. 765 ; V. Blanchi, p. 556).
Landefre -frêne : nom. e gen. Landefre^ gen. Landefreni,
abl. Landefrenc, HPM, vol. I, num. 29 (a. 861. Asti).
Landemari (Bruckner, 276) -rine : gen. Landeiimrinis,
RF, num. 154 (a. 791).
Liuderisi (Bruckner, 279) -sine : gen. Liuderisini, abl.
Linderisino, RF, num. 153 (a. 792), 176 (a. 804), 263 (a. 827).
Lubechi^ -chêne : gen. Lubecheni, CDL, num. 350
(a. 891).
Luceri (Blanchi, 356; e Bruckner, 281, s. « Luciarius »)
-rine : gen. Lucerini, RF, num. 296 (a. 856).
Lupari (Bruckner, 280, s. « Lopari »)-rine -rêne : gen.
Luparini, RF, num. 131 (a. 776), /. Lu parmi, num. 269
(a. 81 r), Johannes Lupareni [e Luparenus] nel doc. veneziano
del CDB, vol. V, num. 68.
Octari (Bruckner, p. 289) -rêne : loco nhi riirte Oclareni
dicitur, HPM, vol. I, num. 36 (a. 880. Asti).
1 . Johannes, nulle carte retiche, è declinato sul tipo Johannes -nnentis, e gli
si accompagna il germ. IVachari (Bruckner, 315) -rcnlis; v. Buck, Zeits. f.
rom. Phil., XI, 1 1 1 . Del quai tipo ha ragionato da par suc lo Schuchardt,
Vok., III, 343 n. In Italia, il Blanchi, p. 3')9, ha poi rilevato il gen. Filicenti,
ML, (a. 769), che perô non avrà -eiitius, come ritiene il Blanchi, ma starà a
un nom. Felice -ci come Johannentis stà a Johanne -uni. E che sarà il curioso
gen. Mabertenti, CDL, num. 14 (a. 753)? Parrebbe di vedervi quel Bertî che
il Bruckner, 234, non è alieno dal porre a base del gen. Bertini. Quanto alla
prima parte, cir. Malbertus, Madelpert, Magipeil, Maniperl ap. Bruckner,
p. 235.
2. Sarà Luhechi una forma divariata da Lu- Lopicbi[s] Bruckner, 280; cfr.
Marechis e Marichis, Arch. glott. it., 354-5. V. invece Meyer-Lûbke, Altport.
Persnn., 66.
DECLIXAZIONE IMPAKISIIJ.ABA NRLLH CARTE d'iTALIA 2)1
Paltari (Bruckner, p. 23i)-rt'ne : /. Paltaroti, RF, num.
268 (a. 828), 269 (a. 811).
Pasquale -léne -line : s. Pasqitaleni, HPM, vol. I, num.
80 (a. 929. Asti), c foiV anche vicitm... Pasqualini, CDLod.,
num. 5 (a. 883).
Piciari (?) -rené : purtinncuJam Piciareui, RF, num. 23
(a. 749).
Porcari (Bruckner, 240) -rêne: vinea Porcarems, RF,
num. 291 (a. 854).
Radari (Bruckner, 291) -rêne : abl. Radareiio, RF, num.
104 (a. 809).
Rimichisi -sine : nom. Riinirhisi, gen. Rimichisini, RF,
num. 57 (a. 764).
Rodimari (Bruckner, 300) -ri ne -rêne : /. Rodiniavini e
-lieinairni, RF, num. 57 (a. 764), 107 (a. 777).
Rot h a ri -ri ne -rêne : gen. Roihareni, ace. Rolbarcne,
Bluhme, p. 29, RF, num. 32 (a. 752), CDL, num. 179
(a. 852), 197 (a. 8)6), ahl. Rolharino, RF, num. 71 (a. 768).
Santari (Bruckner, 302) -rêne : gen. Santareni, RF, num.
II) (a. 778), 164 (a. 799).
Sintari (Bruckner, 304 s. « Sintarius ») -rêne : ace. Sin-
iarine, ML, vol. IV, p. i. num. 26 (a. 721); v. Bianchi, p. 356.
So- e Sunifre -fri -frêne : nom. Sunifre e Sunifri, gen.
So- Simijreui, ace. Sunifrenee Sonifrenus, HPM, vol. I num. 22
(a. 840. Asti), 109 (a. 956. Asti).
Stabile -léne -line: nom. Slavele, gen. Staveleni, abl.
Stavelenc, HPM, vol. I, num. 31 (a. 872. Asti), dat. Slaveliiii
in Bertoni, Dial. di Modena, p. 61 (a. 811).
Suave (cfr. nom. Suavis, RF, num. 818) -vine ' :/. e s.
Suabini, RF, num. 190 (a. 808), 199 (a. 813).
Teudemari (Bruckner, 310) -rêne : s. Teudemareni , RF,
num. 37 (a. 752).
Teuderaci (Bruckner, 310, e ML, vol. IV, p. i, num. 32,
95> 97) o meglio Theodoraci (Meyer-Lùbke, Portug. Persnn.
75) -ci ne : siamo al metaplastico nom. Theodoraciniis, gen.
-ni, RF, num. 119 (a. 778).
I. Suave puô interpretarsi corne un aggettivo hitino (cfr. Duke), ma anche
conie cquivalcnte a « Svevo » ; v. lîruckner, p. 308.
252 C. SALVlON'l
Teuderisi (Bruckner, 210, 311, s. « Theoderîcus » e
« Theoderis ») -sine : gen. Tendirisini. RF, num. 72 (a. 768),
198 (a. 811).
Teudici (Bianchi, 353, Bruckner, 308, s. « Theodicius »)
-cine:/. Teiiciicifii,RF, num. =^j.
Theoderi (Bianchi, 356 « Teudori », Bruckner, 309,
s. « Teudarius ») -rêne : ace. Thcoderenem , CDL, num. 15
(a. 75)),/. Teudereni, CDI,a. 932.
Valeri ' -rine : s. Valerim, RF, num. 31 (a. 751), 33
(a. 752), 42 (a. 760), abl. Falerino, ih., num. 1096,5. Vallerini,
ML, vol. V, p. II, num. 108 (a, 768).
Waltari -rine -rêne : nom. Waltari, gen. IVallarini, abl.
JValtarem -te-, ML, vol. V, p. 11, num. 8 (a. 72o.Vedi Bianchi
357, 410), dat. Guaharino, RF, num. 54 (a. 763).
B. — FEMINILI
Sono assai pochi ma tanto più preziosi. Qualche esempio
potrebbe anche venir infirmato in quanto nel nomin. oftra -a
anzi che -e o -i. Ma si tratterâ di una mera apparenza, poichè
queir -a è metaplastico (cfr. Matelda e Maîilde, Geltruda -de,
ecc, e. V. Bruckner, pp. 184, 268, Philipon, 233)- e il gen.
in -eue depone appunto per V -e o -i anteriore ail' -a. Ed ecco
gli esempi :
Arelda (cioè Arelde o -di)-déne: nom. Areldn,:\h\. Arel-
dene, CDL, num, 47 (a. 772).
1. Suppongo che *VaJcyi sia Vakrl = Valerhi\j.']\ v.Y^'vànch'x e .Ascoli,
Arch. ghtt. it., IX, 380 sgg.
2. La presenza, avvenuta per tal via, nella lingua di tipi in -a eue o -a
-jne, doveva poi promuovere qualche analogia tra i feminiH con -a etimolo-
gico. Giudico a taie stregua VEttoIa -h'ne allegato dal Philipon, 238, il gen.
Ferviwe (ail. a Ferme gen. e dat., Ferma nom.) di CDLoiL, num. 96 (a. 1 1 36),
e fors' anche (de) Petrimi, CDL, num. 87 (a. 812). — Ben è vero che un
tipo di declinazione in -a -ene, limitato perô ai mascolini, occorre in nomi délia
etàgotica, e il Wrede, p. 185, la documenta con quattro esempi : Waccenevt,
Ma:^enis, Pat^enis, Cessinis. Sennonchè il vero nominativo del primo non è
]Vaca ma Waci (Wrcde 102-3), e si puô forse supporre che anche gli altri
abbiano avuto una forma in -/ allato a quella in -a. E del resto sarà questo
un fcnomcno morfologico diverse, o dove avrà influito qualche altra analogia.
DKCLINAZIOXE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 253
*lvochilde -di (o Rochilda?) -déne : abl. Rochildene,
CDL, num. 47(^1- 772)-
Taneldi -dîne : nom. r^wW/V, gen. Taucldiruv, àhX. lanel-
dina, RF, num. 73 (a. 768), dove c notevole il metaplasma ne'
casi obliqui.
*
* *
Le carte da cui provengono gli esempi délie précèdent! pagine
sono anteriori, nella loro maggior parte al Mille ; relativamente
poche si pongono tra il 1000 e il iioo, e quasi solo per ecce-
zione s'allegano carte di data posteriore a quest' an no. Il CDL
è ricco di 1006 numeri tutti anteriori al Mille; il RF ne ha
1330 e vanno fino circa al 1 125 ; le ML contengono circa 2300
carte, anteriori al Mille nella loro stragrande maggioranza; i DA
vanno hno ail' a. i i8oe contengono 390 numeri ; il CDP ha 337
numeri di cui i piùgiovani raggiungono il 1 100 ; i DR constano di
86 numeri, di cui una parte pernoi inutile, ponendosigli utili tra
il 1000 e il iioo. Quaiito agli HPM ne ho spogliato il 1° vol.
fino al num. 524 (a. 1164) e il 2° fino al num. 148 (a. iioi),
Giova perô ricordare che ho omesso di considerare tutte le carte
di questa raccolta che non riguardin la parte continentale e
cisalpina dell' antico Regno di Sardegna. Per la guale limita-
zione il numéro de' documenti esaminati, soprattutto nel
2° vol., si ristringe di molto. — Ho premesso queste notizie,
perché il lettore possa valutare con giustizia le proporzioni
numeriche degli esempi. Infatti, solo dopo risaputo délie cifre
ora esposte, si potrà riconoscere, p. es., che i dieciotto esempi di
nomi propri fem. in -a -âne forniti dai DR valgano assai piii
dei trenta offerti del CDL ', e che i dieci esempi di -e (-/') -eue
(-ine), datici dalle carte astigiane degli HPM, soverchiano in
realtà i quarantadue del RF.
Délie tre catégorie, nelle quali abbiamo diviso gli esempi, la
più sicura in tutti i singoli esempi che le appartengono, e la
più ricca è quella de' nomi in -0 {-ns) -onc. E lo sarebbe ben di
più chi v' aggiungesse leparecchie centinaja di nomi propri sicu-
I. Di questa abbondanza e délie sue connessioni storiche è detto qui indietro
a p. 208 n.
254 ^- SALVIONI
rameute o (Jubbiiimcnte gcrmanici clie noi abbiamo oniessi".
Ad impinguar la categoria concorrono le carte d'ogni parte
d'Italia, e v'hanno esempi, corne Pt'/ro UrsoLiipo, che occorrono
innuinerevoli volte e che son rappresentati in quasi tutte le rac-
colte. La più ricca messe in senso assoluto, ce la danno il RF e
il CDL, che son rappresentati in più di cinquanta dci più di
centoquaranta articoli onde constano gli elenchi nostri ; ma la più
ricca in senso relativo la si miete nelle carte astigiane rappre-
sentate in ventisei articoli. Il CDP figura in dodici articoli, il
CDT in nove, le ML in venti, e, tra le raccolte meridionali, il
CCav (ne primi quattro volumi) in sei, il CDB in sette.
Alla categoria de' nomi in -a -âne spettano circa un centinajo di
I. Ai nomi latini già citati se ne possono aggiungere altri germanici odubbi
nei quali è pero latino il suffisse derivativo : i". Pranduloni, CDT, num. 90
(a. 812), nom. Macciuhis gen. Macciuluvi, ib. num. 24 (a. 730), per Davin-
loneiu et Lucciolonein, RF, num. 12 (a. 747),/. Mannoloni, CDL, num. 707
(a. 968), s. Graiisoloiii, ib. num. 863 (a. 992), /. Guntuloni, ML, vol. IV,
p. II. App., num. 100 (a. 1122); gen. Bocacuviis (nome reso poi célèbre dal
et Boccaccio », ma un cui non son certo che vada il Bocassio di DK, num. 71,
a. 1276), DA, num. 357 (a. 115 3), e p. 480 n., s. Grimacionis, RF, num. 240
(a. 819), gen. Racttcionis, abl. Racucione, e gen. Giiarnucnviis, RF, num. 19
(a. 816), s. Albiiccioni, CDL, num. 881 (a. 994), s. Boniiccionis, ib., num. 900
(a. 1059. Nom. Boniicius, ib., num. 1025), gen. Siiavi\oiiis (cf. nom. Siia-
viio, RF, num. 1280, pp 265, 266), MR, vol. I, num. 109 (a. 1057),/. Cor-
biiotiis, DA, num., 261 (a. 1084), gen. Carlicionis, RF, num. 1240; nom.
Bronecto gen. Bruiieclonis, RF, num. 458 ; inoltre, di origine incerta : nom.
Maiirisso, gen. Maurissonis, ace. Maurissoueiii, RF, num. 42 (a. 760), 155
(a. 792), casam Maiirissioni, ib., 117 (a. 770), un nome ch' io non ni atten-
terei di senz' altro mandare, come fa il Philipon, 225, con Maiiritiits, gen,
Lanissionis, RF, num. 305 (a. 872); nom. Melesus,gen. Melcsoni abl. Melesone.
efors' anche/. MeJsoni, CDL, num. 249 (a. 870), 861 (a. 992), 696(3. 966),
V. forse l'Holder s. « Melisa n; per MarLone, CDL, num. 605 (a. 954;
e ancora, senza sufïisso e con apparenza non germanica : nom. Ferro, gen.
Fenon is, ecc. Ferroueiii, RF, num. 790 (a. 1046). 845; gen. Pascoiiis, abl.
Pascoiie, ib., 790, 992, iiji, f. Latulonis, ib., num. 908 (a. 1059),/. P'sc'wnis
(*Pisius?), ib., num. 990, /. Sabbioiiis (da *Siibbiiis =z * savius savio?), ib.
558, nom ProJo (con proJe'r Cfr. anche il gen. fem. PioJac, ib., num. 560),
gen. Piodonis, ib., num. 550, 416, gen. Martonis, ib., num. 449, 1267,
J. Caionis (:= Catius} V. Flechia, Di aie. forme, ecc. 29), ib., num. 1024,
gen. Ulmotii ace. Uluione, CDT, num. 70 (a. 768); e v. ancora Philipon, 223.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLli CARTE D ITALIA 255
esenipi tra appellativi ' e nomi propri, tra mascolini e feminili.
I nomi propri masc. son pochi -, e provengon tutti dall' Italia
centrale, tranne uno, che perô ha il vantaggio di non rivelarcisi
soltantoattraversoun mctaplasma. Gli appellativi feminili sono
Otto : due di essi son comuni aile carte settentrionali e centrali,
cinque son dati dalle carte settentrionali soltanto, e uno proviene
da carte centrali e meridionali. Ma il nucleo importante è dato
dai nnpp. feminili, in numéro di ottantaquattro, dei quali poco
meno délia meta sono d'origine latina ' o latino-cristiana. Il
focolare di essi è la Lomhardia ch'è rappresentata in sessanta
articoli •*, e nella Lombardia, corne s'è visto, la sezione alpina
lomharda che cade nel territorio dell' antica Rezia. Son pure
ragguardevoli, a proporzioni fiitte_, i nove esempi del CDP, e
più ancora i sei di CDI. Dai territori meridionaU non s'hanno
che due esempi (v. s. « Domna » es. « Gausa )))dicui il primo
metaplastico, e dai centrali, sei esempi di su il RF', uno di su
1. É da aggiunger loro, fuori d"Italia, lo sp. hoiiiiciiianes Grôbers Gr.,
2"' éd., 908.
2. Tra questi potrommo dubitare di Olivaiii, in quanto potesse rappresen-
tare un derivato per -ami ; ma ci ha deciso ad ammetterlo nella lista la non
trascurabile circostanza che anche Miitaonta -tatii compaja insieme a Lucca e
nella Francia. Mi chiedo poi anche se non entri nella nostra série niascolina
5. Boi itini, RAL, num. 79 (a. 1034), cioè « di Borea[s] » (cfr. il cognome
Bôrea); e il Blanchi, 409-10, vi farebbe entrare Siniumu -no, CDT, num. 44
(a. 796), e persino, s'io ben l'intendo, AJauo.
3. Tra i nomi latini comprendo pure le formazioni romanze da nomi di
luoghi, corne Bdlaxia, Clavennula, e cosi Ravennits, Claveiuudus ndla. seconda
lista.
4. Comprendendo perô tra le lombarde, come è giusto avvenga tanto nel-
l'ordine linguistico che nel geografico, le carte provenienti da Novara.
5 . Una objczione che potrehbe venir mossa agli esempi ch' io attribuisco
al RF è questa : che mentre nella série de' nomi in -0 -àll^ il genitivo esce di
solito in -oui!:, invece, nella série -a -due, esce sempre per -ani. Al che rispondo
che -iitii rappresenta la flessione arcaica, come la rappresentano i non iscarsi
esempi di -ont =z -ouis, e che gli esempi con -s in questa série son dovuti a
Gregorio di Catino che nella 2» meta del sec. xi compile il regesto. Ma a
quest' epoca, la flessione in -a -dnis non era più sentita, e cosi Gregorio non
poteva ricostruire i genitivi in -aiii come ricostruiva quelli in -oui, tanto più
poi che quelli si prestavan mirabilmente a esser confusi col genitivo di -anu.
È del resto éloquente il metaplastico Orsanae e anche il de Blancano di cui s.
« Elança » in nota, la cui forza probativa s'accresce pel fatto délia sicura pre-
senza di Bhuca -cane nella Toscana.
2)6 C. SALVIONl
il CDT (s. « Bhmca »), ■ duedi su le ML, e uno di su il RAL
(s. « Proba ») ^ Se anche qiialcuno di questi esempi centrali e
meridionali possa prestare il fianco a delle objezioni, ne rimarra
pur sempre abbastanza per affermare che la declinazione impa-
risillaba de' nomi propri feminili in -a, non era sconosciuta in
queste parti délia penisola.
In nomi propri -/ -ine ecc. sono settantacinque "', quasi tutti
mascolini, e, tranne una decina, d'origine germanica. Vigoreg-
giano essi vel RF, nelle carte délia 2' meta del sec. 8° e del
primi decenni del 9°, e nei diplomi astigiani, corne già s'è
detto. Il CDL offre quindici esempi, e una dozzina d'esempii,
tutti di su carte antichissime, li offrono insieme le ML e ii
CDT. Nessun esempio dalle carte meridionali.
Nel suo assieme, conchiuderô, lo specchio che précède
dimostra che la declinazione imparisillaba era di tutta Italia, e
un" altra fiera scossa è quindi data a uno degli argomenti che si
son fin qui allegati per l'origine germanica d' essa declinazione
imparisillaba : quello del suo apparire soltanto in que' territori
romanzi che confinano a popolazioni germaniche. Il regesto d
1 . L'esempio Bhmcani mi par guarentito per ciô che occorra due volte e
per ciô che si dice in fine della précédente nota. — Nel CDT occorre anche
/. Branculani e corie Braticulani, nuni. 39 e 64 (aa. 793, 804), e/. Fre:^ani nel
RAL, num. 303 (a. 1081). Non so che pensarne.
2. Qui siano ancora ricordati, perche il It^tore ne faccia quel calcolo che
crede, /'. Fiuidani, RF, num. 774 (a. 1044), •^"^''/'^ '/'''••• Melegane e pralo Lohiani,
CDL, num. 112 (a. 830), 884 (a 994), Pelrum Ruibain (1. -ni) = Pietro di
Rossa?, Verci, 0. c, doc. 14. — Un nome Brica (mascolino o feminile ? Cfr.
il masc. Briao, Bruckner 239, e nom. Bin'cho, gcn. Birkhoui, CDL, num. 1 1 1 ;
e pure masc. Biri ica ap. Gloria. Dfl Volgarc illustre dal sec. VII fiiio a Dante,
p. 22) in casa iihi dicitiir Brica)! i e in prénom inato loco Cahricani, AN, num. 147
(a. 1038).
3. Tra cui pero parecchi nominativi fatti suU' obliquo metaplastico, ma
non per questo meno sicuri. Da aggiungere sarrà forse ii nom. Morcnitinns,
RAL, num. 106, da paragonarsi col Mauronti[s (lerra Maiirontis) di RF,
num. 259 (a. 825). E cosi questo curioso nome ci si pi-esenterebbe in tre
forme : Mauronta -tani (v. p. 217 n), Matiroiiio -tone, Bruckner, 285, RF,
num. 577, 622, e Mauronti -tine. — Qui faccio seguire un certo numéro di
genitivi in -ini -eni,\n talun de' quali saran forse da riconoscere gliefFeti della
nostra flessione : /". Armeni, RF, num. 193 (a. 809), 7'. Cbristoceni, ib., num.
1 17 (a. 778), casarinum Ageleni, ib., num. 269 (a. 81 1), s. Madaliui, ib., 309
(a. 875), 5. Gensoveni (o = Gensuini da *Gensuin ?), CDT, num. 77 (a. 808),
s. Adajui, ib., 5. Passerini (cf. i cognomi Pdsseri e Passerini) RAL, num. 273
fa. lo-j'jy f. Lovisino -ni (o =: Lupiciniï) AN, num. 129 e 135 (aa. 1030,
1033), i. Frauceni (errore per -oni }), HPM, vol. I, num. 294 (a. 1054, Torino),
ecc.
DECLINAZIONE IMPARISILLABA \ELLE CARTK d'iTALIA 257
Farfii e anche le raccolte toscane sono a questo riguardo ben
éloquent!. E benpiù éloquent! sarebbero, e insieme adessi anche
le raccolte meridionali, ove fosse loro dato di contenere dei
document! p!ù vetust! d! quell!, in parte pur g!à tanto vene-
rand!, che in realtà c! oftVono. S! pensi che se il RF e le rac-
colte toscane non ci dessero délie carte rogate tra il 750 e r850
e solo cominciasseroil primo con carte dell' 850, le seconde con
carte dell' 800, noi non avremmo, per la regione centrale,
nessuno esempio délia declinazione in -/ (-<') -ine Ç-éne) e tut-
talpiù dovremmo esser contenti di rintracciarla irrigidita in
qualche metaplasma. Il caso è istruttivo, e c'insegna, s'io mal
non mi appongo nell' interpretarlo, che assai più esempi noi
troveremmo, e per ciascuna délie catégorie del nostro tipo fles-
sionale, e per ciascuna regione d'Italia, ove più indietro nei
secoli ci portassero i documenti. Onde la quistione non è più
di sapere se tutta Italia abbia conosciuto il tipo, bensi di ren-
derci conto perché in certe parti, p. es. nel Mezzogiorno e a
Roma, esso già si mostri languente quando altrove o ancora
vigoreggiao quanto meno offre prove non dubbie délia sua vita,
e perché, a seconda délie regioni, l'una categoria abbia ceduto
prima délie altre. E s'io ho ragione di cosi concepire l'anda-
mento storico, è facile la conclusione, alla quale già s'addive-
niva, che in fondo non altro che un fortuito silenzio, —
silenzio parziale ' e di relativamente non lunga durata, —
sépara la dechnazione imparisillaba médiévale dai Fortunataneni,
Vakntiûni,Suavini e Natalini délia tradizione epigrafica romana ^.
C. Salvioni.
1. Dico « parziale », in quanio, ne' riguardi délia série -a -aiiis, già s'è
veduto cW io ritengo colmata la lacuna temporale dai nomi mascolini (e femi-
nili, V. pag. 220 n) in -a -une del periodo barbarico.
2. Avrebbero dovuto far séguito al mio studio délie considerazioni suUe
viccnde intime délia flessione imparisillaba, sulla realtà e il modo di sua vita
nel latino délie carte. Ma ho già troppo abusato dello spazio concessomi dalla
Roiihinia, e riserbo le mie considerazioni per un' altra volta. Non posso tutta-
via tralasciare di avvertire il lettore che ogni quai volta nelle nostre liste
l'esempio délia carte è allegato nella forma : « nom. Petro (o -its), gen. Petroni
ecc. », cio vuol dire che in almeno uno de documenti citati compajono real-
mente il caso retto nella forma e nelia funzione del caso retto, l'obliquo iiella
forma e nella funzione deir obliquo. E si tratta sempre, salvo qualche rara
eccezione, délia stessa persona ch' è nominata nell' un caso e nell' altro.
Romania, XXXV I 7
VIVIEN ET LARCHAMP
Depuis un demi-siècle les romanistes d'Europe et d'Amé-
rique ont tenté de retrouver le prototype historique du Vivian
du cycle de Guillaume d'Orange, mais sans arriver à un résul-
tat même problématique. M. Hermann Suchier croit avoir
trouvé la clé de l'énigme. Après avoir consacré à ce sujet un
copieux article, véritable chef-d'œuvre d'information ', il pousse
ce cri de triomphe : « Ich komme also zu dem Schlusse :
Vivien ist der Vivianus der Schlacht von 851 eben so sicher
wie Roland der Hruolandus der Schlacht des Jahres 778 ist-^. »
Donnons bien vite la solution : Vivian ou Vivien n'est autre
que le comte Vivianus qui joua un rôle important sous le
règne de Charles le Chauve; la bataille où il succomba sous les
coups des Bretons le 22 août 851 doit être placée à Larchamp
dans le département de la Mayenne, canton d'Ernée. Cette
localité représente le mystérieux champ de bataille de l'Archant
(pour Larchamp) célèbre dans le cycle de Guillaume d'Orange.
Pour quiconque est un peu lamilier avec le règne de Charles
le Chauve, les objections surgissent aussitôt. Quel rapport entre
le comte de Touraine, duc en Neustrie, pourvu dès 843 ' des
1. Dans la Zeitschrijl fïir roiiiaiiische Philologie, XXIX, 641-682.
2. Ihid., 66^,.
5. Les deux témoignages les plus anciens sur Vivianus ont échappé à
M. S., et on ne peut lui en faire un reproche. Ce personnage figure comme
amhasciator dans un diplôme de Charles le Chauve donné sous Rennes le
13 novembre 843. La mention Vivianus caméra ri us impetravit (ces deux der-
niers mots en notes tironiennes) est dans l'édition de J. Tardif (Cartons des
rois, no 144, p. 96), mais non dans celle des Historiens de France consultée
par M. Suchier, Dans son édition d'un acte un peu antérieur, du 30 août
VIVIEN ET LARCHAMP 259
tonctions très élevées ' de chambrier, lesquelles ne sont compa-
tibles qu'avec un âge mûr, et Tenflmt Vivian dont les prouesses
n'offrent d'intérêt qu'à cause de son âge juvénile - ?
Dans l'histoire, les ennem's de Vivien et du roi Charles (et
non de Louis le Pieux) sont des Bretons, nullement des Sarrasins,
et jamais l'épopée dans ses plus folles fantaisies n'a confondu
les Bretons avec les païens. Il est même remarquable que, en
dépit des désastres de 845 et 851, les Bretons ne soient jamais
considérés comme des ennemis '. Erispoé, (le Ripeu de nos-
épopées) et Salomon sont, au contraire, traités comme des
personnages sympathiques, et le second figure même au nombre
des vassaux de l'empereur +.
M. S. le sait bien, mais, dit-il, les Normands qui, eux, ont
été confondus avec les Sarrasins, se sont plus d'une fois alliés
avec ceux-ci contre Charles le Chauve (p. 660, 67)). Pas en
851 en tout cas, et les exemples cités portent sur 865 et 866 :
et il s'agit de bandes de brigands bretons, faisant le coup de
843 à Quierzv, Tardif (no 142) lui-même a néglige le mot Viujaniis qui se
trouve écrit en clair dans l'original des Archives Nationales au-dessous du
recogiiovil et stibscripsit du chancelier.
1. Sur cette charge, vov. Hincmar, De online pdlatii, éd. M. Prou, p. 56-
S8 (Bibliothèque de r École des Hautes Éludes, fasc. 58); G. Waitz, Deutsche
VerfassuKjsgeschichte, III, 2^ éd., 502.
2. La discussion sur l'âge du Vivian épique, que M. S. semble chercher à
vieillir (p. 665-664) est fort peu probante. Si le Vivian épique avait dans les
vingt-deux ans, son rôle n'aurait rien d'extraordinaire puisque les jeunes Francs
étaient adoubés aux environs de la vingt et unième année. L'âge minimum
auquel l'adoubement était permis étant quinze ans, juste l'âge du frère cadet
de Vivian, celui-ci, qualifié « meschin », doit être envisagé comme un jeune
homme de seize à dix-huit ans. Sur les conditions de l'adoubement, voy.
P. Guilhermoz, Essai sur l'origine de la noblesse en France (Paris, 1902), 417-
421.
5. Les raisons à l'appui de cette remarque m'entraîneraient trop loin et
sortiraient du cadre de cette revue. Je crois bon cependant de mettre en garde
les lecteurs non historiens contre les assertions d'un pseudo-Breton, feu
.\rthur de La Borderie, qui présente sous un jour faux les rapports des Francs
et des Bretons dans sa grande Histoire de Bretagne, déployable à bien des
égards.
4. Il suffit de renvoyer à Ernest Langlois, Table des noms propres... compris
dans les chansons de geste imprimées., Paris, 1904.
2éo F. LOT
main avec les barbares, et non d'armées nationales commandées
par le duc ou roi des Bretons '.
Que dire de la tentative de rapprochement entre Guillaume
d'Orange, oncle du fabuleux Vivian, et Guillaume, duc de Gas-
cogne et comte de Bordeaux qui fut fait prisonnier dans cette
ville par les Danois en 848? M. S. commence par supposer que
l'historique Guillaume de Toulouse (le Guillaume d'Orange
de l'épopée) a été confondu avec son petit-fils Guillaume de
Gothie. Puis il accueille avec complaisance (p. 661, 675) une
hypothèse qui assimile ce dernier au duc de Gascogne homo-
nyme. Par malheur, cette hypothèse ne tient pas debout.
L'année même où Bordeaux et son défenseur tombaient au
pouvoir des païens, le petit-fils de Guillaume de Toulouse était
fort loin de là, occupé à disputer la Gothie aux marquis de
• Charles le Chauve. Depuis l'exécution de son père, décapité en
844 ^, il guettait une occasion favorable. Elle se trouva en 848.
Le marquis Sunifré venait de mourir et d'être remplacé par Ale-
ran, comte de Troves, étranger au pays. Guillaume s'empara par
ruse d'Ampurias et de la capitale de la Marche d'Espagne, Barce-
lone, à la fin de 848, et un instant il fit même prisonniers Aleran
et le comte Isambard. Le triomphe du petit-fils de Guillaume de
Gellone fut de courte durée. Au début de 850, lui-même fut pris
par trahison et décapité dans Barcelone '. A six ans d'inter-
valle, le fils subissait le même supplice que le père. Bernard, à la
mort de Louis le Pieux, avait joué un rôle très louche, flottant
I. Le troisième exemple ne signifie rien : de ce que Vivianus, donnant le
monastère de Cunauld (le 27 décembre 845) aux moines de Saint-Philibert
de Noirmoutier, parle des incursions fréquentes et inopinées des Normands
et des Bretons, il n'en ressort nullement que ceux-ci soient alliés et confondus
les uns avec les autres. Disons à ce propos, que avant d'avoir à souffrir des
pirates bretons et Scandinaves, l'île de Noirmoutier et lîle d'Yeu avaient été
vers le viii^ siècle visitées par des navires « sarrasins », c'est-à-dire des pirates
musulmans d'Espagne. Voy. Ermentier, 1. II, c. 10 dans R. Poupardin,
Monuments des abbayes de Saint-Philibert, p. 66 et xxv (Collection de textes
Alph. Picard, 1905, fasc. 38).
2. Voy. Calmette, De Bernardo sancti GuiUelmi filio (Tolosae, 1902), 92;
cf. le Moyen dge, 1904, p. 149.
3. Voy. Calmette, Les marquis de Gothie sous Charles le Chauve, p. 6 (extr.
des Annales du Midi, 1902); cf. F. Lot, dans la Romania, XXXIII, 145-9-
VIVIEN ET LARCHAMP 26 1
entre Lothaire et Charles. Il méditait, si l'on en croit une insi-
nuation de Nithard, de se tailler une principauté en Gothie où
son père avait laissé un souvenir inoubliable'. C'est en cette
contrée que le jeune Guillaume pouvait compter des partisans;
c'est en Septimanie et dans la Marche d'Espagne qu'il dût se
tenir après la fin tragique de Bernard. Croire que Charles le
Chauve qui haïssait ce dernier eût confié à son fils, un tout
jeune homme % un poste de confiance comme était le duché de
Gascogne avec Bordeaux, c'est se méprendre étrangement.
Sovons bien persuadés qu'il n'y a qu'un rapport fortuit entre
le duc Guillaume fait prisonnier par les Normands en 848 et le
jeune aventurier du même nom qui enleva Barcelone à la fin
de cette année \
Faut-il faire remarquer que les rapprochements entre la topo-
1. Voy. F. Lot dans le Moyen Age, 1904, 150.
2. Il était né en 826, comme nous l'apprend le Mamiale de sa mère
Dodana.
3. Bien entendu je ne me fais aucune illusion. Cette identification inadmis-
sible sera reprise. Je puis même fournir une hypothèse au naît qui recommen-
cera à se livrer à ce sport : Bordeaux â été prise, ainsi que son défenseur
Guillaume, duc de Gascogne en 848, mais au début de cette année, tandis que
Barcelone a été enlevée par Guillaume, fils de Bernard, à la fin de cette même
année, imaginons que leduc de Gascogne n'a pas été tué par les Danois(rien
ne certifie sa mort) mais a été racheté par le roi, et rien n'empêchera d'identi-
fier les deux Guillaume. Pendant que je suis en veine d'hypothèse je conti-
nue : la mention de Larchamp comme situé « sur mer » est une fiction épique
(cette thèse ne sera pas plus difficile à soutenir que la proposition inverse). En
réalité, le poète ignorait la position de Larchamp. Les seuls traits « histo-
riques » sont la prise de Bordeaux, le séjour du comte Guillaume à Barcelone,
la dévastation du cours de la Garonne et de l'Aquitaine par les païens maîtres
de Bordeaux. Mandé par Girard, à la requête des Aquitains du Berry, le
comte arrive en toute hâte. Où va-t-il trouver l'ennemi? Non pas en Berry
(c'est la déformation de la légende) mais sur la Garonne. Précisément, au
tiers du chemin environ entre Bordeaux et la frontière de la Septimanie se
trouve un Larchant (Lot-et-Garonne, com. Saint-Pierre de Lévignac, arr.
Marmande, cant. Seyches). C'est là qu'il faut placer la première bataille de ce
nom de la Chanson de Guillaume. Cela conviendra aussi « remarquablement »
que la localité de la Mayenne, propo.sée par M. Suchier. Il est vrai qu'il
faudra établir que la véritable graphie est bien Larchant et non Larchamp.
Ce sera un jeu pour un esprit tant soit peu ingénieux.
262 F. LOT
graphie du Larchamp épique et la description de la commune
de la Mayenne empruntée au Dictionnaire de Joanne sont
d'une singulière fragilité '. L'auteur s'abuse étrangement en
les croyant, si l'on peut dire, topiques.
Faut-il, enfin, observer qu'aucun texte latin ne nomme le
lieu où Charles fut battu et le duc Vivianus mis à mort et qu'il
est d'une méthode plus qu'aventureuse de s'appuyer sur des
poèmes du xii'' siècle dont la géographie est ultra fantaisiste pour
identifier un champ de bataille du ix*" siècle?
A quoi bon ?
Ces objections de sens commun, d'autres encore, n'ébranle-
raient pas l'imperturbable confiance de l'éminent professeur de
Halle dans la solidité de son système.
L'étude d'un texte qu'il n'a fait que signaler en passant aura
peut-être un meilleur succès. J'entends parler de la Vita sancti
Conwoionis abhatis Rotonensis, écrite vers la fin du ix^ siècle ^ par
un moine de l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon qui avait
connu saint Conwoion. Il nous raconte une anecdote à pro-
pos justement de la lutte qui mit aux prises Erispoé et Charles
le Chauve en l'année 851. L'abbé de Redon avait à souffrir des
insolentes revendications de quelques seigneurs bretons, notam-
ment d'un certain Risweten et d'un certain Tredoc, quand
ceux-ci durent obéir à la convocation du prince Erispoé ordon-
nant à ses sujets de se réunir en armes « au delà de la Vilaine.»
1. M. S. (p. 659) trouve dans la commune de Larchamp (Mayenne) une
fontaine de Saint-Guillaume (commt si les lieux dits de Saint-Guillaume étaient
rares en France), une Fosu' aux Sarrasins (comme si toutes les fortifications
antiques n'avaient pas été attribuées « aux Sarrazins »). Qu'importe l'expres-
sion « Larchamp-des-Gaules », nom « pop ilaire », selon l'abbé Angot
(comme si le mot« Gaule » n'était pas un mot de fabrication relativement
récente)! Une ferme s'appelle depuis 151 3 au moins : « la Viviennière ». L'au-
teur remarque, il est vrai, prudemment que « es kann seinen Namen einem
frùherem Besitzer namens Vivien verdanken ». Sans doute.
Que dire du rapprochement proposé (p. 663), avec doute je le veux
bien, mais singulièrement inquiétant, de la contrée épique Commarcis (la
Marche d'Espagne selon G. Paris) avec Cormery, nom d'une abbaye bien
connue de la Touraine, dont le comte Vivianus fut le bienfaiteur !
2. Sur la valeur et la date de ce texte, voy. L. Levillain dans le Moyen
Age, 1902, pp. 241 et suiv.
VIVIEN ET LARCHAMP 205
Ces deux personnages, comptant piller et se procurer des armes,
usèrent du droit de gite pendant trois ou quatre jours dans
une villa (appartenant à l'abbaye ') nommée lencglina % près
d'une église dédiée à saint Pierre. Mais, une nuit, les Francs
arrivèrent brusquement et se mirent à tout ravager. Risweten
et Tredoc se cachèrent dans « l'aire ' » d'un pauvre homme,
sous la paille. Mais ils furent trahis par un des villageois qui
dit aux Francs : « Si vous cherchez des Bretons, en voici qui se
cachent sous la paille ». Les misérables, découverts et tirés de
leur cachette, furent mis à mort à coups d'épée : leurs corps
furent jetés sur la place pendant que leurs têtes coupées ser-
vaient de trophée aux Francs ^.
De ce texte, M. Suchier n'a retenu que ceci : qu'Erispoé
1. On verra dans un instant que cette déduction est justifiée.
2. Mabillon a imprimé lenegUna, et cette faute s'est répétée dans les édi-
tions postérieures qui ne font que reproduire le texte qu'il a donné dans ses
Acia Sanct., saec. IV, part. II, p. 199.
3. L'éditeur des Mon. Genn., SS., XV, 456, veut corriger urea en arca.
Cette correction est inutile.
4. Le ms. unique, de la fin du xi^ siècle, d'après lequel Mabillon avait
donné son édition a été récemment acquis par la Bibl. Nat., alors qu'on le
croyait perdu depuis le xviie siècle ; c'est le ms. des nouv. acquis, lat. 662.
Il provient de la vente du baron Jérôme Pichon. Voy. Catalogue de la biblio-
thèque de Jeu M. le baron Jcrânie Pichon. Troisième partie (Paris, 1898, gr. in-80)
p. 191, no 5560. Ce ms., déjà mutilé au xyii' siècle, nous est malheureuse,
ment parvenu dans un état encore plus défectueux qu'au temps de Mabillon.
Le chapitre qui nous intéresse ne nous y a pas été conservé en entier : le fol.
4 (fol. 8 dans l'ancienne numérotation) ne nous offre ni le milieu ni la fin. Je
ne juge pas inutile cependant de le reproduire en appendice. Déduction faite
des fol. 1,3 et 5, remplis par un sermon pour nous sans intérêt, on constate
grâce à une numérotation ancienne (xvie siècle ?) que les Gesta Sanctorum
Rotouensiuin ont comporté 43 fol. Il ne reste plus aujourd'hui que les fol. 8
(4 de la numérotation contemporaine), 25 à 36 et 38 à 43. L'original du
ixe siècle, d'après lequel fut exécutée deux siècles plus tard la copie représen-
tée par le ms. 662, devait être lui-même tronqué à la fin car la moitié infé-
rieure du verso du fol. 43 est demeurée en blanc quoique l'ouvrage ne soit
certainement pas terminé avec les dernières lignes reproduites. Une main de
la fin du xvie siècle, peut-être la même à qui nous devons la première folio-
tation, n'en a pas moins écrit au bas « hic explicit historia monasterii
sancti Salvatoris ».
264 F. LOT
donnait pour lieu de rassemblement à son armée, une localité
de la Vilaine. « Donc le champ de bataille doit être cherché
non loin de la Vilaine », observe-t-il judicieusement. Larchamp
à 14 kilomètres de la source et du cours supérieur de ce fleuve
satistait remarquablement aux conditions requises (p. 653).
Non ! Car le texte est plus explicite. Il porte qu'Erispoë
ordonne à ses troupes de se porter au delà de la Vilaine
(ultra Visnonie fluviiini). Comme notre informateur réside à
Redon, qui est sur la rive droite du fleuve, le rendez-vous est
nécessairement sur la rive gauche. Ceci posé, on voit tout de
suite que Larchamp ne remplit pas les conditions requises d'être
près de la Vilaine et en un point où il y a intérêt à dire qu'on ira
sur l'une ou l'autre rive de ce cours d'eau. En eff"et, cette loca-
lité étant à 20 kilomètres au nord de l'Étang-Neuf, source de la
Vilaine, n'est en réalité ni près, ni sur une rive du fleuve.
Les mots essentiels lencglina, ecclesia sancti Pétri, M. H,
Suchier les passe sous silence, sans doute parce qu'il n'a pas
réussi à en retrouver l'équivalent sur la carte. Moi non plus,
l'été dernier, quand, à la requête de M. J. Bédier, je tentai de
rendre ce léger service à notre éminent collègue, je ne réussis
point à identifier ces deux localités que je cherchai d'instinct le
long du cours de la Vilaine entre Redon et Rennes. Je suis
plus heureux aujourd'hui grâce à un concours dont je parlerai
dans un instant.
Dans le pays intermédiaire entre les Etats d'Erispoë et la
Neustrie carolingienne les églises dédiées à saint Pierre sont
fort rares. Nous n'avons point l'embarras du choix. Tout
d'abord s'offre à nous le village de Langon, à 25 kilomètres en
amont de Redon. Il appartenait à l'abbaye, et avait pour patron
s.iint Pierre; mais Langon est sur la rive droite et il n'y a nul
rapport, entre ce nom et lenci^lina. Ce rapport, au contraire,
est indéniable avec Jexgland ', hameau de la commune de
Fougeray^, situé sur une petite éminence à i kilomètre au
1. Le nom est ainsi écrit dés 1466 dans un aveu de la duchesse Françoise
conservé aux Archives de la Loire-Inférieure sous la cote B 1855.
2. Chef-lieu de canton de l'IUe-et-Vilaine, arr. de Redon. Cf. Carte du
Sjrvice vicinal, VIII-18. On dit plus communément le Grand-Fougerav :
cette expression se trouve déjà au IX'-' siècle dans un acte du 14 septembre
VIVIEN ET LARCHAMP 265
nord-ouest de l'église, laquelle est dédiée à saint Pierre. Et
si l'on ajoute que Jengland, sur la rive gauche de la Vilaine,
à cinq kilomètres de la rivière, est bien, par rapport à
Redon, ultra Fisnonie jîuvium ', il apparaîtra à tout esprit non
prévenu que nous avons là l'identification désirée. La bataille
du 22 août 851 gagnée par Erispoé sur Charles le Chauve s'est
donc livrée près de la rive gauche de la Vilaine, à peu près au
tiers du chemin de Redon à Rennes.
Ecartons une objection possible. « Si vous cherchez des Bre-
tons, en voici qui se cachent sous la paille », dit aux Francs un
des paysans de lencg liiia. Ni \in, m sans doute ses co-villageois, ne
sont donc vraisemblablement sur un territoire breton- : ils sont en
territoire roman. Cela n'exclut-il point Jengland ? Nullement.
Et en effet, tandis que les finales en -ac de nombreuses localités
du border, aux environs de lencglina, indiquent une population,
bretonne au moins partiellement, dans le haut moyen-âge ',
la commune dont fait partie Jengland était de langue romane,
pmsque FulkeriacHS, nom de ce domaine relevant en majorité de
l'abbaye de Redon +, s'appelle non Fougerac, mais Fougeray.
892, par lequel Coletoc donne une dépendance de Fougeray ; « ex Felkeriaco
majore ». Voy. Cartul. de Redon, p. 221, n" 272, et p. 376. Cf. pour la
date A. de la Borderiedans les Annale^ de Bretagne, XIII, 443 et 606.
1. En 888, le comte de Bro-Erec, Alain, faisant donation à l'abbaye de
Redon d'un tiers de la villa de « Bron Concar », celle-ci est dite dans la
charte : ultra Visiionie. Or le comte résidait à Redon même au moment où il
faisait cette libéralité et « Bron Concar » est, comme lencglina, une des par-
ties du grand plou de Fulkcriac = Fougeray : « Alan, cornes Warochie
provintiae, tertiam partem villae quae nuncupatur Bron Concar, sitam in
plèbe Felkeriac ultra Visnonie... Factum est hoc in Rotono monasterio. «
{Cartnlaire de Redon, p. 187, n" 239).
2. Cette remarque m'a été faite par un Armoricain, M. André Oheix.
3. Voy. J. Loth, Uèmigration bretonne en Armorique, p. 196-198.
4. Outre les chartes de donations déjà citées où apparaît Fougeray (p. 264,
note 2, e; plus haut, note i ), ce nom se retrouve dans la date d'une charte
d'époque indécise (848-868) : -< factum est hoc in plèbe Fulkeriac, in domo
Sigiberti, coram Courantgenoepiscopo et coram Pascuueten aliisque nobiiibus
viris a (Cartul. de Redon, p. 166, no 215); dans une donation du prince Salo-
mon donnant à l'abbaye, le 2 mars 860, le « randremes nuncupante Agulac in
plèbe Fulkeriac •> (ibid., p. 24, n" 30; cf. Annales de Bretagne, XII, 485) ;
enfin, dans une donation d'Erispoë gratifiant l'abbuve de deux randremes
266
F. LOT
Au surplus, pour bien saisir l'épisode de lencf^litm, il importe
d'examiner le chapitre où il est enchâssé. Le but de l'hagiographe
c'est de montrer le juste châtiment infligé par le ciel à qui per-
sécute le monastère de' Redon en la personne de son saint
abbé Conwoion. Ces persécuteurs ne sauraient habiter très loin
de Redon. En effet on nous montre l'un d'eux, un guerrier
breton nommé Risweten ', se rendant, la menace à la bouche,
à un plaid que le saint homme, tenait en compagnie du prévôt
Leuhemel % à Bains, domaine du Saint-Sauveur, à 8 kilomètres
seulement au nord du monastère', et lui extorquant vingt
Aguliac et Moi (Mouais à 8 kil. au sud-est de Fougères) sur le fleuve Kaer
(le Chère) : « Ego Erispoe, princeps Britanniae provinciae et usque ad
Medanum fluvium, donavi sancto Salvatori duas randremes Moi et Aguliac
in plèbe quae vocatur Fulkeriac super fluvium Kaer » (Cartulaire de Redon,
p. 367, append. n. xxx). L'intérêt de cet acte, passé en préser.ce de l'abbé
Conwoion, àTalensac (Ille-et-Vilaine, canton de Montforl) réside dans sa
date : mardi 25 août 852 (voy. La Borderie, dans Annales de Bretagne, XIII,
598). Cette date est juste postérieure d'un an et d'un jour à celle de la
bataille où Erispoé remporta une éclatante victoire. Or ce délai d'an et jour
est celui qui confère la pleine propriété à qui est demeuré en saisine paisible
d'un bien fonds (voy. Champeaux, Essai sur la vestiture ou saisine, thèse de
la Faculté de droit de Paris, 1899). Ne serait-il pas tentant de croire que le
jour même de la lutte, Erispoé, pour se rendre le ciel favorable, avait donné
verbalement au Saint-Sauveur de Redon deux randremes du territoire de Fou-
geray, sur lequel, ou bien près duquel, s'engagea la bataille? — Je remarque
que, à deux kil. au nord de Fougerav, à l'est de Jengland, un hameau est
dit La Bataillais. Serait-ce l'emplacement rêvé?? — Bien entendu je ne crois
pas à la persistance de souvenirs « historiques ». Les endroits appelés La
Bataille doivent leur nom aux ossements et débris d'armes qui ont fait sup-
poser, et parfois justement, aux habitants que, à une époque indéterminée,
un combat a été livré sur un point de leur territoire.
1. Ce nom se rencontre parmi les listes des témoins dans une dizaine
d'actes du Cartulaire de Redon. Vu les dates, il est certain que plusieurs per-
sonnages, parmi lesquels il est impossible de distinguer le nôtre, ont porté
ce nom. Signalons cependant une charte du 31 mars 846 où un Rithgen
figure avec un Beatus (p. 43, no 53).
2. Leuhemel apparaît à plus d'une reprise dans le Cirtulaire de Redon, voy.
pp. 17, 19, 20, 21, 22, 24, 25, 30, 36, 53, etc.
3. Il s'agit de Bains (lUe-et-Vilaine, arr. et cant. de Redon), domaine de
l'abbaye où l'abbé et le prévôt apparaissaient comme présidant un plaid, et
VIVIEN ET LARCHAMP 267
SOUS. Convoqués par Erispoë peu de temps après, Risweten et
un autre « perfide », Tredoc, n'ont rien de plus pressé que
d'exiger l'hospitalité dans un autre domaine de l'abbaye, à
lenci^lina, dans le dessein de se procurer des armes et des vête-
ments aux dépens des moines et de leurs paysans '. Leur but
était évidemment de s'équiper gratis pour le service de leur
seigneur Erispoé \
non de Bain-de-Bretagne (lUe-et- Vilaine, arr. Redon, chef-lieu de canton), à
40 kil. au nord-est de Redon et où cette abbaye n'avait de possession ni, par
suite, de juridiction domaniale.
I. L'hagiographe ne le dit pas expressément, mais cela saute aux yeux. Si
leiicgliua n'appartenait pas à son monastère, il ne se soucierait point que Ris-
weten et Tredoc y prennent quartier et cherchent à s'v procurer des vivres
de l'argent et des armes. Pour prix de ses biens patrimoniaux qu'il accusait
l'abbé de lui avoir extorqués, Risweten, à Bains, avait demandé un cheval
de guerre, un destrier (equinji optimum mihique aptniii) et un haubert (/o//("«7;/),
menaçant en cas de refus de nuire à l'abbé et à ses hommes. On l'avait
apaisé momentanément avec la promesse de vingt sous de deniers qu'il alla
touchera Redon le lendemain. Mais il n'avait pas osé avouer le marché à son
parent Tredoc qui proférait les plus grandes violences contre les moines. La
compensation accordée à Risweten était bien insuffisante. Il n'obtenait ni res-
titution de terre, ni haubert, et vingt sous qu'il toucha pouvaient représenter
le coût d'un cheval de labour, mais nullement d'un destrier, animal de prix,
évalué, à une époque postérieure il est vrai, 100 sous, dix livres et même
300 sous (Cartiil. Je Redoji, p. 379, 512, 292, etc.). Lui, et Tredoc à plus
forte raison, en foulant les pavsans de Jengland pour se procurer vivres et
armes mettaient donc simplement leurs menaces à exécution. Leurs violences
s'expliquent et se justifient jusqu'à un certain point. Dépouillés par la piété
inconsidérée de leurs parents ou d'eux-mêmes, du seul capital que connaisse
l'époqfle, la terre, les petits propriétaires libres voisins d'un monastère
célèbre, sont hors d'état de s'équiper pour le service de leur prince. Les
armes et chevaux de guerre coûtaient horriblement cher, et pourtant il fallait
se les procurer et n'importe comment. De là des revendications furieuses et
sauvages contre les moines. Si l'on admet la vérité de nos remarques, une
conséquence importante s'en dégage : il faut que la bataille ait été livrée sur
ou près d'un domaine du monastère de Redon. Larchamp ne remplissant pas
cette condition est à écarter.
2. On peut objecter à ce que l'on vient de lire que l'auteur place la querelle
de Risweten et de l'abbé Conwoion peu avant la lutte de Charles et d'Erispoé,
mais qu'il existe un intervalle entre les deux, si fiiible soitil {bis ita gestis parvo
interviillo facto, Karoltis etc.). En réalité, la scène entre le petit propriétaire bre-
268
F. LOT
Quand le ciel se fut vengé, Conwoion en fut averti . En
sage administrateur il envoya des messagers pour tâcher de
rattraper ses vingt sous". Ceux-ci cherchèrent vainement. Sur
ces entrefaites, un certain Beatus ^ alla trouver l'abbé et lui
dit : « As-tu retrouvé les sous que tu donnas à l'impie Riswe-
ten ?» — « Non » — « Les voici », reprit Beatus, en les tirant
de sa poche. Or cet homme « prudent et juste » (l'Histoire
ne nous apprend pas malheureusement par quels moyens il
avait l'argent) venait du plou dit Poliac, lequel n'est autre que
Peillac à 15 kil. au nord-ouest de Redon '. Risweten qui habi-
tait près de Bains, à mi-chemin entre Peillac et Jengland, avait
peut-être laissé la somme chez lui, ou l'avait confié à Beatus
et n'avait pas voulu se munir d'argent de poche. Conwoion ne
pouvait se douter de la chose. Soyons sûrs qu'il envoya enquê-
ter au lieu où gisait le cadavre de l'écornifleur. Si le lieu de
rassemblement de l'armée d'Erispoé avait été à Larchamp, à
120 kil. de Redon, le digne abbé eût passé ses vingt sous au
compte profits et pertes.
L'identification de lencglina eût-elle été impossible que
Larchamp n'en serait pas moins à écarter d'une manière for-
melle. Cette localité n'est pas, n'a jamais été sur une route
ton et l'abbé doit avoir été provoque, soit par la convocation d'Erispoë, soit
tout au moins par des bruits de guerre, d'ailleurs faciles à expliquer puisque
Charles est resté longtemps en vue de la Bretagne (voy. pp. 272-273);
autrement on ne comprendrait pas que Risweten réclamât immédiatement
un destrier et un haubert. Au surplus, la brièveté de l'intervalle entre la
remise des vingt sous et la mort de Riwesten ressort du fait que Conwoion
fait rechercher ses deniers (numinos): il sait donc que le« perfide » n'a pas eu
le temps de s'acheter un cheval avec l'argent qu'il lui a remis dans ce but.
1. Il est impossible de savoir quelle somme représenteraient de nos jours
20 sous, ou plutôt, car le sou est alors une monnaie fictive — 240 deniers.
Tout ce qu'on peut dire, c'est que pour cette somme on pouvait avoir un
cheval ordinaire, laboureur ou bête de somme, mais non un animal de guerre.
Cf. page précédente note i .
2. Deux autres personnages de ce nom, l'un diacre, l'autre prêtre, le troi-
sième laïque, semble-t-il, figurent comme témoins ou donateurs dans le Cartu-
hiiie Je Redon. L'un d'eux est évidemment le nôtre.
3. Peillac, Morbihan, arr. Vannes, cant. AUaires.
VIVIEN ET LARCHAMP 269
Stratégique '. Or le but du roi Charles en 85 1 était de pénétrer
en Bretagne. Les sources contemporaines s'accordent toutes sur
ce point'. Deux objectifs, et deux seulement, se présentaient
au roi : Rennes, tombé depuis peu au pouvoir des Bretons % et
Vannes, éternel objet de conflit entre ceux-ci et les Francs +.
1 . « Oïl ne signale aucune route ancienne venant au bourg » et les habi-
tants en réclament une encore en 1789. Voy. le Dictionnaire de la Mayenne de
l'abbé Angot (Laval, 1909-1902), cité par M. S., p. 656-657. — Ajoutons à
cela que Larchamp éloigné de la baie du Mont-Saint-Michel de 30 kilomètres
n'a jamais pu être envisagé comme situé « de sor mer » ainsi que le dit
l'épopée. Que dire des rapprochements entre les descriptions banales de
champ de bataille de la Chanson de Giiillannie (une champeignc, le sablon, un
tertre, etc.), et la configuration de la commune de Larchamp!
2. Outre la Vita Conwoionis (Karolus rex... putabat quia posset totam Bri-
tanniam armis capere, etc.). Voy. i" Annales Angonmoisines: « Karolusquarta
vice Britanniam repetens, cum Erispoio, etc. » — 2° Audradus Modicus, Rcve-
lationes : « scias te sequenti anno, in hoc ipso mense qui nunc est, Brittan-
niam venturum ibique ita ab inimicis tuis deshonestandum ut vix vivus
évadas... inhonestissime a Brittania reversus... » 5° Régi non : « Carolus cum
magnoexercitu Brittanniam intravit. » 4° Chronicon FontanelJense : « inde in
Brittaniam iter suum indixit. «
Tous ces textes, M. S. les connaît et les cite. Ils prouvent, non seulement
que Charles voulait entrer en Bretagne, mais qu'il a réellement atteint au
moins la frontière de ce pays. Comment alors proposer Larchamp qui n'était
pas et n'a jamais été en Bretagne ? Il ne faut pas oublier que ce nom de Bre-
tagne ne s'est étendu que tardivement à l'ancienne marche franque contre les
Bretons. Au milieu du xi'^ siècle les Nantais considèrent encore les Bretons
comme des étrangers. Voy. R. Merlet, La Chronique de Nantes, Introd.,
p. XXXI. Rennes, qui fut brittonnisée de meilleure heure, ne pouvait l'être en
851, puisqu'elle venait de tomber au pouvoir de Nominoe depuis quelques
mois seulement (voy. p. 271, note i). L'auteur breton des Gesta sanct. Roto-
nensium, racontant, à la fin du ix^ siècle, le voyage d'un certain Fromond et
de ses frères de Rome en Bretagne (Fromond termine son pèlerinage à Redon
= Rotonuin, qui est bien en Bretagne pour l'auteur), place Rennes (Redona) à
l'entrée de la Bretagne, mais non en Bretagne : « cumque appropinquassent
Brittanniac, ad ReJonam civitatem accesseruiit, receptisque sunt hospitio a
venerabilii episcopo noraine Electramno... » (Bibl. Nat., Nouv. acq. lat. 662,
fol. 20 recto). Si Rennes, bien que possédé par les princes bretons depuis 85 1
comme vassaux du roi de France, n'est pas en Bretagne, que dire de Lar-
champ! Cf. J. Loth, L'cniigralion hrelonnecn Armorique, p. 184-185.
3. Voy. plus bas, p. 271, note i.
4. A. de la Borderie, op. cit., 1, 506; II, 6, 8.
270 F. LOT
Les armées du haut moyen-câge se concentraient en suivant les
anciennes routes romaines' : pour gagner la Bretagne, Jeux
voies s'offraient aux Francs, l'une par la Beauce et le Mans,
l'autre par la Loire et Tours; mais toutes deux aboutissaient
au même point, Angers, car il ne semble pas avoir existé de
route empierrée allant du Mans à Rennes^. Si on voulait
atteindre cette dernière ville, ilfiillaitdu Mans gagner Angers
et là rejoindre la voie romaine unissant les antiques cités de
Juliomagus et deCondate, en passant par Coiiibaristiim ' et Sipia-^.
C'est bien ce que fit le jeune Charles quand, à l'automne de
843, il alla mettre le siège devant Rennes '. De même en 850,
1. Il faudrait tout un mémoire pour appuyer cette assertion qui découle
de l'étude du règne de Charles le Chauve auquel je me consacre depuis plu-
sieurs années.
2. En avril 865, on voit Charles s'avancer du Mans jusqu'au monastère
(ïlnlcramiis où le duc des Bretons, Salomon, vient lui prêter serment de
vassalité {Annales Bertiniajii, éd. Waitz, p. 61). Entrammes (Mavenne, cant.
Laval), où se rencontrent les deux princes, est près de la Mayenne, juste à la
limite de leurs états, à rai-chemin d'une ligne droite tirée du Mans à Rennes.
Nous sommes en présence d'une véritable rencontre diplomatique et non
d'une expédition militaire. L'hommage qu'y rend Salomon a le caractère
d'un hommage « en marche », comme on dira beaucoup plus tard. Les deux
princes n'avaient besoin que d'une escorte pour se rencontrer à Entrammes
et pouvaient chevaucher à travers champs. Au reste, même si une route
existait à l'époque carolingienne entre le Mans et Rennes, elle laissait Lar-
champ à dix lieues au nord.
3. Châtelais, Maine-et-Loire, arr. et cant. Segré. Vov. Longnon, Atlas
historique, p. 27.
4. « Le passage de la Seiche à Visseiche ;> (llle-et-\'ilaine, arr. Vitré,
cant. La Guerche). Vov. Longnon, Atlas historique, p. 31.
5. En effet « Lauriacum in pago Andegavensi « où Charles tint un concile
au mois d'octobre 843 (Capitularia, éd. Krause, II, 391 et 402) quelques
semaines avant de marcher sur Rennes, doit être identifié avec Loire (Maine-
et-Loire, arr. Segré, cant. Candé), à 12 kil. de la voie romaine d'Angers à
Rennes. Loire était une villa appartenant à Saint-Martin de Tours (voy. un
diplôme de Charlemagne dans les Historiens de France, V, 737 et la rédac-
tion contenue dans la coll. Baluze, t. 76, fol. 6), Charles se sera un peu
détourné de son chemin pour trouver en ce lieu une installation pour la
nombreuse suite de laïques et d'ecclésiastiques qui l'accompagnait.
C'est pendant que Charles campait sous les murs de Rennes qu'il donna
au comte de Touraine, Alton, des biens sis en Dessin, par un précepte du
VIVIEN ET LARCHAMP 27 1
quand il reprit sa campagne contre Rennes qu'il arracha un
instant à Nominoé '. L'objectif des Francs, d'ordinaire, est
tout autre. Au ix*" siècle, le centre de la péninsule, couverte par
les landes de la forêt de Brécilien, est impraticable aux armées \
Les princes bretons insoumis résident au sud-ouest de la grande
forêt, dans le Vannetais ou plutôt, comme ils disent, le Bro-
Erec, qui s'étend du Blavet à la Vilaine. C'est là qu'il s'agit de
les atteindre '. Un premier obstacle s'offre aux armées franques
parties de l'Anjou, le cours de la Vilaine. A son embouchure
le fleuve, pendant l'antiquité et le moyen âge, était quasi
13 novembre 843 (Tardif, Cartons des rois, no 144). C'est dans cet acte
obtenu par son intercession qu'apparaît, on Fa vu plus haut (p. 258 note 3),
Vivianus comme camerarius. M. Suchier (pp. 666 et 670-671) attire l'atten-
tion sur la Bible offerte en 845, à Charles le Chauve par ce personnage, abbé
laïque de Saint-Martin de Tours, qui, dans les vers de la dédicace, est qualifié
héros {\'oy. Bibl. Nat., ms. lat. i, fol. 412 verso). « La tournure aiite Brito
stabilis fiel (ibid., 422 recto), semble faire allusion, à une guerre contre les
Bretons, à laquelle il avait pris partie », et M. S. suppose que « cette expé-
dition pourrait répondre à la seconde campagne que la chanson de geste
attribue à Vivien ; car évidemment celle-ci était dirigée contre les Vikings
et leurs alliés bretons. » Ce serait plutôt une allusion à la campagne très
historique de Charles contre Rennes en novembre 843. Ces vers Anie Brito...
sont à la fin de la première dédicace et visent Charles, non Vivien, lequel
n'est nommé que dans la seconde pièce de vers.
1. Chronicon Foiitanellense dans Hisior. de Fr., VII, 42. Après avoir tenu
le plaid général à Verberie, puis un concile où son adversaire est condamné
(lettre 84 de Loup de Ferrières ; cf. Levillain, Etudes sur les lettres de Loup
de Ferrières, p. 136), Charles prend par l'Anjou pour aller assiéger Rennes.
Les diplômes le montrent : le 3 août à Bonavalle, c'est-à-dire Bonnevaux
près de Braisnes- sur-AUonnes, à mi-chemin entre Tours et Angers ; le
7 août à Fedrarias, c'est-à-dire Verrières dans la com. de Morannes (Maine-
et-Loire, arr. Baugé, cant. Durtal) ; le 25 août à Canibriliaco, c'est-à-dire
Chambellay (Maine-et-Loire, arr. Segré, cant. Le Lion d'Angers), bien dans
le sens de la voie romaine Angers-Rennes, par Combaristuni, c'est-à-dire
Châtelais.
2. Voy. La Borderie, op. cit., 1, 42 sq.
3. Nominoë se tient souvent à Coetlou sur la rivière d'Out. Ses missi se
montrent à Langon, à Bains, à Renac, à Sixt, à Peillac. « Là était la force,
le séjour habituel de Nominoé et le siège de sa puissance : c'était donc là
qu'il fallait frapper », dit très justement La Borderie (II, .170) à propos de k
272 F. LOT
infranchissable '. En aval de Redon, et même à quelques kilo-
mètres encore en amont, le passage du cours d'eau était malaisé.
Ce n'est qu'à une dizaine de kilomètres en amont qu'il com-
mence à être praticable. En 845, quand Charles fit un raid
d'une folle témérité sur le territoire breton, c'est à Langon,
ou près de Langon qu'il dût passer l'eau pour aller se faire cer-
ner à quelques kilomètres de la rive droite, à Ballon, dans la
commune actuelle de Bains dont il vient d'être question ^.
En 851, quel est son objectif ? Celui de 843 et 850: Rennes?
Celui de 845 : le Vannetais ? Dans les deux cas, le point de
départ est le même, l'Anjou '. En 851 Charles s'attarde en
cette contrée, peut-être pour y attendre les mercenaires
saxons qui apportent à l'ost des Francs d'Occident l'appoint
de l'infanterie ■♦. Le 16 août, il est encore à Juvardeil \ Six
jours après il subit une défaite écrasante en une localité à
campagne de Charles de 845. On pourrait reprendre cette phrase et l'appli-
quer à l'expédition de 8 5 1 : la position respective des deux adversaires est la
même. Tout en croyant que la bataille du 22 août 851 s'est livrée en Anjou,
La Borderie (II, 71, n. 4) a senti qu'elle avait eu lieu, plus loin, vers VOuest.
1. A. de Courson, Cartulaire de Redon, p. 759-760; La Borderie, ci/', cit.,
II, 470.
2. La Borderie (II, 38, 48, 471, 472) présente h ce propos de bonnes
observations topographiques et stratégiques. Son récit de la bataille de Bal-
lon, où il attribue à Charles une « immense armée «, alors que le roi n'avait
même pas encore levé l'ost, est malheureusement annihilé par une grosse
méprise : il applique à la surprise de 843 le texte de Reginon, lequel concerne
indubitablement la bataille du 22 août 851. M. Suchier n'est pas tombé dans
cette erreur.
3. La levée de l'ost avait coïncidé avec \c placitum générale xcnu 'à Roucy
(Aisne, arr. Laon, cant. Neuchâtel-sur-Aisne) sans doute vers mai (Chron.
Fontauell. dans Histor. de Fr., VII, 42-43). Dès le 5 juillet, le roi est en
Anjou (vov. R. Merlet, Guerres d'indépendanc,..., p. 26).
4. Les Francs occidentaux ne combattaient plus qu'à cheval depuis long-
temps. Voy. Ch. Oman, History 0/ the art of ivat (London, 1898), p. 73.
Il est intéressant de lire dans Nithard le récit des expéditions de Charles
de 840 à 843 pour s'assurer de son rovaume : ce sont, de la Meuse à la
Garonne, de la Bretagne au Rhin, des chevauchées à bride abattue du jeune
souverain suivi d'une poignée de cavaliers.
5. Gaverdoliuni où le roi donne à cette date un précepte au diacre
Anschier, moine de Saint-Aubin d'Angers, est Juvardeil (Maine-et-Loire,
VIVIEN ET LAKCHAMP 273
déterminer. L'objectif pouvait très bien être Rennes. Nominoé
avait repris cette cité au roi dès la lin de 850'. En ce cas, la
lutte se serait livrée sur un point de la ligne Juvardeil-Rennes-
dont la longueur à vol d'oiseau est approximativement de
90 kil. La bataille aurait eu lieu avant que Charles eût atteint
Rennes, et en un point situé à droite de la Vilaine, soit vers La
Guerche. Le désert de Larchamp qui est éloigné de 50 à 60
kilomètres au nord-est et à droite ne saurait convenir.
Il n'est pas plus admissible dans l'hypothèse où Charles se
serait dirigé à travers champs vers un point un peu en amont de
Redon, Langon par exemple, car, en ce cas, la bataille, livrée
près de la rive gauche de la Vilaine, ne serait pas fort éloignée
de cette dernière localité. Au siècle suivant, les landes qui
s'étendent dans cette direction serviront de champ de bataille
aux Angevins et aux Bretons. Conquereuil, où périt un duc de
Bretagne 5, est à 15 kil. au sud-est de Langon, à 30 kil. à l'est
de Redon. Larchamp à 100 ou 120 kilomètres au nord ne peut
entrer en ligne de compte.
L'identification de lencgllna avec Jengland montre que la
dernière hypothèse est la bonne, mais, on le voit, nous
arr. Segrc, caut. Châteauneut-sur-Sarthe). Le diplôme est dans les Historiens
de France, VIII, 518, no cv, et dans Bertrand de Broussillon, Cart. de Saint-
Aubin, p. 28, n° XVI.
1. R. Merlet, Guerre d'indcpendance de la Bretagne, p. 10. Remarquer, en
outre, que la campagne de 851 semble le calque de celle de 850. Le roi, parti
après le plaid général (Verberie, juin 850, Roucy, mai-juin 8)i), arrive
bientôt en Anjou. Camhriliaco où nous le montre un acte (inédit) le 25 août
(cf. p. 271, note i) fait le pendant de Juvardeil qui n'en est éloigné que de
10 kil. et où le roi parait le 16 août 851.
2. Charles a pu aussi descendre la voie romaine de Juvardeil jusqu'à
Angers et, de là, reprendre par Châtelais (cf. plus haut, p. 270, note 3) et
Visseiche, près de la Guerche, pour aller sur Rennes. Cela ne modifierait
point sensiblement notre hvpothèse.
3. Conan, comte de Rennes et duc des Bretons, y fut tué le 27 juin 992 :
« Anno DCCCCLXXXXII secundura belluni Britannorum et Andegavorum
in Concruz, ubi occisus est Conanus Britanniae consul, V kal. julii » (voy.
dans R. Merlet, Chronique de Nantes, p. 132, note 2). Onze ans auparavant,
Conan avait sur le même champ triomphé des Angevins et des Nantais (ibid.,
p. 1 19, note 1).
Remania, XXXV .o
274 F. LOT
n'avions même pas besoin de retrouver sur la carte cette loca-
lité pour écarter Larchamp.
Nous n'avions même pas besoin de connaître vers quel point
précis de la Bretagne se dirigeait le roi des Francs. Il suffisait
de savoir qu'il est en Anjou le r6 août, et qu'il est battu par les
Bretons six jours après, pour repousser absolument l'identifica-
tion de M. Suchier. Jamais un chef d'armée dans la situation
où est Charles le lé août n'aura l'idée, voulant attaquer la
Bretagne, de marcher, non vers l'ouest ou le nord-ouest,
mais directement au nord dans la direction d'une lande
perdue du Maine où ne le conduit aucune route. Chose plus
extraordinaire encore, l'adversaire partagerait la démence du
roi. Erispoë, qui voit son ennemi séjourner en Anjou un temps
fort long, six semaines pour le moins', au lieu de chercher à
protéger sa frontière, aurait l'idée folle d'envoyer ses Bretons
se concentrer dans le Maine alors que tout indique que les
Francs porteront leur effort sur la ligne Redon-Rennes. Certes,
les gens du ix^ siècle étaient de piètres stratégistes, mais il y a
à la guerre des règles tellement élémentaires qu'elles valent
pour tous les temps et tous les pays.
Le seul point de contact entre la poésie et la réalité, Lar-
champ, étant écarté, la thèse de M. Suchier s'écroule tout entière.
Je ne me sens ni le goût ni le courage de reprendre mainte-
nant un à un les rapprochement de l'auteur et de les renverser
en les touchant du doigt. J'aurais mauvaise grâce à ce jeu,
n'étant pas l'auteur de la belle identification qu'on vient de
lire — le mérite en revient à M. l'abbé Bossard- — , et ayant,
1. Voy. plus haut p. 272, note 3.
2. M. l'abbé Bossard prépare depuis plusieur-. années un Dictionnaire topo-
graphique du département d'Ille-et-Vilaitie. Consulté à ma demande par mes
élèves et amis, MM. S. Canal et A. Lesort, i! a bien voulu, par deux lettres
des 29 décembre 1905 et 6 février 1906, leur fournir des renseignements
dont j'ai tiré grand profit. Un peu hésitante tout d'abord (M. l'abbé B. subis-
sait l'influence du livre de La Borderie qui place la bataille du 22 août en
Anjou), l'opinion de notre correspondant en faveur de Jengland s'est vite
affermie. J'espère que le présent article lèvera ses dernières hésitations dans le
cas ou il lui en resterait.
VIVIEN ET LARCHAMP 275
moi aussi, péché plus d'une fois sans doute contre le bon sens
en proposant des identifications fantaisistes entre tel figurant
épique et tel personnage de l'époque carolingienne. Mais n'est-
il pas inquiétant de voir avec quelle intrépidité un homme
éminent s'est enfoncé dans l'erreur, avec quelle allégresse il a
gâché son temps et sa peine, pour arriver — triomphant — aune
conclusion absolument vaine ? Puisse cette méprise nous servir
à tous de leçon. Il est temps de mettre fin à des recherches
inspirées par les plus futiles analogies, il est temps de cesser, à
propos de fictions, d'entasser d'autres fictions.
Ferdinand Lot.
APPENDICE
VIII. — DE INTEKFECTIOXE RISWETEN ET TREDOC '
Vas electionis et doctor gentium Paulus apostolus cunctis tidelibus alloqui-
tur dicens : « omnes qui pie volunt vivere in Christo persecutionem patien-
turpropter justitiam ». Nam et ipse dominusnoster Jésus Christus in evange-
lio suis discipulis dixit : « si me persecuti sunt et vos persequentur, tamen
confîdite quia ego vici mundum ». Q.uadam itaque die, cum sanctus et vene-
rabilis vir noniine Convoion abbas, pro causa monasterii una cum venerabili
viro, nomine Lehuhemelo praeposito pergeret ad ecclesiam suam quae nun-
cupatur Bain, ibique [essent] et discussissent causas et jurgia virorum inter
seipsos et bene inter eos ordinassent, repente adfuit quidam tyrannus atque
invidus, nomine Risweten. Nam et ipse ex invidis erat qui sancti loci felicita-
tem invidebant. Cumque nimis inter se multa jurgia ille perfidus incitaret,
sancti viri dixerunt : « non est conveniens ut hodie inter nos disceptemus
sed consîituamus tempus, in quo tempore aut pacem habeamus aut scanda-
lum ». Quibus ille perfidus respondit cum jurgio et superbia : « si vobis rec-
tum videtur, reddite mihi hereditatem meam quam injuste et sine lege possi-
detis; sin autem non vultis hereditatem meam mihi reddere, saltem vel vil-
lam iliam quae dicitur Losin - mihi accomodate et equum optimum
1. Gfsta sancloium Rotoiiensiuiii ou Vita sancti Coinuoionis dans Mab'ûlon,
Acta Sanct. ord. sancti Bened., saec. IV, part. II, 198, 199; — Bibl. nat.,
Nouv. acquis. lat. 662, fol. 4.
2. Peut-être Lisitt, donné au monastère le 8 avril 858 par un certain
Rithgen. Voy. Cartul.de Redon, éd. A. de Courson, p. 357, n" X.
276 F. LOT
mihique aptum sed et loricam date. Si hacc quac dico non vultis implore
denuntio vobis quia quantum praevaluero et vobis et vestris hominibus
nocebo. » — Ad haec verba sanctus et venerabilis abbas Conwoion respon-
dit : « haec verba quae tu loqueris non possumus implcre, quia terram sancti
Salvatoris quae illi consecrata est nulli liomini debemus dare quia ad victuni
et ad vestimentum monachorum a regibus illis est data. Nam neque equum
optimum possumus invenire neque loricam, quia non est noster usus his
armis indui, sed, si tibi placct, viginti solidos ab aliisinveniemus quia nos non
habcmus. Hos ' accipe et caballum de eis enie. » Quod ita factum est. Tune
ille perfidus ad sua propria est reversus, similiter et monachi ad mouasterium
sunt reversi. Altéra vero die, ecce iterum ille tyrannus ad monasterium secun-
dum suum placitum venit repente = solidos quos spo[po]nderat venerabilis
abbas. Tune piissimus Conwoion abbas reddidit ei etiam per nummos viginti
solidos. Ille vero perfidus cum in manu eos haberet ita prophetavit dicens :
« quid mihi prodest si eos mecum abstulero? non erunt michi, in adjutorium
sed in opprobrium », et statim a sancto loco discessit. Cumque iter pergeret
ecce alius perfidus, nomine Tredoc, obviam ei advenit, cui et dixit : « unde
venis, inveterate canis ? num hereditatem nostram illis seductoribus vendi-
disti?aut quale praetium ab eis accepisti ? indica michi. Non ita erit, sed
quando tempus invenero omnes seductores illos jugulabo et cadavera eorum
in mare praecipitabo ». Ille vero respondens ait : « falsumtu loqueris, nec here-
ditatem tuam vendidi, nec precium abeisaccepi sed tantummodo sacramen-
tum atque juramentum Evangelii illis feci » — pro nihilo ille miserrimus
ducebat sacramentum sancti Evangelii — , et ita ab invicem discesserunt. His
ita gestis, parv£) intervallo facto, Karolus rex commovit universum exercitum
suum : pulabat enim quia posset totam Brittanniam armis capere et strages
et sectas hominum facere et totam provinciam in sua dominatione perdu-
cere. At ubi Erispoe, qui tune Britanniam regebat, haec omnia audivit, jussit
et ipse exercitum suum praeparari et mandavit ut omnes parati essent
et praeirent eum ultra Visnonii^ fluvium. Statim cuncti Brittones a
sedibus suis surrexerunt. Tune et illi duo perfidi Riswetenus et Tredoc
una eum eis properaverunt : putabant enim quod spolia diriperent et
arma et vestes caperent. Habueruntque hospicium in villa que vocatur lenc-
glina, prope aecclesiam sancti Pétri apostoli. Cumque ibi mansissent per très
aut quatuor dies, subito irruerunt Franci s per noctem et vastaverunt totam
villam. Quod illi audientes absconderunt se in area cujusdam pauperis sub
paleis, ibique latuerunt sicuti quondam latuerunt quinque reges in spelunca
1. Ici commence le fragment conservé dans le ms. des Nouv. acquis, lat.
662, fol. 4.
2. Sic, pour repeleiis.
3. Une main du xv^ (?) siècle a ajouté les deux lettres ci de manière à
transformer « Franci » en « Francici », les Français.
VIVIEN ET LARCHAMP 277
a facie Josuc fugientcs. Cumque vero Franci villam circumdarent, unus e
populo ait illis : « si Britones queritis, ccce latitant in palcis. » Illi vero
concito gressu ad aream pcrgunt ibique ces latitantes reperierunt, eductisque
gladiis statim ces trucidaverunt et corpora eorum in piateis projecerunt et
capita seorsum posuerunt. Tune adinipletum est quod dictum est per pro-
phetam dicentem : « qui foditfoveam proximo suo primus incidit in iilam. »
Illi namque cogitaverunt trucidare sanctos Dei monachos sed non potuerunt
[quia| Deus caeli defensor eoruni est. Per omnia benedictus Deus qui (perj-
didit inipios. Post hoc factum, nuntiatum est sanctissimo ■ viro quod decol-
lati essent illi supradicti perfidi, misitque nuntios ad perquirendos nummos
sucs. Et erat quidam vir, nomine Beatus, vir prudens et justus, in plebe quae
vocatur Poliac. Ut autem audivit quia venerabilis Conwoion requireret soli-
des suos, venit ad eum et dixit ei : « quid quaeris ? utrum reperisti nummos
tuos quos dcdisti iniquo Risweteno ? » — Ille autem respondens dixit : « non
inveni. » — Statim ille vir retulit nummos de sinu suo et reddidit reve-
rentissimo viro. Et impleta est prophetia superius perfidi, ubi ait quia « non
in adjutorium mihi sed in opprobrium sunt isti solidi », sicuti quondam Cai-
phas, pontifex Judaeorum, dixit quia expediret unum hominem mori pro
populo ne tota gens periret. Hoc autem a seipso non dixit, sed quia cum
pontifex esset, coepit prophetare de Christo, quia Jésus pro salvatione totius
mundi esset moriturus.
I. Le fragment du ms. fiait avec ce mot au bas du fol. 4 verso.
MÉLANGES
NOUVEAUX TEMOIGNAGES SUR PIERRE DE NESSON
Grâce aux deux très curieux articles de M. Ant. Thomas ', la
biographie du poète auvergnat Pierre de Nesson a fait récem-
ment un grand pas. Qui oserait dire qu'elle est, dès à présent,
complète ? Un document, dont on trouvera ci-dessous la tran-
scription, d'autres que je vais indiquer serviront peut-être à
établir que l'auteur du Lai de Guerre et des Vigiles des Morts ne
s'est pas borné, comme on le croit, à exercer l'office d'élu sur
le fait des aides au diocèse de Clermont, mais que l'attention
de Charles VII s'est fixée un moment sur lui, et qu'il a dû
faire partie d'une grande amibassade chargée par le roi de
France d'une mission singulièrement grave.
C'était en 1436. Il ne s'agissait de rien moins que de con-
jurer le schisme prêt à reparaître dans l'Église et, pour cela, de
faire entendre raison successivement aux pères du concile de Bâle
et au pape Eugène IV : aux premiers il fallait persuader que
quelques ménagements à l'égard du Saint-Siège étaient indispen-
sables ; au second, il fallait représenter la nécessité des réformes.
L'intérêt de la France n'était pas oublié dans les très longues
mstructions dictant aux ambassadeurs le langage qu'ils devaient
tenir à Bâle d'abord, ensuite à Bologne, où résidait le pape.
S'ils ne parvenaient pas à se faire écouter, ils devaient insinuer
que l'Église de France pourrait être amenée à régler sa situa-
tion elle-même, en se conformant aux principes du droit com-
I. Notes et documents inédits pour servir à la biographie de Pierre de Nesson
(Romania, XXXIII, 540-555; Nouveaux documents inédits pour servir à la bio-
graphie de Pierre de Nesson (ibid., XXXIV, 540-558).
NOUVEAUX TEMOIGNAGES SUR PIERRE DE NESSON 279
mun : on agitait ainsi d'avance le spectre de la Pragmatique
Sanction qui, deux ans plus tard, à Bourges, allait devenir une
réalité fâcheuse.
Les personnages chargés de mener à bien cette double négo-
ciation étaient surtout connus jusqu'ici par une pièce datée de
Loches, le 30 mars 1436, qu'a éditée M. J. Haller', d'après deux
manuscrits italiens. Leurs noms s'y présentent sous les formes
suivantes :
Svmon Karoli ;
Alanus de Cortua ;
Guillermus Charrecius ;
Nicolaus de Capella ;
Martinus Quostel ;
Petrus de Nespono.
Sauf le premier et le quatrième, tous ces noms sont estropiés :
il est facile de s'en rendre compte pour le second, le troisième
et le cinquième, qu'on retrouve par ailleurs. Alanus de Cortua
n'est autre qu'Alain de Coëtivi, le futur cardinal; GuiUelmus
Charrecius est Guillaume Chartier ; Martinus Quostel s'appelle,
en réalité, Questel. Pour le sixième ambassadeur, on pouvait
hésiter ; mais il existe, dans un registre des Archives nationales
(K 1711% fol. 192 r° et 198 r°), deux lettres de Charles VII
datées de Loches, le 22 et le 30 mars [1436], adressées l'une
aux ambassadeurs du roi de Castille à Bâle, l'autre au concile
lui-même; elles annoncent l'envoi de l'ambassade française et
en font exactement connaître la composition. Or, le septième
nom inscrit sur cette liste y apparaît, dans les deux textes,
sous la forme suivante : Petrus de Nessonno. Le qualificatif
in legibus licentiatus, qui est accolé au nom de ce Pierre de
Nesson, convient bien au poète, qui exerçait, on le sait, les
fonctions d'élu dans le diocèse de Clermont, et qui, ainsi que
M. Thomas l'a justement conjecturé (XXXIII, 54e), avait dû,
comme la plupart de ses compatriotes, fréquenter la Faculté des
arts de Paris et prendre ses grades en la Faculté de droit
d'Orléans.
Pierre de Nesson dut donc être désigné par le roi pour
accompagner, à Bâle et à Bologne, dans les circonstances que
I. Coiicilinin Basiliensc, t. I (Bâle, 1896, in-80), p. 402.
28o MÉLANGES
l'on sait, Jean de Norri, archevêque de Vienne, Simon Charles,
chevalier, Alain de Coëtivi, alors prévôt de l'église de Tours,
Guillaume Chartier, professeur de droit, Nicolas de la Chapelle,
doyen de Chartres, et Martin Questel, licencié en lois. Il est
nommé en dernier lieu, à la place du secrétaire qu'on adjoi-
gnait ordinairement aux grandes ambassades. Ses talents litté-
raires, non moins que son expérience du droit, l'avaient peut-
être fait choisir pour tenir la plume en cours de route. Mais
fit-il réellement ce voyage ? Je l'ignore.
L'ambassade, cependant, ne tarda pas à partir. On suit ses
traces, à Lyon, où elle s'arrêta avant le 30 avril ' ; à Bâle, où
elle séjourna au moins du 26 juin - au 30 juillet '; à Bologne,
où elle se rendit ensuite, et de nouveau à Bâle, où elle était de
retour le 22 octobre-*. A diverses reprises, il est question du
rôle joué, au cours de ces pérégrinations, par Alain de Coétivi,
par Guillaume Chartier, par Nicolas de la Chapelle, par Martin
Questel, surtout par Simon Charles, qui, en réalité, fut le chef
et le porte-parole de l'ambassade. Sur Pierre de Nesson, les
documents gardent tous le silence. Il se pourrait que, comme
l'archevêque Jean de Norri, notre poète fût demeuré en
arrière.
Je ferai remarquer pourtant que le silence des documents
n'est pas ici une preuve de l'absence de Pierre de Nesson. Son
rôle, à la suite de l'ambassade, ne pouvait être qu'effacé. D'ailleurs,
Nesson était laïque et marié : gnâce à M. Thomas (XXXIV,
542), nous connaissons les noms de ses huit enfants. Il n'eut
donc pas lieu de se faire incorporer au concile de Bâle, comme
trois de ses collègues clercs, Alain de Coëtivi, Nicolas de la
Chapelle et Guillaume Chartier 5 ; et il ne pouvait figurer,
1. J. Vaesen, Un projet de translation du concile de Bdie à Lyon en 14^6,
dans la Rev. des Ouest, bistor., t. XXX (1881), p. 563.
2. C'est à cette date, et non le i^r juin, comme on l'a dit (G. du Fresne de
Beaucourt, Hist.de Charles VU, III, 336), que Simon Charles présenta au
concile ses lettres de créance.
3. Journal de Pierre Brunet (Concil. Basil, II, 228); histoire de Jean de
Ségovie (Monumenta Concihorum generaliuni seculi XV, t. II, Vienne, 1873,
in-40, p. 893-894).
4. Journal de Pierre Brunet, p. 305.
5. //'/(/., p. 212, 320 ; Jean de Ségovie, p. 894.
NOUVEAUX TÉMOIGNAGES SUR PIERRE DE NHSSON 28 1
comme Charrier et Qiiestel, sur la liste des ambassadeurs aux-
quels Eugène IV conféra des prébendes de chanoines '.
Au surplus, si le poète auvergnat se déroba, ce que je n'ose-
rais affirmer, aux honorables et lucratives fonctions que lui
avait assignées la confiance du roi, il faudrait peut-être en
chercher la cause dans un des nombreux procès qui tinrent une
si grande place parmi ses préoccupations. M. Thomas (XXXIII,
548) a signalé un de ces procès qui était pendant au Parle-
ment à la date du 14 mars 1439. C'est peut-être le même qui
fut d'abord engagé en la sénéchaussée d'Auvergne, puis porté
devant le Parlement à la suite d'un appel de Pierre de Nesson,
et plaidé dès le 6 août 1437 : la Cour, le surlendemain, ren-
voya l'affaire, quant au fond, au sénéchal d'Auvergne. Les
lacunes que présentent la série des Matinées et celle des Après-
dinées, dans les archives du Parlement, empêchent malheureu-
sement de découvrir l'objet de ce litige ^ ; nous ne savons que
le nom de l'adversaire de Nesson : il se nommait Huguet
Regnault "'. On voit que, dès le commencement de 1437 et
peut-être l'année précédente, c'est-à-dire au moment où avait
lieu l'ambassade en Allemagne et en Italie, Pierre de Nesson
avait déjà sur les bras une affaire qui pouvait l'obliger à
demeurer dans son pa3's d'Auvergne.
N. Valois.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
1436, 30 mars. Loches. — Lettre de Charles VII au concile de
Bàle accréditant près des pères, entre autres ambassadeurs, le
licencié en droit Pierre de Nesson.
Sacrosancte synode (sic) Basiliensi in Spiritu Sancto legittime congregate,
Karolus, Dei gratia Francorum rex, salutem et que cepta sunt opéra Christi
finem inopiatos (sic) habeant et felices successus.
1. J. Haller, I, 142, note 5.
2. L'arrêt ne paraît pas avoir été enregistré ; du moins il ne figure pas
dans le registre Xi» 69 où on s'attendrait à le trouver.
3. II n'est pas douteux que l'adversaire de Pierre de Nesson doive être
identifié avec l'époux de sa nièce Jamette de Nesson, plus connu sous le nom
202 MELANGES
Cum inter res humanas atque studia nil quicquam sancius agere putemus
quam in vinea Dei Sabaotli et in christiane subsidium rcligioiiis decenter
nostros interponere favores, eapropter, ad exaltacionem fidei orthodoxe,
paccm et unitatem fidelium, ad vos et cetuni vcstrum sacerrinium nostros
ex prescnti transmittimus oratores dilectos et tidelcs consiliarios nostros
archiepiscopum Vienensem, Symonem Charles, miiitem, ac spectabiles Ala-
num de Coztvi, prepositum Turonensem, Guiliermum Quadrigarii, juris
professorem, Nicholaum de Capella, decanum Carnotensem, Martinum
Questel et Petrum de Nessonno, in legibus Hcenciatos; et postmodum etiam
profccturi (sic) ad presenciam beatissimi patris nostri Pape ; quibus, super
hiis rébus que tantum saluti et rei publiée tocius populi Dei attinent, injun-
ximus nostram piam vobis et devotam exponere mentem. Q.uaniobrem
maxime vos et majorem in modum precamur quatenus ipsis nostris ambaxia-
toribus, tum in hiis, tum in aliis omnibus que vobis nostra ex parte retule-
rint, dignam adhibere fidem velitis, et in agendis gratam ac celebrem (sic)
expedicionem conferre, ut denique, illis ad sanctissimum patrem nostrum
transeuntibus votive expeditis, ad nos, prout optamus, cum gratia reddire
possint et debeant. Magno enim hujus rei et majori quam videamur expri-
mere tenemur desiderio. Proinde, consecrata re et ipsis nostris oratoribus
decenter expeditis, non parvam nos sumus aut percepturi Icticiam aut gra-
ciam vobis habituri.
Datuni Lochiis, die .xxx*. mensis marcii.
Devotus Ecclesie filius rex Francorum Karolus.
Lecta in congregacione generahi (sic), .xxvj. » junii.
(Arch. nat., K 1711^, fol. 192 r°.)
II
1437, 8 août. — Extrait des registres du Conseil du Parkmeiît :
renvoi au sénéchal d'Auvergne d'un procès pendant entre
M" Pierre de Nesson et Hiiguet Regnault.
A conseiller sur le plaidié du .vje. jour de ce movs d'entre M^ Pierre de
Nesson, appellant du seneschal d'Auvergne ou de son lieutenant, d'une part,
et Huguet Regnault, d'autre.
Il sera dit que, l'appellacion et ce dont a esté appelle mis au néant sans
amende, la Court renvoyé les parties pardevant ledit seneschal ou son lieute-
nant au premier jour de septembre proucham venant, pour procéder sur le
principal, en Testât qu'elles estoient avant l'appoinctement dont fut appelle,
et a!er avant en oultre ainsi qu'il appartiendra, tous despens reservez en défi-
nitive.
Dit aux parties le .ix^. de ce movs, Cambray.
(Arct). uat., Xi» 1482, fol. 31 vo.)
de Merlin de Cordebeuf ; vovez la notice de M. Thomas intitulée Jatiictlc de
Nesson et Mcrtiude ConWv»/ publiée ci-dessus, spécialement p. 88.
ESPAGNOL -.tf.VCO; FRANÇAIS -APE 283
P. S. — Les lignes suivantes sont extraites d'une lettre
écrite à Charles VII, de Bâle, le 30 juillet 1436, par les ambas-
sadeurs du roi de Castille (Arch. nat., K 1711% fol. 199 r").
Elles prouvent que Pierre de Nesson ne s'est pas dérobé à la
mission que lui avait confiée le roi, et qu'il a accompagné au
moins jusqu'à Bâle, en 1436, l'ambassade composée de Simon
Charles, d'Alain de Coëtivi, de Guillaume Chartier, de Nicolas
de la Chapelle et de Mathurin Questel. — N. Valois.
Binas litteras vcstre régie Serenitatis recepimus, quarum prima de .xxiij'».
mensis marcii per egregios viros Symonem Charles, niilitem, magistrum
Alanum de Coztvi (sic), prepositum Turonensem, Guillermum Quadrigarii,
juris professorem, Nicholaum de Capella, decanum Carnotensem, Maturi-
num Questel et |Petrum de Nessonno, in legibus licenciâtes, oratores vestre
regalis Celsitudinis, secunda de .xiija. junii per venerabilem virum magis-
trum Roberturn Magistri, decanum ecclesie Bituriensis, nobis tradita est.
Quas gratanti corda vidimus, prefatosque oratores libente animo audivimus,
ac, ut exposita per eos optatum sortirentur effectum, quantum in nobis fuit,
operam dedimus.
ESPAGNOL -ANCO- FRANÇAIS -APF
I. Espagnol -aiico
A côté du suffixe italien -iîigo, -cngo, prov. -eue, on ren-
contre en espagnol le suffixe -aneo qui ne diffère du précédent
que par la nuance vocalique : esp. barraneo, m., barranea f.
« fondrière », d'où barranquera, même sens, ojanco « cyclope >',
lavanco « canard sauvage », poîranca « pouliche », paJanea
« levier «, d'où palanquero « manœuvre » et palanquin « por-
tefaix », pollan- con « gros poulet », tabanco pour tablaneo}
« petit étal », *ialan- qua d'où talanquera « barrière i\ tra-
baneo « sorte d'entrave », de traba ; catal. poUanea « peuplier
noir », favaneo « sorte de fève ». '
Diez signale bien ce suffixe (Gramm., trad. fr., II, 348,
note i), mais il n'en indique pas l'origine'. Suivant moi, on
doit voir dans -aneo, pour un plus ancien -anquo, la forme
qu'avait prise dans la langue des Ibères l'indo-européen -uqijo-
Ce suffixe est, en effet, très fréquemment employé dans l'ono-
mastique des pays primitivement occupés par des populations
de race ibérique, ainsi qu'en témoignent les exemples suivants :
284 MÉLANGES
Espagne et Portugal : Councancus, Pistelancus noms
d'hommes sur des inscriptions du ressort de Braga (C/I.., II,
2390, 2488), Turaiicus nom d'homme galicien (ibid., III, 4227),
\cjx\'7.z'., var. Aiuav-;:!. peuple de Galice (Ptol., 2, 6, 45), Arwan-
cus, Contiiciancus, Ebnvancus, P. .igancns, Caecanqus noms
ethniques sur des inscriptions des ressorts de Braga, de Clunia
ou de Carthagène (CIL., II, 2827, 3120, 2806, 2746), Cara-
vanca nom probablement ethnique sur une inscription de la
Tarraconaise {ibid., 6298) ; — Septimanca localité située sur
la route de Mérida à Saragosse, auj : Simancas, prov. de Valla-
dolid. Vieille Castille(/^. 435).
Je relève dans des documents du moyen âge : Abiancos ace.
plur., localité du diocèse d'Oviedo(a. 865)', Aviaiicos (j^j),
Aveancos (1154) localité du diocèse de Lugo-, Convianca (569)
localité située non loin d'Astorga, dans le royaume de Léon %
Bisancos et Tresancos archiprêtrés du diocèse de Saint-Jacques-
de-Compostelle't, Coianka territoire au diocèse d'Oviedo>,
Duancos (i 120) auj. Santa-Maria-Duancos, prov. de Lugo "^ ; —
Naranciis mons (Z'j'Ç), au diocèse d'Oviedo'.
Dans la nomenclature moderne, on peut citer : Abeanca et
Abeancos prov. de la Coruiîa, la Cabeanca, Cusanca, Bardancos,
Breancas, Listanco, Mayanca, Tamallancos, Taraniancos, Trasan-
cos et son diminutif TrasanqueJos en Galice ; — Cabianca,
Luanco, El Oyanco, Naranco en Asturie ; — Matanco, Mijancas,
Oyancas dans les provinces basques ; — Alesanco, LoranquiUo,
Morancas, Naranco, Pera^ancas, Taranco, Trabancos, Tudanca,
Vivanco provinces de Burgos ou de Santander, dans la Vieille-
Castille ; — Lcdanca (Guadalajara), Loranca (ibid.), Tarancon
(Cuenca) dans la Nouvelle-Castille; — Tarancon et les Vivancos
(Murcie) ; — Bichanca et las Palancas (Alicante) ; — Bur-
1. Espana Sagrada, t. XXXVII, p. 326.
2. Ibidem, t. XL, p. 560, 399 et t. XII, p. 313.
3. Ibidew, t. XL, p. 342.
4. Ibidem, t. XX, p. 75, 80 et t. XL, p. 343.
5. 'ibidem, t. XXXVII, p. 335.
6. Ibidem, t. XLI, p. 300.
7. Ibidem, t. XXXVII, p. 330.
ESPAGNOL -ANCO ; FRANÇAIS -APE iSy
r lanças (Grenade)'; — Cavanca en Portugal \ On peut
joindre à ces noms de lieux le nom d'homme Carranco.
La variante -ango est rare : Mijangos prov. de Burgos : Mi-
jancas prov. d'Alava, Caranga iprow d'Oviedo : Cfl'rawrrt prov.
d'Alava. Cette variante, ainsi qu'on l'a vu plus haut, apparaît
déjà sur quelques mss. de Ptoléméc, mais, sous cette forme, le
suffixe -anco est souvent difficile à distinguer du suffixe roman
-ango (= -anico-). C'est ce dernier qu'il faut certainement
reconnaître dans Aranga (Coruiia) et Arangas (Oviedo) en
regard A'Aranega (Almeria).
On a remarqué que plusieurs des noms qui viennent d'être
cités ont des correspondants italiens en -ingo, -engo : Malanco :
Malingo (1029) au district de Suse, Morancas : Moreiigo, Merlan-
ga : Bcrlingo, etc.
Languedoc, Cerdagne et Roussillon. On sait que ces con-
trées étaient encore occupées, au iir' siècle avant notre ère, par
des populations ibériques qui avaient survécu à la conquête
ligure, comme elles survécurent à la conquête celtique'. Moins
fréquentes qu'en Espagne, les formations en -anco n'y sont
cependant pas rares : Bragaranca était au xi^ siècle le nom du
Rieutort, ruisseau de l'arrondissement de Lodève, Hérault-^;
Lissanca est le nom de la source qui fournit Cette d'eau potable^ ;
Bisancas était une villa de l'ancien comté de Substantion, au
diocèse de Montpellier*^ ; cette ville est mentionnée dans un
acte du commencement du xi" siècle, c'est aujourd'hui
Biranques, ham. de N.-D. de Londres, Hérault, et. Bisancos
nom d'un archiprêtré du diocèse de Saint-Jacques-de-Compos-
telle. Le petit affluent de l'Hérault qui se nomme aujourd'hui
Againas (== -aùs) par suite d'un changement de suffixe, s'appe-
1. Dicciouario geogrdfico postal de Espana publicado por la direccion gêne-
rai decorreos y telegrafos, Madrid, 1880.
2. Dicciouario chorognxfico de Portugal, Lisboa, 1893.
5. Voy. D'Arbois de Jubain ville, Les premiers habitants de l'Europe, t. I,
p. 38 sq.
4. P. Alaus, l'abbé Cassan et E. Meynial, Cartulaire de Gellone, n» 253 :
« usque in fluvium qui vocatur Riutort vel Bragaranca. u
5. E. Thomas, Dictionnaire topographiqiw du département de F Hérault, p. 96.
6. Cartulaire de Gellone, n° 70.
286 MÉLANGES
lait au moyen âge Againancus\ Citons encore : Bragahnca
(i loo) probablement pour *Bracalanca, auj, Saint-Julien-de-Bra-
galanque, Hérault-, Mellanca (xi" siècle), ancien château fort
de la viguerie de Saint-Étienne-du-Valdonnez, Lozère', du
thème hydronymique Mella- qui a servi à désigner une rivière
delà Gaule Cisalpine (Catulle. 67, 33), Sinanqua (1229), auj.
Senanque, Vaucluse^.
Corse. Nous savons par Scnèque que les Ibères ont occupé la
Corse > ; nous ne nous étonnerons donc pas de trouver dans cette
île une localité du nom de Calanca ; conformément â un pro-
cédé toponomastique extrêmement répandu chez les Ibères et les
Ligures, ce nom de Calanca dérive du thème hydronymique Cala-
qu'on retrouve notamment dans Calù (908), le Chalon, torrent
de la Drôme, et dans Calona (vii^ siècle), nom d'une rivière du
département de l'Ain.
Le suffixe -anco- apparaît sporadiquement dans un certain
nombre de vocables onomastiques qui jalonnent, pour ainsi
parler, la longue route suivie par les Ibères dans leur marche
de l'Orienta l'Occident^. Voici les noms dus à ce mode de
formation qui sont venus jusqu'à nous : K3.p\x]oui-{/.x: (Ptol. 2,
13, i), chaîne de montagnes d'IUyrie ' (Die Karaivanken) en
regard de Caravanca nom ethnique de Galice, Baranca col de la
province de Novare, Aranco, Bognaiico, Rnniianca, Schieranco
prov. de Novare, Altanca, Pa:;^~oranco dans le Ttsûn^Almancus
1. E. Thomas, 0/). cit., p. 86: « Molendinum de Agamanco (1515) » et
« ri vus de Agamanco (i 528) ».
2. Cartulaire lie Gellone, n° 300, et E. Thomas, op. cit., p. 185.
5. Cartulaire de Gellone, n° 105.
4. B. Guérard, Cartulaire de Saiiil- Victor de Marseille, n" 909.
5. Sénèque, Coiisol. ad Helviatii, 8, 2 ; cf. K. Mùllenhoff, Deutsche
Alltrtumshmde, t. III, p. 173, et D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. I,
p. 68.
6. Comme bien on pense, ces noms en -anco- ne sont pas les seuls témoins
que l'on puisse invoquer en faveur de l'origine orientale des Ibères ; sans par-
ler des auteurs anciens qui l'affirment, on peut alléguer les nombreux noms
géographiques qui attestent le passage de populations ibériques à travers
l'Asie Mineure, la Thrace, l'Illyrie, l'Italie et la Gaule.
7. Ce nom ne peut pas être illyrien, les Illyriens comme les Grecs et les
Gaulois rendant par p la vélaire sourde labialisante.
ESPAGNOL -ASCO : FRANÇAIS -APE iSj
ancienne ville de Ligurie qui était redevable de son nom au
fleuve Aima ', Miisanca, nom d'homme, qui se lit dans un acte
du XI' siècle passé dans les limites du département du Var-,
Pernancns (1327) Parnans et Aulancns (1386) Aulan', dépar-
tement de la Drôme, Calanca Chalanclie, Basses-Alpes, en
regard de Calanca, Corse '.
Les formations espagnoles en -anco, comme les formations
provençales en -enc, nous apportent une preuve nouvelle d'un
phénomène linguistique bien connu : la survivance des suffixes
aux langues depuis longtemps éteintes d'où ils sont sortis.
II. Français -ape
Pour terminer l'étude du suffixe indo-européen -nquo- dans
l'onomastique romane, il me reste à parler du suffixe -apo- qui
en est le correspondant gaulois. Ce rattachement de -apo- à
-i}quo- se fonde sur trois raisons également décisives : la pre-
mière qui est d'ordre général, c'est que les suffixes avec un p
primitif sont absolument inconnus des langues indo-euro-
péennes'; la seconde, c'est que ces suffixes, existeraient-ils dans
les autres langues indo-européennes, ils ne pourraient pas se
rencontrer en gaulois, par la raison que les Gaulois avaient
perdu la faculté de prononcer le/> primitif^; la troisième enfin,
c'est que les Gaulois comme les Grecs, les Osco-Ombriens
et les lUyriens rendaient par ^ la vélaire sourde labialisante '.
1. lA., p. 500, et Holder, Alt-celtischer Sprachschati, t. I, p. 217.
2. Cartiilaire de Saint-Victor, n° 542.
3. Brun-Durand, Dictionnnaire topograpJiique du département de la Drôme,
p. 255, 13 et 3)6. Pernanti, gén. cité d'après un acte de 1080, est évidemment
une mauvaise lecture pour Pernaiici.
4. Le vénète avait conservé les vélaires labialisantes : Piquentum, Liquentia,
et il rendait Yn voyelle pai an : Voltan-is gén., aussi retrouve-t-on le suflfixe
-anco- (^ *??'.«>) en Vénétie : Fiinancus nom d'homme de Vérone (CIL., V,
3664), Moi^iancus nom d'homme du Frioul (ibid., 1789), Frisanco localité de
la province d'Udine.
5. Brugmann, Gruudriss, t. II.
6. D'Arbois de Jubainville, Etudes grammaticales sur les langues celtiques,
p. 83* et suiv. ; Brugmann, Grundriss, V, 517.
7. D"Arbois de Jubainville, loc. cit., p. 83* et suiv. ; Brugmann, P, 605.
288 MÉLANGES
Notons que sur les inscriptions le redoublement du p de -apo-
n'est pas rare et que c'est là précisément ce qui explique le
maintien de cette consonne en roman avec sa valeur primitive.
Pour ce qui est de la disparition de la nasale vélaire dans -apo-
ou si Ton veut, de la représentation de ;/ par a, elle n'est pas
spéciale au gaulois ; on la constate également en sanscrit, en
grec et en illyrien '. Ceci dit, voici quelques exemples de
l'emploi du suffixe -apo-, var, -appo-, dans l'onomastique gallo-
romaine.
Noms de personnes : Acapa nom d'homme sur une poterie
trouvée en Grande-Bretagne (CIL-, VII, 1336, 7), en regard du
nom d'homme aquitain Acinco-vtpiis (Holder, s. v.), Ganap-ôn
(Holder, s. v.), Giappa {CIL., XIII, 5774), Sacrapus et son
dérivé Sacrap-ôn (Holder, s. v.), Sacirap-ôn (Holder, s. v.),
Lucap-etus sur une inscription de Milan (CIL., V, 5830),
Eniapas dans un texte du moyen âge ^.
Noms de lieux : Arelapa (Ptol. 2, 13, 3), var. Arlapa
(lA., 234), ville du Norique', en regard à' AreJincus ^u). Pes-
chiera ; Cornappo, prov. d'Udine, si toutefois ce nom n'est pas
d'origine illyrienne; Andrapa ville de Galatie (I. Hieros. 576);
* Canappiis d'où Kanapi villa auj. Canappeville, Eure ^; Canap-
ville Orne et Calvados»; Canaples *Canapulas (?) Somme,
cf. Canens (= Caninciis), Haute-Garonne et Chaneins, Ain;
Gammappus, Jemmapes, Belgique, du nom d'homme gaulois
Gammus, Ganappus; Genappe même pays; * Lnlappits Lou-
lappes Eure-et-Loire ^ en regard de Loulans (= Lnlincus);
Haute-Saône ; Nuapa ancienne villa du Limousin '.
1. F. de Saussure, Mémoire sur Je sxslàiie primitif des voyelles dans les
langues indo-européennes, p. 19 et suiv. ; Brugmann, I - 392 et suiv. Ce dernier
auteur explique par n les génitifs gaulois en -«jr des thèmes consonnantiques,
tels que Segonion-as, Suession-as (t. II, § 234). Il faut noter d'ailleurs que
dans -apo- Vu était bref : Mevoc-'.ci-. (Strab.), Ménàpl (Mart.).
2. Vâhbé ChsvâViQr, Cartulaire de Saint-Bernard, n° 45.
3. Arelapa paraît avoir été située sur VArelapus, auj. l'Erlat ; cf. Oesterley,
loc. cit., p. 167.
4. De Blosseville, Dict.du dép. de Y Eure, p. 45.
5. C. Hippeau, D/c/. du dép. du Cahhtdos, p. 57.
6. L. Merlet, Dict. du dép. d'Eure-et-Loir, p. 105.
7. Pardessus, Diplont.,x. I, n° 177 (an. 570).
ESPAGNOL .ANCO; FRANÇAIS .APE 289
Comme exemple de l'emploi de notre suffixe dans le lexique
gaulois, on doit peut-être citer *can-npo-s « coupe » qui
expliquerait le v. h. a. hnapf' pour un plus ancien *hanapf,
lequel se retrouve dans l'ital. anappo, le prov. ciiap et le franc.
haiiap-. Cette forme hnapf se dénonce d'elle-même, en germa-
nique, comme un mot d'emprunt, et de foit les étymolo-
gistes allemands se déclarent impuissants à l'expliquer par le
germanique. On ne peut pas songer, en effet, à y voir le v. h. a.
kanna « pot, pinte^ », puisque le k initial qui tient lieu d'un
g palatal indo-européen', n'aurait eu aucune raison pour se
changer en h et que d'un autre côté, le pf final représente bien
évidemment un/) d'origine étrangère, cf. pflan~e= lat. planta;
on peut rappeler aussi qu'il n'y avait pas de suffixe indo-euro-
péen avec p et que s'il y en avait eu, ce p primitif aurait été
rendu en germanique par /". Ainsi, aucun doute n'est possible :
hanapfesl en germanique un mot d'emprunt. La question qui
se pose est donc celle de savoir à quelle langue ce mot a été em-
prunté. Ce ne peut pas être au latin canna « roseau », d'abord
parce que le sens ne convient pas, ensuite parce qu'à l'époque
des emprunts du germanique au latin, les Germains avaient
recouvré la faculté de prononcer la palatale sourde initiale :
V. h. a. d'emprunt kirsa (= *kirissa) du lat. *ccresea, var. de
cerasea, en regard du got. hnnds : gr. y.J(ov, et enfin parce qu'il
n'existait pas en latin de suffixe avec p.
Que si nous voyons, au contraire, dans baiulpf un mot em-
prunté au gaulois, toutes ces difficultés disparaissent : en premier
lieu, le suffixe gaulois -apo- explique à merveille le suffixe -apf-
qui est dans hanapf ; en second lieu, rien ne nous empêche de
faire remonter l'emprunt germanique à une date éloignée, les
Germains ayant vécu pendant plusieurs siècles mêlés aux
1. Il n'est pas besoin de dire que la forme h)iapp que donne Kôrting
n'existe pas en germanique. Le germanique ne connaît que hnapf, plur.
napphii, napjd, uaphd;c(. O. Schade, Altdeutsches Wôrterbuch, t. I, p. 409. Le
ph germanique a naturellement été rendu par p en bas-latin.
2. Si toutefois, ainsi que le pense Kluge, ce mot est bien d'origine germa-
nique, ce qui ne nous parait pas absolument certain.
5. Sur l'étymologie de rallem. Kdiine, voy. F. Kluge, Elyiiiol. JVorterh.
âer tieiitschen Sprache, s. v.
Romania, XXXV IQ
290 MÉLANGES
Gaulois, à l'orient du Rhin' ; en troisième lieu, nous trouvons
dans le latin vulgaire de la Gaule Celtique un mot canna qui
avait le sens de vase et qu'on a rapproché du grec y.xv-Oapo-ç
« coupe » -. Si cette explication est exacte, hanapf serait l'adap-
tation germanique du v. gaul. *canapos qui nous aurait été rendu
sous son accoutrement germanique, comme tant d'autres noms
d'origine latine qui nous sont revenus après avoir fait l'école
buissonnière de l'autre côté du Rhin.
Le suffixe gaulois, -apo-, a été souvent développé au moyen du
suffixe -io-, d'où le suffixe -apio-, var. -appio- : Mcnapii, peuple
de la Gaule Belgique, pays où les formations toponomastiques
en -apù- sont relativement fréquentes, Serapias nom d'homme,
d'où le nom de lieu Serapi-aco-s Strépy dans le Hainaut Belge,
et Strivy, prov. de Liège, Miunapins nom d'homme {CIL., III,
5997)5 Galapiiis nom d'homme dans un texte du moyen
âge'.
En roman, ce suftîxe -apio- a été traité de deux façons diffé-
rentes : 1'/ s'est maintenu à la posttonique : Gamapius Gamaches
Eure+, Gamapius, la Garnache, Vendée (Hold. s. v.), ou
bien il a été attiré dans la syllabe accentuée : Varappius,
Varêpe pour*Varaipe, c"^ de Grosiée, Ain, Forapiiis, var. Vorap-
pius Voreppe, Isère 5, cf. Voreppe, Drôme qu'en l'absence
de formes anciennes, on pourrait aussi, il est vrai, rattacher à
-eppo-, forme normale du suffixe avec qij. Le gaulois nous pré-
sente, en effet, pour ce suffixe, toute la gamme des couleurs
vocaliques : .-epo- (= *-eqijo-) : Dorepiis nom d'homme (CIL.,
XIII, 5761), Eugepius nom d'homme, Caleppio localité de la
province de Milan ; upo- var. d'-opo- (= -ôqijo-), cf. Tibère
1. Sur les relations entre les Celtes et les Germains antérieurement au
ni<= siècle avant notre ère, ainsi que sur l'hégémonie celtique et le vocabulaire
celto-germain, voy. la remarquable étude publiée par M. D'Arbois de Jubain-
ville au t. II, p. 323 sq. des Premiers habilants de l'Europe.
2. Vilu Radegundis i, 19, 44, citée par Holder, hc. cit., s. v. canna. C'est de
ce canna que dérive le franc, cannelle « pot à bière ».
3. Pardessus, Diplom., 1. 1, n"254 (^n- 631).
4. DeBlosseville, loc. cil., p. 94 ; D'Achéry, Spicileginm, t. II, p. 86 ; Pertz,
Diplom., p. 109 (an. 751).
5. J. Marion, Carlulaires de V Église de Grenoble, p. 288, 298.
LES NOMS SARDES DU MOUFLON 29 1
Turoqiia (JA., ^T,o): Calupa, Tfl!////^/)^, noms d'hommes", Mar-
supia (jo^f), ruisseau de la Meuse, auj. Marsoupe ^, Anipium nom
d'une ville de Lihurnie qui est peut-être d'origine illyrienne,
mais qui est intéressant à citer à cause de son adaptation latine
Arnicia. var. Anicia % adaptation qui prouve jusqu'à l'évidence
que c'est bien à des primitifs avec qu qu'on doit rattacher les
suffixes gaulois avec p.
En résumé, il y avait en indo-européen un suffixe -nquo-
qui a été rendu en ligure par -enqiio-, en ibère par -anqiio- et en
gaulois par -npo-, var. -appo- ; ces différents suffixes ont été
latinisés respectivement en -inco-, ingo- ; -anco-, -ango- ; -apo-,
-appo-, et ce sont ces formes latinisées qui expliquent l'italien -/«fo,
-ingo, -cngo, le provençal -enc, l'espagnol -anco, -ango et le fran-
çais -apc, -appc. Quant au suffixe germanique -inga- var. à'-unga-
qui représente le même type indo-européen, la dérivation
romane n'en a pas fait usage, mais il apparaît dans un certain
nombre de noms" empruntés par le roman au germanique, et
notamment dans les noms de lieux en -ange du nord-est de la
France.
E. Philipon.
LES NOMS SARDES DU MOUFLON
Le Dictionnaire général de la langue française (Hatzfeld-
Darmesteter-Thomas) fait la remarque suivante à l'art, mou-
flon : « Paraît emprunté du dialecte de la Sardaigne : cf. l'ital.
inofola dans Oudin et i'anc. franc, muifle, nmifleron dans Cot-
grave ». Cette remarque m'a engagé à étudier de près les noms
que porte actuellement le mouflon en Sardaigne, où Strabon
signale déjà la présence de cet animal qu'il appelle ;j.;jc7;;.(i)v et
que Pline appelle comme luimusmo ou musimo.
Spano et Porru donnent comme nom du mouflon temelle :
niitrva; comme nom du mouflon mâle : niurvoni, tnurone.
Nous avons donc d'une part le campidanien niurvoni, de
1. CIL. XIII, 752, 6028, 6116, looio. 1871 ; V, 5555 ; — III, 5061
Grégoire de Tours, Hist. Fr., 5, 9, et Vitx patnim, en.
2. F. Liénard, Dict. dtidép. de la Meuse, p. 142.]
5. Ptolémée, édition Mùller, t. I, p. 213, n. i.
292 MELANGES
l'autre le logudorien muronc : ces deux formes remontent à un
type commun, à savoir *mufrone, dans lequel il est difficile
de ne .pas voir le mufron signalé par M. Thomas dans le
Laterciihis de Polemius Silvius'.
I. En campidanien .*mu tronc a passé régulièrement à
niiivroni, car dans ce dialecte / + '' et /^ -\- >' sont traités
comme /et b en position initiale après une voyelle finale du
mot précédent : fraxi < lat. falcem se prononce vragi dans
sa vragi (écrit sa fraxi); ci. su yragu, où yragu, est le subst.
verbal du lat. fragrare. Ce son y est intermédiaire entre / et
V, de même qu'il existe un son b intermédiaire entre b et v,
par exemple dans sa bracca, en italien la barca, ou dans sa
braba, en italien Ja barba. Les sons ^ et ^ sont fort difficiles
à distinguer l'un de l'autre, et quand une métathèse se
produit, ils passent à v : c'est ainsi que plusieurs dialectes
méridionaux disent layra « lèvre », tandis qu'à Cagliari
même on prononce larva. La substitution de murvoni à *muyroni
est donc parfaitement acceptable, d'autant plus que la méta-
thèse est pour ainsi dire de règle en campidanien : cf. arbili
<C lat. aprilem et manorva < lat. *manopera auxquels
on peut ajouter de nombreux exemples analogues donnés par
M. Hofmann, Die logudor. und campid. Mundart, p. 116.
2. Pour expliquer la forme logudorienne murone, il est éga-
lement légitime de supposer une étape muyrone. En effet dans
la combinaison yr intervocalique le v tombe régulièrement en
logudorien : on a lara (pour *layra) •< lat. labra; colora,
coloru (pour *-yra^ *yrii) <C lat. vulg. *colobra, *colobrum.
A ces deux exemples donnés par MM. Hofmann^ et Campus',
on peut ajouter : logud. calarighe « aubépine » <C lat. calabri-
cem,àcôté du campid. calarvigtt^ ; logud. chiliru «crible »
«< lat. *cilibrum pour cribrum, à côté de cilivru (Lanusei,
Seui) et de ciuliru (Cagliari) K Le même phénomène se mani-
feste dans la prononciation vulgaire des villages pour le groupe
1. Voy. ci-dessus, p. 183.
2. Op. laud., p. 1 14.
3. Fonetica del (liai. Logudorese (Turin, 1901), p. 56.
4. Cf. ma note à ce sujet dans VArch. storico sardo, I, 145,
5. Cf. Candrea-Hecht dans Romania, XXXI, 305.
LE PLUS AN'CIEN EXEMPLE DU ERANÇ. ARRIER 293
initial br- précédé d'un mot qui se termine par une voyelle;
ainsi on dit sa rnha pour sa braha, en italien la barba.
Si l'italien usuel dit iiiufione, Petrôcchi enregistre cependant
les formes concurrentes mnjfolo et iiiiifrone, et il signale mufo
au xv<^ siècle chez Luca Pulci (Cirijfo Calvaneo, II, 44) et chez
son frère Luigi (Morgante, XIV, 80).
J'ajouterai, à titre de curiosité, que dans la description de la
Sardaigne de Sigismond Arquer, qui ligure, traduite en alle-
mand, dans la Cosmographie de Sébastien Munster, le mouflon
est appelé iniiefltier : ce nom est vraisemblablement contaminé
par wnfel « museau » ou par jiniffeln « puer ».
Max Léopold Wagner
LE PLUS ANCIEN EXEMPLE DU FRANC. ABRIER
Dans son article intitulé : Glosscs et glossaires hébreux-français
du moyen àgc ', A. Darmesteter constate d'une façon générale le
peu d'attention donné par les savants de la Renaissance aux lea-
zim ^ de Raschi. Il est donc intéressant de signaler ceux dont
on a fait mention à cette époque '.
A l'article abri de ses Origim's de la langue françoise (1650),
Ménage, citant Pierre Pithou, écrit ceci : « Et Pierre Pithou
en son traitté des Comtes de Champagne où après auoir dit
que la Brie a esté ainsi appellée du mot abri, qui signifie couuert,
il adjouste ^ : (ce) qui me fait émerueiller de ceux qui faisant
profession de la pureté de nostre langue, interprètent abri.
1. Roinania, I, 155; réimprimé dans Reliques scientifiques, l, 172.
2. Si l'on emploie ce mot si commode pour désigner les glosses en ques-
tion, il vaut mieux lui faire suivre les règles de la déclinaison hébraïque,
c'est-à-dire employer loai au singulier et leaiiin au pluriel ;"îy'l,D'~îr'?|.
3. [Biaise de Vigenere, dans les annotations jointes à sa traduction des
Tableaux de Philostrate, a eu aussi occasion de citer « Rabbi Salomoch » ;
voy. l'article es.viail du Dict. étyniol. de Ménage. — Réd.']
4. Ménage ne cite pas très exactement, comme je m'en suis rendu compte en
conférant l'édition originale : Le /er livre des mémoires des comtes héréditaires
de Champagne et de Brie par M. Pithou, Advocat en la cour de Parlement,
A Paris, de l'imprimerie de Robert Estienne, 1572. Je mets entre parenthèse
ce qu'il a ajouté et je place entre crochets ce qu'il a omis.
294 MELANGES
car ainsi rescriucnt-ils, lien décounert ci expose au soleil, dédui-
sans ce mot du latin aprictini : vcu mesmc que Solomocii, ancien
Rabi, et comme aucuns pensent Champenois, qui s'ayde bien
souuent des mots de ceux [des François] entre lesquels il a
vescu, vse de cettuy-cy en la première signification que nous
auons dite, exprimant au IIP chapitre de loël ce que les autres
ont tourné operimentum par le mot d'abri, qu'encor en tout
euenement ie dcduirois plustost de arbre[ou abre] selon nostre
pronontiation. »
Ménage a ajouté plus tard, dans son Dict. étymologique : « Je
remarquerai icv en passant qu'il y a dans Solomoch abriel
Or dans l'édition princeps du Commentaire de Raschi, Venise,
1525, nous trouvons "'"'\xn2X, qu'on pourrait lire abrieil ou
abriail. Mais ni la forme donnée par Pithou, ni celle rectifiée
par Ménage, ni celle de l'édition princeps ne correspondent à
la leçon du plus ancien manuscrit de Raschi que renferme le
British Muséum. Le ms. Harleyen 150 (daté de 1257)^ donne
abriér "i\s"'l-x. C'est cette leçon qui doit être la bonne, abri ne
se trouvant pas dans Raschi qui donne comme substantif la
seule forme abriement pour traduire le mot ""''.ï « mon rocher »
(II Samuel, XXII, 3).
Outre l'intérêt présenté par la place où se trouve la mention
de ce loaz, il est encore curieux à deux points de vue. D'abord
il tendrait à faire rejeter l'opinion de M. Bugge qui admet
comme sens primitif du mot a/r/Vr celui de « réchauffer, garantir
du froid » (Romania, IV, 348), les mots hébreux que Raschi
traduit par abriér et abriement n'ayant aucunement ce sens
ou un sens analogue. En second lieu il fournit contre l'hypo-
thèse de Gaston Paris (^Romania, XXVIII, 434) qui y voit un
1. C'est ce qu'on lit dans l'édition de 1694; dans celle de 1750 il v a
ahrial. Comme dans les éditions imprimées du commentaire de Raschi, dont
Ménage a pu se servir, il n'y a pas de points-N'Oj'elles, les deux lectures sont
possibles. Mais il est probable qu'il y a, comme c'est souvent le cas, une
confusion de 1 et de 1 dans l'édition princeps et que abriér est la leçon à
adopter.
2. Sur ce ms. vov. Darmesteter, Rapport sur une mission en Am^teterre
(Archives des missions scientifiques et littéraires, 1871), réimprimé dans les
Retiques scientifiques, I, 115.
FRANC. DIALECTAL TP.CUER. TI-QUER 295
mot méridional ayant passe dans la France occidentale une
objection sérieuse. Cette objection devient encore plus forte si
l'on ajoute que le Glossaire hébreu-français publié par Ma3'er
Lambert et par moi, et qui est certainement dû à un auteur
de la France orientale, donne plusieurs exemples de ces
mots : quelques formes du verbe abrier, et le substantif abrià-
tnoiit '. Cependant je n'insisterai pas trop sur ce dernier point;
le compilateur a en effet pu tirer ces mots de Raschi^, et ses
leazim proviennent de plusieurs sources appartenant à des
dialectes différents.
Je remarquerai en dernier lieu que les mots / ahriamont du
Gloss.iire hébreu-français, 104, 86 traduisent l'hébreu noncSl
« et rt reluge ». Les mots suivants / a rekutemont ' traduisent
■nnozSi « et à protection ». Dans les deux cas S est traduit
par à. Il semble donc qu'on devrait couper le mot abriâvuviî
ainsi : a briàmont. Ce serait un autre exemple à invoquer en
faveur d'un thème bri- dont le mot dcsbrier postule l'existence».
Toutefois on peut et on doit remarquer que le scribe peut
avoir oublié un a et que la leçon originale a pu être : a
abriàmout \
Louis Brandin.
FRANC. DIALECTAL TÉGUER, TÈOUER
Dans VHistoire de GuiUauine le Maréchal le verbe tess'ier se
présente deux fois. A sa compagnie, qu'il a menée en recon-
naissance, et qui lui propose de fondre sur les coureurs enne-
mis, Guillaume le Maréchal répond :
Bien tost tcsgereieiit les flans
A nos chevals, se issi ert fait,
Einz que venisson a recet (v. 8472-4).
1. L'J indique probablement le son e.
2. Abriàiiiont correspond à la forme ahriewent citée plus haut : sur -mont
au lieu de -ment, voir Glossaire, Introduction, p. xi.
3. Mot que je n'ai trouvé que dans notre glossaire.
4. Cf. G. Paris, Roniania, XXVIII, 435.
5. D'après M. Israël Lévy, qui possède les notes manuscrites de Darmes-
teter sur les leazim de Rasclii, on trouve dans les Psaumes, 102, 18 la forme
ahrèment ; cette forme appelle évidemment une correction.
2^6 MÉLANGES
Dans l'autre passage, notre verbe a aussi pour sujet le sub-
stantif _//rt«^ :
Mais molt li tesi^assent ses flans (v. 3978).
Le vocabulaire qui est dans l'édition de M. Paul Meyer dit
que ce mot « n'est signalé nulle part ». Il est vrai qu'il manque
à Godefroy, mais il est relevé dans les glossaires du Roman de
la Rose. Méon, se fondant sur l'habitude de nos vieux auteurs
d'accumuler les synonymes, a interprété « abattu, fatigué »,
parce qu'il trouvait, dans les deux exemples, tagans ou tesgans
associé avec las. Le glossaire de l'édition Jannet traduit :
« haletant, oppressé, toussant », se rapprochant ainsi de ce
que nous croyons être la vérité beaucoup plus que le vocabu-
laire de Guillaume le Maréchal, où on lit que le verbe « paraît
signifier être endolori comme les flancs d'un cheval qui a trop
couru ».
Voici, en effet, quelle est, sur le sens de ce mot, la déposi-
tion des patois actuels. En Normandie, on a téquer « tousser »
(voy. A. Romdahl, Patois du Val de Saire, où le mot est figuré
phonétiquement : Icqiiic). En Picardie, et particulièrement dans
le Boulonnais, téguer signifie « geindre, faire effort, avec des
hoquets dans la respiration », d'après le chanoine Haigneré
{Le Patois boulonnais, vocabulaire^ qui, assez inexplicablement,
écrit taiguer et commet l'omission regrettable de ne pas men-
tionner l'expression courante « téguer comme un vieux baudet ».
Il est donc naturel de mettre à côté des chevaux aux « flans tes-
gans » de V Histoire de Guillaume le Maréchal les chiens du Roman
de la Rose
qui las de corre furent
Tesgans ou ru du vivier burent (15890, Méon).
Au dernier moment, je relève le participe tesgant dans VArt
de chevalerie de Végèce traduit par ]Q\n de Meun, édit.
U. Robert, p. 105 : « Cis qui vient las et tesgans a la bataille,
que puet il faire ? »
La présence de tesguer dans des textes du xiii^ siècle détruit
la conjecture de l'éd. Jannet qui tire tesguer de tac , maladie
qui sévit à Paris en 14 14.
J. DEROCaUIGNY.
FRANC. DIALECTAL TÉGUER, TÊQUFR 2^J
NOTE COMPLÉMENTAIRE
Le verbe sur lequel M. Derocquigny vient d'attirer l'atten-
tion est plus répandu dans les patois français que sa notice pour-
rait porter à le croire. On le trouve en effet, soit sous la
forme simple, soit sous des formes fréquentatives, en -asser,
-eler, oter, en dehors de la Normandie et de la Picardie, dans
les départements suivants : Pas-de- Calais, Nord, Loir-et-Cher,
Mayenne, Sarthe, Ille-et-Vilaine. Voici quelques extraits desti-
nés à le fliire voir et aussi à montrer le développement séman-
tique dont ce verbe est susceptible :
Robin, Le Prévost, Passyet de Blosseville, Dict. du patois normainl de V Etire,
p. 578 : « TEiGLER, TEiCLER, pour TOUSSER. Nc se dit quc des animaux et
s'applique surtout à la toux du cheval ».
Corblet, Gloss.ctyiiiol. du patois picard, p. 570 : « Teguer. Faire des efforts.
— Ne pas trouver aisément ce qu'on veut dire. — S'arrêter en parlant,
bégayer. — Balancer sur le parti qu'on doit prendre ».
Edmont, Lexique Saiut-Folois, p. 525-6 : « TÉGUER (noté tége). Laisser
échapper involontairement une sorte de gémissement, en maniant des choses
lourdes, en se baissant pour ramasser quelque chose, en faisant des efforts
pour pousser une selle lorsqu'on est constipé, etc. — Manifester sa mauvaise
hume-jr par un gémissement de regret, d'impatience, etc. — Par extension,
parler avec difficulté, trouver malaisément ce qu'on veut dire ».
Hécart, Dict. rouchi-frauçais, p. 448 et 458 : « téguer, téq,uer. Onoma-
topée qui exprime les efforts qu'on fait pour pousser une selle lorsqu'on est
constipé [et les] efforts qu'on fait en se baissant pour ramasser quelque chose,
ce qui oblige à rendre un son qui sort péniblement de la poitrine. — Parler
difficilement, avec hésitation. — Se dit aussi des animaux qui sont essoufflés
et qui respirent d'une manière pénible».
Vermesse, Dict. du patois de la Flandre française ou u'alloiinc, p. 479 :
« Téguer. Laisser échapper de l'air du gosier par de petites explosions fré-
quentes. — Parler difficilement, avec hésitation. — Se dit aussi en parlant
des animaux dont la respiration éprouve de l'embarras ».
Marteilliére, Glossaire du Vendôinois, p. 303 : « Teigler. Tousser fort et
souvent ».
Dottin, Glossaire du patois du Bas-Maine, p. 493 : « Teugasser (noté
tœgase), tousser, à Château-Gontier. — Teuguer (noté tœge), tousser, à
Montflours. — Teugoter (noté tœgote), tousser souvent. — TeuVer (noté
tœye), tousser. — Teungukr (noté tàge), tousser ».
298 MÉLANGES
Qe de Montesson, l'odibnl. du Wi/»/-.V/(7/;/(', 5'-c'dit.,p. 506 : « Teuili.f.u',
tousser avec force et sans cesse » .
Dottin et Langouct, Glossaire du parler de Plechdlel, p. 169 : v< TiiGUER
(noté tè^e), tousser à plusieurs reprises ».
C'est à La Curne de Saintc-Palaye que revient en définitive
le mérite d'avoir rapproché le participe présent du Roman de la
Rose, qu'il traduit justement par « qui respire avec difficulté »,
du verbe « teguer en Picard ». Il semble d'ailleurs ne l'avoir
pas pris directement dans le poème de Jean de Meun, mais dans
le Trésor de Pierre Borel, où le vers 14895 est cité de la même
façon inexacte :
Vers lui s'en vint lasse et iaygans ^
Quelle est l'étymologie de léguer, téquer? L'idée qu'a eue
Hécart de voir là une onomatopée n'est pas soutenable, bien
qu'elle ait souri aux auteurs du Dicl. du patois normand de
l'Eure. M. Joret, qui a signalé dans le Bessin téquier et la forme
fréquentative tégler (avec / mouillée), voit dans notre mot un
type latin *tussicare; son opinion est reproduite par
Jean Fleury, Essai sur le patois normand de la Hague, p. 304
Qêguiei). Il est certain que l'hésitation du normand et du picard
entre la désinence -quer et la désinence -guer parle en faveur
du suffixe latin- i car e; mais tûssis ne convient pas au thème.
La véritable étymologie me semble avoir son point de départ
dans le latin phthïsicus, transcription du grec sO-.aty.ôç : léguer
ou téquer, c'est proprement « haleter, tousser comme un phti-
sique^ ». De phthisis Apollinaris Sidonius a tiré le participe
1. Le Oe de Montesson emprunte teuiller aux notes manuscrites de feu
l'abbé Esnault, érudit nianceau décédé en 1894 : il va de soi que /// est une
notation du son y.
2. La bonne leçon est, d'après Méon :
Vint s'en a moi lasse et tagans.
3. L'idée de « toux » et celle de « phtisie » se tiennent de si prés qu'il a dû
se produire facilement des contaminations : le mot latin tussicus est imité
de phthisicus et les deux mots peuvent se confondre. Comparez, par
exemple, ces deux passages de Chiron et de Végèce qui dérivent l'un de
l'autre : « Ex frigore fiunt opislotoni, podagrici, tiissici » {Muloiiiedicina
Chtronis, édit. Oder, p. 47). — « Ex perfrictione fiunt opisthotonici, poda-
grici,/'/;//;;.'>/V/ (P. Vegetius Renatus, Muloiiiedia'iia, édit. Lommaizsch, p. 61).
FRANC. DIALECTAL TlUrUFR, TI-.QUHR 299
pluh isiscens ; de phthisicus on peut avoir fait le verbe
*p h thisicare. Nous savons que le peuple ne prononçait pas
le pb initial dans les mots de ce genre.
Les plus anciens manuscrits de VEpistiila de observatione
ciboruiii, adressée par le médecin Anthimus, vers 520, à un roi
des Francs, écrivent : tisicus, tisecus, tissicus, tyssecus\
Je ne vois pas que *tésicare puisse donner un autre résul-
tat en normanno-picard médiéval que *iesqiuer ou tesguier, ni
en français que * tescbier ou tesgier^.
Il est surprenant que la forme française propre tesgier, qui se
fait clairement jour dans le conditionnel tesgereient de Y Histoire de
Giiillaiiiiie le Maréchal , ait disparu des patois actuels. Comment
se fait-il que dans le Loir-et Cher, dans la Mayenne, dans la
Sarthe et dans Tllle-et-Vilaine nous n'ayons que le g explosif
ou ses succédanés > ?
L'hypothèse d'un emprunt au patois normand n'est pas très
vraisemblable. Peut-être faut-il admettre dans l'ancienne
langue l'existence d'un substantif *tesgiic •< phthisicus, qui
aurait donné naissance dans le domaine français à un verbe
tesguer, distinct de /(^iO'/Vr *phthisicare.
L'ancien provençal possède le substantif tesga, qui est
employé par Daudè de Pradas ^ pour désigner une maladie de
1. Hdit. Valentin Rose (1877), variantes, p. 42 et 45.
2. I.'anc. prov. tesic et le bas-latin thesictis (dans Du Cange), qui en est le
décalque, ne prouvent pas que phthisicus se soit prononcé *tesecus en
latin vulgaire, car ils sont d'origine savante; mais on ne peut supposer que
phthisicus a été populaire sans admettre qu'il a été prononcé *tesecus :
cf. tesaiia pour pthaiia dans des manuscrits d'Anthimus, édit. V. Rose
p. 28.
3. Teuyer, dans la Mayenne et dans la Sarthe, est une prononciation relâ-
chée de teugiiier, teuguer, mais n'a pas de rapport direct avec la forme fran-
çaise normale en -gier, -ger.
4. Aii-elscassadors, vers 53i5etsuiv. de l'édition Monaci (5///(// di jilol.
lom., V, 174-5) :
Tesga es tais mais que fai tal guerra
Quel cap el fel el ventre serra...
Sil tesga es per aventura
Kl ventre...
300 MÉLANGES
l'oiseau que Raynouard traduit à vue de nez par « tac ' » :
une hypothèse meilleure consisterait (bien que le texte même
de Daudè de Pradas n'offre pas une base pathologique suffisante)
à rattacher iesga au latin phthisica, qui a été, à la basse
époque, employé comme synonyme de phthisis.
A. Th.
ANC. NORMAND ANOIL
J'ai déjà eu l'occasion de dire que le latin vulgaire annucu-
lus « âgé d'un an » était représenté sur le sol de la Gaule par
le gascon anoulh, fém. anoulhe « jeune bœuf, jeune vache »,
qui est donné et défini dans le Dict. béarnais de Lespy et Ray-
mond -. Voici que je crois maintenant en découvrir un nouveau
représentant à l'autre extrémité de la France, en Normandie.
On lit dans l'inventaire d'un ménage fait à Saint-Pierre d'Ar-
thenay (Manche) le 17 juin 1333 :
Un greil ; une lanterne ; deux fauchilles ; un quaeril de liet ; deuz pouleinz ;
troiz geniches ; un anoil ; neuf pieches de fil de bruisserons '.
Sauf meilleur avis, je suis porté à expUquer anoil comme fai-
sant pendant à geniche et à poulein, c'est-à-dire comme ayant le
sens de « taureau ». Le patois normand actuel n'a pas conservé
le mot; mais il connaît encore anouillère < *annucularia
« vache qui n'a pas eu de veau dans l'année ».
A. Th.
BRETZEL
Je n'ose dire que le mot bret:{el soit français, mais il est cer-
tain qu'il est familier à tous les buveurs de bière de Paris et
des ijrandes villes de France. Aussi le Nouveau Larousse illustré
1. Lexique 7-oman, V, 355.
2. Essais de philol. fnwç. p. 258. —Sur le dérivé *an nu eu la ri a, voy.
mes Mêlaiif^es, p. 122, et un article plus récent de M. Behrens dans les Bati-
steine en l'honneur de Mussafia, p. 83-84.
5. L. Delisle, Actes noniiands de la Chambre des Comptes, p. 60. — Le der-
nier article, relatif au fil de bruisserotis, a été cité ici par A. Delboulle (Romania,
XXXI, 366).
BRETZEL 301
a-t-il bien tait de le recueillir. Il le définit ainsi : « bretzel ou
BREZEL (mot allemand) n. f. Pâtisserie allemande nouée en
forme de 8, dure, saupoudrée de sel, de graine de cumin, et
que l'on sert avec la bière dans les brasseries ». Ce n'est pas
tout à fiiit un 8, mais passons'.
M. Klugc, dans son £"/v/m)/. Wœrlcrb. dcr deutscbcii Spr., ap\:ès
avoir énuméré les principales formes qu'affecte ce mot soit dans
les anciens textes (anc. haut-allem. bn\itella, etc.) 'soit dans
les dialectes allemands actuels, hésite entre deux étymologies, le
lat. brachium, d'une part, l'anglo-saxon byrgan « manger »,
de l'autre. Ce qui semblerait défavorable à brachium, dit-il,
c'est l'absence déformes romanes correspondantes; et pourtant
il remarque que l'italien a bracciatcUo -. La présente note a pour
but d'attirer l'attention sur des formes de la Gaule qui
ont échappé à M. Kluge et qui me paraissent établir l'origine
romane du mot allemand.
L'anc. prov. a hrassadel \ traduit par colobia {= lat.
colyphia, grec y.wA'Jî/'.a) dans le Floretiis, et Mistral enregistre
hrassadêii, etc. « échaudé aux œufs, pâtisserie en forme de
ganse », en invoquant avec raison le latin du moyen âge
brassadellus, qu'on peut voir dans Du Cange, appuyé sur un
texte limousin (coutumes de l'abbaye de Solignac), où, à côté
de la forme latine, se trouve la forme vulgaire brastaden (lire
brassadciî). A brassadellus il faut joindre trois autres articles
de Du Cange sur lesquels je n'insiste pas : bracellus 2,brachio-
LUM I etBRACiATUS. Unefomie romane plus ancienne que toutes
celles qui sont dans Du Cange se trouve dans le glossaire compilé
en 969 par Ainard pour les élèves de l'école de Toul. On lit en
effet dansles extraits de ce glossaire qui ont été publiés par M. Gœtz
dans le Corpus glossar. latin., Y, 618, 18 : « Colliride bracidelli ».
Godefroy a recueilli dans un texte du xvi'^ siècle la forme
bresseaii,(\\.\\\à, à tort ou à raison, rapprochée du mot bricelet
1 . Voir les deux dessins qui sont dans Gay, Gloss. archéol., sous craouelin.
2. On trouve aussi bracciello, qu'Antoine Oudin traduit par « craquelin »,
et, à Bologne, on a la forme fém. bra^idela, déjà employée dans les statuts
de 1250-1267 (Du Cange, édit. Favre, art. braçadella).
3. Manque dans Raynouard, bien que Carpentier Fait recueilli et inséré dans
Du Cange (sous Brassadellus); mais il n'a pas échappé à M. Emile Levy,
proi: Suppl.-JV., I, 162.
302 MÉLANGES
« usité dans la Suisse romande pour désigner une sorte de
petit gâteau ». En outre, il a relevé dans un texte poitevin du
xV^ siècle le mot hraieau, qu'il ne s'est pas hasardé à traduire,
mais qui, se trouvant associé à oublie, ne peut être qu'un
gâteau : il faut probablement corriger braieau en hraceau.
En résumé, l'italien et le provençal sont d'accord pour établir
l'existence en latin vulgaire d'un type *brachiatellus, a :
ce type, au masculin, aurait donné en anc. franc. *braceel, d'où
les formes plus récentes braceauÇ?) et bresseau. Le bracidelliis
du glossaire d'Ainard ne remonte pas à *brachiatellus, mais
à *brachitellus, diminutif de *brachîtus, a : l'anc. haut-
allemand brCyita représente clairement *brachîta (avec c
métaphonique pour a, sous l'influence de 1'/ suivant), comme
brczjtella représen te * b r a c h ï t e 1 1 a .
Il faut noter cette extension du suffixe latin -îtus, si peu
répandu en Gaule. Il semble que *brachitus ait été fait par
analogie d'après auritus, crinîtus, etc., et signifie « qui a la
forme du bras ». Toutefois on peut penser aussi à la valeur
diminutive du suffixe dans * cap rit us, dérivé de capra, d"où
l'ital. caprito, le prov. cabrit « chevreau », etc. Pour la forme dimi-
nutive redoublée, comparez le prov. cabridcl\ qui représente
*capritellus ; quanta l'emploi de noms de parties du corps
sous forme diminutive pour désigner des pâtisseries, il y en a
d'autres exemples, notamment le prov. aurelJjeta^ et le franc.
vitelot '' .
A. Th.
1. Bien que le mot ne soit ni dans Ravnouard ni dans Lcvy, son existence
est certaine en ancien provençal puisque le vicomte d'Aubusson Ramnolf II
(fin du xe siècle) reçut le surnom de Cahridd (Père Anselme, V, 320).
2. Sorte de crêpe; cf. Levy, Frov. SuppL-W., aurelheta, et Mistral,
Trésor, auriheto.
3. Le mot n'est ni dans l'Académie ni dans le Did. gênerai (par pudeur) :
Littré le donne et remarque justement que c'est « une pâtisserie longue et
menue, ainsi dite par une assimilation obscène » ; mais comme il a reculé
devant l'insertion du simple î'//, il faut pour le comprendre en savoir plus
qu'il n'en dit.
ANC. FRANC. MACHET 303
FRANC. DIALECTAL GUITEAU
Dans le Dirlioiiiunrc des pcchcs de Baudrillart, public en 1837,
on trouve enregistré, à son ordre alphabétique, le mot guifeaii
comme « l'un des noms du tacaud ». Le mot de tacaud
s'applique, sur nos côtes de l'Atlantique, à différentes variétés
de gades, Gadusharbatiis,hiscus, inimitiis^ M. Rolland, dans sa
FaiDic populaire, n'a pas recueilli ce nom degnileaii, qui manque
aussi à la plupart de nos dictionnaires. Si l'on se rappelle que
le gade le plus connu, à savoir le merlan (Gadiis iiierJangus),
s'appelle en anglais whitiiig, en néerlandais zvitiiig, noms déri-
vés de u'hite, ivit « blanc » ^, et qu'une variété de pont, mot
anglais que les dictionnaires traduisent précisément par
« tacaud », porte le nom de lubiliHg-poiit, on pensera avec
nous que gniteau se rattache sinon directement à l'anglais
luhiling ou au néerlandais wUing, du moins au thème de ces
deux mots sous la forme qu'il présente dans le bas-allemand :
norois hvitr, anglo-saxon hvît, etc.
A. Th.
ANC. FRANC. MACHET
Godefroy a relevé deux exemples du subst. niachet qu'il tra-
duit par « sorte de petit oiseau » : l'un est dans Cligès 6^^2;
l'autre dans les Déduis de la chace de Gace de la Bigne. Je n'en
connais pas d'autre. M. W. Fœrster, dans son édition de Cligès,
a une longue note sur le mot nmchet : il incline à voir dans cet
oiseau une sorte de chouette, ce qui est peu vraisemblable. Le
niachel est rapproché de l'alouette dans les deux passages où il
est mentionné et ce ne peut être qu'un petit oiseau. Or le
Pratincola rubetra, dit communément en français tarier ou
traquet, est appelé à Brescia et à Bergame maht, tandis que
le Pratincola rubicola, variété plus petite, porte le nom ana-
logue, à forme diminutive, de mahti K Le machet des textes
français du moyen âge ne serait-il pas le traquet ?
A. Th.
1. Voy. Rolland, Fini ne pop., III, 113 ; cf. Litirc, Siipplcnient, t.^caud.
2. Cf. hreion giveiiiieJc « merlan», de g-weiin « blanc ».
3. Bonelli, Noini degli uccelti nei dialetti tomhardi, dans Slitdj di filot.
romania, IX, 40.
304 MELANGES
ANC. FRANC. OISDIF
A côté de oisos (aujourd'hui encore bien vivant sous la forme
oiseux), qui correspond exactement au latin otiosus, l'ancien
français emploie dans le même sens le mot oisdif', dont l'ét}'-
mologie n'est pas claire, et qui semble avoir disparu de l'usage
au commencement du xiv^ siècle, en laissant comme témoi-
gnage durable de son existence notre adjectif actuel oisif, sorti
d'un croisement entre oisos et oisciif-.
Le Dictionnaire général suppose que oisdif correspond à un
type *otiotivus; il n'y arien à objecter à cela du côté de la
phonétique, mais comment expliquer la formation de ce type
insolite *otiotivus? J'avoue que je m'en sens incapable et
que je regrette d'avoir admis à la légère une hypothèse qui n'a
pour elle que la caution d'une phonétique purement matérielle.
Je viens proposer aujourd'hui un type légèrement différent^
à savoir *otietivu s, dont je vais m'efforcer d'expliquer la
genèse.
1. Le fém. oisdive est souvent employé substantivement, et il a donné
naissance au verbe oisiliver « vivre dans l'oisiveté ».
2. C'est du moins ainsi que je me représente la naissance de l'adj. oisif
qui figure déjà dans le Roiiiau de Troie, v. 14855 de l'édit. Constans. M. Cohn
ne parle pas deo/^i/dans son livre intitulé : Die Siiffîxi'aiidltDigeii, etc. (1891).
M. Meyer-Lûbke se borne à dire que oisif esi sorti de oisos par changement
de suffixe {Grainm., II, § 497). M. Tobler pense que le changement de
suffixe a dû se produire dans la région où -i vu s et -os us aboutissaient à
une même forme française -eus (Etyniologisclks, p. g, extr. des SUiuiigsb.
de l'Académie de Berlin, 27 octobre 1904; cf. Romania, XXXIV, 132).
Diez, Scheler et Brachet partent d'un représentant hypothétique deotium,
qui serait régulièrement 0/5 ou oise, selon que l'on prendrait pour base
otiumou otia : on peut admettre que le français prélittéraire a possédé
*ois, puisque le provençal archaïque ào~ (Sancla Fides, 59), mais l'étude des
textes montre qu'il y a solution de continuité entre cet ois hypothétique et
oisif. On ne peut accepter le type *otiivus (Kôrting, 6759), qui n'est pas
conforme à la dérivation latine (remarquons en passant que Littré se figure
à tort que *otiivus aurait pu donner oiuiif). Enfin mentionnons l'hypothèse
de G. Paris, qui admet l'existence en anc. franc, de viiisif < vocivus,
auquel il impute d'avoir contribué, conjointement avec oisos, à la transfor-
mation de oisdif en oisif (Koniania, XXVII, 162, note 2).
ANC. FRANC. OISDII- 30$
Les notes Tironiennes nous ont conservé un mot singulier :
odietas", dans lequel on ne peut guère voir autre chose qu'un
renforcement deodium-. C'est un cas déformation impropre,
les mots en -tas devant toujours avoir à leur base un adjectif
et non un substantif. L'emploi de neutres substantivés comme
dubium, ni niium, propri u m , etc. dans un sens analogue
à celui de d u b i e t a s , n i m i e t a s , p r o p r i e t a s est sans doute
le point de départ de cette création. Il est permis de supposer
dans les mêmes conditions la naissance d'un substantif *otie-
tas à côté de otium. Or les substantifs en -tas forment par-
fois des adjectifs où les suffixes -arius, -ivus, -osus,
au lieu de s'ajouter au / des cas obliques, se soudent directe-
ment au thème du nominatif; exemples : aestas, aestivus ;
amaritas, amaritosus; *cupidietas, *cupidietosus
(prov. cobciios, franc, convoi Icux) ; egestas, egest(u)osus;
pietas, pietosus; plenitas, *plenitivus (anc. franc.
p}e)itif, à côté de plenteïf, <C *plenitativus); proprietas,
proprietar ius; solitas, solitarius, *solitivus (anc.
(ranç. soltif a solitaire »); tempe st as, tempestivus, tem-
pest uotus; volu ntas, volun tarius; voluptas, volup-
t arius, voluptuosus. Donc, de *oti etas le latin vulgaire
aurait pu tirer un adjectif *otietivus auquel l'ancien français
t»/5</// devrait son existence'.
A. Th.
1. Schniitz, Coniiiieiitarii nolarntu Tiion., tabula 46, 88*.
2. Forcellini propose de corriger odietas en od iatus; mais la note Tiro-
nienne étant en harmonie avec la forme transcrite par le scribe en toutes
lettres, cette correction n'est guère vraisemblable.
3. M. Tobler pense que oisdif est sorti de oisif sous l'influence des
familles de mots où le thème hésitait ou avait l'air d'hésiter entre -ois- et
-oisd-, spécialement : boisier, hoisie, hoisdie, boisdif, d'une part veisié, veisos,
veisdie, vetsdos de l'autre. Peut-être veisdos représente-t-il *vitietosus
sorti d'un hypothétique *vitietas, formé comme odietas et *otietas :
la coexistence de veisos et veisdos serait alors le pendant de celle de pieux et
piteux.
RomuHiu XKKl
306 M ÉLAN G KS
ANC. FRAXÇ. KOJUEL
Tout adjectif latin en -ius -eus peut avoir un diminutif en
-iolus, -eolus; l'étude des textes seuls permet de déterminer
quels sont ceux de ces diminutifs qui ont été réellement en
usage et dans quelle mesure ils l'ont été.
Nous n'avons pas de témoignage direct de l'existence en latiii
vulgaire de *ru biolus, diminutif normal de rubeus « rouge » ;
ne peut-on pas suppléer au silence des textes antiques par le
témoignage des Lingues romanes? Contrairement à l'opinion
acceptée jusqu'ici, \e DictioiinairL' général considère le substantif
français rougeole non comme un dérivé de rouge, mais comme le
représentant du latin vulgaire *rubiola' ; j'ai avancé, d'autre
part, que le terme dialectal rouvieii, qui désigne différentes
maladies de l'homme et des animaux, correspondait au mas-
culin *rubiolus^.
On peut invoquer à l'appui de ma manière de voir le fait que
l'italien dialectal connaît roggiola comme nom de la maladie
éruptive, et que le provençal moderne aplique roujolo non seu-
lement à cette maladie, mais à une plante' et à un poisson, et
roujôuÀ un poisson^. Ce qui est fait pour surprendre, c'est que
les textes français du moyen âge ne nous aient pas encore livré
d'exemple antérieur au xv" siècle soit de la forme masculine,
soit de la forme féminine». Voici un témoignage beaucoup plus
ancien, qui n'a pas été remarqué jusqu'ici et qui mérite d'être
pris en considération, sur l'existence en français de la forme
masculine correspondant à notre féminin rougeole.
1. M. Meyer-Lûbke place ioii<^eole parmi les mots où -oie a été adapté à
un radical français (Grautiii., II, ^ 452), et il croit qu'il a été modelé sur
vérole (ibid., § 360).
2. Mélanges d'étym. fiiiiiç., p. 134 et 179; cf. Roniaiiiii, XXXIV, 110, n. 4.
3. Le Mi'laiiipvntm arvense, qui porte aussi le nom de rougeole en français :
cf. Romai!ia,X\XlV, 615, note 5.
4. Voy. le Trésor de Mistral, roujolo et roujau.
5. fin provençal, roiols figure dans les rimes en ois « larg « données par le
Donut et y est traduit par « genus piscis » (Stengel, Die beide xU. prov.
Graviiii., p. 54).
ANC. l-KAXÇ. KOJUEL 307
Une des branches les plus connues du Roman de Rcnart la
branche IX de l'édition Martin, mentionne souvent un bœuf du
vilain Liétard qui, par l'imprudence de son maître, fiiillit deve-
nir la proie de Brun l'ours. M. L. Sudre, analysant cet épisode,
appelle le bœuf Rogcl, adoptant ainsi la seule forme que l'édi-
teur ait recueillie pour la faire fii^urer dans sa Table alphabé-
tique des noms propres. Mais si la forme Roo;cl est la plus fré-
quente dans la branche IX, elle n'y est pas constante : on y
trouve aussi au cas sujet Rogeus (y. 41 et 188), au cas régime
Rogol (y. 204, 240, 862) et Roguel (v. 63 i). Pour choisir entre
ces différentes formes celle qui appartient à l'auteur du poème
(un prêtre de La Croix-en-Brie, comme nous l'apprend le pro-
logue), il faut consulter les rimes. Le nom du bœut n'y figure
que deux fois, dans les passages suivants :
Mais sor toz en i ot un buen
Qui estoit apelés Rogeus ' ;
Mais tant l'avoit par les fors leiis
A son fiens trere démené
E totes les saisons pené
Que lentement aloit le pas (v. 40-4), t. I, p. 280).
Tôt c'a ge fet, amis Rogel,
Certes si en ai molt grant ihiel (v. 383-4).
Ces deux derniers vers ne sont pas dans tous les manuscrits
et l'éditeur les considère comme interpolés. Il se peut, mais
l'interpolateur (si interpolateur y a) était d'accord avec l'au-
teur sur la v:aie forme du nom du bœuf de Liétard, celle qui
est attestée par la rime Rogeus : leiis des vers 41-42. Ce nom
avait pour désinence non le suffixe -el < lat. -ellum, mais
le suffixe -uel <C lat. -iolum : au cas sujet l'auteur employait
vraisemblablement la forme Rogieiis, qui est dans deux manu-
scrits et qui rime fort bien avec liens, cas sujet de lieu. Si donc
nous voulions moderniser le récit du vieux conteur, il convien-
drait d'appeler Rougeol (cf. rossignol) le bœuf de Liétard, à
moins qu'on n'aime mieux l'appeler Rougeul (cf. filleul^.
A. Th.
I. Variantes (indiquées au t. III, p. 285) : Koigox, Roigiifu{, Rogiens.
308 MÉLANGES
ANC. FRANC. TENOIL
On chercherait en vain le mot tenoil dans le Dictionnaire de
Godetroy. Il figure partout dans la branche IX du Roman de
Reuart, vers 105 1 de Tédition Martin; mais comme pour ce
passage Méon avait la leçon sans autorité estoial, Godefroy a
enregistré esioial (art. estuials) et ne s'est pas soucié de
consulter l'édition Martin. Voici le passage :
Le teiioil ou les piecez sont
En une huce le repont.
Il s'agit manifestement du vaisseau que l'auteur appelle un
lardier aux v. 709 et 934, et que nous appelons aujourdhui
communément un « saloir », c'est-à-dire un vaisseau de bois
ou de grès où l'on met les viandes à saler.
L'anc. franc, ienoil est encore très vivant en Berry (Jaubert)
et dans le Blaisois (Thibault) sous la forme régulièrement trans-
formée de tenon, mais il ne sert plus à désigner que la cuve à
lessive : cf. pour la forme le berrichon artou « orteil », anc.
franc. arteiJ, arioil, du lat. artïculus.
Il est bien tentant de rattacher Ienoil au lat. tina, d'autant
plus tentant que le normand tinette désigne « un grand pot en
grès dans lequel on conserve le lard salé » (Moisy). Mais tina
a un Hong, et le dérivé *tînïculus devrait aboutir à tineil,
linoil : je signale la difficulté sans prétendre la résoudre, car il
ne me paraît pas légitime de postuler un lat. vulgaire *tïna'.
A. Th.
I. Godcfrov a un exemple picard de toiinoile, subst. féminin, qui a le
même sens que tenoil, mais qui semble se rattacher à tunna « tonne » et
non à tina.
COMPTES RENDUS
Aliscans, kritischer Text, von E. Wienbeck, W. Hartnacke, P. Rasch.
Halle, Xicmeyer, 1903. In-80, XLvn-544 pages.
Cette tentative à l'effet d'établir un texte critique de la chanson d'Aliscans
est due à trois élèves de M. H. Suchier : chacun d'eux a fourni environ un
tiers du travail. Les éditeurs donnent les variantes de douze mss., disent-ils,
en se basant, pour une bonne partie, sur les variantes offertes par l'édition
Rolin. Ils ont eu aussi entre les mains des copies de certains mss. Ils semblent
avoir copié eux-mêmes le ms. fr. 1449 '^'^ ^'^ Bibliothèque Nationale. La nou-
velle édition offre aussi des variantes, nouvellement recueillies, du ms. tr.
1448. de la Bibl. Nat., à partir du vers 2894.
Les éditeurs n'admettent pas le petit vers dans leur texte, le considérant
comme une altération. Ils ont eu la regrettable idée d'adopter pour le lîis.
de Boulogne la lettre m plutôt que J (désignation adoptée par Guessard).
Pour ce qui est de la numérotation des vers, ils ont eu raison de conserver
celle de Guessard et Moutaiglon, en attendant mieux. Car, comme on le
verra par la suite, nous sommes tellement éloignés de posséder avec exacti-
tude les leçons des mss. que ce ne serait pas la peine d'établir une nouvelle
numérotation pour une édition qui ne saurait être définitive.
Avant d'aborder la question de la valeur des variantes, passons rapidement
en revue quelques points de l'introduction. M. Suchier annonce (p. m) que
ses élèves publieront plus tard, entre autres choses, une table des noms propres
et un travail qui montrera que le petit vers de la chanson n'est pas « primitif».
Les éditeurs se plaisent à considérer cette question du petit vers comme
résolue. M. Wienbeck dit qu'il est arrivé au même résultat que Nordfelt,
Riese et Schultz-Gora, c'est-à-dire que le petit vers est dû à un rema-
nieur (p. xvi). M. Hartnacke aussi s'élève contre l'opinion de Jonckbloet,
Guessard, G. Paris, Gautier, Ph. A. Becker et d'autres ', qui ont vu dans le
I. Voir, pour des opinions récentes : E. Stengel, Kritischer Jahresbericht
der Romaiiischen Philologie, vol. VI (II, p. 65), 1905-05 ; J. Runeberg, Etudes
sur lu geste Raivoitart. Helsingfors, 1905, pp. 21 ss. Ces messieurs ne croient
pas que le petit vers soit dû aux remanieurs.
310 COMPTES RENDUS
petit vers une indication de haute antiquité, car il dit : « Si le vers orphelin
n'est pas originel, ce qui reste dorénavant établi... » (p. xix). M.Rasch est du
même avis, comme on peut le voir en lisant sa thèse sous sa forme pre-
mière '. Il est à croire que le travail promis, où Ton cherchera à démontrer
que le vers orphelin d^Aliscans n'est pas primitif ne paraîtra jamais. Le sort
s'est joué cruellement des trois éditeurs en révélant, au mois de juin 1905,
la Chanson de Guilhuiitte, où l'on voit que le petit vers est le débris d'un refrain
qu'on peut appeler en toute raison primitif.
Selon M. W., la théorie de M. Rolin, qui pense que l'original de notre
poème était en assonances, ne manque pas de probabilité. C'est déjà une
concession. M. R. croit que la Chanson d'AUscans est le travail d'un seul
poète, dont il loue le génie hors ligne ! Ce langage étonne à l'heure présente,
et trahit une vue erronée sur l'origine des chansons de geste populaires -.
Plusieurs des critiques qu'on adresse à M. Rolin paraissent mal fondées, si on
tient compte de la Chanson de Guillaume. Ajoutons que M. R., en critiquant
M. Rolin pour avoir dit que le poème fait ressusciter Baudus (pp. xlvi, xl)
ne semble même pas comprendre la portée de la remarque de M. Rolin, qui
connaît parfaitement le passage cité, à savoir les vers 3106 et suiv.
Constatons avec plaisir que M. H. reconnaît la grande valeur du ms. d
(B. N. fr. 2494), trop méconnu jusqu'ici (voir p. xxi).
Les procédés des trois collaborateurs n'ont évidemment pas été identiques ;
aussi le travail manque-t-il un peu d'unité. La divergence se montre surtout
dans la préface. « L'arbre des mss. » de M. W., car à tout poème publié en
Allemagne il faut un « arbre », ne concorde pas entièrement avec celui de
M. H., ce qui, atout prendre, n'est qu'une indication de la bonne foi et de
la sincérité des deux éditeurs. M. W. se rend compte mieux que ses deux
collaborateurs que beaucoup des leçons données en variante sont douteuses :
on n'a qu'à regarder le bas des pages du texte qu'il a constitué, où l'on trouve
à chaque instant des points d'interrogation 5. Ces honnêtes points d'interro-
gation deviennent rares à partir du v. 2894, où commence le travail de M.
H. M. H., lui, affectionne les points d'exclamation, qu'il prodigue à la suite
des variantes, procédé assurément de mauvais goût. Voici maintenant une
série de remarques de détail.
1. Aliscans III, Halle, 1902, pp. 27-36.
2. Voir à la p. xxxvii. M. R. parle encore plus clairement dans la première
forme de sa thèse : il y appelle le poème : « Ein inhaltlich und sprachlich in
sich geschlossenes Ganze, das wirdurchaus berechtigt sind, zusammen mit);
dem ùbrigen Epos als das Werk eines Dichters aufzufassen » (p. 22, Cf. Ph.
A. Becker, Die Alifraniosische IVilhehnsage, 1896, p. 48, où l'on trouvera
exprimée la même opinion.
3. A la p. 20 de sa thèse sous sa première forme (Halle, 1901), M. W. dit
qu'on ne pourra établir un texte vraiment critique ni une filiation satisfai-
sante des mss. qu'après une nouvelle et exacte collation de tous les mss. Il ne
croyait peut-être pas si bien dire.
Ali sentis 311
V. VIII de rintroducticn, au premier paragraphe, il faut lire apparemnien
1776 et 1777 au lieu de 1775 et 1776. — P. 17, M. W. a raison de dire
que le nom éCAerofle avait, à l'origine, quatre syllabes. — A cette même page,
à la troisième ligne d'en bas, changer 17 en xvii. — P. 30, au sujet des
vv. 447, 448 : Droit vers Orem^e ont leur voie aqueiUie, Quant devers cJestre
leur sort la gens haie, l'éditeur dit qu'il préfère destre à senesire, parce qu'il ne
serait possible qu'à un ennemi venant de l'est d'empêcher sérieusement la
fuite vers Orange. Il est clair, d'après ce commentaire, que M. W. place la
scène de la bataille sur la rive gauche du Rhône, sans doute près d'Arles '.
Outre qu'il est impossible de décider ainsi la question, l'emploi des deux
mots étant devenu un simple lieu commun, ajoutons que la comparaison des
mss. favorise certainement la leçon : a senesire. — Au v. 452», l'éditeur
imprime : Dame Guihorc, dons cuer et douce amie, plutôt que D. G., douce
suer, douce amie, et explique son choix en disant que le mot suer appliqué à
Guiborc ne donne aucun sens. satisfaisant. La bonne leçon, à n'en pas douter,
est suer, mot qui n'indique, dans uii grand nombre de passages, rien de
plus qu'un terme d'affection ou de politesse ; cf. lesvv. 1936 de notre poème, et
1014, 1331, 1356, etc., de la Chanson de Guillaume; cf. aussi le v. 2931,
variantes. L'ordre préférable des trois vv. 695, 695a, 696, se trouve dans les
w. correspondant de la Chanson de Guillaume : 1987, 1988, 1989. — Au
v. 759, vostre est préférable à nosire. — La leçon pers du v. 775 n'est pas la
bonne comme on verra plus loin par les variantes que nous donnons.
Ajoutons que le mot Aliscans est mal cité daijs le titre du livre de M. Gade
mentionné au bas de la page. — Au v. 781, la leçon de niLda nous semble
la bonne. — Au v. 904, lire rest au lieu de ret. — P. 62, à la dernière ligne,
la variarte 1004 est tirée du ms. d. — Au v. loso, 1. parastre au lieu de
paralre. — L'argument par lequel l'éditeur justifie la ponctuation des vv. 1 1 10-
II 13 n'est pas tout à fait convaincant. — V. 1705, lire : Qui vient O. — V.
1851a, lire d'après les variantes : Sarra^oçans (voir Rolin et les variantes que
nous donnerons bientôt). — On ne voit pas pourquoi M. W. dit, dans son
commentaire sur le v. 2231, que la mort de Vivien n'est plus mentionnée :
voir les vv. 2427, 2672. Ou M. W. veut-il dire que cette mort ne se
trouve pas mentionnée ailleurs dans la conversation avec Ernaut ? — V. 4655,
1. Guibers. — Au v. 5233, il vaudrait mieux lire Rnistes que Jo7ies, si ces mots,
comme dans le texte, se rapportent à Guillaume.
Il serait oiseux de discuter avec plus de détail le texte publié. Quoiqu'il
y ait un grand nombre de passages où on serait porté à suggérer une autre
leçon que celle adoptée par les éditeurs, le texte est en général correct et
satisfaisant. On ne peut pas en dire autant des variantes.
I. Ce commentaire de l'éditeur est à comparer avec un passage de VAlt-
franiôsische Wilhelmsage de M. Ph. A. Becker, à la p. 44, septième ligue et
suiv.
312 COMPTES RHNDUS
Si l'on examine soigneusement les variantes, en les comparant avec les
mss., on constate qu'elles sont loin d'être au complet, et qu'elles renferment
bien des erreurs. C'est ce que nous allons montrer en vérifiant, pour une
partie du poème, les variantes de plusieurs des manuscrits utilisés dans cette
édition.
d, Bibl. nat. fr. 2494.
Le V. 47 manque. Au v. 62, le ms. porte chcicnl ; au v. 90, close; looa,
Et desor li aiime ; 102, Jt'/V ; 165, viel; 178, font; 198, Fevian^ ; 222, lampa-
tris; 239, Orainges; 303, ces; p. 27, v. 33, ior, pas /or; à la même p., v. 36,
ancloi; 412, cos; 414, to tan:^; 418, Alarchani ; 426, moigne ; 427, vivron:^;
448, Ior sort la gent aie; 450, chasdelle ; 467, Daniie et de cors fist sevranche et
/^a/V/i.' (pourquoi dit-on que le second hémistiche manque ?); 489, /o/i; 493=",
le mot hou, écrit d'une main postérieure, précède chevaux; 498, voi:^; 572,
voiêt (sic); -582, ia nier (j=ja nierl)q. me mi b. ; 598, peut-être faut-il lire :
ainnoiit; 605, ^er (== Jiert) ; 605, bannière; 699, lauvje ; 702, Dores en antres
vait sa corpe bâtant ; ^44, fusse:-_; 745, fnse^; 760, la variante mentionnée se
trouve au v. 774; 765, larme santi; 775, le mot à la rime est f/;£c//t; ; 827, tes
honcles tu nés nul plus prochain (tu iies est écrit au-dessus, d'une écriture posté-
rieure); 835, O. V. viete^m. chief androit v. s. ; 858', douer; 859, Au le non
deu a le col avaler; 904, laubre, rest ; 928, A V. e. r. aries; 1004, la dernière
variante de la p. est tirée du ms. d ; 1107, les deux vers mentionnés ne sont
pas dans (/ ; \\\^, de viaiu nu a nu ; 1 126, Lor p. e. b. s. a. c. ; 1 150, les trois
vv. mentionnés ne sont pas dans le ms. d. ; 11 56, Desor le autne ; après 1 1 5 5 :
Et de sa terre et chasier et foir ; 1165, celle tere ; \2^4,niolt angoisosemeut.
Après ce V., on trouve : Le^ les coste^ sont li fer aprisant Pou le gardirent
navre sont durement. A .ii. se hurlent isi très fièrement Que a la tere li uns laulre
atant Aiu~ des abert norent desfaudemant Le:^ le coste sont li fer aprocbaut Pois
se gardirent navre sont dureniant Ni a celui qui nuit laubert sainglaut De rendre-
cier ne furent mie huit; 1245, De g. vertu, urta; 125 1, O. p. 1. boiche li des
san:^ lor rea; 1253, ^u v. 2, piec (pour pièce a) ; 1265, q. e. cia ; 1266 et 1279,
Dirondar ; 1286, lanferit; 1330, tôt q. an r. ; 1336, v. me ratandre~ Tant q.
j.soie; 1343*, manque; 1388, Alachans; 1414, paladin; 1427, le vers com-
mence bien avec le mot 5in/, cL var. i645>-"; 1434, le vers ajouté est le même
que celui d'à; 1447, même leçon que celle du texte ; 1520, après ce vers se
trouve un vers intercalé, comme dans Bbe; i)45,/cî ne rant ./. an sois u. m .
p. (.i. an sont écrits sur grattage); 1643^, Rome fist G. Isore^ ; 1643s loil sou
saiclne:((= Voeil, ce sache^), 1643'!, O. an 1. b. 1. f. T. la cle^; 166"], Cordus,
daverse; 1707, Arlarchant ; 1778 : après ce vers le ms. porte Aiquius et lam-
patrei; 181 2, Seut G. sa c; 181 5, Gautier de P.; 1827, Eslarchans ; 1846 :
après ce vers se trouve : Que ie nore 0 moi plus de .vit. au~; 1849, Alachan^;
1863, aida Vivien^; 1908, cuit, an resera; 1964 : même leçon que celle
du. texte. Après 197 1 se trouve un vers intercalé : Dedan- Oreinges anclose et
ansarree ; 2029, a la crope e.: 2245, lee \ 2518, M. ni t. escucr n. g. ; 2330,
Cuinte a lapée don a or est li pou ; 2542. Le ms. porte boce ; 2364 : même
Alise an s 313
leçon que celle du texte: 2564», Y. c. m. nntis test fii snliie:;;^; 2389, Il santonta
on p. est iiiotitei ; 2399, h\; 2400, Cui ci bel est ; 2410, desranH':( ; 2457, Cist
meuoresseut et teuesseut plus c. ; 2487, L. cuit ie fere la t. reoigitier ; 2488, cors
h. ; 2551, (/o» ». puise; 2602, Mac de Venis; 2668, Esleschaiis ; 2675, 50m/ ;
2681, ..VT., .v///7. 2685. Dans le vers intercalé il faut lire iiiatier (comme au
V. 3205), c'est-à-dire, viestier. Le scribe omet souvent s suivi de / au corps
d'un mot. 2764, même leçon que celle du texte; 2840 : il est probable
que le mot eure manque à cause d'un trou dans le parchemin. 2858, Jil dor ;
2975" : le mot n'est pas teste ^ mais une abréviation pour trestote.
e, Bibl. nat. ïr. 1448 .
V. 5, Giiichardin laufent \ 6, Forq de Mellant; 50», Efforaou ; 3_| : même
leçon que dans le texte; 47, tos les Archans. Après le v. 92 : Par inei hvchanl
son vait esperouiUit De.x pdiit do conte sa fin va aprochant \ 129, nies \ 144, B. lo
fier; 160, manque; 199, e)i larchant ; 221^, Qui par p. cune fois nefoit; 239,
Cant il Orable par force l. t. Et Glor. l. palais seignori Et de sa tere lai del tôt
desaisit; 241, eiisiii ; 278, a. ii. mains aceree ; 331, Nen nieront mie ansin del
palasin; v. 25, p. 26, qtii ierent en larchant; 418 Eslachans; 775, le mot à
la rime est chaeUes; 843I', 1; apeleir ; 844, porpanser; 856, le crient tiion ven quil
ne soit trépasses. Ce vers est suivi d'un passage intéressant, où l'on ne man-
quera pas de noter les assonances :
Et dist G. : « Ne vos covient douter;
Mais une chose vos voil ge demandeir.
Se de Bertran saves nulle vertes.
Et de Guichart et de Gerart lo ber,
Gaudin lo brun, Guielin lo membres ? »
Dist V. : « Nenil, oncle, o non Des ;
Mais ge sai bien que paien defaes
Les en menèrent a lor neis sor la mer.
Je n'en sai plus, si m'eïst Damedes,
Mais de ce pain benoiet me doneis !
Au V. 1109, «c»; II 10, Sancontre; iiii, Eiului ansaidylcs mais chascuns
soit par lu (lui); 1^-^^, porpattseis; 1520, dont li fer sont ijuarre-. Suit le v.
intercalé qui se trouve dans Bbd; 1 560, ving ; 1705, Q. v. O. ; 181 2, Seust G.
sa conpaigne a.; 1847a : même leçon que dans le texte (cant); 1910, vis que
tu me dis; 2245, loee. Le ms. porte après 2273'» : Ans Bernait vigne a Saint
Cruis en Brie Ancoutra il Hernieniart de Pavie ; 2285, Ca Paris vint a ore de
m. ; 2342, boce; 2510, gros p. de glose; 2548, B. marier ; 2549,. V. nesien q.
tant v. d. a. ; 2585, ce ms., aussi bien qu'(î, offre ce v. 2602, a S. Mars de
Venis; 2605, contre les Arrabis.
C, ms. de Berne.
Au v. 7, Fouc's de Melaiis ; 9^, Ju (erreur pour fret); 13, ne lui aiit (pour
l'aut); 26, a; 54, même leçon que dans le texte; 45, Ouatit ne le t., del
314 COMPTES RENDUS
sens, iscir ; 46, Adont ; 47, Tout A. ; 62, wa»/ , 65, les mit ; 64, sensegue ; 65,
restragihuit ; 69, la leçon de </; 73, Tout sont i., etc. ; 76, De /('«5 /'. ; 99, i:/
r//i/. »w. /<"/. p. il ; loo», biaunw: loi, peust-, 105, srpolir; 109, e.</; 117,
aproisniier; 129, /(Jc; 1^2, enhiacier; 135, aproisier, 158, vaiisist; 144, //h/o-
«/>/■; 155, </f 5. ; 20^, ereni ; 220, fait ; 233, «70/ ; 239, Q. i. O.; 331, p«5; ,
352a, îr_ /;ijy. ; à la p. 25, V. 9, z'o/5/ ; v. 11, 5(' ;> muir puis ; v. 40, Li qôs G.
(= quons. Le copiste aura mal compris le vers); 496, même leçon que celle du
texte (mais Quels) , 5 59, £/ 7W ensegne de pale de c. ; 5 52, T?/// 5. ^. o^/on- f» ?«/
païadisiil ; 592, .xv. y^o/ / ot net l>. ; 620, et; 677, ne manque pas : Tous est ses
hrans et ses pnins sanglentes ; 702, vait s. souglotant ; 716, El s. .ii. puins va
forment regi étant (erreur pour retorgaiit ?) ; 739, tw/;y;775, caieles; 797, mal
Sarr. 0. ; 798, guerre; 854, »?. /;. fet reculer; 862, prendent a vi. ; 887»:, Martin
le co^'enra p. ; 904, Dedesus 1. l. rest aies couder; 922, Li solaus baise (pas de
couche); loiy, frère; ii07,pour les vv intercalés de /'^,lems. porte : Ne le lai-
roiep.p. V. d. molu J. c. e. le cief auras p. 1 1 26, la même leçon que celle du texte
(destrier); 11 30, le hranc m. Le passage cité dans les variantes se trouve ici :
D. 1. g. q. car n. 1. f. Que s. mius de plaiu asentu P. ni. l. c. li fust lespius
cousu; II 36, En son leliiaume; 1151, au lieu de Tiebaut, le ms. porte par
erreur W. = Vivien ; 1152, iscir ; les deux vers cités de bA après 11 53 se
trouvent dans le ms. C. A la p. 76, au v. 14, penne. 1 198, tenras; 1 199, Et t.
m. auraT. lescle; 121 1, G. or entent ; 1245, Par felair si liais 1. hurla ; 125 1,
la boiice li sans vermaus r.; 1255, Uni. Après 1280, le ms. porte : Nen aura
ciere nul ior que il vivra ; 1 2S6, ferist, recouvra ; 1332,6. cuide qui! die vérités ;
i}^3, porpenses. Après 1336, lems. intercale cinq vers (le v. 2 de fî/» manque) ;
1404 manque ; 1412, cel t. Après 141 3 : Li millors rois qui aine huist de vin
En tout le mont na millor sarr. ; 1414, est li contes p. ; 141 5 manque. Après 1414.
Li sors b. 1. s. t. esfrain Vers A. e. celceniin; 1425, ai L; 1442, voisdie.
Après 1504, le ms. intercale le v. La h. d. 1. confaiion Jreine; 1508, R. a m.
sans plus caions joiiste; 1608, El tout 1. voi son b. e.; 1636, Levé, ceurt, sor :
1643a, Q. d. Rounie f. Guill. Ysoi-es. Le vers 1643": manque, et à sa place le
ms. offre : Ains le verai si vie garise dex Que vous soit p. n. guiccl desf renies.
iS5"/, Tant, cors; 1658, botice (Vu exponctué), ases mirer. 1667, Corsus
ddic u; 1839a, manque. Après le v. 1846, le ms. intercale : Que ie nori
0 mot plus de .vii. ans; 1851», Mediens, Sarrisineans ; 1894, tous maris:
1944, guerpie; 1964, même leçon que dans le texte. Pour le v. 1977, le
ms. porte : Ariere dos serai mise et boutée ; 2 141, Cil d. Gieronde; 2143, le p. ;
2245, liuee ; 2342, broce; 2364», se trouve dans C (mes au lieu de si); 2365.
P. 1. demande amis; 2366, d. q. demandes; 2^47, violt ciet en grant; 2466, Est
cou G. ; 2487, L. cuic ion faire 1. t. rouegnier; 2488, /. cors b. 2510, G. p. se
fist lors li qiiens aporter; 2548, variante 2 -.Et la r.;26o4, Ainiers (par erreur);
2626, Courecies est et ires et maris ; 265 ^, Paris. Après 2689, fet .j. si diviers s.;
2764, même leçon que celle du texte; 2901, fendroie ; 2909», en A.; 2911,
Del plus V.; 3010, .vii; 3021^, de coitier ; 3028, /hw/; 3031-35 manquent;
3050, comme carbon; 3053, Est cou or f. do Ior e. del mouton ; 3066, ce v. se
AU seau s ^15
irouve dans le ms. C; 3094, G.esgarde qui molt fist a douter- 3095, Les ions,
allumer- 3096, uen lait mie a hlaswer; 5098, If cief tint clin sic. ; 3108, ne te
pettc m. ; 3 , 19, maseoient ; 3 129, Oue m. ai ■ 3 149, Et en apries ens ou baies e.
M, ms. de Venise :
Au V. 3, .S-. w. ayant lianç- 4, Bretans; 11, elenians : 33, Lo ioin; 39, w" ;
100, saplir; 103, T^/// ; 105, Bretram ; no, a>-.w; r. ; 119, Car.; 124, ^«r-
/n/M/; 125, r/Zw-^^; 128, iustier ; i^y8,cbasclmns; i^, timonei^ 1^2, Auceher ■
157, -S' /ov; 163, /o/-«^, w/V ; 169, Paians en voyt qi les ont envairir; 175,
••nsir; 184, penseç de vos cair; 187, Las corne v. ; 188, E saracin ne ponmt enqe-
rir; l^s, Bertrans; 197, 0„te nanrai; 201, Por dru H mand- 222, oncis /.; 232,
/" toa ;;/.; 235, ;raW/ ; 24 1 , .//, i w; 247, ro5 non a. w.; 248, L.// n-^nv»'/ cum
iimtiel enimi; 253, </.a. knaues; 258, Icelc;268, Lauberg, cani enramee -,276,
snite; 282, D«/m ^^^ tere est la haça chinée ; 286, voit ; 289, Renoani, lançnee ;
290, .:/«n./v,-; 293, Molt e. ; 295, San ; 299, 2, ^ro/ G. ont vos; 3, T^-/.- (de
''|"-0; 5,y'«/" ; 302, enfoyrent; 307, O/zr/.- ; 314, M. ;/.' qcit m. q. n. paist a
).; 3iS,'7''''ï'-; 318, Alischant; 122, sein; 323, F/î'/a;/ ; 324,*';/ /wym-; 328, r.
plages ; 330, y,<./,^cr,-/;, ; 33^^ ,,,;.j^ .. ,,„ , . ,,5^ deschase;iAO,puit lin; 348, rf^ 51
qeal m. ; 355b, /o;», /i/mo» : il n'y a pas de mention de Paierne dans tout ce
passage; 366, carhon; 583, Lor enimi Tiher (sm\m, mais Teulmt,au v. 238);
390, r,V/// /a;-,-/,./»/ ; 391, Sor une stanc on deve Joison ; 392, La (non pas Ja);
39«> '".?'-; 400, demeuedeo, son gaie t. : 401, E dolccnwnt de ver r. (sic). A la
P- 25, au V. 2, hiaus s. /. senhlant ; 5, halcciste, lordans ; 11, cantant; 39a, rot
lorel cors tôt s. ; 413», 414^ wauqnent ; 429, ms c. w. ; 434, San Sevaor ; 444
im',««/;447, (^colee; 448s O/; 450, r/«/o/ . a. ; 450e Cornehusines mènent t. t
(le V. ne manque pa.s); 450^, lègue; 452a, D. Gihorge dnlce suer dulcea. ; 452?
Qeaie enstor (sic) coardie a. m. s. traiçon v.e bosdie; 453a, /,;-/. 458b, ^ow/; 463'
enaudte ; 480, paganie ; 482, eschie ; 484, aidie; 485, rom" ; 490, Avoc; 524,'
in-o/*-; 593, a>»055rt«ra, cropere; 623, /o;v//£;-; 629, Cfl»c n. pot, feis ■ 640b, /^
pwst b. ; 640c, £„ s. g. la soe arme aseir; 640s Z.î suens b., rasir;64oi', Aine le
doit len molt v. 0. ; 640g, En totes cort esaucer e ioir ; 640^, Maint buen esemble i
p. hom r. Les trois vv. qui suivent sont : Qi de Giell. set canter e. s. B endre-
Trr' " ''^^'"'"' ^"■'"" ' """'" ' ^''""*' ^ ''■ ^^4, ces (et non pas ses). 650,
Mal. Apres 650 (65 i manque) : i , gariroit, ors qi fu /. 2. Oe, suens cors n s.
dtmembreç ; 65 3a, nos ; 684, V. lasoleç ; 685 , adonc sest d. ; 696, riç. s. c ; 697
Sets m. croyses, piç. ; 698, son. ; 700, sa c. ; 702, Dores, sanglotant ; 7 1 8, mai ] 724'
Jraue, mire n. tuçans ; 727, elemans; 739, vostre;'j44, convenians;^^^, cheeles.
783S i"on. Dans le vers qu'ajoute le ms., la leçon est mon petit ae ; 784 O ie
antre mes (erreur intéressante) ; 819k, après ce vers: lel demandai por denZ un
at'eit men doua por deu de maieste; 819P, vosav.;d,6i, Fors tant G. ■ 872
U a.escu^ lo vo.t escoveter; 887c, marlir; 904, Desoç labre li est aleç colcber
993, la laisse finit avec ce vers 1 107, i et 2 .• .V. t. lairemes por un moy dor fondu
uisque a cel bore qaurastocef perdu: iiix,parseu. Après 1113, Onqes nenblai
vathsant un escu; 1130,1,2, 3 : ces vers se trouvent dans M. ; 1 153 i ce
vers se trouve dans le ms. M. ; 1251, E. p. l. b. li s. v. raya ; 1258. /. e flam-
3 lé COMPTES RENDUS
hoia ; 1 265 , cek spee cia ; 1 286, lo fenist, lo hasta ; 1330, en aureç ; 1 3 5 1 , C. qen
p. 1356, pas de ci; 1356, i, T.q. i. rai; 1414, pihttin. Après 1435, P. lateti-
drai Tiber rostre c. ; 1539, ^^'^'' 'S^o, laltrier ; 1643», Isoreç ; 1667, Corsus
daverse; 1705, Oi vient a 0. asiulir e preer; 181 2, Seust Giell. ma compagne
menée; 1816, desivree; 1821, Meis per G. tnolt en fn esfracce; 1863, Sor toç les
autres si sayda Vivian^; i85i«, sarragoçans ; 1909, di cel iuis ; 2029» : ce v.
existe; 2218, son escu; 2566, ce vers est comme dans le texte, seulement :
re:^; 2389, E il sentorne el palais se n fnonte:^^; 2593, î'. 1ère sest encline^;
2447, Q^ ^0 ^on perd cheu^ est in vilte~; 2487, ce v. se trouve dans le ms.
(roogner). 2488, lo cors h. 2510, 5^0-/^. 2739, De canes. 2772, Taiste
l'impératif) /JM/é-zw dist lise prcn'ee. 3053. Est ce la fable de tor et de nuiton.
(Ajoutons, enfin, que le nom de Tibaut s'écrit aux vv. 4141,4170, et aussi au
q. 2773, Tibaui de Rabie vos a soiornee; et que celui d'Aimer s'écrit Kay merise
lo caytis (v. 4178), Aymeris li caitis (v. 2601), et Kaymer (vv. 4233, 4253,
4264, etc.).
En voilà assez gour faire connaître l'état du texte et des variantes publiées
d'Aliscans. Les jeunes éditeurs ont abordé, un peu à la légère peut-être, une
des plus lourdes tâches qui s'imposent à un éditeur de poèmes en ancien
français. Si leur attente reste un peu déçue, la faute en est, pour une part, à
autrui, car ils ont péché par un excès de confiance dans des collations qu'ils
n'avaient pas faites eux-mêmes. En somme, le travail des trois éditeurs,
malgré les imperfections que nous avons dû v relever, témoigne en faveur
de leur zèle, de leur diligence et de leur bonne loi.
Ravmond Weeks.
Manuel pour servir à, l'étude de l'antiquité celtique,
par Georges Dottin. Paris, Champion, 1906. In-12, 408 pages.
Excellent manuel, dont on ne saurait trop recommander la lecture aux
Celtomanes attardés. L'auteur montre, avec une critique aussi éclairée
qu'impitoyable, combien sont peu solides les bases où s'appuie notre con-
naissance du monde celtique dès que nous voulons remonter par delà les
monuments des Celtes insulaires, c'est-à-dire antérieurement au viiie siècle
de notre ère. Le chap. 11, consacré à la langue, sera particulièrement utile
aux Romanistes, non qu'il s'y trouve des faits nouveaux, mais parce que
l'auteur a fait un effort méritoire pour répartir en sections nettes les maté-
riaux linguistiques que l'antiquité nous a transmis et les conjectures par
lesquelles on a cherché à augmenter la somme de ces matériaux. Il semble
cependant que M. D. soit trop porté à rabaisser le degré de certitude de nos
connaissances en cette matière délicate. Il dit fort sagement (p. 96) :
« Les seuls mots celtiques dont l'existence sur le continent puisse être
démontrée sont ceux qui ont persisté à la fois dans les langues celtiques et
dans celles des langues romanes qui sont parlées dans les pays jadis occupés
DOTTiN, Manuel 317
par les Celtes». Comment se fait-il qu'il ait omis le mot vidiibium, dont le
caractère intrinsèque accuse lumineusement l'origine celtique, et qui est
devenu le franc, vottge, le prov. vei^og, le gasc. hedoi, etc. ? Cette étymologie,
amorcée par M. Mever-Lûbke. parachevée par MM. Thurneysen et d'Arbois
de Jubainville, me paraît une des plus belles victoires de la philologie à la fin
du siècle dernier; lesilencede M. D. est-il une inscription en faux là contre,
ou un simple oubli? D'autres omissions m'ont aussi frappé, quoique moins
déconcertantes ; mais ce livre se donnant surtout comme un livre de vulga-
risation, il n'y a pas lieu d'insister sur ce point. Je me borne à indiquer
quelques retouches que j'aimerais à voir introduire dans la prochaine édition
que M. D. donnera au public.
P. 25, Cenomani; non, mais Cenoiiiaiiiii, car M. D. sait aussi bien que per-
sonne que la capitale de cette peuplade gauloise s'appelle aujourdui Le Mans,
et non Le Mains. — P. 28-29, les noms de peuples mentionnés parce qu'ils ont
survécu « soit comme noms de pays, soit comme noms de villes » sont divi-
sés en deux séries, mais il aurait fallu, pour être logique, ne mettre dans
la première que ceux qui n'ont pas de représentants dans un nom de ville
correspondant au nom de pays, tels que les Caîeti du paysde Ca?/.v, les Medidi
du Mèdoc, les Arvcnii de V Auvergne (je rappelle, en passant, que Auvergne
vient de Arveruicus et non de Arvernin ; cLJourn. des Sav., 1901, p. 568, et
Rcv. critiq., 1905, 2'-' sem., p. 57) etc., et renvoyer à la seconde les Andecavi
(Angers), Pictavi (Poitiers), Peirucorii (Périgueux) et Viromandui (Vermand).
— P. 55, marga : il n'y a aucun doute que luarga, par un diminutif * margula,
soit la base du franc, marne, mais pour prévenir le doute que M. D. croit
devoir exprimer, il fallait dire que marne est une déformation récente de
marie. — P. 60, caio : le mot quai est aussi à mentionner, à côté de chai,
comme forme dialectale ayant fait brèche dans le vocabulaire général. — P. 62,
niarcus ou emarcus : le franc, marc est sans rapport avec le mot de Columelle :
il vient de marcher, au sens propre de « fouler ». — P. 64, opulus et p. 65,
viriola : ces mots figurent à tort parmi ceux qui ne sont pas conservés par
les langues romanes : cf. ital. oppio, franc, virole, etc. — P. 65, [iiÀ'.vo'jvTia :
cf. esp. beleùo et mon mémoire intitulé : Roger Bacon et les étudiants espagnols
dans le Bull. hisp. de 1904, p. 26. — P. 67, Ôoj/.'ove et odocos : cf. ma note
sur certains noms de l'ièble dans le sud-est de la France, Mélanges d\'tym.,
p. 149. — P- 7S, taringa : la seule forme à prendre en considération est
tarinca, d'où le franc, dial. taranche, cf. mes Mélanges d'étym., p. 149. —
Ibid., mercasius : le mot est bien de « ceux qui n'existent pas en celtique »
mais il ne fiiudrait pas le mettre avec « ceux qui n'ont pas subsisté dans
les langues romanes » : c'est le franc, dialectal marchais tout craché (cf.
Godefrov, M.\RCHOis I).
A. Th.
3l8 COMPTES RENDUS
Cartulaire du prieuré de Saint-Mont (ordre de Cluny),
publié pour la Socictc historique de Gascogne, par Jean de Jaurgain,
avec introduction et sommaire par Justin Maumus. Paris. Champion ;
Auch, L. Cocharaux, 1904. ln-&°, xiv-152 pages.
Cartulaire de l'abbaye de Gimont, publié pour la Société histo-
rique de Gascogne, par Tabbé Clergkac. Paris, Champion ; Auch, L. Cocha-
raux, 1905. In-80, xvii-)03 pages.
La Société historique de Gascogne, qui édite les Archives historiques de lu
Gascogne, mérite la sympathie et les encouragements de toutes les personnes
qui s'intéressent à l'histoire, entendue dans le sens le plus large, du sud-ouest
de la France. Elle a mis au jour des documents d'une grande importance,
dont peuvent tirer profit non seulement les historiens, mais aussi les philo-
logues. Il suffit de rappeler que c'est à cette Société qu'est due la publication
des Comptes des frères Bonis, dont il a été rendu compte ici-même (XX, 170,
XXV, 473), et dont l'importance, pour la philologie provençale est si grande.
A ce point de vue, les deux volumes que nous annonçons présentement
sont assurément d'un moindre intérêt. Ils méritent cependant d'être signalés
à nos lecteurs. Le cartulaire du prieuré de Saint-Mont (Gers, canton de
Riscle) est pubUé d'après un manuscrit jusqu'ici inconnu, crovons-nous, qui
appartient à un particulier. Il en existe à la Bibliothèque nationale (lat.
5460 a) une copie du xvie siècle, dont M. Luchaire a extrait quelques morceaux
pour son Recueil de textes gascons (n° 39). C'est un recueil de chartes, et sur-
tout de notices, rédigées au xie siècle, en latin, naturellement, mais où appa-
raissent de temps en temps des mots gascons, tantôt sous la forme vulgaire,
tantôt légèrement latinisés. On y relèvera notamment beaucoup d'exemples
de l'art, féminin ~a, plur. las, ce qui n'exclut pas l'emploi de la, las : ^fl
Costa 71 ', -afaiirga 123, :^fl Jita 127 (la fita 95), -« lana 50 (la lana, 130),
la montaia 71, 116, -a Ossera 152, -J poiole 134 (la poiola 70), ^as cornes 71.
Les éditeurs impriment en un mot Zacosta, Zafaurga Zafita, Zalana, etc.,
ce qui peut se défendre, mais, à la table, ces noms sont relevés sous la forme
actuelle : hicoste, Lafitte, Laforgue, Lalanne, etc. Il eût fallu du moins relever
aussi les formes des textes avec renvoi à la forme moderne. P. 74, figure un
paysan w cognomento Desafontana «, ce qu'il eût fallu écrire en trois mots,
ou au moins en deux. Or à la table ce nom figure uniquement zLafontaine.
On voit, par ces détails, que l'édition n'a pas été faite avec beaucoup de
compétence.
Et en eflfet, sans rien retirer des éloges décernés plus haut à la Société
historique de Gascogne, il faut avouer que le travail des éditeurs n'a pas été
bien conduit. L'annotation, qui porte principalement sur les noms de per-
I. Je cite par pages.
Cariulaires de Saint-Mont et de Giniont 319
sonnes, est suffisante ; on aurait désiré davantage en ce qui concerne l'identifica-
tion des noms de lieux. La table est médiocre. Mais ce qui laisse le plus à dési-
rer, c'est d'une part la critique diplomatique, et d'autre part l'établissement du
texte. La critique des documents n'est pas faite. A cet égard l'introduction est
nulle, et l'annotation ne comble pas les lacunes de l'introduction. Voir d'ailleurs
sur ce point les observations de M. Labandc dans la Revue critique du 17 octobre
1904 et celles de M. Samaran dans Le Moyen Age, 1905, p. 87-91. Q.uant au
texte, il est visible que les éditeurs n'ont pas l'habitude d'imprimer du latin.
Les fiiutes tvpographiques abondent, et il s'en faut que toutes soient relevées
à l'errata. Les mots sont souvent mal coupés; ainsi la conjonction qM est
toujours séparée du mot auquel elle devrait être jointe : veiiianl que, testibus
que, etc. Citons encore soluin modo, atite dictoruni,vice couus, et, inversement
exquinque. On peut même se demander si les auteurs ont toujours su bien lire
le manuscrit qu'ils ont édité. J'en doute. P. 105 : « ut redimat quuin volue-
rit ». 11 n'v a sûrement pas quuiu dans le ms. ; je suppose qu'il y a l'abrévia-
tion bien connue de qiuindo. N'avant pas la possibilité de consulter le ms.
original, j'ai eu l'idée de comparer quelques pages de l'édition avec la copie
de ce ms. que possède la Bibliothèque nationale (lat. 5460 a), et j'y ai relevé
des leçons meilleures que celles du texte imprimé et qui, sans doute, se
trouvent aussi dans l'original. Ainsi, p. 6 « cum uxore mea... ac filiis vieis »,
ms. nostn's. Même page, « Juraverunt vero », ms. ergo. P. 7, « in circuitu et
iiique », ms. ubique. Même page, « et insuper bannum comitis Guasconie
quart dampnum quod fecit quadruplicatum reddat », au lieu de quare le ms.
a el. Ibid. « meuse martis », ms. martio.
L'édition du Cartulaire de l'abbaye de Gimout ' est meilleure, bien qu'elle
ne me donne pas encore toute satisfaction. L' introduction — qui d'ailleurs se
lit avec intérêt — est un peu maigre. L'identification des noms de lieux^
donnée en note et non répétée à la table, n'est pas poussée assez loin. A mon
avis, et pour éviter de constantes répétitions, ces identifications doivent être
données non en note, mais à la table. Les noms que l'on ne peut arriver à
déterminer, doivent être signalés (toujours à la table) par une note telle que
celle-ci « non identifié » : mais, en général, dans un cartulaire, il doit être
possible d'indiquer, au moins approximativement, la situation de chaque
nom de lieu. De plus, je suis d'avis qu'il faut identifier non pas seulement les
noms de lieux qui figurent comme tels dans les chartes, mais aussi les noms
de lieux employés comme surnoms. La table ne contient que les noms de per-
sonnes et de lieux : les matières n'y sont pas représentées. De plus elle présente
le même défaut que celle du Cartulaire de Saint-Mont : elle donne les noms qui
ont pu être identifiés sous la forme moderne, négligeant la forme ancienne.
Il y a même. des contradictions quant à l'emploi des formes modernes : ainsi
un Geraldus des (ou de;) Broil figure, avec son épouse Gazen, dans les
I. Ch.-l. de cant. de l'arr. d'.\uch.
320 COMPTES RENDUS
pièces I et 2 du Cartulairc (pp. i et 3). A la table (sous Hrouilh) ce person-
nage est appelé une fois « Geraud du Brouilh » et une autre fois « Guiraud
du Brouilh ». Les formes anciennes que l'éditeur n'a pu traduire en formes
modernes sont insérées à la table, mais sans aucun effort pour rapprocher
les variantes. Ainsi je trouve à la table CotiUiiagas et Goliaiiicigas. Je suppose
que c'est le même nom. Mais on ne nous le dit pas. Il aurait au moins fallu
un renvoi de l'un à l'autre.
Si j'insiste sur ces détails, c'est parce que les défauts de méthode que je
relève ici sont trop fréquents dans les éditions de cartulaires et qu'il est grand
temps que les auteurs de ces éditions se persuadent qu'il ne suffit pas pour
bien publier un cartulaire, de posséder une bonne connaissance de l'histoire
et de la géographie locales : il y faut encore une préparation spéciale qui,
malgré les progrès de la science diplomatique, n'est pas encore assez répandue.
Maintenant quelques mots sur l'intérêt que présente le cartulaire de
Gimont au point de vue linguistique. Ce recueil contient plusieurs centaines
de chartes réparties, selon qu'elles se rapportent à l'abbaye ou à ses dépen-
dances, en six séries. Ces chartes se placent entre les années 1 142 et 1233. Elles
sont en latin, sauf une (p. 445) qui est en gascon et est datée de 1188. Mais,
un grand nombre de ces documents latins contiennent des mots gascons que,
généralement, l'éditeur a imprimés en italiques. Beaucoup de mots, affublés
d'une terminaison latine, sont aussi de purs mots gascons, comme par
eii.esdegatutti, pp. 11, 121, etc., signifiant « limité » ; cf. Lespy et Raymond,
Dict. béarnais, sous ESDEGAMENT. Je signale au hasard quelques faits intéres-
sants. Il parait v avoir des exemples du passage de ;ç à r (ou inversement), si
du moins Bernart d'Airraii, 59, est le même que le Bernart d'Avezan qui figure
ailleurs (voir la table, mais la table enregistre Averan et Ave~aii sans identi-
fication ') . Je trouve CasariJs 339, et Carerih 432; je suppose que c'est l'un
des Ca:^aril, Caiarilh qu'indique le Dictionnaire des Postes, mais ' l'éditeur du
cartulaire nous laisse dans l'incertitude. — Dans les pièces de ce cartulaire,
l'art, féminin est, non pas :(a ou sa, comme dans le cartulaire de Saint-Mont,
mais cba : ad clfartigain 4, a cliartiga 8, de cUartiga 4, 5, 9 {de Vartiga 5,
l'Ç) de cba Br liguera 3, 17, de cha Jorga 135, 411 ; Je cha garda 4, "j ; de cha
hna 2, 25 (la lana 54); a cha nia{era 57, de cba niaiera 8, 13, 16; au plur.
de chas laceras 42. Ces formes ne sont pas relevées à la table ; pour parler
plus exactement, l'éditeur les a insérées sous une forme francisée : Artigue,
iMrtigiie, Bni^iùre (de la), Forgiie (de la), etc. L'art, masc. est e^ ou es (ou
peut-être simplement i, s) : de:( Broil, 1,4, 15; de^ Brolio 8 (aussi del Brol) ;
des Biisqiiet 22 ; dei;^ Casai 53 ; J^i Porcelencs 2 ; de:^ Prad 14, etc.
Il v aurait à faire d'autres observations linguistiques, mais je ne veux pas
allonger outre mesure ce compte rendu.
I. C'est Avezan, Gers, cant. de Saint-Clar. Il y a un Averan dans les
H.-Pyr., cant. d'Ossun.
Comptes consulaires d'Albi 321
Les cartLiLiircs, ceux du Midi surtout, peuvent fournir beaucoup d'informa-
tions utiles aux études linguistiques. Les philologues se joignent aux diplo-
matistes pour demander qu'on les publie, non seulement avec soin, mais avec
la méthode que ce genre de publications comporte.
P. M.
Douze comptes consulaires d'Albi du XIV*^ siècle, par
Auguste ViD.\L, t. h'\ Paris, Picard; Toulouse, Privât. 1906. In-8'-', viii-
576 pages {Archives historiques de V Albigeois, fasc. VIII).
La ville d'Albi possède une fort belle série de comptes qui commence en
1 5)9 et qui se poursuit jusqu'à notre époque, non sans de nombreuses lacunes.
Plusieurs des comptes qui subsistent sont plus ou moins endommagés, mais,
tel qu'il est, ce fonds n'en forme pas moins un ensemble précieux pour l'his-
toire politique et économique, et aussi pour l'histoire de la langue.
M. A. Vidal a entrepris courageusement la publication des plus anciens registres
(jusqu'à la fin du xiv^ siècle) sans se dissimuler les difficultés de tout genre
d'une aussi longue tâche. Il eût été certainement désirable que ces documents
formassent une série unique, mais les circonstances ne l'ont pas permis.
iM. Vidal a d'abord publié, comme tome V de la Tiihliothcque niàidioiiale, le
compte le plus ancien, celui de l'exercice 1359-151^0 ■; il annonce aujour-
d'hui la publication en deux volumes des douze comptes suivants-. Ceux que
renferme le présent volume se rapportent aux exercices 1 360-1, 1568-9»
1569-70, 1370-1, 1374-5, 1377-8, 1380-1. Suit une bonne table des matières
et des noms propres 5. Un glossaire sera joint au deuxième tome. Le texte
est en général correct ; la plupart des fautes ont été corrigées dans le long
errata q'ii termine le volume. Voici cependant de nouvelles corrections pour
les cent premières pages. P. i, art. 8, « e acné, escrig », suppr. la virgule.
P. 6, art. 68 botuola (bouteille), mais, p. 45, art. 415, botiohi, et, p. 55, art.
669, botola. P. 16, art. 171, « que so frangia », lire sofraiigia (z=. sofranhia),
1. Voir Roviaiiia, XXIX, 447.
2. La publication n'est pas complète. Ici comme pour le compte de 1359-
60, M. V. a omis les articles sans intérêt ou qui font double emploi avec
d'autres.
5. Cette table laisse cependant à désirer sur certains points. Il n'y a pour
chaque nom ou objet qu'un seul renvoi, et souvent il en faudrait "deux ou
trois. Ainsi : « Ipre (draps d') », mais il manque un article Ypres et un
article dr^ips où on aurait mentionné non seulement les draps d'Ypres, mais
aussi ceux de France (p. 46 et 246) et de Fanjeaux (p. 52), de Toulouse
(p. 280). M. V. classe les noms propres aux surnoms : « Cop (Peire del) » ;
soit! mais il fallait faire un article à « Peire del Cop ». Puis il y a, dans les
renvois, quelques erreurs; ainsi, « lo Bore de Bertal », est nommé p. 96, et
non 95 (outre qu'il faut, je crois, lire Bort, « bâtard » ; « Pancaroca, 201 » ;
lire : « Pancaroca (Bernât), 204 ».
Romania, XXXV 21
322 COMPTES RENDUS
« manquait ». P. 26, art. 222, « prep », Vireprop'} P. 54, art. 640, lire
aurpinieiit, en un mot. P. 59, art. 782, la correction proposée n'est pas accep-
table, il faut lire sol eslar, en deux mots. P. 65, art. 889, loguier, 1. hi^uier.
P. 67, art. 920, que faut-il entendre par « draps de vcrvi} Dans le compte
de 1359-60 Cp- 81, art. 629) M. V. lisait « drap de vcnii », et disait en note
qu'on pouvait lire verm. P. 88, art. 641, ciicro, 1. anero. P. 95, art. 1678,
tracsiicio, lire tacsacio. P. 98, art. 1^41, piinisi, \. parisi. P. 99, art. 1766, « a
las processios de Koit:;;^os », I. Roa:^os.
P. 137, la citation du poème de la croisade albigeoise (vv. 1074-5) est
incorrecte. — P. 144, la note sur le maréchal Arnoul d'.\udrehem est insuf-
fisante. Il fallait renvoyer au mémoire d'Emile Molinier (Acad. des inscr.
et belles-lettres, Mémoires présentes par divers savajits, 2= série, t. VI, première
partie). Ce personnage figure plusieurs fois dans les comptes (voir la table,
sous AuDEN.w, et Yerrata). Plusieurs de ces mentions peuvent servir'à fixer
divers points de l'itinéraire du maréchal. — P. 297, la note donne à croire
que l'éditeur n'a pas compris le mot aquereguda, part. p. d'iUjiierre, se
rapportant à viiiba qui précède.
Malgré quelques imperfections, cette publication est très utile et on ne
peut qu'en souhaiter le prompt achèvement.
P. M.
I. Toutefois il v a ailleurs aprep pour apiop.
PÉRIODIQUES
Zkitschrift rùR romanischk Philologie, XXIX (1905), 5. — P. 5 i 5,
A. Homing, Lit. ambitus im Romainscbeii. M. Horning étudie successive-
ment, jo le français andain et les formes apparentées, aude, aiidon, aiidèe, etc. ;
2° le provençal amie, andi, antc; 3° les représentants de a m bit us en Italie
et dans la péninsule ibérique; 40 le type *andaginem ; 5° les rapports
de l'histoire de ambitus avec le problème andare ^= aller. 10 Andahinest
pas, comme Fa pensé G. Paris, indaginem. Cette étymologie est impos-
sible pour des raisons phonétiques (an- au lieu de en-, la dentale sourde des
formes telles que le milanais antelt), morphologiques (les formes simples
aude, ont ou dérivées ande'r, andd ; les formations telles que andel, andée,
andaiue ; les dérivés desandener, etc., et non * desandaignier), sémantiques (le
sens d' « enjambée » et l'emploi comme mesure d'espace ou de durée peu
considérable). Au contraire ambitus se présente avec le sens de « bande de
terrain étroite, de 2 pieds et demi de large » (Festus), c'est-à-dire à peu prés
large d'une enjambée, de là ande, puis andain et autres dérivés, avec la valeur
primitive d' « enjambée », appliqués ensuite à la bande de pré fauchée par
chaque travailleur et dont la largeur est égale à l'écartement des jambes du
faucheur. Sans prétendre conserver l'étymologie indagine >> andain,
nous remarquerons qu'au point de vue du sens, les objections de M. H. ne
sont pas toutes convaincantes : G. Paris voyait surtout dans Vandain
sa longueur, frappante par rapport à son étroitesse, le sens d' « enjam-
bée » pouvant être dû à un développement secondaire; pour M. H. c'est
l'inverse qui est la vérité : Vandain -doit son nom à sa largeur d'un pas, la
longueur n'y est pour rien ; cependant si nous remontons au type latin qu'é-
tudie M. H., nous y retrouvons précisément la même succession de sens
que M. H. rejette pour le français : si ambitus a pu prendre le sens
« d'espace de terrain de deux pieds et demi », ce n'est qu'après avoir dési-
gné une bande de terrain beaucoup plus longue que large et cela me paraît
fort clair encore dans Festus, « ambitus... circuitus ivdificiorum patens in
latitudinem pedes duos et semissem, in longitiidinem idem quod xdijicium ».
Pourquoi n'en serait-il pas de même en français ? L'on a, il est vrai, en Picar-
die ander, « mesurer par pas », mais, les bandes parallèles des andains
324 PERIODIQ.UES
étant de largeur sensiblement pareille et égale à un pas, leur nombre peut
servir à mesurer un pré et c'est ainsi qu'on peut mesurer la largeur d'un
vignoble au nombre de ses ratig^s de vigne. Des expressions comme // y a
belle oiuiaine = « il y a longtemps à attendre » s'expliquent par la longueur
de Vanddin mieux que par le sens d' « enjambée » (cf. un beau ruban de
route, un ruban de queue). Andée atandain, au sens de « court espace ou courte
durée », peuvent s'expliquer comme le verbe ander ; quant à ondée, dans l'a.
fr. (/ une ondée =: ;< d'un seul trait, d'un même coup », il s'accommoderait
aussi bien du sens de « andain » que de celui d' « espace étroit » (cf. tout
d'une raudoiià\ d'une seule course, d'une traite). Je me garde de conclure pour
un des deux développements possibles, n'ayant voulu que montrer l'incerti-
tude où me laissent certaines propositions de M. Horning. Il faut consta-
ter encore que nous n'avons pas la certitude que ambitus ait perdu le sens
de « pourtour, enceinte, passage réservé », pour se limiter au sens de
« mesure d'un pas ». C'est cependant sur cette dernière valeur précise que
M. H. se fonde pour rattacher à ambitus andan « palonnier », landon,
« bâton suspendu au cou des animaux pour les empêcher de courir », lande
« traverse de clôture », andier, landier, la dimension de ces divers objets
étant à peu près celle d'un pas. — 2° Au sens déjà indiqué de ambitus
« espace réservé autour d'un édifice », M. Settegast avait déjà rattaché le
prov. andc « place ». M. H. précise cette idée et ramène par là à ambitus
les mots tels que alandd, alandri, etc. « donner du large », landiè «. cou-
reur » et aussi l'a. fr. luiidore « fainéant » et les nombreux mots apparentés'.
II est impossible de citer ici tous les mots romans dont M. H. traite
dans la suite de son étude. Dans la dernière partie, M. H. montre les con-
clusions qu'on pourrait tirer, pour la solution du problème aiidare=i: aller, delà
vérification de son hypothèse sur la vie florissante de ambitus en roman, et .
des points de contact entre ses représentants romans et des mots de la
famille andare, p. ex. prov. alandd et it. dar Vandare : l'étymologie andare
<; *ambitare y trouverait à la fois un fort appui pour l'existence de
*ambitare et de sérieuses probabilités pour la grande extension de ce type.
— P. 552, H. Schuchardt, Ibero-romanisches und Roniano-baskisches. Ces notes
sont le complément du remarquable article publié par M. Sch. dans la Zeii-
schrift, XXIII, 182, Zunt Iberischen, Roniano-baskiscben , Ibero-romanischen (sur
cet article, cf. Romania, XXVIII, 457) et répondent aus observations présen-
tées par M. Baist dans le Kritischer Jahresbericht , VI, i, 383 ; elles concernent
les mots espagnols bicerra, vega (et la double série espagnole vega, manteca,
talega et portugaise veiga, manteiga, taleiga), nava, artiga, cor:(^o, garuUa,
guija, légamo, tapia. M. Sch. termine p?r la critique de rapprochements pro-
posés par R. Gutmann entre les mots basques sar)ia « gale », sarats « saule »
et des formes analogues mag}'are et finnoise : sarna qui n'est pas connu des
I. Cf. sur ce point, H. Schuchardt, Zeitschrift fur roman. Philologie,XXX, 83.
PERIODiaUES 325
basques français, appartient par contre au catalan, au portugais et à l'espa-
gnol, d'où il est sans doute passé en basque, saiiits car. le latin sa lice. —
P. 566, G. de Gregorio, Il codice De CruyUis-Spatafora in antico siciliano del
sec. XIV couteneute « La Mascalcia di Giordano Rii/o ». M. de Gr. publie,
sans les figures, le ms. qu'il avait fait connaître dans la Rovmnia, XXXIII,
368. — P. 607, C. Michaëlis de Vasconcellos, Enger, inçar. Les explications
diverses se succèdent pour l'a. fr. aeugier, mod. enger : après ingi guère,
enecare, *amputa + icare, etc., M. Ulrich avait récemment proposé
{Zeilschrift , XXVIII, 564) *adamplicare, il considérait donc comme primi-
tif le sens d' « accroître »; M. Jeanroy (Komaiiia, XXXIII, 602) a suggéré
*ad-undicare, le sens primitif étant selon lui « remplir » ; M™«M. de V.,
qui n'a sans doute pas connu rhvpothcse de M. Jeanrov, et en tout cas ne la
discute pas (la Zeitschrijt date cette note du 24,1,1905 et celle de M. Jeanrov
a paru dans le dernier numéro de 1904 de la i?owi/«/fl), repousse l'étymologie
de M. Ulrich : étudiant parallèlement le fr. enger et le port, inçar, elle pense
que le sens primitif de ces deux verbes est « faire des petits, se reproduire,
pulluler » et elle les rattache tous deux par l'intermédiaire des formes diverses
*ad -f-iudicare > aengier et *indiciare > sarde an-^are, port, inçar,
etc., au lat. index, dont elle avait déjà étudié {Zeilschrift, VII, 113) les
représentants portugais et italiens, au sens de « nichet, œuf placé dans le nid
des poules pour les exciter à y pondre », cet o vu m index étant considéré
comme le point de départ de la couvée dont il a été l'occasion. Pour le
sens, l'on peut comprendre que ind icare ait fini par signifier « avoir des
petits », par des intermédiaires tels que « pondre, couver, auprès de V index »,
mais l'on se demande pourquoi un sens défavorable s'est attaché à ce mot à
la fois er. France ou en Portugal. Noter p. 614-16 de nouveaux renseigne-
ments sur les représentants portugais de index.
MÉLANGES. — P. 618, Ed. Lidforss, Zitm « Poema del Cid », v. 1235-57 :
modification delà ponctuation du v. 1235, Las niievas del caiiallero , ya nedes,
do legaiian, Grand alegria, etc., et correction au vers 1557, Los sos despendie el
nioro, que de lo so non toniavan nada. — P. 619, V. Crescini, Postilla morfolo-
gica al Ritino Cassinese. — P. 620, H. Schuchardt, Sachen und Wôrter.
M. Sch. présente quelques réflexions sur l'étude des objets, inséparable de
l'étude des mots, à propos de la belle publication qu'il a dédiée à A. Mussa-
fia, des travaux de R. Meringer dans les Indo-gernianiscbe Forschungen, XVII
et XVIII, Wôrter und Sachen et de l'étude de Gilliéron et Mongin, « Scier »
dans la Gaule romane du Sud et de VEst. Il fait un éloge mérité de ce dernier
ouvrage où il reconnaît une des plus importantes publications parues depuis
longtemps dans le domaine de la linguistique romane, parce qu'elle apporte
une nouvelle méthode de découverte et de solution des problèmes. — P. 622,
H. Schuchardt, Gn'/Zow. Courte remarque sur l'art. d'Ant. Thomas, Romania,
XXXIV, 287 ss ; — Entre chien et loup : exemple hébraïque de l'expression,
nouvelle preuve de son origine orientale ; — Roum. « scâlànih » ; observa-
tions sur l'étymologie scàldmb < *scalambus = cjy.aXr|Vo; -j- strambus
326 PÉRIODIQUES
proposée par S. Pir.cariu. — P. 624, J. Ulrich, Fi\ viod. « baliveau « =
a. l'r. heslif =z bis-x'quum avec iigglutination de l'article, le baliveau étant
réservé parce qu'il est mieux venu et se distinguant ainsi des autres arbres
(fort douteux). — ËngaJ. « tuaschdina»,iiiédicante7it : croisement de medicina
et misci tare.
Comptes rendus. — P. 624, J. Trénel, Uancien Testament et la hnicrue
française du moyen di^e (Ph. A. Becker). — P. 626, J. Fitzmaurice-Kelly,
Lx>pe de Vega and the spanish drania ; G. W. Bacon, An essay upon the lije and
draniatic worhs of D' Juan Peie^de Montalvan; D. E. Martell, The dramas of
Don Antonio de Solis y Rivadeneyra (W. v. Wurzbach). — P. 629, L. Abeille,
Idionia nacional de las Argentines (P. de Mugica). — P. 631, G. Weigand,
Zehnter Jahreshericht des Instituts fur ruinânische Spracbe (S. Puçcariu). —
P. 635, Le Moyen-Age, XVII (F. E. Schneegans). — P. 658, Giotuak storico
délia Litteratura Italiana, XLV, 2-3 (B. Wiese). — P. 640, Livres nouveaux
(G. G., H. R. Lang, P. Savj-Lopez).
XXIX, 6. — P. 641, H. Suchier, Vivien. [On a vu plus haut, p. 258,
par l'article de M. F. Lot, combien sont fragiles les bases sur lesquelles
M. Suchier fonde ses conjectures. Je dois dire que, avant tout examen des
éléments historiques de la question, les hypothèses de M. Suchier, malgré
l'assurance avec laquelle elles sont présentées, m'avaient paru au plus haut
degré invraisemblables. A tout le moins aurait-il fallu commencer par prou-
ver qu'on s'était trompé jusqu'ici en localisant la lutte de Vivien contre les
Sarrasins soit dans le sud de France soit dans l'Espagne du Nord. — P. M.]
— P. 682, G. Michaëlis de Vasconcellos, Randglossen :{}nn altportugiesischen
Liederhuch (suite). XV, Vasco Martin/, et D. Afonso Sanchez. — P. 712,
J. Hadwiger, Sprachgren:^en und Gren:imundarten des Valencianischen. L'au-
teur cherche à déterminer avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusqu'ici
les limites du dialecte valencien. Le travail a été exécuté sur place et, à ce
qu'il semble, dans de bonnes conditions, mais il a besoin d'être encore con-
trôlé. Il est fâcheux que M. Hadwiger n'ait pas joint à son mémoire une
carte, car il mentionne beaucoup de localités qui ne se trouvent pas dans les
atlas les plus accessibles.
Comptes rendus. — P. 752, B. Dimand, Zur rumànischen Moduslehre
(K. Sandfeld Jensen). — P. 744, W. Cloetta, Grandor ivn Brie und Gitillaunie
von Bapaume(P. A. Becker). — P. 750, H. A. Rennert, The life of U>pe de^
Vega (W. V. Wurzbach). — P. 753, Livres nouveaux (P. S.-L., G. G.). —
Index et Tables.
Mario RociUES.
Revue de philologie française et de LrrTÉR.\TURE, p. p. L. Clédat,
t. XIX (1905), no I. — P. I, P. Meyer, La simplification orthographique.
Réimpression du rapport que j'ai publié en 1904 au nom de la commission
ministérielle constituée pour préparer un projet de simplification de notre
PRRlODICiUES 327
Orthographe. — P. 27, H. Yvon, Viih'f de l'usage en matière dz langue et d'or-
thographe. L'auteur définit avec précision ce qu'on doit entendre par le mot
« usage » appliqué à la langue, et il n'a pas de peine à montrer que les idées
qui régnent à ce sujet sont fort vagues et que notamment, ce qu'on appelle
« le bon usage » est le résultat d'une conception assez arbitraire et qui varie
selon les époques. Il v a cependant, en ce qui concerne l'emploi des mots,
la construction des phrases, un usage moyen qui doit être respecté, mais,
pour l'orthographe, M. Y. établit sans peine que ce qu'on appelle l'usage
n'est qu'un tissu de contradictions qui appelle une prompte réforme. —
P. 48, Emm. Casse et Eug. Chaminade, Vieilles chansons patoises du Perigord
(suite). — P. 63, F. Baldensperger, Notes lexicologiques. Exemples pour servir
à l'histoire de certaines locutions de l'usage actuel. — Mélanges. P. 69,
P. Horluc, Faire la fête; épaille r= spatula. — Chronique. P. 75, La péti-
tion contre la réforme de Vorthographe. Cette pétition, d'une rédaction bizarre
est de la part de M. Clédat l'objet de sages critiques que malheureusement
ceux qui l'ont signée ne liront pas. — P. 80, La réforme de M. Michel Bréal.
M. Bréal, avant publié contre la réforme orthographique, un article singuliè-
rement rétrograde et d'une logique douteuse (Revue bleue, 18 février 1905),
M. Clédat se plait à lui remettre sous les veux d'anciens écrits où il approu-
vait ce qu'il blâme aujourd'hui. L'article de M. Bréal a d'ailleurs été
complètement réfuté par M. L. Havet dans un numéro suivant de la Rei'ue
bleue.
T. XIX, nos 2 et j. — p. 89, L. Vignon, Les patois de la région lyonnaise :
le pronom régime de la j^ personne, le régime direct neutre. Les formes sont
établies avec beaucoup de précision, et leur emploi est clairement défini,
mais l'oiigine et l'histoire de ces formes n'est pas toujours claire. En général,
c'est hoc et illum. — P. 140, P. Meyer, La simplification orthographique,
fin du rapport. • — P. 155, J.-H. Reinhold, Quelques remarques sur les sources
de « Floire et Blancefior ». Contredit sur certains points, l'opinion de M. G.
Huet, qui a maintenu son point de vue dans notre précédent fascicule, p. 93
et suiv. Cf plus loin, à la fin de notre Chronique, de nouvelles observations
de M. Reinhold. — P. 176, Emm. Casse et Eug. Chaminade, Vieilles chansons
du Perigord (suite). — Mélanges. P. 191, L. Clédat, L usage orthographique au
XVIIh siècle. — P. 194, P. Fabia, « Malgoirés », une étymologie toponymique.
Le Malgoirés dont s'occupe M. Fabia est un pays de la Gardonnenque, com-
pris par conséquent dans le dép. du Gard. M. F. croit en avoir retrouvé l'é-
tymologie dans le nom ancien de Mauguio, ch. 1. de c. de l'Hérault, à peu de
distance de Montpellier. Ici il faut s'entendre. Tous ceux qui connaissent
quelque peu la géographie ancienne du Languedoc savent que Mauguio (autre-
lois Melgueil) était le chef-lieu d'un comté, qui s'appelait « comitatus melgo-
riensis ». Mais pourquoi ce nom de Melgoriensis a-t-il été appliqué, au
xvie siècle, sinon plutôt, à un pays situé à quelque distance vers l'est, et qui,
dans les documents anciens, est appelé vicaria Mediogotensis, Mediogotvfn,
Mediogo^es, etc. ? Voilà ce qui est à expliquer, et, sur ce point, M. F. ne nous
328 ' PÉRIODIQUES
apprend rien ; il ne semble même pas voir comment se pose la question. Quant
à l'assertion, exprimée à la tin de l'article, que inediuiii serait devenu le syno-
nyme de podium ou de nions, je ne la crois pas fondée. — P. 199, L. Clédat,
Leveibe v falloir-faiUir ». — P. 205, J. Bastin, « Fiiillirai net « défaille ». —
Comptes rendus '. P. 205, G. Rydberg, Monosylhiba im Franiôslschen (G. S.).
— P. 210, Etudes de philolojrie moderne, p. p. la Société néophiiologique de
Stockholm, t. III (H. Yvon et L. Cl.). — P. 220, J. Bastin, Précis de phoné-
tique et rôle de raccent latin dans les verbes français, 2^ éd. (L. Vignon). —
P. 223, J. von den Driesch, La place de Vadj. épithète en ancien français
(H. Yvon). — P. 228, Chronique. Le rappoit de V Académie française sur la
réforme de l'orlhoi^nuiphe. Critique détaillée de cet étonnant rapport dont les
conclusions n'ont inspiré à personne plus de défiance qu'au spirituel académi-
cien qui les a rédigées. — P. 249, Ed. Philipon, Compte en dialecte lyonnais
du XI F^ siècle. Curieux document déjà publié en 1879, par un érudit lyon-
nais, mais dont M. Ph. nous offre une édition infiniment meilleure que la
précédente et accompagnée d'un glossaire. — • P. 266, Emm. Casse et Eug.
Chaminade, Vieilles chansons patoises du Périgord (suite). — P. 284, H. Yvon,
La grammaire française au XX^ siècle. — Comptes rendus. P. 300, A. Seche-
haye, L'imparfait du snbj. et ses concurrents dans les hypothétiques normales (sic)
en français (H. Yvon). — M. Niedermann, Contributions à V explication des
gloses latines (L. Vignon; cf. ci-dessus, p. 160). — P. 308, Gilliéron et Mon-
gin, Étude de géographie linguistique « Scier » (L. Vignon) ; cf. Romania,
XXXIV, 621.
P. M.
I . Nous ne mentionnons que les comptes rendus d'ouvrages qui peuvent
entrer dans le cadre de la Roman ia.
CHRONIQUE
Le 5 février dernier est décédé à l'âge de 79 ans M. Ed. Boehmkr qui, il y a
trente ou quarante ans, prit une part active au développement des études
romanes. 11 possédait, en des branches très diverses de l'érudition, des
connaissances spéciales. Ses idées étaient originales, souvent ingénieuses,
parfois téméraires. Une grande partie de son activité scientifique échappe à
notre appréciation. Théologien et orientaliste, il s'occupa d'abord de la
critique de l'Ancien Testament. Puis, vers 1865, il dirigea ses études vers
l'ancienne littérature italienne, et s'occupa principalement de Dante. En
1866, il écrivit un mémoire, imprimé à part, sur le De Mouarchia. Peu après,
il publia sur le De vitlgari eloqueiitia une brochure intéressante (1868) dont
G. Paris rendit un compte très favorable dans la "Revue critique (1869, II,
350). Les premiers volumes du Jabrhuch der Deutschen Dante Geselhchaft
contiennent plusieurs articles de lui. En 1871 il fonda les Ronianische Studieu
dont le premier fascicule, où il inséra deux articles, est entièrement consacré
à l'ancienne littérature italienne. Ce recueil se continua, paraissant à des
intervales irréguliers, jusqu'en 1885. Il forme six volumes ou 22 fascicules
que nous avons analysés régulièrement dans nos tomes I à XV. Nous avons
aussi rendu compte (II, 105) de son édition de la Chanson de Roland
{Rencesir.h) qui n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Du reste, ses travaux sur
la philologie française ne lui ayant probablement pas donné beaucoup de
satisfaction, il se tourna vers une autre branche de la philologie romane et fit
d'utiles publications sur la littérature roumanche, ou, comme il disait, rhéto-
roraane, notamment une importante bibliographie qui parut dans le tome M
des Roiihuiische Studieu. En même temps il poursuivait des études, où ses
connaissances théologiennes pouvaient Touver leur emploi, sur l'histoire de
la Réforme en Espagne. Son œuvre la plus durable est probablement son
livre publié en anglais sur les Spanish Rejormers (1874). Il y peu d'années
il faisait, en collaboration avec M. Morel-Fatio, un mémoire sur l'humaniste
catalan Pedro Valdès, mort dans les prisons de l'Inquisition en 1595, qui fut
publié dans le Journal des savants (1902). Ce fut probablement son dernier
travail. Boehmer avait été professeur à Halle de 1866 à 1872. A cette
dernière date, il fut appelé à Strasbourg pour v occuper la chaire de philo-
330 CHRONIQUE
logic romane. Il donna sa démission en 1879 après avoir eu, avec certains
de ses collègues, des querelles qu'il s'est plu à conter dans sa Revue (III,
626). Boehmer fut un homme très personnel, ayant plus d'intuition que de
méthode. Il supportait mal la critique et ne savait pas réfréner son tempéra-
ment combatif. Il perdait volontiers son temps en polémiques inutiles. Mais
ce n'était pas le premier venu. — P. M.
— L. Maximilien K.wvczy.nski, professeur de philologie romane à l'université
de Cracovie, est décédé le 12 avril dernier, à l'âge de cinquante-six ans. Il avait
étudié à Leipzig, à Zurich et à Munich et s'était d'abord occupé de littérature
moderne; mais un séjour à Paris, où il fut l'auditeur de G. Paris, en 1887,
le tourna vers le moyen âge. Il a été rendu compte ici même (Roiinviia, XX,
145-7) ^^ son remarquable mémoire intitulé : Essai comparatif sur l'origine
et Vhistoire des rythmes. Dans ses dernières années il s'était particulièrement
appliqué à étudier l'influence d'Apulée sur la littérature française du moyen
âge, et une série de publications se rapporte à cet ordre d'idées : Les métamor-
phoses d'Apidée (1900) ; LAmotir et Psyché (1901); Parteiiopeiis de Blois (1902) ;
Le Chevalier au Cygne (1903); Huon de Bordeaux (1905) ; Apulée a-t-il été
connu au moyen âge? (1905, dans les Bausteine Mussafia). Sauf ce dernier
travail, qui a été publié en allemand, ces mémoires sont écrits en polonais
et ont été résumés en français dans le Bulletin de l'Académie des sciences de
Cracovie, dont l'auteur faisait partie depuis 1902. — A. Th.
— Le 10 avril dernier M.Jules Protat, l'un des chefs de l'établissement où
s'imprime la Romania, est décédé à l'âge de 54 ans. Nous devons un souvenir
à cet homme modeste autant qu'instruit qui surveillait personnellement la par-
tie matérielle de notre publication et en assurait la correction. M. J. Protat
était fort érudit. Il avait le goût de l'archéologie et possédait notam-
m.ent des connaissances étendues en numismatique. Il laisse un riche médail-
lier qu'il avait constitué peu à peu. En constants rapports avec lui, depuis
vingt ans, nous n'avons jamais eu qu'à nous louer de l'intelligence et de la
conscience qu'il apportait à son travail, et plus d'une fois, ses avis nous ont
été utiles. Nous sommes assurés de trouver le même concours dans celui des
deux frères qui est resté seul à la tète de l'imprimerie.
— Le prix La Grange (1906) a été décerné par l'Académie des inscriptions
et belles-lettres à M. J. Bédier pour son édition du Tri<:ta?i de Thomas (Société
des anciens textes français).
— La Société des anciens textes français a mis en distribution, au mois de
novembre dernier deux des volumes de l'exercice de 1905, à savoir le
t. II du Tristan de Thomas, p. p. M. J. Bédier et l'édition des Vers delà
mort due à MM. Fr. Wulff et Em. Walberg, L'exercice vient d'être complété
par les Cent Ballades, œuvre du xix^ siècle, publiée, avec deux reproduc-
tions phototypiques, par M. G. Raynaud. L'édition du marquis de Queux
de Saint-Hilaire (1868, avec complément publié en 1874) était épuisée, et
d'ailleurs laissait à désirer pour le texte comme pour l'annotation. M. Raynaud
CHRONIQ.UE 331
a établi un texte critique et présenté tout un ensemble de recherches nouvelles
sur lesG'/;/ BalLuies. — Le premier volume de l'exercice 1906 sera le tome II
du Roniiiii lie Troie, qui sera distribué en novembre.
— La Société Gaston Paris vient de publier le premier fascicule des Mélanges
liugiiistiques de Gaston Paris (Paris, Champion). Ce fascicule renferme les
mémoires. ou articles de G. Paris relatifs au latin vulgaire et aux langues
romanes en général. 11 commence, par le mémoire — dont malheureusement
la suite n'a pas été rédigée — intitulé Romani, Roniania, lingua romana, roman-
ciiim, par lequel s'ouvre notre tecueil, et où ont été introduites quelques
menues rectifications que l'auteur avait inscrites sur les marges de son exem-
plaire. Viennent ensuite les notices sur VAppendix Probi, le compte rendu de
l'Heptateuque latin publié par L'I. Robert, le mémoire sur l'altération romane
du c latin, et enfin le compte rendu de la Dissimilation consonantiqiie dans
les langues romanes de M. Grammont. — Ce recueil a été préparé par les
soins de M. Mario Roques.
— Le 4 mars dernier, à Montpellier, un banquet a été offert à M. Camille
Chabaneau, professeur honoraire de l'Université de cette ville, qui voyait ce
jour même revenir pour la 75'^ fois l'anniversaire de sa naissance. On
annonce à cette occasion la publication à la librairie Junge, à Erlangen, d'un
volume commémoratif qui doit porter le titre de Mélanges Chabaneau, et
dont quelques tirages à part nous sont déjà parvenus, bien que le volume
n'ait pas encore paru. Nous en donnerons un compte rendu dès qu'il sera
entre nos mains. Qu'il nous soit permis d'exprimer le vœu que M. Chaba-
neau, libre maintenant des soucis de l'enseignement public, donne enfin au
public l'introduction grammaticale au Mémorial du consulat de Limoges, qu'on
attend ucpuis dix ans, et la réédition des Fies des poètes provençaux de Nostre-
damc, à la préparation de laquelle il travaille, dit-on, depuis vingt ans.
— M. C. Salvioni a étudié, dans un récent fascicule des /^('«(f/co;/// de l'Institut
Lombard (2<-" série, t. XXXIX, pp. 477-494) le dialecte de Poschiavo, au
sud du canton des Grisons, dans une vallée qui débouche dans celle de
l'Adda, en face de Tirano. L'occasion lui en a été fournie par une disserta-
tion de Zurich (1905) du reste fort défectueuse.
— Le P. Paul Peeters, boUandiste, a publié dans le t. XXV (pp. 137-157) des
Analecta Bollandiana un mémoire intitulé La légende de Saidnaya où est étu-
dié à nouveau le pieux récit connu sous le nom de Miracle de SarJenai, dont
M. G. Raynaud a édité ici-même (XI, 519, cf. XIV, 82) une rédaction en
vers français. L'occasion de ce travail a été fournie au savant bollandiste par
laTécente publication d'une homélie arabe sur le même miracle. Il ne semble
pas que ce nouveau texte, dont !a date est incertaine, ait en soi beaucoup de
valeur ; il confirme, du moins sur un point, l'opinion exprimée par M. Raynaud,
que le récit, connu jusqu'ici par des rédactions latines ou françaises, devait
avoir une source grecque. Sur d'autres points le P. Peeters s'écarte de
M. Raynaud en proposant un autre classement des textes latins.
332 CHRONIQUE
— Vient de paraître le Septième rapport onniifl de la rédaction du crJossaire
des patois de la Suisse romande, année 1905 (Xeucliâtel, 1906). Ce rapport
nous renseigne sur le progrès des diverses enquêtes annoncées dans le rapport
précédent (voir Rotnania, XXXIV, 548), et sur les nouveaux matériaux mis à
la disposition de la commission chargée de rédiger le glossaire. Beaucoup de
personnes, en effet, avaient, soit en vue d'une publication, soit par simple
curiosité, commencé à recueillir des mots ou des textes patois. Ces recueils
offrent souvent un réel intérêt. En diverses parties de la Suisse (comme en
France, du reste), les patois sont en voie de disparaître, et on a pu, il y a
quelques années, recueillir des mots qu'on ne retrouverait plus maintenant. —
Le Bulletin du glossaii-e des patois de la Suisse romande continue à paraître régu-
lièrement et est toujours intéressant. Dans la quatrième année (1905) dont les
numéros i et 2 viennent de paraître en un seul cahier, nous remarquons un savant
article de M. Gauchat sur « l'origine du nom de la Chaux-de-Fmds », M. Gau-
chat, écartant les étymologies proposées jusqu'à ce jour, rattache chaux au
cahiiis dont M. Thomas a déjà parlé dans la Roniania (XXI, 9, note) et qui
se retrouve sous des formes bien diverses en diverses parties de la France,
surtout dans le Midi (La Chau, La Chalm, La Calm, etc.). Mais l'addition
de fonds reste obscure. A signaler dans le même fascicule, un recueil de
« Pronostics et dictons agricoles « en patois du Clos du Doubs (Jura bernois).
— Les Annales des Alpes, recueil périodique des Archives des Hautes- Alpes sont
une revue historique, contenant des documents, des travaux de recherche,
des notices bibliographiques concernant le département des Hautes-Alpes et,
dans une mesure limitée, les départements voisins. Fondé en 1897 par M. le
chanoine Paul Guillaume, archiviste des Hautes-Alpes, le recueil en est
actuellement à sa neuvième année '. Nous ne pouvons, on le comprend, donner
l'analyse d'un périodique dont le caractère est spécialement historique, mais
les documents de l'histoire locale intéressent parfois la linguistique, et l'on
ne s'étonnera pas que M. P. Guillaume, à qui est due la publication de la
plupart des mystères briançonnais, ait recueilli avec un soin particulier les
textes de langue que ses travaux d'inventaire lui ont fait rencontrer. Le dépar-
tement des Hautes-.\lpes, malheureusement, est comme le département voi-
sin de l'Isère, l'une des parties de la France où l'usage du latin s'est continué
le plus longtemps. Le plus ordinairement, dans l'usage administratif, l'emploi
du français a succédé immédiatement à celui du latin, de sorte que les docu-
ments de l'idiome local sont très clairsemés et n'apparaissent guère qu'au xv^
ou même au xvi« siècle. Nous signalerons cependant un petit registre des
reconnaissances de la seigneurie de Savines(arr. d'Embrun) des années 1591-
1594 (t. VI, p. 59-66) et le Livre de raison de Martin de La Vallette, seigneur
des Crottes, coseigneur du mandement de Savines (t. IX, p. 119, etc.), qui
I. Gap, aux archives départementales. Six fascicules (environ 18 feuilles)
par an.
CHRONIQ.UE 333
s'étend de 1500 à 1525. Les Annales des Alpes contiennent aussi divers
spécimens (en général des poésies) du patois du xviiie siècle et du
XIX'. Signalons aussi, dans le t. V (1901-2), un intéressant mémoire de
M. Guillaume sur « l'industrie laitière dans les Hautes-Alpes d'après les
anciens documents ». L'auteur étudie toutes les questions qui concernent
l'élève des animaux, le régime auquel ils étaient soumis, les produits de l'indus-
trie laitière, les salaires, le matériel employé, etc. ; notamment il a relevé
dans les documents des derniers siècles un grand nombre de termes spéciaux
à ibrme latine le plus souvent, mais où transparaît la forme vulgaire, qui
manquent dans les dictionnaires ou qui y sont expliqués d'une façon insuffi-
sante. — P. M.
— Nous n'avons pas encore entretenu nos lecteurs de l'édition du texte
original catalan des œuvres en prose de Raimond Lull qui se publie à Majorque.
Cette édition avait été commencée par D. Jerônimo Rossellô, qui publia
simultanément, par livraisons, quelques ouvrages, mais n'en termina aucun.
Plusieurs lullistes majorquins, au nombre desquels il faut surtout nommer
l'archiviste provincial D. Mateo Obrador Bennassar, ont décidé de poursuivre
l'entreprise de Rossellô et de la mener à bonne fin. Les Ohres de Ranion Lull,
edicio original fréta directament dels mes antichs y millors manuscrits luUans qui
romanen a Mallorca, Barcelona, Paris, Roma, Londres, Munich, etc. per un
estol de lulistes niallorquins, paraissent maintenant en volumes in-8° à Palma
de Majorque. Les trois volumes publiés de 1901 à 1903 contiennent les
ouvrages suivants : Libre det Gentil e los très Savis ; Libre de la primera e segona
intenciô; Libre de mil proverhis ; Arbre de filosofia d'amor; Libres de oraciô,
de Deu, de conaxensa de Deii, del es de Deu, et enfin le Félix de les inaravelles
del mon. II fiiudra encore une vingtaine de volumes pour épuiser le stock
qui reste à publier. Puis les éditeurs comptent réimprimer les œuvres en
vers, mais sans les morceaux apocryphes qui figurent dans l'édition de Rossel-
lô (Palma, i8)7) et les écrits qui traitent de la vie de l'auteur. L'entreprise,
comme on le voit, est considérable, et si les zélés éditeurs la conduisent à
bonne fin, ils pourront se flatter d'avoir élevé au plus illustre des Majorquins
un véritable monument. — A. M. -F.
En rendant compte du n" 6 de la Revista de bibliografia catalana (ci-dessus,
p. 143), et à propos d'une version des Psaumes de la bibliothèque métropo-
litaine de Valence différente de celle qui fut imprimée à Venise en 1490, j'ai
dit à tort : « Pour prouver que ces deux versions différent, M. Massô imprime
le premier psaume d'après l'une et le dernier psaume d'après l'autre : cela ne
facilite pas la comparaison. « En fait, M. Massô a bien imprimé le premier
et le dernier psaume d'après les deux versions. — A. M. -F.
M. Philipon nous adresse la note suivante :
<< On me permettra de répondre en quelques mots aux savantes observa-
tions dont M. A. Thomas a fait suivre mon article sur le Provençal -enc;
Italien -ingo, -engo (ci-dessus p. 19). Je ne tiens pas essentiellement à la
qualification de ligure que j'ai donnée à ce suffixe, mais je ne puis cependant
334 CHRONIQUE
pas oublier que les anciens, à commencer par Aristote, nous apprennent
qu'au ivc siècle avant notre ère le bassin du Rhône faisait partie de la
Ligurie, que c'est en Ligurie que les Phocéens ont établi leur colonie de
Marseille, que toute l'Italie du nord-ouest est qualifiée de Ligurie par Tite-
Live et par Pline, que Pavie notamment a été fondée par les Ligures et
qu'enfin, avant l'arrivée des Gaulois en Languedoc, ce pays était occupé par
des Ligures mêlés aux Ibères. Comme le suffixe toponymique -inquo- ne
peut pas être gaulois, puisque les Gaulois changeaient en^ la vélaire lahiali-
sante, comme il n'est certainement pas latin non plus, on m'accordera bien
que j'avais quelques raisons pour l'attribuer aux Ligures, dans l'ancien
domaine desquels il a eu la fécondité que l'on sait. Maintenant, que ce
même suffixe se rencontre sporadiquement au nord de la Loire, c'est fort
possible et le contraire serait pour nous surprendre. Grâce aux beaux
travaux de M. d'Arbois de Jubainville,on sait aujourd'hui qu'il y a en France,
« bien au nord de la Garonne et des côtes de la Méditerranée », beaucoup
de noms de lieux auxquels les Celtes n'ont rien à prétendre'. Jai cité
Ageiliuciim, j'aurais pu citer aussi Ahrhicas ou ObriuMs, rivière de la Gaule
Belgique (Ptol. 2, 9, 2). Quant à arinca (Pline 18. 6i-8i)et à l'hypothétique
tar'nicd, je ne sais pas s'il faut y voir le suffixe -inquo- plutôt que la forme du
suffixe -in-ko- (cf. le lat. juv-eti-cu-s), mais ce que je sais, c'est que si nous
avons affaire à -inquo-, ces mots ne peuvent pas être d'origine gauloise.
Je ne puis pas, dans cette courte note, passer au crible toutes les formations
françaises avec -ng- qu'énumère M. Thomas, mais est-il bien certain qu'elles
remontent à -ing-} cf. Marccllanges :=^ Marcellanicas. Quant au vieux
dauphinois r/;i;wa/7(^;;c/;/, j'vvoislefém. chamarlenca tiré du masc. roman cha-
niarlcnc tout comme le nom de femme Bertinga a été tiré du nom d'homme
Berting-. Que si l'on n'a pas eu chamarlengi, c'est tout uniquement parce que
l'idée de donner un féminin à * chamarleng n'est venu aux Dauphinois que
lorsque le gcrm. cbaniarling en était arrivé en roman à l'étape chainarlcnc.
Si cette idée leur était venue plus tôt , on peut tenir pour assuré que c'est
chamarlengi et non pas chamarlcnchi qu'aurait écrit le Mistral de Vienne.
Je dois protester, en terminant, contre l'erreur monumentale que me
prête M. Thomas, lorsqu'il me fait dire qu'en germanique « le suffixe -ing- a
eu pour unique fonction de former des patronymiques ou des ethniques qui
sont en réalité d'anciens patronymiques ». J'ii écrit — ce qui est bien
différent — que, dans Vonomastique gernitinique, le suffixe -ing- n'avait été
employé qu'à la formation de patronymiques ou d'ethniques, mais M. Thomas
me croira si je dis que je n'ignorais pas le rôle important qu'a joué notre
suffixe dans le Icxicon germanique, à preuve les nombreuses formations en
1. D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de V Europe, t. II,
p. XV et suiv.
2. Cf. Fôrstemann, Persouneiinamen, 2= éd., c. 283.
CHRONIQUE 335
-iit(^ que j'ai citées comme ayant passé du vieux-haut-allemand en
français. » — Ed. Philipon.
— M. J. Reinhold soutiendra très prochainement à la Sorbonne, en vue
du doctorat d'université, une thèse sur Floire et Blancbeflof, dès maintenant
imprimée et dont nous nous proposons de rendre compte sous peu
En nous adressant cet ouvrage, M. Reinhold nous fait part des observations
suivantes, que lui a suggérées la lecture de l'article de M. Huet sur Floire et
Blaucheflor inséré dans notre précédent fascicule (p. 95) :
M M. Huet, contestant certaines opinions que j'ai exprimées dans la Rei'ue
</<- phîloloi^ie française, t. XIX, sur les sources de Floire el Blaucheflor,
m'attribue des idées dont je ne puis accepter la responsabilité. Ainsi il
« se déclare incapable de comprendre comment un homme prenant pour
point de départ le thème purement fantastique de la Tor as pucels, et y mêlant
une foule de traits hétérogènes pris à droite et à gauche, aurait pu cons-
truire un récit aussi réel, aussi net et précis que cette seconde partie du roman »
(p. 96 ). M . Huet a donné à ma pensée une extension tout à fait excessive,
car j'avais dit simplement que « l'auteur du poème français n'avait pas
besoin des contes arabes pour obtenir quelques détails relatifs au harem »(Revue,
p. 167). Il s'agit de « quelques détails n et non d'un « point de départ ».
Un peu plus loin, M. Huet cite ainsi quelques lignes de mon article : « On place
les origines des Mille et une nuits au temps de Haroun-al-Raschid, mais ce
ne sont que pures hypothèses- Ce qui est certain c'est que leur forme
actuelle remonte au xv^ siècle et qu'elles se répandent en Europe pour la
première fois au xviiie siècle » (p. 97). Ici, sans doute par inadvertance, un
mot a été mis à la place d'un autre. J'ai écrit {Revue, p. 167) ils et non pas
elles. Or ils se rapporte aux « contes » dont j'ai fait mention dans une phrase
précédente, un peu trop éloignée peut-être. Il s'agit des contes dont se sert
M. Huet et non du recueil connu sous le nom de Mille et nue nuits. Le sens
est bien différent. — M. Huet dit aussi que, selon moi, « le panier à fleurs
serait une imitation du cheval de Troie » (p. 96). Ce n'est pas là une juste
interprétation de ma pensée. Je me suis élevé dans mon article, contre l'idée
de M. Huet qui considère l'épisode où on voit Floire s'introduire auprès de
Blancheflor dans une corbeille de fleurs, comme imité d'un conte arabe
où le même rôle est joué par une caisse contenant des étoffes (Rom., XXVIII,
354 et suiv.). J'ai dit à ce propos que des stratagèmes analogues se ren-
contraient dans la littérature française antérieurement à la composition de
Floire et Blaucheflor, et j'ai cité le cheval de Troie comme l'un de ces strata-
gèmes. Je demande la permission de 'reproduire mes paroles : « Je crois
que la ressemblance entre ces deux motifs (corbeille de fleurs et caisse de
marchandises) n'est pas plus grande que celle qui existe entre cette corbeille
et les tonneaux dan; lesquels se cachent les compagnons de Guillaume
(dans le Charroi de Nîmes). Ce qui est surtout très probable, c'est que le pro-
totype de tous ces trois motifs se trouve être le cheval de Troie. . . Que le poète
336 CHRONIQUE
ait puise Cl motif dans ÏHneas ou dans le Charroi de Kimes, peu importe »
(Reine, p. 169-170). — J. Rhinhold.
Livres annoncés sommairement.
The story of kiiig Lear, front Geoffrey oj Moiimoulh to Shakespeare, by
W. Perrett. Berlin, Mayer & Millier, 1914, x-308 pages (fascicule XXXV
du recueil intitulé Palaeslra, publié sous la direction de MM. A. Brandi,
G. Roethe, E. Schmidt). — Ce mémoire, publié dans une collection de
dissertations relatives à la philologie germanique, ne peut être annoncé
ici que très sommairement, le sujet traité n'ayant avec les littératures
romanes que peu de points de contact. Disons que ce sujet souvent abordé
par les Shakespeare scholars n'avait jamais été étudié aussi à fond que dans le
présent ouvrage. On savait bien que le point de départ de la recherche
était VHistoria regiwi Britaniiix; mais entre Gaufrey de Monmouth et
Shakespeare il v a de bien nombreux intermédiaires, et la légende du roi
Lear a pu parvenir à Shakespeare par des routes différentes. M. Perrett pense
établir que le poète anglais a combiné plusieurs sources et il rend son système
clair aux yeux par un tableau qui ne laisse pas d'être fort compliqué. Ce
qui dans ce mémoire intéresse les études relatives aux littératures du
moveu âge, ce sont les recherches sur les nombreux écrits où apparaît la
légende en question ; recherches un peu longues peut-être, en tant que
l'auteur y résume les travaux antérieurs, mais qui paraissent bien
conduites. — P. M.
Alphonse Précigou. Oniilhologie de la Haute-Vienne. Limoges, Ducourtieux,
1904. In-80, 72 pages et grav. — Nous signalons ici cette brochure parce
que les noms que portent les oiseaux en patois limousin v sont soigneu-
sement indiqués et figurent en outre à la table alphabétique qui la termine;
beaucoup manquent dans la Faune populaire de M. Rolland, L'auteur n'a
d'ailleurs aucune compétence linguistique ; il reconnaît que c'est son éditeur,
M. Paul Ducourtieux, qui lui a fourni les noms patois, et il aurait bien
fait de laisser de côté certaines étymologies de mots français qu'il emprunte
à Cuvier et à Salerne et qui sont dépourvues de valeur (par exemple l'ex-
plication de loriot par le grec yhoolwj, p. 51). J'ai de la peine à croire que
le coq limoge des anciens textes français (que M. P. assimile au petit
coq de bruyère, p. 51) doive son nom au fait qu'il était particulièrement
fréquent en Limousin; supposant que le coq limoge était le faisan, j'ai
émis l'idée qu'il devait son nom à une comparaison de son plumage avec les
émaux de Limoges {Journal des Débats, 3 mai 1905). La question est
:i reprendre. — A. Th.
Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION.
.MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
L'ÉVANGILE DE L'ENFANCE
EN PROVENÇAL
(manuscrit du MARdUIS DE CAMBIS-VELLERON ET DE RAYNOUARd)
Il existe en provençal trois versions rimées de l'Évangile
de l'Enfance (^EvangcUum Infaniix ou Pseiido-MaUhxi evange-
liuin). De celle qui paraît être la plus ancienne on connaît : i° un
manuscrit supposé perdu_, aj'ant appartenu à Raynouard et
cité fréquemment dans le Lexique roman ; 2° un manuscrit
de Turin, dont la langue est très francisée ' ; y un frag-
ment trouvé à Conegliano, et consistant en un feuillet qui
a été publié par MM. Crescini et Rios-. M. H. Suchier est le
premier qui ait reconnu l'identité du poème contenu dans le
ms. de Turin avec celui que cite Raynouard'. A son tour
M. Edmond Suchier, étudiant les diverses traductions en vers
provençaux de TEvangile de l'Enfance, a pris la peine de relever
toutes les citations faites par Raynouard dans son Lexique
roman (en tout 286 vers)^. Cette version peut être attribuée à
la fin du xiii^ siècle. — Une autre version, du xiv^ siècle, a été
publiée d'abord par Bartsch, dans ses Denhmikr, et plus tard
1 . Ce manuscrit a complètement disparu dans l'incendie de la Bibliothèque
de Turin (janvier 1904). M. E. Suchier en possède une copie.
2. D'abord dans la Zeitschrift f. roman. Philologie, XIX (1895), p. 41-50,
cf. Romania,WW , 309 ; puis à part, à Padoue, 1896, avec fac-similé pho-
tographique (cf. Remania, XXV, 629).
3. Zeitschrift . f. rom. Phil. VIII (1884), 429.
4. Ibid., 534 et suiv. M. E. Suchier a remis, autant que possible, les cita-
tions dans l'ordre du récit, en s'aidant, 1° de la comparaison avec le ms. de
Turin, 2° de la comparaison avec l'original latin. Mais ces deux moyens de
contrôle ne donnent pas des résultats équivalents : le premier seul est sûr,
Romania. XXXV ^~
33^ P- MEYER
par M. G. Rossi (1899)'. — Enfin un long fragment d'une
troisième version, du même temps, nous a été conservé dans
le ms. B. N. fr. 2)_| 15. J'en ai publié des extraits dans le Bulle-
tin de la Sociélé des anciens textes français, année 1875, pp. 77-82.
C'est à la première de ces trois versions, la plus ancienne à
mon avis, qu'appartient le nouveau texte dont je rapporterai plus
loin d'assez longs extraits. Il a été acquis tout récemment par
la Bibliothèque nationale, où il porte le n° 10453 des Nouvelles
acquisitions françaises. C'est un manuscrit qui renferme 1° la
Vie de saint Honorât, par Raimon Féraut, 2° un texte de
l'Evangile de l'Enfance en provençal fort semblable à celui de
Raynouard. Est-ce le manuscrit même de Ra3mouard ? Je le
crois, et j'essaierai de le prouver à la fin du présent mémoire.
Mais je puis dès maintenant l'identifier avec un manuscrit sur
lequel nous avons^ au xviii^ siècle, un témoignage précis.
Rendant compte, il y a une vingtaine d'années, de la publi-
cation de M. Edmond Suchier^ mentionnée ci-dessus, je
signalai, dans le Catalogue des mss. du marquis de Cambis-
Velleron (Avignon 1770, in 4°), un manuscrit, n° 59 du Cata-
logue, renfermant, outre la Vie de saint Honorât par Raimon
Féraut, une version provençale de l'Evangile de l'Enfance, attri-
buée par le Catalogue au même Raimon Féraut ^, et je conjectu-
rai que ce manuscrit devait se trouver à la Bibliothèque royale
de Madrid, où j'avais, quelques années auparavant, découvert
deux manuscrits provenant certainement du marquis de Cambis '.
Cette conjecture n'était pas fondée, puisque le ms. de M. de
Cambis est celui-là même que vient d'acquérir la Bibliothèque
car en certains cas, là où le rimeur provençal a développé sa matière, le latin
est d'un très faible secours. Or la leçon du ms. de Turin et celle du ms. de
Ravnouard diffèrent notablement. Beaucoup de vers du second manquent
dans le premier, et, en ce cas, l'ordre adopté par M. E. Suchier est souvent
erroné.
1. Voir Romaiiia, XXIX, 15 1-2, et Stiuli di filoJogia Roiiian~a, VJII, 395
(compte rendu par M. L. Biadene). M. Biadene a publié dans le même
volume des Sttidi (p. 174 et suiv.), d'après le ms. Libri-Ashburnham 103
(maintenant à Florence), trois miracles tirés de la version de l'Évangile de
l'Enfance qui manquent dans le ms. reproduit par Bartsch et par M. Rossi.
2. Romaiiia, XIV, 308.
3. BuUt'Iin delà Socic'lè des iindeiis textes fnviçais, 1878, p. 39.
l'évaxgilh di£ l'enfance en provençal 339
nationale. Quel a été son sort depuis la vente Cambis, en
1773, jusqu'au moment où il entra dans le cabinet de Ray-
nouard, je ne saurais le dire", et je ne sais pas davantage
par quelles mains il a passé depuis la dispersion des livres de
Ravnouard jusqu'à son arrivée à la Bibliothèque nationale \
C'est un livre en parchemin, ayant le format d'un ancien in-^''
(213 mill. sur 1 52), contenant dans son état actuel 121 feuillets
1 . La bibliothcquc du marquis de Cambis- Velleron fut mise en vente à
Avignon, en 1775 (voir le Bulletin précité, p. 39, et cf. le Catalogue des mss.
d'Avignon par M. Labande, no* 2017-8). On est mal informé du sort des
mss. qu'elle contenait. La Bibliothèque d'Avignon en a recueilli quelques-uns,
à diverses époques (voir le catalogue de M. Labande, p. cxii), mais ce sont
pour la plupart des compilations modernes, parfois des écrits de M. de Cam-
bis lui-même, qui ont peu de valeur.
2. Je me suis plus d'une fois préoccupé de savoir ce qu'étaient devenus les
papiers et la bibliothèque de Ravnouard après son décès (28 oct. 1836), mais
les renseignements que j'ai pu obtenir, à une époque où quelques-uns de ceux
qui l'avaient connu et avaient travaillé sous sa direction vivaient encore, sont
bien insuffisants. Il n'y eut pas de vente après décès, et par conséquent il
n'existe pas de catalogue de la bibliothèque de Raynouard. Livres et papiers
furent légués à M. Just Paquet, qui lui tenait de très près et fut son exécu-
teur testamentaire (voir l'avertissement placé en tête du t. I du Lexique loinan,
et BuUcl'.n du Bibliophile, 1858-40, p. 500). M. Paquet mourut à Passy en jan-
vier 1876. Je ne sais si sa bibliothèque fut vendue : en tout cas il n'en existe
pas de catalogue imprimé. Raynouard possédait, outre le ms. qui est l'objet
du présent mémoire, un ms. de la Vie de saint Honorât par Raymon
Héraut, qu'il cite souvent dans le Lexique roman, et dont il publia quelques
extraits dans le t. II de cet ouvrage, p. 575-574 ; un fragmente d'une écriture
assez moderne », de la chanson de la croisade albigeoise (Lc.v. ro))i., I,
226); diverses copies qu'il s'était fait faire de plusieurs des chansonniers pro-
vençaux conservés dans les bibliothèques italiennes; un manuscrit de la tra-
duction catalane dts Au:(els cassadors (Lex. roin., V,6io, ligne i). Les copies
des chansonniers provençaux et le ms. de la Vie de saint Honorât passèrent
aux mains de Fr. Guessard, donnés, selon toute apparence, par Paquet. Gues-
sard (ff 1882) légua sa maison de campagne et sa bibliothèque à feu Marty-
Laveaux (ou plus exactement au fils de celui-ci). La bibliothèque fut vendue
en bloc à un libraire et dispersée; toutefois, avant cette dispersion, le ms. de
la Vie de saint Honorât fut cédé à la Bibliothèque nationale (Nouv. acq. fr.
4597)- J 'li fait. ^^ vivant de Paquet, une tentative restée vaine pour
retrouver le fragment de la chanson de la croisade : M. Paquet n'en avait pas
340 P. MEYER
et ayant conservé son ancienne reliure en soie verte '. L'écriture
est du milieu environ du xiV siècle.
Les ff. I à 105 sont occupés par la Vie de saint Honorât.
En voici les premiers et les derniers vers :
Cell que vole romanzar la vida sant Alban,
Els termes del compot vole tornar en vers plan,
E del rey Karle pia3'S sa mort en la canzon,
E los verses del lays fes de la Passion,
De novell fay sermon d'un glorios cors sant
Que fom neps de Marsili e del rev Aygolant.
Li vida si trobet en un temple jadis;
De Roma l'aportet uns moynes de Leris ;
De lay si trays li gesta d'un'antiga scriptura,
Ren non i trobares mas de veritat pura.
Fin (fol. 105 v°) :
Mas qui lo nom vol entervar Zo sabien ben tut siev vesin.
De cell que la vole romanzar, Frayres fom humils et enclins
Els miracles compli, Dieu laut, Del sant monestier de Lerins.
Hom l'apellet Raymon Faraut, Fer que prec per l'Omnipotent
Prior en la vall d'Esteron, Que per enveja nu5'lla gent
C'a la Roca tenc sa mayson, Non mi corrompa mos belz diz
Etz a l'Oliva près d'aqui ; C'am tan gran trebayll ay escritz.
souvenir. Quant au ms. des A un'l s cassadors, on ne sait ce qu'il est devenu.
Il n'avait certainement rien de commun avec lems.Libri 108 (volé à Tours),
qui est maintenant à la Bibliothèque nationale (Nouv. acq. fr. 4506).
I. Cette reliure est mentionnée dans le Catalogue des mss. Cambis(p. 543).
M. de Cambis ajoute: « Il contient 125 feuillets, faisant 250 pages. » Ce
chiffre n'a pas grande valeur car nous ne savons pas si on a tenu compte des
feuillets de garde non compris dans l'ancienne pagination. Actuellement l'état
du volume est celui-ci : i" cinq feuillets cotés A-E, le premier blanc, le
second contenant des armoiries grossièrement peintes au xv!!!*" siècle, avec ce
titre : La vida de sant Honorât et deh los (sic) sauts de Visla de Lerins ; ces deux
feuillets ont été ajoutés au xvine siècle ; les trois suivants, qui sont le véri-
table commencement, contiennent la table en latin des chapitres de la vie de
saint Honorât ; 2° la Vie de saint Honorât, foliotée anciennement; à cv, mais
où manquent quatre feuillets (c'est-à-dire deux feuillets doubles) entre les
ff. 98 et 105, cette lacune correspondant aux pages 195 à 202 de l'édition
Sardou ; 3° l'Évangile de l'enfance, seize ff. jadis non foliotés, qui, depuis
'entrée du manuscrit à la Bibliothèque, ont été numérotés 106 à 121.
l'évangile de l'enfance en provençal
341
Si neguns o vay assajant,
Mon romanz c l'obra cornant
A la benastruga reyna
Donna Maria c'a beutat fina
(De Jherusalem a corona
E de Secilia la bona),
Que mi defenda nions sermons.
Far o deu per totas rasons,
Car es de l'auta manenlia,
Fylla del noble rey d'Ongria,
Etz ama sancta Gleysa ',
Parenta de nostre cors sant,
Del lygnage de Costanti
Don le veravscors sanz eysi.
E d'aquella gesta valent.
De la vida li faz présent,
C'ay complit per lo sieu plaser,
E la cornant en son poder,
Sil plaz, am gran humilitat.
E prec Dieu per sa gran bontat
E sant Honorât de Leris
Quel don los gauz de paradis,
Totz temps ^
Mas ben vueyll que sapchan las genz
Qu'en l'an de Dieu mil e tresenz
Compli le prior son romanz
Al honor de Dieu e dels sanz.
Amen.
L'Évangile de l'Enflince, qui commence au fol. 106, est écrit
à deux colonnes, chaque colonne contenant 36 ou 37 vers.
Dans son état actuel le poème compte environ 2300 vers, mais un
feuillet double (288 à 296 vers) a été enlevé entre les ft'. 115 et
116.
La version de l'Évangile de l'Enfonce qui fait suite à la Vie
de saint Honorât est attribuée par le Catalogue Cambis à Rai-
mon Féraut. Cette attribution n'a pas d'autre fondement que
la présence dans le même volume de la Vie de saint Honorât,
ce qui revient à dire qu'elle n'est pas fondée.
Je transcrirai les 300 premiers vers environ, puis quelques
courts morceaux pris en divers endroits. Dans ces extraits se
trouvent beaucoup de vers cités par Raynouard dans le Lexique
roman. Ils seront indiqués par les n°' placés entre parenthèses à la
droite du texte, ces n"' étant ceux que M. E. Suchier a assi-
gnés aux vers du ms. Raynouard dans le mémoire rappelé plus
haut.
Uns ries homsac nom Joachim,
(foioô)
Fom mot leal e sens tôt crim
En Israhel en aquell temps,
4 Etz ac motas fedas ensemps ;
Pastres era e las gardava
Am motz autres c'am si menava^
Mercenaris e logatiers, (32)
8 Et aquo fom totz sons mesiiers
(0
1. Suppl. '((>;/.
2. Ms. toti tp.Dans le ms. suivi par Sardou, les mots tol!^ temps sont écrits
après le dernier vers du poème, avant amen.
3-12
p. MEYER
De sas fedas a pastorgar (2)
E de Dieu servir e iionrar ;
Et era de la trip de Juda (3)
12 E fetz li Dieu mot gran ajuda,
Que de tôt zo c'aver podia,
De tôt l'aver de sa bayllia, (4)
De la gausida e del fruch (5)
16 Fasia très pnrz, e, per conduch,
(6)
Dava l'una a orfes enfanz,
A vedoas, qu'era obs granz,
L'autra als paures d'esperit
20 due avian lo segle giquit ;
L'autra retenia a sons ops ;
Etz ades crevssia plus sons trops
(7)
Plus c'a deguns de sons vesins,
(8)
24 Car fom aixi ves Dieu enclins.
Et aizo comenzet de grat
Lo quinzen an de sa état. (9)
E cant fom d'état de vint anz,
28 Près moyiler, o petit enanz,
Anna la fylla d'Isacar
Que amet Dieu ell tengue car,
Que fom de la trip de David (11)
32 E del lignage, zo m'es vis.
Et esteron trenta anz complitz ( i o)
Ensems Anna e sons maritz
Que non agron fylla ni fyll,
36 E tengron so a gran peryll
Car Dieus non lur donet enfant (/')
De que avian desirier grant.
Peropregavan, sens mejan,
40 La nuech el jorn e l'endenian,
Dieu de bon cor a meravylla
Que lur dones o fyll o fylla
Que fos obedicnz a Dieu
44 E après elz agues lur fieu.
Etz era adonx acostumat
En las granz festas per vertat
Que li escrivan fasian l'uffici
48 E li preyre lo sacrifici ;
E venc festa c'an gauch pleniei"
Vol cascun ausir lo mestier ;
E car lo fom de bon eysemple,
52 E Joachim annet al temple
E près de son just e del sieu
Un'ufïerta qu'el des a Dieu,
E venc estar antrels doctors (12)
56 E antrels escri vans majors, (15)
De fin cor, plen d'umilitat ;
E tenc son don appareyllat
Per ufrir, cant uns escrivans,
60 Ruben, del Temple mot certans,
Dix : K Joachim., vos non deves
« Dels preyres estar tant de près î
« Car non vos a besenit Dieus
II Raynouard, Lex. rom., V, 426, del trip, et telle est aussi la première
leçon du ms., mais il y a un petit a ajouté au-dessus de la ligne, après del ;
plus loin (v. 31) nous avons de la trip. — 19-20 Le traducteur a introduit
ici, par un singulier anachronisme, les pauperes spiritu ; le texte ne donnait
aucun prétexte à cette interprétation : « unam partem dabat orphanis, viduis
et peregrinisatque pauperibus, alteram vero partem dabat colentibus Deum.»
- - 30 Corr. tenguet, ou e lo tenc ? — 44 Ceci est une idée du moyen âge.
Il y a tout autre chose dans le latin : « Voverant tantum (/.tamen), si Deus
daret eis sobolem, eam se Templi servitio mancipaturos » (éd. Tischendorf,
var.). Toutefois l'idéeexprimée dans le latin reparaît plus loin. — 45 Ici com-
mence le ch. II du latin. Les vers 45-50 contiennent un petit développement
propre au traducteur. — 55 Je ne puis lire autre chose que inst ou vist (la
dernière lettre est en partie effacée). Le latin {vmnera parans ou portans)
n'est d'aucun secours.
L EVANGILE DE L EX
64 H Dcvcs plus lueyngn estar dels
(siens-
« Non aguest fruc de vostre cors,
<i Pcrquc dcves estar del'ors. »
E cant Joachim entendct
68 De Ruben c'ayssi lo blasmet,
Foni de vergovnna esbaït
Etz eyssi del temple marnt
E tôt plen de confusion; (14)
72 E non tenc pas ves sa mayson,
Anz tenc a lasfedastot drech, (r)
Et aqui estet mot estrcch,
Luavngn en un puev, complitz
[cinc mes,
76 Que anc message non trames
Ad Anna sa moyller gentil,
Fina e casta e humil,
Qu'estava en gran consirier
80 Car non en avia mcssagier
Ni novellas de son baron;
E joyn las mans sus ves lo tron,
E diz a Dieu : « Sevgner leals
84 « Que sostenes los bons els mais,
« Pos non volguist qu'ieu agues
[fruch,
« Per que m'as tout mon refuclr
(15)
<' Mon marit qu'era mon conort,
(16)
88 « Que non say si es viu o mort ?
« Que m'es trop gran desaven-
[tura •
« Que s'ieu li agues fach sepul-
[tura
« O l'agues honrat e servit,
92 « Non n'auria tant mon cor
[marrit,
« Lassa! ni tant gran de^conort. »
Et adonx ill ploret mot fort
Etz estet en oracion
FAXCR E\ PROVENÇAL 343
96 Inz el vergier de sa mayson ;
Et esgardet sus un laurier
E vi un trop gran e sobrier
De passeras ab aucellons,
100 E dix : « Dieus, payre poderos,
« C'a totas creaturas diest
« Filz o fillas, e mi layssiest (17)
« Tota soleta d'aquell don, (18)
104 « E ay dolcant suy a mayson,
« E vey quels peys els aucellons
« E las serpentz e los dragons
(( E las bestias pauc[a]s e granz
108 « S'alegran sobre lurs enfanz,
<< Etz hieu, lassa, mesquina,
[non. (cl)
« E tu sabes que vertat fon
« Qu'en aquell temps qu'ieu
[marit pris
[12 « Vodiey a tu e ti promis
« Que, s'ieu avia fylla o fvll,
« Que,can tost poyria sens peryll,
« L'annes ufrir al temple tieu. »
116 Am tant et un angell de Dieu
Li apparec cuv Dieu trames,
E dix li : « Anna, non doptes,
« Qu'enfant aures merav\ llos
1 20 « Qu'er dat al pobol et a vos
« En totz segles tro a la fî. »
Cant ac zo dich, Anna nol vi
Ni saup on l'angell s'es tengutz ;
1 24 E, car a vistas las vertutz
E la sancta paraula ausida,
Estet de paor esbayda ,
E intret s'en e met s'el liech
128 On non ac ga\re de deliecli,
Anz fom cays morta e lassada
Car era aguda trebayllada;
Et est [et] hy tro lo matin
1 52 Que sonet sa serventa assi,
E dix li : (c Pauc m'as visitada
86 Ce vers est trop court On pourrait corriger lout en loli^iit.
344
p. MEYER
« En mon trebavll ni conortada.
« Sensmarit, sens fylla e sens fyl»
136 « Auray estât en gran pcrvll
« Que non m'as vista ni ausida,
n Que sabiasqu'era tant marrida. »
La serventa li rcspont lieu : (19)
1 40 « Si as trebayll en que en suy hieu ?
« Si Dieu ti vole claure ton ventre
« Iray t'ieu ades deseguentre ?
« Si ton marit vole Dieus luyngnar
144 « leu non t'en puesc pas aire far,
« Ni si non pos aver enfant ;
(f. 107)
« leu non n'ay tort petit ni grant. »
Cant Anna auz aixi parllar
148 La serventa, près a plorar
Tant greument c'a pauc non
[esteys.
Adoncs, en aquell temps meteys
Et en l'oraque aquo fon,
1 5 2 Fom Joachim e siey garzon
Am sas fedas que pastorgava (icj
En la montaygna on estava, (2 1 )
Et entre dos pueys autz e belz
1 56 Li apparec uns jovencelz,
E dix : « Joachim, com non vas
« A ta moyller a ton hostals
« Estar am luy si com far deus ? »
160 E Joachim aqui meteus
Respondet : « Com la tornaray ?
« Vint anz e plus aguda l'av
« Que fylla ni fyll non en ac.
164 « Posc'ayssi fom ni a Dieus plac
« Iray la mi far escarnir ?
« Pris donc moyller per luv servir
« Ni pur per deHchar mon cors ?
16S « Non, per vertat, anz fom mos
[vols
« Totas vez qu'ieu la connegues
(f Per zo que enfant en agues
« Que servis Dieu totas sasons.
172 « Aytal fom ma cntencions.
« E car non l'ac fuy reproat
« E vilmens del temple gitat.
« Per que la mi mandas tornar
176 « Per far m'en autra vez gitar ?
« Aici volray mon temps complir
« Aytant con Dieus voira sufrir,
« Qu'ieu va mon aver menant (22)
180 « Per las montaygnas pastorgant,
(23)
(' E trametray per mons servenz (b)
« Las doas parz a las pauras gens
« Tôt en ayxi con lur donava
184 « En mon hostal cant la estava. »
E cant Joachim ac parlât,
Le jovencelz a comenzat :
« Joachim, angel de Dieu suy
188 « Que ades apparie e fuy
« Ad Anna ta levai moyller
« Que menava gran dol e fer.
« Conortiey la e tu conort
192 « Que ajas gran gaueh e confort,
« Car ill concebra una f\-lla
« De tu, que er gran meravylla.
« Aquill sera Temples de Dieu,
196 « Et ell sant cors besenet sieu
« S'aombrara sant Esperit
« Que es del mont eapdell e guit,
« Et er per aquesta rason
200 ' Mayre de bénédiction, (24)
« E sera plus benaûrada
151 Ici commence le ch. m du latin. — 166-172 Ces vers développent
une idée qui n'est pas exprimée dans le latin ; per luy servir, au v. 166, est
obscur. — 179 Vers trop court ; on serait tenté de corriger va[gii], au subj.
en fitisant dépendre ce vers du précédent.
l'évangile de l'enfance en provençal
!45
« Qiie fenicna que Ininc l'os nada
n Enant clla ni sia jamays.
204 « E pos t'en deyssendre huey mays
« D'esta montaygna ani tas genz,
« E trobaras ta moyller prenz. »
E cant Joachim entcndct
208 Qu'enaangcls, el l'asoret
E dix : « Besenvs io sers tieu
« E vav al tabernacle micii,
« E plasa ti ab mi manjar
212 « De zo cjiie Dieusnos voira dar. »
E Tangcl dix : « Ben as fayllit
« Si non saupcs la voluntat
232 « De Dieu que za m'a enviât.
Etz am tant fez son sacrifici
Joachim ben e sens tôt vici.
Del fum dcl sacrifici eyssi
236 Tant bon odor c'om non senti
Aytal de rosa ni de lis,
Anz semblet Hors de paradis,
E am l'odor plus douz de mell
240 L'angel s'en es pujat en cel.
E cant Joachim esgardet
Que l'angel el fum s'en puget,
Casec e fom totz esbaïtz, (29)
« Car mon sers t'apellas aicit,
« Car de Dieu em conserf amduy 244 E jac si tôt estaborditz (30)
216 « E non deus adorar mas luy; D'ora nona entro al ser,
« E ma vianda es aytals (c) Que non si moc nin'ac poder, (31)
« Non la pot veser homs mortals, Tant fom confus de gran paor,
(25) 248 Entro quevengron siey pastor
« E per ayzo non deus pregar Que lo leveron mantenent ;
220 « Qu'ieu déjà el tabernacle intrar. Etz ell lur conta gentament
(26) Zo que l'angel li a retrach.
« Zo que volias que manges hyeu 252 E cant agron ausit lo fach,
« Uffreras holocausta Dieu. » Dixeron li fezes breument (d)
E Joachim près un aynnell (27) Del angel son comandament,
224 Sens taca, que ac blanca pell, (28) E que ves sa moyller tangues
l:dix al angel : « Hieu non aus 256 Enanz que pieys l'en devengues.
« Uffrir a Dieu nuyll holocaustz, E cant Joachim si penset
« Si tu no m'en davas poder,
228 « Qu'ieu cre que l'as de Dieu per
[ver. ))
E H'angell li respont en pas :
(' Non t'en amonestera pas
Etz inz en son cor disputet (34)
Si fara zo que l'angel diz, (35)
260 De mantenent fom adormiz,
E a}tan tost con s'adorrrù
L'angel meteys venc c dix li :
210 « Sede modicum in tabernaculo meo. » — 222 On attendrait plutôt
uffrirns. — 244 C'est d'après ce seul exemple que Raynouard (III, 198,
sous est.\boïk) cite ce mot. L'abbé de Sauvages dans son Dictionnaire
htui^ueilocien français, qui représente le langage d'Alais, enregistre esta-
BOUKDI, « étonné, pétrifié. » Il indique comme variante estahoiirni, qui
existe aussi dans le Var (voir le Dict, prov. de Garcin, sous estabournit),
et qui se rencontre aussi dans le fragment de Y Enfance que j'ai publié dans le
Bull, de la Soc. des anc. textes, 1875, p. 79. — ^259 Ms. Rayn. Jeira. —
265-6 Rime bien imparfaite.
34^ P- MEYER
« Joachim. hj-cu ti suy trames Et aitant tost ell apellet
264 « Que ti gart de mal tota vez ; Totzsonsservenzesonsgarzons,
« E vay segur a ta moyller, 280 Sons mercenaris e pastors,
« Car lo t'o manda Dieu del cel, E contet lur en veritat
« Car totas las oracions Zo que l'angel li a révélât.
268 « E las almornas per sasons (36) Els pastors en lauseron Dieu,
« Que tu e ta moyller fesist, (57) 284 E dison : « Hanc plus fer Jusieu
« Depueys que per movllcr « Non vim de tu,carmenspresiest
[Faguist, (38) « L'angel de Dieu e nol cresiest.
« E que diest del sieu e del tieu, « Leva sus etz annem nos en (40)
272 « Tôt es récitât davant Dieu; 288 « Tôt suau, nostreaver payssen.»
« Per que t'a donat enfant tal (41)
« Cane non donet a hom carnal, Amtantjoachim leva sus (/. 108)
« Ni a propheta ni a sant E venc per las montaynas jus
276 « Non donet anc aytal enfant. » Trenta jornadas, tro qu'el fon
Ab tant Joachim s'esveyllet, (39) 292 Aprobencat de sa mayson. (42)
Je vais maintenant transcrire le passage qui correspond au
fragment trouvé à Conegliano et publié par MM. Crescini et
A. Rios '. Je continue à placer à droite les numéros des vers
cités par Raynouard et mis en ordre par M. E. Suchier, mais
j'ajoute à gauche, entre [], la numérotation du fragment de Cone-
gliano. Je marque d'un astérisque les vers qui manquent dans
le fragment. MM. Crescini et Rios ayant eu soin d'imprimer
le texte de Turin en regard du fragment, nous avons ici la
possibilité de comparer trois copies : Conegliano, Turin, Paris.
Il apparaîtra avec évidence que les deux premières de ces copies
forment une famille bien distincte de celle que représente le ms.
de Paris. Je ne cite le ms. de Turin (T) que lorsqu'il diffère
de ms. de Conegliano (C).
Le morceau qui suit commence (fol. 112 ^) avec le discours
que la Vierge, soupçonnée d'avoir enfreint le vœu de chasteté,
adresse au peuple pour sa défense {Psendo-Matthœi cvangelium,
chap. XII, in fine).
279 c, ms. en. — 284-6. Il y a simplement dans le texte : « Vide ne ultra
angeli dicta contemnas. »
I. Cf. ci-dessus, p. 357, note 2.
l'évangile de l'enfance
« Cant vinc al temple, et enaniz
M Que non avia coniplitz très
[anz,
« H av la li mot ben gardada
[4| M AniTajuda qu'ell m'a donada,
0 Si con a ell e a mi tays,
« E la gardaray totz temps
[mays.
« Ane peccat non dix nil suffri,
[8] « Ni lo fiz ni lo consenti.
« Vos autres pensas c'aja fach
« Adultcri, qu'es gran forfach,
(112)
« E nuirniuyras car suy prenz
(hieu ;
[12] « E favz mal, car loesde Dieu.
« Ar parlaray en descubert :
« L'angel de Dieu mi dix per
fcert
« Que son esperit trametria
[16) « Dieu en mi e pueys concebria.
« E fez o e ay conceuput,
« E zo qu'ell mi dix ay agut. L"°J
<< E qui en avzo non crevra I3m
("20] « Ja per fe non si salvara;
« Qui noncreyrazoque Dieusfa [33)
« Per nuyll temps salvat non [34J
[sera.
[24]
[28]
[30J
[75]
EN PROVENÇAL 34/
« Qui non crczo que Dieus far
[vol
« De gran gauch pot venir a dol,
(/"• 115)
« E car cric l'angel Gabriel,
« Auray un fyll del rey del cel.
« Cel que fez cel, terra e mar
« De nient pot ben ayço far.
« Cel que fez los catre elemenz
« Non pot ben far de verge
[prenz ?
« E hieu am luv matin e ser
« Vueyll totz temps verge rema-
[ner. »
Adonx parec un jovencell,
Que fom mot avinent e bell,
Denant elz, tôt vestit de blanc,
(12s)
E a dich : « Joseph, non fom
[hanc
(' Que Maria dixes bausia,
« Anz a dich vertat tota via. »
Tôt le pobol que aqui es
A Maria bayssan los pes,
E pregan li que lur perdon
La lur falsa sospicion.
Totas las genz la adoreron,
2 C a. pas très — 7 C non fis — 8 C Ni non lo dieys nil — 9 C Doncx con
crezes qu'ieu a. Cette fon>ic inlerrogative est aussi celle de T. — 13 C Mays p.
— 15 C Que Sant Esperit ; TQue son esprit me t. — 16 C de que c. ; T et
en moy s'enombreroit, ce qui représente en provençal et en mi s' enombraria
(cil s'azombraria). — 18 C Tôt so qu'eu (quem ?) dis es avengut (T Ce que
me). — 19-20 C E qui non cre qu'en ayci sia | Ja per fe non si salvaria (Je
inéine T) Les Jeux vers suivants manquent dans C T. — 24 C Auray enfant lo
rey de c. (de même T). — 29 C Ab luy ensemps, TO lui tos jors. — 30 Les
six vers qui suivent sont déplacés, comme on le voit par la comparaison avec C et
avec le latin — 78 C E diys a j. — 51 C E le pobol levet en pes ; T Et li
pueples se lieve en pies. — 32 C E baysan li ginoylls ensemps; T Baisant H
et genos et pies. — 33 C E pregueron li que p. — 34 C A Uur mala — 35-9 :
C Et adueys la le pobols totz T Et oy la le pueple tous
Dieu lauzant ab son et ab motz Dieu loant a mos et a sons
Ab mot gran gaug dintz sa mayson A molt grant joie en sa maison
E diyseron ayso ab son. Et dirent tout une chanson.
348
p. MEYER
[56]
Al niielz que saupron Dieu lau-
[sL-ron,
Am mot gran gauch que an
[agut;
H dison ben aperceuput :
« Beneset sia lo nom de Dieu [60]
[40] « C'ayssi son dcniostrat li sieu,
« Car tan ben a manifestât
("5)
'< De Maria sa sanctetat (114) [64]
« A tôt lo pobol d'Israhel. »
[44] Elauscron lo Dieu decel.
Cant ac passât un pauc de temps
[XIII]
Maria e Joseph ensemps
Eyssiron de Jherusalem [68]
[48] E anneron en Bethléem
E feron lur profession,
Carcascuns homs en samavson
(iiS-6)
E en sa terra professava (117) [72]
I52] Lo trebut que César donava;
(118) (/O
Per que, car Joseph e Maria [74]
Qu'eran délia daves la via
E foron de la trip dejuda,
Qu'es plus auta e plus manten-
(guda,
E del alberc e del pavs (120)
E del lignage de David, (121)
E David fez aqui son fuec,
Profes eran en aquel luec ; (119)
Et aquest premiera fez si
Desotz préside de Ciri.
Pero, cant Joseph e Maria
Annavan per aquela via (122)
Per on hom vay en Beth-
(leem (123)
Per prophessar com dich avem
(124)
Maria dix a Joseph : « Ves
« Zo qu'ieu vey ? non m'o celés
[ges:
« Hieu ve\ dos pobols davant mi
« Que l'un plora e l'autre ri. »
E Joseph diz de mantenent ;
« Cavalca e vay sens bestent.
« Non me vueyllas dire parau-
[las
« Que semblon mcnçonjas ni
[faulas.
Qui cre en Dieu sera jausentz,
39 C Bezennet sial n. — 41 C E car el a. — 42 C sa s. — 44 C E tut 1.
Dieu, T E loerent le roy del. — 45 C Fag aysso passet p. — 46 T Que
M. e J. — 50 Raynouard (VI, 24) a, par erreur, hiiprimc ce vers comme si
c'élail le commencement d'un vers et la fin d'un autre ; par suite M. E. Suchier
lui a donné deux numéros. — 52 C Lo t. c'a. — 54 C Qu'eran de la ves
Debia, T Estoient de la part Dabie. Je ne vois rien dans le latin qui corres-
ponde à ce vers. — 60 C Professavan, T s'jn alerent. — 62 C D. lo presidi
C. ; latin : Hase professio facta est a praeside Syria; Cyrino. — 72 C e ten
ton jument. — js Les vers 7; à 80 sont plus haut, à la suite du v. jo. Après le
v. So ou lit dans C (et dans T sauf légères variantes) les quatre vers suivants :
Un dels pobols qu'era marritz
Es dels Juzieus car s'es (T qui sont) partitz
De Dieu e l'autr'es de las gentz
Qu'es ab Dieu per qu'era gauzentz.
Les deux derniers de ces vers sont la traduction libre de ces mots du latin
L EVANGILE DE L ENFANCE EN PROVENÇAL
349
[104]
Qu'el salvara totas las gcnz
[8 5] Scgons zo que ell promes ac
Ad Abraham et a Ysaac.
El temps es que esperavam,
[88] Que a la semenza d'Abram
Sia bénédiction donada
A tota gent e autrejada.
Am tant foron apropinquat
(126)
[92] De Bethléem a la citât ; (127)
E Joseph dix que deyssendes [ 108I
(128)
Del jument e que l'estaques '■>
Mas non agron on deyssendes
[96) Maria ni si repauses, (c)
May solamenz una balmeta
On a cor que Maria meta.
La balma era tant escura (150)
[100] Totas vez, e am tal sornura,
(13O
[112]
Que lum de jorn non hv avia
(132)
Si non un pauc entorn mievdia;
(133)
E cant la verge coronada
Es en la sornura intrada, (134)
Tant clar fom inz e tôt entorn
(135)
Con es lo soleyll a miev jorn.
" (136)
Aquella clardat fom de Dieu
Que allumena lo fyll sieu.
Aquell lume non hy faylli
Tant com Maria fom aqui.
Maria remas e fom près
Del temps que illi enfantes,
Et enfantet laïnz son fyll (137)
Sens dolor e sens tôt pervll.
(i"38)
E cant nasquet non fom pas
[sorn ', (139)
(ch. xiii) : « Populum enim Jud;eorum flentem vidit, qui recessit a Deo suo,
et populum gentium gaudentem, quia accessit et prope factus est ad Domi-
num (t'o//- la variante). Otiant à la leçon de noire vis. Qui cre en Dieu...
elle est en soi correcte mais elle est visiblement remaniée car elle exprime une tout
autre idée que le texte latin. — 85 C S. so q. D. p. — 86 C Habraam Jacob
et Lsac. — 87 C El t. es ja qu'. — 88 C Qu'en la s. d'Abraam. — 89 C Er
b. — 92 de B. la lur C. — 93-4 C E diys a J. qu'estanques | Son j. e que
deysendes.— 95 CE n., TE non trova ont se mesist.— 99 C El b.— 101-3
C n. illuzia | Nuyila vetz neys entorn, T Soleils ne donoit resplendor | Matin
ne soir ne au mi jor. — 103-4 C E cant li verges .sancta toza (T sainte
espose) I Intret la balma tenebrosa. — 105 C Tal clardat f. — 106 C Col s.
lay entorn m. — 107 C Et aquiU c. — 108 C C'alumenava lo f. s. — 109
C Aquell lums laïntz n. f. — 112 C Del termini que e. — 115 C Cant
naysia non fom jes sorn, T ne fu pas sort.
I. 5o;-», obscur, et plus haut, v\^ 100, 104, so/;/Hn7, obscurité. Ravnouard
(V, 270) ne cite, pour sornura, que les deux ex. de V Évangile de V Enfance ;
pour sorn il cite, outre VÉv. de VEnf., un ex. de la Vie de saint Honorât et un
autre tiré d'une cohla de Guillaume de l'Olivier, d'Arles (Bartsch, Denkni.,
p. 48). Au commencement du xvic siècle nous trouvons la locution à la
sornuro dans le Mystère de saint André (v. 1077), composé et joué dans le
Briançonnais, avec le sens de « à l'ombre, dans l'obscurité ». L'usage de ces
350
[ii6]
[120]
[124]
128I
P. MEYER
Quels angels i son tôt cntorn, « Non ausaintrardepaor.(i42)
(140) « Tant es[sobritra la clardat
Que, cant fom nat, li sopliquc- [152] « Que son veser es encegat. »
(ron 00
E cant Maria l'entendet,
134] Cays somris e non respondct.
E Joseph dix : « Non ay ben fach
( Si t'aduc qui pens de ton fach,
« Als homsdebonavoluntatz.» « Que t'ajude e ti regart
E Joseph atrobet Maria « Con fay femna cant ven en partz ?
Am son enfant que fach avia, « Que non t'agues ops tal meçina
E dix li : « Hieu t'aduc Zabel, « Que pueys t'en clamessas mesqui-
« Bona maïstra e fisel, [na,
« Qu'es defora la balma ancara. « E tu en fas esquerz e ris.
« Perla c[l)ardat que ça vistara, « Non fas pas ben, zo m'es devis. »
« Per kl sobricra resplandor Etz ill diz : « Pos que plaç a tu,
(141) « Venga, mas non m'es ops negun. »
E con scynor lo adoreron
E canteron : « Gloria sya
« En las autesas tota via
« A Dieu etz en terra la paz
Il y a une lacune d'un feuillet entre les ff. 115 et 1 16. Le fol.
115 se termine ainsi (ch. xvi du latin) :
Aur li ufri le premier reys, (f. 115 </) Aur li ufron com a rey grant,
L'autre encens aqui meteys, Encens a Dieu sacrificant,
E le terç mirra preciosa Don ell sacrifiquet en croz
De gran bontat niera vyllosa : Pueys son cors per resemer nos '.
116 C E li angel esteron entorn. — 117 C Can (lis. Tan ?) tost f. n. li
soplegueron.— 118 C Con a lurDieu e l'a., T E con lor seignor le aorerent.
— 119C E diyseron. — 122 C A cels. — 124 C Ab l'e. qu'enfantât avia.
_ 127 C — Qu'es fora de la b. — 128. C P. la gran clardat que es ara. —
1 32 C n'es. — 134. Ici s'arrête le fragment de ConegUano.
deux mots paraît avoir été limité à la Provence et à la région alpine, d'autant
plus qu'actuellement soiirn,sour n'est usité que dans la même région ; voir les
Dictionnaires de Garcin(Draguignan), Honorât, Mistral. C'est sans doute du
provençal que vient le subst. français sounie, le soir, la brune, dont on a des
exemples du xvie siècle (Cotgrave, Godefroy). L'étymologie Satunius
(Remania, V, 184, d. Kôrting, à ce mot) n'a aucune vraisemblance.
I. L'explication allégorique que renferment les quatre derniers vers, et qui
est courante depuis saint Irénée (voir la note 213 de Schade, dans son édi-
tion du Liber de infatitia Maria; et Christi), ne se trouve pas dans le latin.
L EVANGILE DE L ENFANCE EN PROVENÇAL , 3 5 I
Le fol. ii6 commence avec un discours de Jésus qui se lit
au ch. XXII du latin :
« E liieu abreujaray ades (/'. ii6) En lo temple s'en van intrar,
« Las jornadas que seran près, Allonz » non pogron albcrgar,
« Et en tôt ço que povnaram ' C'apellavan li Egipciayc
« Trentarz - aixi con annani, Capitoli, li clergue el laie,
« Compliray hieu sol en un jorn ; On avia tresentz seyxanta s
« E pueys estarem en sojorn. » E cinq '', a despiech etz [az] amta,
E non ac pas de tôt complit Idolas, de Dieu e de sanz,
Zo qu'el disia ni fenit Que foron coûtas per motz anz
Qu'elz viron d'Egipte los portz, E servidas per los pagans
Los pratz, las ribieras els ortz ; Qu'en fasian lurs Dieus certans.
E son s'en meravyllat tut E tantost con Maria intret ^
Cant ill viron la gran vertut Am l'enfant ni las esgardet,
El miracle qu'a demostrat Totas ensemps si soplegueron
Del viage c'a abreujat. Ves terra e si degoUeron,
Am tant foron en la contrada (205) Qne hanc nembre ^ non lur remas,
Près dels molins > qu'es a l'intrada Pes ni testa, camba ni braç,
D'Egipte, a una ciutat, Cays que dissessan a la gent :
E son s'en de laïnz intrat; « L'enfant es Dieu e nos nient. » (/')
E, car non hy son connegu, E adonx fom manifestada
Non los vole albergar negu, La prophecia e proada
1 . Poyihiram est le conditionnel formé du pi. q. p. latin.
2. Corr. Trenta jonii ; latin : « ego viam vobis breviabo, ut quod spatio
triginta dierum ituri eratis, in hac una die perficiatis » (ch. xxii).
3. Faute singulière. Doit-on corriger ^rw^i'frwo/w? Latin : « Et gaudentes
et exultantes devenerunt in finibus Hermopolis, et in quandam civitatem Egypti
qua; Sotinen dicitur ingressi sunt. »
4. Je n'ai rencontré jusqu'ici ce mot que dans des textes de la Provence,
par ex. dans le Livre des privilèges de Manosqtie, p. 49, dans le Roman en vers
d'Esther (Roinania, XXI, 204, vers 26) où il est en rime. Pour d'autres
exemples, également fournis par des textes de Provence, voir Chabaneau,
Revue des langues romanes, VU, 81. Il y a lieu de le rattacher à alhondres
(Raynouard, II, 66).
5. Vers trop court.
6. « Trecenta quinquaginta quinque » dans l'édition de Tischendorf,
mais le chiffre de 365 est donné par l'édition de Schade.
7. Ici commence le ch. xxiii du Pseudo-Matthxi evangeliiim .
8. On a fréquemment, en Provence, nembrar, pour niembrar, mais
nendne pour mendve n'est pas commun. On trouve cette forme dans la Fie
de Douceline (164, 2).
352 p. MEYER
Que disia de Dieu l'amie Que li vengron denunciar
De zo que dix el temps antic. Con li dieu an tôt soplegat
« Dieus qu'es sobre la nivol leu (206) A l'enfant e son degollat.
« Venra en Egipte en breu, E Frondi[si] feç mot gran est
« E seran li dieu ds man fach E venc al Capitoli test
« D'Egipte tut brisât e frach '. E vi sons Dieus totz degollatz,
E cant aizo fom avengut -% Etz es s'en mot meravillatz
Li message son tost agut E met se als pcs del enfant
A Frondisi, prince c bar, E adoret lo soplegant...
Le morceau qui suit correspond au chap. xxxii du Pseudo-
Matthiœ evanf^elium. Je le transcris afin qu'on puisse le compa-
rer avec le second des extraits de la version fragmentaire de
l'Evangile de l'Enfance que j'ai publiés jadis d'après le ms.
B.N. fr, 25415 (Bulletin de la Soc. des anc. textes français, 1875
p. 81) '. On verra que les deux versions ne se ressemblent
nullement.
Apres aizo jornz non say cantz E un dels enfanz que era sus
(f. 119 c\ Casec avall per lo mur jus,
Jésus jugava am d'enfanz +, Si qu'ell fom mortz de mantenent
E pujet sus una mayson, L'enfant, vesent de tota gent.
E li enfant que am luy son ; Li autre enfant fugiron tut
1 . « Tune adimpletum est quod dictum est per prophetam Isaiam : « Ecce
Dominus veniet super nubem levem et ingredietur Egyptum, et movebun-
tur a facie ejus omnia manufacta Egyptiorum [Is. xix, i] ».
2. Ici commence lech. .kxiv : « Tune, cum Affrodosio duci civitatis illius
nuntiatuni fuisset, cum universo exercitu suo venit ad templum. Pontifices
vero templi, ut viderunt quod Affrodosio (/. Affrodisius) cum universo exer-
citu suo venit ad templum, properare putabant se tantum vindictam videre
in eis quorum causa dii corruerent {sur cette phrase obscure voir la note de
Sctmde dans son édition). lUe autem ingressus templum, ut vidit omnia idola
in faciès suas prostrata jacere, accessit ad beatam Mardam, quœ in sinu suo
Dominum portabat, et adorans eum ad universum exercitum suum et ad omnes
.amicos suos dixit : « Nisi hic deus esset deorum nostrorum, dii nostri coram
eo in faciès suas minime cecidissent neque in ejus conspectu prostrati
jacerent. »
3. Il n'est pas possible d'établir la comparaison avec le premier des extraits
publiés de ce manuscrit, parce que ce premier extrait se rapporte à la fuite en
Egypte, qui manque dans le ms. de Paris par suite de la perte, signalée plus
haut, d'un feuillet entre les ff. 115 et 1 16.
4 Cet emploi de de (a ni d'en/an-) est bien provençal. C'est l'usage actuel.
l'évangile de l'enfance en provençal
Al mort
Pcr la paor que an agut ;
Jcsu remas soletz aqui
Tro quels parentz e li vesin
Vengron, que ausiron [lo] fach,
E pensan qu'ell o agues fach.
E foron li moût enemic
Am fer cor irat etz enic,
E dixeron : « Aquest l'empeys. '>
E Jesu dix aqui meteys
353
« Av t'icu enpench,
[Symon » ' ?
El mort respondet : « Seyner, non;
« Zorobabell m'a derrocat
« E vos, seyner, resuscitat ^. »
E cant viron tut li parent
Lo miracle si pareixent
An fort Dieu tut glorificat
E l'enfant Jhesu adorât.
Les vers du ms. Raynouard que M. E. Suchier cite sous les
n°' 255 à 258 se rapportent au chap. xxxviii et xxxix du Pseudo-
Matthivi cvangcUiim, ou plus exactement, comme M. E. Suchier
en fait la remarque, aux chap. xii et xiii de VEvangelimn Tho-
inœ latinum, où les mêmes miracles sont traités en termes diffé-
rents.
Je vais donner la tin du ms. de Paris, où on pourra consta-
ter des rapports avec VEvangcliuiiL TJkniuv. Il est bien probable
que l'écrivain provençal avait sous les yeux un texte latin com-
posite, où le Pseudo-Matihœi evangelium avait été complété
par des emprunts faits aux derniers chapitres de V Evangelium
Thomx.
Apres aiço non tarzet gayre
(/• 121 /.)
Que una femnadel repavre,
Ben près d'aqui, avia un fyll
Que ac estât en greu peryll
De malautia e fom mortz ;
E fom mot gran lo desconortz
E la dolor qu'ill en sentia ;
E car autre enfant non avia
Era plus mortal li dolors.
Et aixi, am planz et am plors,
La mayre esta sobre l'enfant ;
E Jhesus es vengut enant,
E toquet sus lo pietz lo mort,
(268)
E dix ; « Femna, ajas conort,
(269)
« Que ve ti ton f\'ll revisdat. »
(270)
E le mortz s'es en pes levât
E pueys si gitet a sons pes ;
E Jesu dix que li nembres
De luy, e rendet l'a sa mayre.
Els Jusieus, que lo volian trayre
De la mayson per sebelir,
Esteron mot en gran consir
1. Zeno&sx. le nom de cet enfant dans le latin.
2. Pour ce vers et les deux précédents il y a simplement, dans le latin :
« at ille dixit : Non, domine. »
Romam.,, \XXV
354
p. MEYER
Per lo miracle qu'ill an vist,
E vengron tut a Jesucrist
A merce, e que lur perdoii
Per la inala suspicion
Qu'elz agron, mas pentitz s en
[son.
E Jésus lur a fach perdon,
E pueys dison : « Celestials (c)
« Es e fyll de Dieu eternais.
<■ Sas obras son mot aproadas
« Car motas armas a salvadas
« E tornadas de mort a vida,
« E, cant negus merce li crida,
<i A li merce el salva lieu.
« E s'ell non fossa fyil de Dieu
« Non agra ja tant de vertut. »
Am tant, e ill son tut vengut
A Maria e an li dich :
« Maria, nos trobani escrich (272)
« C'oms pecavres non fay tais
[signes (275)
« Ni miracles ni non n'es dignes
(274)
« Com Jesu fav; es ell ton
[fyll? »
Et ella respont sens peryll :
« En mon ventre fom engenrat. »
Adonx dison : « Benaûrat
« Es lo ventre don ell eissi
" E la mayre que l'a noyri,
« Que tant glorios f[rjuc portet. »
E am tant Jésus s'en annet
Am sa mayre en son hostal,
E, car hanc non fez degun mal,
Maria gardet en son cors
Zo qu'ell fez dedinz e defors
E sons ditz els miracles granz
Qu'cll fasia entrels enfanz ;
Qu'ell fay pariar ios mutz per
[ver
E als cex rendia lo veser, (275)
E endreça contratz e tortz (276)
E soven suscita !os mortz (277)
Els sana de lur malautia.
Et aixi con de cors creyssia
Aixi crexia de bon saber
E d'onestat e de poder
E de gracia e d'onor
E de fama e de lausor, (J)
Con ver Dieus de tôt poderos,
Homs e Dieu e rey glorios
Que viu e régna per totz temps,
Payre e fyll qu'es tôt ensemps,
Sant Esperit qu'es tôt un dieus
De Sarrasins e de Jusieus
Salvayres e govern espres.
E nos preguem li tut ades
Qu'ell nos meta la sus am si
En sa gloria qu'es sens fi,
On siam totz temps sens destor-
[bier
El gauch de paradis plenier.
Pero del pobol d'Israël
Fom un que vi lo rev del cel
(283)
En s'enfantesa e i uset ; (284)
Soven hv bec e hv manget,
E cant Ios miracles fasia
Jesu, Thomas Ios escrivia
Els mes en latin per escrich
Seo;ons que ay desobre dich ;
E hieu aquest roman n'ay fach
E del latin en aysi trach.
Prec vos totz que Paves ausi,
Sos plaç, que pregues Dieu per
[mi,
L'emperayriç verges Maria
Qu'es de peccadors capse guia.
Qu'il ' pregue per nos son car fyl
I . Ms. Ou'el.
L EVANGILE DE LENIAXCE EN PROVENÇAL 355
Que nos garde de tôt peryl Per ço que ncmbiada en sia
E nos acueylla el sieu règne (271 =)
Lo quai es precios e digne '. Dizes en tut : Ave Maria ».
Fiiiito libro sit laits cl gloriii Chrislo. Amen.
Pour hiciliter la comparaison de cette fin de notre manuscrit
avec le texte latin que l'écrivain provençal a eu sous les yeux,
je crois utile de transcrire ici le dernier chapitre de ÏEvange-
liiiiii Thoiiiiv. On verra que la version est très libre :
l'est paucos dies infans vicinus ejus defunctusest, et deplorabat eum mater
ejus valde. Audiens hoc Jésus abiit et stetit super pueruni et pulsavit in pec-
tore ejus et dixit : «Tibi dico, infans, noli mori sed vive. » Et statim surrexit
infans. Dixit auieni Jésus ad matrem pueri : « Toile filium tuumet daeis ube-
ra et recordare mei. » Videntes autem turba; lioc miraculum dixerunt : « In
veritate infans iste cœlestis est ; jam enim plures animas liberavit a morte et
salvos fecit omnes sperantes in se. »
Scr'ihx et Pharisiti dixerunt ad Mariam : i< Tu es mater istius infantis ? »
Maria autem dixit : « Vere ego sum ? » Et dixerunt ad eam : « Beata es inter
niulieres, quoniam benedixit Dcus fructum ventris tui, quod talem gloriosum
infantem et taie donum sapientia; dédit tibi quale nunquam vidimus nec audi-
vimus. » Surrexit Jésus et secutus est matrem suam. Maria autem servabat
omnia in corde suo quanta fecit Jésus signa magna in populo, sanando infir-
mes multos. Jésus antem crescebat statura et sapientia, et omnes qui videbant
eum glorificabant Deum patrem omnipotentem, qui est benedictus in secula
seculorum, amen.
Post hx'c omnia Thomas Israelita scripsi quœ vidi et recordatus sum genti-
bus et fratribus nostris, et multa alia qu:E fecit Jésus, qui natus est in terris
Judx. Ecce omnia vidit domus Israël a primo usque ad novissimum, quanta
signa et mirabilia fecit Jésus in ipsis valde bona et invisibiiia patri suo, quo-
modo enarrat Scriptura sancta et prophetiv testificati sunt opéra ejus in
omnibus populis Israël. Et ipse est qui débet judicare mundum secundum
1 . Corr. (li'i^ne ? ou plutôt renb-denh ?
2. On voit que, d'après M. Suchier, ce vers devait prendre place dans le ms.
Raynouard, avant les citations numérotées 272 à 277. Cela paraît assez
étrange ; cependant, comme M. E. Suchier s'est réglé sur le ms. de Turin,
comme il affirme que, d'après ce ms., le vers marqué ici 271 est 162592"":, et
que le vers marqué ici 272 est le 26i4"^e, \\ faut bien croire que, dans le ms.
de Turin, l'ordre est celui qu'il indique. Mais on aurait besoin de connaître
la fin du ms. deTurin pour savoir comment ce vers 271 est amené. Malheu-
reusement il est brûlé. Espérons que M. E. Suchier ne tardera pas à publier
la copie qu'il en possède.
356 p. MEYER
voluntatem immortalitaiis ; quoniam ipse est filius Dei in universo orbe
terrœ. Ipsum decet omnis gloria et honor in sempiternum, qui vivit et régnât
Deus per omnia secula seculorum. Amen.
J'ai quelques observations à prcsentcr sur la versification
et la langue de ce poème. Il ne s'agit ici que d'un travail pro-
visoire, qui devra être repris et poussé plus à fond lorsqu'on
publiera le texte tout entier avec l'aide du ms. de Turin.
L'auteur se conforme à peu près à l'usage ancien d'après lequel
la phrase se termine avec le second vers du couplet. Il y a
quelques exceptions, mais elles sont rares. Notre version de
VEnfance peut donc être classée, à ce point de vue, avec les
poèmes faits pour le peuple où le même fait a été observé \
C'est surtout dans des compositions plus littéraires que l'on
rencontre le couplet brisé -.
Parfois, mais rarement, par ex. fol. 109 r et 115 r^, on trouve
quatre vers sur la même rime.
Les rimes sont très simples, sans aucune recherche. Çà et là
quelques irrégularités : David-vis 3 r-2 ;vas-boslal ' 157-8 ; eors-
vols 167-8 ; gar:^ons-pastors 279-80 ; tordol as-col omba s fol. 11^ a.
En Provence, où le poème a été sûrement composé, il n'est
peut-être pas très correct de faire rimer -cvis -in avec -os -i
(aucellons-poderos 99-100, inatin-si 13 1-2), mais ces rimes
seraient correctes partout ailleurs (on prononçait mali) et ne
doivent pas être considérées, même ici, comme irrégulières. Au
v. 163 ac, rimant avec plac, est la première personne : la
forme correcte serait aie ou agiii K
L'auteur pratique peu l'élision de la finale atone avant un mot
commençant par une voyelle. On se rendra compte de la propor-
tion des cas de non élision et d'èlision par le rapprochement
des deux listes qui suivent. On observera que 1'^ final s'éHde
1. Voir mon mémoire sur le couplet de deux vers, Romania, XXIII, 50.
2. Le couplet brisé est un peu plus fréquent dans les parties en vers
octosyllabiques de la Vie de saint Honorât que dans notre poème. De plus
R. Feraud commence parfois une phrase au milieu d'un vers, ce que je n'ai
pas observé dans celui-ci.
3. Le copiste a écrit hostals.
4. Il y a encore ac, fe pers., au v. 175, mais là rien n'empêcherait de res-
tituer «[îjf.
l'évan'Gile de l'enfance en provençal 357
surtout quand le mot suivant commence par la même lettre ',
NON KLisiON 208 OiiYt./ .ingels cl l'asoret.
S Pastres en/ e las gardava. 217 E ma viandrt es aytals.
15 de la gausid.ï e del fruch. 245 D'ora noiw entro al ser.
18 A vcdoas, qu'en? obs granz.
, ,, . ELISION
19 L autrrt als paures d espent.
54 Ensems Annd e sons maritz. 17 Dava l'urw as orfes enfanz.
69 Fom de vergovniK/ esbaït. 45 Etz era adoncx acostumat.
78 Fin*» e castfl e huniil. 125 E la sancta paraula ausida.
79 Qu'estavû en gran cossirier. 130 Car en; aguda trebayllada.
113 Que s'ieu avia fylla o fyll. 132 Que sonet sa serventa assi.
129 Anz fom cays mort./ e lassada. 155 Sens marit, sens fylL/ e sens fyll.
147 Quant Ann./ auz aixi parllar. 220 Qu'ieu déjà el tabernacle intrar.
204 E pos t'en deyssendrf huey mays. 235 Del fum del sacrifie/ eyssi.
205 D'esta montaygni/ am tas genz. 236 Tan bon'odor- c'om non senti.
En général que ne s'élide pas; cependant il est élidé au v. 140:
Si as îrehayll en que en sny hieu.
Les rimes donnent aux mauvais écrivains (et ils sont nom-
breux dans la poésie provençale des bas temps), l'occasion
d'introduire dans leurs vers une quantité de chevilles. A cet
égard on ne peut pas dire que notre auteur soit à l'abri de tout
reproche : ~o m'es vis 32, per vertat 40, mot certaiis 60, sont
d'incontestables chevilles. Toutefois les pedas et les quays pedas,
pour emprunter le langage des Leys d'amors, ne sont pas aussi
habituels chez lui que dans les deux autres versions proven-
çales de V Enfance et que chez Matfré Ermengau.
La langue de l'auteur et celle du copiste ne devaient guère
différer. Cependant il est plus prudent de mettre au compte du
second tout ce qui est de pure phonétique. Par suite il reste peu à
dire quant au premier.
L'auteur opère régulièrement la synérèse de la finale -/a dans
les imparfaits et les conditionnels. On en trouvera des exemples
1. Un fait analogue s'observe en ancien français. Dans le Psautier d'Oxford
nie te s'clident devant un e, mais non devant les autres vovelles : « je w'eslui-
gnai, tu /'enfuis », mais « m^ oit, te apelerums, te iraistras » (Meister, Die
Flexion iiii Oxfonler Psalter, Halle, 1877, p. 106).
2. Peut-être l'écrivain faisait-il odor du masculin.
3)8 1'. MI-YER
aux vers lé, 20, 22, 38, 47, 80, 92, 113, 138, etc. Le même
fait s observe depuis la fin du xiii' siècle dans tous les poèmes
d'un caractère populaire '. Doas, v. 182, dans le corps du vers,
ne forme qu'une syllabe, ce qui est contraire à l'usage ancien
mais d'accord avec l'usage plus récent -.
Comme la plupart des écrivains du Midi, l'auteur ne se fait
pas faute d'employer, en vue de la rime, des formes différentes :
meteys 150, et meteus léo, en rime; ailleurs, également en rime,
remaner et remanir. — Il réduit au besoin à -es la finale -<?/:( des
secondes personnes du pluriel : deves-pres, 6 1-2; trames-doptes,
117-8.
La forme aicit (ici), v. 214, est attestée par la rime. Elle n'est
pas relevée dans les dictionnaires ; cependant on en trouve des
exemples : « iXaysît a sent Johan prochan », dans une lettre
écrite à Seyne en 15 12 {Annales des Alpes, III, 90). Mistral
enregistre <'/r//o, eicite.
On remarque l'extinction du d entre voyelles dans les parti-
cipes féminins pentia (fol. 114 h), compila (fol. 114 J) en rime
avec cresla, prophecia.
L'examen des rimes prouve que les règles de la déclinaison
étaient encore assez généralement observées. Les infractions
sont, le plus ordinairement, dues au copiste; voir vv. 173-4,
197-9, etc., où la forme du cas régime doit être remplacée
dans les deux vers, par celle du cas sujet.
Dans la conjugaison on peut remarquer la forme périphras-
1. Par ex. dans la Vie de saint Honorât, dans Blandiu de ConiouaiUes,
dans les deux autres versions de l'Évangile de l'Enfance (plus ou moins régu-
lièrement), etc. Il y en a des exemples bien plus anciennement, par exemple
dans la Croisade albigeoise (2.'^ partie), mais ils n'apparaissent que dans les
imparfaits et non d'une façon constante {avia, aviam, 5237, 3456, de deux
syllabes, et aviau, de trois, 3192) : jamais danb le subj. sia ni dans les condi-
tionnels. A la fin du xiiF siècle encore, chez Matfré Ermengaut, l'usage est
assez flottant (voir Zeitschr. f. rom. Phil., VII, 396). Les auteurs des Leys
d'amors ont tenté de réagir contre la prononciation vulgaire qui opérait la
synérèse (I, 46, 48 ; III, 146). Arnaut Vidal de Castelnaudari, qui est de leur
école, est hésitant en ce qui concerne les imparfaits, mais dans les condition-
nels, il fait toujours ia de deux syllabes ; voir mon édition de Guillaume de la
Barre, p. lix.
2. De même dans Guillaume de la Barre ; voir l'édition, p. Ixj.
L EVANGILE DE L ENFANCE EN PROVENÇAL 3)9
tique era nguda (v. 130) dans le sens du plus-que-parfait d'esser,
cf. son agiit, p. 352. On sait qu'elle est fréquente en provençal
dans les textes du xir' au xvi^ siècle, et surtout en Provence '.
Actuellement cette locution n'est plus guère en usage -.
Par contre l'usage de l'auxiliaire anar joint à un infinitif, si
fréquent dans tout le Midi chez les écrivains médiocres ', ne
s'observe pas dans notre poème.
Voici maintenant quelques observations sur la graphie du
copiste. La terminaison -a nt des troisièmes personnes du pluriel
est conservée régulièrement, conformément aux lois de la pho-
nétique : alegran 108, pregavtin 39, avian, 20, fasian 47, etc. On
ne rencontre pas d'exemple de la finale on substituée à an.
C'est, comme je l'ai montré autrefois ^, un trait du langage de
1. Le plus ancien exemple connu paraît être le premier vers de la pièce de
Raimon d'Avignon, Sirreiis siti «i'm/^ et arlot:;^, publiée par Bartsch dans sa
Chrcstoniathie provençale ; l'exemple de Gavaudan, Cilli queron ja de pret:^
avuti iyoxx Romania, XXXIV, 505), cité par Raynouard, Lex. roni., II, 137,
présente un sens fort différent. La même forme s'observe chez Bertran
Carbonel de Marseille (son ui'iit~ bon e cartes, Bartsch, Denkm., 14, 19), dans
la Vie de saint Honorât, dans Sainte Agnes (voir la note de Bartsch sur le v.
815), dans le poème sur la mort (1543) de Robert, roi de Naples (Bartsch,
Denkm., 55, 27), dans un sermon du xv^ siècle qui paraît bien avoir été com-
posé en Provence (Bulletin de la Soc. des anc. textes fr., 1883, p. 63). On la
trouve aussi dans des documents qui n'ont rien de littéraire : à Manosque, dès
la fin du xui": siècle, voir Chabaneau, dans le Livre des privilèges de
Manosque, p. Ixxxiij ; à Seyne dans un compte de 141 1 (art. 234, Romania,
XXVII, 381); à Digne, en 1442 (ihid., 405) ; à Forcalquier en 1478 (ibid.,
427). On sait que cette forme a été relevée dans le nord de Tltalie; voir
A. Mussafia, Beitràge :^ur Geschichte der rouianischen Sprachen, dans les comptes
rendus de l'.^cadémie de Vienne, classe de philosophie et d'histoire, 1862,
t. XXXV, p. 546 et suiv. On la trouve aussi en catalan et en français de l'Est
TMussafia, da.ns Jahrh. /. roni. u. engl. Lit., V, 248), mais c'est en Provence
qu'elle a été le plus répandue.
2. Elle existe encore à Fours, canton de Barcelonnette et au sud de cette
ville. Voir F. Arnaud et G. Morin, Le langage de la vallée de Barcelonnette,
p. 292. Les cartes 521 et 522 de VAtlas linguistique de MM. Gilliéron et
Edmont l'indiquent en deux endroits des Alpes-Maritimes.
5. Voir mon édition de Guillaume de la Barre, p. Ixvj, et Romania, XVIII,
427.
4. Romania, IX, 201-2, où l'on trouve des exemples empruntés à des docu-
ments des Bouches-du-Rhône.
360 p. MEYER
la Provence, spécialement des Bouches-du- Rhône, du Var, des
Basses-Alpes; toutefois, il taut distinguer non seulement les
régions mais aussi les époques '. Il est bien à croire qu'ici
l'usage du copiste était aussi celui de l'auteur.
/ double se rencontre fréquemment, 1° entre deux voyelles,
surtout après f : navellas, 81, aucellons 105, ella 203, appellat
278; 2° à la fin des mots : aquell 3, 103, angell 116, 123, ell,
i^6,aynnell 123, pell 222, mell 239, capdell i^S,avall,p. 352;
3° après ;■ : parllar 147 ".
/ mouillée est presque toujours notée par yll et aussi par ill, ce
qui n'est pas sans inconvénient là où l'y oui'/' compte aussi comme
voyelle ' , dans fylla, fyll 35,113, 135, peryll 36, 114, meravyllos
119, meravylla 194. Je suppose que dans ///, aqiiill, pronoms
féminins, 94, 193, il y a aussi / mouillée +. Autres exemples :
bayJlia 14, irebayllada 130, trebayU 134, 140, appareyllat 58,
nioylkr 28, 77, -158, 166, esveyllet i-j-j. La graphie nuyll, 226,
indique sûrement la mouillure.
De même n mouillée est représentée par yn : ioyn 82, ttwn-
tayuas 290 ; par ynn : vergoxnna 69, aynncl 223 ; par yngn, ygn :
luayngn 75, luYm^nar 143, montayojias 180, vwntaygna 205.
Comme on voit, le copiste ne fait aucun usage des combinaisons
//;, nh, qui cependant se rencontrent très fréquemment en Pro-
vence.
Vu instable se maintient régulièrement, comme du reste par-
tout en Provence K
Le ç est un signe assez rarement employé dans le Midi de la
France, tandis qu'il est très fréquent, dès le moyen âge, dans
les mss. du nord de l'Italie. Ici nous le trouvons comme cor-
1 . A Seyne, dans le nord des B. -Alpes, on a -an, -on, et, là ou un / précède,
-en (avien) ; voir Romania, XXVII, 560. A Digne -an paraît se conserver
assez régulièrement (//'/(/., 390 et suiv.). De même à Forcalquier (ih'uL, 426
et suiv.) et à Castellane (//'/(/. 435 et suiv.).
2. On trouve de même, dans le ms. d'après lequel a été publiée la Vie de
saint Honorât, Arlle, gerJlet, etc.
5. Nous avons le même inconvénient en français, dans bille, fille, x'iiJle,
qui s'écrivent comme l'ille. D'où l'erreur qui a produit la prononciation
d^aiigiiille, camoniille (/ mouillée), au lieu d'ans^tiile, cauiomile.
4. Cf. fi}~,fillas, 102.
5. Voir Romania. XVIII, 437.
l'évangile de l'enfance en provençal 361
respondant de r latin suivi d'e ou d'/, dans aiço, p. 347 (v. 26),
ço, p. 351, ça, p. 35o(v. 128), brar, p. y)i,feç (fecit), p. 352,
dans /)/af (placet). p. 350, dans<'m/)^m/nV, p. 354, dans ;mv/'W,
p. 350.11 répond à -ti- entre une consonne et une voyelle dans
endreça, p. 354, metiçonjas, p. 348 (v. 74), inençonega (fol. 118
c), terç, p. 350. Je l'ai rencontre aussi à la place d's initiale,
dans cas (fol. 117 r).
Comme exemple de métathèse on peut citer bcsenit, pour
hencsit, 63, 209. C'est la forme habituelle dans la Vie de sainte
Douceline '. On trouve aussi besenet (fol. 114 c?) en rime. La
métathèse est fréquente en Provence. On pourrait, avec les
textes de cette région, faire un long supplément au mémoire
de M. Behrens sur la métathèse dans les langues romanes -.
Il v a quelques anciens paroxytons devenus paroxytons :
ainsi dans le vers ^«c sia tnençonega ni fauln (fol. 118 r), men-
çonega compte pour quatre syllabes; on trouve aussi metiçonjas
(p. 348) '. Citons encore cannebe : O cannebe 0 Un 0 Jan (fol.
1 10 d), où les trois syllabes de cannebe con\^\.QV\t.
De tous ces faits il résulte que le copiste appartenait à la
Provence méridionale, et probablement aussi l'auteur, sans qu'il
soit possible de préciser davantage.
Ce poème renferme un assez bon nombre de mots rares ou
même uniques, que le Lexique roman n'a pas tous enregistrés,
je citerai :
Capus : E Joseph Jct;, qiiera capus (fol. 120/'), l'anc fr. cbapuis.M. E. Levy
en cite deux exemples moins anciens et empruntés à un texte dauphinois où
on s'attendrait à trouver chapiis.
Coca : £ cant en vole trar la man drecha \ E ilU Vague tota sécha ; | No la
senti plus c'una coca j Ni la poc portai- a la hoca (fol. 114 a). Est-ce le ir.
coque, coquille? L'o est fermé.
Gest -.e tut siey dich etiil siey gesl \ Foroii tan jnst e tant honest (fol. 108 r).
Les deux exemples recueillis par M. Levy sont moins anciens.
.Malencavs. Ce mot est enregistré dans le Lex. roui., IV, 180, avec le sens
1. Voir l'édition de l'abbé Albanès, p. Ixxxix.
2. M. Behrens (p. 66 et suiv.) a surtout recueilli ses exemples dans l'état
moderne de la langue.
V Mensonega se rencontre fréquemment dans les textes proprement pro-
vençaux. On peut en rapprocher monegue, moine qui est peut-être encore
proparoxyton dans la vie de saint Honorât (pp. 153, 140), mais cependant y
compte pour trois syllabes.
362 p. MEYER
de « liaine ». M. E. Levy (Siippl. IVorl., V, 59) le considère comme sus-
pect et propose une correction qui doit être rejetée, parce qu'il y a dans le
poème un second exemple que le Lex. rom. n'a pas relevé : E iiit\ : Kon los
blitstews huevtnays \ Quati Jusien aniuul encays (fol. 1 18 a). La traduction n'est
pas très exacte (voir le ch. xxix du Pseudo-Matlb. evaugeli 11 m), miùs le sens
est visiblement le même que dans l'autre exemple.
MoR.\ : E/omjtistalafout, qu'empli \ Sa ii!ora,e range! dix /i(fol. iioJ).
Latin (ch. ix) : « Dum Maria juxta fontcm staret ut urccolum impleret. »
Probablement le même que moia, récipient (Du Cange, mola 6 ; A. Vidal,
Comptes consulaires d'Albi, au glossaire, et Mistral, moulo). On pourrait lire
aussi s'amora, cf. E. Levy sous ce mot, et pour l'origine, Thomas, dans
Remania, XXIX, 165.
L'intérêt que présente ce texte est surtout linguistique. Envi-
sagé au point de vue littéraire, sa valeur est minime. C'est
une œuvre médiocre dans un 2:enre secondaire.
Actuellement, je vais m'attacher à résoudre la question que
j'ai jusqu'ici supposée résolue, celle de savoir si notre manu-
scrit est bien celui qui a été utilisé dans le Lexique roman de
Raynouard. A première vue, l'identité n'est pas évidente.
D'abord aucun signe extérieur n'indique que ce livre ait été
entre les mains de l'auteur du Lexique, et on sait que Ray-
nouard avait assez l'habitude de laisser des notes de sa main
dans les manuscrits qui lui appartenaient ou même qui lui
étaient prêtés'. On pourrait aussi objecter qu'un certain
nombre des vers cités dans le Lexique ne se retrouvent pas dans
notre manuscrit, mais on verra tout à l'heure qu'il n'y a là
qu'une apparence, et que cet argument n'a aucune valeur.
Enfin, il est vrai qu'il y a des différences entre le texte des cita-
tions et le texte du manuscrit. Examinons d'abord ce dernier
argument, le seul qui ait quelque valeur. Un examen attentif
m'a porié à croire que toutes ces variantes apparentes pouvaient
s'expliquer par la négligence des personnes qui ont fait le
dépouillement du poème en vue du Lexique roman ^.
1. Par ex. dans le ms. de Flamenca it\. dans le nis. de la Violette que j'ai
retrouvé dans une bibliothèque des États-Unis (Remania, XXXIV, 90).
2. Je dois noter ici en passant qu'il serait injuste de rendre Raynouard
responsable de toutes les citations faites dans le Lexique reman. Le seul
l/ÉV.WGILE DE l'hXFANCE EN PROVENÇAL
363
Voici les différences qu'on observe dans les dix-huit premiers
des vers cités par Raynouard :
M s. DE PARIS.
8 Et aquo fom totz sons mestiers
1 1 Et era de la trip de Juda.
14 De tôt l'aver de sa bayllia
15 De la gausida e del fruch.
16 Fasia très parz. . .
22 Etz adescreyssia plus sons trops.
25 Plus c'a deguns de sons vesins.
26 Lo quinzen an de sa elat
îiQ.ue fom de la trip de David.
3 5 Et esteroii trenta anz complitz.
55 E venc estar antrels doctors
56 E antrels escrivans majors
71 E tôt plen de confusion.
86 Per que m'as tout mon refuch
87 Mon marit qu'era mon conort.
102 Filz o fillas e mi layssiest
107 Tota solcta d'aquell don.
CITATIONS DE RAYNOUARD.
. . . fon . . . mestriers
. . .del ' trip. . .
Pas de différence,
. . .parts.
. . . creissia sos. . .
. . .qu'a. . . sos vezins
Pas de différence.
. . . fon . . .
ans. . .
entrels. . .
entrels escrivains. . .
Pas de différence.
Pas de différence.
) Pas de différence, mais Ravnouard ne
i cite que mi layssiest tota soleta.
Le lecteur peut poursuivre la comparaison : il ne rencontrera
que des variantes absolument insignifiantes, dues à des erreurs
de copie ou d'impression. Maintenant, venons-en aux vers cités
dans le Lexique roman comme tirés du manuscrit Raynouard, et
qui ne se retrouvent plusdans notre manuscrit. Ces vers portent,
dans le classement de M. E. Suchier, les numéros suivants : 66,
volume de cet ouvrage qui ait été imprimé du vivant de Raynouard est le
tome II, qui devait être en réalité le premier, car la signature de chacune des
feuilles dont il se compose est I (les volumes III à VI sont respectivement
signés II, III, IV, V). Les secrétaires de Raynouard, Pellissier et Dessalles,
qui étaient de bien médiocres philologues, ont pris une grande part à la
rédaction des tomes publiés après la mort de Raynouard, et ils ont commis
bien des erreurs dont le maître ne saurait équitablement encourir la respon-
sabilité. Il faut aussi tenir compte des coquilles : ainsi, t. IV, 656 a, un vers
transcrit ci-dessus (le n" 126 des citations relevées par M. E. Suchier) est
imprimé ainsi : An tan pron apropinquat, où il faut évidemment /o/o;/.
f . On s'explique très bien la lecture del pour de la ; voir ci-dessus, p. 342,
note du vers 1 1.
364 p. MEYER
180 à 204, 278, 279. — Pour les vers 180 à 204 l'explication
est très simple : ils appartiennent au récit de la fuite en Egypte ;
or, cette partie de l'apocryphe manque actuellement dans le ms.
comme on l'a vu plus haut, par la perte de deux feuillets entre
les ff. 115 et 116. Au temps de Raynouard cette lacune
n'existait pas. — Quant au v. 66 ÇIU venian ensemps par e
par), M. E. Suchier l'a classé au petit bonheur, car il manque
dans le ms. de Turin. Je l'ai cherché dans tout le ms. ; peut-
être m'a-t-il échappé, peut-être aussi se trouvait-il sur l'un des
feuillets absents. Mais j'ai une tout autre observation à faire
sur les vers 278 et 279. Les voici :
Coma, filh Joan, to nebotz
Que te solassara per totz.
Il est évident que ces deux vers reproduisent les paroles que
dit Jésus en croix à sa mère. De ces deux vers ' M. E. Suchier
a conclu que le poème de Raynouard devait contenir non seule-
ment l'enfance de Jésus, mais le récit de sa mort. Conclusion
légitime en apparence, mais en fait erronée, car les deux vers
en question n'ont jamais fait partie du poème de TEnfance :
l'indication donnée dans le Lexique roman est fausse - ; ces deux
vers appartiennent à la version provençale du Planctns beatœ
Marier, publié par M. E. L. Edstrôm (Gothembourg, 1877),
sous ce titre : La passion du Christ, poème provençal , vv 468-9 '.
Assurément, il n'est pas absolument impossible qu'il ait
existé un manuscrit distinct du nôtre, et offrant cependant le
même texte, mais c'est là une supposition, toute gratuite et
bien peu probable.
Paul Meyer.
1 . Et d'un troisième : Mas pren la garda Je Maria, qui se trouve au fol.
HOC du manuscrit, mais dont M. E. Suchier n'avait pas trouvé la vraie
place.
2. M. E. Suchier a relevé une autre erreur du même genre à la p. 568 de
son mémoire.
3. L'édition de M. Edstrôm, faite d'après un ms. de Tours dont Ravnouard
n'a pas fait usage, présente une variante. Raynouard s'est servi du ms. B. N.
fr. 174s où le poème occupe les ff. 137 v" et suiv. La citation de Raynouard
s'y trouve au fol. 141, col. i.
SUR dUELQUES SOURCES
DES
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION
Dans le beau livre qu'il vient de consacrer aux Mystères de la
Passion ', livre d'une érudition solide, mais touffue et d'une com-
position un peu lâche, M. Emile Roy s'est posé deux questions
principales, qu'il a traitées concurremment et qui eussent gagné,
selon moi, à être examinées séparément : quelles sont les
sources des Mystères de la Passion ? Quelles influences ces Mys-
tères ont-ils exercées les uns sur les autres ? C'est la première
seule de ces deux questions que je voudrais reprendre ici % avec
l'intention, non point de la traiter à fond, mais simplement
d'examiner les solutions proposées par le savant auteur. Je suis
nature' lement l'ordre qu'il a lui-même adopté.
Il est probable que si nous avions les premières Passions
écrites en langue vulgaire, les sources s'en retrouveraient tout
entières dans les Évangiles canoniques, et les plus anciens des
apocryphes K II n'en est malheureusement pas ainsi, et la
Passion qui, avant les recherches de M. Roy, était considérée
comme la plus ancienne, est déjà mélangée d'éléments de pro-
venances très diverses. Je veux parler de celle qui est conservée
1. Le Mystère de la Passion en Fiance du XIV^ au XVI^ siècle, etc. Voy.
Romania, XXXIV, 467, le compte rendu de ce livre, par M. Sepet.
2. J'ai étudié l'autre dans un article que publiera prochainement le Journal
des Savants.
5. Il en est ainsi pour le mystère (dit anglo-normand) de la Résurrection.
Comme le rappelle Magnin (Journal des Savants, 1846, p. 456) le scribe a
reproduit en face du texte en langue vulgaire les versets de l'Écriture dont
le drame >< offre la glose en action ».
366 A. JEANROY
dans le célèbre manuscrit de Sainte-Geneviève, et qui a été
publiée par Jubinal en 1837. Elle est précédée des deux courts
Mystères de la Nativité et des Trois Rois. Il eût été naturel que
M. Roy ne s'occupât point de ceux-ci. Il l'a fait néanmoins,
dans une de ces digressions dont il est coutumier; il s'y est
même arrêté avec complaisance, parce qu'il a cru pouvoir en
signaler une des sources essentielles. Cette source ne serait
autre, comme l'avait déjà pensé M. Chabaneau ', qu'une his-
toire de la Vierge et de Jésus, rédigée au xiii' siècle en vers
français, probablement d'après des sources latines '. M. Roy se
fonde surtout sur la présence, dans les deux Mystères et le
roman en vers, d'épisodes caractéristiques et notamment de
miracles dont il n'y a pas trace dans les Evangiles. Mais ces
épisodes pouvaient être racontés dans des œuvres très répandues
et il est permis de supposer que les deux auteurs ont puisé
indépendamment à des sources communes. Pour que l'hypo-
thèse de M. Roy fût démontrée il faudrait, soit qu'il y eût dans
les termes des coïncidences frappantes '^,soit du moins que les
versions de ces épisodes fussent parfaitement semblables. La
légende d'Honestasse, la fille sans mains qui assiste Marie lors
de la naissance du Christ et dont les mains repoussent, se
trouve bien de part et d'autre, mais elle était populaire dès le
XII' siècle, comme le montrent les allusions qui y sont faites
dans diverses chansons de geste ">. Au reste elle se présente
1. Revue des langues romaues, XXXII, p. 362-3.
2. Celte compilation a été étudiée et publiée en partie par M. Chabaneau
Qoc. cit., XXVIII, 118 et 157, XXXII, 360); M. P. Meyer a consacré aux
manuscrits qui la contiennent plusieurs notices (Remania, XV, 469; XVI,
44 et 214; XXV, 546). M. Roy la désigne sous le nom de « compilation des
jongleurs » ou « des bateleurs », parce qu'elle a été faite, si on s'en rapporte
au prologue, pour être récitée en public. Il ser::it plus commode de donner à
chacune des parties qui la composent, et qui ont été souvent copiées à part,
un titre spécial, tel que Roman de Saint Fauuel (c'est celui que M. Chabaneau
a donné à la première partie), de la Nativité de la Vierge, de la Passion, etc.
3. Telles sont par exemple celles qu'a relevées M. V. Meyer entre cette
même compilation, et VEsposali^i Je Nostra Doua {Roinania, XVI, 71).
4. Dans le Couronnement Louis, Huon de Bordeaux (voy. Langlois, Table
des noms propres contenus dans les chansons de geste, s. v, anestase) çtRainouarl
(Histoire littéraire, XXII, 532). J'en relève une autre dans un petit poème
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 367
dans le roman en vers avec des embellissements dont il n'y a
pas trace dans le mystère (on voit le père d'Honestasse lui cou-
per les mains, ce qui donne lieu à un nouveau miracle). Le
dramaturge n'a pas « copié » non plus dans le roman « le
tableau des anges apportant des cierges pour illuminer la
crèche », puisque le roman ne fait pas intervenir les anges et
que les candélabres viennent se placer tout seuls devant la
Vierge '. Le miracle des charbons ardents transformés en roses
dans le manteau de Joseph présente aussi des différences
notables : dans le drame,, le maréchal qui a refusé les charbons
à Joseph est converti par miracle, tandis que, dans le roman,
il continue à l'injurier ^; l'intervention bienveillante de
sa femme manque aussi dans le drame, bien qu'elle eût fourni
une jolie scène toute faite >.
Pour assigner la même source au petit Jeu des Rois, M. Roy se
fonde surtout sur la présence dans les deux textes de la légende
sur la mort affreuse d'Hérode. Mais les deux passages ne pré-
sentent aucune analogie d'expressions et la légende y est racon-
tée très "différemment : dans le roman, qui représente certaine-
ment la version primitive, Hérode est tué par Archélaùs, le troi-
dcvot de la fin du xiii^ siècle récemment publié par M. W. Foerster (Le
Saint Voti Je Luqiies, dans les Mélanges Chahaneau, p. 54, v. 65 ss.). L'histoire
d'Honestasse (Aiiastaise) est aussi racontée dans une version interpolée de la
Conception de Wace (Rom., XVI, 239) qui semble être du xine siècle. Il y a
sur cette légende une longue note de Francisque Michel (dans son édition
du Roman de la Violette, p. 244), que M. Roy ne paraît pas avoir connue ;
voy. aussi Heinzel dans les Mémoires de F Académie de Vienne, t. CXXVI,
1892, p. 64.
1. Texte du roman dans Rei'ue des langues romanes, XXVIII, p. 194-S,
V. 1499 ss. ; texte du mystère dans Jubinal, Mystères inédits du XV^ siècle,
p. 62.
2. Jubinal, p. 65; Rov, p. 19*.
5. Je n'altaclie naturellement ancune importance à la comparaison entre
la Vierge et la verrière que le rayon du soleil traverse sans la briser (Roy,
p. 17*), parce que cette comparaison, à partir du xiiie siècle, est partout; elle
est très fréquente notamment dans les chansons pieuses. — Je n'en attache.
pas davantage au miracle du Semeur ; celui-ci ne figure que dans quelques
manuscrits du roman et M. Roy nous dit lui-même « qu'il n'est pas une
rareté ».
368 A. JEANROY
sième de ses lils, qui, pour échapper à la mort dont son père
le menaçait^ le jette dans une cuve de plomb fondu ; dans le
drame au contraire c'est à son propre père qu'Hérode fiiit subir
ce supplice : cette interprétation provient évidemment d'un
contresens commis dans la traduction d'un texte latin '. En
somme, les analogies ne me paraissent pas assez frappantes
pour que Ton soit autorisé à supposer une imitation directe
du roman par les deux Mystères.
Ce roman, qui comprend aussi un récit de la vie et la
mort du Christ, aurait-il inspiré la Passion qui fait suite à ces
deux petits drames ? « Les textes, dit M. Roy (p. 55), ne le
montrent pas » ; les analogies résultent, ajoute-t-il, « de l'iden-
tité des sujets, ou sont purement fortuites ».
En revanche, la Passion de Sainte-Geneviève contient divers
épisodes légendaires « qui ne figurent, à notre connaisance,
dans aucun des manuscrits du poème des jongleurs » (p. 57*).
Les sources de ce mystère, rappelées ou retrouvées par M. Roy,
sont en effet toutes différentes : ce sont en général des écrits
théologiques, qui ont pu, au reste, n'être pas consultés direc-
tement : la description faite par Lazare des peines de l'enfer
remonte à un sermon apocryphe de saint Augustin ; la légende
de Malchus qui, guéri par Jésus, serait devenu néanmoins le
plus acharné de ses persécuteurs, était déjà mentionnée dans
l'Evangile de Xicodème ; le débat de Sainte Eglise et de Syna-
gogue remonte à deux traités de saint Augustin. II n'est guère
vraisemblable qu'un auteur capable d'utiliser des sources de
cette nature ait daigné recourir à un poème en langue vulgaire.
M. Roy a eu le mérite d'attirer l'attention sur deux autres
Passions, l'une antérieure, l'autre postérieure à celle dont je
viens de parler : je veux dire la Passion d'Autun, tout à fait
inconnue jusqu'ici ^, et la Passion de Semur, dont on n'avait
pas compris l'importance '.
1. Texte dans Roy, p. 26*-27*. D'après M. Roy, cette légende serait
empruntée à Pierre le Mangeur; mais celui-ci (Migne, Pair, ht., CXCVIII,
1547 [et non 1597]) donne de la mort d'Hérode une version toute différente.
La source de nos deux textes (qui n'est pas non plus la Légende dorée) reste à
trouver.
2. Elle n'est même pas mentionnée dans le répertoire de Petit de Julleville ;
elle était simplement signalée (Roy, p. 40*) « dans les catalogues les plus
récents de la Bibliothèque nationale ».
3. Sur les travaux dont ce texte avait déjà été l'objet, voy. Roy, p. 68*.
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 3^9
La première posait un si grand nombre de questions intéres-
santes que M. Rov s'est laissé captiver par elles et n'a abordé
que très incidemment celle des sources. Il se demande (p. 46*),
comme au sujet des textes précédemment étudiés, si celui-ci a
utilisé la partie de la « compilation des jongleurs » qui contient
le récit de la Passion, et il répond, d'une façon assez vague,
« que l'auteur paraît bien avoir connu » ce texte ; il avoue au
reste que « les ditîerences sont assez nombreuses » ; en somme
il se borne à une affirmation peu catégorique, sans esquisser
même une démonstration. La Passion d'Autun étant encore
inédite, je ne crois pas devoir entreprendre ici une discussion
que le lecteur suivrait difficilement. Je me bornerai aune seule
remarque qui n'est pas à l'avantage de la thèse de M. Roy :
cette Passion contient — et c'est sa plus intéressante particula-
rité — un grand nombre de morceaux narratifs ' ; si l'auteur
avait eu sous les yeux le récit en question, n'était-il pas naturel
qu'il lui empruntât ces passages? Or il n'en est pas ainsi, et
M. Roy n'a pu relever entre les deux ouvrages aucun vers
commun.
La question des sources, un peu sacrifiée dans les pages que
je viens de résumer, est au contraire traitée avec tous les déve-
loppements nécessaires (et peut-être même un peu davantage)
dans celles qui sont consacrées à la Passion de Semur. Ici encore
M. Ro} veut retrouver l'influence delà « Passion des jongleurs ».
C'est de ce poème que viendrait « directement ou indirecte-
ment » (p. 85*) un certain nombre de légendes de caractère
populaire (Judas et le chapon, le forgeron qui refuse de forger
les clous de la croix, etc.). Ici encore M. Roy me paraît trop
affirmatif : rien ne prouve que ces légendes aient passé d'un
texte dans l'autre : il faudrait pour le démontrer des ressem-
blances précises de tond ou de forme, que nous ne trouvons
point.
M. Roy a, en revanche, établi d'une façon décisive que la
Passion de Semur avait connu et utilisé la Passion de Sainte-
Geneviève : certains passages offrent en effet des ressemblances
I. Je montrerai ailleurs que ces morceaux, qui ne se trouvent que dans
un manuscrit, appartiennent bien à la rédaction originale.
Komania, XXXV 24
^70 A. JEANROY
trop étroites ou trop prolongées pour qu'elles puissent être for-
tuites '. Un fait non moins caractéristique, que M. Roy a
oublié de signaler, est la présence dans les deux textes du
même nom, extrêmement rare, de Vivant, donné à deux per-
sonnages jouant un rôle très analogue -.
Voici encore un autre rapprochement qui paraît pro-
I. Les plus frappantes se trouvent dans le dialogue entre Jésus et Véro-
nique (Roy, p. 90*) et dans le boniment du marchand de parfums (p. 87*); la
plupart des vers qui forment ce dernier passage se trouvent déjà sous une
forme presque identique dans un petit poème de Robert de Blois(éd. Ulrich,
t. III, p. 31-2, V. 104 1-6)*; néanmoins l'imitation me parait assurée. — De
cette constatation, M. Roy tire, au sujet de la Passion Sainte-Geneviève, une
conclusion que je ne saurais admettre : le fait que celle-ci a été imitée par les
Confrères de Semur prouverait qu'elle est parisienne, les dits Confrères ayant
dû choisir pour l'imiter la Passion d'une confrérie bien en vue, comme l'était
celle de Paris. La faiblesse de ce raisonnement saute aux yeux. Je montrerai
bientôt, au surplus (dans l'article du Joujual des Savants annoncé plus haut),
que dans la Passion de Semur ont été insérés aussi de longs fragments d'une
composition provinciale. L'origine parisienne de la compilation de Sainte-
Geneviève est au reste rendue vraisemblable par des arguments autrement
probants que celui-là et que M. Roy a fort doctement rassemblés (p. 64*).
De ces arguments il faut rayer, bien entendu, celui qui s'appuie sur
la correction, tout à fait impossible, de Gartieiiiu:^ en Game niiq, la phrase
ainsi obtenue ne donnant pas de sens. Il faut nous résigner à voir là un nom
géographique plus ou moins fantaisiste (cî.Gannalie dans Langlois, Table des
noms, etc.), et non celui du village de Game**.
2. Ce Vivant est, dans la Passion de Sainte-Geneviève, un des principaux
chefs des Juifs ; dans celle de Setnur il est simplement l'un d'entre eux. Dans
lu Jour du Jugement (éd. Roy, v. 1044, 1518) c'est aussi un Juif qui porte ce
nom ; mais M. Roy a montré que ce texte a utilisé lui aussi la Passion de Sainte-
Geneviève.
* Voici ces deux passages, dont la similitude est vraiment curieuse :
Passion de Sainte-Geneviève. Robert de Blois.
J'ay poivre, gingembre et canelle, La vendoit on poivre et cumin,
Poudre de saffran bien nouvejle, Cannelé, encens alixandrin,
Mois muguettres.pomes garnates, Gingibre fort et cintoual,
Giroffle, citoual et dattes, Noiz mugates et ganigal {sic),
Garingal, lolion, penites... Enis. espices, pomes grenates,
Amandres et figues et dates.
**[Garnemti:^ est probablement le même nom qui est écrit Gernemiis dans le Viandier
de Taillevent, plus ordinairement Gcincviur, c'est-à-dire Yarmouth ; voir Remania,
XXVIII, 187, où aux passages indiqués on peut ajouter le v. i486 du Guillaume
d'Angleterre de Crestien. — P. M.]
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 37I
bant. Dans la Passion de Sainte-Geneviève, c'est chez Simon
qu'a lieu la dernière Cène; dans les Evangiles elle a lieu
chez un anonyme ; et Jésus, pour faire reconnaître à ses dis-
ciples la maison de celui-ci, leur ordonne de suivre un homme
portant une amphore d'eau. Dans la Passion de Sainte-Gene-
viève, Simon le lépreux envoie son serviteur Malquin chercher
de l'eau, afin de préparer la rencontre. L'auteur de la Passion de
Semur adopte cette version, déjà absurde (puisque Simon est bien
connu de Jésus et des disciples), et la rend plus absurde encore
en nommant Simon lui-même : vous trouverez, dit Jésus à
Pierre et à Jean, « Simon quil l'eaul porte « (v. 5923).
C'est du reste aller beaucoup trop loin que de donner la
Passion de Semur comme une « imitation libre et amplifiée de
la Passion de Sainte-Geneviève » (p. 90). Les ressemblances en
effet se bornent à des passages isolés, et les différences sont
essentielles. Ce qui fait surtout l'intérêt de cette Passion, c'est
qu'elle est l'une des premières à avoir utilisé les traités mys-
tiques des XIII' et xiv^ siècles qui ont complètement renouvelé
le drame chrétien, le Dialogiis beatae Mariae et Anselmi ' et les
Meditationes Vitae Christi % attribuées à saint Bonaventure.
C'est d'eux que proviennent les deux traits les plus caractéris-
tiques des grandes Fassions du xv^ siècle, d'une part l'étalage
complaisant des supplices du Christ, avec une fatigante multi-
plication de détails atroces, et la place prépondérante faite à la
scène centrale de la Crucifixion (si vaguement indiquée dans
les Passions antérieures que l'on se demande comment au juste
elle était représentée), d'autre part, l'extension considérable don-
née au rôle de Marie, le plus humain et le seul vraiment touchant
de tout le drame chrétien au moyen âge. Ces modifications ne
pouvaient se produire qu'après l'immense extension prise par
le culte de la Vierge au xiir et xiV^ siècles, et à une époque
affamée de réalisme et de pathétique violent, comme le fut le
xv^ Cette Passion de Semur est, à mon avis, beaucoup moins
« l'aboutissant », le « confluent » des Passions de la première
manière, comme le disait M. Lintilhac ', que le premier essai
1. Migne, Patr. ht. CLIX, 271 ss.
2. Saiicti Bonaveiiturz opéra, éd. de Lyon, 1668, t. VI, p. 334-401.
3. Le Tlmtre sérieux au moyen dge, p. 125 et 158.
^7^ A. JEAN ROY
d'un art nouveau, plus compliqué et plus riche. Il faut donc
savoirgré à M. Roy de lui avoir consacré une étude approfon-
die, et surtout d'en avoir publié le texte complet '.
C'est à propos de la Passion de Semur que M. Roy étudie
l'influence sur les Passions du xV siècle des traités mystiques
dont je viens de parler et en particulier des Méditai iones, où
M. E. Wechssler avait voulu voir la source à peu près unique
de la Passion de Greban ^, M. E. Mâle la source principale de
toutes les Passions françaises à partir du début du xv-' siècle ^
« Les souvenirs [de ce texte] se précisent dans la Passion d'Ar-
ras, où les emprunts sont plus nombreux et plus certains »,
sauf toutefois en ce qui concerne la vie publique de Jésus '^.
Quant à Greban, il a encore multiplié ses emprunts : « Il a
recueilli dans les Meditationes nombre de scènes ou de détails
que son devancier avait négligés. Ces scènes elles-mêmes,
ou bien il se borne à les reprendre et à les résumer, ou
bien au contraire il en modifie tellement les circonstances
qu'elles sont transformées et qu'on ne saurait dire s'il a
encore le texte sous les yeux ». Parfois enfin c'est à travers
des adaptations, des imitations en langue vulgaire que les
Meditationes influent sur les dramaturges ', Les Meditationes ne
sont donc pas, comme l'avait dit M. Wechssler, la « source
propre » de Greban, par lui utilisée « du commencement cà la
fin de son œuvre » '', pas plus que celle d'aucune autre Passion ;
1. Ce texte n'a pas toujours été imprimé d'une façon satisfaisante. J'y ai
proposé ailleurs un assez grand nombre de corrections (Revue des hingues
romanes, XLIX, 1906, p. 220). D'autres corrections avaient été proposées
antérieurement par MM. E. Langlois (Bihl. de l'École des Chartes, 1905, 313)
et E. StQiigd (Zeitschr. fiîr frati:^. Sprache und Litteratiir, XXXIX, 11, 165).
2. Die rotiiaiiiscJjen Marienklagen, Halle, 1893.
3. Gaietle des Beaux-Arts, fév. 1904, p. 90-106. M. E. Mâle ne paraît pas
avoir connu le travail de M. Wechssler.
4. Roy, p. 96*-7*.
5. Ainsi la plus belle scène de Greban, le dernier entretien entre Jésus et
sa mère, que l'admirable sens littéraire de Sainie-lkuve avait déjà distinguée
entre toutes (Nouveaux Lundis, III, 414), est une imitation libre d'une traduction
amplifiée des Mf^//fl//(i»c5, la Passion composée (en 1398) pour Isabeau de
Bavière (Roy, p. 257-62).
6. Wechssler, 0/. cit., p. 66.
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 373
« elles sont une de ces sources, auxquelles l'analyse en ajoute
beaucoup d'autres ». Ainsi se trouve tranchée d'une manière
très précise l'intéressante question posée en 1893 par
M. Wechssler.
Ce sont ces propositions qui sont longuecnent confirmées
dans la seconde partie du livre, qui, bien que se rattachant
étroitement à ce qui précède, en est séparée par le texte de la
Passion de Semur. Cette partie est essentiellement formée d'un
long chapitre (p. 265-316), lui-même précédé d'une série de
notes et documents divers (p. 207-62). M. Roy y montre que
ce qui domine dans les grandes Fassions du xV^ siècle, c'est la
théologie et l'érudition. Les anciennes légendes populaires n'en
sont pas écartées, du moins en principe, mais à côté d'elles
s'introduisent de longs développements théologiques ou des
explications mvstiques; les événements ne sont pas seulement
mis en scène, mais interprétés en vue de l'édification ; les rôles
des personnages de premier plan, la Vierge, saint Jean, la Made-
leine, s'amplifient, ceux des personnages secondaires se pré-
cisent et se déterminent (je ne parle pas des intermèdes gra-
cieux ou grotesques, comme les bergeries ou «diableries », qui
n'ont rien à voir avec la question des sources). A quels écrits les
divers poètes ont-ils emprunté tous ces éléments nouveaux? Dans
quelle mesure les ont-ils modifiés? Quelle part d'originalité
reste à chacun? Voilà autant de questions auxquelles M. Roy
répond avec une précision qu'on ne saurait trop louer.
Nous savons maintenant que l'auteur de la Passion d'Arras',
outre les sources utilisées par ses prédécesseurs, a consulté le
Commentaire de Bède, V Eliicidariiim d'Honorius d'Autun (ou
d'Augsbourg), le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais,
la Légende dorée -. Greban, tout en mettant à profit l'œuvre de
1. Cet auteur est probablement Eustache Marcadé ; voyez sur ce point l'ar-
gumentation convaincante de M. Roy, p. 275.
2. Sur la question de savoir si Marcadé a connu le Diahgus Anselmi,
M. Roy ne s'e.xprime pas avec une parfaite précision. Il lui semble seulement
probable (p. 270) que ce texte a été utilisé directement. Ce n'est pas « pro-
bable » qu'il fallait dire, mais « certain » : outre des scènes nombreuses et
fort importantes, Marcadé lui emprunte des détails précis, tels que la mention
de la fontaine Siloé, qu'il qualifie de nofatoire Sihé (éd. si loc, v. 8488, 8551;
cf. nataloriam (ou notalorium) Siloe, dans Migne, p. 272).
374 A. JF.ANROY
son prédécesseur immédiat et ses sources ordinaires, y a ajouté
encore V Histoire scolastiquc de Pierre le Mangeur, la Sonitne de
saint Thomas, et les Meâitationes, mais surtout — et c'est là
une des principales découvertes de M. Roy — le Commentaire
de Nicolas de Lire, « dont les réminiscences ou les traductions
littérales se retrouvent chez lui à chaque page, si bien que les
célèbres Po^//7/<?j' sont toutes, ou presque toutes, l'explication de
la nouvelle Passion » (p. 277) '. A Jean Michel cette riche
bibliothèque ne suffit pas encore : il y ajoute l'Abrégé de
Josèphe, attribué à Hégésippe, et des œuvres alors toutes
récentes, une légende de Lazare compilée (en français), d'après
la Légende dorée et le sermon, très rapidement populaire, de
Gerson sur la Passion : Jean Michel, en effet, n'a pas les
scrupules de Greban, qui se vantait « de poursuivre l'Evangile
— sans apocryphe recevoir » ; il vise surtout « à esmouvoir les
simples gens — les ignorans, les negligens », et pour cela tous
moyens lui sont bons. Il a aussi, plus que son prédécesseur, le
souci de l'effet dramatique. Aussi n'hésite-t-il pas à développer
longuement la sombre légende de Judas, ce nouvel Œdipe, et
le gracieux, non moins que profane intermède de la « monda-
nité » de Madeleine ; il ramène volontiers, en variant leur
rôle, des personnages déjà vus; il complète la biographie trop
sommaire des personnages inconnus ; il prépare et prolonge les
scènes pathétiques; il a, en somme, plus qu'aucun de ses pré-
décesseurs, le sens du théâtre. Voilà des résultats vraiment
nouveaux, qui font faire à notre connaissance du drame au
xV^ siècle un très notable progrès; ces pages excellentes, où la
richesse de la documentation va de pair avec la finesse de l'ana-
lyse, me paraissent définitives.
I. Ce commentaire dut être écrit dans les premières années du xive siècle.
Nicolas de Lire ne mourut qu'après le 6 juillet 1349, puisqu'à cette date la
reine Blanche lui fit cadeau d'un tonneau de vin (J. Viard, dans Bibliothèque
lie FÉcole des Chartes, LVI, 1895, p. 142). Nicolas de Lire devait être à
cette époque fort âgé, car il était né assez tôt pour recevoir les confidences
d'un des compagnons de Saint Louis à la Croisade de 1248 : Et ego qui
haec scripsi, nous dit-il en parlant de la couronne d'épines, qui aurait été
faite de joncs marins, audivi a quodam qui fuerat ultra mare cum sancto Ludo-
vico, rege Franciae, quod in littore maris senserat puncturas juncoruui per sotiila-
res inlermedios » (In Mattbxum, XXVII, 29). Ce curieux texte m'a été signalé
par M. Roy.
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 375
Cette simple constatation de faits suffit (du moins M. Roy le
pense et je sais de son avis) à rendre caduque la tentative, au
reste fort intéressante, récemment faite pour retrouver les
grandes lignes des plus anciennes Passions françaises, de celles
qui auraient servi de modèles aux Passions d'Arras et de Gre-
ban. M. M. Wilmotte ', après avoir ramené les Passions alle-
mandes du Rhin à un prototype qui aurait subi l'influence
française, croyait pouvoir reconstituer, d'après ce prototype,
celui des Passions françaises connues. Mais les analogies ou
les concordances sur lesquelles il s'appuie résultent le plus
souvent, selon M. Roy, du sujet lui-même, ou s'expliquent
par l'emploi des mêmes sources légendaires ou théologiques.
Les sources directes de Marcadé et de Greban étant aujourd'hui
retrouvées avec certitude, il faut bien avouer que l'hypothèse
de M. Wilmotte devient sans objet.
Ces procédés d'investigation méthodique, M. Roy n'a pas
dédaigné de les appliquer aux lamentables débris du théâtre
méridional ; et ici encore, ils l'ont conduit à des résultats d'une
précision surprenante. La source essentielle des Passions du
iMidi, ou des pièces qui les encadrent — et ceci encore consti-
tue une importante découverte de M. Roy, — est un roman
en prose française du xiv^ siècle, issu peut-être d'un roman en
vers, la Passion selon Ganialiel, dont M. Roy a curieusement
étudié h formation et l'étonnante fortune ^
A cette source, la Passion d'Auvergne (dont le manuscrit
est daté de 1477) n'ajoute pas grand'chose >, et les Mystères
1. Les Piissiûiis aUeiiiaïules du Rbiii dans leur rapport avec Faiicien théâtre
français, Paris, 1898.
2. Cette Passion a été incorporée à la Vie de Jesn-Crist imprimée en 1485
par Robin Foucquet, laquelle « n'a cessé d'être remaniée, corrigée, diminuée,
augmentée, traduite, résumée et réimprimée sous des formes si variées,
qu'elles ont souvent dérouté les bibliographes », (p. 342) et qui, réimprimée
plusieurs fois au xviiis siècle dans la « Bibliothèque Bleue » de Troyes, a
fourni encore au xix"; de longs extraits à plusieurs dictionnaires de l'Encyclo-
pédie Migne.
3. M. Roy expédie en une seule page (577) la question des sources de
cette Passion encore inédite, dont il s'est borné a donner une longue analyse ;
on se demande pourquoi cette démonstration est si écourtée, tandis que
celle qui concerne les Mystères rouergats sera si largement développée.
376 A. JEANROY
rouergats, malgré la multiplicité des événements qu'ils mettent
en scène, pas beaucoup davantage. Ni l'un ni l'autre des deux
auteurs ne connaît les doctes commentaires de la Bible utilisés
par leurs confrères du Nord, et l'on ne saurait s'étonner que la
bibliothèque de ces humbles « facteurs », qui étaient probable-
ment de simples notaires ou curés de village, ait été moins
abondamment pourvue que celle des « très éloquents et scien-
tifiques docteurs » qu'étaient Grehan et Jean Michel. Le com-
pilateur rouergat n'avait guère sous les yeux que trois ou quatre
autres ouvrages, à savoir, une version provençale de l'Évangile
de Nicodème, le texte latin de cet Evangile et la vieille Passion
gasconne (du catalane) du xiv^ siècle, dont on se demande par
quel accidentelle était venue entre ses mains. Nous le voyons pas-
ser de l'un à l'autre de ces livres selon que les épisodes qu'il vou-
lait mettre en scène étaient ici ou là plus ou moins dévelop-
pés, parfois même se raviser et, après avoir commencé à pui-
ser dans l'un, raturer ce qu'il avait écrit, et emprunter à un
autre une rédaction plus riche en détails : nous suivons, pour
ainsi dire, par-dessus son épaule, le facile travail de marquete-
rie auquel il limite son effort littéraire '.
Cette exacte détermination des sources des Mystères rouer-
gats résout de la façon la plus simple une question que n'a-
vaient pas réussi à élucider les plus ingénieuses hypothèses,
celle que posait la forme hybride de cette méchante rapsodie,
écrite tantôt en vers à peu près réguliers, tantôt en une sorte
de prose vaguement assonancée. Quand le compilateur copie la
Passion Didot ou la traduction en vers de l'Evangile de Nico-
dème, il aligne naturellement de longues séries de vers corrects,
à peine estropiés çà et là par l'introduction de quelques épi-
thètes oiseuses ou de malencontreux synonymes ; quand il
s'inspire de la Passion selon Gaïualiel, qui était en prose, il
réussit à peine, à force de grossières chevilles, à donner l'im-
pression d'une versification outrageusement libre. Tout s'ex-
plique en somme par la paresse et la maladresse de ce vulgaire
manœuvre.
I. La Passion proprement dite, qui formait la partie centrale de la compila-
tion, s'est perdue avec le volume où elle était transcrite et auquel renvoie
souvent celui qui s'est conservé; mais la liste des personnages, heureusement
copiée dans celui-ci, nous fait suffisamment connaître son contenu et prouve
qu'elle suivait pas à pas la Passion selon Gamaliel.
MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 377
Ces pages lumineuses permettent enfin d'écarter une autre
hypothèse, analogue à celle dont il a été question plus haut :
M. Stengcl, notant les rapports étroits qui relient la Passion
Didot, celle d'Arras et les Mystères rouergats, avait supposé
que ces trois textes provenaient d'un modèle commun, lequel
ne pouvait être, selon lui, qu'une Passion française perdue, que
leur accord permettait de reconstituer '. M. Roy n'a nul besoin
de discuter longuement cette théorie (p. 390); elle s'évanouit
d'elle-même devant l'évidence des faits.
Il y a dans la compilation rouergate trois petits mystères
sur des sujets épisodiques et rarement traites, le Jugemeni de
Jésus, ï Ascension et le Jugement général, dont M. Roy a encore
retrouvé les sources dans des ouvrages latins ou français, dont
quelques-uns sont des vingt dernières années du xV^ siècle. Cette
découverte a pour résultat de rejeter la composition de l'ouvrage,
que j'avais cru jadis un peu plus ancien-, à l'extrême fin de ce
siècle. Ce résultat a son importance, mais je ne saurais m'em-
pêcher de remarquer que la démonstration qui y conduit, au
reste fort toufi^ue et assez difficile à suivre, est étrangère au
véritable sujet du livre : il est manifeste que la place de ce cha-
pitre (p. 41 1-54) était ailleurs.
Qu'on me permette, avant d'en finir avec cette question des
sources, d'engager avec M. Roy une dernière discussion à pro-
pos de cette Passion selon Gamaliel, qui a été si largement mise
à profit par les compilateurs méridionaux. Ce récit est princi-
palement fondé, il n'y a aucun doute à ce sujet, sur l'Evangile
de Nicodème; mais en provient-il directement ou non, et dans
ce cas, à travers quels intermédiaires? M. Roy, sur ce point, ne
s'explique pas clairement, ou même se contredit : « Ce récit,
nous dit-il (p. 330) n'est pas autre chose que la version en
prose de l'ancien poème français inspiré par l'Evangile de Nico-
dème 5 ». Ailleurs (p. 32e) il incline à penser que l'arrangeur
1. Zeitschrijt fïir franioesische Sprache uud Literatur, XVII (1895), p. 209
ss.
2. Mysli-res provençaux du XV<^ siaie, publiés par A. Jeanrov et H. Teulié,
Inlrod.'^p. XXX.
3. Il s'agit ici non de la version en vers contenue dans un manuscrit de
Turin (voy. Zeitschrift fïir rom. Philologie, VIII, 429), mais d'une version en
vers dont M. Roy suppose l'existence en se fondant uniquement sur l'allure
poétique du récit en prose.
378 A. JEANROY
a dû travailler non sur une version française en vers, mais sur
r« Évangile de Nicodème en vers provençaux » ; et c'est cette
dernière hypothèse qu'il ramène à plusieurs reprises '. Il ne me
paraît, je l'avoue, aucunement vraisemblable que le compilateur
français ait mis la main sur un texte provençal déjà ancien et
qui doit avoir été fort peu connu en dehors de son pays d'ori-
gine, alors qu'il y avait une foule de traductions françaises, en
vers et en prose, de l'ouvrage qui l'intéressait. M. Roy lui-même
reconnaît (p. 350, n. 2) que la correspondance entre les deux
textes n'est frappante que pour le passage qui contient la lettre
de Cariot et Elion, les deux fils de Siméon ressuscites par
Jésus, que souvent, même dans ce passage, l'auteur français
développe son modèle « en intervertissant de ci de là l'ordre
des chapitres, en changeant les interlocuteurs ». La comparai-
son minutieuse à laquelle je me suis livré m'a fait apercevoir
d'autres différences moins notables : le compilateur français
développe davantage et nous trouvons chez lui non-seulement
des phrases de remplissage, mais des détails inconnus au texte
provençal. Parfois au contraire sa version est plus brève, moins
dramatique, et les discours y sont traduits en style indirect \ Ce
qui est plus probant encore, c'est qu'il nous donne sous une
forme différente, les noms des deux personnages principaux de
l'épisode : ceux-ci, qui chez lui s'appellent Cariot et Elion, se
nomment dans la version provençale Carius (ou Caris, Garis)
et Leucias (on Leucioiï) '. Il me paraît donc plus probable que le
poème provençal et le roman français proviennent de la même
source, c'est-à-dire vraisemblablement d'un poème français qui
était lui-même une traduction très libre du texte latin ^.
A. Jeanroy.
1. Voyez notamment p. 351-5 et 396-401.
2. Le texte français par exemple (Roy, p- 355) n'a pas les discours d'Eve et
des Pères à Jésus, lors de l'irruption de celui-ci dans les Limbes (v. 2058-60 ;
2072-6; 2083-8).
5. "Voyez vers 1556, 1685, 2109, 2125 et les variantes. Le texte provençal
est ici plus rapproché du latin, qui a Carinus et Leucius.
4. En revanche les Mystères rouergats ont Chariot (ou Char ion) et Eliot
(ou Elion) (v. 4657, 4668, rub. 4703), ce qui prouve, comme M. Roy l'a
reconnu à d'autres indices, que leur auteur a utilisé directement la version
provençale.
SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE
Maugrc tons sain:^^ et iitaugrc Dieu atisi
Cette pièce est célèbre. Bien qu'on en ait des éditions nom-
breuses (Raynaud, 1030), il est utile, pour la clarté de ce qui
va suivre, de la transcrire ici ' :
I Maugré tous sainz et maiigré Dieu ausi
Revient Quenes et mal soit il vegnans!
Honiz soit il et ses preechemans
Et houniz soit ki de lui ne dit : « Fi ! »
Quant Dex verra que ses besoinz ert grans,
8 II li faudra, car il li a failli.
II Ne chantez mais, Quenes, je vouz en pri,
Car voz chançons ne sont mes avenanz.
Or menrez vous honteuse vie ci ;
12 Ne vousistez por Diu morir joianz.
Or vous conte on avoec les recreanz,
Si remaindroiz avoec vo roi failli.
Ja Damediex, qui seur touz est puissanz,
16 Du roi avant et de vous n'ait merci!
III Moût fu Quenes preus, quant il s'en ala,
De sermouner et de gent preechier.
5 T preemans — 6 M ke de lui ne d. si ; T dist — 8 2" quant il — 9 M
De — 22 M Et est.
I. D'après les manuscrits M (B. N. fr. 844, f" 50 r") et T (B.N. tr.
12615, fo 53 ro). Nous reproduisons la graphie de M.
380 J. BÉDIER
Et, quant uns seuz en remanoit deçà,
20 II li disoit et honte et reprouvier.
Or est venuz son lieu réconcilier
Et s'est plus orz que quant il s'en ala ;
Bien pu et sa croiz garder et estoier,
24 K'encor l'a il tcle k'il l'en porta.
Les deux manuscrits (M et 7) portent en tête de la pièce,
pour désigner l'auteur, ce nom : Mesire Hncs d'Oisi. Des ren-
seignements que nous possédons sur Huon d'Oisi, châtelain
de Cambrai, il suffit d'en rappeler quelques-uns. Il prit en
1181-2 le parti de Philippe de Flandre dans sa guerre contre
Philippe-Auguste', ce qui explique, si la pièce est de lui, qu'il
dise à Conon de Béthune Fos remai)uiroi\ avoec \o roi failli, ne
considérant pas lui-même Philippe Auguste comme son roi. En
outre, il était l'oncle à la mode de Bretagne de Conon de
Béthune % et a entretenu avec lui des relations poétiques,
comme il résulte des vers souvent cités de Conon (Raynaud,
1314) :
Or vos ai dit des barons la semblance.
Se lor poise de ceu que vos ai dit,
Si s'en preignent a mon maistre d'Oisi,
Qui m'a apris a chanter dès m'enfance.
Enfin nous avons conservé de Huon d'Oisi un curieux petit
poème, le Tornoiement des dames'.
Ces diverses circonstances rendent à première vue vraisem-
blable l'attribution à Huon d'Oisi de la chanson Matigrc tous
sain:{. Pourtant M. A. Wallenskôld^ a élevé contre elle deux
objections, qui ont frappé G. Paris 5.
1. Voy. Al. Cartellieri, Philipp II. August, hônig von Fraiikreich, I (Leip-
zig, 1899- 1900), 107.
2. Voyez Duchesne, Histoire généalogique de la maison de Bcthiine, p. 106
ss. et Léon Vanderkindere, La formation territoriale des principautés belges au
moyen âge, Bruxelles, 1902, II, 56-9.
3. La plus récente édition en est celle que M. A. Jeanroy a publiée dans
la Romania, XXVIII, 232.
4. Dans son édition des Chansons de Conon de Béthune, 1891, p. loi.
5. G. Paris dit (Romania, XXI, 325) que les doutes de M. Wallenskôld
sont « très fondés ».
SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 38 1
M. Wallenskôld tire la première de la x'nnt preechemens : gran^
(v. 5) : (( La confusion de -01 + consonne avec -an +
consonne est, sauf pour les mots connus, chose extrêmement
étonnante chez un poète picard et l'on n'a aucun droit de sup-
poser que Huon n'ait pas employé la langue de son pays. On
est donc tenté de croire que la source commune de nos deux
manuscrits a introduit le nom de Huon d'Oisi sous l'influence
du vers de la chanson 13 14 (de Conon de Béthune) : Si s'en
preipicnt a mon maistrc d Oisi. » — Cette difficulté ne nous
semble pas réelle. Huon d'Oisi, qui était un grand seigneur,
qui avait pu fréquenter en diverses cours des personnages d'ori-
gine et de parlers divers et qui avait épousé une fille du comte
Thibaut de Blois, ne devait pas nécessairement parler et écrire
tout à tait le même dialecte que les bourgeois et les vilains
d'Oisi ou de Cambrai. En fait, nous pouvons vérifier s'il s'in-
terdisait tout mélange de -an et de -en devant une consonne. Il
n'y a qu'à regarder aux rimes de la pièce qui est assurément de
lui, le Tornoieiiient des dames : si l'on écarte les vers 76-81 \ on
constate que Yohiit y rime tantôt avec des mots comme repent
(v. 194), tantôt avec des mots comme erra)it (v. 60); que
criant rime tantôt avec des mots comme devant (v. 58), tantôt
avec des mots comme prent (v. 95) ^ Donc Huon d'Oisi se
permettait, du moins à l'occasion, de confondre les deux sons,
et il a pu, dans notre pièce, faire nmer preeche mens avec s^ran:^.
L'autre objection de M. Wallenskôld est autrement forte.
Dans la chanson Maugré tous sain::^ le poète blâme Conon et le
roi Philippe-Auguste de leur retour prématuré de la croisade.
Philippe-Auguste étant revenu de Terre sainte à la fin de 119 1 5,
1. Aux vv. 7681 (édit. Jcanroy), Huon d'Oisi semble construire sa
strophe sur Talternance des rimes -iiiit -eut, ce qui trancherait la question.
Mais, comme le remarque M. Jeanroy, cette stroplie est altérée : à la place
des vers en -anl (76, 78, 80), la construction métrique de la pièce exige et le
poète avait dû écrire trois vers rimant en a oral.
2. M. Jeanroy, aux notes du v. 60 et du v. 95, dit que Yolent devrait être
remplacé par une rime en -ant, criant par une rime en -enl. Mais sa seule rai-
son de le dire est tirée précisément de ce postulat que Huon d'Oisi, étant
picard, écrivait le plus pur picard.
3. Parti d'Acre le 51 juillet, il dut arriver en Italie vers le milieu de sep-
tembre. On ne le retrouve en France qu'à la fin de décembre.
382 J. BÉDIER
la pièce est postérieure à cette date. Comment, demande
M. Wallenskôld, Huon d'Oisi l'aurait-il composée, s'il était
mort? Paulin Paris a le premier reconnu cette difficulté : « un
historien contemporain, dit-il, fixe la mort de Huon d'Oisi i\ la
fin de l'année 1 189 '. » En efiet, on lit dans la Chronique lT Anchin,
à la fin de 1 1 89-1 190 : « Obiit Hugo, castellaniis Cameracensis ^. »
Aucun texte, que je sache, n'indique (comme le voudrait
Paulin Paris) que le chroniqueur se soit trompé. Si même on
annulait arbitrairement son témoignage, on n'y gagnerait guère :
la veuve de Huon d'Oisi s'est remariée en 1192; il est donc
invraisemblable que Huon fût encore en vie dans les derniers
mois de 1191 K
Nous devons croire qu'il était mort dès 11 89-1 190 •*. Et pour-
tant l'attribution que les deux manuscrits lui font de la chanson
contre Maugré tous sain:^ se présente dans des conditions qui
semblent en garantir la justesse.
En effet, si cette chanson est d'un autre, si, venue sans nom
d'auteur entre les mains d'un copiste, ce copiste a cherché dans
sa fantaisie un poète à qui l'attribuer, comment a-t-il pu y
trouver ce nom littérairement obscur 5 : Mesire Huon d'Oisi?
1. Histoire littéraire, XXIII, 625.
2. D. Bouquet, Recueil, XVIII, 53 et Pertz, SS., XVI, 501. Huon était en
tout cas bien vivant en 1 188, date où on le voit figurer parmi les arbitres d'un
différend (Ex Gisleherii Monteiisis praepositi chronico, dans D. Bouquet,
XVIII, 391).
3. Gislebert, dans le i?(r»('27 de D. Bouquet, XVIII, 412 et Pertz, 55., XXI,
580. C'est bien la veuve de Huon d'Oisi, Marguerite, fille du comte Thibaut
de Blois, qui se remarie en 1192 à Oton, comte palatin de Bourgogne,
frère de l'empereur Henri VI ; ce n'est pas sa fille, comme l'ont dit P. Paris
et plusieurs historiens : le contresens vient de ce que la phrase du chroni-
queur est mal faite. Comparez, pour en déterminer le vrai sens, D. Bouquet,
XVIII, 707 A et 750 E, et voy. Vanderkindere, ouvr. cité.
4. O. Schultz (Archiv de Herrig, t. 89, 1892, p. 448) a mis en lumière
un témoignage qui confirme celui de la Chronique d' Anchin : c'est une charte
de 1190 où la femme de Huon, Marguerite, intervient personnellement dans
une affaire relative aux biens d'une église, tandis que, l'année précédente, en
1189, c'était Huon qui intervenait dans un autre document concernant la
même église : Huon doit être mort dans l'intervalle.
5. Puisque nos manuscrits ne renferment pas d'autre pièce de Huon que
le Tornoiement.
SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 383
et, le prenant au hasard, tomber presque juste, sur un person-
nage qui fut réellement en relations avec Conon de Béthune?
C'est, répond M. Wallenskôld, que ce copiste était « sous l'in-
fluence » du vers de Conon : Si s'en preigneut a mon maislre
d'Oisi. Mais M. Wallenskôld n'a pas pris garde que ce vers
n'aurait pu apprendre au copiste ni le nom de Huon ni sa
condition sociale {Mesirc). Il nous faut donc supposer que
Conon et Huon ont échangé beaucoup d'autres chansons, qui
ne nous sont point parvenues, mais que le copiste connaissait.
Il se peut, mais rien ne le prouve.
Il y a mieux. Huon d'Oisi est, sans conteste, l'auteur du Tor-
noiement des dames '. Le Tornoiemeul nous a été conservé par deux
manuscrits seulement qui sont les mêmes où nous trouvons la
chanson Mniigre tous sain:^, M. et 7; et, dans ces deux manu-
scrits, la chanson et le Tornoiement sont copiés bout à
bout, tous deux au f° 50 r° en M, tous deux au f° 53 r° et
v° en T. Dirons-nous que c'est le voisinage des deux pièces dans
la source commune des deux manuscrits qui a fait attribuer la
chanson anonyme Mangré tous sai7i~ à ce Huon d'Oisi dont
le nom se lisait en tète du Tornoiement? Les accidents de ce
genre sont fréquents; mais ici, cette erreur toute matérielle,
commise mécaniquement par un rubricateur qui ne savait rien
de la généalogie ni des relations de Huon et de Conon, aurait
eu cet eftet singulier de donner cette pièce anonyme à un
auteur qui se trouve avoir été en effet le contemporain, le voi-
sin, le cousin et le maistreàn Conon qui y est nommé. — Ce
rubricateur pouvait être bon généalogiste et bon critique litté-
raire? — Soit; m.aisce qui reste surprenant, en cette hypothèse,
c'est la rencontre de ces deux circonstances : que le rubrica-
teur ait été solUcité à attribuer à Huon d'Oisi la pièce ano-
nyme à la fois par sa connaissance de la biographie de Huon et
par le hasard merveilleusement propice qui lui mettait sous les
yeux, réunis sur un môme feuillet de parchemin, cette chan-
son anonyme et le Tornoiement des dames. Ces difficultés nous
inclinent à admettre que le Tornoiement et la pièce Maugré tous
saini furent de tout temps attribués à Huon d'Oisi; et, puisque
I. Non seulement les manuscrits le lui attribuent; mais sa femme Margue-
rite y est deux fois mentionnée (vv. 24 et 28).
384 j. BÉDIER
l'uue de ces attributions est juste, il est probable que l'autre
l'est aussi.
Ainsi, nous arrivons a deux résultats contradictoires : Huon
d'Oisi, en 1191, était mort; et pourtant la chanson doit être
de lui. Recherchons s'il est impossible d'interpréter la pièce
autrement qu'on l'a fait jusqu'ici, en sorte qu'elle ait pu être
composée par Huon en 1189-1190.
Elle est certainement postérieure au mois de mars 1188,
puisqu'elle parodie une pièce de Conon où il est fait allusion à
l'établissement de la dîme saladine. Mais il se peut qu'elle ne
soit postérieure à cette date que d'un an environ. Lorsque
Philippe-Auguste, précédant Richard Cœur de Lion, arriva
devant Acre, le 20 avril 1191, une armée de croisés campait
depuis deux ans déjà devant la forteresse, et les deux rois,
comme le dit le jongleur Ambroise S vinrent les derniers
prendre part au siège :
Car li rei vindrent dererain
Al siège, nun pas premerain.
Bien d'autres croisés avant eux avaient débarqué à Tyr ou à
Saint-Jean-d'Acre, dès l'automne de 1188 % et, pour ne rappe-
ler que ceux-là, c'est le 30 août 1189, qu'abordèrent devant
Acre Jacques d'Avesnes et quatorze mille pèlerins frisons et fla-
mands '. Je suppose que Conon de Béthune aura fait partie de
l'un de ces premiers convois de pèlerins. Après avoir injurié
dans ses chansons ceux qui restaient, il se sera mis en route,
disons dans les premiers mois de 1189. Un cas fortuit quel-
conque, maladie, accident, embarras d'affaires, retard de tel de
ses compagnons, etc., l'aura peu après ramené en Artois, soit
de Saint-Jean-d'Acre, soit simplement de Lombardie ou de Pro-
vence, ou de moins loin encore, de Bourgogne ou de Cham-
pagne. Sans doute, il n'entend pas fmsser son vœu; il repartira
à la prochaine occasion. Mais le satirique croit ou feint de
croire qu'il est revenu pour rester et il raille ce faux départ :
1. Estoire de la guerre sainte, éd. G. Paris, v. 2399.
2. Vov. R. Rôhricht, Die Belagerung von \4Â'Â'(/ (i 189-1 191), au t. XVI
(1876), p. 485 ss., des Forschungen \ur deutscben Gcschichte.
3. Estoire delà g.uerre sainte, v. 2850 ss.
SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 3^5
Maugré tous sainz et maugré Dieu ausi
Revient Q.uenes...
Nul témoignage historique, je l'avoue, ne nous renseigne sur
les allées et venues de Conon de Béthune; mais, s'il s'est agi
d'une simple chevauchée de Conon à quelques journées de
marche de son château, on comprend que l'histoire ne nous en
ait pas transmis le souvenir.
Cette explication est simple, dira-t-on; mais elle ne sert de
rien. Il fliut que la chanson soit postérieure au retour du roi,
qui, lui aussi, est traité de recréant et de failli.
Je ne vois dans la chanson nulle allusion au retour du roi.
On dit que Conon revient, non pas que le roi revient. On dit,
au contraire, il me semble, que le roi est resté :
Or vos conte on avec les recreanz,
Si remaindroiz avoec vo roi failli.
Ce reniaindnv\ du v. 14 ne saurait guère avoir un autre sens
que le rejiianoit du v. 19, c'est-à-dire que tous deux s'appliquent
à ceux qui ne sont point partis pour la Terre sainte. Si le poète
en veut au roi, s'il le traite de roi failli, c'est précisément parce
qu'il remainl. Reproche qui convient aux circonstances, si l'on
place la chanson en 1189. Après la seconde conférence de
Gisors (16 août 1 188), on se rappelle que la reprise de la guerre
entre Philippe-Auguste et Henri II fut un scandale pour tous
ceux qui désiraient la croisade et que de nombreux barons,
Philippe de Flandre par exemple et Thibaut de Blois, refusèrent
de prendre part aux hostilités entre le roi de France et le roi
d'Angleterre, et firent serment de ne combattre contre des chré-
tiens qu'après qu'ils auraient accompli leur vœu de croisés.
Longtemps on put croire que Philippe remaindroit, si bien qu'en
avril 1189 le cardinal-légat Jean d'Anagni, lassé de ses retards,
le menaça de l'excommunication'. Cette persuasion que le roi
avait « mis la croiserie en oubli » alla se propageant même
après la mort du roi Henri II (6 juillet 1 189), puisque le sirven-
tés de Bcrtran de Born est postérieur à cette mort :
Senher Conratz, eu sai dos reis qu'estan
D'ajudar vos ; aras entendatz qui :
I. Voyez Al. Candlien, Fhilipp IL Aiigust,!, 300.
Romania, KXXV 2$
386 J. BÊDIER
Lo reis Fclips es l'us, quarvai doptan
Lo rei Richart, e cel lui dopta aissi '...
Outre Bertran de Born et l'auteur de la chanson Maugre
tous sain:^, des milliers de partisans de la croisade ont pu et dû,
en cette année 1189, croire que Philippe-Auguste |ne partirait
jamais et le traiter de recréant et àt failli.
Il nous semble donc très probable que la pièce est de Huon
d'Oisi. Elle a été écrite par lui en 1189; elle est contemporaine
exactement de cette autre chanson (Raynaud, 886), que Maistre
Rendus fist de nostre seignor :
Ke pensent li roi ? Grant mal font
Cil de France et cil des Anglois,
Ke Damedeu vengier ne vont
Et délivrer la sainte crois.
Quant il a jugement vanront,
Dontlor parra lor bone foi^.
Se Deu faillent, a lui fauront.
Il dira : « Je ne vos conois. »
Cette interprétation a enfin l'avantage de supprimer une singu-
larité que présentait la chanson, lorsqu'on la considérait comme
écrite en 1191 ou 1 192. Si elle s'adresse à Conon revenant
avec le roi de Saint-Jean- d'Acre, c'est-à-dire d'un siège
rude et qui n'alla point sans quelques souffrances pour ceux
qui y prirent part, comment le poète peut-il dire de Conon :
Bien puet sa croiz garder et estoier,
K'encor l'a il tele qu'il l'en porta ?
Il ne servirait de rien de répondre que c'est un satirique qui
parle, de qui il ne faut attendre ni justice ni mesure. Ce serait,
en effet, oubUer cette circonstance que le père de Conon,
Robert V le Fort, était mort en 1191 devant Saint-Jean d'Acre.
Si le satirique parle à Conon qui porte le deuil récent de son
père et qui vient de courir les mêmes dangers que lui, lui dire
qu'il revient avec sa croix vierge et neuve, ce n'est pas seule-
ment une injustice, c'est une absurdité.
1. Ed. Ant. Thomas, i88i
2. Corrigez : lor estrehis ?
SUR DEUX CHAXSONS DE CROISADE 387
II
Bernat\, di moi Fonqiiet, qu'on iienl a sage
Cette pièce a été étudiée par G. Paris dans son bel article
sur Hugues deBerzc {Roniania, XXVIII, 533). Il a montré que
les deux copies que nous en avons, exécutées l'une et l'autre
par des scribes probablement italiens et habitués à écrire du
provençal, sont des transcriptions corrompues d' « une pièce
écrite en très bon français », et il a fondé sur la comparaison
des deux manuscrits (// et D) la restitution que voici du texte
original :
Nugo de Bersie maudct aqestas cohhs a Falquet de Rotiiians per un joglar
qavia )iom Benitvt d' Argentan per predicar lui que vendues coni lui outra >uar.
I Bernarz, di moi Fouquet qu'on tient a sage
due n'emploit pas tôt son sen en folie,
Que nos avons grant part de nostre eage
4 Entre nos deus usei en lecherie ;
Et avons bien dou siegle tant apris
Que bien savons que chascun jor vaut pis;
Por quoi feroit bon esmendeir sa vie,
8 Car a la fin est fors de juglerie(?).
II Dicus ! quel dolor, quel perte et quel damage
D'omequi vaut quant il ne se chastie !
Mais tel i a, quant voit son bel estage
12 Et sa maison bien pleine et bien garnie,
Qui ne cuide soit autre paradis.
Ne le penseiz, Fouquez, beaus douz amis,
Mais faites nos outre meir compaignie,
16 Que tôt ce faut, mais Dieus ne faudra mie.
III Bernarz, encor me feras un message
Au bon marquis • cui aim sanz tricherie.
Que je li pri qu'il aut en cest voiage,
20 Que Monferraz le doit d'anceiserie,
I. Peut-être vaudrait-il mieux écrire niarcbis, ici et au v. 29, puisque l'on
a pris le parti d'écarter du texte les italianismes.
388 J. BÉDIER
Que autre foiz fust perduz li pais,
Ne fust Conraz, qui tant en ot de pris
Qu'il n'icrt ja mais nul tens que l'on ne die
24 Que par lui fu rccovrce Surie.
Ne ja d'ai'er porter ne seit pensis.
Que SOS cosis Vemperere Freris
N'aura asse^, qui ne li faudra mie,
28 Qu'Sl VacuilU tiiolt bel eu Lombard ie.
Bernarz, di moi mon seignor au marquis
Que de part moi te dont ce que m'as quis,
Que j'ai la crois qui me defent et prie'
52 Que ne mete mon avoir en folie.
Pour rendre compte de la composition de cette pièce,
G. Paris s'est arrêté à un système qui a été adopté, je crois,
par tous les critiques plus récents ^ Voici en résumé cette
interprétation.
Considérant les vers 25-8 Ne ja d'aver porter ne seit pensis...
que nous avons imprimés ci-dessus en italiques et qui ne se
trouvent que dans le manuscrit D (Modène), G. Paris écrit :
« Pas d'erreur possible. Il s'agit de 1223. Frédéric II, empe-
reur depuis 1220 (ou au plus tôt depuis 1215), aida en effet
par son aver Guillaume de Montferrat quand il entreprit son
expédition en Romanie en vue de reprendre Salonique. [Le
frère de Guillaume, le jeune Démètre, venait d'en être chassé
par Théodore Ange Comnène, et il s'agissait de le rétablir sur
le trône.] Guillaume s'embarqua en janvier 1224, ayant reçu
9.000 marcs de l'empereur son cousin, auquel il avait préparé,
1. C'est le texte de D H ; donne : Que iai la cros qem reprevi em castia.
« Castia, écrit G. Paris, serait peut-être meilleur pour le sens ; mais em z= et
me n'est pas possible en français ; en lisant quim defent et chastie on risquerait
d'être trop archaïque. » Je doute qu'on ait pu dire : « J'ai la croix » pour
« j'ai pris la croix. » Peut-être l'original portait-il la forme bourguignonne
jai pour /a (cf. ^tsiei au v. 4), que les scribes ont interprétée à tort f ai. Castia
d'autre part est sûrement meilleur que prie. On pourrait lire : Que ja lacroii
me defent et chastie Que...
2. Il a été accepté notamment par M. G. Schultz dans un article de la
Zeitschrift fïir romanische Philologie, XVI, 506, et par M. Rudolf Zenkcr,
Cedichte des Folquet ivii Romans {Romanische Bibliothelc, XII. 1896, p. 11).
SUR DF.UX CHANSONS DE CROISADE 389
en [220, le très bel accueil qu'on lui fit en Lombardie quand il
allait se faire couronner à Rome. » — Par malheur, comme le
remarque aussitôt et très justement G. Paris, si cet envoi fait
allusion aux événements de 1223, il n'y a pas moyen de le
« concilier avec le reste de la chanson ». L'envoi se réfère à
une guerre projetée par des chrétiens contre d'autres chrétiens;
le reste de la chanson à une croisade contre les Musulmans de
Syrie. « Il est inadmissible qu'un poète, pour engager Guil-
laume de Montferrat à aller en Romanie reconquérir le
royaume de son père, ne lui parle que delà Syrie et des exploits
de son oncle Conrad. »
L'incohérence est évidente. Pour l'expliquer, G. Paris admet
que la chanson, sous sa forme primitive, ne comprenait pas les
vers 25-8. Nous savons que Hugues de Berzé se croisa en
1201 : c'est à cette date qu'il aurait rimé cette pièce. Il y
exhorte à prendre la croix un marquis de Montferrat qui n'est
pas Guillaume, mais son père, Boniface II, lequel devait en
effet, peu après, accepter le commandement de la quatrième
croisade. « La chanson de Hugues de Berzé a peut-être contri-
bué, surtout par le rappel des exploits de Conrad, à décider
Bonitace à cette grande aventure, qu'il croyait devoir le
conduire en Syrie, et qui devait le mener à Constantinople, lui
donner la couronne de Salonique et le faire enfin périr sous le
fer des Bulgares. »
Vingt-deux ans plus tard, selon G. Paris, l'envoi propre au
manuscrit de Modène a été ajouté, sans doute en marge de
l'original de ce manuscrit, par quelqu'un qui a voulu rajeunir
la pièce de 1201 et l'approprier tant bien que mal aux circons-
tances de 1223 '.
Ce système offre des difficultés. Ni les vers que G. Paris
croit avoir été écrits en 1201 ne peuvent, me semble-t-il, avoir
été écrits à cette date, ni les vers censément composés en 1223
ne peuvent avoir été composés à cette date.
D'abord la pièce ne peut avoir été adressée en 1201 au mar-
I. G. Paris ajoute cet argument à l'appui de sa thèse : « On peut voir
une trace de l'immixtion d'une main peu habituée à écrire le français dans le
troisième vers : N'aura est du bon provençal, mais en français il faudrait En
avra, ce qui donnerait une syllabe de trop. Il est vrai que l'on peut corriger
Eu a, mais c'est là une correction plus forte qu'aucune de celles auxquelles
donne lieu le reste de la pièce. »
390 J. BEDIER
quis Boniflice II. II convient, en effet, de se rappeler que, dix
ans auparavant, Boniface avait pris une part importante à la
troisième croisade, qu'il avait été fait prisonnier à la bataille de
Tibériade, qu'il avait combattu aux côtés de son frère Conrad.
Un poète qui, dix ans après ces événements, voudrait l'engager
à retourner en Syrie, ne lui dirait pas (v. 20) : « Prenez la
croix, parce que vos ancêtres l'ont fait », sans être tenu d'ajou-
ter : « Prenez la croix, comme vous-même l'avez fait naguère. »
Il ne lui dirait pas (v. 29) : « Rappelez-vous les exploits de
votre frère Conrad », sans être obligé d'ajouter : « et vos
propres exploits. » Il est visible que la pièce s'adresse à un
marquis de Montferrat qui n'a encore pris part à aucune croi-
sade. De plus, au V. 21, autre faii surprend un peu au sens de
naguère. Si le poète entendait désigner la précédente croisade,
peut-être aurait-il mis plutôt a l'autre foi :(.
Autre difficulté : la chanson est adressée par Huon de Berzé
déjà croisé à un marquis de Montferrat qui n'est pas encore
croisé. C'est la donnée même de la pièce (voy. surtout les
vers 28-32). Or Villehardouin (§ 44 et 45) nous apprend que
c'est l'inverse qui s'est passé en 1201 : le marquis Boniface a
pris la croix à Soissons un peu avant le concile de Cîteaux,
tandis que Hugues de Berzé ne s'est croisé qu'à ce concile.
G. Paris est obligé de former cette hypothèse (p. 562) que
Villehardouin a a commis une erreur de mémoire » et que
Hugues de Berzé « a dû, par quelque hasard, prendre la croix
antérieurement ».
Si la pièce ne peut avoir été écrite en 1 201, il est visible
d'autre part qu'elle n'a pu être interpolée en 1223 par l'addi-
tion des vers 25-8. On ne comprendrait pas, en effet, le travail
de l'interpolateur. Il aurait voulu « rajeunir la pièce et l'appro-
prier tant bien que mal aux circonstances de 1223 », Mais s'il
apparaît au premier regard, et à tout lecteur moderne, qu'il
est « inadmissible » que la pièce s'applique aux circonstances
de 1223, cette disconvenance devait être encore bien plus cho-
quante pour les contemporains, et l'on ne se représente pas
comment l'interpolateur de 1223 aurait pu même concevoir
l'idée d'une telle appropriation. Enfin, ces vers
Ne ja d'avoir porter ne soit pensis,
Q.ue ses cosins l'emperere Freris
En a assez...
SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 39 1
ne sauraient s'appliquer au prêt de 9.000 marcs consenti en
1223 par l'empereur au marquis Guillaume. Pour obtenir ce prêt,
le marquis engagea ses terres à l'empereur. Ce qui a dû le
préoccuper à cette époque, ce n'est point le souci d'emporter cet
argent, mais celui de se le procurer. Il faudrait dans le texte
trouer, ou quelque chose d'analogue, et non porter, à moins
d'admettre que le poète écrivait fort mal. Tel qu'il est, le texte
dit que l'empereur est assez riche pour emporter l'argent néces-
saire à la croisade. Le poète foit donc allusion à une expédition
à laquelle il estime que l'empereur prendra part aux côtés du
marquis de Montferrat. Par suite, l'envoi ne s'applique pas au
projet d'expédition contre Théodore Ange Comnène, car il n'a
jamais pu venir à l'esprit de personne que l'empereur Frédéric
dût y participer.
Toutes ces difficultés proviennent de la persuasion où est
G. Paris que les quatre vers de l'envoi s'appliquent à cette expé-
dition. Il n'y a qu'à admettre, comme rien ne s'y oppose, que
Théodore Ange Comnène, Démètre et Salonique ne sont pour
rien dans la chanson ; les difficultés se dissiperont du même
coup.
A mon sens, la pièce a été composée d'une seule venue, par
le seul Hugues de Berzé, sans le concours d'aucun interpolateur.
Il faut se rappeler que le marquis Guillaume fut, de notoriété
publique, en maintes occasions, l'agent de Frédéric, et d'autre
part que, pendant seize ans, de 121 2 à 1228, Frédéric a pério-
diquement fait croire à la chrétienté et a cru lui-même par
instants qu'il entreprendrait une croisade. Mais notre recherche
ne doit point porter sur ces seize ans. Le champ en est circon-
scrit parle fait que la chanson qualifie Frédéric du titre d'empe-
reur. Il l'était en fait depuis 121 5, et il n'est peut-être pas
impossible que dès cette date les poètes l'aient appelé de ce
titre, tandis que les actes officiels émanés de sa chancellerie ne
le lui donnent qu'à partir de son couronnement à Rome, le
22 novembre 1220'. Mais il me semble certain que notre
chansonnier s'adresse ici à Frédéric déjà couronné, puisqu'il
fliit allusion (v. 27) au bel accueil que le marquis lui fit en
I. Voy. Huillard-Bréholles, Historia Jiplonialica Frideiki secumii, Intro-
duction (1859), P- XLVin.
392 J- BEDIER
Lombardie. C'est en septembre 1220 que le marquis Guillaume
ménagea une belle réception en Lombardie à Frédéric qui se diri-
geait vers Rome pour y recevoir la couronne impériale'. Or, à
cetteépoque même, les ducs d'Autriche et de Bavière, les comtes
de Bar, de Nevers et une foule d'autres seigneurs de France et
d'Allemagne étaient en Egypte aux prises avec les Musulmans.
Ils attendaient la venue de Frédéric II, qui avait tant de fois
promis de porter son aide à la Terre sainte. En 1219, comme
le pape Honoré III l'avait supplié d'exécuter son vœu, il avait
feint de lui donner satisfaction en désignant un vicaire, l'arche-
vêque de Cologne, qui devrait le remplacer pendant son
absence'. Puis, il avait obtenu des délais. Mais, aussitôt cou-
ronné, il prit de nouveau à Rome la croix, solennellement, et
la reçut des mains de ce cardinal Hugo d'Ostie, qui, plus tard,
devenu le pape Grégoire IX, devait lancer contre lui l'excom-
munication pour avoir failli à ce vœu. Il jura d'envoyer dès le
mois de mars des renforts à l'armée des croisés et de partir lui-
même en août 1221 '.
C'est en ces circonstances que fut écrite notre chanson. Elle
est postérieure au couronnement de Frédéric (22 novembre
1220), pour les raisons que nous venons de dire; elle doit être
antérieure à la ruine de l'expédition du comte de Bar en Egypte
et à l'évacuation de Damiette (7 septembre 122 1). Pendant cette
période, tandis que la chrétienté croyait imminent le départ de
Frédéric II pour l'Orient, Hugues de Berzé dut prendre la croix
et écrivit à Guillaume de faire comme lui. Nous savons que
Folquet de Romans était alors en Italie et qu'il y assista peut-
être au couronnement de Frédéric II (voy. Zenker, Die Gedichte
des Folquet de Ro)>ians, p. 21, et chanson VI).
Cette interprétation a pour effet de supprimer toutes les diffi-
cultés rencontrées ci-dessus. En outre, elle explique que Hugues
de Berzé dise à Folquet de Romans (v. 3-4) qu'ils ont « usé en
1. Voyez Eduard Winkelmann, Kaiser Friedrich II, I (Leipzig, 1889), 53.
Déjà en 121 1 Guillaume avait reçu à Gênes Frédéric, pauvre et menacé (voy.
Schirrmachcr, Kaiser Friedrich der Zu'eite, I, 72, II, 16); mais il résulte des
autres données de la chanson que ce fait ancien n'est pas en cause ici.
2. Huillard-BréhoUes, Introd., p. ccxiii ; Schirrmacher, I, 115.
3. Schirrmacher, I, 112.
SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 393
lecherie » tous deux « grant part de lor eage ». S'il a écrit ces
vers, comme on l'admettait jusqu'ici, en 1201, il faut qu'à
cette date Folquet et lui, sans être nécessairement des vieil-
lards, fussent déjà pour le moins des hommes de trente ans;
par malheur deux des chansons d'amour de Folquet (IV et V)
sont postérieures à 1220 (voy. Zenker, p. 13); il les aurait
donc rimées entre sa cinquantième et sa soixantième année :
c'est un peu tard. Je laisse aux historiens de la littérature pro-
vençale le soin de reconnaître en quelle mesure cette détermi-
nation nouvelle de la date de la chanson de Hugues de Berzé
doit modifier les dates et les circonstances de la biographie
de Folquet de Romans'.
Joseph BÉDiER.
I. J'offre ici mes vifs remerciements au savant liistorien de l'Orient latin,
M. Charles Kohier, qui a bien voulu lire ce petit travail en manuscrit et me
donner d'utiles indications.
MOTS OBSCURS ET RARES
DE L'ANCIENNE LANGUE FRANÇAISE
(suite ')
Sabourot, terme de cuisine. — xve s. Pour faire sahoiirot de poussins,
prenés poussins ou poulaille, et despecés par menus morceaulx, et les soufFri-
sés en une paelle en sain de lart (J^iaitdier Je Taillevent, p. p. Pichon et
Vicaire, 62).
Sabras -. — xiiie s.
Au darain mes orent limas
Qui furent mengiez au sabra^.
Renart, p.p. Chabaille, 179.
Saccard 5. — xvie S. Combien il fault d'argent et de lièvres pour contenter
ung lieutenant de courte robbe et six saccars qu'il appelle ses archers (Cl.
Haton, Mémoires, p. p. Bourquelot, I, 94).
Saffryn4. — 1382. .1. gouvernail sans ferreure qui fu fait pour la barge
que fist Colin, dont le saffryn est pourry (Bréard, Coviptes du Clos des galéesde
Rouen, 130).
S.\GOULLE >. — 1369. Huit pièces de menue corde pour sacroiûles et fresnelles.
1. Voir, pour le précédent article, Romania, XXXIV, 603.
2. [Cf. l'édition de M. E. Martin, t. III, p. 253, où on trouve sahrax, ce
qui n'est pas plus clair. Paraît sans rapport avec le prov. sahrier « sorte de
sauce », Raynouard, Lex. rovi., V, 128. — A. Th.]
3. [Probablement « digne d'être mis dans un sac » : cf. la loc. courante
homme de sac et de corde. — A. Th.]
4. [C'est la partie extérieure du gouvernail, dite aujourd'hui safran. —
Communie, de M. Ch. de La Roncière.]
5. Godefroy donne un exemple du xviie s. 'çovlx sagide, qu'il explique par
0 petite corde », ce qui est vague.
MOTS OBSCURS ET RARES 395
chacune pièce pesant trois livres (Mt'ni. lit-s antiquaires de Koniiaiidie, 3e série,
V, 40S).
Sainee, partie du corps. — xin^ s.
Adonc a la cuignie par grant ire levée,
Malabron lest aler de la corne quarree,
Et Robastre l'ataint par dessous la sainee.
GiUifrey, 5719, Ane. Poètes.
San'ine. — 1556. Fere cueullyr des poires de sanine, deux ou trois bois-
scauls(/oHrHa/ du sire de Gouherville, p. p. Tollemer, 326).
Sanivert, sorte d'arbre '. — xvie s. Cornouillers, rosiers, sanivers... en
estoient si chargez (de hannetons) qu'ils en rompoient (Nouvelle Fabrique,
105, Bibl. elz.)
Saonier -'. — 13 13. Loys l'Aillon, saonier. — Jehan Cochin, woHjVr
(Taille de Paris, p. p. Buchon, 26 et 27).
Sarau, sorte d'oiseau '. — i SS^- L'oiseau nommé sarau est un des excellens
de ceus qui chantent, proche au papegaus dit perroquet (Rich. Le Blanc,
De la Subtilité, 223 v).
Sarcerie. — 1 349. Sachent tout que je, Jaqucniars de l'Abie, cognoys que
jou ay vendu sept boistelees de terre ou environ seans ou terroir de Heude-
court..., et sont tenues en sarcerie du seigneur de Longastre a nient de rente»
fors tant seulement que quant on va de vie a mort on paie .xii. deniers de relief
de le mencaudce (J. M. Richard, Cart. de Vhôpital Saint-] ean-en-V Estrée
d'Arras, 70).
Sarcier. — 1343. Jacquemars Li Collebaus... werpi et clama quitte par
devant ledit lieutenant et les dis hommes sarciers .iiii. mencaudees de terre
en une pièce seans ou Val de Neuville. — Li homme sarcier de mons.
Wistasse de Berlle (J. M. Richard, Cart. de V hôpital Saint-Jean-en-T Estrée
d'Arras, 67 et 68).
Sargout, sorte de plante ♦. — xiv^ s. Les cinq choses de quoy cest
electuaire est composé, ce sont 5a?o^o!</, gencianne, morelle... (5Wraf, édit.
1528, rép. S90C).
1. [Cf. iflH^-r^r/ « chèvrefeuille » dans Joret, Flore po(). de la Normandie,
p. 96. — P. M.]
2. [Simple variante de saunier « marchand de sel ». — A. Th.]
3. [Le texte de Cardano traduit par R. Le Blanc porte : « Sarau nobilis-
sima canentium » (Bâle, 1560, p. 740). Cf. Godefroy, sarre i. — A. Th.]
4. [Le ms. B. N. fr. 24395, fol. 84^, porte sargont. — A. Th.]
39^ A. DELBOULLE
Sarte, sorte de poisson. — 1596. Rayes, plis, sarte:^, bresnez, solles et
autres 'poissons {Coustuviier de Dieppe, p. p. Coppinger, 22).
Sauchiè". — xv-xvie s. Jehan de Toloy, amant et sauchiei de Mets
(Jacomin Husson, Chrou. tic Met^, p.p. Michelant, 57).
Sauchui. — 1344. Pour ostcr pluseurs 5flîa7;7//5 de la queminee de la
chambre au vicomte et d'entour le chastel (Dalisle, Actes normands de la
Chambre des comptes, 299).
Saudis -. — 1291. Le onche d'or filé saudis ou en masse (J. Finot, Rela-
tions commerciales entre la France et la Flandre, 237).
Sauer, sureau 3. — L'en pcndoit les chiens a ung sauer pour se y venge,
de ce qu'ilz n'avoient point aboyé (Raoul de Presles, Cité de Dieu,éd\x. 1531
expos, sur II, 22).
Sauguernon, sorte de mets +. — xv^ s.
Puis gelées et saugnernons,
Verdes sauces et fromentees,
Aprez les gohieres sucrées.
Jean de Courcy, Chemin de Vaillance, dans Romania, XXVII, 588.
Saulable. — 1407. Toutes manières de bestes estre prinses en saulables,
en nouvelles esteubles, ne doivent toutes que .lx. s. (De Beauvillé, Doc.
inédits sur la Picardie, II, 120).
Saulman, Saumant. — xvie s. Les maistres boulangers, meuniers et
saumants d'icelle ville. — Satdman (G. de Lurbe, Statuts de la ville de Bordeaux,
182 et 183, édit. 1612).
Saume5. — xiye g. Celluy maling esperit se mist dessus l'œil d'icelle
1. [A joindre aux articles sochier 2 et socherie de Godefroy, où l'on
trouve un point d'interrogation pour toute définition ; le sochier était peut-
être le receveur d'un droit analogue à celui qui est appelé ailleurs droit de
de socage. — Communie, de M. Bonnardot.]
2. Cf. Godefroy, soldeis et soudis 2.
3. [Le ms. B. N. fr. 20105, f° 73 r°, porte irî<r, forme ordinaire ; cf. Gode-
froy, SEUR I. — A. Th.]
4. [Cf. le faulx grenon, qui figure contre un entremets dans le Viandier de
Taillcvent, p. p. Pichon et Vicaire, p. 251 et 231. — P. M.]
5 . [Faute pour saignie, c'est-à-dire saignée : le texte latin traduit porte :
(on phlebotomi similitudinem ». Le traducteur a conhnàu phlebotomus et
phlebotomia. — A, Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 39']^
(femme) en manière d'une vessie. Et donc l'evesque blasma le mauvais... Et
tantost le sang vssit de la vessie hors aussi comme une petite saume
(J. de Vignai, Mir. hist., XXIV, 145, édit. 1531).
Sauve. — xvi^ s. Prendre... le petit poisson à la sauve, et [àj la treulle, et
à la ligne (Liebaud, Maison rustique, IV, 13).
S.'^v.^TTE. — 1617. Faire mettre en bon estât les banquarts, savattes et cor-
dages servants au dit poids (De Beaurepaire, la Vicomte de l'eau de Rouen, 380).
Savie. — xiiie s.
Li reis se live, si a ses baruns mandez,
Sur une table de savie est muntez.
Otinel, dans Remania, XII, 439, v. 32 '.
ScALERiNE, SauALDRiNE, EsGALDRiNE. — xvi^ S. Il se mit à dire mille
maux, tant de la femme, l'appelant putain, scalerine et coureuse, que du dit
huissier mary (Chron. Bordelaise, p. p. Delpit, I, 108).
Une ville et vieille Ji/HflW/n/t; (Jean de Lavardin, Epist. de S. Hierosme,
390 vo, éd. 1602).
Jà a Dieu ne plaise qu'une putain, qu'une esgaldrine lasche, vile et abjecte
comme l'heresie, marche en rang d'une pucelle chaste et sainte comme
l'Eglise (P. Le Loyer, Hist. des spectres, 923, édit. 1605).
Sc.^TOLLE, Ch.\stulle, Chatulle, boîte -. — ■ 1574. Une quenouille dans
une petite scatolle. — Huictz vieillies popees fort gastees et deux pagniers
d'or quiclan faulx — dans une chatulle. En chatuUes de boys huictz popees de
terre {Inv. de Barbe d' Amboise, p. p. Seyssel-Cressieu, 349).
Sci.vriQ,UEUX, atteint de sciatique >. — 1609. Les podagres et les sciât iqueux
(J. DU Val, Le grand Dispensaire, 88).
ScoMMESSE, pari-*. — 1568. Fault noter icy que toutes sconimesses et
1. [L'édition de la collection des Anciens Poètes donne, d'après le ms. de
Middlehill, d'esclniine (v. 669). Godefroy enregistre eschuine d'après Otinel en
y joignant un exemple de bois d'esquinc, ce qui est tout autre chose. — A. Th.]
2. [Forme francisée de l'italien scatola « boite ».— A. Th.]
5. [Delboulle n'a eu à sa disposition que l'édition de 1616 de ce livre de
J. du Val (simple traduction de J. J. Wecker), où il a lu :erat iqueux, sans
proposer d'explication ni de correction ; je dois à M. le D"" Dorveaux la véri-
fication de la leçon sur l'édition primitive. — A. Th.]
4. [Forme francisée de l'italien scommessa « pari ». — A. Th.]
398 A. DELBOULLE
gageures sus femmes grosses sont illicites et réprouvées comme deshonnestes
(Philibert Bugnyon, Loix inusitées de France, 131).
Sebiere'. — 1596. Pour faire quatre gros bans de grosses pièces de bois,
et pour une grosse sebiere a pointer pierres et ymaiges (Dehaisnes, Doc.
concern. Vhist. de V art dans la Flandre, j'^^).
Secolesfre. — xiiic s. Pour waublois, .viii. s. Item pour ]qs secolesfres,
iiii. livres, vi. d. (Yarin, Arcb. administr.de Reims, II, 744, en note).
Sedon ^ — 1582. Ils prennent tout ainsi avec des apeaux et rets ces
oiseaux de prove que par deçà nous prenons avecq les pantenes, et sedons
et filais les petitz oiselets (Belleforest, Description des Pays-Bas, 47).
Seime, fleurs du vin?. — 1552. Flos vini, la cotte ou fleur ou seime que le
vin prend par dessus quand il est dedans le tonneau (Ch. Estienne, Dict.
latino-galL).
Seine, sorte de plante. — xvie s. Le cresson alenois... la roquette, le
sénevé sauvage, et mesme la seine des deux sortes ont natures différentes
et plus chaudes (Liebaud, Maison rustique, V, 5).
Semboti. — 1522.
Valentienne et Condé
M'ont fort lardé comme un veau semboty.
Regrets de Picardie et de Tournay, dans Montaiglon,
Ane. Pocs.fr., IX, 302.
Seme+. — 1273. De deux semés de fevre, de deux mueles de molin
(D'Herbomez, Hist. des châtelains de Tournai, II, 185). — 1271. De la navee
de semé de fevre (Tailliar, Recueil d'actes, 483).
Semot. — 1432. Hz livreront tous les trappons qui convendra pour le dis
coliz, depuis le semot jusques a la chanlate {Reg. des délibérations du Conseil
de ville de Troyes, p. p. Roserot, 213).
1. [Faute probable pour sablière, terme de construction. — A. Th.]
2. [Forme francisée du prov. mod. sedoun « collet pour prendre les
oiseaux » (Mistral). — A. Th.]
3. [Le mot est dans Colgrave, Ant. Oudin et Duez ; il est vraisemblable-
ment identique à saime « crème du lait », dont on peut voir un ancien
exemple dans Godefroy. — A. Th.]
4. [Meule à aiguiser, de ie/;/^/- (pour Ji/îwcr), lat. samiare, polir avec la
pierre de Samos, que Kôrting aurait dû enregistrer : cf. Grandgagnage, Dict.
étym. de la langue tuallonne, semer 2. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 399
Sengresse. Voy. seugresse.
Seniette '. — Elle (la caille) menge moult voulentiers les seniettes veni-
meuses (Propr. des choses, XII, 8, éd. 1522).
Sen'Nagee, sorte de plante-. — La semence de seiiiiagee, de caranne, de
violette (5>'(/nJC, édit. 1528, rép. 590'^).
Sentier. — 1709. Pourront faire sentier a tous livres, soit d'or ou d'ar-
gent, soie ou fil, sans mesler ensemble deux sortes d'or (Slaluts des brodeuses,
dans Ouin-Lacroix, Anciennes corporations de Rouen, 582). •
Sentrille, sorte de poisson?. — xvie s. Loches, ables, sentrilles, verons
ou autres poisçons non defenduz (Rebuffi, Rnhricque des eaux et forests,
177 ro, édit. 1547).
Sept.^ne, article de lingerie*. — 1405. Sont xxv pièces, que nappes
que grans septanes de parement de fin ouvrage (Dehaisnes, Doc. concern.
Vhist. de fart dans la Flandre, Si
Séquelle ou sequellet?. — xive s. Henry, duc de l'exercite, chevauchant
incautement et sans regard vint cheoir en une fosse que les Normans avoient
faicte couverte de 5(?(/wt;//ifi la ou il fut tué (J. de Vignai, Mir. hist., XXV,
48, édit. 15 31).
Ser.\tiel. — 1324. A Guillaume de Chiereville de Kahen pour .111. tire-
1. [Faute pour semence; cf. B. 'N. fr. 9140, f" 218'= ; 9141, f° 189'^, etc. —
A. Th.]
2. [L'édition de i486, rép. 592, porte fênagee; je suppose que c'est le
fenugrec, dit aussi senegré : cf. ci-dessous l'art, senagre. Quant à caranne,
ce doit être la giroflée, en prov. mod. garano. — A. Th.]
3. Le mot est dans La Curne avec cette définition : k poisson de
rivière ?« — [Je soupçonne une faute pour satouille, mot qui désigne soit la
lamproie de rivière, soit la loche ; cf. Godefroy, satouille, et Rolland,
Faune pop., III, 97 et 148. — A. Th.]
4. [Cf. l'art. SEPTAiK 2 de Godefroy ; les comptes mentionnent souvent
les septains à côté des nappes, par exemple, Arch. Nat. KK 50, fol. 7a,
année 142 1 : « Une pièce nappe... pour faire septains pour la table de Mons' » ;
ce sont probablement des serviettes. — A. Th.]
5. Sans doute forme picarde de « sechelle ou sechelet », branche sèche. Cf.
sechelle et sequillon dans Godefroy. [Le texte authentique de Jean de
Vignai ne connaît pas ce mot, mais donne à la place branchetes (Bibl. Nat.
fr. 314, fo 242, 2c col.). —A. Th.]
400 A. bELfeOtJLLÈ
taines escrues, pour faire seratiaux desoux (J. M. Richard, Comtesse Mahaut,
407).
Seratiqueux. Voy. sciaticlueux.
Serchier, dignitaire de l'église de Metz '. — xve-xvie s. Fuit esleu et fait
vicquaire Monseigneur le serchier, bien homme de bien, et pensionnaire
de la cité de Mets (Jacomin Husson, Chron. de Met^, p. p. Michelant, 255).
Seki, ustensile de cuisine ^ — 1482. Deux lochefroyes, deux seris, deux
chaudières d'arain {Inv. du château de Coiirsan, dans Rez'ue des Sociétés
savantes, 7^ série, III, 267).
Serille, sorte d'arbre '. — xve-xvie s. Il est ung arbre qui est appelle
serille, qui jette une résine qui s'endurcist et devient une pierre précieuse que
on appelle electre (Propr. des choses, XVII, 137, édit. 1522).
Sermeau, instrument analogue à la serpe. — 1560. Une serpe et un ser-
meaii (Frère Dassy, Manière de semer, 98 ro).
Serpilleux. — xvic s. A l'autre, on lui a couppé (le bras) d'une serpe
toute esbrechée... dont s'ensuit que les os sont froissez et la chair meurtrie et
lambineuse ou serpilleuse a l'endroit ou le bras a esté couppé (B. PaHssy,
Œuvres, p. p. A. France, 47).
Sertine. — Tout sain de sertine a par lui ne doit fors que congié, mais se il
est mellé avecquez d'autre, il se doit acquitter {Coustumier de Dieppe, p. p.
Coppinger, 84).
Servin. — xvii^ s. La bile meslee avec le serviu sera amere. — Le
sang privé de servin (Est. de Clave, Principes de nature, 335 et 337, édit.
1641).
Seugresse, belle-mère. — xiv'e s. Toutes les sengresses (corr. seugresses) a
ung courage hayent leurs brus (J. de Vignai, Mir. hist., VI, 72, éd. 1531).
SEVECHON+. — Contre inflation qui se veut crever, prens sevechon et avec
1. [Cf. l'art. CERCHEOR de Godefroy ; serchier pour cerchier est un résidu
de l'anc. nommzXii cerchiere < *circator. — A. Th.]
2. [L'éditeur rapproche ce mot du bas-latin sericum « mesure de liquide »,
dans Du Cange, ce qui n'est guère satisfaisant. — A. Th.]
3. [Le passage manque dans les manuscrits de la traduction de J. Corbe-
chon. — A. Th.]
4. [Même leçon dans l'édition de 15 12 (Paris, veuve Treperel), fol. 2cA ; il
faut probablement corriger en senechon, forme picarde de séneçon, plante
bien connu. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 4OI
vieille gresse de porc fais cniplastre dessus (Trésor Jes pauvres, 4) ro, édit.
1581).
Sevecin, sevessin, sorte de plante. — xvie s. Prenez 03'gnons de lis et
une herbe qui s'appelle sevcssiii (Fleurs et secrets de médecine, 38 vo, édit.
15 51 ; au fol. 22 vo le texte porte seiwin).
SiLENCiE, pierre précieuse '. — 1372. Sileucie est une pierre de Perse qui
est verde comme herbe, et ressemble sa couleur a jaspre (J. Corbechon,
Propr. des choses, XVI, 90, édit. 1522).
SiLENTE, pierre précieuse -. — xive s. Silente est pierre obscure et tire
aucunes fois sur le noir (J. de Mandeville, Lapidaire, p. p. Is. del Sotto, 69).
SiLERE. — xiiie s. Le faucon qui a la goûte siJere puez tu connoistre as
ongles des piez et a la cire du bec (Le roi Dancus, édit. Jouaust, 6).
Si.MF.R. — xvF s. Celuy qui siiiie de l'œil > donne fascherie et le fol de
lèvres sera battu (Bible sans date, Proverbes, X, 10).
SiN.\GRE, sorte de plante '. — 1552. Aulcuns usent de si)iagre Vixa^ni que la
plante aye produit sa semence (J. Massé, L'Œuvre de Galieii des choses
nutritives, 72).
SiNSOLEiL 5. — xive S. La (en Sardaigne) naist une petite beste qui a
nom sinsoleil et est périlleuse pour homme (J. de Vignai, Mir. hist,, II, 84,
édit. 1531).
SlST.\RrHE ^. — 1474.
Ha ! le triumphal patriarche,
Il avoit si belle sistarche !
Myst. de TInc. et Nativité, p. p. Le Verdier, II, 262.
1. [Faute pour silenite, forme ancienne de sèlènite ; voy. Godefroy, CompL
et cf. l'art, suivant. — A. Th.]
2. [Faute pour silenite; voy. l'art, précédent. — A. Th.]
3. Traduit le latin annuit oculo.
4. [Lire senagré : c'est le fenugrec, dit aussi senegré; cf. ci-dessus l'art.
SENNAGEE. — A. Th.]
5. [Faute pour fuisoleil (cf. ms, B. N. fr. 316, fol. 57 ro), traduction du
latin soli/uga, nom donné par Solin à la tarentule. — A. Th.]
6. J'ignore sur quoi s'appuie l'éditeur pour expliquer ce mot par : « sac
pour les provisions». [C'est qu'il le considère comme un emprunt au lat.
silurchia (mieux sitarcia), grec cjtTao/.ia; et il a raison. — A. Th.]
Roman ia, XXXF 26
402 A. DELBOULLE
SoLANE. — xvi»; S. De chascun traque de cuir fort et de solauc dix deniers
tournois (G. de Lurbe, Statuts de la ville de Bordeaux, 260, édit. 161 2).
SoLEE '. — xvie S. Tous ccux qui porteront bois en la ville et cité de Bour-
deaus seront tenus charger leurs couraux et batteaux de bois a pleine solee...
sans laisser aucuns pertuis, renardières, connilieres, et y faire comme fraude
(G. de Lurbe, Statuts de la ville de Bordeaux, 207, édit. 1612).
SoLOiRE. — 1)74- Ung parement d'otel, de vcUours rouge, tout cassé, ou
il y a broderie d'or, troys solaires et au milieu le crucifix (Iui\ de Barbe
d'Aïuboise, p. p. Seyssel-Cressieu, 342).
SoMMAiLLE. — xvi<--xviic S. Ceus qui perchez dans les nues, faisant le
quart, voient de loin les roches, dangers et sonnnailles, découvrent les ecu-
meurs et pirates (Florimond Remond, Naissance de Vheresie, 1009, édit.
1610).
SoMMEAU. — 1415- Un petit sac d'ung minot appelle le qua.n soniiueau
(Ordoiin. royaulx, 31 yo, édit. 1527).
SoNGiON ^. — 1341- Une aiguière dorée a une euche yssent par la teste
d'unlyonet desouz une teste de cerf et au songioii un pomel esmaillié. —
Une aiguière d'argent a un esmail au songiou des armes de Savoie. — Un
gros rubiz au cercle (de la couronne) et une grosse perle au songion de lafîeur
de Hz {Doc. p. p. la Soc. Savoislenne, XXIV, 344, 345 et 346).
SoxiER. — 1382. Item un soiiier. Item les cuiros des dalles (Bréard,
Comptes du Clos des galèes de Rouen, 124).
Sotte 5. — xvi<' s. Aussi est deffendu faire aucunes veues et clairières de
pierres, bois ne autrement, pour donner jour aux caves, sottes et autres lieux
(G. de Lurbe, Statuts de la ville de Bordeaux, 109, édit. 161 2).
1. [Forme francisée du prov. soulado « ce qui couvre le sol » (Mistral).
— A. Th.]
2. [Ce mot signifie «sommet », et représente un type *summionem du
lat. vulgaire, comme il est dit dans l'excellent art. soxjHox du Dict. savoyard
de Constantin et Désormaux auquel on se reportera avec profit ; il faut en
rapprocher sonjon dans le poème prov. de Sancta Fides ; cf. Journal des
Savants, année 1905, p. 341. — A. Th.]
3. [Forme francisée du prov. solol, mot paroxyton, qui désigne un rez-de-
diaussée servant de cave ou d'étable ; voy. Raynouard, V, 273, et Mistral,
sourou. — A. Th.]
MOTS OBSCURS HT RARES 4Ô3
SOUBERNF., inondation '. — 1572. En ceste année, il eut une telle ravine
d'eau que le peuple appelle souberne... qu'elle emplit tous les chais (Chroii.
Boideloise, p. p. Delpit, I, 171).
SouDOUVKK, fainéant ^ — 1561. Meschans et malheureux garçonneux,
larrons, brigans, sondouvrei, et toutes manières de gens dcsbauchez (l'aradin,
Hist. de notre temps, 266).
SOUDKE. — XVie s.
Et si je les rendrai si laides et si soiirdres
Qu'on les fuira partout comme mortelles foudres.
Guv de Tours, Piiradis d'amour, p. p. Blanchemain, II, 27.
SoL'ET '. — xvi<-" s. Gonwald, puissant en souet, en forest de souet:( (Boni-
vard, Jdiis et devis des langues, 32, édit. 1549).
SouHAiTURE +. — xve S. Une soubaitnre et demye de prez (De Chambure,
Glossaire du Morvan, 543).
SouLciCLE, oiseau 5. — xvf s. Chardonnerets, rougegorges, soulcicles,
fiiulverettes {Noui'. Fabrique, 116, Bibl. elz.).
SouRiER. — 1371- Pour arreer les grailles pour fere la dicte chambre et
mettre .111. souriers en .m. des fenestres de la dicte chambre (Joubert,
Comptes de Macé Darne, 47).
SouRLEE. — 1367. La halle au cuir et celle aux sourlees. — l!a halle aux
sourlees(Bonnin, Cari, de Louviers, t. II, Hc partie, 105 et 109).
SousFONTiEAU. — 1408. Le sucil d'amont l'eaue garny d'un soubipontieau
(Fagniez, Études sur V industrie à Paris au XHI^ et au XIV^ s., 157).
1. Ce mot est encore en usage dans la Saintonge. [Cf. Kôrting, n" 9267,
etc. — A. Th.)
2. Ce mot de formation populaire équivaut sans doute à « soûl d'ouvrer ».
3. [Cf. Bibl. de l'Ec. des Chartes, 2^ série, V, 351, où on lit, d'après le ms.
de l'auteur, « ou forest » et non « eu forest ». Souet n'est qu'une graphie plus
phonétique de souhait. — A. Th.]
4. [Graphie fantaisiste de soiture < sectura; voy. Godefroy, s. v. —
A Th.]
5. [C'est soit le pouillot colybie, comme le croit Godefroy (art. solsie),
soit le roitelet huppé (Rolland, Faune pop., II, 501). — A. Th.]
404 A. DELBOULLE
SousPRESTURE '. — 1540. De Robert des Marciz, pour l'critage que il vendi
a Estienne de la Mare, auquel il a sotispresture de .111. perches, xxx s. — De
Rogier Hasart, pour sousprestitrcs, ou il fist porees comme fermier, xxv s. —
Autres amendes des sousprestuies de la dite forest (L. Delisle, Actes normands
de la Chiwibre des comptes, 243 et 244).
SouvENDiER, sorte de plante ^ — 15 14. Décoction de maulves, bettes, ram-
berges, soiiveiidier, aniz et fenugrec (J. Cœurot, Enlreteneinctit de vie, 40 r°).
SovANDiER, SOUVENDIER. — 1580. Et y ot .xLvi. pains bians bien pene-
giez... et .Li. pains de sovandicr penegié et cuit souffisamment (Varin, Arch.
admin. de Reims, III, 725). — 1478. Cinq cent septante neuf douzaines neuf
p2L\ns souvendiers {Ihid., II, 560).
Sparlin, émerillon. — xv^ s. Le dixième et derrain faulcon noble est
l'emerillon ou sparlin (Traité de fauconnerie, p. p. Martin-Dairvault, 56).
Stavre 5. — xive s. Quant le flos de la mer vient, l'esgue est si grande que
on ne la pourroit passer, mais quant il s'en retourne, la rivière devient si
stavre et plate qu'on y passe bien aise (J. Le Bel, Chron., p. p. Polain, II,
82).
Sterse*. — 1559. Je donne au dit sieur vicomte troys flascons couverts de
cuyr et une paire de sterses accoustrés de cuyr doré {Journal du sire de Gou-
berville, p. p. Tollemer, 229).
Storgine. — xvie s. Elle (cette eau) vault contre storgine et impectigine
(Des eaux artificielles, à la suite du Propriétaire des choses, édit. 1522).
Strambon s. — Il (le baume) a grand vertu contre s tramions, vespes
et aultres semblables (De Vhonneste Volupté, 83 vo, édit. 1584).
1. [Variante intéressante au point de vue morphologique de souspresure
« fraude ». — A. Th.]
2. [Donné par Cotgrave comme signifiant « chicorée »; a passé de là dans
Oudin et Duez. Il est probable que l'art, sonnendier de Godefroy repose sur
une fausse lecture pour souvendier. — A. Th.]
3. [L'édition récente de MM. Viard et Déprez donne stadre (t. II, p. 96).
— P. M.]
4. L'éditeur dit en note qu'on peut aussi bien Ymesterse. [Il semble bien
qu'il s'agisse d'étriers. — A. Th.]
5. [La première édition de cette traduction de l'opuscule de Platina par
Desdier Cristol (1505) porte, au fol. 35, strahrons (lire scrabrons); il s'agit de
frelons; dans le texte de Platina il y a : « crabrones, vespas et similia ». —
A. Th.]
^MOTS OBSCURS ET RARES 405
SuAGK. — xvie S. Pour faire voile des ports de la Corogna... il faut faire
voile des vents d'aval et stuiges, qui n'ont jamais de suite quatre jours de
temps amorable, de sorte qu'avec ses suages il est malaisé et presque impos-
sible qu'une armée composée de tant de vaisseaux puisse tenir l'ordre qu'il
faut ny arriver a temps (Florimond Remond,^H//t7;r!5/, 162 vo, édit. 1599).
SuRAiN ■. — 1556. Deuz grans caablez, un borsseil, deux espringalez et
plusieurs autres surain et pouliez (L. Delisle, Actes normands de la Chambre
des comptes, 142).
SORFAUTÉ. — Cestuy (Néron) estoit tellement surfatité de la cacochimie
de ces vices, voluptez et imperfections... (Thevet, Vie des hovunes illustres,
697 vo, édit. 1584).
SURGE, adj. — XVe S.
Qu'on soit honneste,
Gentil, gallant,
Surge et volant
Comme ung allant.
Guill. Alexis, Œ;«r«, p. p. Picot et Piaget, I, 206.
Surmont. — 1560. Pierres Voysin acheva, oultre mon gré, de mettre les
deux pierres de survient qu'il n'avoit peu hier mettre. — Pour assoyer le
surmont des lucarnes {Journal du sire de Gouherville, p. p. ToUemer, 567).
SuRON. — Pour avoir reffait et mis a point le grant suron de la dite bare
des moulins avec ung autre post qui estoit enclavé en la maçonnerie de la
dite bare (ûe Fréville, Commerce maritime de Rouen, II, 379).
Surplomber, ondoyer ^ — xvii= s. Le 9 juillet 1645, 1^ dimanche matin
... Dieu nous a donné nostre enfan, lequel je faict surplonher, en atendan
le s' sacrement de bathéme (L. Guibert, Livres de raison, 201).
SuRPOiL 5. — 1564. Apres cela il fault venir aux gages : perles, diamants,
1. [Vérification faite sur le manuscrit (Bihl. nat. franc. 25996, no 118),
il semble qu'il faille Vire furain plutôt que iï/ra/n : on pense au terme de
marine funain « cordage ». — A. Th.]
2. [L. Guibert remarque justement que ce texte français détermine le sens
du verbe limousin soplonihar, qui l'avait embarrassé dans son édition du livre
de raison d'Etienne Benoist, p. 86, n. 3 ; cf. Remania, XII, 125. Il y a là une
curieuse survivance linguistique de la pratique rituelle primitive où le baptême
était conféré par immersion. — A. Th.]
5. Ce mot n'a rien de commun pour le sens avec « sourpoil, surpoil »
qu'on trouve dans Godefroy. [Il se rattache au contraire assez naturellement
406 A. DELBOULLE
chaisnes d'or, quarquans et siirpoil et autres riches affiqiiets (Chron. Borde-
loise, p.p. Delpit, I, ii6).
SusiN. — 1581. Les gens du dit archevesque avoient coppé certains susins
et escharsons estans selon les fossés du chastel de la porte Mars (Varin,
Arch. admin. de Reims, III, 42 •).
SusTiNE. — 1558. Je baille a Philippe Couppé, pour trois journées de luy
et son valet, qu'ilz avaient esté céans a faire des roez sustines, 9 solds. — Du
boys pour fere des roes sustities (Journal du sire de Gouberville, p. p. Toile-
mer, 311).
Symnete, animal exotique. — 15 12. Liepardz, symuetes, austrusses et
str^Qns(T\\Qn3i\ià, Voyage d'Outremer,^, p. Schefer, 64-).
Tac. — 1 546. Sur chacun baril de hareng, de morues en hambour, saul-
mons, d'huille et de macquereaulx de tac, trois deniers tournois {Coût, de
Louviers, p. p. Bonnin,III, 81).
Tacouiet. • — 1459. Vereil, sacquoir, serrure a cliquet et a tacquiet, claux
latterès, trois cens de coucquemente (H. Loriquet, Arch. hospitalières de
Béthine, 67).
Taffette?. — xvie S. Pour de la taffette, 12 solds (Journal du sire
de Gouberville, p. p. Tollemer, 827).
Taffeter, V. trans. — xvi^ s. Je fys taffeter la loge du planistre de Sere
(Journal du sire de Gouberville, p. p. Tollemer, 827).
Tagleureur*. — 1313- Guill[aum]e de Niau, tagleureur (Taillede Paris,
p. p. Buchon, 3?).
Taillaire. — 161 1. La garniture d'un lit de satin rouge cramoisy, les
bords et la taillaire de toille d'or fin (I)iv. du château de Pailly, dans Revue
des Sociétés savantes, j^ série, V, 319).
Tallee. — 1400. I assonge, vi haubens, i tallce (Bulletin de la Commis-
sion des antiquités de la Seine-Injérieure, viii, 373).
à l'art. SERPOL 2 de Godefroy auquel il faut aussi joindre l'art, serpot, que
Godefroy n'a pas su expliquer. — A. Th.]
1. [Renvoi inexact. — A. Th.]
2. [Renvoi inexact. — A. Th.]
3. Pièce de terre cuite qui couronne l'arête du faîte, dit l'éditeur. Il serait
intéressant de connaître l'origine de ce mot.
4. [Faute probable pour tagleur, c'est-à-dire tailleur. — P. M.]
MOTS OBSCURS HT RARES 407
TaLOPE '. — XVIie S.
Le mulot y bâtit ses petites boutiques ;
Il y fait ses greniers, les taupes leur logis
Dont les lalopes font des monceaux élargis.
MaroUes, Ge'orgiques, 76, édit. 1673.
Tax -. — X.VI*; s. On trouve au niil des petites aigles noires des lam
blancs ou pigargus (Vigencre, Apollonius Thyaneen, I, 408, édit. 161 1).
1 ANDEFFLE, ESTANDEFFLE, engin à lancer des pierres '>. — xiii^ s.
Portent max et flaiaus, tandeffles et maint gai.
Conq. de Jénisaktii, p. p. Hippeau, 1759-
EshmdeJJIes lor getent les grans caillors (sic) pesans.
//'/(/., 2006.
Taxdefler, lancer au moyen d'un engin. — xiii^ s.
La veissiés des lignes ■♦ maint caillou tandcjlc.
Conq. de Jérusdlei)!, p. p. Hippeau, 31 15.
Tangue >. — xvi= s.
... La Guestiere
Qui faict les bonnes gambades,
La tauçriieex estourdions.
Noëls et vaudevires du ms. Jehan Porée, p. p. Gasté, 53.
1. On trouve dans La Curne talope « haie », sens qui ne convient pas au
passage cité. Il va sans dire que Marolles s'est peu soucié de suivre le texte
latin. [Dans les patois de l'Ouest, talope ne signifie pas seulement « bouquet
d'arbres, haie », mais « excroissance, bosse sur le tronc d'un arbre » (cf.
Dottin, Thibault, Montesson, etc.). Marolles semble avoir employé le mot au
figuré en l'appliquant à la saillie des taupinées. — A. Th.]
2. Ce nom du pygargue est-il encore usité dans quelque dialecte ou patois ?
— [Ne faut-il pas lire des jans blancs ? On sait que jcau-le-bhDic est le nom
vulgaire du Circaetus gallicus. — A. Th.]
3. [Variantes difficiles à e.xpliqucr de /onde/lc « fronde ». J'ai vérifié la lec-
ture de Hippeau sur le ms. B. N. fr. 162 1, fol. 163 J, i6)'i et 172b; elle est
exacte. De tandejjle il faut rapprocher la forme daiulejjle dans le Mystcre de la
Passion d'Arras, p. p. J. M. Richard, v. 2084) ; l'éditeur renvoie justement
à un article du Glossaire picard de l'abbé Corblet : « Daudifle. Fronde. »
— A. Th.]
4. [Sic dans le ms. ; mais la correction de des lignes en d'eslingucs me paraît
évidente. — A. Th.]
5. Paraît bien être le substantif verbal du verbe tanguer conservé comme
terme de marine.
408 A. DELBOULLE
Tanvielle, sorte de vêtement '. — 1611. Une tanvielle de linomple usé
bordée de vert (Iiiv. du château de Pailly, dans Revue des Sociétés suivantes,
7e série, V, 300).
Tap. — xvie s. Les eaux d'icelle rivière passant par fonds de terre grasses
de pur tap ou limon argilleux ne roulent aucun sable (Us et coust. de la nier,
416, édit. 1671).
Tapiné, tapineure -. — xvie S. Les hommes roux, hypocrites, fardez,
malicieux, comme sont volontiers les rousseaux, ressemblent aux vipères
tapi nées de iapineures rousses (P. Le Loyer, Hist. des spectres, 196, édit.
1605).
Tar, sorte d'animal. — xvic s. Fouynes, ricques, tars, furons, escureux
(Nouv. Fabrique, 82, Bibl. elz.).
Taregxe. — 1385- U" estau de taregue qui peut valoir par an .XL. d.
(Varin, Jrcb. adtuiu. de Reims, m, 659).
Tarlain, ver qui ronge le bois '. — i5)7- Le cousson n'est point tant
dommageable aux pois, ny le tarlain aux poutres, ny la teigne aux accoustre-
mens comme est a l'homme la femme (Jaques de Rochemore, Le Favori de la
court, 1 50 v°).
Tatebaut, sorte de bière. — 1582. Breuvages de goudalles et de tatehaus-
— Sur cascun tonnelet de tatebaut porté ou mené hors de la dicte ville, 2 s.
p. (Arch. du Pas-de-Calais, H, i, fol. 293, Inventaire, p. 15).
Tatiffet. — Vers 1420.
Prendez cros, kennes, taliffès
Et plusieurs autres affiquès
Dont les femmes se vont parant.
Myst. de la Passion d'Arras, p. p. J. M. Richard, 18189.
1. [Darcel a fait une note sur ce mot qu'il lit tanoieUe, et qu'il identifie
avec tanaoyot, mentionné en 1599 dans le^testament de Jean de Charmolue :
il lui donne le sens de « couvrechef » (loc. laud., p. 294). — A. Th.]
2. [Mots du patois angevin (il faut se rappeler que Le Loyer est né à Huillé,
Maine-et-Loire) encore vivants aujourdui. Cf. Dottin, Gloss. du Bas-Maine,
p. 488 : « Tapiue, moucheté, couvert de petites taches (Château-Gontier) ;
tapimire<;, petites taches très nombreuses ». — A. Th.]
3. [Cf. l'art. TARLI-; deCotgrave, l'ital. tarlo, etc.; c'est le lat. vulg. *tar-
mul us tiré du lat. class. tar mes, itis. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 4*^9
Taupenne. — 1)27. '^ Henry Hennicot peintre, pour avoir estoffé le
liobette au beffrov de fin or ou les ménestrels jouent, assavoir pour les faul-
rains .un. heuses et le orand heuse, les .iiii. taupenms ou sont assises les
armes de Flandre et d'icelle ville (Houdoy, La Hdle échevmale de Lille, 62).
Tavellierf., ver qui ronge le bois ■. — 1547- Tingnes, tavellieres et autres
bestions (Jean Martin, Vitruve, 85 vf).
Telline, coquillage ^ — 1588. Prens coquilles de tcUines ou fiions de
mer (Secrets iVAlexis Piemotitois, 325).
Tenaire, tenier. — XIK s.
La saiete fendi par dalès le tenier,
Li oisel s'en volèrent, ne peuc nul arçoier.
Kaiss. du Chevalier au Cygne, p. p. Todd, 2156.
La saiete entesa desci al fer por traire.
Mais la corde li fent desci que al tenaire.
Ihîd., 2133.
Tenchon. — xvi« s. Il faict rouller le train de la presse appuyée sur
tenchons, jusques au dessoubs de la vis a laquelle est attachée la platine (Loys
Le Roy, Vicissitude des choses, 42 r", édit. 1584),
Ten'DILle 5. — xvie S. Est enjoinct a tous crabiers et autres que quand ils
habilleront aucunes ouailles, chèvres ou boucs, ils n'ayent a mettre qu'une
seule teudille, et trois raches au travers (G. de Lurbe, Statuts de Bordeaux,
212, édit. 1612).
Teremabin. — 1425. Teremahin, idem en latin, est une chose doulce
resemblant miel graine, appelle autrement miel de rousee (Olivier de La
Haye, Grande Peste, p. p. Guigue, 252).
Tersigné. — 1402. A Thiebaut de Berzieux, sept lis. C'est assavoir un
tersignès, deux autres de deux lez, ung moyen et trois petis (Jnv. des princes
d'Orléans- Valois, p. p. Roman, 188).
Testucal. — i486. Item deux testucaulx, vallent la pièce 11 s. 6 d.
(Joubert, Hist. de la haronnie de Craon, 406).
Thireau. — 1597- Ung thireau de fil blanc (de Beauvillé, Doc. inédits sur
la Picardie, IV, 37s).
1. [Le mot est dans Cotgrave, qui l'a évidemment tiré de Jean Martin, et
qui le traduit par « wood-fretter ». — A. Th.]
2. [C'est le grec TîÀAÎvr, ;cf. Littré, tellixe. Cotgr. donne telline comme
languedocien: en réalité c'est un mot savant. — A. Th.]
5. [Croc à suspendre la viande ; cf. Mistral, ten'diho. — A. Th.]
410 ^ A. DELBOULLH
TiASSK, TiACÉ. — xVie S. Et si fut de tous costez couverte (l'arche) et
revcstue de lames de fin or bruny et tincecs de force riche garniture (Jean de
Maumont, Hist. de Zonare, 82, édit. 1597). — Teintures en graine, de
toutes couleurs, bigarrées et tiassees a tout haut lustre {Ibid., 679). — Un
brave et somptueux habillement de pourpre, liasse et recamé (Ibid., 738).
TiERCEROL. — 1582. Item \q lier ce roi de la dite galee, contenant .xxxiiii.
fers de coton (Bréard, Comptes du Clos des i^-alees de Rouen, 119). — Item le
tierce roi àc ladite galee, bon et suffisant, contenant .xxii. fers de coton et
.1. de canevas (Ibid., 1 18).
TiERECHE, qui sert à transporter de la terre. — 1365. Pour une brouete
tiereche acatee a Thumas le Gaiant (H. Loriquet, Arch. hospitalières de
Bélhiine, 58).
TiERCHAiN, TiRECHAiN '. — 1433- Bon fin estain, de bon suffisant tier-
chain (De Beauvillé, Hist. de Montdidier, II, 486). — Frommage, craisse,
meteil, estain, potin, tirechain (Ibid., 455).
TiERSERON, ternie de construction -. — 1518. L'une des attentes des lier-
serons sur la haulteur des retumbees contient dix neuf piedz, et y a six Herserons
semblables l'un a VA\x\irç.(DQ}Atrvs.\, Doc. relatifs à la fondation du Havre,
lOl).
TiGNET. — xvie S. Du tignet arrac-hé d'une génisse noire (Bretonnayau,
Génération de Vhomme, 132 vo, édit. 1583).
TiLLASSE, coriace î. — xvic s. Un peu de ce limon glueux ou de
bitumen de Judée, qui est une matière fort lente et ////fli.sc (Marnix deSainte-
Aldegonde, Difféieiids de la religion, p. p. Quinet, IV, 204).
T1NTAROLE+. — 1556. S'ils estoient poursuivis par les barbares avec leurs
grandes huées et tintaroles... ils retournoient visage et en tuoient infinis
(SiiWdiX, Hérodote, Wl\, 211).
1. [Godefroy, v TiERSAiN', a trois exemples analogues, mais sans défini-
tion ; c'est un alliage que Cotgrave explique fort bien sous le nom de plomb
tiercelin. — A. Th.]
2. [Svnonymede tierceret, qui est dans Cotgrave. — A. Th.]
3. Mot encore en usage dans la Flandre française et wallonne, sous la
forme tiliache « coriace ». Serait-ce un dérivé de /('// « tilleul » ? [Sans aucun
doute. — A. Th.|
4. Ce mot traduit le grec -aTayo:, mais d'où vient-il ? [De tinter, probable-
ment. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 4I I
TiRAL ■. — 1 544. Pour deux tiiiiiis qui sont en la salle aux souspechonncux,
qui poisent .vu. peseez et demie (L. Dclisle, Actes iioinuvuls delà Chambre des
comptes, 505).
TiREPOiL -. — xv!--- s. Aucuns font un tirepoil du dit tartare, que je n'ose
dire, craignant que tu m'estimes menteur (Palissy, Œuvres, p. p. A. France,
527). — Tous ces médiums des alchimistes et ces tirepoils des faux mon-
noyeurs n'auroient pas la vogue qu'ils ont maintenant presque par toute
l'Europe (Anus Thomas, Comment, sur la vie d'Apollonius Thyaucen, I, 16,
édit. 161 1).
TisoNNEUR, TisoNiER. — i3i3.Milet letisonier. Guillaume le //VoHHCHr
(Taillede Paris, p. p. Buchon, 112).
ToFFEMUSK, sorte de plante. — xvie s. Toffemuse, en latin conferva (Du
Pinet, Pline, XXVII, 8, en note à la marge, édit. 1608).
ToLiP.\N, turban. — xyi»-- s. Le visage presque tout voilé par le thiare et
tolipan royal (Jean de Maumont, Hist. de Zonare, 705, édit. 1597).
ToNLAC. — 1382. Item de neuf clou de tonlac, le pesant a .lxxvii. livres
(Bréard, Comptes du Clos des galees de Rouen, 1 12).
Tonne. — xve-xvie s. La justice avertie, il fut prins, mis et lié tout nud
sus une planche... et puis ly furent les deux jambes rompues, et frappé d'une
tonne contre le cuer, et ensv morut (Jacomin Husson, Chron. de Met^, p. p.
Michelant, 253).
ToN'NERE, TONYERE. — 1382. Item de soufflés fournis de manevelles de
boiz et de tonnere (Bréard, Comptes du Clos des galees de Rouen, 117). — Item
de lonyeres de fer pour forge (Ibid., 146).
ToRESSOT. — xve s. Deffaictes de la fleur de ris batu et du bouillon, et du
toressot de violé pour donner couleur au potage {Viandicr de Taillevent, p. p.
Pichon et Vicaire, édit. du xv^ s., 58).
ToRPPK. — xvie s. Faire bonnes chandelles loyalles et marchandes, sans
mettre ni mixtionner saing, flambans, suif de torppes ne autre maulvais^
marchandise (Bourgeois, Métiers de Blois, 312).
1. Il me semble que ce mot a ici un autre sens que celui de « tiroir ».
2. Godefroy cite aussi sans l'expliquer un exemple de ce mot que j'avais
rencontré dans Florimond Remond. [Cf. l'art, tire-poil de Cotgrave. —
A. Th.]
412 A. DELBOULLE
Touc '. — xvic s. Chacun peut adresser le cours de son touc... aux autres
prochains et anciens toucs (Guenoys, Conjeieiice des Coiistuiiies, 543 r", édit.
1596). — Latrines, toucs ou chambres aisées (Le Proust, Comment, sur
Jes Coustumes du pays Louchmois, 369, édit. 1612).
TouE. — I45)- Ung grant chandelier de cuivre a six /oî/q que l'en dit
estre en la façon de Flandre (/«f. de Pierre Sureau, p. p. J. Félix, 9. — Item
cinq candeliers a deux toues et .xii. a pouche (Ibid., 86).
ToUEE. — 15 19. Le chaint de htouee de voulte de la dite tour par dehors
œuvre contient xxv piez et demy sur le chaint de trois piez. — L'une des
branches d'ogive de la dite voulte depuis le lys de dessus les charges jusques
a la dite touee contient de long dix huit piez sur le chaint de cinq piez (De
Merval, Doc. relatifs à la fondation du Havre, 185).
TouET. — 1394. Pour un cornet d'or ou en a fait deux bandes autour et
cinq chesnons, un touet tors, une boucle et un mordant (Inv. des princes d'Or-
léans-Valois, p. p. Roman, 114).
TouPPEBRAS. — 1582. Item .11. touppehras a mast (Bréard, Comptes du Clos
des galées de Rouen, 154).
Touppix -. — xves.
Il est enroué devenu.
Car une pouldre de raisin
L'a tellement en l'ueil féru
Qu"endormv l'a comme un touppin.
Ch. d'Orléans, Poésies, p. p. d'Héricault, I, 165.
ToURD. — xvie s. Pour le dit charroy de six tourds de rame, cinq solz
cinq den. {Comptes de Diane de Poitiers, p. p. Chevalier, 220).
ToURXELET. — 1566. Dessus ses armes avoit un tournelet de pourpre,
dessus lequel portoit la bande en escharpe, toute semée de marguerites en
broderie (Paradin, Annales de Bourgogne, 557).
1. Je suppose que ce mot signifie» égout », et est le même que tou donné
par Godefroy sans explication. [Parfaitement ; on peut ajouter à Godefroy
deux exemples tirés des Comptes du roi René que l'éditeur, Lecoy de la Marche,
avait complètement défigurés et que l'auteur du Glossaire du Morvan, E. de
Chambure, a restaurés dans son art. tou. — A. Th.]
2. L'éditeur explique ce mot par « bouchon ». [Le sens ordinaire est
« pot » ; cf. Godefroy, tupin. Toutefois Godefroy a tort de ne pas suivre les
Bénédictins qui attribuent le sens de « toupie, sabot » à l'exemple qu'il leur
emprunte et qui o^vre sa liste ; n'est-ce pas ce sens qui convient ici ? Nous
disons encore : « dormir comme un sabot. » — A. Th.J
MOTS OBSCURS ET RARES 413
TOURNHVELLE '. — XVI-XVIie s.
Ce corps qui va craquant aussitost qu'on l'estraint...
Il vaut mieux le garder pour le vendi-edy sainct
Servir de toiintevelk au deffaut de nos cloches.
Auvray, Satyres, 55, édit. 1628.
TouRN'iouR. — 1340. Pour la serreure mise au tourniour ou l'en met les
haubergeons (L. Delisle, Actes normands de la Chambre des comptes, 249).
TouRafEMAL, DURQ.UEMAL, sorte de pierre précieuse-. — w^ s. Le roy
demanda de quel couleur et de quel vertu sont les tourquemaux. — Durque-
truitilx sont de deux couleurs (Sydrac, édit. 1528, rcp. 961).
ToziNE, instrument de musique '. — xiii^ s.
Tex est li sons qu'il font des cors,
Des araines et des buisines,
Des estrumens et des lo:;^ines
Que tote la cités em bruit.
Guillaume de Palerne, 8868, Soc. des anc. textes fr.
Tragarganter, avaler, et tragarganteur, avaleur. — Deur de keele
jaghen, inslocken, il a tragargantè son patrimoine (Mellema, Dict. françois-
Jiamang, édit. 1596). — Tragarganteur de vin, groot dronkaert (ibid.).
Tran', sous-sol. — xvie s. Ouvriers qui fouyssoient la terre jusqu'au tran
pour faire les fondements(L. Guyon, Diverses leçons, 543, édit. 1610).
Trancmkvas. — Espresgnés vous fritelles entre deux trancheras pour
esgouter l'huille (Viandier de Taillevent, p. p. Pichon et Vicaire, 42, édit.
du xve s.).
Tranchule, sorte de poisson. — 1552. La carabasse, les tranchules, les
mulets (J. Massé, UŒuvre de Galien des choses nutritives, 241 ro).
Traxict +. — 1292. du'on ne fasse nulz draps Iranicli par eschenettes pour
1. [Synonyme de tartavelle ou tartevelle « crécelle ». — A. Th.]
2. [Serait-ce la tourmaline} — A. Th.]
.3. [Faute pour troine, mot dont l'étymologie sera discutée ci-dessous,
p. 460: le ms. unique de Guillaunu' de Palerne porte torine et non to:[^ine. —
A. Th.]
4. [Peut-être faut-il corriger tranicti en tramct^ dans le texte cité, où
eschenettes doit être lu eschevettes. — A. Th.]
414 A. DELBOULLE
marchander en gros ne en détail (Varin, Arch. admin. de Reims, I, 2e par-
tie, 1073).
Tranmue, sorte de pierre précieuse. — 1476. Et ou dit couverccl .111. cas-
mahieus avec autres pierres de cassidonne et tianmues (Inv. du aviiielable de
Saitit-Paiil dans Bulletin archéologique, Ar\n. 1885, p. 39).
Transon. — xvie s. L'cnneniv... dresse ses gabions par mine, par sape,
par transon, par force (Julian Manceau, Sermons, 210, édit. 1617).
Tran'stulle ^.— 1535. Toutes les puissances sont conspirecs en moy pour
me faire iranstuUe de toute liunuiine misère (Fr. Dassy, Peregrin, 42 \°).
Transture ^ — xvie s. Si Vespasien eust esté comme celuv que nous
venons de nommer, et qu'il n'eust eu non plus que luy que quatre arpens de
terre en transture... (Wlgenere, Vie d'Apollonius Thxancen, 1,145, édit. 161 1).
Trapper. — xve-xvic S. Les ungs (des vignerons) disoient qu'il les faul-
loit trapper (les vignes), et les autres disoient que non ; se on les trappoit,
elles secheroient ad cause de ce qu'elles estoient en sève et qu'elles avoient
getté toutte leur substance (Jacomin Husson, Chron. deMet:^,^). p. Michelant,
182).
Trappoincte 5. — 1574. Une trappoincte de taffetas noir, rompue et bien
deciree {Inv. de Barbe d\4mboise, p. p. Seyssel-Cressieu, 323).
Trappon. — 1432. Hz livreront tous les trappons qui convendra pour ledit
coliz, depuis le semot jusques a la chanlatte {Reg. des délibérations du conseil
de Troyes, p. p. Roserot, 213).
Traule. — XII»; s. Si nos sommes jai delivret de ceste traule iror (Sermons
de S. Bernard, p. p. Foerster, 121).
Traveau, partie du corps d'un animal de boucherie. — i577- De l'avys
commun a esté faite taxe aux vivres qui ensuyvent, assavoir de chacune livre
de panneau de bœuf..., de l'espaulle, le traveau, le col, la teste et les costez
a seize deniers tournois la livre (Bourgeois, Métiers de Blois, 246).
Travoil +. — xvie s. Lcs femmes estoient plus embesognees que vingt à...
1. [Adaptation de l'ital. trastullo « récréation, jouet » — A. Th.]
2. [Renvoi inexact. — A. Th.]
3. (Mot de même famille que l'ital. trapunto, leprov. mod. trepouncho, etc.
Le sens est très probablement « courtepointe ». — A. Th.]
4. (Mot qui signifie « dévidoir » ; je m'en suis longuement occupé jadis
(voy. mes Essais, p. 392) ; M. L. Brandin en a reparlé depuis dans ses Gloses
MOTS OBSCURS ET RARES 4I5
calfeutrer leurs travoih, emmancher leurs sabots, crocheter leurs contrehuis
(Noël du Fail, Balivenieries, p. p. Guichard, 115). — Il dressa aux quatre
cornières d'un travail quatre gros flambeaux composés en belle molaine sèche
et bien ointe de graisse (Le même. Contes d'Eutrapel, 199).
Tkkbank. — XVI'-' s. Des liqueurs de centaure, trebaue, spicaire, c'est a
dire lavande romaine (Loys Guyon, Miroir de la beauté, II, 590, édit. 161 5).
Trhboul. — xvi^s. Elle faisoit eaues pour sentir... -de jasmin, de treboitl,
d'oeillets (Nicolas de Troyes, Le ^rand Parangon, 226, Bibl. elz.).
Trizc. — 1482. Troys cens soixante escuz au soulail, vingt neuf florins au
trec et huit sols quatre deniers en monnoye (A. Joubert, Hist. de la baronnie
de Craou, 596).
Tresele. — 1596. Item il courra aultres laines de quatorze censtreseles
tenans deux aulnes demi quartier, les cordeaux frans (Coiislumier de Dieppe,
p. p. Coppingér, 49).
Treste. — 1520. Il a convenu espoisser cartement de maçonnerie derrière
les deux huis du bas de la tour tirant vers le treste de peur que l'eaue n'en-
trast en icelle tour (De Merval, Doc. relatifs à la fondation du Havre, 195). —
Le pavement de dessus la getee près le dit pont et treste d'icelle tour {Ibid.,
189).
Triballeur '. — 15 57- N'entreprendront les dictz routisseurs et triballeurs
et aultres vendeurs de gibier fournir les bancquets (Bourgeois, Métiers de
Blois, 345). — Les dictz triballeux, routisseurs ou aultres ne pourront faire
ou faire faire en leurs maisons pâtisserie pour vendre {Ibid.).
Trie -. — On ne peut faire de nouveau colombier, ne trie, ne voiliere
(Guenovs, Conférence des coustunws, 98 r", édit. 1396).
Trier, chanter, en parlant du rossignol. — xiii^ s.
En la chambre roial, ou le rossignol /r/e ?,
La coucheron[t] Doon entre les bras s'amie.
Doon de Mayence, 10504, Ane. Poètes.
françaises de Gerschon de Met^, p. 40 ; il y aurait encore à dire, mais ce n'est
pas ici le lieu. — A. Th.]
1 . A Rouen on appelait triballier celui qui tenait un débit de boissons où
l'on buvait debout. Je ne crois pas que triballeur en soit le synonyme.
2. [Faute d'impression pour///îV, mot bien connu. — A. Th.]
3. [Peut-être faut-il lire crie pour trie. — P. M.]
41 6 A. DELBOULLE
Trifere '. — 15 14. Dix dragmcs de /;//Vn' sarracenic (Jeh. Cœurot,
Entreteiieinenl dévie, 46 vo).
Trille, sorte d'étoffe -. — 1561. 5 aulnes de trille pour 18 solz édeniers,
dont y en a deux aulnes pour Olive {Journal du sire de Gouberville, p. p. Tol-
lemer, m).
Trimphe. — 1519. L'entrcpié, piliers et trimphes estans sur la dite petite
porte vers la mer (De Merval, Doc. relatifs à la fondation du Havre, 186).
Trippal. — 1286. A Addam le pastichier pour irippaux (Abel Lefranc,
Hist. de la ville de Noyon, 252).
TROCQ.UE 5. — 1555. Il a esté acordé que pour icelle destruction esviter
et faire la reparacion de la dicte forest, la moyctié d'icelle en une ou deux
trocques sera close et interdicte aux dictz coustumiers et a leurs bestes (Bon-
nin, Cart. deLouviers, 111,66).
Trolisse +. — 1553. Une coette de grand lict de toille trolisse d'Almagne.
— Une autre coette de couchette dont la souille est aussi de toille trolisse
(A. Joubert, Hist. de laharonnie de Craon, 487).
Troterie. — xve S. Q.ue nul ne pourra fouler a la troterie a paine de
10 s. d'amende (Statuts des foulons de drap, dsius ¥a.gniez. Etudes sur l'industrie
à Paris, au XUl*^ et au XIV^ s., 338).
Trufferie. -- xive s. Harens sors, caques, en groe, en trufferie, harens
de saffare, harens pouldrés {Coustuniier de Dieppe, p. p. Coppinger, introd.
p. LXV).
Trumel. — Xllie s.
Les murs furent tous fes de fin marbre a chisel ;
La mer bat a la roche tout entour li trumel.
Gaufrey, 9066, Ane. Poètes.
1. [Sorte d'antidote, en latin du moyen îge tri fera, du grec rouçepâ :
cf. V Antidotaire Nicolas, p. p. le D^ P. Dorveaux, p. 95, art. trife. —
A. Th.]
2. [Même mot que treillis, au sens de « toile » ; il faut probablement lire
trille; cf. ci-dessous l'art, trolisse. — A. Th.]
3. [Forme normande de troche; l'exemple est intéressant pour la séman-
tique. — A. Th.]
4. [Pour trelisse, forme fém. de l'adj. treslis, conservé dans le subst. actuel
treillis; cf. ci-dessus l'art, trille. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 4I7
Trusson. — Niv-^-xv^ s. Dont naissent plusieurs envies, dissensions, tnis-
sons, scandalles (Oresme, dans Meunier, Essai sur Oresinc, 78). — Les pays
ça basestoient si plains de mauvaise garconnaille et de mauvaise trusson que
tout estoit perdu et gasté (Cluistellain, Chron. p. p. Kervyn, V, 422).
TuFFlERi-;. — xvi»-" s. Si aucun garnist truffwre a colet, qu'il n'y aie (-..■r
entre l'entrée et colet, et pour fautes qui se pourront trouver en la dicte
tuffiere, payeront soixante sols d'amande (G. de Lurbe, Statuts de la ville de
Bordeaux, 246, édit. 161 2).
TuRBE, sorte de manteau '. — xiv^ s. Et usoit d'un mantel rude qui est
appelle turhe, et estoit en très grant désert entre la mer et les palus (J. de
Vignai, Mir. hist., XV, 19, édit. 1551).
TuRGKLLE, sorte de plante. — xivc s. Si comme camomille, mente, rose,
turgeUc et leurs semblables (J. Corbcchon, Propr. des cboscf, VII, 10, édit.
1522).
TuRGON ^ — 1552. La laictue, l'arroce, le turgon, la bete e-t la maulve
(J. yiissé, L'Œuvre de Galieit des choses nutritives, 165 vo).
Tyrelouet, sorte de jeu >. — 1560. L'on en fait (de ce bois) chaires,
escriptoires de cabinetz,lietes, tabliers, eschequiers, jeux de trou-madame, de
tyrelouet, billarsQ. Poldo d'Albenas, Antiquitei de Nisines, 61).
UiLLE, HuiLLE, utLLET, sorte de fourrure.— 1528. Fourrures d'/^/V/r^ de
ouvrage de Paris (J. M. Richard, La comtesse Mahaut, 194). — Une fourrure
d'huilles (Ibid.). — Pour une fourrure duillet (lire d'uillet) pour une robe
(Jhid., 192;. — Deux fourrures duillet (lire d'uillct) et un chapeau de trois
X\T&s(Jhid.).
Umblette, UMBELLETTE, sorte de plante 4. — 161 3. Pour esventer le,
cordes faut prendre eau de fontaine, du genêt vert qui ayt le pied rouge
Vuvihlette, du marochemin, de larhue (Loys Gruau, l<louv. Invention de chasse,
p. p. Martin-Dairvault, 70). — Prenez de l'espurge, du nerprun et de Vum-
bellettc {Ibid., 71).
1. [Même leçon dans le ms. B. N. franc. 315, fol. 565b. — A. Th.]
2. [Traduit le grec ;;À;tov « poirée ». — A. Th.]
5. [Peut-être le bilboquet, dit en prov. mod. tirolanço, tirJancet, etc. —
A. Th.]
4. [Euphorbia helioscopia L, dite vulgairement owWt'//t:(Duchesne, Rcpert.
des plantes utiles, p. 302). — A. Th.]
Romania. XXXV 27
4l8 A. DELBOULLE
LÎNCLÉ '. — 1 305 . Baston de nicllier, iniclei d'argent (Dehaisnes, Doc. cotic.
Vhistoire de Vavt dans la Flandre, 181).
Urdure, eurdure, hurdehure '. — 1364. Six bichoz de soille, Vurdure
d'une pièce de toiile, contcnnent 10 brassez (B. Prost, Inv. mohiJievs, I, 30).
— Le hurdehure de S aunes de toilIe (Ibid., I, 83). — 1370. Une couroie,
une bourse, Veurdnre de 5 aunes de toiile (Ibid., I, 213).
Vacheron, vesceron. — xvic s. Le fourment n'est que faulture. Il y a
plus de deux parts de vacheron et d'ivraye {Journal du sire de Gouberville, p.p.
Tollemer, 807).
Vaghe. — 1370. Pour mettre vaghe m agrappes de fier au dit pupitre
(Dehaisnes, Doc. conc. Thist. de Fart daiis la Flandre, 502).
Vagnon 3. — xvic s. Il y a encore d'autres prunes a Reims nommées
vaguons qu'on mange coustumierement devant qu'estre meures (Framboisière,
Le Gouvernement, 93).
Vandre, sorte de fourrure. — 1387. Le centd'agneaulx, le cent de vandres
4 d. (Fréville, Commerce maritime de Rouen, II, 170). — Le cent de vandres
d'Espaigne, 4 d. (Ibid., 152).
Vannequin +. — 1331- A Thierry le pondelmaker, pour faire unchevalier
de cuivre et .1. pipe de cuevre et .1. vannequin (Dehaisnes, Doc. conc. Ihist.
de Vart. dans la Flandre, 288).
Vape, du latin vapid us s. — xii^ s.
Dist le paien : « Moult semblés voin et vape ».
Aliscans, 6345, Ane. Poètes.
Vardenette, sorte d'engin de pêche ^. — xive s. Le fiUé qui doibt servir
1. (Faute de lecture probable pour virclei « garni d'une virole » ; voy.
Godefroy viroler. — A. Th.]
2. [Synonyme de ourdissure, anc. franc. Oi-Jisseurc ; voy. Godefroy et Cot-
grave. — A. Th.]
3. [Semble se rattacher à davoine, nom de prune dont il a été question ici
même, Romania, XXX, 401, et XXXI, 452. — A. Th.]
4. [Mot calqué sur le flamand et qui signifie proprement « petit drapeau »,
comme le remarque l'éditeur. — A. Th.J
5. [Sur la forme wallonne vape, voir Zeitschr. fiïr rom. Philol., XV, 502;
Godefroy a quelques exemples à l'art, gape. — A. Th.]
6. [Cf. Littrc, warxette. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 4I9
a la dite Terme doibt estre de la grandeur et façon d'une vanleiictle servante
a pescher petis harens (Airh. de la Seiiic-Iiif., G 881).
Varon, éphélidc lentiforme '. — 1605. Elle (l'eau du suc des limons)
efface toutes les taches, tous i\iroiis et autres macules (Mizauld, Jardin vicdi-
chhil, 175). — 1607. Le vin qu'on tire des fraises efface les varans ou bour-
geons du visage (Le même. Maison champeslre,62q). — 1616. Les bulbes appli-
quez seuls ou avec un moveu d'œuf effacent les meurtrissures et les varans,
ou gros bourgeons rougenoirs qui defforment le visage (Jan du Val, Le Trésor
particulier, 388).
Varre. — 1476. Pour un brochet, deux perches, trois merlans, et en
eschaudez, pour huit ivir/vs (J. Depoin, Livre de raison de l'abbaye de Saint-
Martin de Pantoise, 114). — Pour un chevreau, pour vin, fourmaige, pour
7 potz de terre, en œufz, en burre frais et en varres, en poree (Ibid., 114).
Vase. — 1382. De bois de hestre nommés vases pour tirer les dites galees
en terre, et sont pourries (Bréard, Comptes du Clos des galees de Rouen, 98).
Vasiere. — 1562. J'envoye porter a l'esleu Pynard ung chevreau, ung
coupple de vittecoqs et sept vasieres (Journal du sire de Gouberville, p. p. Tol-
lemer, 150).
Vasselé -. — 1448. Le bacq de la dite table soit de bon quaesne..., encloz
de bonne bancque, ouvrer a la soubz basse, desoubz vasselet et bousselet bien
et jolyement ainsi que a table d'autel appartient (Cartulaire de Flines, p. p.
Hautcœur, 915).
Vazois. — Haire de marais sallant, noblement tenu et sans dixme, garnie
de va:^ois et autres choses nécessaires, est prisée deux sols (Coutumes du Poi-
tou, chap- 190).
Veié. — 1430. Deuxaguieres de quatre marcs, veiees et martelées (Registre
des délibérations du Conseil de Troyes, p. p. Roserot, 68). — 1453- Six tasses
d'argent, veiees et martelées (Ibid., 294).
Veille, sorte de poisson >. — 1529. Sardes, veilles et autres bons poissons
1. Godefrov, sans l'expliquer, donne un seul exemple de ce mot au sens
propre de « lentille ».
2. Godefroy a vu un substantif dans t/a55e/^/, par erreur évidemment. —
[Il faut probablement lire nasselet au lieu de vasselet. — A. Th.]
5. [La bonne leçon est vieille, qui se lit dans l'édit. Schefer, p. 13 : la
vieille est une variété de labre dont le nom est donné par les dictionnaires
complets et les livres spéciaux. — A. Th.j
4-0 A. DELBOULLE
rouges (Extraits du 7(';;;«.// de J. Parmcnticr, dans Estancd'm, Les Niin);iileiirs
Noniuimh, 244).
Ventail. — xiii<-"-xiv'^ s. Et quant il (le pape Gerbert) vit que li anemis
l'eut déchut, il ne veult point perdre l'ame; ains vint au ventail devant tout
le peuple, et congnut, descouvrv et confessa droit la toute son oevre {Chron.
de Flandres, p. p. Kcrvyn, I, 11).
Ventelette. — 1 381. Pour une roel servant a la ventelette des clocques de
la ville (Dehaisnes, Doc. coiic. l'hist. de Fart dans la Flandre, 582).
Ventin'e, coup de vent, tempête. — 1389. Et quant il (le batel) fu carché
et mené jusques a Yaueplet, une ventine le fist hierter a terre (^Inventaire de
Guill. de Lestrange, 125).
Verdesin '. — 1574. Ung cassignet couvert de satin verdesin (Inv. de
Barbe d'Aniboise, p.p. Seyssel-Cressieu, 3ji).
Verhoule, verhoulle, marée. — 1683. Il faut lever l'ancre sur le coup
de la pleine mer ou tant soit peu avant, et entrer d'esbe, d'autant que la
verhoulle, c'est à dire la marée qui sort de la rivière de Seine, soutient et fait
gouverner le navire (Le Cordier, Inslruclion des pilotes, 58, édit. 1761). —
xviie s. Cette verhoule admirable qui est inconnue aux autres ports; verhoule
qui retient encore son plein lorsque les autres ports de la mesme cote sont a
deux tiers de baisse (Godefroy deNipiville, cité dans les Morceaux choisis des
écrivains havrais p. p. Le Gofîic, 56).
Verigt, verri (vermoulu) pris au fig. dans le second exemple. — 161 2. Et
seront faicts les vaisseaux a vin... de bois sec, non punais, rouge, verigl, ne
artusonné (P. Le Frost, Coiniiient. sur les coustnnies du pays Loudunois, 121).
Les humains sont si meschantz et verris.
Colin Bûcher, Poésies, p. p. Denais, 171.
Vérin. — 1521. LTng autre calice a vcjiu benict doré, avoec la platine et
louchette tout d'argent (Inv. de François de Meluu, dans Soc. des Antiq. de
Morinie, Bull, hist., VI, 59).
Vérin ^ — 1578. Les nouveaux plants es premières et secondes années
ne rapportent sinon des lambrusces et vérins (J. de Léry, Voy. au Brésil,
p. p. Gaflfarel, I, 146).
1. [C(.Vhâ\. verdi {:;;^i no, qu'Antoine Oudin traduit par « vert naissant ». —
A. Th.]
2. [Lire verius au lieu de vérins, c'est-à-dire verjus. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 421
Versele. — 1)3 V Messeigneurs consuls... firent dresser une versele au
Breulh, au plus liaut de laquelle mirent les armes du dit seigneur avec le fes-
ton autour (.Médicis, Chronique, p. p. Chassaing, I, 357).
Vi;rtuchieu, vertochier, vert.\uchier, bondonner '. — xiiie s. Verto-
cht\... veituibc-;^ bien le tonel {Atitidotaire Nicolas, p. p. Dorveaux, 38). —
1320. Pour amener les diz .xx. tonneaux de vin du Crotoi a Hesdin, pour les
traire des celiers ou il estoient, pour les vertanchier (lire vertauchier) et cliar-
ger et autres frés (J. M. Richard, Comtesse Mahaiit, 144).
Veuillière. — 1517- Et convient emplir toutes les vctiillieres des dites
plateformes de pierre dure, cachée a coup de mail avecques bon mortier (De
Merval, Doc. relatifs à la fondation âii Havre, 35).
Vezix. — 1 508. A maistre Denis Frtmievre pour avoir vendu et livré
deux paires de venins de bois, un Ib (Comptes du château de Gailion, p. p.
Dcville, 278).
ViAiNE, sorte d'épice. — xiii^ s.
Le poivre et le comin, l'encens, la tubiane,
Musquelias et basme, citoaus et viaine.
Doon de Ndnteuil, dans i?o?Wi;/n'i;, XIII, 16.
ViCTRIX -. — X\-e S.
Tu torfais donc a Rome glorieuse
Quant tu me mets emprès sa nourriture,
Dont a l'excelseet noble fioriture
N'est digne nul qui s'y appere au monde
Ne que un victrin a perle de claire onde.
Chastellain, Œuvres, p. p. Kervyn, VII, 170.
1. [Godefroy a un exemple unique devertocjuer qui lui vient (avec la défi-
nition insuffisante qui l'accompagne) de Carpentier ; ce verbe figure non seu-
lement dans VAnlidotaire Nicolas, mais dans le Viandier de Taillovent, du
Vatican (éd. Pichon et Vicaire, supplément, p. 251). 11 est plus intéressant
d'en constater la présence, au sens figuré, dans le conte du Chevalier av bari-
sel qui fait partie de la Vie des anciens pères, ce qu'il m'a été permis de faire
grâce à l'article verroucher de Godefroy. Les mss. B. N. fr. 1039, fol. 76'',
et fr. 1546, fol. 47'! donnent tous les deux vertouche et non verrouche comme
B. N. fr. 23 II et Arsenal 3527, que Godefroy a seuls utilisés; quant à
B. N. fr. 24300, que M. Schultz-Gora a reproduit diplomatiquement (Zzvei
altfr. Dichtungen, p. 122), il a, pour ce passage, un texte tout diflférent :
ain:^ a en lui mis si grant touche. — A. Th.]
2. Ne faudrait-il pas lire tuVr»/ « verroterie ■>?
422 A, DELBOULLE
ViEiLLETTE, ivraie '. — xive s. La vieiUette chétive, c'est une herbe nuysante
aux blez (J. de Vignai, Mir.bisL, VII, 63, édit. 1551).
ViERBOETE. — 1366. due pour lesauvement des diz marchans, leurs biens
et neifs, il soient ordenez encontre les costières de Flandres sur le mer,
à Dunkerke, Neufport, Ostende, Blanckenberghe, nouvelles lumières et vier-
hoetes, si comme soloient estre en vieux temps (Finot, Relations commerciales
entre la Flandre et V Espagne, 3 3 H).
ViGOUR, bourreau-? — 1362. Estienne le vigoiir de Dijon. — 1365.
Maistre Estienne de Dijon, vigoiir (B. Prost, /)/:■. inohiliers, I, 196, note).
ViNTAiNE '. — 153'- l'our une vintaiiie dont l'en osta les pierres de l'eaue
prise a Robin le cordier, un s. (L. Delisle, Act<'s normands de la Chamhre des
Comptes, 30).
Viorne, instrument de musique. — xvi« s.
... Luthz et harpes creuses,
Doulx instrumenset viornes joyeuses.
Guill. Michel, Georgiqttes de Virgile, 62 vo, édit. 1540.
ViOTTE. — 1594.
Vive la noble imprimerie
Exempte de mélancolie,
De viel chagrin et de riotte !
Aussi eir n'a que la viotte.
Et ses harnois toujours fourbis.
Recneil des plaisants devis récités par les stipposts du Seigneur de
La Coqiiille [à Lyon], 102, édit. 1857.
ViRELET. — Que les pastés soient faictz haultz et enlevés, et d'ung virelet,
et soient bien dorez et mis au four (Viandicr de Taillevenl, p. p. Pichon et
Vicaire, 74, édit. du w^ s.).
1. [Cf. la leçon du ms. B. N. fr. 316 fol. 290'-" : « La veillete chetive, c'est
une herbe nuisant a la blee. » Bien que veillete chetive traduise Vinfelix
lolium de Virgile, le nom de veillete désigne ordinairement le colchique. —
A. Th.]
2. L'éditeur fait remarquer qu'il est pavé le 11 mai 1369, 7 fr. « a maistre
Estienne, le carnecier de Dijon, pour justicier 22 larrons ».
3. [Cf. Littré, VINDEKNE et VINGTAINE, 2°. — A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 423
ViRF.UR '. — 1364. Douhes astes de fer, un vireur de fer, i iiiguier, deux
trepiers (B. Prost, Inv. mobiliers, I, 35).
ViSEL -. — xiii"^ s.
Les os li froisse ausiz com .1. aignel,
due à ses pies l'abat enz an prael.
L'arme emportèrent maufé et Jupiter,
Qui tout roillant alerent le vaucel.
N'a si bon mire, desci à Mirabel,
Qui scust dire quel part fist 11 visel.
Gaydoii, 7972, Ane. Poètes.
VoDRF. î. - 1700. Charmes, osiers, charmilles, voclres, arbrisseaux for-
communs en Champagne (Liger, Nouvelle Maison rustique, II, 518, édit.
1775)-
VoENNE. — xiii« S. De fil en twHHe venant en quarete, viii d. (Beauret
paire, Vicomte de Peau de Rouen, 302).
VoiFEME +. — xivc S. Ainsi comme les voifenies des jours et des nuyctz
renouvellent les animaulx, aussi les quatre temps de l'an muent l'espace de
tout le monde (J. de Vignai, Mir. hist., XXVII, 65, édit. 1531).
VoL.\CRE. — 1782. Deux paires de souliers de volacre (Babeau, Vie rurale,
61).
VoLERiE. — 1371. La moitié d'une volerie d'une granche, assise en la rue
d'Amont TB. Prost, Inv. mobiliers, I, 234).
VOMUONER 5, — xvie S.
Merion vaillant
Le touche dans le bras comme un Mars l'assaillant.
Il luy fit cheoir des mains la salade crestee
Qui tombant vomuona sur la place gastee.
Jamyn, Iliade, liv. XIII, édit. 1593, p. 206.
1. [Probablement « tournebroche ». — A. Th.]
2. La variante tnusel n'éclaircit guère ce passage.
3. (Nom que porte en Champagne le marsaus ou Salix caprea L; on a
rappelé ici même que Diderot s'est servi de la forme vorde ; voy. Romauia
XXXIV, 173. — A. Th.]
4. [Leçon corrompue ; cf. B. N. fr. 314, fol. 133» : « Et tout ainsi comme
le voisiné et le change des nuis et des jours, etc. » Voisiné « voisinage » est
dans Godefroy et continue à vivre dans les patois. — A. Th.]
5. Retentir, résonner; traduit le grec ''^ùii^jr^m {Iliade , XIII, 530). —
[Même texte dans l'édit. de 1589, la plus ancienne que possède la Bibl. Nat.,
424 A. DELBOULLE
VoRscoT. — 1279. Et tout ivrscol de pain vendre est défendus (Mémoires
des auliqiiaires de Morinie, XYll, 62 ; aussi dans Giry, Hist. de Sainl-Omer,
p. 505, art. 9).
VouLENEL». — 1500. Pour .II. voukneaus pour la sambue Madame, xx bl
(J.-M. Richard, Lm comtesse Mahaut, 164). — Pour vu quartiers de voulene] a.
reson de .l. s. Yaunc(Ibid., 164).
VouRLE. — xiv« s. Si en une pierre est un homme qui fléchisse son genou
et en sa destre main tienne vourle dont il tue un lion .. (J. de Mandeville,
Lapidaire, p. p. Is. dcl Sotto, 121). — Si en une pierre il y a deux vourles...,
cette pierre rend sûreté {Ihid., 122).
Vrac. — I557' J'envoye Collas a Hcmevez porter a ma cousine ung
maquereau, ung mourneau, et ung gros vrac (Journal du sire de GouherviUe,
p. p. ToUemer, 156).
Vroussequin -. — 1367. Cote et surcot de couleur brun tasné, vronssequin
merle, le surcot fourré de gros vair (Dehaisnes, Doc. conc. Vhist. de Vart dans
la Flandre, 173).
VuADiz. — 133^- Pour une grand pierre plate de viiadi^. . . pour la dite
fosse couvrir (L. Delisle, Actes normands de la CIhunhre des Comptes, 180).
VuAGUES, houseaux 5. — xiv« s. Le berger doit avoir vuagues de cuyr, des
buhos d'ung vieux houseaulx pour la pluve (J. de Brie, Le bon Berger, édit.
Liseux, 69).
VuiGXERON'. — 1605. Trois aultres pièces de bourdon..., quatre autres
pièces de viiigneron (De Beauvillé, Doc. inédits sur la Picardie, IV, 398).
Vyorbe 4. — 1574. Chambre qui est en l'hault de la vyorhc dessus la cha-
pelle (hiv. de Barbe d'Amboise, p. p. Seyssel-Cressieu, 366).
fol. 209 vo : il faut évidemment lire voinvona et reconnaître là un de ces
verbes imitatifs chers aux membres de la Pléiade. Cf. Mistral, voukvouna.
— A. Th.]
1. [Lisez vouleuel et entendez « velours» : cf. l'art, velvel de Godefroy
où il n'y a pas de forme absolument identique. — A. Th.]
2. Le même sans doute que broissequin, qui est dans Godefroy.
3. [Cf. Godefrov, wage. — A. Th.]
4. [Escalier en vis ; voy. sur l'élymologie de ce mot mes Nouv. Essais,
p. 283; cf. une note complémentaire de M. Désormaux, Romania, XXXIV,
113. —A. Th.]
MOTS OBSCURS ET RARES 425
Wadel. — 1382. Une pièce de chesne appellee ivadcl contenant xxxv
braches (Bréard, Comptes du clos des galêes de Rouen, 140).
Wagaige, action de mic^tiier {voy. ce mot). — 1490. Le wagaige des dis
brais et terre, sovaiges et faucaiges des dictes herbes (Hautcœur, Qui. de
réglise Siiiiil-Pierre de Lille, I, 1076).
Wagenscof, wagexscot. — Certain droit que on appelle wagenscof. —
Sans devoir ou paiier a my le dit ivagenscot (Haigneré, Chartes de Saint-Ber-
tiu, <)<)).
Waghier. — 1490. Nul quel qu'il fut autre que luy . . . n'y pooit pesquier,
fouyr, imghier, copper herbes, cruaulx et autres choses (Hautcœur, Cart. de
Yéglise Saint-Pierre de Lille, I, 1076). — Les dit Martin Mulier et aultres atout
un bacquet entré en icelle eauwe. . . avoient ivaghié et esté certaine quantité
déterre et bray (//'/</., I, 1076).
Waglot. — i7i8.Sera nécessaire. . . de coupper toutes choques, uoglots
roseaux, werpins et toutes autres arbroves donnant empêchement au cours de
la rivière (Texte ivallon, cité dans Godcfroy, werpin).
Waiche. — xve-xvi= S. On temps que les Borguignons passoient par la
terre de Metz, ung de leurs compaignons avoit esté trowé a une îvaiche ;
ils le mirent en la main de justice a Metz. . ., et il fut brullé entre les deux
ponts (Jacomin Husson, Chron.de Met^, p. p. Michelant, 181).
Warret. — xiiF s. Chil qui mainent vin aval le vile doivent avoir a leur
carete .1. luisil et un warret (Giry, Histoire de Saint-Onier, 308).
Wauller ', conduire des trains de bois ; îVanllonr, celui qui les conduit.
— En celle année (1428) fuit passé que les luauUours menroient leurs planches
et saipins parmey la Cité, et commençoit le premier umdkr le xix^ jour de
novembre (Jacomin Husson, Chron. de Met^, p. p. Michelant, 217).
Welne. — xive s. Et ainsi ordonnés passèrent par le ivelne de Saint-
Omer, et s'en alla le roy logier a une ville qu'on appelle Ausque (Ystore et
Chroniques de Flandre, p. p. Kervyn, II, 68).
Wende, wendelle ^ — 1433- Chevaulx chargiés de weudeUe ou de ivende
doivent chacun .11. d. (De Beauvillé, Hist. de Montdidier, II, 466).
1. Sous GAULIERE, Godcfroy renvoie à un verbe ccv»(/t';- qu'on chercherait
en vain.
2. [Lire prohahlement iveude,îL'eudelle, c'est-à-dire o-iu/Jc, plante tinctoriale.
— A. Th.l
4^6 A. DELBOULLE
WoiN, sorte de blé. — 1568. A Demoingel le menestrier, 2 sextiers bief
uviti. — I nioiton de froment, 6 moitons de -woyi! (B. Prost, Inv. mobiliers,
I, 146).
WuiRURE. — 1377- Le chief monseigneur saint Amet auquel fault une
croceal ymage saint Amé..., une bandelette d'argent ou doit estre le nom de
Sainte Clossend, et .111. ivuirures du dit chief (Dchaisnes, Doc. conc. l'hist.
de l'art dans la Flandre, 542).
Xallat, grain de raisin. — xve-xvie s. Le garçon gettit une pierrette aussi
grosse qu'une single, moins grosse qu'un xallat en jus, tellement l'ataindit
dairien l'oreille qu'il la gettit (la fillette) toute morte (Jacomin Husson,
Cbron. de Met^, p. p. Michclant, 296).
Xeulle. — Il y avoit ung appelé Geraird Noirel qui estoit banni de Meis
pour sa malvaise vie ; il se presentit d'être bouriaulx, fut receu et fuit abillié
tout de nuef de blanc et de noir et une xeulle a long de son bras, car il estoit
plus désiré qu'ung loup (Jacomin Husson, Chron. de Met^, p. p. Michelant,
241).
Xrispal. — 1542. Une croys d'argent garnie de xrispal. — Un petit reli-
quaire d'argent douré tout rond, en xrispal. — Ung coffre de cyprès tout
peint, la ou respouse ung autre petit coffre, et dedans la saincte espine,
dedans un xrispal (Fabre, Trésor de la chapelle des ducs de Savoie, 147 et 148).
YssE '. — xiv«= s. :
Mort suv par la desloial ysse,
Et estranglés par sa malice.
J. Le Fevre, Lamentations de Matheolus, p. p. Van Hamel, II, 161.
Que soit tort ou droit, la mz\t ysse
Veult que son mary obéisse.
Ihid., m, 161.
YVERÉ. — Xllie S. :
Et li auquant en sont a la terre enversé
Qui mais n'en lèveront si ara yverè.
Doon de Maience, 1003, Ane. Poètes.
YviERE. — 1364. Noix et poires..., plain penier de poires yi'ieres (Prost,
Inv. mobiliers, I, 53).
I. Yssa dans le latin de Matheolus, liv. II, 2696.
MOTS OBSCURS ET RARES 427
YvROX. — 1366. Une aichote..., unceschaulbrc a rouhier, 2 wiohs (Prost,
luv. mobiliers, I, 82).
Zf.rmine. — 1542. Vingt trois aultres corporaux de toile :^t'/'H//«e (Fabre,
Trfsor de la chapelle des ducs de Savoie, 155).
ZucHE '. — 1)19- En ceste isle naist... succres, melons, concombres,
~tiches, raphancs, oignons (Voyage d'Aiit. Pigaphctta,p. p. Schefer, 344).
A. Delboulle \
1. [C'est l'ital. -ticca « citrouille ». — A. Th.]
2. [Dans un dernier article nous donnerons une table alphabétique géné-
rale des mots cités, avec renvoi aux notes explicatives qu'a suscitées, soit ici
soit ailleurs, le recueil si précieux de notre regretté collaborateur. Nous fai-
sons donc de nouveau appel à la sagacité de nos lecteurs pour que ce dernier
article soit aussi nourri que possible. — Red.]
FRAGMENTS DU GRAND LIVRE
D'UN DRAPIER DE LYON
(1320-1323)
L'usage des livres où les commerçants inscrivaient leurs opé-
rations a dû être d'autant plus général au moyen âge que les
paiementsau comptant étaient plus rares, d'où la nécessité d'une
comptabilité tenue régulièrement. Malheureusement il ne nous
est parvenu qu'un bien petit nombre de ces livres où nous
trouvons des renseignements si précieux sur le caractère des
transactions, sur la valeur relative des marchandises et des mon-
naies, et en général sur l'économie domestique et la vie privée.
Et non seulement les anciens livres de commerce sont rares,
mais, la plupart du temps, ils nous sont parvenus à l'état de
fragments plus ou moins endommagés. C'est que ces docu-
ments, de nature essentiellement privée, n'avaient qu'une uti-
lité en quelque sorte actuelle : lorsque toutes les dettes étaient
réglées, on les détruisait, et, en tout cas, ils avaient bien peu de
chances de survivre à l'établissement où ils avaient été écrits.
C'est par suite de circonstances exceptionnelles que les livres
des frères Bonis, marchands de Montauban ', ont trouvé asile
dans les archives de Tarn-et-Garonne. Le Livre-journal d'Ugo
Tcralh, drapier de Forcalquier % celui de Joan Saval, drapier
de Carcassonne ' sont réduits à quelques feuillets mutilés que
1. Publiés par M. Ed. Forestié; voir Roviania, XX, 170; XXV, 475.
2. Notices et extraits des mss., XXXVI, 129-170. Cf. Romania, XXVIII,
152.
3. Bulletin hist. et pJiilol. du Coviite des travaux historiques, 1901, pp 423
et suiv. Voir Romania, XXXIV, 625.
GRAND LIVRE d'u.\ DRAPIER DE LYO\ 429
nous ont conserves de vieilles reliures. C'est encore au
livre d'un marchand drapier qu'ont appartenu les précieux
fragments publiés ci-après. J'en dois la communication à
M. Georges Guigue, archiviste du Rhône, bien connu par ses
publications sur l'histoire de Lyon, dont plusieurs nous ont
fourni d'intéressants documents sur la langue du Lyonnais".
Ils appartiennent à un fonds, non encore classé, des archives
du Rhône. Ils se composent de deux grands feuillets entiers,
sauf de nombreuses lacunes, et d'un morceau formant le bas
d'un troisième feuillet. Ils sont en papier, et écrits à deux
colonnes. Les deux feuillets entiers ont 40 centimètres de hau-
teur et 3 I de largeur; ils sont cotés respectivement xv et xx.
Le feuillet xv a 36 lignes par colonne; le feuillet xx n'en a que
31. Quant au fragment il n'en reste,, au recto, que 6 lignes
pour la première colonne et 5 pour la seconde ; au verso il n'y
a que 5 lignes d'écriture sur la seconde colonne -.
Le livre de ce drapier, dont le nom nous est inconnu, n'était
pas proprement un livre-journal : les opérations, dont chacune
est datée, ne sont pas en ordre chronologique, maissont groupées
alphabétiquement par noms de débiteurs. Les dates sont com-
prises entre les années 1320 et 1323. Nous avons donc affaire à
une sorte de grand livre, qui ne devait pas dispenser le commer-
çant de tenir un livre-journal où les opérations étaient inscrites
dans l'ordre où elles avaient lieu. C'est peut-être à un livre de
ce genre qualifié de qiiert (cahier, carnet) que se réfère le ren-
voi du § 33 où il est fait mention d'une dette inscrite « el quert,
el xxxfol°. » Il y avait encore un autre cahier appelé le « paper
vermeil », § 52, 83, où on nous fait savoir qu'une certaine
dette a été reportée. Mais il y a aussi des renvois d'un feuillet
à l'autre du livre même dont les restes sont publiés ci-après.
Ainsi, à la fin du § 56, on nous avertit qu'une dette est repor-
tée plus loin en ce même livre (^say avant en set paper), au feuil-
let 24. Au § 59 on se réfère au fol. 147. Au § éo, on nous
1. Ces documents ont été utilisJs par M. Philipon dans sa Phonétique îyoji-
naise ; voir Roiinviiii, XIII, 566-7.
2. Ces feuillets, qui ont été détachés d'une ancienne reliure, sont très endom-
magés et l'écriture, en beaucoup d'endroits, a disparu. Nous avons établi
entre crochets les mots ou lettres qui ont pu être restitués avec probabilité.
430 p. MEYER ET G. GUIGUE
renvoie « à la fin de ce p.ipier au fol. 227 » ; d'où l'on peut con-
clure, i" que le livre dont il nous est parvenu deux feuillets et
le fragment d'un troisième comptait au moins 227 feuillets; 2°
que le livre avait été commencé simultanément en deux endroits,
car autrement on n'aurait pas pu du toi. 20 renvoyer aux feuil-
lets 147 et 227.
Notre marchand drapier mentionne parfois les reconnais-
sances de dettes qu'il s'était fait délivrer par ses clients (§ 54),
mais, à la différence de ce qui s'observe dans les registres d'Ugo
Teralh et de Joan Saval, ces actes ne sont jamais transcrits.
Le plus souvent il se contente d'une garantie verbale four-
nie par une personne de lui connue dont il inscrit le nom
(§§8,9,33.58,59)-
Ce document est en pur langage lyonnais et par suite
offre un certain intérêt linguistique, mais, tant pour la pho-
nétique que pour la morphologie, on n'y remarque aucun fait
qui n'ait été relevé dans les mémoires de M. Philipon sur ce
sujet (Roiiiania, XIII et XXX) '. On verra qu'ici, comme
en d'autres textes lyonnais du même temps et même posté-
rieurs, la déclinaison à deux cas est assez bien observée. Mais
ce qui concerne le lexique est plus intéressant. Il y a beaucoup
de termes spéciaux, désignant certaines sortes de draps, que
j'ai expliqués de mon mieux dans le vocabulaire qui fait suite à
la publication. Beaucoup de ces termes, qui souvent sont ici
transcrits sous leur forme française, parce qu'il s'agit de produits
importés, se retrouvent en d'autres textes : il n'en est pas
moins assez difficile d'en préciser la signification.
Le texte qui suit est publié d'après la transcription très
exacte qu'a bien voulu me communiquer M. Guigue. La colla-
tion que j'ai faite de cette copie avec le manuscrit ne m'a
fourni que d'insignifiantes corrections. Les abréviations sont
résolues en italiques. Les lacunes sont marquées par des points ;
lorsqu'on a pu proposer une restitution probable, on a mis les
lettres ou mots restitués entre [ ].
Paul Meyer,
I. La présence d'un / non étymologique dans le possessif 50»/ (19, 28, 38,
etc.) étonne tout d'abord, mais c'est un fait très fréquent en lyonnais ; voir
Romania, XIII, 565.
GRAND LIVRE D UN DRAPIER DE LYON 43 I
Fol. XV, première colonue.
[i] It., deyt Bcrncrz Barauz c[xix s.] v '. per pluzourz echapollons quel
prit per p.i/tics lo veyn[dros d] avant Chalendes MoCCC°XX.
[2) It., devt mavs per iija. = et diwy de > reya ecartella de Provyms, viiij s.
V. l'a., per lo guonel qu'el donct a j. vignoblant qtid prit sel meynio jor.
(5] It., devt Bernerz Ixx s. v. per iij a. et diwy de pers [emcro] de Pro-
vyms, XX s. V. l'a., per lo ciricot Johannetan que prit [Bcrjnerz lo jos davant
la Sant Clayre ♦ M" CCCo XX. Soma x Ib. xvj s. vj d. v.
[4] It., deyt mays xij s. vj d. v. per diwy a. de quamelim contrafillé de
Malines per les manges Agnès ma nyeci,que prit GuiguonezMorethons,lo jos
après Setuemo 5 Mo CCC° XX. Soma per les pi;»ties de ceta colonpna et per
los xliij agnex qui sont en la colonpna de s[et] follet si de las ^, Ixv lb.[ii]ii s.
[5J It., deyt mays Brnierz Barauz, per les pâmes qui sont
avacuses (?) sus luv sav set paper... Ib. xvij s. iij, el fullet de
XV. Soma
[6] Deyt mays Bernerz que deyt li si[r]e d'Anjo eh set papcr
avant, el follet de Ixvj et de 1. . . ij. Soma
[7] It., devt mays per mosse Guillt'rmo d'en d'un de l'una qwVl
t en set paper s[i de las, el] follet de vj. Soma
[8] [It.], deyt mays qu'el m'a répondu de payer Johan Bey. . ays
qui les me deyt ptv d set paper, el follet de Soma
(9] It., deyt mays q^'cl m'a r[epondu] de p[ayer] Guillc/mo
enfermer d'Enav de d. . .nz en set paper, el follet de Iv. Soma
X Ib. V.
[10] les parties de cetes ne deyt Bernerz Barrauz
el f e:' celuy de xv. Soma de Soma
Fol. I) recto, seconde colonne.
[11] It., d[eyt mays] Bernerz Barauz xliij agnex que ju ly preyta\- conta/zz
lo luns davant Chalendes Mo CCCo et XX.
[12] It., deyt mays xx florins d'or q»'c'l récit co/uanz sel meymo
jor; paya xx florins d'or contanz [lo j]or deuz morz. Soma xliij agnex.
R. 7 si de las en la soma (?) de les Ixv Ib. iiij. s. v.
1. Sous viennois.
2. Abréviation à\iu)ia, aunes.
3. Ici qtidin (pour q lia inel in), mot qui a été biffé.
4. Saint Claire, i^r janvier.
5. En 1321 (n. st.) la Septuagésime tombe le 15 février; donc le jeudi sui-
vant est le 19.
6. Ici auprès.
7. Pour rem Ha?
432 p. MEYER ET G. GUIGUE
[15] De czo a paya Birner? Barauz per les pa/ties qui sont avacues say
arerzel follet de xij. Soma perlos paymenz vij c. et lij Ib. v.
[14] Soma Tper tôt czo que Bernerz Barauz deyt de romanent, conta entre
mey et luy de stot ' czo que li ons devit a l'atro de tôt lo teyns passa uo le
jor de quareymentrant lo vyel ' Mo CCCo XX. Soma ccxxviij Ib. v.
[15] Paya contanz Bernerz Barauz lo Barauz (5/c), mos compavn
vj s. de gros vyeuz a Vo ryont et p. xxxij qu'el me baylliet com-
tamz, lo luns apn's quareymentrant lo vyeyl M" CCCo XX. Soma c Ib. v.
[16] It., paya mays li diz Berners, ptv czo que ju li devym del teyns
Compangny ? comenciet tro lo jor de quareymentrant lo vyeyl Mo CCC"
XX. Soma xxviij Ib. xv s. v. d. v. Soma per lo rom[anent]
[17] . . .deyt Bernerz Barauz mos compains (?) fest. . . . quarey-
mentrant lo vyeyl Mo CCCo Soma iiijxx xviij Ib. et iiij s. vj d. v.
[18] sire Bernerz Barauz per s qu'el h lo jor
de festa Sant Johan [djecolaci +, en l'ovrour Mo CCCo XXI. Soma c
Ib. V.
Fol. XV verso, /""e colonne.
[19] Bernerz Barauz, mos compavmz, mercerz, de s eyt xvj
Ib. de bons torn. per j» pieci emteri de r[e]ya maubré vert de
Guam per les r[obes] Est. Guaruer y Gu...onet y a Uguonet soz valez, y a
Chabert y a Aquaria sont iïl, qu'el prit lo veyndros davant Rueysons
Mo CCCo XXI.
[20] It., dej't mays Bernerz Barauz xvij Ib. et xij s, vj d. v. [per] vij a. et
dim. de quamelin vyolet de Brucella, xlvij s. v. . . per la roba Agnes ma
nyeci, que prit Bernerz, lo marz de Rueysons Mo CCCo XXI.
[21] It., deyt mays vj Ib. et xvj s. vj d. v. per vj a. el dim. de reya de Guam,
xxj s. v. l'a., per la roba Esievenet de Meunay.
[22] It., deyt mays xxxj s. v. per la penna del ciricot et del chapiron
Estevenet de Meunay.
[23] It., deyt mays sire B^nierz xxxiiij s. parizis bons, los quauz emproni-
tiet Umberz Barauz en la feyri de Compigny Mo CCCo XXI, les quauz el
baylliet a Chabert sont fraro.
1. Destot pour de tôt est comparable à destornay, § 53, pour de Tornay.
2. En latin «carnisprivium vêtus », le premier dimanche (quadragésime)
du carême, par opposition au « carnisprivium novum », qui est le dimanche
de la Quinquagésime. Voir Du Cange, carxiprivium.
3. Il faut vraisemblablement restituer avant ce nom les mots que lafeiri de ;
cf. §23.
4. La décollation de saint Jean-Baptiste, 29 août.
GRAND l.IVRH d'uX DRAPIER DE LYON 433
[24) It., devt mavs vj s. de bons torn. pcr j Wrz dol rcya blanc de que
L'mberz et vitus (i/V),queHi ' taylHt a manges que prit U[mb]erz etLi Roclii
la veylli de Pentecostes M" CGC» XXI ^
[25] It., deyt mavs x s. v. pcr lo romanent de dim. a. de megrana de
Malines p<v les chances Unibtvt qu'el prit lo sando après la s. Johan
iMo CCCoXXI.
[26] It., deyt xij s. vj d. v. pcr lo romanent de dim. a. de megrana de
Malines per les chances qu'el donet a Peronyn de Varey, qu'el prit lo niarz
après la sant Bertholomeu ' M" CCCo XXI.
[27] It., deyt xj s. vj d. v. per dim. a. de vert de boys de Lovaymg piT
les chauces Umbert Baral que prit Umberz lo veyndros après la s. Michiel.
(28] It., devt mavs Bernerz, que Estevenez de Meunay balliet a Chabert
Baral sont fil al Landit M" CCCo XXI, xxx gros [vjyeuz et j agnel d'or.
[29] It., deyt mavs Bernerz mos compay. . . vj Ib. et xv s. per ix a. de bifla
malbrea de Provyms, xv s. v. l'a., per les robes auz effanz.
[30] It., deyt xlv s. v. per iij a. de ta. . .ne d'embouialle (?), xv s. v. l'a.,
per chauces auz effanz y a seuz de l'ovrour.
(31] It., deyt viij s. v. per j terz de quamelin de Malines per les chauces
Agnès ma nieci que prit Bernerz Barauz lo luns après festa S. Denis +
Mo CCCo XXI.
[32] It., devt X s. v. per dim. a. de reya de Gu[am per] la mala [cjota
Umbert sont fil. Soma per ceta colonpn[a] que [dey]t Berners Barauz Ixiiij Ib.
vij ^. viij d. V.
Feuillet XV verso, seconde colonne.
[33] It., deyt mays Bivrnerz Barauz vj Ib. v., les quauz el m'a repondu de
payer per Bi;niert Durant, l'ecuer al seygnour d'Amjo qui les devit el quert el
xxx folo, et czo fut per lo romanent de x a. de biffa tiolea de Provyms qui fut
per j moyno, et czo repondit B(;;nerz lo marz de Rueysons Mo CGC" XXI.
[54] It., deyt mays sire Bernerz Barauz Ivii s. torn. bons per iij a. de qua-
melim nay d'Amyens per la mala cota Estevenet de Meunay qui preys la
semana davant la Thossanz Mo CCCo XX.
[35] It., deyt Ivij s. vj d. v. per la meytia de vj a. e iij quarz de quamelim
de Provyms per sa (sic) la mala cota Estevenet de Meunay d'ivert, (\ni fut
preyza lo sando après festa sant Denys s Mo CCCo XXI.
1 . Pour que li.
2. En 1521 la Pentecôte tombe le 7 juin.
3. Le 25 août.
4. Le 12 octobre.
5. Le 10 octobre.
Rumania, XXX y
434 P- MEYER ET G. GUIGUE
[36] [It.], d[eyt] XV s. V. piT la penna del chapyron Estevenct de M[cu]-
nay. Sonia xiij Ib. iij s. ix d. v.
[37] It., deyt mavs [Berjnerz [xxvijj s. v. per j» a. de vert jauno d'Uy,
XV s. V. l'a., et pcr j» a. de blanc, xij s. v. l'a., et pcr j t^rz de quamelini de
Malines xxvij s. v.[ q]u'el prit lo jor de festa sant Thomas'
Mo CCCo XXI.
[38] It., deyt XX s. v. bons pr/j^a. depcrsemcro de Sanz qu'el donct, qu'el
prit lo mercros davant Chalendes ' M» CCCo XXI.
[39] It., deyt X s. v. p^;- dim. a. de ccl meymo pers desus quel tramyt
a sont procureur a Vyanna.
[40] It., deyt maysviij s. v. per dim. a. de quamelim d'Uy Tper les chauces
Umb<'/t, qu'el prit lo marz sanz M" CCCo XXI.
[41] It., devt mays vj Ib. xviij s. v. p^;- vj a. tant de moré, quant de sorcer
de Lovaymg, xxiij s. v. Vâ.,per la roba Estevenet de Meunav quifu[t pjreyza
lo marz davant Rampauz J M" CCCo XXI.
[42] It., deyt mays xx.wiij s. v. per j» penna de Barbaria de ciricot et per la
penna del chapiron qui furont preyzes chés Amdreu Noyel et chés Marquarer
lo pelleterz d'utra Sauna.
[45] It., devt mavs Bernerz xij s. v. pet- dim. a. de quamelim de Malines
per les chauces Umbert, qu'el prit lo mercros davant Chalemdes''
Mo CCCo XXI.
[44] It., deyt mays [Bernejrz xij Ib s.v. per viij a. de qua-
melin sarpolle de Agnes, ma nieci de ça que prit
davant Ruevsons Mo CCCo XXII. Soma ceta colompna que
deyt Bernerz Barauz, xxxviij Ib. xv s. ix d. v.
Feuillet XX, recto, previière colonne.
[45] Bernerz de les Molles, borgeys de Montluel, deyt xvj Ib. v. boms p^r
una pieci emteri de quamelim de Provyms per les robes a soz efFanz qu'el
prit et fr[ar]e Peros de Montluel, lo sandos apn-s la Thossanz > Mo CCCo
XXI.
[46] It.,deyt mays vij s. v. per dira. a. de blanc per ses chauces qu'el prit
sel meymo jor. Soma xvj Ib. vij s. v.
[47] It., xij Ib. v. comtamz li valez sire Bernert de les Molles, qui yté en
1. Le 21 décembre.
2. Le 23 décembre.
3. Le 7 avril (le dimahchc des Rameaux étant le 12) 1321, si l'année
commençait au 25 mars. Si l'année commençait à Pâques ce serait le 30 mars
1322.
4. Le 23 décembre.
5. Le 7 novembre.
GRAND LIVRE D UN DRAPIER DE LYON 435
sa niay/.on verz saut Vimccnt, lo sando davant la rcvclaci sant Estevcn '
Mo r.CCo XXII. Sonia iiij Ib. vij s. v.
[48] It., xl s., i) d. menz, paia comtant Peros so/. valez, lo vcyndros après
la nieost - M" CGC» XXIII. It., xx s. v. paya conta//z er Peros, la
veylli de la Sant Michiel. Sonia xxvij s. et ij d.
[49] It., devtmays Btvnerz de les Molles xlv s. v. bons p^T iij a. de cuw/ta
d'Ipra, p^r lo guonel Matheu sont fil, a rayzou de xv s. v. l'a., que p/Zt frare
Peros de Montluel. Sonia Ixxij s. ij. d. v. Paya xl s. v. contanz Guillcrmyns
[s]oz fiLiz, lo luns après quareynientrant lo vyeyl M" CCC° et XXIII.
[50] Bozonez lirecomdire deyt xvj s. v. yicr ]■> a. de quanielim d'Uy <\iu' fut
p^/- lo fil Bernert de les Molles, et fut preys lo jos davant la nieost 3
Mo CCCo XXIII. Remdu l'auna que nos aveu em Tovrour.
[51) It., deyt niays Bozonez vj s. v. ptT j t^^z de bruneta de Sanz, pcr les
chaucci si niollfr q;i"/lli prit lo niarz après la sant Martin * Mo CCCo XXIII.
[52] It., deyt niays viij s. v. pf/- dim. a. de quanielim de Provyms q;(Vl
donet al cliatellan de Montluel, q«Vl pr/t le jor de lesta sant Micolas s
Mo CCCo XXIII. Sonia xxxvij s. v. Remua sus luy, el paper vermeil, el
foillet de xj.
Feuillet XX recto, seconde colonne.
[53] Bferl]yo[s] li amcliy d'Azeu deyt x s. vj d. v. per iij quarz de bloy de
Stornay qu'el prit lo sando après la sant Amdreu '' Mo CCCo XXI. Paia iiij s.
vj d. V. comtanz. Sonia vij s. v. Paya vij s. v. comtanz mosse Estevenez de
G[ejnas, lendeman de festa Nostra Dama de setembro v Mo CCCo XXII.
[54] Berlyos Luquez de Pusignj'a, deyt Ixx s. v. bons per lo romanent de
iij a. et dim. de quamelim maubré de Provyms, xvi s. v. l'a., et per lo roma-
nent de iij a. e j ttrz de biffa malbrea de Provyms, xiiij |s.] v. l'a., a r. ^ a la
sant Juliin; prniicipauz payare n'et Johannez Gauterz, ecotTers de [Rua MJar-
clieri; de czo aven letrii q;;^ récit Johanz de Maçon lo jos davant Rampauz ^
M" CCCo XXI.
[55] It., deyt xxij d. per l'ec/'/tura [et] per lo sayel de la letra de set dedo.
Paya xxxv s. v. comtanz Berlyos Luquez, lo jos après festa Nostra Dama de
1. Le 31 juillet.
2. Le 19 août.
3. Le jeudi 11 août.
4. Le 1 5 novembre.
5. Le 6 décembre.
6. Le 3 décembre.
7. Le 9 septembre.
8. a rendre} Cf. 79.
9. Le 9 avril.
43 é F. MEYER ET G. GUIGUE
se[teni]bro Mo CCÇ*^ XXII, rcpoytia tro a la sant Michicl ■. It., x... s.
V. paya contant Berlyoz Luqucz.
[56] Berliona, li damuysella mossc Emri d'Albon, deyt xv s. v. pcr lo
romanent de vj a. el dim. de nioré de Lovayng per sa roba q/t'/lli prit lo
mercros après Pâques - Mo CCCo XXII, li Bocez, codurerz d'utn; Sauna, qid
yté avoy j chapellan. L'a pava xiij s. v. comtanz Berlyona, lo sando davant
la sant Jehan 5 M» CGC" et XXII.
Sonia xxxij s. ij d. v. que deyt sire Bernerz. Cez dedos et remuas sus BtT-
nerz de les Molles s[a]y avant en set paper, el follet de xxiiij.
Feuillet XX verso, première colonne.
[57] Berners Barauz, mos compayms, deyt x s vyeuz a l'o
ryont p/rtas comtamz que récit uns corduaners, la veylli de Rampauz
Mo CCCo XXI 4, per corduam qu'el avit acheta.
[58] II., deyt mays sire Bernerz Barauz xxx s. v., los quauz il m'a
repondu payer per Johannetan qui fut tîlli Johan de [B]onevauz qui yté en la
rua de Bonevauz qu'illi me devit [per...~\ a. de quamclim vyolet de
Provyms, a rayzon de xvj s. viiij d. l'a.
[59] It., deyt mays Bernerz Barauz viiij Ib. v., los quauz el m'a repondu
de payer per mosse Guillcrmo del cont d'un de Lymamz qui les me devit say
avant en set paper per dranz el follet de vii'^'' vij.
[60] It., deyt mays Bernerz x Ib. vij s. v. per lo dedo qu'el m'a repondu de
payer per Vincent Poyhot, sont vignoblant de Sancti Fey, de que li ecriz et
avacus sus luy. . . lo fim de set paper, el follet de \h^ vij.
[61] It., deyt mays syres Bernerz vj florins et x gros, los quauz Umberz
p/;t de l'enpleyti del Landit Mo CCCo XXII qu'el bavllet a Chabert sont
fraro, cuy el fut veyr a Horl[ien]s.
[62] It., deyt mays viiij s. v. bons per dim. a. de chaqua de Loverz per
les chauces Umbert Barrai, que prit Umberz lo luns après la s. Bertholomeu
Mo CCCo XXII s.
[63] It., deyt xvilij s. v. per j terz d'acolé de Malynes et per j terz de
merande de Lovaymg per ij payri de chauces Agnes ma nveci, que prit Li
Rochy, codurerz, lo veymdro après l'oytava de la S. Bertholomeu *
Mo CCCo XXII.
1. Le 29 septembre.
2. Le 14 avril.
3. Le 23 juin.
4. Le II avril 1521 (si l'année commençait le 25 mars), ou le 3 avril
1322 (si l'année commençait à Pâques).
5. Le 30 août.
6. Le 3 septembre.
GRAND LIVRE D UN DRAPIER DE LYON 437
[64] It., devt mavs Berner/ viij s. v. per dim. a. de quamelim tiollé de
Malines, per les chauces Umbert, que p//t Umberz lo veyndros après la sant
Michiel ' Mo CCCo XXII.
[65] It., devt mavs sire Bernerz viiij s. v. per dim. a. de vert de Sanz, per
ses chauces, que pr/t sire Bernerz, lo sando après la sant Michiel Mo CCCo.
XXII. Sonia per les parties de ccta colonpna que deyt Bernerz - Barauz xl Ib
X s. viij d.
Feuillet XX verso, seconde colonne.
[66] It., dcyt mays Bernerz Barauz ciiij s. v. bons, per vj a. dim. del
yry de Sanz, xvj s. v. l'a., per la roba de la cerour Estevent G[uar]ner
de Mavsimeu, que prit Bernerz lo luns après la sani Mychyel ? Mo CCCo
XXII.'
[67] It., deyt mays xlv s. v. per iij a. de [cujv^rta [d'Y]pp[r]a per la
forroura de la clochi Umbert.
[68] It., deyt mays c et ij s. v. per viij a. et dim. de blanc de Sant Denys
per la roba a una moyni qu'e[l] p;/t lo marz davant la sant Martini '^
Mo CCC° XXII.
[69] It., deyt mays Bernerz vij s. v. per dim. a. de nay d'Uy, per les
chauces Umb^/tqu'el prit lo sando après la sant Martini s Mo CCCo XXII.
[70] It., deyt Bernerz vij s. v. per dim. a. de qu[ameli]m vcmieyllet
dWubenton, per les chauces Umbert sont fil, que prit UmberzBarauz lo sando
davant la sant Clayre * Mo CCCo XXII.
[71] It., deyt mays xj s. iij d. v. per dim. a. del reya de. . . qu'el et vitus
que li donet [le si]re d'Amjo(?), que prit Umberz Barauz lo jos après la sant
Martimî Mo CCCo XXII.
[72] It., deyt mays Btvnerz xlj florim d'or de Floremci preytas que li
portiet comtanz Uguonez, la jos après testa Nostra Dama d'Avenz '^Mo CCCo
XXII.
[73] It., deyt mays sire Bernerz x florims d'or que li portiet Uguonez
contant, lo jOr de festa saniti Luci ' M» CCCo XXII.
1. Le I" octobre.
2. Le 2 octobre.
3. Le 4 octobre.
4. Le 9 novembre.
5 . Le 13 novembre.
6. Le 7 août.
7. Le 18 novembre.
8. Le 9 décembre.
9. Le 1 3 décembre.
438 p. MEYER ET G. GUIGUE
[74] It., deyt mays Btvnerz xiiij s. v. per dim. a. de vcn jauno de Malines
per les chauces a Unibt'/t sont fil, que prit Umberz lo veymdros davant festa
sant Thomas d'Avenz ' M» CCCe XXII.
[75] It., deyt xl s. V. ipcr ij a. de pf/s emcro qu'el prit lo jor de festa sant
Thomas l'apostro -.
[76J It., devt XV s. V. ptT j t/ocel que Estevcncz de Meunay amenyet de
Par. 3 avoy notra roba, la veylli de Chalendes ' M" CGC" XXII.
[77] It., devt mavs xiiij s. v. per dim. a. de blanc de Sant Denys et per
dim. a. de quamelim verdet de Sanz, per ij pavri de chauces a luy qu'el prit
lo mercros davant Chalendes s Mo CCC° XXII.
[78] It., devt mavs, sire Bernerz iiij Ib. xv s. v. per iij a. j terz de qua-
melim de Malines per lo ciricot Est. de Meunav ^, et per la foroura de sont
chapiron. Soma que devt Bernerz per ceta colonpna Ixxviiij Ib. xj. s. iij
d. V. '
Fragment de feuillet; recto, previière colonne.
[79] Montont a vyanneys tôt czo que nos li dcvvn xv[i':] et ij Ib. x s. v.
a r. a la qw/mzeyna de Pâques; de czo lur ay ju dona letra en la man de
Chatellar, lo vevmdros davant la sant Vimcent Mo CCC" XXII '. Soma que
monte tôt czo que nos li deven a gros vveuz, soma .
Même fragment ; verso, première colonne.
[80] Sanz per la cota Guillcrmetan, a r. a Chalendes, qu'elles dues
prjtront lo sando après la Thossanz * M° CGC" XXIII.
[81] It., deyvont viij s. v. per j terz de sorcille de Brucella, p«';les chaucw
Golombetam q;i'/lli prit lo jos d'avant me-quarevma '. Soma xxxv s. vj d.
Paya xx s. v. contant. Soma xv s. vj d. v.
[82] It., XV s. V) d. [v.] pava contant Golonbeia lo jos davant festa sant
Matheu'° Mo GCC° XXIIII.
1. Le 17 décembre.
2. Le 21 décembre.
3. Paris ?
4. Le 24 décembre.
5. Le 22 décembre.
6. A la suite les mots It., xv s, biffés.
7. Probablement le 21 janvier 132^.
8. Le 5 novembre.
9. De quelle année?
10. Le 20 septembre.
GRAND LIVRE D UN DRAPIER DE LYON
Frai^meiit, verso, seconde colonne.
439
(■85] ...Brucella [per] ses chances q«'/lli p;/t lo nuirz après testa Notra
Dama d'Avenz ' Mo CCCo XXIIII.Soma ptv lo romancn de cetes piirties qui
sont ci desus, que devt Colombeta d'Yrignyms c el viij s. v., qui sont remua
sus le (sic) el papernovo vermeyl, el follet de xxiiij.
GLOSSAIRE - INDEX
acole lie Malynes, 63, « drap à raies
doubles et rapprochées », Douët
d'Arcq, Coinples de î'ars^euten'e,
table, explication reproduite par
Godefroy.
aguel, 28, agnex II, 12, agneaux d'or,
monnaie; voir Du Gange, denan'i
aiirei ciim agno, éd. Didot, IV,
489 b.
Agnes, 4, 20, 31, 44.
Ainay, voy. Enav.
atnchy, 5 5 ?
AmDRF.U NOYEL, 42.
Amjo, Anjo, voir Anjou.
Aviyens. vov. quamelin.
Anjou, le seigneur d' — (de la fa-
mille de Roussillon), 6, 53, 71.
Anjou, cant. de Roussillon, Isère.
Aqu.\ri.\, 19.
Aubenton, 70, Aisne, arr. de Vervins,
voir quamelin.
avacus, 60 ; avacusesQ), 5 ; avacnes, i 3 ;
part. p. niasc. sing. su), et fém. pi.
du verbe. . . ?
civoy, 56, 76, avec.
A^eii, 53, Azieu, Isère, com. de
Gênas, arr. de Vienne.
Biirbaria, voir panna.
Berlioka, 56.
Berlyos h amchy d'A:^eu, 55.
BERLYOsLuaUEZ DE PUSIGNYA, 54-5 .
Bernert Durant, 33.
Bernerz Barauz, 1-20, 30-1, 36,
44, 56-61, 66-74, 78.
Bernerz de les Molles, 45-6, 49-
50.
biffa — malhrea de Provyms, 29, 54;
— tiolea de Provyms, 3 3 . La biffe
était une étoffe légère de laine.
Celle de Provins était renommée ;
voir Bourquelot, Etudes sur les
foires de Champagne, I, 231.
blanc, 46, — de Sant Denys, 68, 77,
étoffe blanche, selon Douët d'Arcq,
Compta de l'argenterie, table, et
Godefrov, qui citent le blanc d'Y-
pres, le blanc de Bruxelles et celui
de Louvain, et considèrent ce mot
comme l'équivalent de hianchet.
Bourquelot (Et. sur les foires de
Chanip., I, 238) ne définit pas cette
étoffe. Mais St. Bormans, Glossaire
technologique du métier des drapiers
(dans le Bull, de la Soc. liégeoise de
littérature wallonne, IX, 244), ex-
plique i< blanc drap » par « drap
tissé et foulé, mais pas encore
teint ».
bloy de Stornay (Tournai), 53, « drap
teint en bleu, soit en laine soit en
pièce, signifiait autrefois une étoffe
I . Le II décembre.
440 p. MEYER ET G. GUIGUE
d'une couleur quelconque teinte Chatellar, 79.
deux fois, la première en laine ou ciricot, 3, 22, 42, 78, surcot. Ce mot
en échevaux, la seconde en pièce, se trouve, sous la forme siricot '
par opposition avec le drap blanc», dans le Livre déraison iV un bourgeois
St. Bormans, Gloss. technologique, de Lyon an XIV<^ siècle, publié par
sous bleu drap. Le « bleu d'Abbe- M. Georges Guigue (Lyon, 1882),
ville n est cité par Godefroi, au p. 30.
Comph'ment . Du blan de provenan- clochi, 6-j, cloche, manteau,
ces très diverses est mentionné à codurer^, 56, 63, couturier; cuderer
maintes reprises dans le Livre-jour- dans le Livre déraison d'un bourgeois
nal de Teralh ; voir à la table. de Lyon, p. 27.
BocEZ. Li, $6. CoLOMBETA, 82, 83, nom de femme;
Boncvaus, 58, probablement l'un des Colonbetam, 81, au cas régime,
deux hameaux qui portent actuelle- Compangny, 16, Compiègne, Oise.
ment lenom de Bonneveau, appar- Coiiipigny, 23, Compigny, Yonne,
tenant tous deux à l'arr. de arr. de Sens ? Mais il est ici ques-
Vienne, l'un dans la com. d'Arzay, tiou d'une foire tenue dans la loca-
l'autre dans celle de Villeneuve de lité ainsi nommée, et il ne paraît
Marc. pas qu'il y ait jamais eu à Compi-
BozoNEZ, so, 51. guv une foire de quelque impor-
Britcella, voy. quamelin, sorcille. portance. Il faut probablement iden-
bruneta de San^, 51, brunette de Sens, tifi'er ce lieu avec Compiègne ; voir
drap léger de teinte foncée. Se l'article précédent,
fabriquait surtout dans les Flandres contrafiUc, quamelin — de Malines, 4.
(Bourquelot, Foires de Champagne, Cf. « .j. autre [convertouer] de
I, 237), et aussi en Languedoc (Ugo contrefille (contrefillé?) fourré de
Teralh). connins ». Douët d'Arcq, Nouv.
comptes de Targenterie, p. 103.
camelin, voir quamelin. corduam, 57, cordouan, cuir de Cor-
cel, set, 5, 6,7; ce-, 56; fém. cela, 4, ^^^^^^
32;plur. cetes, 10, 83, cet, cette, ^^,j,,,./,, ^fjp,.^^ ^ç), 67; c'est plutôt
*"*^"^^" une sorte de drap qu'une couver-
Chabert Baral, 19, 23, 28, 61. ^ure. On connaît les couvertures
Chalendes, i. Il, 38, 76, 80, Noèl. j^ Provins; voir Bourquelot, Foires
chapiron, 22, 36, 78, chaperon. ,/, Champagne, l, 240.
chaqua de Lover^, 62, le même que le
prov. eschacat, eschaquat (Ugo Te- dedo 55, dedos 56; dedi, 60; dette,
ralh), échiqùeté; Du Gange, 5caa(- masc.
tus ; Godefroy, eschiq.ueté. rfra?;;^, per — 59 (et p.-ê. 9 ?) pour dreit
I . L'édition 'porte sicicot suivi d'un point d'interrogation, mais il faut
sûrement lire siricot, comme j'ai pu le vérifier sur le fac-simile que nous
possédons à rÉcoL- des Chartes de la page où se trouve ce mot (n° 229 des
héliogravures).
GRAND LIVRE D UM DRAPIER DE LYON 44I
>iii-, ci-dessus ? cf. Puitspelu, dra- Florcmci, Florence, 72.
LA,DRAQUi(et aussi, dans le Nord, follet, 4, 6, 7, 8, 9, etc.; J'ullet, 5;
drouchi, diùitla). feuillet.
, -, ,^ ..^ foroiira, 61, 78, fourrure.
ecarlela, n-xa — de Provynis, 2. Douet -^ > /./ >
d'Arcq (Comptes de l'iDjenterief Gt'//fl5, Isère, arr. de Vienne, 5 3.
table) cite escarteleiire, « division ^^ros vieii^ a l'o ryont, 1^, 57, gros
d'une chose quelconque par quar- tournois où Va de Tiironus est rond,
tiers », mais on ne voit pas bien tandis qu'en d'autres gros il est
comment une étotTe ravée peut être ovale; c'est le tomes d'art^ent aiii 0
écartelée. redoit d'Ugo Teralh ; voir mon
tYà;^c)//(>Ki", 1, coupons; prov. «fii/'o«- mémoire, p. 12, note i. Gros
/l'HH (Mistral) '. Cf. le fr. escapolin, vyeiis, 78.
« a remuant or parcel of a pièce of Giiaiii, Gand, voy. niauhré, reya.
stuff » (Cotgrave). Guigoxez Mokethons, 4.
ecoffers,^4, cordonnier ou mégissier ; Guillermetan, 80, nom de femme.
Du Gange, escoffkrius; Gode- cas régime.
frov, ESCOHiER ; Puitspelu, escûf- Guillermo, Mosse — 7, 59.
FIER. Cf. A. Thomas, Mélanges Guillermyns, 49.
d\'tyuiologie, p. 69. gnotiel, 2, 49, gonelle, sorte de tu-
ecuer, 33, écuyer. nique. Cette forme masculine se
emhoniiiUe, 30...? rencontre en français et en pro-
emcro, pers — , 3, 38, 39, 75, proba- vençal, quoique plus rare que la
blement une étoffe noire, couleur forme féminine.
d'encre. On lit dans les Comptes des „ , . ^ ^ , .
^ Horhens, 61, Orléans.
frères Bonis « per x aunas morat „ rr
-' ^ Huv, vov. Uy.
encre « (II, 38). . ' . /
empleyti, 61, emplette, achat de mar- i^^i, 51, 56,58, 81, 83, elle, cas sujet.
chandise. Ipra, Ypres, Belgique, voir cuverta.
Emri d'Albon, 56. Irigni, voy. Yrignyms.
Enay, 9, Ainay, englobé présente- Johan Bey. . ., 8.
ment dans l'agglomération lyon- Jqhan de Bon'evaus, 58.
°^'^^- JoHANZ DE Maçon, 54.
enfermer, 9, infirmier. Johannez Gauterz, 54.
Estevenet de Gênas, 53. Johannet.\n, cas rég., fille de Johan
Estevenet de Meunay, 21-2, 28, deBonevaus, 3, 58.
34-6, 76, 78. yo^^ ,^ ^^ ^^^^^ jg^jj^
Estevent Gcarner, de Maysimeu,
19, 66.
Landit, 28, 61, Lendit, foire célèbre
qui se tenait à Saint-Denis au mois
feyri, 23, foire. de juin.
I. En anc. prov. on a escapolon {Rev. des soc. sav., 6^ série, I, 547) et
scapol (Portai, Hist. de Cordes, p. 602).
442
p. MEYER ET G. GUIGUE
Louviers, vov. Lover:^.
Lovayng, Louvain ; voir nioir, sorcer,
vert.
Loi'ei:(, Louviers, voir chaqua. Les
draps de Louviers étaient déjà
célèbres au moyen âge ; voir l'in-
ventaire de Clémence de Hongrie,
1528, dans Douët d'Arcq, M^zw. ?«ov»o, 53, moine.
comptes lie V argenterie, p. 94.
hms, II, 15, 31, 49, lundi.
de drap. More masc. et moréc fém>
sont aussi mentionnés comme noms
d'une sorte de drap. C'est à tort que
l'éditeur des Comptes des frères Bonis
(au glossaire) traduit morat par
« drap moiré. »
moyni, 68, religieuse.
nay, — d'Uy, 69; quamelim — d'A-
myens, 54. « On appelait drap naïf
celui dont la chaîne et la trame
étaient de même qualité » (Douët
d'Arcq, Comptes de l'argenterie,
table) ; c'est l'interprétation que
donne le Livre des métiers (ÏÈÛQnnt
Boileau. Cf. Roviania, XXX, 401.
malbrea, voir biffa, mauhrc.
Malincs, \'o\r acolé, contrefillé, megrana,
quamelin, vert jaimo.
manges, 4, 24, manches.
Marciuarer, 42.
mari, 20, 26, 51, mardi.
Matheus, 49, fils de Bernert de les
Molles.
maiibré vert de Giiam, 19, drap mar-
bré, tissu avec des laines de diverses
couleurs; voir Douët d'Arcq, ^«^^5 /w;5, 23, sous parisis.
Co?nptes de l'argenterie, table p^,,i„a^ 22, 36, doublure; t/^ Barbaria,
Maysimeu, 66, Meximieux, Ain, arr. ,2.
de Trévoux, ou Messimy, cant. de Perqnyn de Varev, 26.
Vaugeray, arr. de Lyon. Peros, 48.
megrana de Malines, 25, 26, probable- Perqs de Montluel,.49.
ment une étoffe dont la couleur p^y^ emcro de Provyms, voir emcro.
0 rvont, vov. gros.
Orléans, voy. Horliens.
avrour, 18, 30, 50, ouvroir, atelier.
rappelle celle de la grenade.
nierande de Lovayng, 63, sorte d'étoffe
sur laquelle je n'ai pas d'autre té-
moignage.
mercros, 43, 78, mercredi.
Meunay, 41, Mionnay, Ain, cant. de
Trévoux.
monnaies, voir agnel, gros, parists.
Mont fuel, 4'), 52, Montluel, Ain, arr.
de Trévoux.
tnoré de Lovayng, 41, 56. probablement
l'équivalent des patini morati do Du
Cange; étoffe foncée. More, nd].,
est enregistré dans Godefrov
comme qualificatif de diverses sortes
Provyms, Provins ; voir biffa, ecartela,
pers, quamelim.
Pusignya, 54, Pusignan, Isère, arr. de
Vienne, ou Pusignieu, Isère, arr.
de La Tour du Pin.
qnamelin, quamelim, — contrafiUè de
Malines, 4 ; — nay d'Amyens, 34; —
vyolet de Brucella, 20; — de Malines,
31, 37,43, 78; tiolU de Malines,
64; de Proi'yms, 35, 45, 52; —
vyolet de Provyms, 58; verdet de
Sani, 77 ; — vermeyllet d'Aubenton,
70; — d'Uy, 40, 50; sarpollé, 44.
Le camelin était un drap assez
GRAND LIVRE d'ux DRAPIER DE LYON
443
ordinaire qui ne doit pas être con-
fondu avec le caïuelot, étoffe beau-
coup plus précieuse et d'origine
orientale, quoique cependant cer-
tains documents emploient ces deux
termes dans le même sens (Bour-
quelot, Foires de Champa^^iie, I,
264). On a supposé que le cavielin
et le CiUiielot étaient faits originaire-
ment, de poil de chameau ; cette
ctvmologie est abandonnée (voir
Romiiiid, XXX, 446, et cf. Murray,
A«c' euglish Didionary, camlet),
On admet que le cavielin était un
drap dans la fabrication duquel il
entrait du poil de chèvre (Douët
d'Arcq, Comptes de l'argenterie,
table) ; cf. Bonnardot, gloss. du
Livre des métiers, et Godefroy. Victor
Gav (Glossaire archéologique) donne
une définition technique du camelin
et du camelot, Douët d'Arcq dit
que le camelin devait être un drap
brun, mais il mentionne lui-même
du camelin blanc, et ici nous avons
du cam-lin viollet '. Gay dit que le
camelin était uni ou jaspé, mais
sans ravures ni dessins.
quareymeutraiit Iç vyeyl, 14-17, ^9, le
premier dimanche de carême.
qnari, 55, mesure pour les étoffes. Ce
doit être le quart de l'aune. Voir
Godefrov, au Complément, q.uart
et Q.f.\RTIER.
quert. 53, cahier.
Rampans, 41, 57, le dimanche des
Rameaux.
recomdire, 50, qualification d'un cer-
tain Bozonet.
reya blanc, 24; reya ecartella de
Proxy ms, 2; reya de Gnam, 21,
p; — viauhré vert de Gnam, 19.
Les draps rayés s'opposaient aux
draps plains. Ceux de Gand étaient
célèbres (Douët d'Arcq, Comptes de
l'argenterie).
RocHi, Li, — 24, 63.
Rua Marchcri, 54, la rue Mercière, à
Lyon.
Riieysons, 19, 20, 53, 44, ''^ ^^e des
Rogations.
Sancti Fey, 60, Sainte-Foy-lez-Lyon,
Rhône, cant. de Saint-Genis-Laval,
ou Sainte-Foy l'Argentière, cant.
de Saint-Laurent-de-Chamousset.
sandos,sando,2'), 35, 45, 47» 5^, 59'
80, samedi.
Sant Detiys, voy. hlauc.
Sant Vimceni, 47, quartier de Lyon.
Sani, Sens (Yonne); voy. bruncta,
quamelin, verdet, vert.
sarpolle, quamelim — 44. Je ne sais si
ce mot est apparenté à serpol,
« trousseau », enregistré par Gode-
froy.
Sauna, 42, 56, Saône.
Sens, voir San:!;^.
setuemo, 4, Septuagésime.
sorcer de Lovaymg, 41. Paraît être de
la même famille que le suivant.
sorcille de Brucela, 81, drap couleur de
souci ? voir Godefroy, solsecle.
Stornay, Tournai, voir bloy.
teri, 24, 31, 37, SI, 54, 78, mesure
pour les étoffes ; terme fréquemment
emplové dans le livre-journal d'Ugo
Teralh et dans celui de Joan Saval,
I. Le livre de Joan Saval, de Carcassonnc, fait mention de camelin blanc,
vert et vermeil.
444
p. MEYER ET G. GUIGUE
où il désigne très probablement le l'ert de 5<7h;^, 65.
tiers de la canne (Portai, 2i«//('// h vert jauno d'Uy, 37; — de Mal tues,
hist. et phi}., 1901, p. 427). Ici c'est
plutôt le tiers d'une aune; cf.
Godefroy, tierce.
tiollé, quaiiieliu — de Mdlines, 64;
Uffa tiolea de Pravyms, 33 ; Gode-
74. Les draps de Malines étaient
renommés : bons draps vermeils a
Malines (Le dict des pays, dans
Montaiglon, Rec. de poésies fran-
çaises, V, 109).
froy, tieiilé, « de couleur de tuile » veyndros, 1,19, 27, vendredi.
Il est question, dans les comptes de vignoblant, 2, 60, vigneron. On a, au
J. Saval (art. 1 1) de « tettlat de
Carcassonna ».
Tournai, voir hloy.
trocel, 76, ballot de marchandises.
xvie siècle, vignolant, au même
sens, et vignoler, cultiver la vigne
(Godefroy) ; viguoulant est enregis-
tré par Puitspelu comme un vieux
mot lyonnais.
Vincent Poyhot, 60.
vitus, 24, 71, vêtu ?
Vyanna, 59, Vienne (Isère).
Uguonet, 19, 72-3.
Umbert Baral,23-5, 27, 32, 40, 43,
61-2, 64, 71.
Uy, Huy (Belgique) ; \oy. nay,quame- vyanneys, 79, sous viennois.
lim, vert jaune.
V, 19, 30, et, avant une voyelle.
Varey, Peronyn de — . ypres ', voy. Ipra.
verdet de San^, 77. Yrignyms, 83, Irigni, Rhône, cant. de
vert de hoys deLovaymg, 27. Saint-Genis-Laval.
I . Les draps d'Ypres étaient importés jusque dans le midi de la France ;
Dou:(e comptes consulaires d'Albi, p. p. Aug. Vidal, I, 59 (n" 794)-
FRAGMENT D'UN NOUVEAU MS.
DE LA CHANSON DE ROLAND
(version rimée)
Il s'aorit d'un fra2;ment manuscrit de la Chanson de Roland,
trouvé collé, comme garde, sur le second ais de la reliure d un
incunable de la fin du xV^ siècle, qui contient la Régula pasloia-
lis ' de Grégoire le Grand. Ce volume est en ma possession
depuis le mois d'octobre 1905, et provient d'une bibliothèque
particulière de Moulins (Allier). La feuille de parchemin formant
garde a été à l'origine pliée de façon à former deux feuillets : on
voit encore au milieu les trous par où passaient les fils d'assem-
blage. Les dimensions de chacun de ces feuillets sont d'environ
155 millimètres pour la hauteur et de 115 pour la largeur ^
Chaque page contient 27 vers, soit, au total, 108 vers. Le
manuscrit dont ce feuillet double est probablement l'unique
débris était donc un de ces livres de petit format qu'on a appe-
lés « manuscrits de jongleur ». Il y a une lacune, dont il est
possible d'apprécier l'étendue, entre la première et la seconde
moitié du fragment, ce qui équivaut à dire que ce feuillet
double n'occupait pas le centre d'un cahier. La comparaison
avec les autres manuscrits de la version rimée (qui, on le sait,
diffèrent notablement les uns des autres), montre qu'il doit
manquer entre le dernier vers du premier feuillet et le premier
1. L'édition est celle que décrit Hain sous le n» 7981 de son Repertorium.
Elle :ort des presses de Ulrich Zell, qui imprimait à Cologne, entre 1465 et
1495-
2. Les mesures prises sur l'écrrture, du premier au dernier vers de chaque
page, donnent pour la hauteur 135 millimètres. La largeur varie naturelle-
ment selon les vers.
aa6 g. lavergne
du suivant, onze hiisses au moins et quatorze au plus. A sup-
poser que les cahiers du manuscrit aient été formés de quatre
feuillets doubles, notre fragment devait être le deuxième feuil-
let double d'un cahier.
L'écriture, dont on jugera par le foc-similé ci-joint, est de la
seconde moitié du xiii'^ siècle. Au fol. 2 r°, vers le milieu, une
déchirure a entamé les vers 69-72 et 96-8.
Le fragment est assez nettement caractérisé au point de vue
de la langue. Il présente les particularités qu'on a depuis long-
temps reconnues dans le roman de l'Est, notamment en Lor-
raine.
Nous devons maintenant déterminer la place de notre trag-
mentpar rapport aux trois groupes entre lesquels se répartissent
les manuscrits déjà connus de la version rimée : 1° C (Château-
roux) et F (Venise, VII); 2° ^(Trinity- Collège, Cambridge);
->° P (Paris), et L (Lyon). Voici la concordance de ces manu-
scrits avec le fragment. Les chiffres sont ceux des tirades de
l'édition Fœrster '.
fragment.
C
V
P
T
L
I
y>
))
118
»
75
2
214
206
119
105
76
3
215
208
120
104
77
4
216
210
121
105
78
S
254
229
135
117
89
6
235
230
136
118
90
7
237
232
137
119
91
8
238
233
138
120
92
9
239
234
139
121
93
[0
240
235
140
122
94
L'examen de ces divers textes excluant toute parenté du
fragment avec le premier groupe (C et F), il faut s'en tenir à
la comparaison avec les groupes 2 et 3.
De l'examen des vers communs à ces deux groupes et au
fragment, il semble résulter que ces divers textes proviennent
d'mie source commune, à travers une série d'intermédiaires
I. Das aîtfrani. Mandslicd ; Text von Paris, Cambridge, Lyon. .{Altjrani.
Bibliothek, t. VII, Heilbronn, il
FRAGMENT D UN MS. DE LA CHANSON DE ROLAND 447
perdus. Si le plus souvent notre fragment est conforme à P et
L, il n'y ii pas de preuve qu'il dérive de P, ou que P en pro-
cède. De même, on ne peut pas dire que T et notre fragment
soient en rapport immédiat, quoiqu'ils aient des fautes com-
munes.
Il n'y a donc pour le moment aucune modification à appor-
ter aux classifications de MM. Fœrster et Fassbender '. Notre
fragment peut du moins servir à l'établissement d'un texte cri-
tique de la version rimée de Roland.
G. Lavergne.
I (Paris, tirade 118, p. 109).
« Si je m'an fuiz ne doit estre blasmez ; [f. i r»]
« Por Deu vos pri que vos ne m'an hàez.
« Preu sont vandu, jai mar lo macroirez.
« Je charrai jai se vos ne me tenez. »
A icest moz s'asoit li cuens pasmez.
Ro. lo drace que plore de pidé ;
De son bliat ai les panz copcz :
Gatier an bande les flanz et les cotez.
II (Paris, tirade 119, p. 109).
« Sire Gatier », ço dit li cuens Ro.,
« Bandé vos ai les costez et les flanz.
« Se m'ait Dex, de vos suis (sic) molt dolanz,
« Q.uar prodons estes et chevalier vaillanz.
« Je vos charjai mes chevalier les Franz :
« Randez les moi ; li bosoinz i est granz.
— Nés varez mais », ço dit Gatiers li Frans ;
I Ce vers se retrouve à peu près dans la laisse suivante de P T L. — 2 L
vos proi, PL blasmez — 3 P Chier sui vendus ja m. en douterez, L manque
— 4L manque — 5 P chai Gautiers, L se fu G. p. — 6 P l'en lieve, L Li
cuens R. a de pidié plorez — 7 P avoit .j. p., L a les .ij. p. — Toute la laisse
manque dans T — 9 r li bon — 10 T manque — 11 PL Si m'ait; T manque
— 12 L Que p., r manque — 13 P L T mil, P L T vaillans — 14 T
R. le, P li b. en est g., T car b. en ai g. — 15 T jamès ne les verrez c. d. G.
vivant.
I. Fassbender, D/t' /;-a«^. Rolandshandschriften . . . Inauç;. Di^sert Bonn
1887, 38 p.
44^ G. LAVERGNE
« Jes ai lasié en trop delerous chanp,
« Lai ou alonmes per lo votre cornant.
« De Sarazins nos i trovames tant,
« Une bataille i fis fort et pesant :
20 <c Tant i ferimes de noz acerins branz
(c Jusque a costez fumes tuit en lor sanc ;
«... mile an i a mort gisant.
« Mort sont mui home, griés an suis et dolanz.
« Vandu si sont envers les mescrëanz.
25 « De mon habert m'ont deronpu les panz;
« Plaies an ai es costez et es flanz,
« Li sans an ai de totes parz colanz. »
III (Paris, tirade 128, p. ni).
I Ro. ai duel, si est matalentis : [i vo
Tint Dirondar don li ponz est brunis '.
30 En la grant presse se est maintenant mis :
Cui il atin (sic) toz est de la mort fis ;
A petit d'ore an i a vint ocis.
Et G. XV. et l'arcevaque dix.
Adon esc[r]ient Sarazins et pais :
55 « Tant nos ont fait ne doivent estre pris;
« Tollir nos vuellent d'Espaine lo pais ;
16 P en tant d., T ]q les aisl. en ceu d., L en si — 17P La ou j'alai, L
Nos i alames, T manque — 18 P Tant i trovames Sarras. et Persans, L i tro-
vames nos t. — 19 P nous vint, T nous y vint trop p., L manque — 20 P o
les a.,L Nos i f a noz acerez b., T manque — 21 P Que par costez en issi li
clers s., L Li chival furent jusque es costez en s., T manque — 22 P L .m., T
.LX. m., L .XXI. m. — 23 PL mi, T les noz dont trop suv d., L s'en ay le
cuer d. — 24 PL se sont, L entres 1., T manque — 2') P m'ont rompu toz les
p., T manque — 26 P Et plaiez ai les c, T J'en ay plai les c, L Si sui plaiez
les c. — 27 L corans, T De toutez pars m'en est chaïst le s., P manque —
28 Pot d. si fu — 29 P fu, L li branz est forbis, T qui fut molt bien f —
30 P s'est li cuens ademis, L est entrez li marchis, T fiert sur les Arrabis —
51 L bien est, T manque— 32 T En molt poy d'o. en y a .c. o. — 33 T Et G.
.vij. — 34 PL Paien s'escrient ci avons maus amis, T Dient paien cy avon
mauves amis — 35 L manque, T nous font de mal et ne pevent — 36 L
Tolu nos ont.
I. Le ms. porte : trumis.
1-RAGMENT d'uN MS. DE LA CHANSON DE ROLAND 449
« Mal sont baillic se nos etordent vis.
« Se mort sont K'., li rois de Sain Denis,
« Ne garrirai jusque a la mer des Gris. »
40 Adonques fut li estorz resbadit.
Mont iîeremant ont les noz anvaïs ;
De totes part les corrent assalir.
IV (Paris, tirade 121, p. 112).
II Li cuens Ro. ot lo coraige fier.
Et en G. ot moût bon chevalier ;
4) Et l'arcevaques fait formant a prisier.
Félon piiein, cui Dex dont enconbrier
.X. m. sont por lor plus enpirier ;
Il ne les osent pas de près aprichier,
La[n]cent lor lances por lor plus domagier.
50 A icest mot nos ont ocis G.,
Torpins de Rains ont son escu pcrcier,
Son habert firent deronpre et démailler,
De .iiij. espiez li font lo cors percier,
Et desouz lui hont ocis sont destrier
V (Paris, tirade 135, p. 125).
5) Mort est li bersou servisc K'ion, (fol. 2)
Es critiens ne farai mais sarmon.
37 P Mal sons bailli, L sui bailliz, P se nuls d'euls estort v., L s'il en
eschapent, T manque — 38 P Car fel est, LT manque — 39 P N'i gaririens,
LT manque — 40 PL Adon refu, T manque — 41 LT o. les .iij. T o.
Franceys — 42 PL manque, T Enforeié est et ly hu et ly cris — 43 P fu
moult hardis et f., L ot le cuer gros et f., T le corps gent et f . — 44 -P G.
de Hui fu, L ot vaillant, T En G. eut molt vaillant — 45 P fist, L refit
niolt, T refut molt — 46 T qui dont Dieu mal e. — 47 ^ .xx.m. des-
cendent por lor cors dammaigier, T. m. en descendent pour plus en d., L
.X. m. descendont per lor pluis d. — 48 PT De maintenant nés osent, L
Mais il ne s'osent plus près d'aux — 49 PL dars, PT por lor cors — 50 P A
ceste empointe, LT A icest cop., 7" fu occis — 51 P font, jTfait — 52 P
f. fausser, L Et ses h. desroz et desmailliez, T manque — 53 PT le (T son)
cors plaier, L est en son c. plaiez — 54 i- desor lui, LT ocistrent —
55 P iluec, T eu service de Charlon, La ici une leçon plus développée ei louL'^
di^èrente. — 56 P Ne fera mais as c, T Ne fera plus as c.
Romania XKXi 2Q
450 G, LAVERGNE
<? r<n-ict^r rxc far/tt'itirttf t^ii'-nio
7 viîcc moine liF-ctce x^ciânfo"
^ Oî-l-OCf lio^ cl^a.U?^>di^iCltull-
_l ii-otf-C^ - dit uu %k5a c-
\* ôii*- lui c--arf. ' ^ taxe" <X<cuir'
"1 î:iti-<?pi-t>uuîi*c-nà. tto^-^<tmr "~
-^ ç Côi- fou t^»^ r<îi' (»làciicr tiuiif^Tu-
J^ cm m CCI ôtuzt <>iî Oiu cuôm Kur:
-t icnptîrqîto-ftnce <^u abattu-
) '" c'ïïuitriîai-/:H' cet Hci'^<2i lut fctui-
^ïj
*i..
FRAGMENT D UN MS. DE LA CHANSON DE KOLAND 45 I
Se il vesquit il preïst vangison
Du traïtor lo conte Guenelon.
Sainte Marie H face va[n]gison !
VI (Paris, tirade 156, p. 126).
60 Quant voit Ro. l'arcevaque morant,
Or ai tel duel onques mais n'ot si grant,
Fors d'Oir. lo hardit conbatant.
Il dit .j. mot que molt fut avenanz :
« Chevache, rois ; por quoi vas atardant ?
65 « En Roncevas te crast poinne molt grant ;
« Perdu i as maint chevalier vaillant.
« Por .j. des noz (an) je se varaemant
« Li rois M. an i ai perdu .c,
« Voir .iiij. c, (je) selon mien esciant,
70 « Jai reproviert n'an avroiit noz parant. »
Vil (Paris, tirade 137, p. 127).
V Quant Ro. voit Vârcevaque morir,
Fors de son cors sa boelle salir,
Et de son chief la cervale isir,
Desor son piz ses blanches mains gésir,
75 Don ai tel duel, du san cudai isir.
11 lo regrate con jai porrez oïr :
« Hez ! bon vasax, frans bons de grant haïr,
57 r L querist, L E li requist qu'il pregne — 58 P De G. le traïtor félon,
T De G. ceu mauves f . — 59 PT li doinst maleïson, L l'en rande guiardon
— 60 T Roullant regarde par my le prey avant Vit l'arcevesque qui la se va
mourant — 61 P Lors ot, 7 Donc a, L Tel d. en a. — 62 P que il parama
tant, T qui parama tant — 63 P Or dit, L Se dist, T Et dist, PI va desir-
rant, Lqu'aloit molt désirant — 64 PT Chevauchiez, P qu'alez vos delaiant,
T pour quoy demourez tant, L vas deleant — 65 P avez dammaige g., L as
dommage si grant, T tnanque — 66 P 7" avez — 67 PT Contre .j. des noz, P
en i a perdu .c, T en y a .c. gesant, L n'i a mort plus de .c. — 68 PTL tant .
Vordre des vers 67 et 6S est inverse dans PTL — 69 PL voire .ij. c, T
manque ; je, du fragment est à supprimer. — 70 L reprochier n'i avront, T
manque — 71 PL Q.uant voit R. — 72 P Et de son cors, '/'Et hors du, L Et
fors, PL la b.,L la bêle arme — 73 P fors la c. — 74 PL manque — 73 T Dont
eut, P lesenscuide mirrir, 'Pie s. cuide partir, L manque — 76 T II les r., L
Il le regarde — 77 L E franz honzsire vassauz.
452 G. LAVERGNE
0 I.i enpci[ere]s que France ai a balir
« Jemais n'arai tel cler por lui se[r]vir.
80 « Fuers l'apoistoile ne fut mucdres merchis :
« Ensanblc es anges te face Dex merci ! »
VIII (Paris, tirade 158, p. 127).
VI Ro. voit bien sa fins vai aprochant, [2 vo /']
Quar la cervale li vai es eaz cheant,
5es pers comande ou soing saint Hebrant,
85 El la soe arme a Deu omnipotant.
Prist Dirondar et lo bon oliflant.
Devers Espaine s'an vai tôt .j. pandant
Plus que quareas d'arbelaite traant.
Por ço lo fait le chevalier vaillant
90 Oue reprovier n'a[n] aûst en avant.
/Iluques ot .ij. abres haz et granz :
illuc s'arreste ; la mort le vai hastant
Desouz .j. pin folu et vardoiant.
IX (Paris, tirade 159, p. 128).
VII Granz est li pins et li arbre sont large,
95 Et .iij. perron i sont en lor estaige.
Lai vint .j. Turs de mcri'c'iJU\ coraige
£ntre les morz i re iez en l'arbage.
Ro. esgarde et voit son grant domaige :
78 L Li empereres, T Ly emperiere — 79 ^ James tiel clerc n'ara pour le
s., L n'avra jamais tel cler — 80 PTPuis, T les apostres, P. mais tex m., T
ne vit hom tiel morir, L manque — 81 P Ensamble o lui, T Ouvecquez les
angres, L Avec les a., P vos face Dex seïr, P Dieu seoir, L Diex florir —
82 P sa mors, T scet bien, L la morz le va astant — 85 P L due sa cer-
velle, T Car son cervel, PT li chiet as iex devant, L chaissant — 84 P au
cors saint Abrahant, T es mains s. A, L iiniugue — 85 PT Et la soie, L
S'arme comande, PT le tout puissant, L le roi poissant — 87 TL en .j. p. —
88 P Plus qu'aubaleste, T herbaleste, L arbarcste, PPNe traist quarrel, L
Ne vait qu., P tranchant, T volant, L gitant — 89 PTL manque — 90
P n'en aient si parant, T Que reproche n'en ait dorénavant, place après S6
dans PT, L manque — 91 P Iluec desoz .j. aubre et vert g., L Illuques
sont .ij. arbre, T ?nanque — 92 P Chaït a paumes, T Pasmé chaït, L Iluec
chaï, T le va chassant — 93 ^ Desor, P quatre perrons estant; ce vers
est placé après _(ji dans PTL — 94 L sont, PL li puis, PL grant et large,
rhaut etl. — 95 PT .iiij. p., L .iiij. baron — 96 P La jut, T Un Sarra-
sin, L de molt très fier c. — 97 T Entre les autrez, P fu repos, T se fist
mort, L fu couchiez — 98 P l'esgarde, TL regarde, P que fu de fier
coraige, T et vit.
FRAGMENT D UN MS. DE LA CHANSON DE ROLAND 453
Lors ai parlé a lai d'ome savaige
100 « Piir Malionmct que. . . fait osel volaige,
(c/e vos trairai les grenons du visaige. »
Çale part vint, molt per fait grant folaige,
iQuant per la barbe ai pris Ro. lo saige.
Dirondart prant, bien ot ou cors la raige.
105 lÀ bcrs lo voit : duel ai en son coraige.
X (Paris, tirade 140, p. 129).
Ro. senti que cil li traist s'aspée,
Ovrit les eax si dist rason manbrée :
« Mien esciant n'es pas de ma contrée
99 P Li Turs parole a loi d'omme mal saige, T manque — 100 PL Par
Mahomet, P qui fait croistre l'erbaige, L a cui j'ai fait homage, T manque
— ICI L le grenon, P de la barbe, T unvique — 102 P va molt par fist gr.
outraige, L Si fist molt gr. T Roullant se sist après dist gr. — 103 PT
Quant, P prinst Ro. le très s. — 104 PL trait, PL molt ot, P el cors, L ou
cuer, T manque -- 105 PL Ro., T Ly duc, PT lèsent, Aie fiert — 106 T ly
tout l'espée — 107 P Oevre lesiex, Z,Les euz ovri e d.^ 108 P M. ancient.
MÉLANGES
L'IDENTITÉ DU MÉDECIN ALDEBRANDIN DE SIENNE
Dans son récent mémoire intitulé : De rcxpa>isioii de la langue
française en Italie, lu devant le Congrès international des sciences
historiques de Rome en 1903, M. Paul Meyer a parlé avec
quelque détail de la « compilation médicale en quatre livres,
rédigée en français par un médecin florentin ou siennois appelé
Aldebrand ou Hallebrandin ' », compilation dont près de vingt
manuscrits nous sont parvenus - et qui a été imprimée à
l'époque où l'imprimerie était encore au berceau (vers 1480).
Mais sur la personnalité même de l'auteur, il n'a connu aucun
document qui permette de faire la critique des renseignements
contradictoires que fournissent les prologues des manuscrits.
Nous en sommes donc encore aujourdui au point où nous a
laissés Littré lorsqu'il a consacré à celui qu'il appelle « Alebrand
de Florence » une notice bien sèche et bien superficielle dans
le tome XXI de V Histoire littéraire de la France, paru en 1847 :
nous ne savons ni le vrai nom ni la vraie patrie du premier
médecin qui a osé employer la langue vulgaire, et, ce qui
1. Attidel Congresso. . ., voL IV (Storia délie letterature), p. 79-80.
2. J'en connais 17, dont quelques-uns m'ont été obligeamment indiqués
par M. P. Meyer : Paris, Bibl. Nat., fr. 1288, 2021, 2022, 12323, 14822;
nouv. acq. fr. 6539. — Paris, Arsenal 2510, 25 11, 2814, 2872. — Rome,
Vatican, Reg. 1256, 1334, 1451 (fragment). — Londres, British Muséum,
Sloane 2435, 2806. — Oxford, Bodl. 179. — Ashburnham, Barrois 265
(vendu en 1901). — La compilation a été traduite en italien et l'on en con-
naît deux versions différentes, l'une par Zucchcro Bencivcnni, l'autre par un
anonyme.
l'identité du médecin aldebrandin 455
est plus fâcheux encore, nous ignorons quelles circonstances
l'amenèrent X choisir le français plutôt que son idiome mater-
nel, que ce fût le siennois ou le florentin.
Un heureux hasard m'a fait rencontrer, voici déjà plusieurs
années, un jalon biographique de première importance que je
n'hésite pas à rapporter à notre auteur et dont le lecteur
appréciera lui-même le caractère. Je l'emprunte à une publica-
tion de M. l'abbé Lalore, parue en 1890, le cartulaire de Mou-
tieramey, qui forme le tome VIII de sa très précieuse Collection
dt'i principaux cariiilaircs dit diocèse de Troyes. Le n° 428 de ce
cartulaire est ainsi conçu (page 379) :
« Magister et fmtres hospitalis sancti Anthonii Viennensis dioccsis » recon-
naissent que « magister Aldobrandinus de Senis, ph\-sicus, Trecis commo-
raus » leur a légué par testament « domum suam sitam Trecis in vico Sancti
Abrahe cum ipsius domus pertinencii? quibuscumque. . . que sunt sub domi-
nio et justicia religiosorum virorum abbatis et conventus Monasterii Arrema-
rensis, qui, cum domum cum pertinentiis per priorem Sancti Johannis de
Castello, utendo jure suo, saisiri fecissent. . . ». Les Antonins ayant donné
« L lib. tur. », Tabbave de Moutieramey accorde « quod nos domum cum
pertinenciis suis sub eorum dominio et justicia tenebimus et possidebimus
imperpetuum pacifice, mediantibus .11. sol. tur. quos singulis annis imperpe-
tuum, in festo Beati Remigii in capite octobris, priori Sancti Joliannis in
signum recognitionis dominii et justicie reddere et solvere tenebimur apud
Trecas, promittentes quod a domino papa vel alio quocumque non impetra-
bimus nev etiam procurabimus quod ibi sit collegium seu construatur orato-
rium vel capella nisl de speciali mandato et licentia religiosorum Arremaren-
sium et quod non sit de dominio et justicia eorum dicta domus cum perti-
nenciis. . . Datum apud Sanctum Anthonium in nostro général! capitulo die
sabbati post Ascensionem Domini anno Domini M" CCo LXXXo septimo. »
(Original scellé.)
Ainsi, en 1287 ou très peu de temps avant, mourut à Troyes
un médecin qui habitait cette ville, qui y possédait une maison
située rue Saint-Abraham, et qui légua par testament cette
maison aux religieux de Saint-Antoine de Viennois : ce méde-
cin est nommé en latin Aldobrandiiitis de Senis. Comment ne
pas l'identifier avec l'auteur de notre compilation, qui est appelé
« maistre Halebrandis de Seenne » par le ms. Bibl. nat. fr.
1288, « maistre Halebrandis de Seenne » par le ms. Vatic.
Reg. 1334, « mai.stre Halebrandit de Saenne » par le ms.
Bodley 179, « maistre Aldebrandins de Scienne » par le ms.
45 6 MÉLANGES
Sloane 2435 ', a inaistre Aldcbrandins de Sciane » par le ms.
Arsenal 2510?
Qu'un médecin italien originaire de Sienne soit venu s'éta-
blir à Troyes, y ait fiiit fortune et y soit mort, c'est ce qui ne
surprendra aucun érudit au courant des relations de la ville
de Troyes, l'un des quatre sièges, et non le moindre, des
célèbres foires de Champagne, avec les marchands italiens. Si
les archives communales de Troyes étaient bien fournies pour
la seconde moitié du xm^ siècle, il y aurait chance d'y trouver
d'autres traces de l'existence de maître Aldebrandin de Sienne;
mais il n'en est rien, à ce qu'il semble \ En tout cas, son testa-
ment a dû être conservé par les religieux de Saint-Antoine de
Viennois dont il a été le bienfaiteur; il se retrouvera peut-être
un jour ou l'autre '.
A. Th.
ANC. FRANC. SAUCENT « BLAIREAU »
Le mot baiicent, dont la forme primitive est vraisemblable-
ment *balcenc-^, est fréquent en ancien français ', Il s'applique
1. Communication de M. P. Meyer; c'est sans doute par suite d'une
erreur typographique que la leçon publiée dans le mémoire auquel j'ai fait
allusion porte Aldohrandins et Sienne.
2. Boutiot, dans son Histoire de Troyes (1870), t. I, p. 374, a écrit ; « Les
fréquentes relations entre l'Italie et Troves déterminèrent certaines fomilies
originaires d'au delà des Alpes à fixer leur demeure... » Et, après avoir
parlé de Colin de Crémone, il ajoute, sans donner de référence : « Parmi les
bienfaiteurs de la maison des Antonins on nomme Aldobrandini, médecin,
originaire de Gênes et habitant de Troves. » Evidemment, Gtf;;^ est dû à une
distraction de l'auteur qui a connu d'une manière ou de l'autre l'acte de 1287
analysé par l'abbé Lalore.
3. Mon confrère M. Vernier, archiviste de l'Aube, veut bien m'informer
que les archives départementales ne possèdent pas de fonds pour les religieux
de Saint-Antoine de Viennois, et que ses recherches pour trouver quelque
document sur maître Aldebrandin dans le fonds de Moutieramey n'ont pas
donné de résultat.
4. Koniania, XXIV, 588, note de Gaston Paris.
5. Voir le Dictionnaire de Godefroy et surtout un article de Boehmer
(Rom. Sludien, t. I, p. 260 et s.).
ANC. FRANC. BAUCEXT « BLAIREAU » 457
presque exclusivement au cheval dont le poil est tacheté, soit
qu'il qualifie le mot cheval lui-même (ou un de ses synonymes),
soit qu'il qualifie le nom d'une des parties du corps du cheval
(côté, tête, pied) : on a pourtant un exemple où haiicent quali-
fie le pied du cerf'. L'adjectif peut être substantivé sous la
forme masculine : dans ce cas, baucent est synonyme de cheval
baitcoit, et il peut être employé comme nom propre individuel
de cheval. La fantaisie d'un trouvère licencieux l'a porté à dési-
gner le membre viril par ce nom propre de Baucent : il n'y a
qu'à signaler cette f;mtaisie sans y insister -. Il est plus intéressant
de rechercher pour quelle raison, dans le Roman de Renard, le
sanglier est pcrsonnihé sous ce même nom de Baucent ^\
La livrée du sanglier, rayée de brun sur fauve chez les jeunes,
devient noire chez les adultes, puis grise avec l'âge. On pour-
rait supposer qu'il y a un lien entre la signification originaire
du mot latin balteus, que l'on s'accorde aujourdui à mettre
à la base de baucent, et la livrée du sanglier ou marcassin qui,
d'après la Grande Encyclopédie, '< consiste en raies ou bandes
longitudinales alternativement fauve clair et brunes sur un fond
mêlé de blanc, de fauve et de brun » ; mais ce serait impru-
dent, puisque baucent qualifie tout spécialement le cheval et
que la robe du cheval de nos climats, au moins depuis l'époque
historique, ne comporte pas de rayures 4.
Mais il est un autre animal auquel le qualificatif de baucent
n'a pas été aussi généralement appliqué et qui cependant y a
des droits incontestables, c'est le blaireau. On lit dans la
1. Cet exemple n'appartient pas, comme le dit Godefroy, au dit Duprestre
qui dist la Passion, mais à celui qui le suit dans le ms. B. N. fr. 191 52.
2. Le dit des c. ., dans Montaiglon et Raynaud, Rec. géii. des fabliaux, II,
137-
3. Voyez les renvois donnés par M. Ernest Martin, Ohs. sur le Roman de
Renari, p. 115.
4. Certains naturalistes supposent que la robe de toutes les espèces ter-
tiaires et quaternaires du genre Eqims devait être rayée comme celle des
zèbres africains : dans ce cas « les pommelures des chevaux domestiques de
l'époque actuelle seraient le dernier reste des rayures primitives, qui chez
beaucoup de chevaux gris-pommelé ou gris de fer affectent encore l'appa-
rence d'un réseau, plutôt que celle de véritables pommelures circulaires »
(La Grande Encyclopédie, cheval, article de M. le D^ Trouessart). Loin de
45 8 MÉLANGES
Grande Encyclopédie, à l'article blaireau : « Le pelage [de cet
animal] se fait remarquer par une distribution des couleurs
assez insolite chez les mammifères : le ventre est noir, tandis
que le dessus du corps est plus clair, varié de gris, de roux et
de blanchcâtre; la tête est blanchâtre avec une bande noire lon-
gitudinale passant de chaque côté sur l'œil et l'oreille. » On
sait généralement que plusieurs patois français désignent le blai-
reau sous le nom de grisard et que l'anglais o-mj' a reçu le même
emploi ', mais c'est un fait presque ignoré que cet animal a
porté en ancien français le nom de baiicent. Il est donc intéres-
sant d'en fournir la preuve. M. Mowat (J. L. G.) a publié en
1887, sous le nom à'Alphita, un dictionnaire médiéval de
matière médicale dont le texte latin est fréquemment glosé de
mots anglais et français ^ Voici un des articles de ce recueil,
p. 183 : « Item taxus animal est, gall[icel baussan, an[glice]
hrok. » Ce nom du blaireau, qui ne semble pas avoir eu beau-
coup de vitalité sur le continent, a passé en anglais et s'est
perpétué dans le langage provincial de la Grande-Bretagne où
il a été plus ou moins altéré. Cotgrave traduit blaireau par quatre
mots anglais : « Badger, Gray, Boason, Brocke. » On retrouve
chez lui, à l'article taisson, les quatre mômes mots, mais celui
qui nous intéresse y a une graphie différente : « Gray, Brocke,
Badger, Bauson.y) Le New English Dictionary de M. Murray a
un article bausson assez étoffé et où l'origine française du mot
est indiquée ; mais M. Murray n'a pas connu le passage de
VAIphita cité ci-dessus ', ce qui l'a amené à écrire : « En français
moi la pensée que haucent soit un témoin linguistique qu'il faille admettre à
déposer dans cette cause préhistorique : je fais simplement remarquer que le
sens de « rayé » serait mieux en rapport que celui de « tacheté » avec l'éty-
mologie admise, et je renvoie à Boehmer (Rom. Slud., I, 245) pour la ques-
tion de savoir si les Anciens ont réellement parle de chevaux offrant une robe
zébrée.
1. 'RoWnnà, Faune pop., 1,47.
2. Voy. un compte rendu de cette publication par M. Joret, Romania,
XVI, 598.
3. M. Murrav ne pouvait connaître la publication de M. Mowat, car l'ar-
ticle BAUSSON du A/Vîi.' Eiii^lish Dictionary a été imprimé dès 1885, comme il
veut bien nous l'apprendre. Il ajoute que le baussan de VAlpbila est, à ses
yeux, de l 'anglo-français plutôt que du français propre.
A\C. FRANC. BOUSACLE, BOUZEKLE 459
haitsiii, etc. n'a jamais été appliqué au blaireau, et le fait qu'il
est si usité en anglais implique un emploi de l'adjectif beaucoup
plus ancien que celui qui ressort des textes connus. » Il est
curieux en effet que les textes anglais appliquent rarement notre
mot au blaireau et seulement dans une période relativement
moderne; cela prouve que l'application du mot au blaireau est
tout à fait indépcndantede son application au cheval, etvqu'elle
repose directement sur le sens propre primitif de l'adjectif fran-
çais hauceut. D'ailleurs, en tant qu'appliqué au cheval le mot est
toujours terminé en anglais par une dentale qui a bien son ori-
gine dans le / des textes français les plus anciens, mais qui a
été maintenue et, plus souvent, transformée en d, par l'effet
d'une véritable étymologie populaire : on était porté à voir dans
hausoiid, etc.. un adjectif tiré de hauson « blaireau ».
A. Th.
ANC. FRANC. BOUSACLE, BOUZEKLE « PASTÈQUE »
Godefroy a relevé le mot bonsack, qu'il a traduit prudemment
par « sorte de légume », dans un manuscrit bien curieux de
notre Bibliothèque Nationale, le français 24276, qui contient
du folio I au folio 6G la traduction du Livre du commencement
de Sapience d'Abraham-Ibn-Ezra « de ebrieu en romans » faite
dans la maison d'un bourgeois de Malines, en 1273, par le juif
« Hagin » (aujourdui on dit « Hayem ») et écrite sous sa dictée
par un certain Obert de Mondidier '. Le mot se trouve déjà
au fol. 64* : « Le sort des boiisaclesde Mercure a Saturne ». Mais
Godefroy a eu la main heureuse, car le passage emprunté au
fol. 66 nous met sur la voie du sens précis de ce mot insoHte, les
« bousacles » y voisinant avec les « coucourdes » et avec les
« coucombres ». Du texte de Hagin il faut rapprocher un article
du Glossaire hébreu-français publié récemment par MM. Mayer
I . Voy. ce qui a ctc dit ici même de la personnalité du juif Hagin en
question, par M. Neuhauer, Remania, V, 1 36 ; mais je dois faire remarquer
que l'identification admise par M. Neubauer entre ce Hagin et le Hagin qui
fut grand-rabbin de Londres ne repose sur rien de bien solide. Sur l'œuvre
contenue dans le ms. 24276, voy. une courte note de Paulin Paris dans
VHist. litt., XXI, 499; et sur Abraham-Ibn-Ezra, vov. un article approfondi
dans The Jeii'ish Encyclopedia (Londres, 1904), t. VI, p. 520-4.
4éO MÉLANGES
Lambert et Louis Brandin, p. 41, ligne 90, où les hou^eldes
correspond à un mot hébreu que les éditeurs rendent par
« melons » '.
Malgré les apparences, hou~ekle et bousacJe sont en fin de
compte le même mot que j'ai signalé récemment en provençal
ancien sous la forme nlbuesca, en provençal moderne sous la
forme aiihieco -, c'est-à-dire une déformation de l'arabe boutei-
kha (précédé ou non de l'article), et un doublet du niot fran-
çais actuel pastèque.
Le changement du / arabe en s sonore se retrouve dans
basane; or basane est Tanc. prov. be~anû ', emprunté de l'esp.
badana, qui est lui-même venu de l'arabe batana. Nous avons
le droit de supposer la même série / > ^ > ;( en prenant pour
point de départ l'arabe b o u t e i k h a . La forme bou^eUe représente
une forme antérieure *boii~eke, où l'intercalation d'une / s'est
produite comme dans deiiwjiiacle, triade, etc. Quant à. bousacle,
il est dû à l'attraction des nombreux mots en -acle que possède
le français.
J'incline à reconnaître l'ancien boii:^ekIe dans le patois messin
actuel bosék « gros enfant stupide et sale » : à Landremont
bosèqiie s'emploie comme un terme de mépris dont on ignore la
portée exacte 4.
A. Th.
ANC. FRANC. TROÏNE « TROMPETTE )^
Godefroy a recueilli quatre exemples du mot trohie « sorte
de trompette » : ils viennent des poèmes de Thêbes, des Ducs
de Normandie (de Beneeit), d'Athis et Profilias et de Guillaume
1. La série les kuJwnhres, les houiekJes, l'',s pores, les ouyuons, les ah est
empruntée aux Nombres, XI, 5, où la Vulgate a : cucumeres, pepones, porri,
cepae, allia.
2. Romania, XXXV, 209.
3. Voy. Levy, Prov. Suppl.-JV., art. bezan.\, t. I, p. 145. La dentale peut
disparaître complètement, et on trouve aussi heaiia, comme on trouve
albuesca, d'où aiibieco.
4. Voy. Adam, Les Patois lorrains, art. bosèq.ue, p. 234. — M. Horning
rattache le mot à bouse et au suffixe -iccusou -accus {Zeitscbr. fi'ir roman,
PhiL, XIX, 183).
AN'C. FRANC. IROIXE 46 1
ih' Pdlenit'. Le mot est relativement rare. Je n'en connais que
deux autres exemples, dans la chronique saintongeaise publiée
par M. Bourdillon. Voici les deux passages où je l'y ai relevé :
Li rranceis corurcnt sorc les Oustrczians c sore les Borgognions de nuiz
ot granz bruis e ot sons de granz t roi nés (p. 40, 1. 12)... Il fu most irez e ot
sons de troïni's passa Runa ot son ost (p. 44, 1. 15).
On n'a pas rencontré encore de mot analogue dans les
anciens textes provençaux, mais il est presque sûr que cette
lacune est due au hasard. En effet, le patois actuel du Rouergue
possède le substantif /;ï)///'no et les verbes correspondant irouïna
et liouïiicjii, dans le même sens. Le dictionnaire de l'abbé Va3's-
sier qui les enregistre nous apprend en même temps qu'ils sont
particulièrement en usage à Millau. Il renvoie de troiûno à
invinipo, et il définit Iroiinipo en ces termes : a Trompette de
berger, espèce de ciialumeau d'écorce roulée en spirale en forme
de cornet ».
Personne, à ma connaissance, n'a proposé d'étymologie
pour le mot roman qui nous occupe. Voici un rapprochement
auquel il me parait difficile de ne pas accorder une sérieuse
attention.
Aelfric le grammairien emploie le substantif simple trnd
pour traduire le latin liticcri, et le substantif composé îrûâhorn
pour traduire le latin littius-; évidemment, il a dû exister en
anglo-saxon un verbe correspondant *tntâan. Bosworth rap-
proche irûâ et tnuîhorn de termes germaniques qui ont exac-
tement le même sens : bas-allem. tnleii, néerl. toeten « sonner
du cor », tiUer et toeter « sonneur de cor », titthoni et loethooni
« cor )»; l'anglais lui-même a toot « sonner du cor » et looler
« sonneur de cor » ; enfin legothique possède thût-haurn « cor »,
Il taut remarquer que le rapprochement fait par Bosworth ne va
1. Godefroy ne cite que le vers 1840 de Guillaume de Palerne; il faut y
ajouter le vers 8870, où Michelant a lu toiina (communication de feu
A. Delboulle; cf. Romania, XXXV, 415). J'ai vJrifié la leçon du manuscrit
(Arsenal, 6565, fol. isc:): il y a /o//h« (et non touilles), dont la correction
en troiues ne fait pas question.
2. Ael/rics Grammalik uiid Glossai , p.p. Ziipitza (Berlin, 1880), p. 40, 1. 7,
et 502, I. 8.
462 MÉLANGKS
pas sans difficulté : s'il s'agissait seulement d'admettre que dans
l'anglo-saxon trinî Vr est épenthétique, passe encore; mais le
rapport des consonnes dentales n'est pas régulier, car au type
gothique ihiU devrait correspondre une forme anglo-saxonne
put '. Donc, il est prudent de ne pas affirmer que le mot anglo-
saxon appartient réellement à la famille à laquelle on l'a ratta-
ché. D'autre part, si l'hypothèse d'un type germanique latinisé
*trùdTna est séduisante pour expliquer l'ancien français de
troïiie, il ne faut pas oublier que ïû de l'anglo-saxon irûd
nous met dans l'embarras ^.
A. Th.
SUR LA DATE DE LA NAISSANCE DE PIERRE ALPHONSE
La plupart des biographes nous enseignent que Pierre
Alphonse, l'auteur de la Disciplina clericaJis et des Dialoi^i contra
Judœos, naquit en 1062. Cette opinion a un fondement en
apparence très solide, la parole même de l'auteur, qui, dans le
prologue des Dialogi, s'exprime ainsi :
...elui pallium falsitatis, et nudatus sum tunica iniquitatis, et baptizatus in
sede Oscensis civitatis, . . . Hoc autem factum est anno a nativitatc Domin
niilh'siino ccntesiiiio sexto, actalis meae anno ijuad rages iiiio quarto..
La leçon est identique dans les quatre éditions que nous
possédons des Dialogi et dont les trois dernières ne sont que les
reproductions de la première '.
1. Dict. of the anglo-saxon language, Londres, 1838. Dans la nouvelle édi-
tion donnée en 1892 par T. Northcote Tôlier, ces rapprochements sont suppri-
més et remplacés par rindication de l'Islandais trûâr « a juggler ».
2. H. Léo dans son Angelsâchisch.-s Glossar (Halle, 1872) indique un subs-
tantif norois troila, auquel il attribue les sens variés de « latte, tige, trom-
pette », et il rapproche de l'anglo-saxon le verbe bas-allemand trotjen « corner » ;
je laisse aux Germanistes le soin de se prononcer sur la valeur de ces rappro-
chements.
3. Dialogi h'ctu dignissini! (Colonnxe, apud J. Gymnicum, 1536, 8°).
Magna Bihliotheca Veterum (Patruni Coloniae Agrippinae, 1618, in-fol.),
t. XII, première partie, 358-404.
Mdxima Bihliotheca Veterum Patruin (Lugduni, 1677), in-fol., t. XXI,
172-221.
Migne, Patrologia lalina, t. 157, 553-672.
SUR LA DATIL DE LA NALSSANCH DE PIERHE ALPHONSE 463
Or, cette leçon est fautive. Les niss. présentent un tout
autre texte. Entre treize mss. des « Dialogi ' » que j'ai consul-
tés, neuf portent ce qui suit :
. . .Hoc autcm hictuni est anno a nativitate Doniini millcsimo ccntcsimo
se.\to, Eia iiiilU'siiiia ù'iitcsiina quadrcu^csinni quarta...
Les trois autres mss. ne prouvent rien en faveur du texte
imprimé; le ms. 18107 de la Bibl. nat. omet le prologue ; les
mss. B. Nat. lat. 2134, et Bibl. de l'Arsenal 769 l'abrègent et
ne font aucune mention de l'âge de l'écrivain.
Pierre Alphonse a voulu donner, selon l'ère de son pays %la
date de sa conversion. Il est évident que la leçon des éditions
est le résultat d'une mauvaise lectute. Au lieu des mots Era
Âf"^ C"" XL"'-' uij'"' on a lu : aclalis iiieae aniio quadmgesiiiio
quarto.
C. Nedelcou.
1. Bibliothèque Nationale, lat. 2134 (xvc s.), 3359 A (non identifié dans le
catalogue), 5080 (xiiie s.), 10624 (xn^ s.) 10722 (xu^s.), i4o69(xn-xnie s.),
15009 (xii-xiiie s.), 16523 (xiye S.), 18104 (xine S.); — Bibl. de l'Arsenal,
553 (xvc s.), 769 (xine s.), 941 (xiiie s.) ; —Bibl. Mazarine ; 980 (xiii-
Xive s.).
2. L'ère d'Espagne {aéra Hispaiiica), qui commence le 1er janvier, 38 av.
J.-C.
COMPTES RENDUS
G. Kalff, Geschiedenis der Nederlandsche letterkunde
Iste deel. — Groningcn, Woltcrs, 1906. In-8'\ 11-376 p.
M. Kalff, professeur de littérature néerlandaise à l'université de Leide, s'est
fait connaître, depuis plus de ving'' ans, par d'importants travaux d'histoire-
littéraire : une thèse détaillée sur le lied et la poésie lyrique néerlandaise du
moyen âge, une histoire de la littérature néerlandaise du xvi^ siècle, etc. Il
commence aujourd'hui une histoire générale de la littérature néerlandaise,
destinée à remplacer celle de Jonckbloet, qui a vieiUi, et à compléter celle de
M. Te Winkel, qui en est restée au premier volume.
Le premier volume de M. K., qui conduit le lecteur jusqu'au commencement
du xye siècle, touche naturellement, en bien des points, à des questions intéres-
sant la littérature française du moyen âge. Disons tout de suite que M. K.,
sans éviter les questions controversées, ne s'y arrête pas aussi longuement que
ses prédécesseurs, et n'alourdit pas son livre des longues dissertations qui
encombrent celui de Jonckbloet. Cela ne l'empêche pas de proposer des
points de vue nouveau.x. C'est ainsi que, sans revenir le moins du monde aux
paradoxes qui faisaient dériver les chansons de geste françaises de poèmes en
moyen néerlandais, il exprime à plusieurs reprises l'idée qu'on n'a pas accordé
assez à l'originalité des gens des Pavs-Bas, que certains poèmes, qu'on consi-
dérait, depuis Jonckbloet, comme de simples traductions du français, pourraient
bien être originales, ou du moins des imitations très libres. M. K. propose
ces hypothèses pour des poèmes carolingiens (Elegast, Maiigis, VHuon de
Bordeaux dont nous avons des fragments en vers, etc.), pour des poèmes de la
Table Konào. {Gauvain, Morieu, Torec), pour un roman d'aventures (le Châte-
lain de Coiici publié par De Vries). En général, les objections de l'auteur sont
de poids et mériteraient une discussion spéciale. Sur un seul poiiit nous
croyons pouvoir dire dés maintenant que M. Kalff pousse trop loin la réaction
contre les idées de Jonckbloet. Il s'agit du poème lïElegast, qui a déjà donné
lieu à tant de discussions. Sans nier l'identité d'EIegast et de Basin et l'origine
française de la tradition, M. Kalfl (p. 102) se demande s'il a existé sur le
thème du << Charlemague voleur » une chanson de geste de quelque étendue,
si cette histoire a jamais été traitée autrement que sous forme de chanson
G. KALi-i-, Gcsch. lier Nedcrl. Ictlcrhiinde 465
populaire (Jied). Même si une ciianson de geste a existé, M. K. met en doute
que le poète néerlandais l'ait connue directement; il aurait pu ne connaître
le sujet qu'indirectement, par tradition orale. — On peut répondre, quant
au premier point, qu'Aubri de Trois-Fontaines, qui parle d'une caiitileiia sur
le Charlemagne voleur, a toujours en vue, quand il emploie les mots caiiitiir,
(■<iH//7(';;.i, de véritables chansons de geste; voiries passages réunis par Jouck-
bloet, Beatrij eu dvdende EIt'<^asl, Amsterdam, 1859, p. 141-148; remarquer
particulièrement les années 777, 866, 1066, où le mot auitilena désigne des
chansons de geste que nous possédons encore. Le mot a donc, chez le chro-
niqueur, un sens précis, auquel nous n'avons pas le droit d'en substituer un
autre.— En outre, le récit détaillé de la Karlaniagmis Saga ', récit évidemment
emprunté, comme les autres parties de cette compilation, à une chanson de
geste, montre bien que la source française était autre chose qu'un court poème
populaire, qui serait du reste — la question des cantilènes primitives mise à
part— un phénomène bien étrange vers 1250, époque où écrivait Aubri de
Trois-Fontaines.
Reste l'hvpothèse d'une transmission orale abrégée, sur laquelle le poète
néerlandais aurait bâti une œuvre de sa façon. Ce qui plaide contre cette
supposition, ce sont les nombreuses ressemblances que le poème, dans la
forme et l'arrangement du récit, présente avec les chansons de geste, ressem-
blances déjà signalées par Jonckbloet, op. /., p. 164-166, et trop nombreuses
pour être fortuites. Il faudrait admettre, dans l'hypothèse de M. K., que le
poète néerlandais, ne connaissant le thème de « Charlemagne voleur ;> que par
une version orale sommaire, l'aura expressément développé dans le cadre et
avec les artifices de composition et de style propres aux chansons de geste
supposition compliquée et peu vraisemblable. — Nous croyons donc que
l'opinion généralement admise depuis Jonckbloet et G. Paris est légitime :
Card eiide Elegait est la traduction d'un poème français, traduction dans
laquelle on a modifié quelques noms propres, ajouté peut-être quelques détaili
et transporté la scène à Ingelheim, ville célèbre par un palais construit, selon
la tradition, par Charlemagne et qu'un homme des Pays-Bas pouvait très
bien connaître et substituer à la localité (Saint-Denis?) nommée dans l'ori-
ginal qu'il imitait.
Quelle que soit la solution qu'on adopte, il faut savoir gré à M. K. d'avoir,
sur ce point et sur les autres que nous avons signalés, soulevé de nouvelles,
discussions et réagi ainsi contre la routine et le iitrare in verba iinigistri que
sont la mort de la science.
G. HUET.
I. Jonckbloet ne connaissait pas ce récit lorsqu'il donna en 1859 sa premiers
démonstration; il ne fut signalé qu'en 1865, par G. Paris.
Romanij. XXXF
30
466 COMPTES RENDUS
Les Versions néerlandaises de Renaud de Montauban
étudiées dans leurs rapports avec le poème français,
par Marie Loke. Thèse de doctorat d'université présentée à Toulouse.
Toulouse, Edouard Privât, 1906. In-S", 190 pages.
Léo Jordan'. Die Sage von den vier Haimonskindern.
Erlangcn, Junge, 1905. Grand in-S", x-198 pages.
Une analyse complète et un e.\amen critique des versions néerlandaises et
allemandes de Rciiaiit de Montauhati était un travail qui s'imposait depuis
longtemps et qu'il faut féliciter M"^ Loke d'avoir entrepris et mené à bonne
fin. Elle l'a exécuté avec un soin et une méthode qui méritent les plus grands
éloges. En voici les résultats brièvement résumés. La rédaction fragmentaire
en vers néerlandais (i?/) et le poème allemand (P) remontent presque sûre-
ment à un même original (.v) et le second peut, conséquemment, servir à
compléter la première ; le roman en prose néerlandaise (h) et celui en prose
allemande ((() remontent à un autre (v) et ces deux originaux eux-mêmes à
un poème (j(), qui devait être picard (ou à un poème néerlandais traduit de
celui-ci ').
Quelle est la date et la valeur traditionnelle du poème ainsi reconstitué?
M"'^ L. croit pouvoir dire qu'il était plus ancien que la version imprimée par
Michelant. La formule est trop générale : il fallait dire seulement que certains
épisodes y étaient plus voisins de la version originale que les épisodes cor-
respondants du texte imprimé : telles sont l'introiuction -, qui, au reste, ne
remonte pas elle-même à une haute antiquité, puisqu'elle est imitée du début
di'Ogier, et l'épisode relatant le séjour des quatre frères en Gascogne. Sur le
premier point M"e L. se borne à confirmer les résultats déjà acquis par
MM. Suchier et Matthes. Sur le second, sa démonstration apporte un sérieux
appui à une opinion déjà développée par Zwick 3 et reprise récemmment par
M. L. Jordan : on peut donc considérer comme ruinée l'hypothèse de Paulin
1. Malheureusement le tableau placé à la page 54 ne correspond pas exac-
tement à cette démonstration; il faudrait y introduire quelques échelons
intermédiaires : M"c L. suppose (p. 54) que x était picard; mais comment
expliquer que P, qui y remonte directement, contienne de nombreux mots
néerlandais? Il faut donc supposer un intermédiaire néerlandais; au sujet
de V, il y a contradiction, car il est qualifié tantôt de poème (p. 42), tantôt
de roman en prose (p. 50). Il faut admettre un intermédiaire en vers, qui
serait la source de /; (où il y a des rimes néerlandaises) et un autre en prose,
source directe de a.
2. Il s'agit de l'introduction proprement dite, où l'un des quatre frères
tue le fils, et non le neveu de Charlemagne (cf. Michelant, p. 45-52) et non
de la chanson de Beuve (Michelant, p. 1-45).
3. Ucber die Sprache des Renaid l'on Montauban, p. 14-15.
M. LOKE, Versions iiéeil. de Renaud de Montaiéan 467
Paris, d'après laquelle l'épisode de Gascogne ne serait qu'un remaniement de
celui des Ardennes '.
Mais si ces deux épisodes se présentent ici sous une forme archaïque, il ne
s'ensuit pas que le poème auquel ils appartenaient ait été tout entier plus
ancien que la version imprimée. Bien loin de là. Comme indices de moder-
nité, il faut citer les allusions laites à de nombreuses chansons relativement
récentes ' et à des légendes bretonnes, ainsi que le nombre des épisodes
comiques et un système d'exagérations poussé jusqu'à l'absurde '. 11 est vrai
que M"--" L. voit dans ces dernières une marque d'antiquité (p. 168-85);
mais je m'en tiens sur ce point à l'avis de G. Paris, qui était tout contraire
(Histoire poétique, p. 140). Il est certains traits (Renaut coupant à son père
le nez et les oreilles, Renaut ivre-mort, Maugis hideux et grotesque) qui me
paraissent absolument étrangers à l'esprit de l'ancienne épopée et me font
l'effet d' « embellissements », par lesquels un auteur assez moderne et tra-
vaillant pour un public grossier aura tenté de flatter les goûts de ce public.
Le livre de M. Jordan est un des plus hardis et des plus aventureux que je
connaisse. M. J. a édifié là une cathédrale à laquelle on ne reprochera
certes pas de manquer de flèche; mais je crains bien que ces splendides
constructions s'évanouissent au premier souffle de la critique, car elles
manquent absolument de base. M. J. sait exactement comment s'est faite la
chanson actuelle, qui est l'œuvre de sept remanieurs successifs ; il peut nous
dire où commence, où finit la part de chacun de ces sept ouvriers; où, quand
ils ont travaillé, quels motifs leur ont dicté leurs additions ou modifications.
La légende, selon lui, est née avant le x^ siècle, dans la région du sud-ouest,
et elle a conservé maint trait caractéristique de l'âme et des mœurs méridio-
1. L'historicité de l'épisode de Gascogne fournirait naturellement un argu-
ment de plus en faveur de l'hypothèse ici développée : aussi M'ie L. accepte-
t-elle sans restriction l'identification, jadis proposée par M. Longnon, du roi
Yon avec Eudo, roi d'Aquitaine, et de Renaut avec Chilpéric IL II serait trop
long de dire pourquoi ces identifications me paraissent très douteuses, aussi bien
que celles (et elles sont nombreuses) proposées récemment par MM. Jordan
(p. 17-27) et Castets (Revue des langues rom., XLIX, 138-77). Le fait
qu'un fugitif est, de part et d'autre, trahi par son hôte, ne me paraît pas une
base suffisante, ce t'ait ayant dû être fréquent dans la réalité, et pouvant être
devenu très anciennement un thème poétique. Quant au nom d'Yon, qui
apparaît souvent dans l'épopée (voy. Langlois, Table des noms), il a pu passer
d'une autre chanson dans Renaut de Montauban, qui ne me paraît pas, quoi
qu'on en ait dit souvent appartenir à la plus ancienne couche épique.
2. M>'e L. a oublié de signaler (p. 100) celle qui est faite à Amis et Amile.
J. L'idée de présenter les quatre héros comme des bâtards (p. 80) me
paraît aussi tout autre chose qu'un trait archaïque. — La forme Assis (pour
Aiiseis), qui est dans trois textes, semble bien remonter à l'original ; cet
amuïssement de l'i' protonique ne rne paraît guère possible, même en picard,
avant l'extrême fin du xni« siècle.
468 COMPTES RENDUS
nalcs (p. 94). De là clic a passe en Espagne, uù elle est devenue l'histoire
des sept Infants de Lara (p. 74 ss.). Au sud-ouest encore appartient la
deuxième chanson, la plus ancienne poésie romane écrite en alexandrins
(p. 98) ; et à ce propos ne pourrait-on dire que l'alexandrin est le vers pro-
prement gascon, qui, ayant émigré en Espagne, serait devenu le vers « bipar-
tite » du Poftiia ciel Cid} La troisième et la quatrième rédaction sont
l'œuvre de jongleurs du nord, dont le second, pourvu d'une vaste érudition
épique, vivait dans le second tiers du xiie siècle ; le cinquième remanieur,
postérieur d'une trentaine d'années, a l'ait les premiers emprunts à la légende
rhénane de saint Renaud ; le sixième était un jongleur du nord-est, auquel on
doit la chanson introductive de Beiive et l'épisode des Ardennes, raconté
d'après une très ancienne tradition locale. A la septième rédaction appar-
tiennent le pèlerinage de Renaut, le combat judiciaire et le dénouement
pieux; dans cette rédaction même on peut distinguer trois couches, sur les-
quelles je n'insisterai pas; aussi bien M. J. lui-même avoue-t-il (p. 161)
qu'il ne peut se prononcer d'une façon précise sur leur succession.
Q.ue le novau de la chanson soit l'épisode de la trahison des quatre frères
par Yon, que cette légende ait été rattachée beaucoup plus tard au culte d'un
saint honoré à Trémoigne dès le xe siècle, voilà les seules conclusions pro-
bables, sinon absolument sûres, qui me paraissent se dégager de ce laborieux
mémoire. Il en restera aussi une soigneuse étude de la langue, qui a sa
valeur propre. Mais tout le reste, je l'ai dit. me paraît fantaisie pure. Que
d'hypothèses sans fondement ! Que de diflicultés imaginaires soulevées uni-
quement, semble-t-il, pour être résolues avec l'adresse éblouissante d'un
prestidigitateur ! Il est singulier, nous fait observer M. J., que sur les quatre
frères, trois seulement portent des noms rimant entre eux. C'est que Renaut
s'appelait d'abord Reinhardt (p. 90), et que ce nom, symbole de la fourberie,
et convenant mal à un héros, aura été changé en Renaut (Reinold) sous l'in-
fluence du nom de Sâ'ml Reiniuahl (p. 126) '. D'autres difficultés sont écartées
avec le même brio : trois des frères, nous dit le poète (190-21) eussent péri
« ne fust une cavee d'un destroit lés un mont ». Ces deux mots inintelli-
gibles sont tout simplement un reste de la rédaction gasconne primitive : ils
sont une altération des mots cah':{a estrccha, qui désignaient le monticule
étroit où les trois frères se défendaient. Mais, outre que le mot cahessa est à
peine gascon ^, il n'y a là aucune difficulté : les trois héros, pour ne pas être
1. L'explication du nom de Fiiicition!, appliqué à Renaut dans trois pas-
sages, n'est pas moins risquée (p. 89) ; le mot serait un substitut du germanique
Chinemund. L'explication est beaucoup plus simple : ce surnom ne se trouve
jamais que dans la bouche des ennemis de Renaud et il exprime bien la ter-
reur que le héros leur cause (Jiuemont ^ exterminateur; cf. Finanioiide, épée
d'Aimeri de Narbonne).
2. Il existe, il est vrai, dans certaines parties de la Gascogne, mais il n'y
est employé que dans des locutions toutes faites; (voyez Lespy, Dictionnaire
béarnais) ; il est en tous cas beaucoup moins usité que cap.
Testament de François Fillon, p. p. m. schwob 469
cnwlopfics, se sont rcfugiés dans une sorte de défilé, de chemin creux, resserré
entre deux monticules, où ils sont en eflfet beaucoup mieux abrités que sur
un sommet ; aussi hésitent-ils à en sortir, même pour secourir Richard blessé :
c'est seulement quand ils ont rejoint celui-ci qu'ils se réfugient avec lui sur
la i< roche Mabon » (192, 12-36)'.
Certes l'imagination est une qualité précieuse, même pour un critique;
mais poussée à ce degré, elle fausse et corrompt tout, même la meil-
leure méthode. Il se pourrait qu'une réaction fût proche : les livres de
M. Jordan, et, dans un genre un peu différent, de M. Settegast, y auront con-
tribué, et c'aura été peut-être leur plus grande utilité -.
A. Jeanroy.
Le Petit et le Grant Testament de François Villon, les
cinq ballades en jargon et des poésies du cercle de Villon, etc. Reproduc-
tion fac-similé du manuscrit de Stockholm, avec une introduction de
Marcel Schwob. Paris, Champion, 1905, in-40 de 46 pages (la reproduc-
tion en fac-similé compte 2 feuillets de tête et va du feuillet i ou feuillet
7) du ms. ; manquent les feuillets 63 à 66). Tirage à cent exemplaires
numérotés.
Dans la notice nécrologique consacrée en 1905 à Marcel Schwob (Rom.
XXXIV, 344-5), M. P. Mever exprime le souhait que les dernières notes
réunies sur Villon par ce savant regretté et promises à la Roiuania sous le titre
de Villoniana, puissent être mises au jour, et viennent compléter les travaux
précédents de l'auteur sur le même sujet. Ce vœu est partiellement ' exaucé
dans la publication dont rlous rendons compte. Cette publication que n'a pu voir
achevée M. Sch. et qu'a terminée avec un soin pieux son élève et collabora-
teur M. Pierre Champion est la reproduction en fac-similé des 75 premiers
feuillets du ms. LUI de la Bibliothèque royale de Stockholm, comprenant
l'œuvre de Villon mêlée à d'autres poésies ; une introduction y est jointe.
On connaît, depuis VEssai critique de M. Bijwanck, l'importance du ms.
de Stockholm au point de vue des textes. Ce ms., possédé autrefois par Fau-
1. Le vers 197, 5 ne présente non plus aucune difficulté; vos honors signi-
fie « vos fiefs, vos privilèges seigneuriaux » et non « vos personnes » : il n'y
a donc pas le moindre rapprochement à établir (p. 85) entre cette locution et
l'espagnol usteJes; il est au reste bien clair que cette locution moderne ne
pouvait se trouver dans une rédaction, même castillane, du x^ siècle.
2. Je suis heureux de constater que M. Ph. A. Becker ne s'est pas montré,
en face des hvpothèses de M. J., moins sceptique que moi (Literaturblatt,
1906, 187); M"c Loke a fait aussi des réserves expresses sur bon nombre de
po'mis (Muséum, igo6, p. 291).
3. [Partiellement, car un bon nombre des notes rassemblées par Schwob
n'ont pas été employées dans la présente publication, et seront mises en
œuvre par M. P. Champion dans jne prochaine publication. — Red.]
470 COMPTES RENDUS
chet, Pétau et la reine Christine, présente d'ailleurs d'intéressantes particula-
rités ; c'est aussi le seul qui renferme la Ballade des Contre-vè rites et là sep-
tième ballade du Jargon, toutes deux avant un envoi où le nom Villon paraît
en acrostiche. Les amis du poète parisien et de la littérature française du
xve siècle, seront donc lieureux d'avoir entre les mains une bonne reproduc-
tion d'un ms. dont la valeur est encore rehaussée par les notes judicieuses que
Fauchet a mises en marge.
L'introduction qui précède le fac-similé est le résumé de deux leçons pro-
fesséesà l'Hcole des hautes études sociales ; elle est courte, mais susbtantielle.
Après une description du ms., l'éditeur aborde quelques-uns des problèmes
que soulève l'œuvre de Villon. S'occupant tout d'abord du quatrain (éd.
Longnon, p. 119), où le poète se déclare
Né de Paris emprésPontoise,
1 discute, après M. Longnon, l'authenticité du huitain qui en est dérivé (éd.,
p. 244), huitain qui donne à Villon le surnom de Corheil et ne saurait, pour
des raisons multiples, avoir été écrit par lui ; il explique pourquoi dans ce
même quatrain, François Villon, moins heureux que ses complices savoyards
graciés à la requête du duc de Savoie, regrette d'être « François >>, c'est-à-
dire /mwfrtw, restant soumis, sans espoir d'intercession étrangère, aux lois de
son pays ; il montre enfin que les mots Paris eniprès Pontoisc ne forment pas
seulement une plaisanterie, mais peuvent bien aussi comporter une allusion
au grant prévôt de Paris, Villiers de l'Isle Adam, qu'on voit souvent reven-
diquer la justice de la châtellenie royale de Pontoise.
La ballade connue sous le nom de Ballade de V appel de Villon porte dans le
ms. de Stockholm un titre personnel : La question que feist Villon au clerc du
guichet. Ce clerc du guichet ou de la geôle du Châtelet, nommé Garnier par
la ballade, M. Sch. l'identifie avec un Garnier qui en 1459 prenait ce titre;
ce qui permet de reporter la condamnation et la grâce de Villon un peu plus
tard qu'on ne l'a fait jusqu'ici, c'est-à-dire en 1463, comme l'indique du reste
un passage heureusement retrouvé d'un ms. Dupuy.
Dans cette ballade, l'allusion à Vescorcherie et aux hoirs Hue Capel
Qui fu extrait de boucherie,
s'explique, au dire de M. Sch., par ce fait que le lieutenant criminel qui con-
damna Villon" à la torture et au gibet était Pierre de la Dehors, boucher de
la grande boucherie de Paris.
Toutes ces ingénieuses découvertes paraissent dans cette introduction poi-.r
la première fois; elles avaient déjà cependant été communiquées en manu-
scrit à Gaston Paris, qui en avait largement usé pour son François Villoi
(p. 69, 71-72, etc.) non sans rendre hommage au désintéressement et à la
perspicacité critique de M. Schwob (p. 168-169). N'est-ce pas le cas, en
signalant cette publication posthume, de rappeler un rare procédé de bonse
confraternité littéraire?
Gaston R.wn.^ud.
L. SAiNÉAN, La créatiùii métaphorique : k chat 471
La création métaphorique en français et en roman.
Iin;im.'s lirccs du mon Je dos animaux domestiques : le chat, avec un
appendice sur la Couine, le singe et les strigiens, par Lazare Saikéan.
Halle, Niemever, 1905. In-80, 148 pages (Fasc. I dt^s Bcihef le :(iir Zeitschrift
fur roin. Phi!.).
M. S. se propose de nous donner en un tableau d'ensemble « la somme
des idées que les peuples romans ont su tirer du monde des animaux domes-
tiques » : au travail que nous annonçons aujourdui en succédera bientôt un
qui traitera du chien et du cochon, puis un troisième et dernier consacré au
bétail et à la volaille de basse-cour. On comprend facilement l'intérêt d'une
étude de ce genre ; on se demande seulement avec inquiétude s'il est pos-
sible dés maintenant d'en traiter les différentes parties avec toute la rigueur
scientifique. Dans l'introduction, l'auteur rappelle les mémoires publiés
naguère par M Tappolet (sur les noms de parenté) et par M. Zauner (sur
es noms des différentes parties du corps humain) qui ont mis en relief la
fécondité des langues romanes par rapport au vocabulaire assez restreint que
le latin leur avait transmis. « L'étude de la métaphore linguistique est à
peine effleurée », nous dit-il. On s'étonne qu'il ne cite pas le livre si sugges-
tif d.; M. Michel Bréal intitulé « Essai de sémantique » et les mémoires dis-
persés de M. Hugo Schuchardt qui sont venus dans ces dernières années
secouer la torpeur des piionétistes et projeter dans l'atmosphère de la linguis-
tique tant de lumineuses fusées.
L'étude de M. S. comporte 145 paragraphes répartis entre trois grandes
divisions : L Noms et cris du chat; IL Sens des noms du chat; IIL Méta-
phores us'-es. La documentation est extrêmement étendue, comme en fait foi
la bibliographie qui occupe les pages 1 19-122 ; mais c'est avant tout aux par-
1ers de la France que M. S. a demandé ses matériaux. Sans parler des
sources imprimées, accessibles à tout le monde, il a profité des matériaux
inédits réunis par M. Gilliéron pour son Atlas linguistique, et il proclame
hautement « qu'il a tiré un parti inestimable des trésors accumulés dans
cette magnifique publication qui marquera une date dans les études d'étvmologie
française. » On lui saura gré d'avoir classé avec beaucoup d'ingéniosité tout
ce dont il disposait ; à ce point de vue sa méthode est incontestablement
supérieure à celle qu'à suivie M. Eugène Rolland dans sa Faune populaire, hïcn
qu'il ne faille pas marchander notre reconnaissance à une œuvre qui a rendu
et qui rendra encore tant de services à la linguistique.
Malheureusement l'auteur ne semble pas avoir apporté à la critique des
matériaux — qui est chose fondamentale — toute l'attention désirable. Il est
bien rare qu'il s'arrête à scruter, à discuter ; à chaque instant on a l'impres-
sion qu'il peut être dupe de vaines apparences ; on le lit avec défiance et,
comme on dit en Morvan, à rechigne-chat. lia dressé une table très complète
(p. 123-148) des mots et des locutions qu'il a eu l'occasion de mentionner
au courant de son étude : il y en a plusieurs milliers. Il les a tous passés en
472 COMPTES RENDUS
revue, assurément, mais à la manière du gén^Tal qui parcourt en automobile
le front de son corps d'armée.
C'est déjà beaucoup cependant d'avoir reconnu en gros un terrain sur
lequel la linguistique aura à manœuvrer plus tard pendant plusieurs généra-
tions avant de se flatter d'en posséder une carte tout à fait exacte. Les jalons
posés par M. S. ne seront pas inutiles, même si l'on se convainc qu'il faudra
en déplacer un grand nombre. Voici quelques observations que me suggère
une lecture rapide.
P. 6 et 29, M. S. rapporte sans aucune restriction, le texte deVégèce {Epi-
tomarei milit.,l\, 15) : « Vineas dixerunt veteres quas nuiic militari barbari-
coque usu cattos vocant. » Mais il est focile de s'assurer qu'aucune famille de
manuscrits n'autorise la leçon cattos, qui apparaît seulement dans l'édition de
Bologne de 1496 : les manuscrits donnent causia% cniitias, caulius ou caiiti-
biia, mot que nous ne connaissons pas par ailleurs, mais qu'il n'est pas légi-
time de remplacer par catlos sans crier gare, surtout quand en fait une mono-
graphie sur le chat.
P. 33, M. S. rattache à chat les noms vulgaires de la lamproie et du lam-
prillon : chatouiîk, chat illon, etc. Comme il renvoie à Rolhnd, Fcuiîie pop., lll,
137 [lire : III, 97] il est singulier qu'il n'ait pas pris le temps de dire au lecteur
quelles raisons il avait de mettre en avant une opinion aussi différente de celle
qui ressort de la lecture de la Faune populaire. Étant donné que M. Rolland
enregistre dans la même page chatouille, etc. et sept-œil ou bête à sept-trous,
et que, au xiiie siècle, la lamproie est appelée en français setueille (en rime
avec fueille), il est à croire que ce poisson doit son nom aux sept trous (dits
improprement « yeux «) qu'elle porte de chaque côté et fiar lesquels elle
rejette l'eau qu'elle a absorbée. Les Allemands y voient aussi des yeux, mais
ils en ont compté neuf, et dès le moyen âge ils appellent la lamproie
neunauge (cf. Romania, XXXV, 185). Le chat n'a rien à voir là-dedans, au
moins à l'origine.
P. 37, même incurie au sujet des termes dialectaux français caterole « trou
de lapin » et catiche « trou de loutre » ; M. S. v voit des équivalents de «cha-
tière » sans mentionner même l'existence du verbe catir <*coactire auquel
ces deux termes sont ordinairement rattachés.
P. 40, les noms vulgaires de la chenille dans la région normanno-picarde
sont étrangement expliqués. M. S. croit que (•i;/('/>/('»/v (qu'il lit arbitrairement
catepeleûre) veut dire « toison de chatte » ; en réalité c'est une forme rhotaci-
sée de calep[e]leuse catta pilosa, c'est-à-dire « chatte poilue ».
P. 41, l'auteur voit la martre dans le chat de mars dont les griffes « exulce-
rarent tout le périnée » de Gargantua (Rabelais, I, 13); c'est en eftet l'opi-
nion de la plupart des commentateurs, mais tlle ne supporte guère l'examen.
Un cl)at de viars est tout simplement un chat né dans le mois de mars. On dit
aussi un chat de uiai, et il v a une locution « mauvais comme un chat de
mai » (Rolland, IV, iio; cl. Mmtesson, Patois du Haiit-Maiue) que M. S.
aurait dû relever.
L. SAiNÉAN, La création inctaphoriquc : le chat 473
//'/./., la zilielinc est rangée parmi les petits félins auxquels le nom du chat
a été appliqué, et on invc«:jueà l'appui de cette opinion l'anc. fr. chat-soubelin
dans Cotgrave. Mais Cotgrave définit « un chat soubelin >> par <« A great or
mightie Cat », et il me parait avoir raison. Xotcz qu'il s'agit uniquement du
passage qui est dans Rabelais, IV, 67, et voyez dans Godefroy de nombreux
exemples de l'adjectif iO(//'<7/H, stiheliii, sithlin, dont je ne connais pas l'éty-
niologie, mais qui a été très à la mode au xvie siècle ' .
Il'iJ., les noms composés chat-ccureml tl chat-putois sonl plus répandus dans
la région de langue d'oïl que ne le dit M. S. Pour le premier, M. S. a oublié
d'utiliser la carte 450 de V Atlas li)i(^iiistiqiie; pour le second, il faut noter
qu'il était usité aux portes mêmes de Paris au xiii^ siècle : cf. le nom propre
Albcricus Chaipitlois ou Cbaputois dans A. Molinicr, Obil. de la prov. de Sens,
I, 155 et 137.
P. 42, parmi les plantes « qui affectent la sensibilité du chat » on range
l'épurge, la menthe et le térébinthe « dont la forte odeur ressemble à celle
que le chat répand pendant la période des amours ». Cette opinion repose sur
les noms tels que catapii~-a (italien), catapuce (français, et non pas seulement
anc. franc., puisque Littré le donne), catapiwhe (normand) etc., qui s'ap-
pliquent à ces différentes plantes. Mais le normand catepuche, etc. « menthe»
est manifestement une altération de cachepuce, c'est-à-dire « chasse-puce »
(cf. Joret, Flore pop. de la Noniiandie, p. 148-9) ; quant au franc, catapuce, et
à l'ital. catapu:;^~a « épurge », il ne faut pas hésiter à en chercher le point de
départ (à travers le latin médiéval catapucia) dans le grec xaTa-o-'.ov
« pilule ». Il V a là un exemple curieux de sémantique qui n'a rien à voir
avec le chat. Dioscoride parlant de zaranoTia de semence d'épurge (IV,
162, -io< T'.Oj;j.âXwv, et IV, 164, r.iy. Àa'Jjpîôo;), on a fini par croire que
xaTa-oT-a désignait la semence, puis la plante elle-même. Témoin Platea-
rius, Circa instans, 26 (Catapucia, frucjus vel semen cujusdam herbe que
similiter appellatur) et la compilation dite Alphita (catapucia semen est spurge
majoris *).
Ihid., dans les noms vulgaires de la primevère tels que catabraie, braille
(= braie) de cat, braie de coucou, le terme braie n'a rien de commun avec le
verbe braire : c'est le latin gaulois braca « culotte ».
P. 45, le prov. mod. cafiô, etc. « chenet » est expliqué par «chat de feu » ;
c'est une erreur qui se pouvait éviter en jetant les veux sur l'article c.^fiô de
Mistral : le premier élément est le latin cap ut.
//'/■(/., le montois catepiicîie et le berrichon chabut ou gebut (et non g ab ut)
1 . Godelroy cite Rabelais et Cotgrave ; mais dans sa citation de ce dernier
il a imprimé Soubeliné (qui est la vedette d'un article différent) au lieu de
Soubelin.
2. Catapuce manque au Dict. gênerai (c'est un mot qui n'est pas d'usage
courant) ; ni Littré ni Larousse n'en donnent l'étvmologie.
474 COMPTES RENDUS
« crochet à une corde de puits » sont mis côte à côte et expliqués comme
signifiant « chatte de puits ». Passe pour le morîtois, mais le berrichon ne
peut être séparé du blaisois chei'el ou chevélre « crochet à ressort... placé au
bout de la corde qui termine une corde à puits » (Thibault): nous sommes en
présence du lat. capistr um, et il ne reste ni chat ni puits.
P. 44, le poitevin-saintongeais chareilloux, careilhux « chassieux » est
expliqué comme signifiant proprement « aux yeux de chat » ; c'est une idée
tout à fait déraisonnable, et le morvandiau-berrichon i\enx « veux », que
M. S. invoque et qu'il altère en riyeiix pour le rendre plus probant, n'a rien
à voir là-dedans. Le bon Jônain a eu raison de rattacher son substantif
carcuilloii « enfant qui a les veux <:rt7-raî7ZoH5, c'est-à-dire chassieux ■■> à careuil,
forme méridionale de chareuil, chaleuil, chaleil « lampe rustique » dont l'éty-
mologie est bien connue : c'est le latin calyculus.
Il me serait facile de donner d'autres exemples qui convaincraient le lecteur
que les étymologies de M. S. sont parfois extrêmement aventurées.
J'aime mieux terminer en signalant une explication heureuse du français
guépard : M. S. pense que le mot est identique à chat-pard (p. 41). Je suis
porté à lui donner raison. Je remarque en effet que dans un « état des mar-
chandises du Levant... arrêté au Conseil du Roi le 16 janvier 1706 », qui est
imprimé dans le Dict. du Commerce de Savary des Bruslons, t. 111(1730),
p. 770, il est question de « peaux de gcipard », de sorte que l'identification de
guépard avec léopard, proposée par le Dictionnaire général, doit être définitive-
ment écartée.
A. Th.
PÉRIODIQUES
ZeITSCHRIFT FilR ROMANISCHE PHILOLOGIE, XXX (1906), I. — P. I,
H. Schucliardt, Die routa nisdvii Notiiiuahuffixe im Bashischen. A propos du
travail récent de C. C. Uhlenbeck sur les suffixes dérivatifs en basque (Amster-
dam, 1905), M. Sch. étudie les suffixes basques qu'il croit empruntés du
roman; cet emprunt a pu donner lieu d'ailleurs à de fausses coupes entre
thèmes et suffixes et par suite à des déformations du suffixe, par exemple à
la prothèse d'un -/-, qui s'explique partiellement par la terminaison -tu des
participes romans empruntés : \>a%({. -ari {-hari, -Jari, -tari) <, rom. -arius
ou -arium, -era (-kera) < -aria, eria (-keria) ou eri (-keri) < -ar -l'a,
-eta < -etum, -a, -kalJn {-gallti) < -alium -alla, -kutide (-kunte) <
-cundia, -tasiin < atione. — P. 11, Cl. Merlo, Dei contimiatori del lat.
ille iu alctini dialetfi deiritaîia centrO'Vieridionaîe.Fremière partie de l'étude
de M. Merlo qui réunit de nombreux exemples de / initial, / et // intervo-
cal iques attestant la palatalisation de ces phonèmes devant 7, ù et partiellement
». — P. 27, P. Savi-Lopez, Appiinti di napoletano antico : 1. Le napolitain
dans l'usage littéraire du xv^ siècle. 2. La langue de la Cronaca de Loise de
Rosa, texte composé à partir de 1452 (mais l'auteur était né en 1385) et
d'une grande valeur linguistique à cause de la médiocre culture de
l'auteur. M. S.-L. nous donne ici la partie phonétique de cette étude
importante qui sera continuée. — P. 49, J Stalzer, Neue Lesungen ^u
den Reichenaiier Glosseii. M. St., prenant pour base l'édition des gloses publiée
par M. Foerster dans VAltfraniôsisches Uebungshnch, 1^ éd., donne les résul-
tats d'une nouvelle lecture du ms. qui améliore sensiblement le texte ; l'on
notera dès maintenant que M. Foerster (Zc/Ac/;/'., XXX, p. 256) n'accepte pas
toutes les leçons de M. St. Malgré la difficulté de lecture du ms., M. St., qui
en croit le déchiffrement possible, apporte à l'appui de son opinion une cin-
quantaine de gloses nouvelles extraites de la partie alphabétique (lettre L) du
glossaire. — P. 55, L, Manicardi, Di un antico vo]gari:[;^amento inediio délie
Epistole morali (// Seneca. Cette traduction antérieure à 1325 œuvre d'un ano-
nyme florentin travaillant pour Riccardo Pétri, a été faite directement sur le
texte latin et non, comme on l'a soutenu, d'après une traduction provençale.
— P. 71, A. Horning, Faluppa (cf. Zeilschr.,XXXl, 192, sqq. et XXIX, 327 n.).
M. H. défend contre M. Schuchardt le rapprochement entre faluppa
47^ PèRIODIClUES
et vihippo et s'efforce de montrer que la difficulté sémantique qu'il pourrait y
avoir à adopter en même temps le rapprochement entre faluppa ttfrappare
n'est qu'apparente, le double sens de faluppa « puleas minutissimas vel
surculi minuti », auquel le fr. scion fournit un parallèle, suffisant à expliquer la
naissance des deux groupes sémantiques; — observations sur les mots du
type fclpc, fripe, etc., sur le suffixe nord-ital. -pola, etc.
Mélanges. P. 79, C. Salvioni, Ilhisori celtismi mlV alla Italia : 1, lomb.
dçrîa « écale, noix écalée ». M. S. défend contre M. Schuchardt (cf. Zeitschr.,
XXIX, 328) son rapprochement de r/{r/«î et du piém. rçJa < rôbôre.
M. Schuchardt se rallie d'ailleurs à cette opinion (cf. Z('//5r/j/-., XXX, 207). —
2, Casiiigo, Castidle, Casiiédo. M. S. montre que, contrairement à l'opinion
d'Ascoli, ces noms de lieu n'ont rien de commun avec*caxinu= chêne,
mais se rattachent à castau- -|- divers suffixes. — 3, march. sa, « avec »,
n'est pas l'équivalent celtique du sanscrit sam (Mohl, Festgabe Mussafia, p. 64),
mais la réduction de fo;/ essa. — P. 81, C. Salvioni, Negôssa, orgi'iç, ligûras.
M. Schuchardt avait expliqué {An Mussafia, 31) ces noms de filets de pêche
nord-italiens par le latin n egot ia; M. S. combat cette opinion en se fondant
surtout sur le -ss- de negossa, forme attestée à Bologne où -tj- > i. Cf.
Zeitschr., XXX, 207,1a réponse de M. Schuchardt, qui maintient son étymo-
logie. — P. 83, H. Schuchardt, Zu lat. ambitus im Romanischen. Observa-
tions sur l'article de M. Horning(Zt'//5(;/;/-., XXIX, 513). —P. 85, O. Gerloff,
Franc, aveugle. Remarques médicales à propos de l'étymologie de M. Herzog,
aveugle << alboculus, qui ne doit pas s'appliquer au glaucome, mais au
leucome.
Comptes ren'dus. P. 86, R. Helbig, Die italienischen Eleniente im Albane-
sischen (J. Subak). — P. 90, U. Levi, / monumenti dcl dialetto di Lio Major
(G. Vidossich; cf. Roniania, XXXIV, 469). — P. 93, Pocma de Fertian Gon-
fa/q, éd. C. Caroll Marden (W. v. Wurzbach). — P. 97, V. Chistoni, La
seconda jase del pensiero dantesco ; P. A. Menzio, Il traviamcnto intellctuale di Dante
Alighieri secondo il ÎVitte, lo Scarta:(~ini, etc. (Fr. Beck). — P. 102, Li Jus
de saint Nicbolai des Arrasers Jean Bodel, éd. Manz (A. Schulze). — P. 109,
A. Tobler, Mélanges de grammaire française, I, trad. Kuttner et Sudre
(A. Schulze; cf. Romania, XXXV, 159). — P. 109, K. Dieterich, Neugrie-
chisches mid Rotnanisches, II (Kr. Sandfeld Jensen). — P. 112, J. Cejador,
La lengua de Cervantes (P. de Mugica). - P. 116, Romania, n° 132
(W. Fœrster, G. G, W. Meyer-Lûbke). — P. 119, Revue des langues
romanes, XLVII (O. Schultz-Gora). — P. 120, Giornale storico délia lette-
ratura italtana, 23^ année (B. Wiese). — P. 126, Livres nouveaux
(G. Gr., Ph. A. Becker).
XXX, 2. p. 129, J. Subak, Z«w /»i/?;/5/)a«/.'ù7;t';/. Cette étude phonétique
et morphologique (verbe), accompagnée de quelques textes, porte sur le
judéo-espagnol de Bosnie directement étudié par M. S. et sur le parler de
Constantinople et de Salonique qu'il connaît indirectement. C'est un travail
minutieux et d'une réelle importance. — P. 186, Alf. Klotz, Die Bedeutung
PÉRIODIQUES 477
Gallicns fur die roiiiische Literaiur. Tableau à larges traits de la culture latine
en Gaule jusqu'à la renaissance carolingienne. — P. 202, G. Vidossich,
Etiiiioli\'ic : i, sarde barsacca, hrcsacca p'iém. bersac, bersacctt, cf. com.abarSiKb,
ne remontent pas à bisaccium, mais à l'ail. Habersach; ce sont des mots
de soldats ; — 2, frioul. bt':(ode, hx:nide, «■ sot ». cf. istr. / bâclai, « les testi-
cules », < bis -ovale; l'emploi de mots analogues pour exprimer la sottise
est bien connu; — 3, gén. brcinissu ^ ù. burnous ; — 4, tricst. kolsa,
« cuisse », n'est pas le représentant régulier de coxa qui eût donné kosa,
mais le résultat d'un croisement avec le si. boc:i (botsa) ; — 5, ital. trapa,
« eau-de-vie»; — 6, anc. vén. etc., diuaro doit représenter orivâpiov plutôt que
denari us; — 7, triest. jloca etc., « histoire, mensonge », déverbal d'un ladin
flocar identique au ioscàn fioccare ; — 8, Frioul., etc., f^aio, « point arrière ou
point d'épine » < lomb. gahagium « clôture, barrière », le passage au
sens de « point » s'expliquant par l'aspect des coutures faites avec ces points
spéciaux ; — 9, com. hwià « boire à l'excès » identique à luniar « voir »,
cf. ail. bis Glas guckcit; — 10, trévis. pantvin, « feu de la veille de l'Epi-
phanie », < *pevanin < epiphan -f- inu; — i\ ,x.r\iisx. saridndola c lézard »,
rapproché de saraudègola «fronde »; — 12, Scniih'cola, nom de lieu (pro-
vince de Padoue) n'a rien à voir avec semita; c'est le nom d'une famille
grecque émigrée à Venise ; — 13, trévis. scat, « bâton », bellun. scatto. « trait »,
= ail. Schacht, variante de Schafl ; — 14 triest. sciiika, « bille »,= ail. KUiikcr.
MÉLANGES. P. 207, A. Schuchardt, Derla ; negossa. Comme on l'a vu plus
haut, M. Sch. accepte l'explication de M. S. pour derla, mais maintient negossa
< negotia, iiego^^a, phonétiquement régulier, lui paraissant la forme
primitive ultérieurement altérée en negossa. — P. 210, H. Schuchardt, Roman.
gorr. Le point de départ de cette note est l'istr. guoro, \^oro « rougeâtre »,
que iM. Sch. rapproche de l'it. gorra « osier », la teinte de la plante ayant
donné naissance au nom de couleur ; gorra pourrait être, si l'on tient compte
des doubles formes fr. mérid. gourro, agourro, sicil. vurra agurra, le lat.
a ugu ri a, car les baguettes divinatoires d'osier ne sont pas inconnues dans
les croyances populaires. — P. 213, H. Schuchardt, Basq. chindar, chingar,
« étincelle », addition -àZeitschr., XXIX, 232. — P. 214, H. Schuchardt,
Zn lat. galla, addition à Zeilschr., XXIX, 323.
Comptes rendus. — P. 216, Obras de Lope de Vega publicadaspor la Real
Academia Espanola, XI (A. Restori). — P. 235, H. Breymann, Calderon-
sludieii, I, (A. L. Stiefel). —P. 254, John D. Fitz-Gerald, Vida de Santo
Domingo de Silos por Gon^ah de Berce) (P. de Mugica ; cf. Romania, XXXIII,
629.). — P. 236, note rectificative de W. Fœrster à l'article de J. Stalzer
{Zeilschr., XXX, 50) sur le glossaire de Reicheuau.
i\I. RoauEs.
Annales du Midi, XVIII (1906). —Janvier. P. 5-39, R. Poupardin et
A. Ihomas, Fragments de cartulaire du monastère de Paunal (Dordogne).
Aucun acte en langue vulgaire ; mais le roman perce de temps en temps sous
478 PÉRIODIQ.UES
le latin; les éditeurs font quelques remarques philologiques à ce sujet, p. 16-
17. — P. 65-68, Dr Dejeanne, Les « coblas » de Beruart-Arnaut iV Armagnac
et (le Jatiie Loinbarda. Texte, traduction en français et commentaire, le tout
aussi satisfaisant que possible en présence du seul manuscrit, fort peu soigné»
qui nous a conservé ces coblas. — P. 69-80, Aug. Vidal, Les coiiiples consu-
laires de Monlagnac (Hérault). Suite, années 1438-1449. — Comptes rendus
de : Brissaud et Rogé, Textes additionnels aux anciens Fors du Bc'arn, par A. Fer-
radou ; K. Lewent, Das allpro-v. KreuiHed, par A. Jeanroy.
Avril. — P. 145-165, J. Calmette, La famille de saint Guilhem. Etude cri-
tique approfondie d'après les sources. En finissant, M. Calmette déclare se
rallier à l'opinion de M. F. Lot sur la date de la mort de Bernard (5 avril-
19 mai 844). — P. 172-195, V. De Bartholoraaeis, La « tensoii » de Taurel et
de Falconet. Pièce déjà connue et qui a été longuement étudiée par M. Tor-
raca et par d'autres. M. De B. en donne de nouveau le texte, avec une traduc-
tion et des notes, puis il s'escrime à résoudre « tous les problèmes auxquels
le texte peut donner lieu ». Il reconnaît lui-même qu'il n'a atteint son but
qu'à demi ; mais la faute en est au sujet et non à lui. Une véritable
découverte qu'on lui doit, c'est l'identification du Passiian de la « tenson » (où
M. Torraca voyait le gérondif d'un verbe imaginaire) avec San-Germano, à
une lieue au sud de Casale. — P. 196-208, Aug. Vidal, La comptes consulaires
de Moiitagiiac (Hérault). Fin, années 1450-1460. La langue offre à chaque
instant la confusion des sons ^ et r, et des métathèses de l'r dont plusieurs
ne sont dues qu'à des étourderies de scribe, par exemple ;Voh pour jorn, spro-
mentat pour espermcnlat, etc. L'éditeur a placé à la fin de ses extraits un glos-
saire qui rendra d'autant plus de services qu'il y a inséré des mots appartenant
à des comptes qu'il n'a pas publiés. Ce glossaire permet de corriger quelques
fautes de lecture : ainsi cabelejaire ou cabe:(elejaire, traduit par « musiciens
jouant d'un instrument à déterminer », n'est autre chose que le taborelejaire
« joueur de tambourin » que M. V. a relevé dans un compte non publié ;
tregema, en face duquel il n'y a qu'un point d'interrogation, doit être lu trege-
nia, la désinence -la correspondant à la désinence classique -ier : c'est un voitu-
rier (cf. Mistral, treginié). D'une façon générale, l'auteur n'a pas tiré de
Mistral tout ce qu'on en peut tirer : desfera n'est pas « l'action de déferrer un
cheval », mais, comme le dit Mistral, « les quatre fers d'un cheval mort ». Il
aurait fallu relever querba, qui figure à l'art, lessial et qu'on propose à tort de
corriger en quorba : le sens propre est « anse » (cf. Mistral, carbo) et l'anse
d'une cloche est la partie qui sert à la suspendre. Huda est pour vueida, anc.
franc, vuide, l'action de faire vider le pays aux soldats; mugol « sorte de
poisson » est trop vague : c'est le muge de l'Académie ; novelete est le terme
français de jurisprudence iiouvelleté; pour polo mar, il n'y avait qu'à renvoyer à
Mistral, I'ouloumar, et pour riega au Bull, arcbéol. du Comité, 1903, p. 115
et 117. Il y a dans ces comptes une mention intéressante au point de vue lit-
téraire : en 1458-1459, il est question de livres que Charles VII f;iisait trans-
PÉRIODICIUES 479
porter de Barcelone en France ; malheureusement le clavaire n'était pas
bibliophile et n'en a pas fait le catalogue, même sommaire. — P. 209-221,
J.Ducamin, J pnfos if une récente édition de Guillaume Jder (premier article).
Cet examen minutieux, t'ait par un critique compétent, montre l'insuffisance
de la traduction et des notes d'un des éditeurs, M. Vignaux. — P. 222-250,
long compte rendu analytique, très élogieux, de la thèse de M. Anglade sur
Guiraut Riquier (par M. R. Lavaud, avec quelques rectifications et cri-
tiques de détail par M. Jeanroy). — A. Th.
Bulletin de la Société archéologiciue du midi de la France. Nou-
velle série, 0° 54 (nov. 1904-ianv. 1905). — P. 218-221, Abbé Galabert,
HoUh de ville de MoNtpe:;^LU et de Caussade en Ouerci. Extraits de textes romans
du commencement du -wi"^ siècle. A remarquer le suhst. orresie « immon-
dices », qu'il vaut mieux imprimer orresie, car il correspond à un plus ancien
* orrq/tv, dérivé de orre avec le suffixe -ier au sens collectif. — X" 35 (janv.-
juill. 1905). — P. 555-360, A. "Vidal, Noto d'art sur Montaguac (Hérault).
Extraits des registres de comptes du clavaire communal (1434-145 3) en
langue romane. A relever, p. 356, einjuarna « donner (par la peinture) la
couleur de la chair, la carnation »; p. 359, retaule « rétable » ; p. }6o,portar
a inanest « porter à bras », et tralha « brancard? ». Sur les comptes des cla-
vaires de Montagnac, c(. Annales du Midi, XVII, 517, et ci-dessus, p. 478.
— P. 561-2, Fourgous, H.xcursion archéologique éi Venerque (Haute-Garonne).
Inscription romane de 1 5 1 5, dont le texte paraît médiocrement lu. — A. Th.
Bulletin de la Société ARCHÉoLOGiauE et HisTORiauE du Limousin,
t. LV, 2^ livr. — P. 555-592. Franck Delage. Confrérie de Notre-Dame la
Joyeuse ou des Pastoureaux. Les statuts de cette confrérie, en langue limousine,
datés du 6 janvier 1491, ont été publiés par M. Leroux darxs h Reime des
langues romanes de 1891. M. F. D. relève dans les registres de comptes
nombre de détails curieux : malheureusement aucune des chansons de Noël
ou d'Epiphanie, manuscrites ou imprimées, dont il est fait mention dans ces
registres, n'y a été transcrite ni ne semble nous être parvenue par ailleurs. Les
comptes sont en langue vulgaire de Limoges jusqu'à 1545 inclus, en français
depuis 1546. Il y a plus d'un mot intéressant à y prendre, par exemple :
p. 567, sermoniadour « prédicateur », puât « herse pour les cierges », btiga
« buire à huile »; p. 567, mayar « garnir de feuillage, décorer » ; p. 569,
cibol « sabot, jouet d'enfant », baudijfa « toupie », lanipeiron « lamperon » ,
p. 570 chabre taire « joueur de musette », arcaneta « orcanète », lardado\ra
« lardoire? » ; p. 574 limanda « tablette «; p. 578 maye « feuillage pour
décorer ». — A. Th.
Zeitschrift fùrvekgleichendeSprachi-orschung, t. XXXlX(i904). —
P. 265-355, Richard Lœwe, Altgermanische elemente der Balkansprachen,
M. Lœwe s'est efforcé de réunir des preuves d'une influence germanique
480 PÉRIODIQ.UES
ancienne sur les langues balkaniques («•rcc, roumain, albanais, langues slaves).
Sur le roumain et l'albanais cette influence a pu être indirecte, des éléments
germaniques ayant été latinisés à époque ancienne et transmis ainsi aux par-
1ers romans orientaux, mais elle a pu aussi s'exercer directement, par contact
entre les Romans des provinces danubiennes et les Goths de la Mésie infé-
rieure, les Gépides ou les Hérules de la Pannonie inférieure, etc. La question
des rapports entre les Germains danubiens et leurs voisins romans est assez
importante pour que toute tentative pour arriver à une solution mérite d'être
signalée, et je rapporte ici sommairement les rapprochements proposés par
M. Lœwe : roum. bàlan « blond » < got. balaii, cf. a. fr. balaiii et Suchier,
Zs.J. rom. Phil., XVIII, 186. Le mot aurait été emprunté à l'époque latine ;
de même pour hardâ « hache de charpentier >>, cf. a. fr. barde et a. h' ail.
barla, — slangâ « barre «, cf. a. h» ail. stauga, fr. étangites, etc., — nastur
« boulon », cf. a. h' ail. ncslihi, — bearâ < germ. *bera, moderne Bier.
Au contraire le roumain aurait emprunté directement au germanique danu-
bien : targà « civière, claie », d. a. h« ail. ^arga, — dop « bouchon », cf.
néerl. dop, — biec (en Istrie) « petit chien » cf. a. h' ail. braccho. — P. 593-
599, W. Meyer-Lùbke, Altgennanische Ekmeiite im Riiiiiânischeii ? M. M.-L. a
fait des rapprochements institués par M. Lœwe une critique immédiate qui n'en
pouvait pas laisser subsister grand chose. Une fois mise à part l'étymologie
déjà bien ancienne nastur < iiastilô (cf. en dernier lieu Puçcaiiu, Etwiol.
ÎVôrterb. d. ruiinhi. Spr., n° ii)6), l'on voit que hïhm et staiigâ ne peuvent
représenter phonétiquement balan et stanga qui, empruntés anciennement,
auraient changé en î leur a devant nasale. De plus bâlan et targâ (avec ses
variantes tragâ, traglà) paraissent inséparables de leurs correspondants slaves
bclïi et traoljc, comme barda d\i magvar bard; quanta l'istr. brcc, c'est un mot
croate. Enfin stauga et bearâ sont des emprunts modernes; pour dop, s'il
fallait le rapprocher du bas allemand, l'on ne serait pas par là autorisé à y
voir le représentant danubien d'un primitif gothique, car les Saxons de
Transylvanie auraient aussi bien pu l'apporter avec eux des pays rhénans.
m. roclues.
Elfter Jahresbericht des Insututs fur rumanische Spr.\che zu
Leipzig, hgg. v. G. Weigand ; Leipzig, 1Q04; in-80, viii 368 pages. —
P. I, Sextil Puçcariu, Lateinisches ti imd ki ;';// Ruviànischen, Italienischen und
Sardischeu. Ce travail, que M. P. a présenté comme « Habilitationschrift » à
l'Université de Vienne, est, à tous égards, le plus important du présent volume.
Outre les parlers romans indiqués par le titre, il intéresse encore l'albanais et
accidentellement le français, mais surtout il a pour la phonétique romane un
intérêt général ; il faudra rechercher si les conclusions partielles de M. P.
peuvent être un élément d'explication globale pour le traitement roman de
-ti- et -ci-. M. P. distingue d'abord soigneusement entre le roumain et les
langues romanes occidentales, ces deux groupes ne s'étant trouvés ni dans les
PÉRIODIQUES 481
mêmes conditions de développement, ni même devant des combinaisons pho-
niques ou un matériel lexical identiques. Pour le traitement de -tj- en parti-
culier on constate que le roumain, très régulier, ne connaît pas les hésitations
de l'italien, par exemple : rien qui ressemble aux alternances puteum >•
/w^^o, pa.la.ùum> piihigio, gratià '^ gracia; mais, aussi bien, puteum
seul est représenté en roumain, et non point palatium ou gratia, et
il pourrait y avoir quelque relation entre les deux faits. Les témoignages des
inscriptions et des grammairiens nous attestent qu'au iv= siècle -tj.- était pro-
noncé -ts- ou -ts'- et nous trouvons les traces de cette prononciation aussi
bien dans le roumain pu^ que dans l'italien /'oi^i^o. Mais cette prononciation
vulgaire n'était pas forcément la prononciation de l'école et des gens cultivés,
lesquels se trouvant en présence de la graphie petia et de la prononciation
*petsa p. ex., semblent avoir abouti à un compromis petsia, dont on peut
encore retrouver la trace chez les grammairiens et dans les graphies du v^ et
du vi« siècle. Des inscriptions du ve au vue siècle, surtout en Gaule, nous
montrent le groupe -tsi- réduit à -si-, de sorte qu'un mot latin avec -ti-
passé de la langue des 'classes cultivées dans l'usage commun après le ive
siècle y aurait pris non pas une forme avec -ts-, mais une forme avec -tsi-
puis -si-, c'est-à-dire que ration e aurait rejoint occasione, et palatium
Ambrosius; c'est précisément l'état que nous présente l'italien ayecragione-
cagione, palagio-Amhrogio. D'autre part la prononciation -tsj- adoptée par les
grammairiens trouva un regain de vie avec la renaissance carolingienne et
les mots introduits dans l'usage commun à cette époque doivent la reproduire;
il en est ainsi pour a»^/aHO •< *anteanus ou plutôt *antsianus, gra^iare
<*gratsiare. Rien de semblable naturellement dans le roumain qui repré-
sente un latin soustrait aux influences des lettrés et de l'école. Ainsi, pour le
tj classique, trois représentants vulgaires chronologiquement séparés: ts com-
mun à tout le domaine roman, s\ (v^ s. et suiv.), ts j (ix^ s.). M. P. tient
en outre que le degré ts ou ts' est antérieur au iii^ siècle, puisqu'il
est connu du roumain développé à partir de cette époque indépendam-
ment des autres langues romanes ; cette thèse , en opposition directe avec
les tentatives récentes, comme celle d'O. Densusianu, pour trouver des
points de contact entre le roumain et le reste de la « Romania » bien après le
me siècle, est accessoire dans le travail de M. P. et n'y trouve pas de confir-
mation : le roumain n'a pas, il est vrai, le degré -sj^ -, mais ce degré ne nous
est attesté graphiquement qu'au ye siècle, et en Gaule; il n'est, déplus, repré-
senté, et ne peut l'être, que par des mots tardivement vulgarisés et le roman
oriental, même en rapports assez étroits avec le reste de la Romania, a pu
ignorer au v^ siècle encore et la prononciation tsj,-si et les mots recherchés
où elle triomphait. Nous ne pouvons résumer les règles établies par M. P.
pour chacune des langues qu'il étudie ; nous noterons seulement qu'elles
intéressent non seulement ti, et kj, mais encore d j, gi, si et même ce, ci,
et que M. P., reconnaissant l'influence de l'accent sur le traitement de ti, kj,,
Romania, XXXV î I
482 PÉRIODIQ.UES
en roumain : pu te uni >/î//mais titiône >• tciciinie,\a. repousse pour l'ita-
lien. M. P. traite incidemment beaucoup de menues questions et étudie de
nombreux mots; les index dont il a muni son travail permettent de les retrou-
ver facilement. Je n'ajouterai aux éloges que mérite la belle et utile étude de
M. P. qu'une menue remarque typographique : l'habitude adoptée par l'au-
teur d'imprimer en grandes capitales les formes latines, jointe aux variations
d'interligne et à l'abus des mots espacés, rend la lecture souvent pénible, et,
je crois, ne présente par ailleurs aucun avantage sérieux. — P. 188, G. Wei-
gand, Dcr Scbictind von n dufch Niisiilicning. En cinq pages M. W. tente un
classement et une interprétation des cas de chute de w en roumain (indépen-
demment des cas de chute de n mouillée dans le Banat) : il constate d'abord
l'existence en roumain, au moins chez les individus non lettrés et qui ne
conforment pas leur prononciation à l'écriture, l'existence de voyelles nasa-
lisées après lesquelles la consonne nasale, cause de la nasalisation, peut natu-
rellement disparaître. Cette chute de la nasale après voyelle nasalisée se
produit : 1" dans la syllabe initiale in- devant /•, îm-cidàcine^, pron. îràdà-
cinei ; 2<^ dans les mots atones devant/, et ici non seulement la nasale a disparu
anciennement, mais la voyelle précédente a fini par perdre sa nasalité : tan-
tum, quantum > tît, cit (mais quando > f?»^/), contra >> càlrà ; 3° dans
le groupe -înu granum frenum> grînu, frinu > grîii, Jrîii ; 4° dans le
groupe protonique -(?«- devant voyelle : (3iVïna.^ fànin.1,fâind, ce qui permet
d'expliquer le difficile slrâin par le bulgare straneu >> strànin > stràin ; 5°
dans le groupe atone titia, una >> ua > 0. Ainsi ces phénomènes n'inté-
ressent que les voyelles profondes /, à, u (et aussi dialectalement i/) en posi-
tion atone, à l'exception du groupe 3 : je note ici la contradiction frenu >
frîu, mais fenum >/m : il s'agit sans doute d'une différence chronologique,
mais y aurait-il à tenir compte de la présence de r dans les groupes initiaux
de grill, friii, hriii Qin de a Une est beaucoup moins étendu)? — P. 193,
A. Bogdan, Die Metrik Eniiiiesctis. — P. 273, Kurt Schreyer, Der Adver-
biahati in der nenrnmànischcn Folksliteralur. Recueil d'exemples bien classés
et intéressant non seulement les conjonctions et leurs antécédents dans les
phrases principales, mais encore les temps et modes, et la place des divers
éléments de la proposition dans la phrase conjonctive ; le travail est purement
descriptif sans comparaison ni histoire. — P. 364, A. Bogdan, Nacbtrag
^nr « Metrik Eminescus ».
M. Roques.
Zeitschriftfûrfranzœsischesprache UND LiTERATUR. — Tome XXVI
(1904). Première partie, Ahhandlungen. — P. 95-220, Kurt Glaser, Die
Mass- tind Geivichtesbe^eichnungen des Fran:^œsiscl}en, Ein Beitrag ^iir Lexiko-
graphie und Bcdeulungsgeschichte. Très utile nomenclature, dressée d'après une
quantité considérable d'ouvrages techniques et de dictionnaires patois, et suivie
d'un glossaire. — P. 221-240, K. Morgenroth, Znjii Bedeutungsicandel ini
PÉRIODIQUES 483
Fratu^œsischen. Fin d'un long travail commencé dans les volumes précédents.
— P. 241-253, L. E. Kastner, History of the Teria Rima in France. Cette
forme n'apparaît pas avant 1505. — P. 254-260, A. Schulze, Zu Cligcs 626 fF.
Discussion d'un passage déjà étudié par G. Paris, Mussafiaet G. Cohn (XXV,
II, 220). — P. 261-288, M. J. Minckwitz, Gedenlchlxtkr fi'ir Gaston Paris.
Article plein d'émotion, dont l'auteur montre, à l'aide de souvenirs personnels
et de citations bien choisies, ce que fut en G. Paris le maître, l'ami, le penseur
et le lettré.
Deuxième partie, Referate und Ret^ensionen. — P. 1-5, J. Kalbfleisch, Olivier
de la Marche, Le Triomphe des Dames (Herzog : quelques remarques critiques
et exégétiques). — P. 5, L. Mott, The Provençal Lyric (Stengel). — P. 6-10,
J. Weston, The three days Toitrnameiit (Golther: il s'agit de l'épisode, fréquent
dans les romans arthuriens, où un chevalier inconnu, vêtu d'armes diflférentes,
remporte trois jours de suite le prix du combat ; cet épisode se trouve
notamment dans Lanielet, Ippomédon et Cligès ; le critique conteste que la
version des deux premiers poèmes remonte à une source plus ancienne que
celle du troisième, et maintient que c'est à celui-ci que les deux autres ont
puisé ; il proteste énergiquement contre la méthode folklorique appliquée aux
recherches d'histoire littéraire). — P. 10-4, W. Newell, Thelegend of the holy
Grail and the Perceval of Crestien of Troyes ; W. A. Nitze, The oldjrench Grail
romance Perlesvaus ; Fleury, Du roi Arthur et de la légende du Graal; Sir Cleges,
Sir Liheaus Desconus . . ., rendered in prose hy J. L. Weston (Golther: résume
et approuve pleinement le premier ouvrage, loue également le second, plus,
ce me semble, qu'il ne convient [cf. Revue critique, 1904, 11, p. 240], annonce
brièvement les deux autres). — P. 145-63, Neuere Arheiten ilber das
Rolandslied (Ta^ernier: article original et vivant, consacré à seize travaux parus
de 1900 à 1903; l'auteur y expose l'état actuel de nos connaissances et ses
vues personnelles sur la date, la patrie et l'auteur du poème ; il insiste parti-
culièrement sur les derniers travaux de G. Paris, dont il conteste les vues
sur le rapport entre le /^o/i/W, le Pseudo-Turpin etle Carmen). — P. 164-73,
R. Weeks, The Messenger in Aliscans ; The primitive Prise d'Orange ; Origi?i
of the Covenant Vivien, Aimer le Ché t if (Minckwitz: résumé commode de
quatre dissertations importantes et difficilement accessibles ; adhésion à la
méthode de l'auteur et aux principaux résultats obtenus). — P. 174-9, Grein,
Amis iind Amile. . . . in deutschc Verse iïbertragen (Friedwagner : étudie
environ un tiers de l'ouvrage, et y relève des erreurs d'interprétation plus ou
moins graves). — P. 179-84, K. Nyrop, DasLehen der Wœrter QAorq,tnroû\:
analyse élogieuse : quelques remarques additionnelles. Le critique a le tort
de prendre pour du français courant les fantaisies individuelles d'un écrivain
belge qui torture pitoyablement notre langue). — P. 184-92, O. Dhtrich,
Die sprachu-issentschaftliche Définition der Begriffe « Sat:{ » und « Syntax ;
Svedelius, JVas charakterisiert die Sat:^analyse des Fran^cesischen am meisten
(Herzog : analyse et discussion approfondie du premier de ces deux mémoires).
— P. 192-8, P. y\.iïc\ïO\., Petite phonétique du Jrançais prélittéraire (Hqtzoo :
484 PÉRIODIQ.UES
intéressantes remarques de détail). — P. 198-206, H. Palander, Der
frait:^ivsiscbe Einfluss atij die deutsche Sprache im iivœlften Jahrhuiideit; Th.
Maxeiner,Z)/V iniltelhochdeulschen Std^slantivc fuit dem Suffix-itr; Salverda De
Grave, Les mots dialectaux du français en moyen néerlandais ; Bijdragen tôt de
kennis der uit het Frans oi'ergenofnen woorden in het Nederlands (Horn). —
P. 212-4, K. Nyrop, Manuel phonétique du français parlé, 2^ éd. (Sturmfels).
Tome XXVII (1904)'. Première partie, Ahhandlungen. — P. 69-116,
E. Brugger, Beitrxge ^nr Erklxning der artburischen Géographie \. Estregales.
L'article débute par une réponse fort acerbe aux critiques dirigées contre l'auteur
par M. F. Lot {Rom., XXVII), qui répondra s'il le juge à propos. M. B., qui
reproche durement aux autres leurs hardiesses, prend lui-même avec les
textes des libertés extrêmes, comme vient de le montrer un de ses critiques
(^Zeitschr. f. roni. Phil., XXX, 553). — P. 117-59, G. Cohn, Textkritisches.
Zum a Cligès». Suite et fin des notes critiques dont le début avait paru, sous
forme de compte rendu, dans la 2^ partie du tome XXV.
Deuxième partie, Referate iind Re:^ensionen. — P. i-io. Spencer, A Primer of
french Verse for upper forms ; Kastner, ^ History of french Versification ; Brandin
et Hartog, A Book of french Prosody ; Tobler, Voni fran~œsischen Vershau,
4^ éd.; Langlois, Recueils d'Arts de seconde rhétorique (Stengel). — P. 11-3,
Enneccerus, Vershau und gesanglicher Vortrag des xltesten franiœsischen Liede
(Stengel: importantes remarques sur la versification de VEulalie). — P. 13-8.
Langlois, Table des noms propres... dans les chansons de geste (Tavernier : regrette
que l'auteurait considéré le commentaire comme la partie la moins importante
de sa tâche; cf. Roinania, XXXV, 139). — P. 19-21, Schober, Die Géographie
der altfran's^œsischen Chansons de geste (Tavernier : début d'un « bon et utile
travail », reposant sur tous les textes imprimés). — P. 22-39, Lipke, Ueher
das Moniage Rainouart (Cloetta : très important compte rendu, avec de pré-
cieuses digressions sur divers points, et le texte critique du passage (Bataille
Lokifier), qui contient le nom du poète). — P. 40-2, Liégeois, Gille de
Chin : l'histoire et la légende (F'nson). — P. 63-5, Driesen, Der Ursprung des
Har/e^m (Mahrenholtz : bref résumé du livre). — P. 96-7, Plattner, Formen-
bildung und Fonnemvechsel des fran^œsischen Verbums (Sturmfels). — P. 129-
41, Bartsch, Chrestomathie de Y ancien français, 8e éd. (Fœrster : corrections
aux textes et au glossaire). — P. 141-7, Bcekemann, Fran:;^œsiscber Eupbemis-
mus (Morgenroth). — P. 147-9, Hemme, Das lateinische Sprachmaterial im
IVorteschai^e der deutscher Jraniœsischen uruî englischen Sprache (Horning : livre
utile, mais trop chargé et insuffisant au point de vue scientifique). — P. 150-
3, Trénel, L'Ancien Testament et la langue française du moyen âge (Bloch :
consciencieux, mais mal composé; l'auteur n'a pas su limiter étroitement son
sujet; cf. Rom., XXXIV, 320). — P, 15 3-4, Jeanroy, Les Origines de la poésie
lyrique en France, 2^ éd. (Stengel). — P. 154-6, Cocchia, Studio letterario délia
I. Le volume précédent portait déjà la date de 1904.
PÉRIODIQ.UES 4^5
Chanson de Rohwd (Taverhier). — P. 156, Suchier, Ancassin et Nicolete,
S^éd. (Pirson). — P. 209-11, Misiellen. Briefevon Gaston Paris an L. Lemcke.
Tome XXVIII, 1905. Première partie, Abhandlungen. — P. 1-72, E. Brug-
ger, Beitrxge fïir Erklœnmg der arthiirischen Géographie II. Gorre. Le pays de
Gorre serait situé au nord du Firth of Forth ; ce n'est pas seulement le
nom de Gorre, mais une foule d'autres qui sont identifiés et expliqués avec
une superbe assurance (voy. le compte rendu déjà cité, Zeitschr.J. rom. Phil.,
XXX, 357). — P. 72-8, E. Stengel, Die Refrains der Oxforder Ballettes.
Classification des refrains, selon qu'ils se rattachent ou non au texte de la
strophe, et d'après leur contenu. — P. 79-81, Wortgeschichtliches.l. Baist :
Cerneau. Dérivé de certier, « couper en cerne ». II. Behrens : afrz. crinqiie,
« butte ». Apparenté au néerl. krinkel, à l'angl. crinJde. — P. 260-87,
C. Friesland, Franiœsische Sprichuœrter-Bibliographie. Remaniement d'un
travail paru dans la même revue, t. XVIII et XIX ; cette précieuse bibliogra-
phie ne contient pas moins de 498 numéros. — P. 288-97, L. E. Kastner,
A neglected french poetic For m. 11 s'agit du système d'enchaînement Qnaab,
bbc, cdd ou aaab, bbbc... où le vers qui introduit la nouvelle rime est de
4 syllabes. Cette forme eût dû être rapprochée de celle de Varlabecca, fréquente
en provençal (Bartsch, Dcnhmxler, p. 75, 114 etc.). — P. 299-312,
D. Behrens, Wortgeschichtliche Misiellen. Étude des mots suivants, français ou
dialectaux, presque tous signalés par Delboulle comme « obscurs ou rares » :
atinter, béron, berbiette, béton, cabot te, cole, crani, cropète, effriboter, frinché,
espauîrer,focque, graviette,hacon, hamecel, hangeman, haniqne, han^in, hocteau,
Jme, hunnier, itide, jaffre, johié, j'ouvre, hassvougte, kike, lerquenoux, îemvd,
liezuer, malal, mesuiuaige, mogolle, miitelline, noguette, nonnetier, noyelle, nyeil,
pinpelock>-,phimette, pohn,pomache, ponsson, pouacre, quinquin, ramorache, rinâte,
ronghe, sousfeuls, ver, uastarde. Les remarques de M. H. sont toujours
instruaives.
Deuxième partie, Referate und Re^ensionen. — P. 1-13, Rajna, Bédier,
Croiset, Jenkins, Notices diverses sur G. Paris (Minckwitz). — P. 13-23,
Settegast, Quellenstudien :^ur galloromanischen Epik (Stengel: critique très
serrée de la première étude, sur Garin le Lorrain et le Roland ; contredit net-
tement l'auteur; cf. Romania, XXXIV, 324). — P. 23-34, Tavernier, Zur
Geschichte des altfraniœsischen Rolandsliedes (Stengel : loue l'érudition et l'in-
géniosité de l'auteur, mais s'en tient à son opinion antérieure). — P. 34-40,
Brown, Iwain ; Paton, Studies in the fairy mythology oj arthurian romance
(Golther; approuve le premier ouvrage sans adhérer complètement à la
conclusion ; loue, dans le second, l'étude sur la Dame du Lac, et trouve celle
surMorgain plus consciencieuse que concluante; cf. Romania, XXXIV, 117.).
— P. 40-3, Hœpfiner, Eiistache Deschamps (Vossler: le mérite de l'ouvrage
réside moins dans la nouveauté des faits ou des aperçus que dans la clarté de
l'exposition; cf. Ronuinia,XXXlV, 125). — P. 44- S, Sœderhjelm,^/?;/;^» von
Cicero's verlorenen Traktate De virtutibus bei einem fran-^œsischeti Schriftsteller
des fûnf:^ehnten Jahrhunderts (Wùnsch : cet écrivain est Antoine de la Sale,
qui aurait inséré dans la Salade des fragments du traité en question : M. S. rend
486 PÉRIODiaUES
l'hypothèse vraisemblable, mais la question exige encore des recherches.
Le « Brunlauentin » cité avec un point d'interrogation, p. 44, ne peut guère
être que BrunettoLatini). — P. 5-9, Kûhn, Medi^iniscJk-s ans der altfraniœsis-
chen Dichtimg (Si)ktï : additions et rectifications intéressantes faites par un spé-
cialiste). — P. 49-52, P. Meyer, De l'expansion de la langue française en Italie
pendant le moyen dge (Minckvi'itz : soigneuse analyse ; je ne comprends pas
l'intérêt de la citation finale). — P. 53-66, Nyrop, Grammaire historique de
la langue française, t. I, 2e éd. (Behrens : nombreuses observations, surtout
étymologiques; cf. Romania, XXXIII, 630). — P. 66-75, Pope, Étude sur
la langue de frère Angier, suivie d'un glossaire de ses poèmes (Behrens: résultats
intéressants et nouveaux ; rectifications et explication de quelques passages
difficiles; cf. Romania, XXXIII, 440). — P. 71-3, L'origine et le parler des
Canadiens français (Bloch ; cf. Romania, XXXIV, 164.). — P. 73-5, Bulle-
tin de la Société liégeoise de littérature u'allonne; Projet de dictionnaire général
de la langue wallonne (Counson). — P. 75-92, Saran, Der Rythmus des franiœ-
sischen Verses (Stengel : commode résumé d'un livre touffu, mais riche en
idées nouvelles, dont le critique adopte les principales). — P. 92-8, Jespersen,
Lehrhuch der Phonettk; Phonetische Grundfragen (Wagner). — P. 98-9, Beyer et
Passy, Elementarlmch des gesprochenen Fraii:(cesisch (Wagner). — P. 100,
Muller, Die Bindung sonst stummer Endkonsonanten im fran:(œsischen Sprachun-
terricht (Wagner). — P. 161-2, Crescini, Manualetto proT-'en^ale, 2^ éd.
(Stengel). — P. 162-8, Gra.mmoni, Le vers français, ses moyens d'expression,
son harnuviie (Stengel : suggestions intéressantes dans le détail, mais l'auteur
néglige trop l'histoire et part d'hypothèses arbitraires et fausses). — P. 168-
9, E. Ritter, Les quatre dictionnaires français (Behrens ; cf. Romania, XXXIV,
173). — P. 169-71, A. Thomas Nouveaux essais de philologie française
(Behrens : quelques additions et objections). — P. 171-2, Duchon, Gram-
maire et Dictionnaire du patois bourbonnais (Behrens). — P. 173-5, Ch.
V. Langlois, La société française au XIII^ siècle d'après les romans d'aventure
(Kiessmann ; cf. Romania, XXXIII, 314). — P. 175-88, H. Jarnik, Studie
ûbcr die Komposition der Fierabrasdichtungen (Richter : analyse détaillée,
critique approfondie ; le travail est soigné, mais l'exposition pénible et
obscure). — P. 188-91, Hartenstein, Siudicn ~iir Hornsage (Horn : une partie
importante du travail est consacrée au poème anglo-normand ; la critique
est sensée, mais il y a trop d'affirmations sans preuves).
Tome XXIX, 1906. Première partie, Abhandhmgen . — P. 56-140, E. Brug-
ger, UEnserrement Merlin, Studien :{ur Merlinsage, I : Die Quellen und ihr
Verhxltnis lueinander. Très intéressant exposé d'une théorie générale sur
l'histoire de la légende du Graal, avec discussion approfondie des systèmes
antérieurs, notamment de G. Paris et Wechssler. Je laisse naturellement aux
spécialistes le soin d'exposer en détail et de critiquer celui de M. Brugger. —
P. 141-9, D. Behrens, Wortgeschichtliches. Étude de dix-neuf mots appartenant
presque tous à l'ancienne langue ou aux dialectes : battée, a. fr. becquemoulx,
lyon. bloyi, wall. bouge, wall. clavai, fr. or. codât, dghet, freneau, gaupe.
PÉRIODiaUES 487
biais, gt'c^th'ux, a. fr. hoc, moine (toupie), fr. or. w/o^i', pet (sorbe) tami-
saille, tin, biais, ton, vendôni. trios, fr. or. trous. — P. 150-62, C. Keidel,
The foliations Systems of jrench Incmiahula. — P. 274-90, L. E. Kastner,
The Vision oj Saint-Paul {s\c)by the anglo-normaii trouvère Adam </(> /?ox5. Publi-
cation de ce texte d'après le ms. de Londres, avec variantes des autres mss.;
description des miniatures qui ornent le premier. — P. 291-501, W. Fœrster,
Zii Perrin von Angicourt. Excellentes remarques critiques sur une trentaine
de passages du texte établi par M. Steffens ; plusieurs de ces remarques
coïncident avec celles que j'^i présentées ici (Romania, XXXV, 125), dans un
compte rendu rédigé (sept. 1905) longtemps avant l'apparition du présent
cahier (24 fév. 1906). M. F. y ajoute quelques remarques sur la partie gram-
maticale de l'Introduction. — P. 502-10, D. Behrens, IFortgeschichtliches.
a. fr. creuseqitin, manette (petite ânesse, dans le Blaisois), martinet
(vrille des plantes grimpantes), a. fr. moussier (mesure pour la terre dans
le Nord), ^a//^, wiW. pot r fi, pourcelette, roquet, wall. 5/i:/A/ (clou long), wall.
tute (cruche), wall. vètemhie (monnaie).
Deuxième partie, Referate iind Re:{ensionen. — P. 1-3, Beitrivge ^ur ro)iiauis^
chen und engliscben Philologie, publié à propos du lo^ Congrès philologique,
tenu à Breslau en 1902 (Herzog). — P. 5-6, Mélanges de philologie offerts à
F. Brunot (Bloch ; cf. Romania, XXXIV, 508).— P. 6-7, E. Herzog, Streitfra^
gen :{ur romanischen Philologie. I : Die Lautgeset^ frage etc. (Behrens : défend
la fixité des lois phonétiques, cherche la cause des altérations phonétiques non
dans des influences de race, de climat, etc., mais dans la position différente des
organes chez l'enfant ; à la suite, dissertation sur quelques points de phonétique
française). — P. 7-1 1, M. Meinicke, Das Pnrfix re- im Franiœsischen (Herzog :
deux parties, l'une sur l'emploi, l'autre sur les sens du préfixe ; la première
est la meilleure. Travail soigné et utile, qui n'épuise pas le sujet). — P. 11-8,
A. Stark, Syntaktiscbe Untersiuliungen im Anschluss an die Predigten undGedicbte
Olivier Maillards (Herzog: la plus grande partie du travail concerne la substi-
tution du pronom atone au pronom tonique devant l'infinitif et le gérondif ;
riche collection de faits, mais commentaire presque ■.<■ inutilisable » ; polémique
àproposdu compte rendu, par M. Herzog, de la Fie de saint Martin de Péan
Gastineau). — P. 18-21, E. Brandon, Robert Estietme et le Dictionnaire français
au XFP- siècle (Stengel; cf. i?owa«/a, XXXIII, 618).— P. 22-5, Mayer Lambert
et L. Brandin, Glossaire hébreu-français duXIII'^ siècle (Bloch : critique la dispo-
sition de l'index). — P. 25, H. Lapaire, Le patois berrichon (Behrens). — P. 26
E. Guénard, Le patois de Courtisols (Behrens; cf. Romania, XXXV, 159). —
P. 31-5, H. Massing, Die Geistlichkeit im altjraniœsischen Volkepos (Stengel :
remarques de détail). — P. 33-41, E. Freymond, Eine bisher nicht henutite
Handschrift der Prosaromane Joseph von Arimathia und Merlin (Brugger:
M. Freymond exagère l'importance du ms. qu'il a découvert, lequel, s'il
peut aider à la reconstitution du texte, ne peut en rien avancer la solution
des questions d'histoire littéraire). — P. 11 5-8, G. Humpf, Beitrœge ^ur
Geschichte des bestimmten Artikels im franiœsischen (Herzog : le travail est
488 PÉRIODiaUES
surtout consacré au non-emploi de l'article devant le substantif; critique
approfondie; discussion des exemples allégués). — P. 119-25, A. François»
LacriaviDiaiii' du purisme et l'Académie française duXVIII<^ 5uV/^(Minckwitz).
— P. 125-7, G. Paris, La littérature française au moyen âge, 3e éd. (Stengel).
— P. 127-9, ^- Voretzch, Einfïihrung in das Stndium der altfraniœsischen
Literatur (Stengel: livre soigné et qui rendra de grands services, mais un peu
volumineux; rectifications de détail). — P. 129-32, J. Mortensen, Le théâtre
français au moyen âge (Stiefel : livre peu original, mais bien composé et
agréablement écrit ; quelques rectifications ; cf. Romania, XXXIII, 462). —
P. 147-9, ^- Zwirnmann, jDdi Verhxltnis der altlothringischen Uehersetiung der
Homilien Gregors ûher E:^echiel :(um Original und :^u der Ueberset^ung der
Predigten Bernhards (Schulze : la comparaison du texte français avec l'original
latin a été faite avec peu de soin ; démontre que le traducteur d'Ezéchiel et
celui des Sermons de saint Bernard ne sauraient être identifiés). — P. 150
62, Neue Tristaiihïtcher ; Bédier, Le roman de Tristan; Muret, Le roman de
Tristan ; Piquet, V originalité de Gottfried de Strasbourg ; Lœseth, Le Tristan
et le Palamhkdes mss. fr. du British Muséum (Golther: approuve, d'une façon
générale, la restitution et l'appréciation, par M. Bédier, du Tristan primitif, loue
les deux éditions). — P. 162-3, A. Boselli,Z.c Jardriu de Paradis (Fœrsttr : cor-
rections ; cf. Romania, XXXÎY, 631). — P. 163-5, F. Villon, Le Petit et le
Grand Testament, reproduction du ms. de Stockholm (Fœrster ; cf. ci-dessus,
p. 469.). — P. 165-90, E. Roy, Le mystlre de la Passion en France du XIV^
au AT/e siècle (Stengel : analyse ; très nombreuses corrections au texte de
la Passion de Semur; donne un tableau complet des formes strophiques
employées dans ce texte; cf. ci-dessus, p. 365). — P. 235-6,0. H. Carnahan,
The Prologue in the old french and proz'ençal Mystery (Stengel: livre plus que
médiocre; cf. ci-dessus, p. 135). — P. 236-8, J. Anglade, Le troubadour
Guiraut Riquier (Stengel : la partie biographique est prolixe, l'étude des
formes insuffisante). — P. 238, A. Bayot, Gormond et Isembart (Baist). —
P. 238-49, L. F. Mott, The Round Table (Brugger : l'auteur rattache la
légende de la Table ronde aux fêtes de mai; la partie folklorique est soignée,
mais les questions d'histoire littéraire sont insuffisamment traitées). —
P. 261-73, W. Wundt, Vœlherpsychologie . I. Die Sprache (Morgenroth: résumé
des résultats considérés comme acquis; objections sur quelques points). —
P. 273-8,}. Gilliéron et J. Mongin, « Scier r^ dans la Gaule romane du sud
et de Vest (Gauchat : loue la méthode, mais ce système artistement con-
struit a ses faiblesses; cf. Romania, XXXIV, 621). — P. 278-9, H. Suchier,
Les voyelles toniques du vieux français (Behrens). — P. 279-80, M. Nieder-
mann, Contribution à la critique et à V explication des gloses latines (Pirson :
de l'érudition et de la critique ; remarques de détail ; cf. ci-dessus, p. 160).
A. Je.\nroy.
CHRONIQUE
En même temps que paraît le présent numéro, la librairie Champion
publie la table des trente premières années ' de la Romania, par M. le D"" Bos.
Cette table, rédigée d'après un plan concerté entre M. Bos et moi et dont
j'ai revu soigneusement les épreuves, diffère sensiblement de la Table des dix
premières années due à M. J. Gilliéron. Celle-ci était plus systématique :
elle comportait un grand nombre de divisions et de subdivisions. Il y avait
un index général, un index lexicologique, plusieurs index grammaticaux où
les articles étaient rangés selon un ordre purement méthodique, un index du
foîk-hre, subdivisé en plusieurs parties, un index des manuscrits, un index
des périodiques. Elle était aussi plus complète, en ce sens qu'elle offrait le
dépouillement complet des articles sur les périodiques, qui, dans la table de
M. Bos, ne sont dépouillés que dans une mesure limitée; mais les réductions
qu'il a fallu opérer pour gagner de la place portent sur des détails de peu d'im-
portance. L'inconvénient de l'ordre méthodique est que tout le monde ne l'en-
tend pas de la même manière, d'où perte de temps dans les recherches. La
nouvelle table est plus pratique que l'ancienne. Elle se compose de deux
index seulement : lo un index général, où sont relevés, souvent en deux
ou trois endroits, les matières traitées, les noms des auteurs anciens et des
auteurs et éditeurs modernes, les titres des livres critiqués ou simplement
annoncés ; 2° une table très complète des mots expliqués ou cités comme
exemples. Il y a sans doute des omissions non intentionnelles et des incon-
séquences, comme au reste dans toutes les tables que j'ai pratiquées, et j'y ai
probablement ma part de responsabilité, car il m'est arrivé plus d'une foisd'in-
troduirc sur épreuve des articles ou des renvois qui n'étaient pas dans le plan
primitif. Mais, telle qu'elle est, cette table, d'un usage commode, rendra grand
service aux travailleurs et augmentera singulièrement la valeur du recueil
auquel G. Paris et moi avons consacré la meilleure partie de notre existence.
— P. M.
I. La « table des mots », qui forme la deuxième partie du volume, s'ap-
plique aux trente-trois premières années (1872-1904).
490 CHRONIQUE
— M. Ph. A. Becker a été nommé professeur ordinaire de philologie
romine à l'Université de Vienne en remplacement d'Adolf Mussafia.
— Les lectures faites dans les nombreuses sections du Congrès des arts et
des sciences à l'exposition universelle de Saint-Louis (1904) formeront huit
volumes in-80 de six à sept cents pages chacun. Les trois premiers ont paru
au commencement de la présente année. Le tome III, consacré à la langue,
à la littérature et à l'art, contient les discours annoncés précédemment
(Rom., XXXIV, 158) de MM. Paul Meyer et H. A. Todd, dans la section
des langues romanes, et ceux de MM. Rajna et Alcée Portier, dans la section
des littératures romanes '.
— Nous avons annoncé en son temps (Roiiiaiiia, XXXI, 641) la publication
d'une histoire très abrégée de la littérature française jusqu'au xv^ siècle par
G. Paris, sous forme de traduction anglaise. Cette traduction était fort mé-
diocre : on a pu y signaler des passages complètement inintelligibles. L'original
français paraîtra prochainement par les soins de M. Paul Desjardins et de
M. P. Meyer, à la librairie A. Colin. Il contient un peu plus de texte que
l'édition anglaise, G. Paris ayant supprimé pour cette édition — qui ne devait
pas dépasser un certain nombre de pages — plusieurs paragraphes que l'on a
rétabhs dans l'édition française. En outre on y a joint quelques notes rédigées
par G. Paris en vue de cette même édition. Ces notes, que G. Paris se proposait
assurément de continuer, se rapportent aux premiers chapitres de l'ouvrage.
P. Meyer y a ajouté un certain nombre d'indications bibliographiques, d'un
caractère très élémentaire, M. P. Desjardins a rédigé une table des noms, qui
fait défaut à l'édition anglaise.
— M. Schultz-Gora n'a pas été satisfait du compte rendu que j'ai donné ici
(plus haut, p. 116) de ses Vier iinedicrte Jeux partis, non plus que d'une note
le concernant, où je l'ai accusé d'avoir fait une Schlimmverhesseruns^ (il paraît
que c'est Verschl immhesserung qu'il eût fallu dire). C'est ce qui appert d'une
lettre qu'il m'a écrite, où il exprime l'espoir que je rectifierai mes « nom-
breuses inexactitudes ». Mon examen de conscience est fait : en voici les
résultats.
A propos de IV, 27, j'ai dit que le ms. portait qu'ele et non que. J'eusse dû
dire, selon M. S. : « ma copie porte ». C'eût été sans doute plus prudent,
mais, en l'espèce, ma confiance dans ma copie était justifiée : M. l'abbé Cler-
geac a bien voulu revoir lems., qui porte bie.i qle (q barré).
Voilà la seule « inexactitude » de fait que j'aie commise. — J'ai eu tort,
selon M. S., de dire qu'il avait suivi « trop aveuglément » lems. R- : il
I. Coii(^n-ess of arts ami Science, Universal exposition, Saint-Louis, IÇ04,
editcd by Howard J. Rogers, A. M., LL.D., director of Congresses. Vol. III,
History of language, historv of literature, historv of art. Boston and New-
York, Houghton, Miflin and C°. The Riverside Press, Cambridge [Mass.]
1906. In-S", X-681 pages. — Les discours de MM. Meyer et Todd occupent
les pages 257-270; ceux de MM. Rajna et Portier les pages 435-473. Celui
de P. Meyer a paru en français dans La Revue du mois du 10 juin 1906.
CHRONIQUE 491
m'apprciul que c'est sciemment et après réflexion qu'il a préféré la leçon de
cems. pour I, 20, 30, 40; III, 46, 50. Je n'en ai jamais douté; mais j'ai
voulu dire que la réflexion devait l'amener à préférer celle de R". — Ma
remarque sur II, 42 n'a pas de sens, je le reconnais, parce qu'on a imprimé
sotiffisanl, donné par M. S. ; ma copie portait sonf/issaiit, qui est la leçon du
ms. — M. S. me dit qu'il comprend comme moi III, 30-4 : il y a cette dif-
férence qu'il déclare la comparaison obscure et que j'en montre l'exactitude.
— Mon explication de IV, 33 serait douteuse, parce qu'il faudrait a devant
vieUiine. Je renvoie M. S. aux exemples de datif sans préposition rassemblés
par Meyer-Lûbke, III, § 37. — Sur le sens du refrain dont j'ai parlé {ihid.,
p. 128, 1. 22) et que M. S. continue à ne pas comprendre, je n'ai rien à
ajouter, mon explication étant claire. Si je place la césure après la cinquième
syllabe, c'est que cette coupe est indiquée par toutes les variantes, notam-
ment celles de Cr(voy. Steffens, Pcrrin d'Angicort, p. 250) et par le fait que
le vers suivant a cinq syllabes. J'ai dit que ce refrain était prononcé par une
femme» inconstante ». Cela résulte de toute la chanson et notamment du
V. 12, où elle se qualifie elle-même de nouvcUere. Je ne mentionne pas
quelques autres observations qui n'apportent aucun élément au débat; j'ai
déjà abusé, pour déférer au désir de M. S., de la patience du lecteur et de
l'hospitalité de cette revue; je le préviens que je ne reviendrai pas sur ce
sujet. Qui de nous deux a tort ou raison? « Je le laisse à juger aux experts. »
— A. Jeaxroy.
— Livres annoncés sommairement.
DieEngeî atifder mittehlterlichen Mysterienbûhne FrankreichSyÇar Paul Henzie.
1905. In-80, 45 p. (dissert, de Greifwald). — Ce petit travail est analogueà
ceux queMM. Wieck (diss.de Marburg, 1887) et Lindner (diss. de Greifs-
wald, 1902) ont consacrés aux diables et aux bourreaux dans les mystères. On
y examine successivement le nom, le nombre, le costume, le rôle des anges
sur la scène, leurs rapports entre eux ou avec les autres personnages du ciel
ou ceux de la terre, d'après toutes les listes de personnages publiées jus-
qu'ici dans l'ouvrage de Petit de Julleville ou dans des éditions séparées plus
récentes, ou même dans des copies encore inédites, comme celle d'Erler et
Quedenfeldt pour le Saint-Denis en deux journées ou le Saint-Sébastien en
deux journées. On cite aussi VAnoehlogie d'Oswald. Mais les diverses
références sont toujours données selon Tordre alphabétique des mystères,
sans distinction chronologique. Or, sans prétendre à trop de précision, on
pouvait noter à quelle époque les noms de Michel, Gabriel, Raphaël se sub-
stituent, d'une façon assez générale, aux simples indications de premier,
second, tiers ange, que Uriel n'apparaît pour la première fois que dans le
Viel Testament ainsi que Seraphiiii ; que Chérubin semble n'apparaître
que dans les œuvres qu'on sait avoir été représentées vers 1450. —
L'introduction de quatre, cinq, six anges est aussi de la seconde moitié
492 CHRONIQUE
du xvc siècle. La classification des Trônes, Dominations etc., d'abord
rencontrée dans le Viel Testament, passe de là dans Greban, puis dans
J. Michel. — P. 12, 1. 12, il fout ajouter la référence à V Assomption de la
Vierge. — P, 17, etc., la distinction n'est pas foite entre le nombre des per-
sonnages parlants et celui des simples figurants, excepté pour le mystère de
saint Quentin. — Henri Châtelain.
Le Mystère de Semur (B. N. f. fr. 904). Ergànzende Bemerkungen zu dcr
Ausgabe von Roy ; Vergleichung der Passion von Semur mit der von
Arras. Die provenzalische Passion des Handschrift Didot (B. N. nouv.
acq. fr. 4232), par Emil Streblon. Borna-Leipzig (R. Noske), 1905. In-
8°, 46 p. (dissert, de Greifswald). — M. Emile Roy avait noté le rapport
étroit de la Passion de Semur aux Mystères de sainte Geneviève. M. E. Stre-
blon apporte une preuve complémentaire, refait la liste des personnages avec
le chifire du premier versde chaque rôle, compare journée parjournée(pp.9-
18), la Passion de Semur et la Passion d'Arras, laquelle représente un stade
postérieur d'évolution et offre au public qui en était friand des scènes plus
fréquentes ou plus longues de miracles opérés par le Christ, ou de réappa-
ritions du Christ après sa mort. Le rôle du Rustiais ou sot n'est commun
qu'à la Passion de Semur et à un des mystères provençaux édité par
MM. Jeanroy et Teulié. — M. E. Str. catalogue (pp. 18-27) "^-^ observa-
tions de métrique; M. Roy n'en avait traité qu'incidemment dans l'intro-
troduction à son édition. Le compte des syllabes, ici comme dans tant
d'oeuvres du même genre et de la même époque, est fort élastique ; quant
aux négligences à la rime, elles sont nombreuses et variées. M. S. ajoute
de multiples corrections et conjectures, et rectifie même des indications de
folio (pp. 27-31). S'occupant ensuite de la Passion provençale du manu-
scrit Didot (pp. 31-46), il en cite quelques extraits, et en .note les concor-
dances avec certains 'passages des mystères provençaux de l'édition
Jeanroy et Teulié. — Henri Châtelain.
Die let::^te Journée des Mystère de la Passion von Arnoul Grêhan, in der Hds. von
Troyes, in ihrem Verhàltnis zurùbrigenUeberlieferung, von Walter Neu-
MANN. Greifswald. J. Abel, 1905. In-80, 54 p. (dissert, de Greifswald). —
MM. G. Paris et G. Raynaud, dans leur édition de la Passion de Greban,
avaient noté que le manuscrit de Troyes (7^ suivait la rédaction 5C. Après
un examen minutieux des concordances et des divergences de T avec chacun
des trois autres manuscrits A B C, M. Neumann conclut que T se rat-
tache immédiatement à C. Là où C présente une lacune, T a tâché lui-
même de la combler par des vers qui ne reproduisent pas mot à mot le
texte de B. M. N. dresse ensuite un catalogue méthodique des variantes
propres à T, qui omet certains vers, par étourderie, parce qu'il les trouve
superflus, enfin, dans trois cas, parce qu'il n'accepte pas certains types de
strophes (aabaahhbabhd devient aahaahhahha à trois reprises différentes).
Cette dernière raison, appuyée de si peu d'exemples, ne semble pas très
CHRONIQ.UE 493
solide. M. N. explique aussi beaucoup de suppressions de mots par une
sorte de répugnance à l'élision et de préférence pour l'hiatus. Pour don-
ner plus d'animation à une scène, T ajoute un développement (scène de
sergents), ou distribue une même tirade en un plus grand nombre de per-
sonnages. Ces divers changements nuisent souvent au sens et troublent la
mesure du vers. — Examen de corrections apportées au même manuscrit
par quatre copistes postérieurs, et relevé (pp. 34-54) des divergences de T
avec le texte de l'édition G. Paris et G. Raynaud, pour les vers 27.452 à
34.502. — Henri Châtelain.
La Passion de Jésus-Christ, joua à Valenciennes, Van i^4j (B. N. fr. 12556),
par Hans Giese. Greifswald, F. W. Kunike, 1905. In-80, 66 p. (dissert.
de Greifswald). — Analyse détaillée des 25 journées de la Passion et de
la Résurrection, et comparaison avec les Paii/o«5 dites d'Arras, de Greban,
de J. Michel, la Résurrection de J. Michel, la compilation Greban-Michel
(jouée à Paris en 1507), la Création et Passion (B. N. f. fr. 904), la
Conception et Nativité de la Vierge, enfin l'Incarnation et Nativité (repré-
sentée à Rouen en 1474), suivies d'un catalogue des formes métriques. Ce
mystère est une compilation habile des mystères les plus différents ; il
marque une torte tendance à narrer tous les antécédents des principaux
personnages. Au point de vue métrique, le décasyllabe est réservé aux
discours solennels des grands personnages, les mélanges de mètres plus
courts aux lamentations des femmes et aux morceaux lyriques. M. G.
incline à croire que les prologues et épilogues sont originaux parce qu'ils
se présentent sous le type : abab, bcbc, etc., disposition, ajoute-t-il, qui ne
se trouve pas dans les autres mystères, au moins sur une certaine étendue
de vers. Cette dernière affirmation me paraît hasardeuse. Un travail en
préparation sur les procédés de versification des mystères donnera sur ce
point des indications plus certaines. — Henri Châtelain.
Dus Mystère de saint André, par Karl Wolkenhauer. Greifswald, F.
W. Kunike, 1905. In-80, 58 p. — Ce mystère fut représenté à Abbevilleen
1458, et, selon Darmesteter et Hatzfeld (XVI'^ s., p. 152), à Paris en 1530.
Le sujet en fut repris dans les Actesdes Apôtres àtGr^ha^n, et dans la Passion
provençale de saint André par Marcellin Richard (15 12). M. W. étu-
die brièvement les sources (1-2), donne une analyse du mystère (p. 5-14),
et consacre la majeure partie de son étude à des observations de métrique
(p. 14-35). Il suggère toute une série de corrections de texte commandées
soit par la mesure des vers, soit parla rime. L'examen des rimes l'a amené
à dresser un tableau court, rnais suffisamment complet, de la phonétique
propre à l'auteur (p. 33-34). Le mystère est écrit tout entier en vers de
8 syllabes, le vers de 4 ne servant qu'à terminer les couplets. La rime croi-
sée y est tout à fait exceptionnelle. La dissertation est suivie d'extraits com-
prenant un millier de vers choisis soit à cause de la fréquence des petits
vers, soit à cause de l'intérêt littéraire des scènes. — Glossaire francais-alle-
494 cHRONiauE
niand, pp. 55-7. M. \V. promet de donner ultérieurement une édition
complète. — P. 26, M. W. essaie de ramènera 4 syllabes des vers de 3 ou
de 5 : la correction de Par ta grâce, 1360, en Par ta bonne grâce est une
inadvertance. — Henri Châtelain.
Université de Paris, Bibliothèque de la Faculté des lettres, XX (1906). — P.
163-231, E. Faral, Courtois d'Arras. Excellent mémoire qui comprend une
édition critique fondée sur les quatre manuscrits connus d'un curieux
monument littéraire publié jadis, d'une façon très insufHsante, dans le tome
I des Contes et fabliaux de Méon. Le nouvel éditeur discute avec beaucoup
de pénétration la question de savoir si Courtois d'Arras est un monologue
dramatique ou un véritable drame, et il conclut en faveur du drame, avec
immixtion d'un élément narratif qui se réduit à quelques vers dans la forme
primitive et qui a été légèrement augmenté dans des remaniements succes-
sifs. L'étude de la langue, des rimes et des noms propres amène M. F. à
placer la patrie de ce drame à Arras à la fin du xii^ ou au commencement
du xiiie siècle ; quant à l'auteur, il n'est pas impossible que ce soit ce même
Courtois d' Arras à qui on doit le conte de Boivin de Proi'iiis et qui aurait
eu, comme d'auties parmi ses compatriotes, la fantaisie de se mettre lui-
même sur la scène. Voici quelques observations sur le glossaire, dans
lequel je regrette de ne pas trouver incorporés les noms propres. Drave est
mal traduit par « coque du grain, son » : c'est une variante phonétique
de droe, mot qui désigne généralement le Broiiius secalinus des botanistes.
— Z)e5/?o»rfrt; « expliquer», 455, n'est pas traduit. — Fave, 500, aété omis :
c'est notre adjectif fauve. — Kcne, 640, n'est pas notre substantif échine,
mais le simple de notre mot queuotte : je crois qu'il faut traduire par
« joue », car il est certainement identique à l'allem. kinne; cf. anc. franc.
caneie, kenee « coup sur la joue ». — Toaille serait mieux traduit par
« nappe » que par « serviette «. — Le mémoire de M. F,, bien qu'im-
primé dans la Bibl. de la fac. des lettres de Paris se rattache à l'ensei-
gnement de M. Bédier à l'Ecole normale supérieure, et il fait honneur au
maître et à l'élève. — A. Th.
Rumaenische Dialekte, von Joseph Popovicï. L Die Dialekte der Muntenï und
Pàdurenï im Hunyader Komitat. Halle, Niemeyer, 1905. In-80, xi-168
pages — . M. Popovicï, jugeant encore insuffisantes les études de dialectologie
roumaine entreprises jusqu'ici, même cellei de M. Weigand, s'est proposé de
refaire lui-même une vaste enquête dialectologique qui exigera de longues
années, mais qu'il a déjà commencée sur plusieurs points. Il compte publier
les résultats de cette enquête en une série de fascicules dont le premier,
seul paru jusqu'ici, est consacré à une partie du comtat d'Hunyad au sud-
ouest de la Transylvanie. Le dialecte des Roumains de cette région,
Pàdurenï et Muntenï, est apparenté au dialecte du Banat qui le borde à
l'ouest et au nord-ouest, et aussi à l'istro-roumain. M. P. en a étudié les carac-
tères phonétiques et morphologiques avec la précision que permettaient
CHRONIQ.UE 495
d'espérer les précédentes publications de l'auteur et en particulier ses
Recherches expérimentales sur une prononciatiou roumaine {La Parole, 1905).
Mais il faut noter la grande part faite, avec raison, par M. P. dans l'étude de
ce dialecte aux prénoms, noms, surnoms et sobriquets, ainsi qu'aux noms
de lieu et aux phénomènes sociaux, relations commerciales des divers
points, mariages d'un village à l'autre. Trente-cinq textes et un glossaire
terminent ce premier fascicule. — M. RociUES.
Mélanges H. iVArhois de JubainviUc. Recueil de mémoires concernant la litté-
rature et l'histoire celtiques dédié à M. H. d'Arbois de Jubainville... à l'oc-
cision du 78« anniversaire de sa naissance... Paris, Fontemoing [1906].
In-80, viii-290 pages. — Ces mémoires, au nombre de 14, sont presque
tous étrangers à notre domaine; nous ne signalerons que ceux qui sont à
cheval sur la frontière des études romanes et des études celtiques. — P.47-
81, Ernault, Le mot « dieu » en breton. Chemin faisant, l'auteur présente
d'intéressantes observations sur les emprunts de mots ou de sens faits par
le breton au français. P. 56, le moyen-breton theodolet appelait un com-
mentaire dont M. E. aurait trouvé les éléments dans une note de
M. Tobler, Zcitschr.f. roni. Phil., XXII, 92-4. P. 60, le breton moderne
chanteleo, etc. « chœur « n'est mis en rapport par M. E. qu'avec le franc.
chanterel et le prov. cantarel : en réalité le point de départ est l'anc. franc.
chancel, lat. cancellus, et M. E. trouvera dans Godefroy un exemple de
chanceUeau (texte de 1493, provenant de Morlaix) qui met cette étymologie
hors de doute ; il y a eu plus tard contamination avec le verbe chanter. En
fait, à Tréguier, dès 1484, un texte rédigé en français appelle le chœur
chantereu : le sens n'est pas douteux, bien que Godefroy voie là un livre de
messe. — P. 1 1 1-128, Anatole Le Braz, Lorigiiie d'une « gwer^ » bretonne.
Étude très curieuse de littérature comparée : La Marquise Dégangé de Luzel
et Le Clerc de Rohan du vicomte de La Villemarqué remontent essentiel-
lement à L'Histoire de la marquise de Gange, qu'on peut lire dans un
Abrégé des causes célèbres publié à Toulouse en 1785, par Besdel; en outre,
on a utilisé dans Le Clerc de Rohan une ballade serbe. Le Couteau d'or,
publiée en 1834 dans les Chants populaires des Servieiis de M^ Elisa Voïart.
— P. 1 29-1 51, P. Le Xestour, Le mystère en nioyen-bretd)i de « La Destruc-
tion de Jérusalem ii. Le mvstère breton dérive incontestablement d'un mys-
tère français dont il y a plusieurs anciennes éditions : c'e^t celle de 15 10,
chez Jehan Trepperel, qui a servi de modèle. — P. 169-193, Ferdinand
Lot, Recherches de toponomastique. I, Uxellos, Oscellus. II, Oxîma. III, Oxi-
sama. IV, Uccio. V, Ucciacus. M. F. Lot a dépensé une grande érudition
dans ces recherches; les résultats ne sont pas toujours en rappor-t avec l'ef-
fort, surtout à cause de la complexité du sujet, mais aussi un peu parce que
l'auteur n'est pas assez au courant de la phonétique historique du fran-
çais. — A. Th.
Hermann Suchier, Les Voyelles toniques en vieux français. Traduction de l'al-
lemand, augmentée d'un index et d'un lexique par Ch. Guerlin de Guer.
49^ CHRONIQUE
Paris, Champion, 1906. In-12, 130 pages. — La Rotiiauia a annonce, en
1893, l'apparition du premier fascicule d'une Altfran:[osische Graiiimatik
de M. le professeur H. Suchier (voy. XXII, 624) ; elle attend le second
pour tenir la promesse qu'elle a faite d'en reparler à loisir. En attendant,
elle ne peut que souhaiter bonne chance à l'élégant petit volume dont le
titre est transcrit ci-dessus, volume dans lequel M. Ch. Guerlin de Guer a
mis plus à la portée du public français la science si profonde et si raffinée
du savant professeur de Halle. L'index de tous les textes cités et de tous les
mots étudiés, que le traducteur a joint à l'œuvre propre de l'auteur, n'oc-
cupe pas moins d'une soixantaine de pages ; il rendra beaucoup de services.
— A. Th.
Ventiischte Beitràge :^Hr fran:^ôsischen Graiiiiiialik, gesammelt, durchgesehen
und vermehrtvon Ad. Tobler. Zweite Reihe. Zweite vermehrte Auflage.
Leipzig, Hirzel, 1906. In-80, viij-289 P^g^s. — Cette seconde édition delà
deuxième série des Mélanges de grammaire française paraît douze ans après
la première. Elle est sérieusement améliorée bien qu'il n'y ait pas de
changements très iniportants. La table a été refaite entièrement et est
beaucoup plus complète que celle de la première édition.
La Bibliothèque du marquis de SantiUane, par Mario Schiff. Paris, Bouillon,
i905.In-8o, xci-509 p. (fascicule 153 de la Bibliothèque de T Ecole des Hautes
Études). — M. Schiff a essayé de reconstituer la « librairie », réunie par le
célèbre marquis dans le cours du xv^ siècle, d'après les manuscrits du
fonds Osuna de la Bibliothèque nationale de Madrid et ceux d'autres biblio-
thèques, qui ont appartenu ou peuvent avoir appartenu à ce zélé collection-
neur. L'ouvrage se compose de notices descriptives et bibliographiques
des exemplaires d'auteurs anciens ou modernes qui figuraient dans la
« librairie », et ces notices sont précédées d'une biographie du marquis et
d'une étude sur son activité intellectuelle qui forme un bon chapitre d'histoire
littéraire. L'appendice I, consacré à l'humaniste Nuiio de Guzman, com-
plète les renseignements donnés sur ce personnage dans la Roinania,
t. XIV, p. 163. — A. M.-F.
Erratum. — B. 329, 1. 4 du bas, Pedro laides, lire Pedro Gales.
Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION.
MAÇON , PROTAT FRERES , IMPRIMEURS
TRISTAN MÉNESTREL
EXTRAIT DE LA CONTINUATION DE PERCEVAL
PAR GERBERT
I
The présence, in rhat part of the Pc/wx^a/ continuations due
to Gerbert, of a section devoted to certain adventures of Tris-
tan, lias long been known to students ofMediaeval Literature,
but, no doubt owing to the scant attention which has hitherto
been given to Gerbert's work, the real character of the inter-
polation (for as such \ve must consider it) has so for not been
recognized. The incidents related hâve been treated either as
the original composition of Gerbert (F. Kraus, Ueber Gerbert de
Moulreiiil und seine IVerhe, Erlangen, 1897), or as a poetical
rendering of épisodes drawn from the prose Tristan (Will-
motte, Gerbert de Montrciiil, Bull, de l'Acad. de Belgique,
1900). U'iless I am much mistaken they are neither the one
nor the other, but \ve are hère dealing with a remodelling of
one, or it may be x.\\o, short episodic poems, relating adven-
tures of Tristan not recounted elsewhere, and in their conception
anterior to the évolution of the prose romance.
Towards the end of 1902, when engaged in the study of
the important Perceval codex B. N. fr. 12576 (our only com-
plète Perceval text), I was forcibly struk, alike by the lyrical
character of certain passages in this section and by the fact
that, though I had studied the Tristan poems and the prose
romance, I had nowhere met \vith the incidents recorded. The
relative position occupied by the knights also pointed to an
intermediate stage, one anterior to the prose version, while
younger than the poems. The statement found at a later point
of the work, to the eftect that Gerbert had arranged {amenda) la
Liiite Tristrant confirmed this view, and I felt that I had suffi-
Romania, XXXl^ 52
49^ J- L. WESTON
cient ground for bringing the matter to the notice of M. Bédier,
as an expert in Tristan criticism. On going through the ms.
together lie entirely agreed with me as to the gênerai character
of the section, and was of opinion that it would be well to
publish that portion ofthe Gerbert text.
Unforeseen circumstances caused a delay in the completion
of this task, fortunately, as it proved, since in the spring of
1905 I discovered, through the kind offices of M. Paul Meyer
who drew my attention to the existence of the text, that, in
the fragmentary ms. Nouv. Acq. fr. 6614, the Bibliothèque
Nationale possessed a duplicate of the Gerbert Perceval; and we
were thus enabled to edit the text based upon the comparison
of two ms. ; for the relation between the two cf. M. Bédier's
remarks, further on.
The important point, of course, is in what light we are to
regard this section ; the oft quoted passage in which Gerbert is
named seems to me of primary importance hère, this is what
he sa3^s :
E il l'a or a feme prise,
Si com la matere descoevre
Gerbers, qui a reprise l'oevre,
Quant chascuns trouvère le laisse ;
Mais or en a faite sa laisse
Gerbers selonc le vraie estoire.
Diex l'en otroit force et victoire
De toute vilenie estaindre,
E qu'il puisse la fin ataindre
De Perceval que il emprent,
Si com li livres li aprent
Ou la matere en est escripte !
After explaining what point he took up the story (at the
resoldering of the sword), Gerbert continues :
Neïs la Luite de Tristrant
Amenda il tôt a compas ;
Nule rien ne vus en trépas.
(12576, fol. 180.)
\s I understand this passage, which occurs after the account
ofthe hero's marriage with Blancheflor, and the announcement
of the future glories of his race as represented by the Swan
TRISTAN MENESTREL 499
Knight, Gcrbert lias now corne to a break in the history of
Perceval ; he has hitherto bcen tbllowing a source which he
dignitîes as la vraie cstoire, from which, however, he has but
made extracts {Gerkrs qui de son sens extrait \ Le rime que je
vais contant. This would be natural if he only took up the
story at an advanced point in the récital), and which, appa-
rentlv, did not contain the end as popularly known ; la Luite
Tristrant, on the contrary, he has given in its entirety, arran-
ging indeed, but omitting nothing. He seems to me to distin-
guish very clearly between the two. In the face of this perfectly
definite statement I think it impossible to hold that Gerbert
was composing a new, and original, work.
Again, I think there can be no doubt that at this précise
moment of the Gerbert continuation there has been a change
of source. Up to this point we hâve a séries ot remarkable
parallels alike with the poem of Wolfram von Eschenbach
and with that of Chrétien (I hâve entered into this more fully
in my Perceval Stndies); from this point onward such parallels
cease, and we hâve correspondence with the versions of the
Perlesvaus, and the Qiieste. Now^ a feature shared in common
by this first portion of Gerbert's Perceval, and the Tristan sec-
tion, is the occurrence of names ending in as, or das (I hâve
given examples in the Notes), such names are not a characte-
ristic eithcr of the later part of the work, or of Gerbert's own
original composition, le Roman de la Violette.
At the same time there are in the Luite Tristran passages
which appear to me to be older than anvthing in the Perceval:
e. g. that recounting the accomplishments of the hero, which
shows remarkable parallels with the Horn poems. I am there-
fore inclined to think that Gerbert had before him : i°, a Perceval
poem which ended, as the poem of Wolfram von Eschenbach
ends, with the réunion of the hero and his lady love, and the
outline of the history of their descendant, the Swan Knight ;
2°, a short episodic Tristan poem, based upon an earlier tradi-
tion and independent of the Perceval. Gerbert incorporated
this poem in the Perceval, remodelling the final adventure.
I offer this suggestion as one which would admit, and at the
same time account for, the dccided peculiarities of the text.
The moment at which the poem appears to hâve assumed its
500 J. L. WESTON
présent form, would be one in which Gawain was still the
leading knight of Arthur's court; Lancelot already présent,, but
playing a subordinate rôle (unless, of course, his introduction
be due to Gerbert), and Tristan's connection with the
Arthurian story of the sHghtest and most fleeting character.
Mark, while entertaining a natural anxiety as to the relations
existing between his wife and his nephew, shews no animus
against Tristan, and the latter is zealous to uphold his uncle's
honour on the iield. AU this indicates a point of story évolution
anterior to tlie prose version : in this latter Gawain is a
contemptible character, cruel, vindictive, and treacherous ;
Lancelot is the leading knight of the court, it is he who intro-
duces Tristan to Arthur, and a considérable portion of the
compilation is devoted to, and dra\vn from, romances dealing
with his feats; Mark is treated as almost beneath contempt,
without a single redeeming trait.
Now Gerbert did not write till well on in the thirteenth
century, when the prose romances were established in popular
favour, and I think it quite impossible that a poem composed
at that date should be marked by the features noted above. I
should therefore be incHned, first to accept his statement that
he only re-arranged, amenda, the work in question, secondly
to restrict this rearrangement within narrow limits.
The question of the character and provenance of the original
poem cannot be hastily determined ; it is one of no little
interest and importance, less so, perhaps, than if we were
dealing with another hero, since the possibility of a very early
treatment of the Trisian story is now practically admitted.
But I may hère incidentally remark that the sections of the
Perceval due to Wauchier and to Gerbert merit considerably
more attention than they hâve hitherto received, and are likely,
on close examination, to yield results somewhat subversive of
the generally received opinions as to the Arthurian cycle.
In the following notes I hâve restricted myself as far as
possible to the subject matter, pointing out those passages
which, either m style or content, appear deserving of investi-
gation ; the text, as indicated above, has been the care of
M. Bédier, and as such, requires no words of introduction from
me. I can only express my hope that scholars in gênerai may
TRISTAN MENESTREL 5OI
share our opinion as to thc importance and intcrcst of this
hitherto unexamined text.
Jessic L. Weston.
II
J'appelle A le manuscrit fr. 12576, B le manuscrit Nouv.
acquis, françaises 6614 de la Bibliothèque nationale. Je repro-
duis la graphie lïA. Ces deux manuscrits sont d'ailleurs très
voisins l'un de l'autre. Pour qu'on puisse constater à quel point
ils se ressemblent, je communique en note jusqu'au v. 200 toutes
les variantes, même graphiques, de B. A partir de ce vers je ne
relève plus que les leçons différentes. Je donne en marge la cor-
respondance avec les deux mss. ÇA et B) indiquant les colonnes,
qui sont au nombre de six au feuillet, par a b c d cf. Les deux
manuscrits ont quelques fautes communes (vv. 300, 971, par
ex.). A n'est pas copié sur B : il suffira d'un coup d'œil jeté sur
les notes pour s'en convaincre. Je ne crois pas non plus que B
soit copié sur A : il donne quelquefois des leçons meilleures, au
V. 1448 par exemple; voyez aussi aux vers 650 ss. plusieurs
noms propres estropiés par A, donnés correctement par B. — Le
scribe d'^ écrit en toutes lettres par aux vv. 663, 1106, etc.,
et aux vv. 98, 881, etc., }ioiis aux vv. 593, 594, 909, etc., vous
auxvv. 597, 1131, etc., A7 au v. 1185 : j'écrirai ainsi ces mots
là où le copiste les représente par des abréviations. Il écrit
indifféremment dans un même vers (v. 740) chevax et biaus :
j'interprète partout cet .v par us.
Joseph BÉDIER.
{A i. iS-f e\ B f. 132/.) Si se sont des tables levé ;
Del vassal parlèrent assez
Au mengier est assis li rois Par cui Mordrès estoit lassez,
Artus, li prous et li cortois, Si dient par adevinaus
Et tuit li baron ensement Que che avoit fait Percevaus.
Au mengier sisent lieement. 4 Ensi parlant le jor passèrent,
Bien sont servi ; quant ont digne, Le chevalier molt aloserent.
I B Atant est assis al mengier — 2 5 Li rois et tout li cheualier — Prous
est toujours ccrit en abrège, mais cf. it. 409-10, 445-6. - 3-4 maugnent en B.
502 J.
Atant a on vespres sonees,
Qui hautement furent chantées.
L'arclievesques de Cyriant,
Par le proiere et le cornant
L'archevesque de Carlion,
Par debonaire cntention
Bel et hautement les chanta ;
Et ensanble od lui en râla
L'archevesques de Duveline,
Qui fu venus en cel termine
Parler al riche roi Artu
De par un roi qui molt prous fu,
C'ert Guillaumes, qui estoit rois
D'une partie des Trois.
Tout le cuer par devers a destre
Garda li vesques de Wincestre, (.
Qui apris ert de bone escole,
Et li evesques de Nicole
Devers senestre le gardoit,
Qui molt bons clers et biaus estoit.
Cil doi chantoient molt très bien,
Nés pooit on reprendre rien ;
Bons chans avoient et haus sons.
Mis fu a chanter le respons
Li archevesques d'Evruich (B i
Avec celui de Beruich.
Quant les vespres furent fînees,
Les gens en sont totes alees ;
La nuit revinrent a matines.
.V. rois i ot et .vj. roïnes,
Et, quant ce vint a la grant messe
N'i ot duchoise ne contesse
Ne roïne qui dont n'i fust.
Se grant offrande n'i eùst,
BEDIER
Ce fust une merveille a dire.
Molt i ot grant presse et grant tire 48
A siuir la porcession.
16 L'archevesques de Carlion
Ne se valt revestir le jor,
Ainz fist revestir par honor 52
L'archevesque dii Cyriant,
20 Qui le service ot fait avant.
Les vespres ot le soir chantées.
Et les matines honorées, 56
Et pus le grant messe chanta,
24 Qui assez longuement dura ;
Et, quant ele fu parfînee,
En la grande sale pavée 60
27 S'en alerent tout por mengier.
4/) Keus l'eut si fait appareillier
Que maintenant l'iaue donerent.
Tôt erranment li roi lavèrent, 64
Car .V. estoient, coroné.
32 Grant pièce a li mengiers duré.
Qui molt fu biaus et honorables ;
Après mengier ostent les tables. 68
Einsi conme li rois lavoit,
36 Uns escuiers a grant esploit (A 166)
33) Entre laiens, si salua
Le roi, que on tost li mostra, 72
Molt sajement, a jenoillons ;
Après comence ses raisons :
40
« Sire », ce dist li escuiers,
« A vous m'envoie uns chevaliers [76
, Qui aventure vient ci querre. {B h)
44 En ceste vostre cointe terre
D'outre mer est venus de loing,
Et ce n'est por autre besoig 80
15 AB Li archeuesques doriant (cf. z'. /_?) — 20 A rai (sic) — 2: B Lar-
ceuesques de deueline — 23 5 au — 35 5 cans — 36 5 canter li — 37 5
arceuesques de ruie — 38 5 beruie — B toutes — ■ 42 B Li .V. roi et li .VL
roines — 44 5 ducoise — 49 le p. — 52 /J por h. — 53 ^ Larceuesque de
ceriant — 55 >4 ot la nuit — 62 5 Kez — 67 5 biax fu et honerables —
6g B Ensi — 71 B sd (\ est exponcliic) — ■ 77 B auentures v. ce q. —
80 B besoins.
TRISTAN MENESTREL
Fors por faire chevalerie
A ciaus de la vostre maisnie,
Si vous prie sanz atargier
Lui trametez un chevalier
A cui il ensaier se puist :
Autre chose ore ne li nuist.
Soz ce chastel en ini ces prez
Sor son cheval latent armez ;
Ses armes sont toutes dorées
Qu'en cest païs a aportees,
Et ses chevaus est uns fauviaus
l'ist plus de .c. tronchons voler.
Li chevaliers seiirement
Feri lui si très durement,
84 Con cil qui bien le sot requerrc,
Que son escu au brac li serre,
Et le bras al cors ensemcnt.
Tout voiant le roi et sa gent
88 L'a a la terre porté jus,
Trestot voiant contes et dus,
Voiant rois et voiant roïnes
116
(Bc)
124
Et voiant dames et meschines,
Qui assez est mieldres que biaus. » 92 Qui n'en orent onques leeche ;
Et li chevaliers tost s'adreche
Li rois sozrist de la novele,
Gifflet, le fil Do, en apele,
Comanda lui que tost s'armast,
Au chevalier joster alast ;
E Gifflès, qui molt en fu liez.
S'est vestus et appareilliez.
Il n'i a gaires atendu,
Au cheval et si l'aresta.
Et un sien vallet le bailla,
Dont .V. molt biaus et bien montez
96
Ot od lui iluec amenez.
Par l'un d'aus a, ce m'est a vis.
As dames le cheval tramis,
Et Gifflès s'en rêvait a pié,
Monte el cheval, quant armez fu, 100 Qui molt en a le cuer irié ;
132
156
Vint ens el pré, qui près estoit,
Ou li chevaliers l'atendoit.
Et, quant entre veù se sont.
Autres manaces ne se font,
Mais les escus pains a vernis
Traient errant devant lor pis,
Si baissierent les grosses lances.
Qui planées erent et blanches ;
Des espérons les chevaus brochent,
Qui par bien aler tant s'esforcent.
Mais si vallet qui se hasterent
Son palefroi tost amenèrent.
El pré encontre lui l'amainent,
104 Et du remonter molt se painent, 140
Si l'en mainent en la cité,
Molt honteus et desconforté.
Ainçois qu'il se fust desarmez,
108 Est Lancelos du Lac montez 144
Trestoz armez sor son cheval,
Por lui vengier de cel vassal,
Gifflès fiert si le chevalier
Que son escu li fait pcrchier ;
Mais le hauberc si fort senti
Que onques maille n'en ronpi
De le fort lance, au paraler,
1 1 1 Car del roi le congié en ot.
(Ab) El pré en vait plus tost qu'il pot, 148
Ou le chevalier a trové.
Qui par sanblaut l'a poi douté ;
Car, si tost con le voit venir.
82 fi A iciaus de v. — 87 5 près — 106 A Tr. auant d., B les p. —
107 B Se — 109 B brocent— 112 B percier — 114 ZJ mailles — 116 5 .XX.
tronçons — 127 B leece — 128 B sadrece — 152 ^ Od od lui (sic) — 1335
Par un — 141 B mainene en (sic) — 145 B ancois — 145 B armes — 147 S
du.
504 J. BEDIER
Vers lui s'adreche par aïr ; 152 Qui Lancclot a abatu ? «
Et Lancelos vers lui s'adreche, Dolant en sont et irascu,
Qui plains estoit de grant proece. (Ac) Et li chevaliers sanz targier
Tost et radement s'entrevinrent : Par les resnes prent le destrier
Des grosses lances que il tinrent 156 As dames la sus le renvoie,
Par mi les escus s'entrefierent, (Bd) Qui n'en ont ne solas ne joie ;
Que molt legierement perchierent : Et des escuifrs Lancelot
Mais les haubers si bons troverent
Que onques maille n'en fauserent. 160
Les grosses lances pechoierent,
Et si durement esclichierent
Cort chascuns, al plus tost qu'il pot,
[192
Por enseler son palefroi,
Et li amainnent en secroi,
Qu'ausi conme une escorce esmient. Et il monte et vint a le vile.
Au paraler ne se detrient,
Si s'entrehurtent par estbrs
Et des visages et des cors
Que li oeil lor estincelerent
Et dent et nez lor escreverent.
Onques mesire Lancelot
Tel ceingle ne tel poitral n"ot.
Tel sele ne tele estriviere,
Ne si fort archon par derrière
Qui ne froissast toz et ronpist.
Du bon cheval sor coi il sist
Est Lancelos a terre jus
Issi très durement cheùs
Que por un poi qu'il ne creva :
En grant pièce ne se leva.
164 La joste virent tel troi mile (Ail)
N'i ot celui qui n'en pesast
Et molt ne s'en esmerveillast.
196
Quant li Breton ont che veû,
Molt par en sont tout esperdu ;
En lor cuers molt se correchierent,
Et molt par s'en esmerveillerent,
Armez se fu et bel et bien
Yvains, fius le roi Urien.
Es prés s'en vint sanz atargier
Por Lancelot del Lac vengier :
Mius velt morir que il n'a'nat
L'orgueil celui en es le plat.
El pré en vint, et celui trove
Qui cointement encor se prove.
Car, tôt ausi très freschement
Corne il fist hui premièrement,
S'adrece a lui, quant il le voit.
Mesire Yvains, qui tels estoit
Que il n'i avoit riens a dire,
180 Li recort sore par grant ire.
Tost s'entrevienent li vassal,
Que tost coroient li cheval.
168
172
176
200
104
208
Et dient : « Dois Dieus ! qui puet estre Par tel aïr s'entreferirent
Cil chevaliers qui si est mestre, 184 Que des escus les ais fendirent.
216
152, 153 B sadrece — 161 5 arcoierent — 162 5 pecoierent — 168 ^ denz
— 1705 Tes règnes — 171-2 Ces deux vers sont intervertis eu A — 171
B Tes cengles ne tes estriuieres — 172 J5 arcon par derrières — 174 5 Del
— 177 5 que ne — 179 5 ce — 180 .4 Molt en s. dolant et confu ; pour
tout, cf.v. 265, 385 — 181 B correcierent — 182 A esmerueillent — 183
B d. tôt dex — 188 5regnes — 197 ^ Ni a, B celui c. cui nen pensast —
200 5 al r — 201 A partir d'ici, nous cessons de relever les variantes graphiques
de B — 211 B auoit que redire.
TRISTAN MÉNESTREL
505
Car chascuns son pooir i mist.
Mesire Yvains en pièces mist
Sa lance qui \'u roide et fors,
Kt cil fiert lui par tel csfors 220
Que par mi son escu doré
Li a le blanc hauberc falsé,
Qui molt ert boins et biaus cstoit.
De soz la boutine tôt droit 224
L'a ens el ventre un poi navré.
A cel cop i'eùst mort jette,
Que mais sa bouche ne parlast,
Se sa lance ne pechoiast ; 228
Mais si l'enpaint qu'envers tôt plat
Ganbes levées jus l'abat.
Outre s'en passe et prent son tor,
Le cheval prent par grant vigor, 232
Tantost as dames le renvoie :
Et sachiez qu'as Bretons anoie.
Et mesire Yvains s'est dreciez
Toz honteus, et si est blechiez, 236
Et si vallet li ramenèrent (Bf)
Son palefroi, sel remontèrent, (Ae)
Si l'en mainent a son hostel,
Molt irié, mais n'en puet faire el. 240
Quant cheûs fu mesire Yvains,
Dont s'arma mesire Gauvains
Molt tost, et, quant il fu armez,
Sor le gringalet est montez, 244
Si vint es prez molt aatis
Et desirrans, je vous plevis,
De ses conpaignons a vengier.
Quant veù a le chevalier 248
Et il lui, si s'appareillierent
De joster, et avant sacliierenl
Par les enarmes les escus ;
Et les lances as fers agus 252
Ont baissies, si esperonnent.
Grans cops et crueus s'entredonent
Par mi les escus reluisans
Dusqu'es haubers fors et tenans. 256
Les lances froissent dusqu'es poinz :
Ce lor fu mestiers et besoinz.
Lors s'entrehurtent durement
De cors et de vis ensement, 260
Et des bons destriers autresi.
Qui fort estoient et hardi.
Si ingahncnt s'cntrehurtercnt
Que tôt quatre a terre versèrent ; 264
Tout estordi en mi l'erboi
L-ne grant pieche jurent coi.
Puis resont sus en piez sali.
Et furent trait li brant forbi, 268
Si s'entrevienent essaier.
Les espees bel manoier
Savoient molt, dont il se donent
Si grans cops que trestot s'estonent.272
Des elmes reluisans et clers
Ont detrenchiez les chapclers
Et les escus detrenchiez toz 275
Et par deseure et par desous. {B 134)
Molt s'entrehurtent et enpaignent,
D'aus enpirier pas ne se faignent.
Sovent se vont saisir as bras ; 279
Mais li chevaliers ert plus las (4/)
Qui tant avoit devant jostè,
Son cors traveillié et pené
Plus que n'ot mesire Gauvains ;
Et de che sui je toz certains 284
Qu'il ausi molt menres estoit.
Et quant mesire Gauvains voit
Que cil ert molt menres de lui
Et se ne li pot tolir hui 288
Un tôt sol pas de son estage,
Por un poi que d'ire n'esrage.
Et de che li a molt pesé
Que il avoit hui tant josté 292
2\S A Mesires — 222 5 a son — 244 B grigalet — 253 5 Ont brisies —
257 ^ es p. — 268 B Lors f. — 280 A ch. plus las fu — 282 B Et tant son
cors darmes pêne — 284 B sui fis et c.
506 J. BEDIER
Et encor li sanble ausi fiers
Et ausi frès conme a premiers
Vers le palais a regardé,
Dames i voit a grant plenté :
Tel honte en a toz eu tressue ;
Lors li cort seurc et s'esvertue ;
A che que il le sem lassé,
L'a molt molt laidi et reûsé,
Molt l'a pressé, molt le demaine.
Ja le mesist en grosse alaine,
Quant uns menestreus vint al roi.
Qui li a dit tôt sanz desroi,
Et oiant les barons a dit :
« Sire, se Damedeus m'ait,
Je connois bien cel chevalier :
Hui mais ne le poi enterchier.
fristrans est apelez, sans faille :
Niez est roi Marc de Cornuaille.
C'est cil qui le serpent ocist
En estrange terre aventures
Si très pesmes et si très dures
Que chevalier de vostre cort,
296 Dont li renons si très loins cort,
Eùst abatu au joster.
Je le connois bien, sanz douter :
Fait fu ce que vous ai conté
300 A Lancien, le grant chité.
Devant Yseut, la prous, la bêle,
E devant Brengien la pucele.
304 Quant li rois Artus che oï,
Molt durement s'en esjoï :
« Oez, seignor, » dist il, « oez :
C'est Tristrans, qui tant est loez,
308 Que veoir poez la aval
Conbatre a loi d'ome vassal.
Bien le m'a chi Deus amené ;
Certes molt m'a hui honoré !
Et Morhot qui tant de mal fist, 312 La bataille vois départir,
32t
332
536
340
344
Pai coi conquist la bêle Yseut,
Por cui amour sovent se deut ;
Au roi son oncle l'amena.
Mais par pechié pus l'aama
Par un chier boire que il but ;
Et, quant li rois ot aperchut
L'amour d'aus .11., celui chacha,
Ne le porroie plus soflfrir. »
Lors vait au chanp, sanz plus targier»
Od lui en vont maint chevalier, 348
316 Ses a a force départis,
(Bh) Puis a Tristran son non requis ;
Et il en a le voir jehi,
Et li rois l'a. molt conjoï; 352
De sa terre le congea. 320 Et, quant mesire Gauvains sot
Par ses armes le reconnois : Que c'est Tristrans, grant joie en ot.
Quant vit que ses oncles li rois (A 16/) A son hostel l'en a mené,
Li ot sa terre deveee, Ilueques se sont desarmé. 356
Ot il ceste oevre devisee 324 .II. bliaus, l'un d'un halepin, (5f)
Qu'il porteroit armes dorées Et l'autre d'un chier baudequin,
Dusqu'a tant qu'il aroit trovees Doi chanberlenc lor aporterent.
294 5 al p. — 297 A entresue — 298 A Et lors li c. et — 300 A Lai ; les
deux niss. ont refuse (c/.' 1-^.965, 969) — 301 On peut aussi lire l'apresse —
310 B cornoaille — 312 5 de manque — 318 5 Quant ses oncles ce aparcut,
aperchut comme participe passé appartient bien à Vaiiteur, comme Je montrent les
vv. '/S4 ^i ^43(>- — 320 5 terre et le — 328 B Si oribles — 330 B très lonc
— 3 34 5 lanciien — 343 B ma dex ci a. — 347-8 B sans targier plus Od
rois od contes et od dus — 357 J de h. — 358 AB lautres.
TRISTAN MENESTREL
507
Dont il gcntilmcnt se parèrent, 560 Molt lu, ce sachiez vous, Tristrans
Puis chaignent çaintures de soie, De toz déduis entremetans {Bd)
A menbres d orlVoi qui rougoie. Et de toz jeus endoctrinez,
Freniaus présentent a chascun : 365 D'esches, de tables et de dez ;
Mesire Gauvains en prist un, (Ab) Il sot de rivière et de bois
Si l'a tantost a son col mis ; Plus que vilains ne que cortois
Mais Tristrans n'a pas le sien pris : Et, quant entrejetter voloit,
« Fcrmail, » ce dist, « ne meteroit, Trestoz les autres en passoit ;
Ne en son doit anel n'aroit 568 Et, quant ce vient a l'escremir,
Dusqu'al ternie qu'il avoit mis Nus ne se puet a lui tenir,
venoit au luitier.
A tele a en alcun pais. »
Son col, qui durement blanchoie,
A fait fermer d'un las de soie.
Puis lor aportent dous mantiaus
Forez d'ermine, bons et biaus,
D'autel drap com li bliaut furent.
Atant li escuier corurent
Por les palefrois amener.
Et li chevalier vont monter.
Tenant s'entrevont par les mains
Tristrans et mesire Gauvains ;
Ensi sont a la cort venu,
Ou molt bel turent recheù.
De Tristran fist li rois grant joie :
De remanoir forment li proie.
Molt ont Tristran tout conjoï,
Meïsmes cil qu'il abati ;
Mais teus puceles ot laiens
Et tels dames, si com je pens,
Qui aniaissent autant ou plus
Qu'il fust par la goule pendus
Qu'il se fust hui enbatus la,
Por lor amis, qu'il trébucha
Voiant eles, si laidement,
Et voiant tant de bone gent.
397
400
404
(.40
408
412
416
Et, quant ce
N'avoit en la cort chevalier
572 Que a la terre n'abatist.
Et tout coi soz lui ne tenist.
Ensaiez en fu des plus prous,
Et il les abatoit trestous.
376 Quant mesire Gauvains ce voit
Que il ensi les maistrioit.
Une fois si volt ensaier
A lui sa force por luitier.
580 En son hostel priveëment
En une chanbre lonc de gent
S'en entrèrent, et por luitier
Molt les veïssiez esforchier
384 Et estraindre et muer colors.
Molt lor veïssiez faire tors, 420
Car andoi erent fort et roit ;
Mais Tristrans mius luitier savoit :
A une fois si le sosprist
388 A un tor del jenoul qu'il fist 424
Que desoz lui l'abati jus.
Sor le ventre li est cheûs,
Si que por poi ne le creva ;
392 Mais vistement se releva. 428
Par grant amour a fait un ris,
Sor son fremail en mi son pis
362 B dor fin — 372.-/ f. un — 374 B gens et— 391 J Ne quil se f. enb.
— 395 A Deuant eles ((/. v. 124-6)— 399 A set — 403 .-i vint — 408 A sor
— 413 5 Se valt une fois asaier — 417 511 se leuerent por — 4 19-20 5 et faire
fors tors Et suer et muer colors — 422 B plus luite — 425 A de desoz lui
labat — 427 A greua — 428 B Mais tost amont.
5o8
J. BEDIER
Li rois pas ne li escondist,
Ainz li otroie ; nequcdent
Li a priic molt dolccmont
Que il dcmorast a sa cort ;
Mais amors, qui si le tient cort,
Li a apoïc sa main,
Puis li a dit : « Sire Gauvain, 452
De mon luitier que vous est vis ?
Ore en avez auques apris.
Abatu m'avez orendroit, 435
Mais tout che est sor vostre droit, «(fie) Li fait si son cuer esmovoir
Gauvains se licve, si sozrist, Que por mil mars de fin avoir
Par grant amour a Tristran dist : Ne laira que ne voie Yseut
(' Sor mon ventre abatu vous ai ; Por cui amour sovcnt se deut,
Ja mais ne m'i assaierai. 440 Ne por quant molt li abelist.
Por poi que crevé ne m'avez : Les chevaliers que il eslist
468
472
47 i
(5/)
Trop plus de moi luitier savez. »
Atant se sont d'iluec torné,
Assez en ont ri et gabé.
Molt fu Tristrans amés de tous.
Et mesire Gauvains li prous,
En qui ot tant proece et sens,
Tôt partot as tornoiemens
Le menoit por aventurer,
Que sanz lui ne volt plus errer ;
Vos nomerai assez briement :
Gauvain eslit premièrement, 480
Keu le senaschal et Yvain
444 Et Sagremor et Agravain ;
Avec fu Lancelos du Lac,
Cligès et Erech, li fins Lac,
Carados et Bliobleris,
(Ad) Gorvains Cadrus et Meraugis.
449 La nuit, quant vint après souper.
Chevalier et baron et per
484
Et Tristrans, qui tant prous estoit, S'en vont a lor hosteus jesir.
Toz les autres d'armes passoit : 452 Tristrans, qui fu en grant désir
Nus ne s'i prent, ce est del mains. Que il veïst Iseut s'amie.
Fors sanz plus mesire Gauvains, Quant vit le jor, ne targa mie.
Tant que d'Iseut li a menbré.
De li veoir a volenté.
Et pense qu'il engien querra
Qu'en peu de terme le verra ;
Puis a par molt grant amistié
A mon seignor Gauvain proie
Qu'il priast son oncle le roi
Qu'il le laissast aler od soi
Et dusqu'a doze chevaliers.
Mesire Gauvains volentiers
Li otroia molt bonement
Et vint al roi isnelement :
La requeste Tristran li dist.
Il fait ses compaignons lever
456 Et lor affaire bestorner :
Chascuns ot roube mal taillie
Que Tristrans ot appareillie
De vair et de vert et de pers,
460 Et Tristrans, qui molt fu apers,
Ot roube d'escarlate nueve ;
De dous pars li sorcos li cuevre
Plus de plainne palme les bras ;
464 N'ot mie escharseté de dras
As roubes faire que il ont.
Chascons ot un chapel roont,
Lé et mal fait, ce est la voire ;
(Ae)
492
496
500
504
439 Léi deux mss. ont Soz — 442 B luite — 442 B sen — 447 B cui —
450 B velt pas — 486 B Gauains — 487 A a souper — 498 B Et manque,
molt estoit — 505 B f. et coiffe noire.
TRISTAN MÉNESTREL
509
e^8
Ridces hucscs, coirte noire
Orent, qui bien font le qaiilier,
Kt s'orent tait apareillicr
Lor palefrois en tel manière
Que sele et frain et estriviere
Sont tôt viez, nis li esperon,
Et si ot chascuns chaperon
Grant, qu'il li va tôt au travers.
Chascuns ot estrument divers,
Cor, ou fretel, ou calcmel,
Et li autres pipe a forrel, {B 135) Cotes a armer et banieres
Par amor et par force i vinrent
Por un tornoi qu'il avoit pris
50" Encontre un roi de molt grant pris, 544
Qui moh fu orgueilleus et fiers :
C'est li rois des .c. Chevaliers.
512 A Lancien ot molt grant gent
Qui molt s'acesment cointement, 548
Et font lor escus enarmer,
5 1 5 Haubers et cauces atorner.
L'uns harpe, l'autres chifonie,
Flagol, saltere ou almonie,
L'uns tabor, flehute sanz faille.
L'autre estive de Cornuaille,
Et Tristrans porte une viele,
Que nus mieus de lui ne viele.
Tout si faitement atorné
En sont droit vers le cort aie.
Al roi en vont le congié prendre
Et as barons, sanz plus atendre.
Li chevalier qui sont entour
Rient, quant voient lor atour.
Li rois monte, si les convoie.
Tristrans, qui bien savoit la voie,
Fist le rc' Artu retorner,
Car n'ot cure de sejorner,
Ains oirre chascun jor a tire
La ou ses cuers tôt adès tire.
Tant vont un chemin ancien
Que sont venu a Lancien,
Une cité molt haute et fort.
Li rois Mars a tôt son esfort
En ert venus a la roïne
552
560
Avoient de maintes manières.
Par la vile font lor atour.
Li rois Mars sist devant la tour,
520 Et la roïne sist a destre. 555
Li tornois dut al tierc jor estre, (Bb)
Si regarda molt la roïne
L'affaire, l'esire et le covine
524 Des chevahers, mais pas n'i voit
Ce dont ses cuers est en covoit :
C'est de Tristran, le sien ami.
Bien a passé an et demi
$28 Que ne le vit, molt l'en pesa :
Le chief baisse, a Tristran pensa ; 564
En cel pensé molt se conforte.
5 5 1 Atant Tristrans entre en la porte,
(Af) Et si conpaignon doi et doi ;
Li uns tint l'autre par le doi ; 568
Ensi s'en vont par mi la vile.
Tristrans, qui molt savoit de gille,
536 Car Amors li ensaigne bien,
Chevalche par mi Lancien, 572
Sa viele a son col pendue.
Sa coiffe ert en .11. lius ronpue, (A 1 68)
Yseut, qui tant est prous et fine. 540 Si que li chavel defors perent,
Tôt li baron qui del roi tinrent Et li pendant de sa coiffe erent 576
506 A coiffes, B Hueses r. c'est la uoire — 507, chasseurs de cailles ? Cf.
Godefroy, caillikr. — 513 /i qui lor va — 518 5 Harpe s. — 519 B t. et
flagol s. — 520 5 cornoaille — 536 ^ Qui — 539 ^ est — 542 B i manque
— 547 En A le rnbricateur a dessiné par erreur une L au lieu d'un A au coiii-
mencemenl du vers, B lanciien — 554 .-/ sa t. — 558 B tX tnanqtie.
5 10 J- BEDIER
L'uns devant et l'autrcs derrière : « Seignor, » dist li rois, « ma maison
L'un oeil ot clos en tel manière. Gaiterez, que je vous detien. »
Par mi la vile maine esfroi, Dinas apele et dist : « Cha vien ; 612
Tant que il vint devant le roi. 580 Maine moi ces gaites amont. »
Li rois mande gens et semont :
Tristrans, qui bien savoit son roi De par tout il i sont venu. 615
De parler, vint devant le roi. Maint bon chevalier esleu (Ah)
Au perron devant lui descent, Ot avec lui a icel jor,
Et si compaignon enscment : 584 Qui n'estoient mie a sejor,
« Sire rois, » fait il, « Dieus vous Ains font atorner les harnois ;
[sait 1 » Molt désirent que li tornois 620
La roïne tote tressait, Assanblast por als esprover.
Q.uant de Tristran oï le vois, Li rois Mars fist Tristrau trover
Car oï l'avoit maintes fois, s 88 Et ses conpaignons tôt lor coust.
Si s'esmerveille se c'est il ; Tout droit après le mi aoust 624
Mais ele dist bien que nenil, Pu li tornois criez et pris ;
Que Tristrans a .11. oeus, sanz faille. Mains chevaliers de riche pris
Dist Tristrans : « Rois de Cornuaille, I vint por acroistre son los.
Detien nous et done du tien, 593 Entre la cité et le bos 628
'Car nous te servirons molt bien. » Pu la plaigne bêle et ingaus ;
Li rois respont : « De quel mestier ? Dalez la forest fu li gaus,
(Bc) Ou il ot une bêle lande,
— Sire,» dist Tristrans, « de gaitier 596 N'ot si bêle dusqu'en Yrlande, 632
Vous et vo tour, se mestiers est ; Tout ensi conme il m'est a viere.
Appareillié somes et prest Par mi coroit une rivière.
De faire che que nous savons. » Qui molt estoit clere et bruians.
Lors conmande a ses conpaignons 600 Dalez la rivière corans 636
Qu'il metent hors lor cstrumens ; Pist son tref tendre toz premiers
Et cil font ses conmaudemens : Li frans rois des .c. Chevaliers,
Puis qu'il l'ot dit, molt le font tenpre. Qui molt estoit de grant renon :
Chascuns son estrument atenpre, 604 Por che avoit ensi a non 640
Sonent et acordent si bien Que sans .c. chevaliers n'est onques;
Que nus n'i set a dire rien. Mais plus en ot assez adonques,
Tant est dolce la mélodie, Car devers la soie partie
Car n'i a chevalier ne die 608 Estoit venus par aatie 644
C'ainc mais n'oïrent si dois son. Claudas qui fu de la Déserte,
580 5 ajoute après ce vers Sen vint tantost deuant le roi — 582 2J De p.
descent enranment — 583 B manque — 592 B cornoaille — 593 A Retien;
vhiis cf. V. 611 — 597 A vous t. — 600 B a manque — 601 B Qui!
sachent — 613 5 camont — 617 B icest — 625 A tos — 629 A plaigne
plaine et.
TRISTAN MENESTREL
511
Qui aine ne s'esmaia por perte ;
Taillars et Ciars et Godroés
I sont logié dalez .1. guez,
Dorchin li prous et Gogulor,
Guivrès li rous et Escanor
Et Branes et Tydoriaiis,
Gladoreslis et Estorgaus
Et molt d'autre chevalerie.
Tout contreval la praerie
Avoit maint riche tref tendu,
Trestot le jor ont entendu
A faire lor haubers froier.
En paine sont cil escuier
D'atorner penonciaus et mances
Et banieres et conoissances,
Et cil garçon chevaus conroient.
Par la cité très bien s'aroient
Li chevalier por tornoier,
Et, s'il ne vous doit anuier,
Dire vous vueil une partie
Des barons qui par aatie
Sont devers le roi Marc venu.
II i vient Ydrès, li fins Nu,
Claradus et li rois Bridas,
Disnadarès et Moadas,
Et s'i vint Jacob d'Estrigueil,
Et Jolies de Tintagueil,
Bruns sanz pitié et Brunamort,
Qui maint bon chevalier a mort
El Gué del Gaut par son oltrage
Cil rendoit al roi maint ostage ;
680
684
688
Ht s'i vint li rois Elygos,
Meliadus et Gosengos,
648 Dinas et li quens Beduiers.
Chascuns amena chevaliers
Tant conme il pot devers le roi.
Chascuns ot armes et conroi,
652 Covertures et frès cscu,
Con cil qui avoient vescu
De tel mestier molt longuement.
As vespres du tornoiement
656 S'en issirent li bacheler,
Que ne se volrent pas celer,
Ç4c) La veïst on tant penonchel,
Et tant escu a lionchel !
660 Et cil defors les armes prisent,
Que molt hardiement enprisent 692
Le tornoi contre chiaus dedens.
Au comenchier entre .11. rens
664 Jostent maint chevalier novel.
Premiers point le cheval isnel 696
Maudamadas de Galoee :
Entre .11. rens, lance levée,
668 S'est eslaissiez por lui mostrer.
De l'autre part a l'encontrer
Est venus poignant Gogulor.
Grans cops sor les escus a or
672 Se donent des lances planées
(Be) Si qu'eles sont enastelees.
Et li escu fraignent et fendent.
: Sor les estriers si fort s'estendent
676 Que les coroies en ronpirent.
699
(Ad)
704
647 B godroues — 649 B dorcin, personnage sans doute identique au
derquin du v. Ç4ç. AB Goguloz(ç/". vv. 701-2 et 992 où les deux viss. ont gogu-
lor) — 6<)0A Esladoz, B escanor (cf. i^v. 864 et 947) — 651 J ydorians, B
tidorians (cf. v. 'j^c)elv. 935).L« vers est trop court dans les deux niss.Au lieu de
Branes, faut-il lire Brandoines (cf. v. 861)? — 652 A Canor es lis, B Glado-
reslis. C'est le nom d'un seul personnage, comme on le voit par les vv. 867, 936.
Mais, partout où il paraît, son nom est écrit en deux ou en trois mots. —
668 les deux mss. ont ydres; la forme asse^ ordinaire Idiersse trouve au v. ^^4.
— 6705 mohades — 671 A iacop dcstragueil (cf. v. 937). — 673 A Brus
— 675 fi Au — 688 B si alrent — 705 B f. atendent.
512
J. BEDIER
D'ire et d'orgueil andoi sozpirent; 708 En mi la sale va seoir ;
Si fort se sont entrencontré
Que des jenols en ont porté
Le cuir, et des bras et des coûtes :
Dont sont comenchies les jostes
En .c. lius contreval la pree ;
Toute jor dusqu'a la vespree
Eu li tornois devant la porte :
Qui gaaing i fait si l'en porte ;
Maint cheval i ot affolé.
Molt furent cil dedens foulé
Et sormené, ce m'est a viere.
Que ens es guez de le rivière
Les mainent ferant laidement ;
Si vous di bien certainement
Que, se tost ne venist la nuis,
Ses conpaignons fait arengier.
Molt ont a boivre et a mengier, 748
Car li rois les fait bien servir,
712 Mais bien le voira deservir
Tristrans, se il puet, al tornoi ;
(/?/) Mais ce li torne a grant anoi 752
De che qu'Iseus ne l'aperchut.
716 Durement se tint a déchut, (Z^ 136)
Si dist, s'il puet, engien querra
Cornent a li parler porra. 756
Sovent le regarde d'un oeil.
720 En sa main a pris un fiagueil,
Molt dolcement en flajola,
Et par dedens le flaguel a 760
Noté le lai del Chievrefuetl,
Au roi March fust grans li anuis; 724 Et puis a mis jus le fiagueil.
Mais li vcspres les départi. Li rois et li baron l'oïrent,
De .11. pars se sont aati A merveille s*en esjoïrent.
Que demain, quant messe ert chantée, Yseus l'ot, molt fu esmarie :
764
73
Ara chascuns la teste armée
Por recomencier le tornoi.
Au roi Marc torne a grant anoi
De che qu'il les ont mis ariere
Par mi les gués de le rivière.
La nuit le mostra ses barons :
« Seignor, » dist il, « demain arons
Le tornoi ; pensons de bien faire.
Or se porront li prou refaire ;
A ces vespres nous ont laidis.
Molt josta bien li Lais Hardis,
Gairres li rous, et Tydoriaus
728
« Ha ! » fait ele, « sainte Marie,
Je quit c'est Tristrans, mes amis,
Qui en tel point est chaiens mis •](
Por moi, je le quit bien savoir.
Non est, je ne di mie voir :
Tristrans a .11. oeus en sa teste.
Et cist a perdu le senestre.
Ce n'est il pas, je le quit bien,
736 Que Tristrans n'est mais de moi rien.
Menti a vers moi et mespris
De che qu'il a autrui apris 776
Le lai que moi et lui feismes.
772
Gaaigna .11. chevaus molt biaus. » 740 Or je quit c'est Tristrans meïsmes,
Molt en parolent conte et per. Car onques ne menti vers moi.
Atant s'asieent al souper : {Ae) C'est il, a mes .11. oeus le voi. 780
Bien sont servi, molt orcnt mes. Bien m'i acort que ce est il.
Tristrans, qui toz tans est en es 744 Je ne le doi pas tenir vil :
Que il peùst Yseut veoir. En tel abit est por moi mis. 78}
712 on peut aussi bien ponctuer après jostes — B 724 marc — 739 -^ Gunes
— 734 ii sent — 761 AB de — 770 B No lest — 773 J II nest il (c/.
if. 780, 781) — 776 B quil autrui a.
TRISTAN MENESTREL
513
788
92
Il ovre cou loiaus amis :
Mainte paine a por moi eue ! »
Ensi est Yseiit parclieùe
Par le lai que Tristraiis nota.
Maintenant les tables osta
Dinas, qui estoit senescliaus.
La nuit conroient lor chevaus
Cil garçon et donent avaine ;
Cil escuier sont en grant paine
De lor haubers encoroier
Toute nuit dusqu'a l'esclairier, (Bh)
Que li chevalier sont levé
Q.ui as pres:res orent rové 796
Que matin cliantassent lor messes,
Que matin rendront lor pramesses
Clia defors qu'il orent pramises.
Atant sonent li saint as glises
Et li baron vont al mostier
Pour escouter le Dieu mestier.
Après la messe sont armé
Li prinche, qui sont renomé.
La veïst on tante baniere
Qui sont de diverse manière,
Tant elme, tant escu a or
Et tant destrier bauchant et sor
Et tant bon rhevalier de pris,
Qui sont monté, les adols pris,
Et ont lacies les ventailles.
Atant s'en issent les batailles,
Bien armées et bien garnies ;
Molt sont bêles les conpaignies
Et cil defors se ratornerent :
Quant armé furent, puis montèrent
Des loges issent et des tentes ;
Ne fisent pas longues atentes.
Par banieres et par conpaignes
(Jf) Et vienent sor les chevaus cras.
Les ensaignes amont levées.
As bras ont pendu les espees 824
Et les lances ont en lor poins,
Et les escus a lor pis joins : (A 169)
Abouchié sont d'anbes .11. pars,
Joint et serré, ne mie espars. 828
Lors crient : « As hiaumes ! as hiau-
[nies !
— Vien cha, Huet! — Vicn cha,
[Aliaumes !
— Vien clia, Garin ! — Vien cha, Fou-
[chier !
— Cha, mon cime je vueil lachierl »
Einsi en .11. c. lius crioient 853
Et cil lor hiaumes lor lachoient. (Bc)
800
Quant ont lachié, les chevaus bro-
(chent,
Qui par bien aler tost s'aprochcnt ; 836
804 Et, quant ce vint a l'assanbler,
Qui donc veïst terre tranbler,
Brisier lances, froissier escus
— Par mi outre aloit fers et fus, — 840
808 Ces elmes froissier et porfendre,
Et chevaliers par terre estendre.
Les uns navrez, les altres pris,
Et les pluisors crier merchis! 844
812 Lances en astelent et froissent,
, Et cil escu fendent et croissent ;
Cheval et chevalier trébuchent ;
815 Lor ensaignes crient et huchent. 848
Qui joster vaut, ne me merveil
Se tost i trova son pareil :
Ne se vont mie trop loinz querre.
Hardiement se vont requerre, 852
S'asanblent en mi les chanpaignes 820 Fièrent d'espees, de rronchons :
Li un vers les altres le pas, Sor ces elmes ot tels tenchons
810 .4 montes — 823 A sont — 855 /? manque — 840 B fers et iers (sic)—
841 B Et ces e. f. et fendre — 842 B a est. — 83 1 B lonc — 834 £ tron-
çons.
Romania, A'À'À'f 2 5
5M
Et tel noise et tel chapleïs
Que tous li bos et H larris
Et toute la lande en resone.
Toute jor de si après none
Ont tenu le chaple et l'cstor.
Par le tornol a fait maint tor
Brandoines, qui molt fu vassaus
Vers ciaus dedens fu ses assaus
Molt grevcus, et li Gogulor ;
Si vous di bien que Eschanor
I fist tant que on em parla
En bien et de cha et de la.
Gladoreslis i fist merveilles,
Qui ot unes armes vermeilles
A trois lunetes totes blanches :
Tiens estoient ses connissances.
Chieus dedens ont si mal menez
Que il les ont ferant menez
Dusques es prés devant la porte :
Gosengos, qui un escu porte
Tout blanc et blanches covertures,
Se met en maintes aventures 876
Por chiaus dedens qu'il velt secorre.
En la grant presse laisse corre :
Gogulor du cheval abat.
Après lui el tornoi s'enbat 880
Claradus, et li rois Bridas,
Dysnadarès et Moadas,
Et li rois Mars od sa compaigne
J. BEDIER
Par le lai que il flajola.
856 En sa chanbre l'en a mené ;
La ont le déduit démené, 896
Si conme amis fait a amie.
Du baisier (car je n'i fui mie)
860 Le sorplus ne vos dirai pas.
: En la sale faite a conpas 900
Se sist Gauvains dalez Brengien,
Et si compaignon, qui ont bien
864 Oï noveles du tornoi ;
Mais molt lor tome a grant anoi, 904
Quant li rois Mars n'est secorus.
Gauvains est a Tristran venus :
« Sire », fait il, « sans lonc termine
Prions ma dame la roïne 908
Qu'ele nous face armes prester (Ac)
Et chevaus et harnois doner,
872 S'irons la fors le roi aidier.
— Ore avez dit a sozhaidier, »
{Bd) Dist Yseus, « car vous les arez ».
867
(Ab)
912
(Be)
916
Dont a ses escrins desfremez,
S'en a trait cotes a armer.
Si les a fait bien atorner
D'armes qui molt estoient bêles.
La roïne et ses damoiseles
Les ont armés et bien et bel.
Chascuns ot bon cheval isnel 920
Et escu frès et lanche nueve.
Tristrans a ses compaignons rueve
S'areste ens en mi la chanpaigne. 884 Qu'il montent, et il sont monté.
La recomence la mellee ;
Donee i ot mainte colee
D'espee, de tronchon, de mâche.
Dusqu'al vespre dure la chacc :
Tous fu li rois Mars desconfis,
De che sui je seùrs et fis ;
Mais .1. poi vueil chi arester
Du tornoi, si vous vueil conter
D'Yseut, qui Tristran ravisa
Tristrans, qui molt ot de bonté, 924
Baisa Iseut au départir.
Lors font les espérons sentir
888 Aschevaus, si s'en sont torné
Tôt .XII., molt bien atorné, 928
Tant que il vinrent a la porte,
Et si vous di que chascuns porte
892 Au col pendu son estrument.
Lors vienent al tornoiement, 932
860 A ont f. — 861 B Brandones — 864 B escanor — 871 A malmeziez
— 875 B et maintes — 882 mohadas — 889 AB fust — 910 B armes d.
— 930 B Et ce.
TRISTAN MENESTREL
515
Et, quant il i furent venu,
Je vous di qu'Idiers, li fius Nu,
Fu abatus et Tydoriaus,
Gladoreslis et Estorjaus.
La fist bien Jacob d'Estrigueil
Et Jolies de Tintagueil,
Bruns san/. pitié et Brunamort,
Si le tienent en grant vielté,
Q.uant cnsi sont dcsbarctc
Par mcncstreus, ce lor est vis.
956 Atant lor est Tristrans guenchis. 976
Mesire Gauvains et li autre
Lor revienent, lance sor fautre,
Par tel force, par tel air
Qui maint bon chevalier a mort ; 940 Qu'a cel poindre fîsent chaïr 980
Et neporquant tôt fuissent pris, Plus de .xx., qui tôt furent pris.
Quant Tristrans, qui fu de grant pris, La ot Tristrans de touz le pris,
Vint poignant, ne valt plus atendre, Qui molt hardiement se prove,
Que cheval ot et rade et tendre. 944 Qu'en la greignor presse qu'il trove 984
Lanche baissic al penoncel. Se fiert adez et laisse corre
Sor l'escu d'or al lioncel Por les siens aidier et secorre,
Fiert Escanor de le Montaigne ; Et si compaignon vont après,
Jus l'abat del cheval d'Espaigne, 948 Qui molt se tienent de lui près. 988
Puis fiert Derquin, que jus l'envoie Chiaus defors ont si mis arrière
Tôt estendu en mi la voie. Que enz es guez de le rivière
Puis trébuche Gladoreslis 951 Les ont ens a force enbatus.
Et puis le frère Brandelis ; (Ad) La fu Gogulor abatus, 992
Ains que sa lance fust brisie, (Bf) Taillars li prous et Godroués.
Tôt droit a l'issue des guez (^(j; B 137)
Lor recort seure li roi Mars,
956 Qui ne fust si liez pour .c. mars 996
Conme est de le desconfiture
De ciaus defors, car a droiture
Les mainnent dusqu'a lor harnas.
960 « Sire, » ce li a dit Dinas, 1000
« Ce m'est a vis, ce sont vos gaites
Qui tels envaïes ont faites.
Car als cols ont les estrumens.
A fait mainte joste prisie.
Mesire Gauvains d'autre part
I fiert et la presse départ.
Keus li seneschaus esperonne,
En la grant presse s'abandone.
Meraugis et mesire Yvains
Le fisent bien et Agravains.
Tant vous di je bien vraiement
Que le pris du tornoiement
Ont li home le roi Artu.
Par grant forche, par grant vertu 964 Par aus est li tornoiemens 1004
Ont si reùsez ciaus defors
Qu'arrière se trait li plus fors.
Si se merveillent durement
Que chil sont qui si malement
Les ont arrière reùssez.
Les estrumenz ont avisez
Qu'il avoient as cols pendus.
Sostenus de la vostre part. »
Tristrans la grant presse départ,
Fiert et boute, enpaint et abat.
968 Gauvains si très bel se combat
Que déduis est de lui vcoir :
Trop set bien ses cops asseoir.
Ciaus de fors ont tôt sanz gabois
1008
Chascuns en est molt esperdus, 972 Par force mené jusqu'al bois. 1012
956 J'écris Estorjaus à cause r/'Estorgaus au v. 6^2 — 956 B en le p. et d.
— 971 AB zscoys— 993 B Taillars et tolars godroes.
5l6 J. BÉDIER
Tout sont mis a desconfiture, Con a veù mainte jument
Quant Perchevaus par aventure Enviellir par maie peuture. 105 1
Vint par le forest chevalchant « Hé ! Dieus, tante pesme aventure »
Desor .1. noir ronchi bauchant, 1016 Dist Perchevaus, « ai encontree !
Maigre, pelu, redois et las. Erré ai par mainte contrée.
De son elme ot rompu les las, Las ! onques n'oi fors paine et mal
Qui fu quassez et dépêchiez. En ceste queste du Graal ; 1056
Ses escus fu par lius perchiez 1020 Tant anui, tante mesestance!
Dont la bocle, si con moi sanblc, Por la lance qui aine n'estance
Fu faite d'une viez sozchangle. Ai je sofFert mains grant travaus.
Ses haubers fu par lius desrous ; Biaus sire Dieus, » fait Perchevaus,
Il fu entorteilliez et rous, io2-| [1060
Que piech'a qu'il ne fu rollez. « Tant a que je n'oi bien ne aise !
Ses espius fu toz desplanez : Par ces forés a grant malaise
D'un tronchon fu a tôt l'escorce; Ai tels .LX. nuis jeu
Mais li fers fu de bone forge, 1028 Ou j'ai poi a mengier eu, 1064
Dont la pointe estoit amouree. Et mes chevaus est acorés
Et se fu toute deschiree De fain ; Diex ! or me secorez,
Sa cote a armes de cendal, Que en tel liu puisse venir
Qu'il vient de querre le Graal : 1052 Ou alcuns biens me puist venir, 1068
Erré en ot par mainte terre. Car j'en aroie grant mestier. »
Mais il ne savoit tant enquerre (Bh) Tant a erré le grant sentier
Qu'il en poïst oïr novele. Par la forest tout démentant.
Les estrivieres de la sele (Aj) Son cheval a esforcié tant, 1072
Sont de cordeles renoees. 1057 Et tant se paine de haster
Erré ot par maintes contrées. Que il ot al lornoi crier (Bc)
En tel manière, a grant meschief. Les ensaignes diversement.
Que ses chevaus tenoit le chief 1040 Merveille soi molt durement 1076
Molt bas, et le col estendu ; Quant les ensaignes ot huchier.
Et Perchevaus a entendu Tant se paine de l'aprochier (A 170)
A son cheval faire esforcier; Qu'a grant travail et a grant paine
Mais, qui le devroit escorchier, 1044 Son cheval le petit pas maine, 1080
N'iroit se le petit pas non ; Que il ne puet trot ne galos.
Mius li venist sor un anon Tant a erré qu'il ist del bos,
Estre montez, par saint Sevestre ; Voit le tornoi et les meilees
Nepourquant suet il molt bons estre; Des gens qui sont entremellees. 1084
Mais cil au dit mie ne ment 1049 Chiaus defors voit a grant destreche.
1022 B sorcaingle — 1024 B enroeilliez — 1035 A maint — 1052 B bêle
a. — 1054 B ait p. — 1060 B dit p. — 1085 B le mellee — 1084 B entre-
mellee.
TRISTAN MENESTREL 517
Celé part son clieval adrcche, Perchevaus l'csgarde cns en l'eure,
Mais tant ne set esperonner Vit l'estrument a son col pendre ;
Q.ue le puist fors du pas mener. 1088 Dist Perchevaus : « Se entreprendre
Keus l'aparchoit plus îost que nus; Dévoie contre ménestrel, 1125
Contre lui est poignant venus. Doner vous iroie .1. cop tel
Quant si mal atorné le voit, Sor vostre escu qu'il i parroit,
Paier li volt ce qu'il H doit, 1092 Si que escus ne vous tenroit, 11 28
Ce est ranprosne et felonnie. Ne riens qui peiist avenir
Se li a dit Keus par envie : Que je ne feïsse venir
« Sire, ou est la vostre compaigne ? De vous les talons contremont ;
Très quant passastes vous le raigne ? Mais, par cel Dieu qui fist le mont, 1 1 32
[1096 Por mil mars, ce sachiez de voir.
Vous venez droit de Lonbardie : Ne volroie je mie avoir
Molt par avez la char hardie, Mis main de desuz jogleor.
Que tué avez la lymache. Moi est vis, par le Salveor, 11 36
Fu che de pichois ou de mâche 1 100 J'en seroie trop avilliez. »
K'avez mort la bcste cornue ? E Keus dist : « Vous vous traveilliez
Molt seront lié de vo venue En vain, par saint Jame l'apostre.
Li baron et li bacheler ; Vo cheval arai malgré vostre ; 1 140
Quant il oront de vous parler ; 1 104 Mais ce n'ert pas por chevalchier,
Molt lor plaira vo conpaignie ! Ains le voirai faire escorchier.
Estes vous por chevalerie Si en avront la char li chien
Faire venus a cest tornoi ? Et je le cuir, si vous di bien 1 144
Sire Audegier, foi que Dieu doi, 1 108 Que j'en ferai faire un bahut.
Vos chevaus a fait sa jornee. Car il est bien drois c'om vous hut,
Li mastin ont sa mort jurée : Quant vous errez si faitement. »
Faire en voiront lor quaresmel ; Perchevaus respont dolcement : 1148
Il n'a fors les os et le pel. 1 1 12 « Sire, » fait il, « se je avoie
Vos hiaumes a esté ronpus : Vo cheval, le mien vous donroie.
Les gelines ont dedens pus {Bel) Car molt ameroie cel change. 1 1 5 1
Plus de .11. ans, al mien quidier, — Par foi, or me sers tu de blange, »
Li malfé vous ont fait vuidicr 1 1 16 Fait Keus, « tu le conparras ja. »
Vo païs, ne fait eslongier ? Atant un petit s'eslonga, (Be)
Mais vous volez Forré vengier La lance baisse et prent son tor.
Ou le Morhot, si con je quit. (y^/') Perchevaus, qui en maint estor 1 156
Vengier le porrez ainz la nuit 1 120 Avoit esté, molt peu le doute,
Molt bien, se en vous ne demeure. » Et ne por quant a molt grant honte :
1 1 18 J5 voirez — ii225enesl. — 11 56 fi Par mal que p. — iijyBJe
— 1 157-8 Doute lime avec honte, il y a d'autres rimes aussi peu exactes dans
ce texte; vo\., p. ex., i]8^-po.
5l8 J. BÉDIER
Avis li est et si li sanblc Qu'il l'abat et puis Agrevain,
C'uns menestreus a lui asanble 1160 Cliget et le preu Lancelot.
Malgré sien et si le manache. {Ac) .IIII. chevaus a en son lot 1200
Gaaignez, qu'il a présentez
A chiaus que il vit desmontez, (Ad)
1164 Qui lor chevaus orent perdus.
Cil defors, qui tout esperdu
Perchevaus ne set que il face
Dolans sera se le malmet.
De sa lance l'arestucl met
Devant et le fer par derrière,
Et si l'atent en tel manière
Qu'en tant ne quant soi ne remuet.
Mesire Keus quanque il puet 1168
Point le cheval, qui tost randone ;
Percheval si très grant cop done
Sor son escu qui fu destains
Que sa lance de si as mains 1 172
A froissie par grant air ;
A por .1. poi ne fist chair
Cheval et chevalier ensanble,
Car de foiblece trestoz tranble
Et déploie toz li chevaus.
Mais sachiez bien que Perchevaus
Feri si Ké en mi le pis
De sa lance qu'il a guerpis
Les estriers et chiet tos envers.
Et Perchevaus a lues aers
Par les règnes le bon destrier,
Sus saut, onques n'i quist estrier, 1 1 84
Puis dit a Ké : « Vassal, prenez
Mon cheval, et si apernez
Coment il vous saroit porter.
Molt mieus vous venist déporter 1 188
A vostre estrument et déduire
Que chevalier gaber et nuire. »
A itant Perchevaus le laisse,
1204
Avoient par devant esté,
Voient le tornoi aresté
Par le bien fait de Percheval.
Chascuns radrece son cheval ; 1208
Por Percheval ont cuer repris.
Le tornoiement ont enpris
1 172 Vers chiaus dedens molt fièrement.
E Perchevaus isnelement 12 12
Se refiert es Cornualois.
Tant fait Perchevaus li Galois
1 176 Que par mi les gués les rentassent ;
Mais molt a malaise les passent. 12 16
1180
Perchevaus durement s'esforce,
Sa lance ou encor tint l'escorce
Ne vaut changier ne remuer.
Tristrans commencha a muer 1220
De fin air, quant il l'ot dire.
Espris de maltalent et d'ire
Va le chevalier demandant
Par cui sont mené si tendant : 1224
Vers lui se voira esprover ;
Mais tenpre le porra trover,
Car Perchevaus adez s'adreche
La ou voit la gregnor destreche. 1228
Dusqu'a la porte les remainne :
La a Tristrans soffert grant paine,
Encontre chiaus dedens s'eslaisse, II 92 Et mesire Gauvains li dois
Que chiaus dehors vont encauchant. Devers les siens les passe tous. 1232
Perchevaus point le sor bauchant, (Bf) Tristrans a guenchi le cheval.
Qui molt très durement le porte. .Sor destre choisi Percheval, (B 138)
De la lancequi toute est torte 1 196 Qui sor le destrier Ké se sist.
A féru si grant cop Gorvain Tôt maintenant qu'il le choisist, 1236
1 1 59 5 Qua vis, se — 1 190 B ne n. — • 1195 B lenporte — 11:5 B cornoa-
lois — 1224 A meuz si.
TRISTAN MENESTREL
1280
1283
Virent contrcmont les talons,
Ht tant conmc il fu grans et Ions 1276
Li fait mesurer la chanpaigne,
1240 Et si durement le mehaigne
Qu'a poi qu'il n'a le cuer crevii.
Tant par l'a durement grevé
(Ac) Que il ne se puet redrecier,
1244 Et por lui faire fiancier
Prison, s'areste Perchevaus.
Atant brochierent les clievaus
Lancelos et mesire Yvains,
1248 Saigremors et li prous Gauvains,
Si ont Percheval assali.
Perchevaus pas nés en fali, 1288
Ains trait l'espee, si lor vient
12^2 Que par vive force convient
Tout le plus cointe traire en sus.
Et Perchevaus lor recort sus. 1292
Molt sovent les coite a l'espee.
12)6 Lor armeûre a decolpee,
Elmes quasse et escus porfent.
Perchevaus si bien se defïent
Qu'il ne puent sor lui conquerre,
Bien le connoit, molt li anule.
Sor les estriers si fort s'apuie
Que les coroies en estent.
Contre lui va, plus n'i atent.
Quant Perchevaus le voit venir
Et la lance et l'escu tenir
Tant cointement et si très bel,
Et voit qu'il a mis en chantel
L'escu si acesmeement,
Et la lance tout ensement
Li voit si très bel manier,
Mais molt li prent a anuier
De che que la viele voit
Que Tristrans a son col avoit ;
Si quide qu'il soit menestreus
Qui embatus se soit entr' eus
Por faire gaber et por rire.
Tristrans qui durement s'aïre
De che qu'il sont si resorti,
Mais molt durement s'aati,
Qu'a celui as viez garnemens,
Par cui toz li tornoiemens
Est sostenus a ciaus defors.
Voira assanbler cors a cors, 1260 Ce m'est a vis, plain pié de terre.
Atant point quanque puet destendre, Et mesire Gauvains l'esgarde.
Que cheval ot et rade et tendre, Lors se remenbre et se prent garde 1300
Et Perchevaus vers lui s'eslaisse. 1263 Que ce est cil tout vraiement
Chascuns d'aus .11. sa lance baisse. Qui fu al grant tornoiement :
1296
Molt hardiement s'abandonnent :
Sor les escus teus cops se donent
Qu'il les froissent et esquartelent ;
Les lances toutes en astelent, i2(
Mais au venir que font ensanble
Se hurtent si, si con moi sanble.
De cors, de pis et de chevaus ;
« Son hardement bien i mostra,
Tout le tornoiement outra 1304
Et tant me fîst travail et paine
Qu'il ne fu jors de la semaine
Que ne me dolsist de ses cops
Li chiés et li bras et li cols 1 308
Et li cors et trestot li menbre.
Et sachiez bien que Perchevaus 1272 Quant je l'esgart, très bien me menbre
Abat Tristran si laidement Que nus altres, ce n'est pas faille.
Que tôt cil du tornoiement (Bb) Ne porroit pas tant de bataille 13 12
1264 B abaisse — ïiSj A Qui — 1289 ^ se — 1291 ainsi dans les deux
tuss.; corr. en jus?
520 J. BÉDIER
Soffrir, ne ce ne porroit cstre ; Bien le sara ja au parler,
Ainz ne me volt rien de son estre (Bc) Conques son non ne volt celer 1352
Dire, nis solement son non ; A nului qui li demandast,
Mais je ne sai par quel raison 1 3 16 Pour nule rien que il doutast. (Bd)
Est atornez si laidement. Lors li a dit : « S'il vous plaist, sire,
11 vint molt acesmeement Vostre non vous estuet ainz dire, 1 356
Armez, quant fu au grant tornoi, Et puis vous redirai le mien. »
Et clii si laidement le voi ! 1520 Gauvains respont : « Ce me plaist
Ce n'est il pas. — Si est, por voir. [bien;
Si cop le me font bien savoir Molt volentiers le vous dirai,
Mieus que ne font si garnement. Que ja mon non ne cèlerai, 1360
Et si sai bien certainement 1 324 Pour tant qu'il me soit demandez.
Que li cuers n'est es biaus adols. » Gauvains sui par non appelez.
Atant Gauvains, li biaus, li dois, Or revolroie bien savoir
A Percheval a raison mis : (A 171) Le vostre non, sachiez de voir, 1364
« Sire, » fait il, « vos bons amis 1328 Car molt me resanblez vassaus.
Volroie estre, par saint Davi. — Certes, « ce respont Perchevaus,
Onques mais chevalier ne vi « Je sai bien, toz en sui certains,
De qui tant volsisse estre acointes. Que onques mesire Gauvains 1368
Il m'est a vis que trop plus cointes 1332 Ne fu menestreus en sa vie ; (Ah)
Fustes, quant je vous vi aillors. Mais, puis que vous avez envie
Garnemens aviiez meillors De mon non savoir et aprendre,
Et plus biaus que vous n'avez chi ; Je le vous dirai sanz atendre, 1372
Mais, s'il vous plaist, par vo mer- Qu'en covent le vous ai a dire :
[chi, J'ai a non Percheval, biaus sire.
Et il ne vous devoit grever, 1337 — Percheval? — Voire, sanz dou-
Proier vous volroie et rover [tance,
Que me deïssiez vostre non. » Cil qui ala querre la lance 1376
Quant Perchevaus ot la raison, 1340 Et le Graal, que j'ai veù
Et la vois de Gauvain oï, .IL fois, mais n'ai mie seû
Molt durement s'en esbahi, La vérité ne assomee ;
Car au parler Gauvain li sanble ; Mais j'ai rasaldee une espee 1 380
Mais de corrous et d'ire tramble 1344 Qui en .11. pièces ert brisiee,
De ce qu'au col voit l'estrument. Qui molt estoit bone et prisiee ;
Si se merveille durement, Mais une osque i a a sauder :
Se che est il, por quel affaire De quanques je vols demander 1384
Il se voloit menestreus faire. 1 348 Ne me dist rien ne ne dira
Se ce est il, bien le sara. Devant che que l'osque sera
Que son non li demandera. Rasaldee et remise a point ;
13 14 B aine — 1322 B foit (sic) — 1328 A il manque — 1380 B rasalde
— 1381 /? fu b. — T3(S5 A assauder.
TRISTAN MENESTREL
521
Devant che ne sara nus point. 1388 Molt bêlement l'a rûcheù ;
Ce me conta H rois meïsmes, Molt en fait grant joie et grant feste.
Qu'encore n'estoie pas dignes Mesire Gauvains ne s'areste, 1428
Des secrez savoir du Graal. » 1591 Ains a lues fait monter Tristran,
Quant Gauvains entent Perche val, Qui d'amors sueffre grant ahan.
Bien le ravibC a sa parole ; Gauvains, qui fu prous et vassaus.
Son elme osta, puis si l'acoie, (Bc) Mesire Yvains et Perchevaus 1432
Et li a dit : « Biaus geniius sire. Ont ensanble au roi Marc proiié
Li rois mes oncles vous désire 1596 Un don, il lour a otroié. (Bf)
Plus a veoir que nis .1. home. » Quant mon seignor Gauvain connut
Perchevaus respont, c'est la some : Et Yvain, tint soi a déchut 1456
« Ja mais jor n'irai en Bretaigne Que il plus honorez nés a.
Devant que l'aventure ataigne 1400 Mesire Gauvains devisa
Du Graal, por nis une paine,
Se aventure ne m'i maine.
Mais or me dites erranment
Por coi portez tel estrument. »
Lors li a fait Gauvains savoir
De chief en chief trestot le voir
Conment Tristrans les amena
Devant le roi et démena
Le don qui lor estoit donez :
« Sire, » fait il, « vous pardonez 1440
Tristran vo corrous et vostre ire. n
1404 Quant li rois Mars l'ot, si sozpire,
Qui Tristran son neveu cremoit
1444
Por sa feme que il amoit,
Ensi conme on li ot conté :
1408 Autrement n'en set vérité.
Tout ensement conme une gaite. Son mautalent li pardona,
Dist Perchevaus : « Fols est qui gaite Son manoir li abandona
Gens qui s'entraiment loialment, (Ac) Et sa volenté sanz querine,
Car on voit tout apertement 1412 Fors que la chanbre la roïne
Qu'il eupi-^ndent trop fol usage. Mais ce li velt il deveer,
Fol en devienent li plus sage ; S'il n'i quide le roi trover.
Mais ce fait faire jalousie. » Tristrans l'otroie honement,
Perchevaus, qui par cortoisie 1416 Puis conte al roi molt dolcement
Oste son elme, Gauvain baise. Coment vinrent par coverture
Molt est li uns de l'autre a aise. A lui, quant sorent l'aventure 1456
Quant Tristrans Percheval entent, Qu'il avoit empris le tornoi,
1448
1452
(Ad)
De la joie qu'il a s'estent :
Ne sent angoisse ne dolor.
Li roi Mars vint la et li lor.
Que li tornois fu demorez.
Molt fu Perchevaus honorez
Du roi Marc ; quant l'a conneù,
1420 « Que molt haïsse vostre anoi.
— Biaus niés, » dist li rois, « dès or
[mais
Serez od moi en bone pais. » 1460
1424 Atant entrent en la chité.
La nuit furent tôt rachaté
1395 A dist — 1404 B cel est. — 1407 B len a. — 141 1 5 Gent — 1420
Cf. V. 1279-80 — 1448 A Son avoir.
522 J. BEDIER
Li prisonier d'ambes .11. pars.
Celé nuit a fait li roi Mars 1464
Molt grant feste de Percheval.
L'endemain armes et cheval
Li fait baillier gentes et bêles.
« Et je al pui de Montesclaire
Irai », fait mesire Gauvains.
Et, quant l'oï mesire Yvains,
A por .1. poi de doel ne font.
Tôt li baron grant doel en font
(^0
1496
Maintenant font mettre les seles 1468 Et chascuns d'als pleure et sozpire :
Li chevalier le roi Artu. « Que porra ore li rois dire, » 1 500
N'i ont mie molt atendu, Fait Lancelos, « quant la venrons
Dont sont monté sor lor chevaus ; Et les noveles li dirons
A tant s'en vont, et Perchevaus 1472 Et de vous et de Percheval? »
Se met avec aus a le voie. Atant s'en torne tout .1. val 1504
Tristrans grant pièce les convoie, Perchevaus, qui les a lessiez :
Tant qu'il vinrent a un mostier. Au départir les a baisiez ;
La ou départent li sentier 1476 Et mesire Gauvains s'en part.
Un grant chemin, de l'autre part, 1 508
S'est mis grant aleûre a voie :
Ançois mais que son oncle voie,
1480 Avra molt paines et travaus ;
Mestier li avra Perchevaus.
Et li chemin et les estrees
Qui vont par diverses contrées.
Quant il vinrent a la chapele,
Perchevaus les barons apele :
« Seignor », dist il, « ne quier mentir.
Chi m'estuet de vos départir
Que le Graal me couvient querre,
Et vous irez en vostre terre, 1484
Et Deus a joie vous i maint !
Par Dieu lassus qui el ciel maint,
Saluez moi le roi Artu ;
Que Deus honor, force et vertu 1488
Et toute joie li envoit ! »
Mesire Gauvains ot et voit
1512
Einsi Gauvains et Perchevaus
En vont armé sor lor chevaus.
Li autre vont en lor contrée
Chascuns son chemin et s'estree, 1 5 16
Tristre et dolent et amati,
Quant de Gauvain sont départi.
Et de Percheval ensement.
Einsi font lor dolousement, 1 5 20
Et Tristrans est dolans remez.
Qui durement les ot amez ;
Que Perchevaus aler s'en velt
Le Graal querre : or le conselt 1492 Mais Brengien le confortera
Li vrais Dieus, qui bien le puet faire! Et Iseus, que il tant ama.
1524
1466 B Celé nuit — 1468 B lor s. — 147 1 B les ch. — 1473 -^ /" ^^
l'épisode manque en B, par suite de la disparition d'un ou de plusieurs feuillets.
TRISTAN MÉNESTREL 523
NOTES
1 . L. 1-58. Au meiigier est assis lirois. Thèse first thirty-eight Unes deserve
spécial study ; the court they dcpict is unmistakeably that of a King of
England ; nowhere clse should we find assomblcd the Bishops of Wincliester,
Lincohi, York, Berwick, and DubHn. (I am not clear as to who is meant
by the Archbishop of Oriant or Cyriant.) I would even go further, and
suggest that the court which the writer of the lines had in his mind was
tliat of Henry II. The « GuiUaume » who is King « d'une partie des Irais »
might well be one of the Anglo-Norman barons holding sway in Ireland ' ;
The name of Guillaume is not one which belongs to the Arthurian legend,
as a rule the names, especially the names of Kings, are not those in ordinary
use, and I cannot recollect another Guillaume, saving a minor character in
« Syr Libeaus Disconus », appearing in the cycle. Nor is he King of Ireland,
or of the Irish, but only of « a part of the Irish », a unique, and significant
limitation. Again when wc remember that there was at the court of Henry II
and his successor Richard I, a bishop of Lincoln who was remarkable for
the energetic manner in which he performed his choir offices, the great Hugh
of Lincoln, we are, I think, justified in suggesting that this descriptive pas-
sage is based upon historic fact.
2. L. 94. Gifflet, le fil Do, en apele. As an indication of the probable date
to be assigned to this poem the relative position of the knights engaged is
of importance. We hâve hère in order Gifflet, Lancelot, Ywain, Gawain,
the three first are ail overthrown by Tristan, with the last he fights an
undecided battle. Now this indicates a period when Gawain was still the hero
« par excellence » of Arthur's court, his cousin and friendy Ywain, ranking
next to him, and Gifflet, son of Do, the seneschal of Carduel being high in
favour ; this is a survival of the earliest pseudo-historic Arthurian tradition.
But the présence of Lancelot among the first four knights shews that it is a
survival only, the stage has been outgrown, but we hâve not yet arrived at
the full development when Lancelot, and the race of Ban, dominate the situa-
tion. The moment is an intermediate one, later than the Tristan poems,
where the action passes afar from Arthur's court, and earlier than the prose
Tristan, where the central thème is the rivalry of Tristan and Lancelot, alike
as pattern knights and model lovers, where it is Lancelot who introduces
Tristan to court. In this connection a passage cited by Lôseth, p. 148 (204),
is of interest. Lancelot and Tristan, on their way to court, meet Gawain and
Gaheriet, who recognize in Tristan the knight who had overthrown fourteen
of their comrades on the plain of Camaaloth, a month previously. In a foot-
I. [Du temps de Henri II il n'y avait aucun seigneur du nom de Guillaume
qui pût être ainsi qualifié, mais sous Richard et Jean il y eut Guillaume le
Maréchal. — P. M.]
524 J. L. WESTON
noteLoseth rcmarks. « Pas raconté «, and gocs on to qiiote fromanother ms.
B. N. fr. 12599, -^' ?'" cestui fait dont je vos fai:;;^ oiendroit mention voldra
veoir tôt apertemeiit, si preigne le livre de inonseignor Roh. de B., quar cil le devise
tôt deievient, et par ce qu'il le devise en celui livre, ne le voill je mie deviser an
mien, quar ce que niessire Roh. de B. devise ne voill je pas deviser autre fois. » It
seenis not impossible tliat the incident hère referred to may be that related
in our poem. We niust bear in mind thiat Gerbert wrote in the thirteenth cen-
tury, when the Arthurian prose cycle had attained its full development ; it is
in the highest degree unlikely that, \\ere he composing an original poem, he
should départ so far from the popular tradition of his dav, and revert to a
stage then outgrown.
j. L. 309 et seq. Tristrans est apele^ sans faille. Throughout the poem the
name is spelt with an r, which recalls the English form of Tristram. The
version of the story \vith which the writer was familiar was a full one : e. g.,
it included the fight with the dragon, which, though found in the poems,
and accepted by M. Bédier as a part of the original tradition, is, as a rule,
absent from the prose versions. One only of the Paris mss., B. N. fr. 103,
includes it. The events hère are said to hâve taken place at Lancien, a point
in which this version accords with that of Beroul. The city referred to by
this name has, so far, not been identified ; I would hère venture to suggest
that it may be Launceston. I am informed by the Rev. Chancellor Edmonds,
Librarian of Exeter Cathedral, formerly vicar of S. Just, Cornv»-all, that the
local prononciation of the word is something betwen Lancien, and Lânseu,
while the position of the castle corresponds with the description given later
on, 1. 537, « une cité molt haut et fort ». In the absence ofother identification,
and in view of the fact that we hâve other indications of a Cornish origin,
this suggestion may be worth investigation.
4. L. 395 et seq. Molt fu, ce sacbiei vous, Tristrans. Cf. this detailed des-
cription of the hero's accomplishments with that given in the Anglo-Norman
Horn et Rimenild (St. XVII.) :
N'est estrument suz cel dunt hom sacet mortal
Dunt ne past tute gent dans Horn l'emperial
De bois, de riveer refet il altretal
D'eschermir en tuz senz n'est a lui communal
Nul ke vest al palais u burel u ccndal.
Nul n'en set envers lui bien mener un cheval.
Nul si porter escu ben buchlé od cristal,
Fort e bel le fist si li Sires cspirital.
This was onc of the passages which led me to the conclusion that we are
hère dealing^with the working over of an earlier poem ; an elaborate descrip-
tion of the hero's attainmcnts is not a fcature of the Arthurian biographical
romance. Moreover, Tristan is not hère the hero « par excellence » : as we shall
find when Perceval comes upon the scène, he is forced to take a second, even a
TRISTAN MENESTREL 525
third, phicc. Such a passage would not be found in an original poem of this
date and character. But, were Gerbert or his predecessor working ovcr a
crenuinc Tristan poem, this description is prccisely what we might look for ;
the excellence of the éducation bestowed by the care of the faithful Roald on
his young lord is always carefully noted (cf. hère M. Bédier's édition of
Thomas, I, 29). The style of the passage, too, differs from the somewhat
ordinary dry récital ; it has a lyrical ring which we miss elsewhere. We shall
find another parallel with Horn later on, and it is vvorthy of note, that, while
the incidents involved belong to the common subject matter of the taie, the
verbal correspondence is in cach case with the Anglo-Norman version.
With regard to Tristan's skill in wrestling, somewhat unusual for a knight,
it should be remembered that Cornishmen hâve always excelled in this pas-
time ; it is a bit of local colour, quite in keeping with Tristan's connection
with the Duchy. The discomfiture of Gawain, it should be noted, takes
place behind closed doors, and is not known to the court, whereas that of
Lancelot was open and public. This appears to me to indicate a désire on the
part of the original autlior, while maintaining the superiority of his hero, yet
to respect, at the same time, the Arthurian tradition wliich regarded Gawain
as practically invincible. That any one familiar with the texts could imagine
that Gerbert was hère drawing upon the prose Tristan, the author of which
never misses an opportunity of vilifying Gawain, is to me incompréhensible ;
this story neither came from the prose romance, nor could hâve ben compo-
sed after that romance attained popularity.
5. L. 45 5< Tant que d'Iseut li a mcnhrc. Are we hère dealing with a conti-
nuation of the first poem, or with the commencement of a second of the same
short episo'lic character? La Luite Tristran, the title used by Gerbert, applies
only to the first section, and has no connection with what foUows. I think
that the two were probably originally independent of each other. There were
most probably a number of short popular taies dealing with this favourite"
thème, which formed the groundwork of the longer poems, and I would
suggest that we are hère dealing with two such, which, for some reason,
found no place in the final and authoritative, version. Cf. hère Mr. Ivor B.
John, « Notes on Celtic Studies», Cardiff, 1904.
6. L. 495. Chascuns ot roube mal taillie. AU this section, the disguise as
minstrels, the enumeration of the musical instruments, etc., is interésting
from more than one point of view : nowhere in any of the romances devoted
to him does Tristan assume this disguise in order to see îseult, and yet it is
far from being an unnatural one. It is true that, by his skill on the « rote », he
rescues the queen from her unwelcome Irish lover, but hère there is no dis-
guise, as Gandin does not know him. Considering the stress laid on Tristan's
talent for music this is somewhat remarkable. The minsirel disguise appears
in Horn and Riiuenild, where, again, the hero is accompanied by friends
hère a hundred in number ! A hundred musicians would, one would think,
526 J. L. WESTOX
arouse suspicion, the twelve of our pocm, with diverse and harmonizing
instruments, is a much happier conception. I give the Horn passage :
Cent compagnuns menât, ke mult sunt de valor ;
Harpes portent asquanz, vicies li plusor,
Ço volt sire Horn k'il scient jugleor.
Fors halbers unt vestuz, dunt grant ert (sic)
E lur chapals dcsus de diverse color,
Lur durs branz ceint as lez cum vassal de ruddor.
(St. CCXXXVII.)
It was also in the disguise of a minstrel that King Alfred penetrated into
the camp of his Danish foes. The ruse appears, on the whole, to bc insular
rathcr than continental.
The continuation of Gcrbcrt is so Httle known that it may bc well herc to
draw attention to the fixct that he appears to hâve had a keen appréciation of,
and sympathy with, minstrels. In a long passage inserted in the account of
Perceval's wedding with Blancheflor, he contrasts the ill treatment now mee-
ted out to minstrels with that which was their portion aforctime ; then, did
the minstrels please the company ; they would take off their robes, and bestow
theni on them :
Tels i vint povres e mendis
Qui fu riches de grant avoir,
Mais ce poons nus bien savoir
due cil usages est passez.
Now the knights will still promise the robes, but, when the minstrel cornes
to claim them, they hâve been given to the squires. Alike when Perceval
reaches the castle of Gornemans and that of the sons of the Red Knight, we
are told how, on retiring to rest, a minstrel comes to his chamber :
A estive de Cornoaille
Li note .j. menestrex sanz faille
Le lai Goron molt dolcement ;
Endormis est isnelemcnt.
(B.N. fr. 12576, fol. 176.)
We may note hère that the instrument is the same as onc of those carried
by the masqueraders. In the second instance (at the castle 01 Leandcr), the
minstrel sleeps in the same chamber ; during the night Perceval is treache-
rously attacked, and the minstrel, gallantly defending him, is slain. The next
day he is buried with grcat honour, and an inscription placed on his tomb to
the effect
C'on doit toz mcncstreus amer
Por celui Dieu qui terre e mer
TRISTAN MÉNESTREL 527
Estera doint honor a ceus
Ki onorent les menestreus.
(Fol. 200.)
Was Gerbert such a minstrcl ? The liero of the Roman de la Violette,
again, assumes the same disguise, and the two passages should be compared :
E vesti .]'. vies garnement
E pent a son col la viele
Que Gerarz bien et biel viele.
(Éd. Fr. Michel, p. 69.)
It looks hère as if Gerbert had borrowed the disguise of his hero from our
poem. A point worth noting in Tristan's disguise is that he professes to hâve
lost one eve and pulls his hat over his brow ; this recalls the disguise assumed
by Odin in his earthly wanderings, and may hâve been suggested by Scandi-
navian tradition.
7. Ll. 631-52. Ou il ot une bêle lande,
N'ot si bêle dusqu'en Irlande.
Cf. Roman de la Violette :
Tant qu'il vint en une lande
N'ot si biele dusqu'en Irlande.
(Éd. Fr. Michel, p. 209.)
The Unes are also in Wauchier's continuation, at the point where Perceval
recovers the stag's head.
8. Ll. 647 et seq. TaiUars et Clars et Godroes. The names of the knights
taking part in this tournament deserve careful study. It is a most unusual
list ; some of the names, as e. g. Claudas de la Déserte, are familiar, others
occur nowhere else, while a third class may be déformations of wcU-known
names. Thus Taillars may bc Taulas de Rogemont, a knight often figuring in
lists of names, but with whom ne spécial story is connected. Clars might
be Claris, but this knight never appears in the poems ; Branes is perhaps
Bran de Lis. Can Ydoriaus (Tydoriaus) be Tydorel? Gosengos (678) appears
in the text of the Livre d'Artia;, B. N. fr. 357, where he is the lover of Gue-
nevere. Prof. Freymond, in his notes on this version, identifies him with
Gasozêin de Dragôz, the abductor of the Queen in Diù Crâne, but this
appears to me doubtful. Estorgans is the name of a Saracen in the Chanson
de Roland. There is a David von Tintaguel in Diiî Crâne, and Professer Singer,
to whom I submitted this list of names, suggest that Jolies de Tintaguel may
= Goliath, and be connected with this first. The names ofGogulor, Mauda-
madas, and Godroes I hâve not found eiscwhere ; is it possible that the for-
mer, who plays a decidedly prominent rôle, can be connected with the Gargol
of Arthur and Gorlagon, edited by Prof. Kittredge? With regard to the
528 J- L. WESTON
second name it is noticeable that the first part ot Gcrbert's section ci the
Percerai contains a good many examples of the termination in as, or
das ; thus in tlie account of the hcro's marriagc %ve hâve the archbishops of
Rodas, and Dinas Clamadas. I hâve not lound this pecuUarity in the Violette,
and suspect that it is a charactcristic rather of Gerbert's source. Moadas is,
however, in Wauchier.
9. Ll. 758 et seq. En sa main a pris un Jlagiieil. Thèse lines, again, by their
lyrical allure appear to me to bclong to an carlier poem ; the situation is dis-
tinctly picturesque, and the reflection of Iseut that Tristran would never hâve
betrayed her by revealing to another le lii que moi et lifeismes, is a decidedly
happy touch.
10. Ll. 829 et seq. Lors crient : As hiauuies ! as hiaunics ! This is again a
very spirited passage, but hère it wiU be noted that the names, which are
decidedly French, may quite well be due to Gerbert.
12. L. 947. Escanor de le Montagne. This name is in VAtre PeriUeus.
K. Ll. 1097 et seq. Vous venei droit de Lonihardie. This is an allusion to a
popular Mediaeval gibe at the supposed cowardice of the Lombards, the real
origin of which has not yet been elucidated. The most récent study on the
subject, by Prof. Novati, Giornale storico délia letterat. Italiana, vol. XXII,
p. 535, reprinted in the author's Attraverso il Medio Evo (1905), P- n?"
1)1, contains a Latin poem, relating the combat of a Lombard with a snail,
but the mss. in which the poem is found are ail of the XV century, thus it
seems more probable that the story has been invented to explain the allusion
than that it represents the original source.
The earliest référence to the Lombards as cowards appears to be that of
the Enfances Ogier (}. 951),
Ce sont Lombart, j'ai oï tesmoignier
Que il ne valent en armes un denier.
and to the fabled conflict with a snail, in the Policraticus of John of
Salisbury, quoted by Prof. Novati, but the story is nowhere told. Prof. Baist,
Zeitschrift fïtr Romanische Philologie, vol. II, has studied the question, star-
ting from the well known passage in Chretien's Percerai
Ains pour assaillir la limace
N'ot en Lombardie tel noise.
(at the point where Gawain is assailed in the tower at Escavalon), but arrives
at no definite theory as to the origin. In the succeediug volume of thesame
periodical, Prof. Toblercontributed a numberofinteresting références, the pas-
sage in our poem, which he quoted from Potvin, among them. The conclu-
sion arrived at by Professor Novati is that the story started from the traditio-
nal cowardice of the Lombards, and took this especial shape from the gro-
TRISTAN MENESTREL 529
tesque représentation, in carving, and miniature, of combats between men
and beasts, the snail being often depicted as defending a tower. Not unnatu-
rallv the knight figiiring in this very unheroic conflict would be identified
wiih the traditionally cowardly Lombard. This seems to me a very plausible
suggestion. It would be interesting to know if any connection can be esta-
blished between this tradition and the popular English rhyme of « Four and
twenty tailors went to kill a snail ». The subject seems to be worth the atten-
tion of Folk-lorists.
14. L. 1108. Sire Attdegier. The hero ofan extremely coarse XIl''' century
parodv on the Chansons Je Geste. The father of the hero, who is as cowar-
dlv as his son, is said to hâve been iiorri:^ en Lonibanh'e, and to hâve been
put to the worse in a conflict with a spider, a point of contact with the pre-
vious allusion.
15. L. 1 1 1 8. Mais vons ivle^ Fori c ven;^n'er. « Vengier Fourre » was an exprès
sion current in the Middle Ages to dénote an undertaking foredoomed to fai-
lure. The real origin of the phrase is unknown. (Cf. hère Note to the récent
édition of M. Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 5 36.) The
whole of Kay's speech is thus cast in the most insulting form possible. Was
it in the original poem ? I think probably not, the introduction of Perceval
upon the scène seems to me devised rather with a view to Connecting the
independent Tristan section with the main thread of the story; it will be
seen that it nécessitâtes the discomfîture of the real hero of the adventure,
Tristan. I think that the original poem most probably ended with the defeat
of Mark's enemies, owing to the valour of Tristan and his companions, and
the conséquent reconciliation of uncle and nephew, Mark is hère, evidently,
by no means ;;. malicious character as he is in the prose Tristan. I should be
inclined to attribute the appearance of Perceval, and Kay's insulting address,
to the invention of Gerbert, who, from the évidence of the Violette, was
extremely familiar with the current literature of his time.
16. Ll. 1300 et seq. Lors se remenhre et se preitt garde. The référence is, I
think, to the great Tournament before the Chastel Orguellous, in order to be
présent at which Perceval crosses the Bridge Perilous, as related by Wauchier,
and where he carries off the prize for valour, and départs incognito.
12. Ll. 1577-8. Et le Graal, que fai veiï .II. fois. It will be remembered
that Gerbert's continuation is inserted between the Grail visit of Wauchier,
and that of Manessier, thus Perceval lias seen the Grail twice. Tliis allusion,
coupled with that above noted, appears to me to favour the view that this
concluding passage is the work of Gerbert, and intended to form a Connecting
link between the Luite Tristran, and the Perceval in which it has been
inserted.
15. L. 1450. Fors que la chanhre la roiiie. This recalls the Tristan poems
where we find Mark laying this prohibition on his nephew.
14. Ll. 1494-5. Et je al pui de Montesdaire Irai. This, h v>il[ be remem-
34
r,Q J. L. WESTON
bercd is thc advonture which Gawain is about to undcrtake wlien thc arrivai
olGuigambrcsil summons liim to Escavalon ; in several mss. ot the Perce-
val he achieves the adventure, and wins tlie sword as estrauges reuges, but,
be it noted not in the continuation of Gerbert, where it is Perceval who
frces the maiden, but does not win the sword, of which there is hère no men-
tion I think it probable, thcrcfore, that this référence was in the original
poem. The adventure is certainly a very old one, and 1 doubt if any of the
extant versions reallv represent the primitive form.
15 L 1)21 £/ Tristraii est dolans reines. From this moment there is no
further mention of Tristan : he disappears from the scène as suddenly as he
appeared upon it, and plavs no part in the further récital of Perceval s adven-
turcs.
LINSTRUCTION DE LA VIE MORTELLE
JEAN BAUDOUIN DE ROSIÈRES-AUX-SALINES
Lorsque je publiai, en 1879 ', ma notice des manuscrits
français de Saint John's Collège, Cambridge, je me bornai
à signaler en note V Instruction de la vie mortelle ou de la
vie humaine {ms. coté T 14), vaste poème français du xv^ siècle
que je n'avais pas eu le temps d'étudier. Du reste, à cette
époque, je connaissais assez mal la littérature des derniers
temps du moyen âge, et je n'avais pas les moyens de vérifier
s'il existait quelque autre manuscrit du même ouvrage. Depuis
lors, des catalogues détaillés ont été publiés de la plupart des
collections de manuscrits qui existent en France, et, pour
l'étranger aussi, le nombre des catalogues imprimés s'est consi-
dérablement accru. De mon côté, j'ai visité beaucoup de
bibliothèques dont les manuscrits n'ont pas été décrits ou pour
lesquels il n'existe que des inventaires manuscrits, en général
insuffisants : nulle part je n'ai vu signaler l'ouvrage sur lequel je
me propose de publier actuellement une courte notice.
Cette notice, je m'empresse de le dire, n'épuisera pas le
sujet. Il restera des recherches à faire pour ceux qui, après
moi, voudront étudier le volumineux manuscrit de Saint
John's Collège. Le poème contient plus de 47.000 vers décasyl-
labiques. J'avoue que je ne l'ai pas lu d'un bout à l'autre. Je
me suis contenté de le parcourir, prenant çà et là quelques
extraits. Une étude plus détaillée serait nécessaire pour arriver
à déterminer (ce qui ne serait pas très difficile) les sources de
I. Roiiiaiiia, VIII, 505 et suiv.
532 P- MEYER
cette vaste composition. Toutefois, la présente notice suffira à
donner une idée générale de l'œuvre, et ne laissera pas d'ajou-
ter quelques nouveaux éléments à l'histoire de notre littérature
pendant le xv^' siècle, puisque l'auteur, on le verra plus loin,
nous a fait connaître son nom et, en même temps, le lieu d'où
il était originaire.
Le ms. T 14 est un volume en parchemin, ayant à peu près
le format d'un in-folio (hauteur 0,350, largeur 0,23 5). Il.se
compose de 191 feuillets non paginés, écrits à deux colonnes
par page et à 64 vers par colonne. Si toutes les pages conte-
naient" le même nombre de vers on arriverait à un total de
48.896 vers, mais il faut tenir compte de la place occupée
tant par les rubriques en prose que par un certain nombre de
tableaux généalogiques et de listes de noms qui occupent par-
fois une demi-colonne, de sorte que le poème ne contient
probablement pas beaucoup plus de 47.000 vers \
Le volume est relié aux armes de Plantevit de la Pause
(7 1648). En exergue on lit : Io.de plantevit . de . la . p.\use .
EPS.LODOVEN.MONTiSBRUNi.coMES. J'ai expliqué, dans mon
mémoire sur les mss. français de S. John's, comment la biblio-
thèque de l'évêque de Lodève fut acquise par François Bosquet,
son successeur, puis passa au neveu de celui-ci, Charles de Pra-
del, évêque de Montpellier, comment Colbertde Croissi, succes-
seur de ce dernier sur le siège de Montpellier (1696), ayant
acquis la bibliothèque de son devancier, la légua à l'Hôpital géné-
ral de Montpellier qui en fit dresser le catalogue et la vendit à
un libraire de Toulouse, en 1740. C'est à cette époque qu'un
fellow de S. John's acheta un certain nombre des manuscrits
de cette bibliothèque, qu'il légua plus tard à son collège \
Il est temps maintenant de parler du poème, et d'abord de
son auteur.
Auteur et époque de la composition du poème. — L'auteur s'est fait
connaître en acrostiche dans une sorte de prière qui termine
1. Il faut d'autre part tenir compte d'un feuillet bis (145 bis), plus étroit
que les autres, et ne contenant qu'une colonne sur chaque page.
2. Aux renseignements que j'ai donnés (Rom., VIII, 307-9) sur le sort des
mss. de Plantevit de la Pause, de Charles de Pradel et de Colbert de Croissi,
l'instruction de la vie mortelle 533
son ouvrage. Les lettres initiales des vers de cette pièce donnent
ceci : jehan bauduyn de rousierres aulz sallines.
Rosières-aux-Salines est une petite ville située entre Nancy
et Lunéville (arr. de Nancy, cant. de Saint-Nicolas-du-Port),
Jean Baudouin est d'ailleurs inconnu. C'est un nom nouveau à
ajouter à la liste des écrivains du xv^ siècle. Il ne nous donne, au
moins dans les parties du poème que j'ai lues, aucun renseigne-
ment sur sa profession : toutefois le sujet qu'il a traité et la
façon dont il l'a traité donnent à croire qu'il était clerc. Comme
il mentionne la mort du pape Martin V (le passage est imprimé
plus loin), dans la quatrième partie de son ouvrage, qui en con-
tient cinq, on peut être assuré qu'il a terminé son poème
après 143 1, mais il est à croire qu'il l'avait commencé avant
cette date. Il ne parle pas d'Eugène IV (1431-1447), ce qui
fait supposer que le règne de ce pape n'était pas très avancé
lorsqu'il cessa d'écrire.
Sujet du poème. — L'auteur fait connaître dans son prologue
(publié ci-après) le sujet et le plan de son livre, qu'il intitule
Instruction de la vie mortelle ou Roman de la vie humaine. La
morale et l'histoire y occupent la plus grande place. La division
en cinq parties qu'il a adoptée correspond^ nous dit-il, aux cinq
sens; mais il f:mt avouer que le rapport entre chacun des sens
et chacune des parties de l'œuvre n'est pas très clair. Baudouin
est un écrivain prolixe et ennuyeux. N'ayant pas l'intention de
lui consacrer une étude approfondie, je me suis borné à par-
courir, ou plutôt à feuilleter son vaste poème. On me pardon-
nera si je ne suis pas en état d'en donner une analj'-se exacte.
je puis ajouter quelques détails. Le ms. des lettres d'Innocent III a été donné
par le comte d'Ashburnham aux Archives du Vatican (voir DqWûq, Jourii. des
Sav., 1896, p. 538). — Le ms. lat. 10565 (anc. suppl. lat. 465) de la Biblio-
thèque nationale, contenant le traité d'André le Chapelain, porte, au bas du
premier feuillet, Vex-tihis de Charles de Pradel (Catal. de la bibliotlièque de
Colbert de Croissy, 1740, II, 454). Le ms. du Musée britannique Add.
27894-7, en quatre volumes, renfermant des copies de documents historiques
faites au xviic siècle, a la même origine. — Le président Fauchet avait unms.
provenant de Charles de Pradel, qui présentement appartient à la Bodléienne
(Oxford), sous la cote Bodley, Add. C. 29. C'est un exemplaire (incomplet
du début) des Pèlerinages de Guill. de Digulleville. — Enfin la Bibliothèque
municipale de Grenoble possède plusieurs mss. de la même provenance ; voir
la préface du Catalogue imprimé.
5 H P- MEYER
La première partie traite des philosophes anciens, principale-
ment d'après l'ouvrage latin connu sous le nom de Dicta philo-
sophorum, et qui vient originairement de l'arabe, ou d'après la
traduction qu'en fit, dans les dernières années du xiv^ siècle,
le prévôt de Paris, Guillaume de Tignonville '. La seconde et la
troisième parties sont consacrées à l'Histoire sainte, jusqu'à la
prédication des apôtres, le tout entremêlé de notions d'histoire
profane. La quatrième partie conduit l'histoire jusqu'à l'époque
où vivait l'auteur. Les faits sont classés chronologiquement, les
divisions étant marquées par les pontificats et les règnes des
empereurs. Le dernier pape mentionné est, je l'ai dit plus
haut, Martin V. La cinquième partie est une sorte d'instruc-
tion pour la vie chrétienne.
Il n'y a dans tout cela rien de bien intéressant. L'auteur, qui
appartenait très probablement au monde ecclésiastique, puise à
des sources latines, qu'il cite assez exactement dans ses rubriques.
Ces sources n'ont pas toujours un caractère vraiment histo-
rique : pour Alexandre le Grand, il accepte les fables du Pseudo-
Callisthènes, pour Charlemagne il met à contribution le
Pseudo-Turpin, mais il ne m'a pas paru qu'il fît usage de la
littérature vulgaire. J'espérais trouver dans la partie qui con-
cerne Charlemagne quelques souvenirs de l'épopée carolin-
gienne : j'ai été déçu.
Siyle, versification, langue. — On ne peut pas dire que notre
Jean Baudouin ait un style bien caractérisé. Il écrit simplement
et clairement, ce qui est assurément un niérite, mais l'expres-
sion manque de relief, et la pensée, toujours banale, est pré-
sentée sans art. C'est plat.
La versification appelle un examen particulier. Le poème est
en vers décasvllabiques rimant deux par deux, forme qui n'est pas
fréquente dans l'ancienne poésie fraiiçaise -. L'auteur admet ce
1. Sur cette traduction, qui fut souvent copiée et imprimée, voir P. Paris,
Manuscrits françois, V, 2 et suiv. ; E. Picot, Catal. de ta Bihl. Rotijscl.'ilit,
002558 (t. III, p. 553); sur le texte latin et sa source, voir H. Knust,
Mittlk'itungen ans dcni Esliuriat {Litcrar. Ferein, Tubingue, 1879), p. 566 et
suiv. Knust donne quelques indications bibliographiques sur la version fran-
çaise, ibid., p. 579 et suiv.
2. Voir ce que je dis à ce propos, Romania, XXIII, 4, où il faut corriger
une faute d'impression : eimprers, pour empereris.
L INSTRUCTION DE LA VIF. MORTHLLR 5 35
qu'on appelle souvent, d'un terme impropre, la césure épique,
c'est-à-dire la présence d'un c atone en surnombre après la qua-
trième svllabe. Ce qui est plus notable, c'est qu'en d'autres
endroits du vers la même liberté paraît admise. Ainsi^ dans le
premier morceau :
25 Et parvenir on puisse/// on paradis.
49 XonccrfH/ au peuple de Dieu l'avenenient.
57 Comment aussi ses apostr« en alirent.
64 Et pour la foi se vo\rent abandonner.
90 C'est de congnoistre Dieu ses angi'5 et ses sains.
Sans doute, au v. 23, on peut supprimer le premier eu, et
au.ssi au v. 57, où le même mot paraît superflu. Mais dans les
autres cas la correction est moins facile. Et dans la suite on
trouvera maint exemple où la même irrégularité est évidemment
le fliit de l'auteur. Notons encore que l'enjambement est assez
fréquent.
A la tin du prologue de son second livre, notre poète lor-
rain prie qu'on veuille bien lui pardonner
Se ma rime est troup rude, car pas né
Je ne fu mie de Saint Denis en France.
Mais, en réalité, ses rimes ne sont pas mauvaises. Seulement,
bien qu'il fasse effort pour écrire en pur français, il laisse
échapper un certain nombre de formes locales. Voici celles qui
m'ont le plus frappé :
Les verbes en -er présentent parfois un prétérit en -// pour le
sing., en -irent pour le plur. Ainsi : eschappit III, 157, aJlit
III, 24, 151 (en rime â\ec départit), 170 (en rime avec habit),
179, allirent III, 182. Il faut rétablir alirent, là où le ms.
porte alerent (I, 57), la rime correspondante étant convertirent.
Mais l'auteur emploie aussi la forme habituelle en -erent,
puisqu'on la trouve assurée par la rime (III, 194). Cette
intrusion des prétérits de la 4'-" conjugaison dans les verbes de
la première ne paraît pas antérieure au xiv^ siècle; du moins
n'en ai-je pas trouvé d'exemple dans les nombreux textes lor-
rains du xiii^ siècle que nous possédons. Il y en a plusieurs
dans le poème de la Guerre de Metz qui fut composé en 1325 '
I. Li! Guerredc Met^ eu 1^24, poème du xive s., p.p. E. de Boutciller, suivi
d'études critiques sur le texte par F. Bonnardot (Paris, 1875). Voir p. 455.
536 p. MEYER
(detnandirciU, acordircut, etc.). M. Bonnardot écrit à ce propos
que cette désinence -it, -ircnt n'a cessé dès lors d'étendre son
empire, « si bien que le patois n'en connaît pas d'autre ». Je
fais remarquer toutefois qu'elle ne doit pas être très fréquente,
car M. Bonnardot n'en cite aucun exemple dans ses Trois textes
en patois de Met:;^ '. Plus au sud, et précisément dans la région
à laquelle appartient notre auteur, les désinences venues de la
4^ conjugaison ne se rencontrent plus, ou du moins M. L.
Adam n'en fliit pas mention -. L'imparfait avient, III, 92 (fr.
avaient), le conditionnel daingnerient, II, 80, ont aussi leurs
analogues dans la Guerre de Met:;^ '.
On peut encore considérer comme lorraine la forme poc,
poiic (peu), II, 71; III, I, 180. Les exemples de /joc que cite Gode-
froy (au Complément, sous pou) sont tirés de textes lorrains.
Cette même forme est fréquente dans la version lorraine du
Psautier, et dans la Guerre (i^ M^/:( (strophes 113, 232, etc.).
En somme, le caractère dialectal est peu marqué dans ce
poème.
Le poème de Jean Baudouin n'enrichira guère la littérature
française. C'est l'œuvre d'un compilateur honnête et laborieux,
mais dépourvu d'originalité. L'idée morale qui l'inspire ne sup-
plée pas à la pauvreté du sentiment poétique. L'Instruction de la
vie mortelle a été peu lue et vite oubliée. Aucun contemporain,
à ma connaissance, n'en a parlé. Mais, malgré son isolement,
ce poème a, pour notre histoire littéraire, une certaine impor-
tance, non pas tant à cause de son étendue qu'en raison de son
origine. On ne peut pas dire que l'Est de la France soit resté
étranger au mouvement littéraire qui, au xiv^ siècle et au xv*,
avait pour centres principaux Paris et les pays ^vallons, car
on connaît quelques écrits littéraires composés à cette époque
en Franche-Comté et surtout dans le pays messin ; mais,
pour la région intermédiaire, celle d'Lpinal et de Nancy, nous
n'avions à peu près rien. A ce point de vue le poème de Jean
Baudouin comble une lacune dans notre histoire littéraire.
1. Voir El actes roiiidiies dédiées à G. Paris, p. 553, au § de la conjugaison.
2. L. Adam, Les patois lorrains (1881), p. 174, chap. du passé défini.
3. Voir au glossaire: -ienf.
l'instruction de la vie mortelle 537
Prologue on livre appelh' Vlustrnctioii de la vie niorlclle ou de la rie huiuaine.
Ezcchicl nous tesmoingne en son livre :
Qui le mauvais de mauvestié délivre
Par beau parler, par exhortacions,
4 Par son preschicr ou ses correpcions
Qu'il guaingne l'ame du mauvais et la sienne ',
lu donq, pour tant que je guaigne la mienne
Et que je puisse aucune oeuvre parfaire
8 Par quoi pécheurs si se puisse[nt] retraire
De leurs folies et de leur mauvestié,
Av je voulu commencer ce traitié ;
Et me plait bien, s'il vous plait, qu'on l'apelle
1 2 Instruction de la vie mortelle
Ou de la vie humaivne le roman.
Car vci vueil, par prière et comman
D'aucuns amis, les beauz dis rimoier
i6 Des philosophes; mieulzne pui emploicr
Le temps que faire choze dont mon prochain
En vaille mieulz et au soir et au main
Et chastoier puisse leur maise voie.
20 Si prie a Dieu que mon oeuvre convoie
Et me doint l'ur que la puisse parfaire
Tant que les puisse de mal en bien retraire,
Et parvenir en puissent en paradis
24 Par mon moien, moienans les beauz diz
Que Philozophes volrent jadis escripre,
Priant a tous de les parfaire et lire
Dont puissent vivre sans péchiez et sans blâme,
28 Et que ce soit au proffit de mon ame.
Comment ce livre se divise sehv! les cinq sens.
En cinq parties ceste operacion
Par les cinq sens ara division ;
Et pour cela que l'ueil est instrument
32 Du premier sens, verrez aussi comment
Les philosophes, qui plus virent assez,
I. Cf. EzECH. XVIII, 27 et xxxiii, 9.
ijS p. MHYER
Quant nuz vertus, que ceulz dcz temps passez,
Instituèrent en leur temps les menus
56 En bonnes mors coinme tous sont tenus.
En la seconde, par comparacion
De nos oreilles, après, ostcnsion
Ferai comment Dieu tout premièrement
40 Fit a Adam le sien commandement
Qu'il ne menga[st] du fruit de bien et mal.
De faire après l'arche en especial
Au bon Noé, et comment Abraham
44 De son pavs partit par son comam ',
Puis a Moyse comment il apparut
Auquel la loy aussi donnée fut ;
Comment prophètes furent du Saint Esprit
48 Lors inspirez, qui par bouche et escript
Noncerent au peuple de Dieu l'avenement,
Sa passion et le sien jugement.
En la troisime après monstre sera
52 Comment que Dieu proprement parlera
De bouche au peuple, ou le sens git u]^<',
Et qu'enseignier vint son peuple nieïsme,
Et lors monstrer par signes et par parole
56 Comment du ciel Tomme acqueroit Festoie ; (b)
Comment aussi ses apostres en alirent
Par tout le monde et ses gens convertirent ;
Des chozes aussi qu'avindrent es sept eages,
60 Les temps des rois, des poètes et des sages.
En la quatiisme partie sera mis
Comment les papes et de Dieu les amis
Mirent les mains a l'Eglise fonder
64 Et pour la foi se volrent abandonner ;
Comment depuis les rois et empereurs
Firent églises et donnèrent le leurs,
Tant que l'Eglise par tout fut eslevée
68 Et noblement, eulx moienar.s, doée.
En la cinquime partie on tractera
Comment chascun estât si devera
Par le chemin de nostre fo\ aller
72 Et en icelle dhuement - gouverner
Jusques a la fin, en fait de conscience
1. Lire cornant et au v. précédent Ahiwhanl.
2. Corr. duhement.
l'instruction de la vie mortelle 539
Soi retourner ;i Dieu par pénitence,
Pour a la gloire de lassus parvenir;
76 Kt la voulrai ceste oeuvre parfenir,
En declairant d'enfer et de la gloire
Aucunes chozes, comme le pourrez voire,
S'il plait a Dieu, qui m'en doint le pouvoir,
80 La grâce aussi d'en faire mon devoir,
Par quoi meilleurs en puissiens devenir
Et a la gloire ensembles parvenir.
S\'tisuit preniiey de Sedechias le philosophe.
Sedechias fut moult sage jadis
84 Et philozophe en ses fais et en dis
Par qui premier loi de Dieu fut receue
Et sapience ainssement entendue,
Lequel premier donna ceste doctrine,
88 Car qui vuelt vivre selonc la loi divine
Sezc vertus ait il devant les mains :
C'est de congnoistre Dieu, ses anges et ses ssins.
Avoir de bien et mal discrétion,
92 De mettre bien en operacion,
Le mal du tout eschever et fuir
Au rois, aulz ducz et auz princes obeïr
Que Dieu a mis sur terre pour garder
96 Paix entre gens et justice excercer. . .
II
Voici le prologue du second livre, dans lequel l'auteur
blâme avec vchcmence les mœurs du clergé de son temps, ayant
surtout en vue, à ce qu'il semble, les clercs richement rentes.
En terminant il insiste encore une fois sur le caractère moral
de son œuvre, qui a pour objet d'enseigner comment, en
chaque état, on doit se comporter. Il unit donc l'histoire et la
morale, ce qui chez nous a été une tradition jusqu'à une
époque récente ' . Il parle de lui-même avec une louable modes-
tie, et s'excuse de l'imperfection de ses rimes, car, dit-il, « je
ne suis pas né à Saint-Denis en France ».
I. Il y a eu au Collège de France jusqu'en 1892 une chaire d'histoire et
morale.
540 p. MEYEK
(Fol. 26 d) Apres s'ensuit le prologue en la seconde partie, qui reprent forment
les perecetdx et preshtres et autres pluseurs clers igiuvans l'Escriptiire.
Après cela que j'cuz sages retrait
Et mis en rime et leurs dis et leur fait ',
Selon pour lors mon petit sentement,
4 Adonq cuidoie faire reposement
Sans procéder plus avant en matière ;
Se m'avisay que de mainte manière
Il est de gens qui volentier liroient
8 Histoires anciennes s'en roumans les trovoient
Et passeroient maintes oisi vêtez,
Pestes et dimenches, ou ilz sont occupez
Jouvans aux tables, aux cartes ou autrement,
1 2 Car ilz ne scevent la manière comment
Le temps, vaugans en bien, puissent passer;
Specialment nos presbtres regarder
Ne daingnent plus aucuns livres notables,
16 Quant c'est latin, cuidans se soient fables,
Que les docteurs jadis de sainte Englise
Firent adonq par moult diverse guise.
Inspirez lors par le saint Esperit ;
20 Mais plus souvent responderont tel dit :
« Pour quoi ma teste en cecv roniperoie ?
« Ne tiers ne quart je n'y entenderove ; »
Pour le latin que leurs semble troup fort
24 Blasmans les livres et leurs donnans le tort,
Avant qu'ilz aient .]. seul feulet leû.
L'autre si dit : « Quant l'aroye je veù
« Mais que je die mes heures c'est assez »,
28 Qui au tenir seulement sont lassez ',
Et toutefois, par trois ou par .iiij. heures,
Jouvans aus tables, ilz feront la demeure :
Les uns aux champs portent des espreviers,
32 Comme se fuissent bairons ou chevaliers,
Et vont chasser (sic) toute la matinée,
Non retournans tant que messe est chantée,
1. Corr. retrai\-faii.
2. Qui au tenir... sont... se rapporte vraisemblablement à nos preshtres du
v. 14. La construction est embarrassée et peut-être y a-t-il quelque lacune
ou erreur dans le texte.
L INSTRUCTION DE LA VIE MORTELLE 54I
Sans qu'ilz leurs chaillc de Dieu ne du mostier,
56 Mais que bien facent bruire fort le mestier
Si font trois jours ou quatre plus souvent
Que des églises de chenoinnes ou couvent
Nos braconniers ' ne pueent mot sonner
40 Ne une antienne au besoiug entonner,
Tant ont brachiez après aucune beste,
Et en apert en font encor lour feste.
« Laisse moi, laisse », font il, « mener bon temps » ,
44 Et que vault pis encor ont en contemps
Ceulx qui parfont et entendent au servise,
Car, quant ilz sont a part a leur divise,
Dient d'ung tel : « Ce n'est qu'unne chimère »,
48 Ou de Iv autre : « Ce n'est qu'unne commère.
« A quoi est bon ceu qu'il lit sans séjour?
« Je ne prendroie pas .x. s. pour le jour
« Et j'eusse leu trois fueilles de sou livre;
52 « Il n'y a tel que d'en estre délivre,
« Estre galant et tousjours bon compain,
(( Chanter, mener la vie soir et main.
« Mon pain est cuit ^ : jamais n'y puis faillir.
56 « Je sçai assez. Quant je vouldrai servir
« Nostre Seigneur, tout a temps y vendray
« Quant ma jonesse toute passée aray.
« Adonq sera temps d'entendre a bien faire ;
60 « Hure lan hure! laisse moy rire et braire :
« C'est pour les dames que j'aime par amour.
« Dieu ne vuelt mie la mort du pecheour.
« Quant vieulx serai je feray pénitence.
64 « Adonq voulray faire moult d'abstinence
« Et devenir proudomnie et ung corps sains. ». (f. 27)
1. Braconnier signifie ici non pas, comme ordinairement, le valet de chiens,
mais d'une façon générale celui qui chasse avec des chiens braques.
2. « Avoir son pain cuit », c.-à-d. avoir son existence as.surée. Le Roux de
Lincy, Livre des prav., Il, 208, cite cette expression d'après le Dict. de l'Aca-
démie ; mais elle est bien plus ancienne. Raimon de Petîafort, en sa Sutnnia
pasloralis, dit que souvent on fait entrer dans des communautés religieuses,
sous un pieux prétexte, des infirmes incapables de rendre aucun service, qui y
prennent place, non pas pour servir les pauvres, « scd ut bibant et comedant,
et, ut vulgariîer dicitur, paneiii suiim coctuiii habcni ciiiii intravenuil. » (D'après
un ms. de Laon, Catul. général des mss., in-40, l, 637).
542 p. MEYER
Vcci cela que responderont mains,
S'encor il/, daiugnent qui leurs dit escouter ;
68 Pour quoi pluseurs s'en quierent a depourter
De leurs bkismer leurs vices et leur folie,
Car rien n'aroient fors que la vilonnie
Et le mal gré ; las ! poc ont entendu,
72 Et s'il l'entendent se l'ont mal retenu.
Tarder ne vueille de toi brief convertir
A nostre Sire, ne aussi advertir
Que dit saint Pol : « Nul qui vuelt militer
76 « A nostre Sire, si (/. ne?) se doit impliquer
« Envers besongnes que séculières soient '. »
Grans bénéfices avoir desireroient
Et les péchiez du peuple devourer,
80 Mais quelqu'exemple ne dainguerient monstrer :
A painne en l'an dengnent dire une messe.
Mais bien leur semble que ce soit grant prouesse
Quant ils maintiennent en hault braconuerie.
84 Je me tairay a parler de leur vie.
Car ce n'est pas mon principal propos.
Plus a a dire sur moi, bien dire l'os.
Se bien ilz fout aussi le trouveront ;
88 Se mal ilz fout, créez, le comparont.
Le temps est brief et les jours sont mauvais
Ou que plourer deveriens nos méfiais
Et occuper en bonnes euvres noz jours.
92 Point de demain n'avons ne de séjour ;
A tous les jours lisons des cinq talens
Quilz signifient % mais nous n'avons talens
D'excecuter ne Iv ung ne les deux.
96 Au moins labourent les pouvres laboureux
Fa se bien paient leurs droitures a l'Eglise ;
C'est leur talent ; je ne voy par quel guise
Nous emploions ceulx que nous sont tramis.
100 Nous ne chantons pour pareus ne amis
Ne parrochiens, et prenons leurs aulmosnes
Nous ne preschons a aucunes personnes.
Ne ne monstrons de bonne vie exemple.
104 Tart nous allons aux heures et on temple,
N'estudions epistre n'euvangile.
1. « Nemo militans Deo implicat de negotiis sa:cularibus » (II tim. ii, 4).
2. Matth. XXV, 14 et suiv.
L INSTRUCTION DE LA VIE MORTELLE 543
Le commun peuple en noz forfais prcnt bile
De qui nous somes miroir et exemplaire ;
108 Et s'ilz font mal, ne cuident pas mcffaire
Quant le clergié voient premier errer.
Dieu si nous volt sel de terre appeller ',
Car ainsi come viande mal sallée
112 Est de chascun qu'en taiste reboutée,
Et deprise on Testât du cuisinier,
Aussi le presbtre ne vault pas .j. denier
Qui n'a en Iv le sel de sapience,
116 De bonnes meurs, de vertus, de prudence,
Qui ne labeure pour le sien saulvement.
Qui bonne vie ne maintient, et comment
Ses parrochiens pourra endoctriner
120 Souvent ne pense, et s'il ne seit moustrer
Ou il ne voelt donner ensengnement,
Entre eulx au mains qu'il vive tellement
Qu'on ne ly sache quelque rien reprouchier ;
124 Mais les pluseurs prennent vin de couchier ^,
Et ne redoubtent tenir publiquement
Leurs concubines. Dieu ! quel gouvernement !
Est ce Testât de faire pénitence ?
128 II preschera au moustier repentence
Et que son peuple ne vueille rencheoir
En leurs péchiez, et chascun puet veoir
Son mal estât, qu'il n'a contricion,
132 Quant se confesse, que lui vaille .j. bouton.
Et telz ne vuellent lire les grans périls
Es quelz ilz sont que sont mis en escrips
Par les docteurs comme j'ai dit devant. (b)
136 Et pour cela, se ne puis maintenant
Vauquer a ce, et ne puis mie faire
Ce que j'escriz, ne moustrer l'exemplaire
De bonne vie si test com je voulsisse
140 A le mien peuple, car pas tous) ours on n'isse
A son vouloir du lieu ou qu'on demeure,
Vueil je vauquer on jour a certaine heure
A quelque choze que bien soit proffitable
144 Et a chascun bon chrestien delitable,
Pour jonnes presbtres, pour seigneurs et bourgois
1. Matth. V, 13.
2. Vin qu'on boit avant de se mettre au lit, le nii^ht cop des Anglais. Autres
exemples dans Godefroy, CovipL, colchier.
544 ^- MEYER
Qui sccvcnt lire et entendre françois,
Ou Hz pourront les histoires comprendre
148 Premier de Dieu, et en brief les entendre,
Tant du nouvel com du vieulx Testament
Depuis que Dieu fit cestui firmament
Jusques a la fin maintenant de noz jours,
152 Tant d'anciens pères, papes corne empereurs
Secondement les Croniques des rois
Du temps passé, au plus près toutesfois
Que je pourrav bonnement translater ;
156 Mais on ne puet si grosse euvre attempter,
Tant soit grant clerc, que ne faille a la fois.
Se j'ai erré, pour tant, aucune fois.
On le me doit pardonner doucement,
160 Car (C'a?) essyant ne l'ai fait nullement.
Et car aussi en tous ses fais bien dire
Sans qu'on v treuve quelque choze a redire,
D'unne choze seroit plus que humaine.
164 Souffire doit que j'aie pris la paine
De nuit et jour par mainte fois veillier
A leurs proiîîs sans en vouloir denier.
Sy requiers tous de bonne entencion,
168 Qui le lira et reprehencion
Treuve dedans, qu'il m'ait pour excusé
Et que le lieu par ly soit efi'acé
Et corrigié, se mieulx que moy l'entent ;
172 Sy ara part aveuq[ues] mon talent.
Je n'ay pas fait pour loenges quelconques
Cest euvre cy, pardonné me soit donques,
Car je voulroie, par Dieu de paradis,
176 Que sauver puisse par mes fais ou mes dis
Une seule arae pour trestout mon louvier.
Devers le vespre voit on le bon ouvrier, '
Dit on souvent, pour tant, vers la parfin,
180 Vueil je traitier du monde et de sa fin,
Après cela que j'averay traitié
Comment chascun si doit estre adrecié
En son estât et comment il doit vivre.
184 De ce prologue yci je me délivre
En suppliant qu'il me soit pardonné
Se ma rime est troup rude, car pas né
I. « La fin loue l'ouvrier », Le Roux de Lincy, Livre des parc, II, 143.
L INSTRUCTION DE LA VIK MORTELLE 545
Je ne fu mie de Saint Denis en France,
188 Et pour cela l'en doit mon ignorance,
Quant a la rime, ung petit supporter.
Autre rien née ne vous vueil enhorter
l'ors quant arez toute l'euvre vehue ',
192 Se quelque chose y est dedans vehue
Qu'a vos prochains si puissent ^ proiïïter,
Vous leurs vueilliez doulcemeut reciter
Afin que soie du bien participant,
196 Et que pour moy soit chascun depriant
Nostre Seigneur, tant que puisse acquérir
De Dieu le règne que point ne puet faillir.
Amen.
S'ensuyt yci après la seconde par Lie de ceste oeuvre en laquelle est traité en briefv
narracion Testât des six eages, c'est assavoir dès Venco)nmancement du monde
jusques a Nostre Seigneur Jesiicrist, et des fais de Nostre Seigneur en chascune
eage et des enconnnanconens des roialmes auctentiques que furent jadis, des rois
et des notables fais et sages que furent par led. temps.
III
Voici quelques morceaux de la quatrième partie, qui
est consacrée à l'histoire du monde, depuis Tibère.
(Fol. 115) Prologue en la quarte partie que traite des empereurs depuis Tybere,
des papesyt rois de France, etc.
Pouc ce seroit, se les fais d'empereur,
De rois aussy devant Nostre Seigneur,
Que Juïfz firent par avant, ou payens,
4 Avoir descript sans parler des crestiens,
Tant empereurs, papes comme des roys
Qui furent puis que Dieu fu mis en crois,
Car autrement proprement accomplie
8 L'euvre ou vstoire icy ne seroit mie,
Et diroit on car ce n'est pas maistrise
De commencer ne de fiiire entreprise
D'aucune chose se l'effect ne s'ensuit
I. Corr. leile. — 2. Con. puisse.
Roniania, XXXF 35
54^ p. MEYER
12 Et jiisques a fin n'avoit le sien conduit.
Et pour cela, après les évangiles,
Je vueil parler de matières soubtiles,
Tant des apostres a l'encommencement
i6 Com de leurs fais, mais tout premièrement,
Vueil commencer au temps des empereurs
Qui monstreront les ans Nostre Seigneur,
Comment souk eulz furent persequutez
20 Des synagogues de citez en citez.
Comment partirent toutes les régions
De cestui monde pour publicacious
De la foy faire ; comment adonq S. Pierre
24 En Anthioche allit, et en arrière
A Romme contre Symon dit l'enchanteur ;
Comment saint Pol, qu'estoit persequuteur
De saint' Eglise, suustint la nostre foy ;
28 Comment aussi .pour maintenir la loy
Fut envoie par appellaciou
Depuis a Romme. Eu après mencion
Ferai des papes, empereurs et des rois
32 Selon leurs grans mérites ou leurs desrois,
Tant que matière a rimer trouverons
Jusques a ces jours, se faire le pouvons.
Ou finera ceste quarte partie.
36 Sy requier Dieu qu'il soit en mon aye
Et me dont faire a 1\- chose aggreable
E aux lisans très bonne et proffitable.
Ce qui concerne Charlemagne est très bref. Voici la fin, tirée
de la Chronique du faux Turpin :
Qui tous ses fais voulroit icy descripre, (f. 138 h)
40 Trois grans quaiers ne pourroient souffire.
Pour tant m'en passe a présent de l'istoire,
Combien touchier vueil du Irespas encoire,
Car celle nuit que trespasser devoit
44 Une grant tourbe d'ennemis si passoit
Environ Raius, ou Turpin qu'estoit la.
Et lors veillant, conjurer les alla.
Dont l'un d'iceulx lui dit car ilz alloient
48 Veoir se l'ame conquester lors porroient
De Charlemaigue qui pour ly fit retour
Par la vertu lors de Nostre Seignour,
En tesmoinonant car ilz n'avient fait rien
L INSTRUCTION DE LA VIE MORTELLE 547
52 Encontre ly, « car ce galiccycn »,
(Voulant saint Jaques a entendre donner),
« Fit tant de bois et de pieres aporter
« Sus sa balance que iusmes convaincus
56 « En telle ensengne que par moi fut rompus
« De grant despit le pié d'un grant calice
« Qii'avoit donné pour faire sacrifice. »
Et lors Turpin a Aws si envoia
60 Et ccste ensengne pour vraie lors trova.
Baudouin ne s'étend pas beaucoup sur les rois de France. Ce
qu'il dit de saint Louis se borne à ceci :
De s. Loys /A'c en cestui nom, roi Je France XA'A'//c.
Louys IXe de ce nom, roy de France, (f. 153)
Prit a régner, estant en son enfance
Du précédant Loys filz légitime,
64 Et couronné fut en l'an xiiije
De son eage, qui xl et iiij ans
Tint la couronne, et eust pluscurs enfans
De Margueritte, fille de Raymont '
68 Comte en Provence, qui .vij. en nombre sont :
Louis premier, qui morut en enfance,
Philippe après qui puis fut roi de France,
Pierre le comte d'Alençon et Jehan
72 Comte en Nevers, et Roubers lors enfim,
Ysabeleth qu'eust le roi de Navarre
Nommé Thiebault, et Blanche débonnaire
Qu'espousa puis Fernand roy de Castile,
76 Du roy Loys la plus jonnette fille.
Cestui Louvs par deux fois prit la croix
Et passaga oultre mer une fois.
Ou bien sept ans pour adonq demoura.
80 Depuis encor par de la retourna,
Ou qu'il morut es kaleudes en septembre,
Et raporté fut en corps et en membre
A S. Denis ; cestui canoniza
84 Puis Boniface, pape, car il trouva
Qu'il fit miracles a vie et a sa mort,
I. Vers trop court.
5:) 8 P. MEYER
Lu iije ydc d'aoust, ou fut d'acort
Tout le collit'ge, en l'an mil ce
88 Nonantc sept, en Citavielle ' estant.
La fin du livre, qui, pour notre auteur, était de l'histoire
contemporaine, est beaucoup plus développée, sans toutefois
nous apprendre aucun fait nouveau. Après avoir parlé de Jean
Hus, il poursuit ainsi :
En ce concile furent ars deux hérites (f. i6i)
Qui soustenoient maintes hereses interdictes,
C'est assavoir Jehan Huss et Jérôme
92 Qui toute Prague avient séduis, si corne
Puis fut mostré au concile ensivant
Qu'a Baille fut leurs erreurs confutant
Par longes et maintes grans disputations,
96 Satisfaisant a toutes leurs raisons
Du sacrement qui maintes erreurs tenoient,
Qui leurs erreurs pour adonq defendoient.
Le temps pendant, Charle dit Maleteste,
100 Moult solennelle personne et très honneste,
De par Grégoire antipape envoie ",
Moult plainnement adonq a renoncié
A tout le droit de sa papalité
104 Avans de li pleniere auctorité.
Cestui concile durant lors, l'empereur,
Aveuc aussi maint noble ambexadeur
Furent envolez vers Piere de la Lune,
108 Benoit xiije, tenu de la commune
D'Espaigne entour pour venir et céder
Au dit concile, et aussi procéder
A l'union qui quist évasion,
112 "Qui retournez fut par citacion,
Admonnesté certaine a comparoir ;
Mais come adès il volt a dire voir
Par maintenir sou obstinacion,
116 Nonosbstant ce que le roy d'Arragon
Lors envola notables ambaxadeurs
O ceulx d'Espaigne ' qui estoient pluseurs,
1. Civitavecchia.
2. Il était procureur de Grégoire XII. Voir N. Valois, La France et le Grand
Schisme d'Occident, IV, 313.
3. Son fils notamment : N. Valois, La France et le Grand Schisme, IV,
346.
L INSTRUCTION DE LA VIE MORTELLE 549
Et pour cela firent lors nacion
120 Corne Angleterre, dont protestacion
Fit contre Anglois le procureur de France,
Maistre Jehan Champenois, avant ce '. /')
Car Angleterre estoit aveuq Germaigne :
124 Sy furent cinq : Ytalie et Espaigne,
Puis Allemaingne, puis France et Angleterre,
Sy le convint pour plus grant bien soufferre.
Mais. pour cela que vers eulx n'envoya
128 Pierre de Lune et point ne s'excusa,
Dedairé fut par procès scismatique
Et adversaire de la foy catholique,
L'an courrant mil cccc xvij,
132 xxvjmc lors (jour?) du mois de juillet -.
Après l'uitisme de novembre ensivant,
Le saint collège fut on conclave entrant
Pour d'un seul pape lors faire élection
136 Et six aveuques de chasque nacion
Qui Ode eslurent de la Columpne dit,
Lors cardinal ', et consacrer se fist
L'an dessus dit et le xxji"^^
140 Lors (jour?) de novembre Tindicion x^e.
Du poittificaJ de Martin V^ pnpe, ce et vij^.
Martin V^, puis que pape eslit fut,
Approuva toutes les chozes que conclut
Le saint concile pour adonq de Constance,
144 Et décerna par la sienne ordonnance
L'aultre concile futur envers Pavie,
Une cité notable en Lombardie,
Et maintes choses sur les collacions
148 Des bénéfices et leurs provisions ;
Et ainssi prit fin le concile la
Qui par trois ans bien et demi dura.
1. On trouvera une rime du même genre, plus loin, V, 156. Pour d'autres
exemples, voir G. Paris, Etude sur le rôle de l'accent latin dans la langue fran-
çaise, p. 120. *
2. N. Valois, IV, 350.
3. Pour les circonstances dans lesquelles se fit l'élection de Martin V on
peut consulter N. Valois, La Fraiwc et le Grand Schisme, IV, 400 et suiv.
550 p. MEYER
Lors ce Martin a Gencves en allit,
152 Aveuq sa court et de la se partit
Pour en aller tout droit envers Florence,
Ou lui estant, de certaine science
Faisoit venir Baltasar de la Cuisse ',
156 Lors après luv, qui toutefois puis ce
En Lombardie eschappit, et confort
Lui fut donné par .j. chasteau très fort
Qu'estoit au duc de Jennes, dont chascun
160 Fut moult troublé, le pape et le commun.
Car on doubtoit que le papal reprendre
Il ne voulsit et faire arrière esclandre ;
Mais lors estant en franche liberté
164 Escript au pape qu'il vouloit de plain gré
Aller a ly et faire obédience,
Corne aussi fît, car puis vint a Florence,
Lors en l'an mil cccc xix,
168 Ou mois d'aoust, merveillans jones et vieulx,
Et droit au pape, en doctoral habit,
Baisier ses piez et ses mains il allit.
En approuvant sa deposicion
172 Et de Martin la vraie élection
En promectant lors toute obédience
Tant humblement que tous ceulx en présence
Pouvrent a painne soi tenir de plourer - ;
176 Pour quoi le pape si le volt honnorer
Qui cardinal puis le fit de Tuscaine,
Et pluseurs fois, come autre, en la sepmaine.
Vers le palais puis allit et revint,
180 Qui poc après a ses derrains jours vint,
Car de décembre le jourxxiij'',
L'an cccc xix, envers prime.
Rendit l'esprit, et en grant révérence ,
184 Ou baptistère S. Jehan de Florence,
Fut enterrer (sic) lors moult très dignement '.
Ou sépulcre a de grant auctorement.
Après trois ans, l'an mil cccc (c)
1. Balthasar Cossa, pape^sous le nom de Jean XXIIL
2. Cf. N. Valois, IV, 312.
5. La tombe de Jean XXIII se voit encore dans le baptistère de Florence, à
droite du maître autel, avec la statue couchée du pape par Donatello. Une
L INSTRUCTIOX DE LA VIE MORTELLE 5 ) I
i88 Et xxiij, fut Martin pape absent
Et cardinal/ pour concile tenir
Envers Pavie, fors tant qu'il fit venir
La trois prelas pour cstre presidens,
192 Qui s'en allirent, mortalité doubtans,
Lesquelz a Jeunes arrière translatèrent
Ledit concile, ou poc de gens allèrent,
Se dissolvant le concile, assignans
196 Le lieu de Baille des adonques en .vij. ans
Et, pour les choses estre plus auctentiques.
Le dit Martin par letres apostoliques
Lors confirma de son auctorité
200 Du célébrer en la dicte cité.
Puis en l'an mil cccc xxiiij
Trois grans tirans va la mort lors abatre :
Premier Tartaille qui le chief eust trenchié
204 Envers Averse i et Forse fut noyé -,
Brache en bataille vaincu fu et ocy s ;
L'an ensivant, Jordain, le frère aussy,
De Martin pape, en mer fut perillié.
208 Ce Martin fut tant doubté et prisié
Qu'il recouvra la terre de l'Eglise
Qu'estoit tenue d'iceulx .iij. par maistrise.
Et domina par grande auctorité,
photographie de ce tombeau est insérée dans la traduction anglaise du livre de
Gregorovius (2e édit. allemande, 1881) sur les tombes des papes : TJx Totnhs
of the popes Landniarks il! papal history, bv F. Gregorovius, translated
by R. W. Seton-Watson (Westminster, 1903), en regard de la p. 68. Voir
aussi E. Mùntz, DonateUo, p. 37.
1. Angelo di Lavello, comte de Toscanella, dit Tartaglia (Tarlalea, dans
les documents latins), célèbre condottiere, d'abord partisan puis adversaire
de Martin V, décapité à Aversa en septembre 142 1 (Moroni, Di\ionario di
enidi~ionestorico-eccîesiastica,LXXYl, 293 ; Ere. Ricotti, Storia délie compagnie
di Ventura in Italia (Torino,' 1844), II, 274).
2. Sforza Attendolo, le père de François Sforza. Il se noya en voulant
traverser la Pescara (2 janvier 1424). Voir Giov. Simonetta, dans Muratori,
Rec. ilal. Script., XXI, 186-7; "^f- Moroni, Diiionario, LXV, 86; Ricotti,
ouvr. cité, II, 281.
3. Braccio de Montone, de Pérouse, célèbre condottiere tour à tour parti-
san et ennemi de Martin V, tué au siège d'Aquila, le 2 juin 1424 (Muratori,
Annali d' Italia, IX, i, 157 ; Rainaldi, Annales, ad. an. 1424, § xv; Ricotti,
ouvr. cité, II, 285).
5 52 p. MEYER
212 Et par .xii). ans sist en prospérité,
Trois mois encor et depuis .xj. jours ;
Et devant ce qu'il eust fait ses séjours
Faire la noble et excellant pointure
216 Fit pour adonq de couleur haute et pure
A S. Jehan de Latran et portraire
Ou vont mains peintres pour veoir l'exemplaire;
Et se le raaistre eust vescu longement
220 Onques on n'eust veu tel ymaginement.
Cestui Martin morant désira lors
Qu'on cnterra[st] en Lateran ' son corps,
L'an mil adonq cccc xxxj,
224 Tant du clergié plouré com du commun.
IV
La cinquième partie est consacrée à la théologie morale.
Il y a des chapitres sur la confession, sur les sept péchés
capitaux, sur le péché contre le Saint-Esprit. J'y ai remarqué
l'histoire de Gui du Tour, ou de Tournon (datée de 1324),
sur laquelle Hauréau a écrit un mémoire -. Voici le début
du prologue de cette partie.
Prologue en la V^ partie de ceste présente oeuvre, (f. 162)
Après Testât des papes et empereurs
Et maintes choses qu'avindent en leurs jours.
Bien appartient, pour mieulx l'oeuvre parfaire,
4 Des cardinalz et autres estas retraire,
A celle fin que l'en sache comment
En sainte Eglise sont ordonnéement
Tous les estas par ycelle estaublis,
8 Et qu'il v a, des grans jusques aux petis,
D'or une chainne, par quov 1? corps mistique
De sainte Eglise en la foy catholique
Est adunis aveuque Jhesucrist
12 Qui est le chief dont premier despendit
1. Son monument en bronze, par Simone di Giovanni Ghini, est placé
dans la nef de l'église. Photographie dans la traduction précitée de l'ouvrage
de Gregorovius, en regard de la p. 70.
2. Notices et extraits de qq. mss. latins de la Bihl. nat., II, 328 et suiv.
l'instruction- de la vie mortelle 553
Celle puissance des clefz que tut donnée
A monseigneur saint Pierre, et transpourtée
En successeurs, papes et cardinaix,
i6 Grans penanciers, patriarches et legalz,
En arcevesques, e^'esques et abbez.
En chiefz des ordres, en doyens et curez.
Et des curez en ceulx qu'il ont commis
20 Dessus leurs peuples auxquels ilz sont soubmis.
Puis a tous prestres, qui sont debuement
Par leurs e\'esques ordonnez, mais comment
Qu'ilz ne trespassent les termes ordonnez,
24 Car nuLz ne doi%'ent es condicionnez
Geter leurs taulx corne estrange moisson.
Que l'autre n'ait contre yceulx aquoLson.
Chascun si doit congnoistre ses berbis,
28 Se ce n'estoit car aucun fut sourpris
Hors de son lieu de mort ou d'avanture.
Ou sun curé n'estoit raie a sa cure.
Et il sourvint quelque nécessité ;
32 .1. chascun presbtre lors puet estre apelîé,
Non pas erKor par tout generalment
Mais ou qu'affiert a donner sacrement
Qu'est nécessaire, comme confession,
56 Ou beso'mg court et la saincte unction.
Car chascun presbtre a lors rauctorité
Quant evidant accourt necessïcé.
Voici les derniers vers de ce cinquième livre :
Yci je vneil prier
Geaera.nicn: qui ceste envre Liront
Et eue rlii'îir en lisant y prenronc
Q_: . . 'iulz tlz lears plaise escuser
E; -.:-._.: ;:Lz me sente[nt] aboser
Aucunement en rime ou en histoire.
Car .'].-. - - ' .'::"-" '-
Etscr;.
Rien n'attcic .
Dont vient : . - . .
Et l'indostrie des choses concevoir ;
E: z- li~i'iz z" retribucion
Forme rare ; cf. le provetiçil veire^ qai du reste n c:t pa.;- a. .ci-:-
554 P- MEYER
Fors que prières et intervencion
Pour mes torfais, que Dieu pardon m'en face
Et en la fin d'en acquérir sa grâce.
Amen.
A la suite vient l'épilogue en forme de prière où l'auteur
donne son nom en acrostiche. Voici cette médiocre poésie :
Je rendz cv grâce, révérence et amour i
En tout honuour
Hui tout premier a la divinité,
Au Père, au Filz, nostrc médiateur
Ni enseignour,
Briefet au Saint Esprit en deïté,
A toute ensemble la sainte Trinité,
Vraye unité.
De toutes choses estant le creatour
Ung tout seul Dieu qui a tout limité,
Yver, esté ;
N'e^ rien aussi dont ne soit rachctour.
De cuer joieux ainssement remercy
Encoire icy
Reveramment la pucele honorée
Ou tous bien sont, et car elle est aussy
Vierge sans sy,
Sacraire a Dieu que trestout luy aggrée.
Je treuve encoire que c'est celle rosée
En bas donnée
Relevant tost pécheur qui est nercy,
Repareresse de l'ame désolée.
Environnée
Sur toutes autres de grâce et de mercy.
Aussy bien dois aux sains de paradis,
Voire en mes dis,
Loenges rendre après ce tiercement.
Zacharias si eust jadis .). filz,
Saint Jehan dis.
Auquel je reng grâces dévotement.
La court du ciel loée en soit briefment.
Licitement;
Je ne puis cy tous les sains de jadis
Nommer par noms en regraciement
Entièrement ;
Se leurs demande pardon de mes mesdis.
E.xplicit istud opiis. Deo gralias.
P. Meyer.
SOXE DE NANSAI ET LA NORVEGE
Dans les récits de la vieille poésie française figurent de temps
en temps des personnages de nationalité étrangère et l'action se
passe souvent hors de France dans des pays lointains et peu
connus. Pourtant les trouvères n'essaient presque jamais de
nous peindre ces pays ni de relever les particularités qui carac-
térisent leurs habitants. La recherche consciente delà « couleur
locale », si chère aux romantiques, est absolument étrangère à
la littérature naïve du moyen âge. Dans les chansons de geste
les Sarrasins agissent absolument comme les barons français : les
pensées et les sentiments des uns et des autres ne diffèrent pas
sensiblement'. Le seul moyen par lequel le trouvère français
cherche quelquefois à marquer le caractère étranger de son
héros musulman, c'est l'emploi d'un mot arabe ou de quelque
titre oriental, de même qu'il introduit des mots anglais ou
allemands dans son texte quand il met en scène un héros anglais
ou allemand. Dans la description d'un tournoi, auquel parti-
cipent plusieurs nations étrangères, l'auteur de Guillaume, de
Dole place les deux vers suivants :
Vos 2 oïssie:^^ dire tant :
IVilecoiiic ! et Godehere ! '
Il en est de même des nombreux poèmes où l'action se passe
hors des frontières de la France. Que le poète nous conduise
en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne ou en
1. Pour plus de détails voir notre livre intitulé Sloriu delT epopea francese
nel medio evo (Firenze, 1886), p. 353 ss.
2. Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole publié par G. Servois
(Paris, 1893), V. 2585-6.
55^ K. XYROP
Grèce, nous ne sortons jamais vcritahlcmcnt de la France. Les
us et coutumes, les villes et leur population, les châteaux et les
bourgs, la vie publique et familiale, la nature et les paysages
tout est français — sauf dans les cas où le poète nous lance dans
un monde merveilleux, dans des pays de fantaisie qu'il désigne
arbitrairement par un nom connu ou sorti de son imagination.
Hn plaçant la scène dans un pays étranger, le trouvère
cherche à donner plus d'intérêt à son récit, et ce récit, qui a
souvent très peu de rapport avec la vie réelle, gagne en vraisem-
blance auprès du public des lecteurs ou des auditeurs par le seul
fliit qu'il se passe loin des lieux de leur connaissance. Ceux qui
seraient choqués d'une rencontre entre Huon de Bordeaux et
Auberon aux environs de Paris, trouveront tout naturel que le
jeune héros soit secouru par le roi de faerie devant Babylone.
Ainsi les noms nombreux de pays étrangers ne servent ordinai-
rement que d'ornement, et les descriptions qui abondent dans
les chansons ne contiennent pas de traits pris sur le vif '.
Une exception curieuse à la règle générale nous est probable-
ment fournie par le poème de Sone de Nansai ^ Ce roman
d'aventure, qui date du xiii'^ siècle^ a été composé par un auteur
inconnu, probablement originaire du Brabant. La valeur litté-
raire et esthétique de ce poème nous paraît assez mince ; mais
c'est là une question dont nous n'avons pas à parler ici. Nous
nous contenterons de rappeler que le héros du poème fait plu-
sieurs excursions hors de son pays natal et que les descrip-
tions des pays étrangers données par le poète ne paraissent
pas être de pure invention. Dans ce qui suit nous laisserons de
1. On ne trouve nulle part de renseignements complets sur la géographie
et l'ethnographie de la vieille poésie française. Les ouvrages de MM. C.-Th.
Miiller (Ziir Géographie der dlteren chanson:, de geste, Gôttingen, 1885) et
W. Schober (Die Géographie der altfran^ôsischen Chansons de geste, Marburg,
1902) ne contiennent que des essais d'identification de divers noms de
lieux.
2. Ce poème a été publié sous le titre fautif de Sone von Naiisay par
M. Moritz Goldschmidt (Tùbingen, 1899 : Hihliothek des lillerarischen Vereins
in Stuttgart, r\° CCXVI).Pour l'analyse du poème voir, outre l'édition donnée
par M. Goldschmidt, G. Grôber, Griindriss der ronianischen Philologie, II, i,
p. 784-785, et Ch.-V. Langlois, Lfl société française an XÎIl^ siècle, 2*^ éd.
Paris, 1904, p. 271-510.
SONE DE XANS.4I ET LA NORVEGE 557
côté les voyages de Sone en Italie, en Allemagne, en Angleterre
et en Ecosse pour nous occuper exclusivement de son séjour
en Norvège.
Ayant essuyé un refus dédaigneux de sa bien-aimée Ide,
Sone veut essayer d'oublier sa douleur et quitte la France. Il
vient en Ecosse; mais le pays ne lui plait pas : on y mange
très mal et on y boit trop de bière :
3025 Or n'i a fors du deviner.
Sones n'i veut plus deniorer.
Les Escos laisse as caperons
Lor chiervoise boire a galons.
A son ostel est repairiés,
Lors li souvint de la viande,
3020 Dont povre Escot sont en si
I grande
De pourcachier a la disnee,
Si font de tout une poree.
Le chien samblent a la quisine,
Qui pour son preu i adevine.
C'est pourquoi il abrège son séjour et s'embarque pour la
Norvège.
Le roi de ce pays a été délié par les rois d'Ecosse et d'Irlande,
et ayant appris qu'un chevalier étranger vient de débarquer, il
descend au port pour lui souhaiter la bienvenue et l'inviter à
assister à un grand festin qui a lieu dans son château. Sone
accepte l'invitation et accompagne le roi de Norvège, qui le
présente à ses fils et à sa cour. Voici la description du festin :
Li fil le roi ont Sone pris,
Bas sont a une escame assis.
5265 Dont veïssies mes aporter
Aussi c'on les puisast en mer.
Chiervoise et vin partout avoit ;
Car lor coustume telle estoit.
Longement sisent au mangier
3270 Tant qu'assés pëust anuijer
Qui ensi ne l'ëust usé.
Car il se sont si abuvré
Que cascuns sa fable contoit,
Leurs nus for[s) lui ne l'escou-
[toit.
3275 Tant erent en grant de parler,
Nus ne pëust tout escouter.
Li tiers du jour fu en mangier.
Cascuns estoit en liaubregier,
L'escu au col, ou poing l'espee.
3280 Toute ert Irlande a mort livrée.
Et ensi que cascuns disoit.
Que li rois d'Escoche i venrroit
Et seroit li premiers tués ;
« Ses frères qu'est enprisonnés
3285 N'en istera, ce ne puet iestre,
Tant que Dieus sauve men
[brach diestre. »
Ensi partout se combatoient
Et puis le hanap enbrachoient.
Sones, qui n'avoit ce usé,
3290 Les a a mierveille esgardé.
Mieus amast son cheval veyr
Que chiaus le hanap rasseyr.
Leur hanas tout adiés aloit,
Jouste et bataille furnissoit.
5 58 K. NYROP
5295 Li lil le roi Sotie moût prient En manecliicr chiaus qui n'i
Par amours que ne li poist [sont
[nient. 3300 L'usage de lor pays font.
Ensi vuellent le tamps passer lu se premerains vous levies,
Eu boire, en mangier, en par- D'vaus honnis et blasmés se-
[1er; [ries. »
Si on lit attentivement cette description , on y reconnaîtra
l'image plus ou moins fidèle d'un heitslreiiging. La guerre est
imminente, les armées ennemies s'approchent, et avant le com-
bat le roi a rassemblé ses guerriers à un festin somptueux. Les
guerriers se sont rendus à l'invitation du roi, tout armés et
l'écu attaché autour du cou. On boit ferme, et, quand la bière
leur monte à la tête, ils commencent à faire des vœux fanfa-
rons ; ils se vantent de leurs prouesses futures sur les ennemis,
le roi d'Ecosse et son frère.
On sait que les vœux solennels étaient une coutume très
générale en Scandinavie au commencement du moyen âge; les
sagas en contiennent des relations nombreuses'. Mais aucune
de ces relations- ne semble postérieure au temps des vikuigs,
soit environ à l'an 1050. Les beitstrengings avec tout leur céré-
monial étaient très intimement liés au paganisme. La saga des
Jonisvikings nous montre dans sa relation détaillée du heitstreng-
ïug grandiose qui suivit les funérailles de Svcnd Tveskâg
qu'on avait commencé à transformer la coutume païenne et à
lui donner dans une certaine mesure un caractère chrétien,
mais aucun texte ne nous raconte quel fut le sort de l'ancienne
coutume après la victoire définitive du christianisme; nous ne
savons même pas pendant combien de temps elle se maintint
encore. Le passage cité de Som de Nansai me paraît prouver
que la coutume existât encore au xiii'' siècle; il est vrai que
nous ne l'y retrouvons que sous une forme assez altérée. Cette
survivance du hcitstrenging ne laisse pas que de surprendre,
mais la force probante du passnge cité ne saurait être mise en
doute si nous réussissons à démontrer que l'auteur a réelle-
ment visité la Norvège. Or il semble résulter des faits que
nous allons examiner en détail que notre trouvère a de ce pays
I. Voir notre mémoire sur le hcilstrcuging.
SONE DE NAXSAI ET LA NORVEGE 559
une connaissance directe et de première main, et nous pouvons
admettre comme très probable qu'il a assisté à un festin tel que
celui dont il donne la description. En sa qualité d'étranger il n'a
compris qu'à demi les scènes qu'il a vues; l'impression qu'il a
reçue des coutumes festivales de la Norvège est assez confuse,
et ces coutumes paraissent avoir plu médiocrement au trouvère
français formé à des mœurs plus courtoises. Il est intéressant de
voir qu'aucune des cérémonies qui accompagnaient le heitstreng-
ing au temps des vikings n'est mentionnée. On pourrait en
conclure qu'elles n'existaient plus. Comme le trouvère se con-
tente de dire :
Leur hanns tout adics aloit,
Jouste et bataille fournissoit,
il faut supposer que les guerriers prononçaient leurs vœux en
levant la grande coupe.
Si l'auteur n'avait pas assisté à un festin accompagné d'un
hcilstrcnging, on ne voit pas bien comment il aurait eu connais-
sance de cette coutume. Le texte porte expressément :
Sones, qui n'avoit ce usé,
Les a a mierveille esgardé.
Ainsi il ne s'agit pas d'une coutume connue et pratiquée dans
son pays. Nous savons en effet qu'au xiii^ siècle les Français
avaient depuis longtemps perdu l'usage de prononcer des vœux
en buvant, et il est peu probable que les heîtstrengings aient
existé à cette époque dans aucun autre pa3's européen.
Nous ne croyons pas non plus que toute la scène soit un
emprunt littéraire. Ce n'est pas que nous ignorions à quel
point les trouvères, peu soucieux d'originalité, se copient les
uns les autres ; mais nous n'avons jamais rencontré de passage
qui ait pu servir, directement ou indirectement, de modèle à
notre scène, qui diffère tout à fait de celles des chansons de
geste où les chevaliers s'amusent à « gaber » '.
Reste enfin comme dernière supposition que l'auteur ait pu
se servir d'une relation orale. Cette hypothèse ne nous paraît
pas plus probable que les deux autres. Plusieurs détails caracté-
I. Voir notre Epopea franccse ncl uiediocvo, p. 1 19-120.
s6o
K. NYROP
ristiqucs portent à croire que l'auteur a réellement été présent
à un banquet analogue à celui qu'il décrit; signalons son éton-
nement en présence du grand nombre des plats et de la lon-
gueur du repas et surtout son aveu naïf de l'ennui qu'il y a
éprouvé.
La description continue de la manière suivante:
Ensi que il se devisoient
Et de plusieurs coses parloient,
3505 Li tîlle le roi a yalz vient,
C'un grant hanap en sa main
[tient,
Et devant yalz s'agenouilla
Et dist, ja ne s'en mouvera,
Si averont tout but le vin
3310 Et délivré le maserin.
Chelle premiers a commen-
[chié ;
Apriés Fa a Sone baillié,
Si dist : « Biau sire, bien buvés
Par chelle foi que mi devés. »
3515 Soues lor us pas ne savoit,
Si dist que ja u'i buveroit.
Tant qu'elle fust agenouillie :
Ne set rien de tel courtoisie.
Li fieus le roi dist : « Si ferés
3320 U ja séries de tous blasmés.
A nostre usage hounour vous
[tait.
Si le prendés a peu de plait.
Bien sachiés que fille est le roi.
Si sommes si frère ambedoi. »
3325 Quant Sones entent lor usage.
Bien li sanle plains de musage.
Le coupe a la puchielle prist,
.L boire i out qui poi 11 sist.
Mais ne dist pas quan qu'il pen-
[soit :
3330 Avuec les leus ensi ulloit.
Et quant ot but, si l'a bailliét
Chclui avuec cui a mangiét.
Chik but, son frère le bailla,
Et chilz tint la coupe meda ',
3335 Si l'a la puchielle baillie.
Lors s'est sur ses pies redrechie.
Puis dist : « Signour, vostre
[mierci
Du boire biel, c'avés fait chi. »
S'est a la cambre repairie,
5340 Mais les trois damoisiaus n'ou-
[blie.
Trois espees blanches a pris
Et trois lanches as fiers burnis,
Si l'a les dausiaus présenté,
Cui elle ot le boire porté.
3345 La première a Sone baillie,
Mais il ne le refusa mie.
Cascuus de ses compaignons a
La sieuwc ; car on lor bailla.
Ces vers nous décrivent une coutume curieuse : la fille de la
maison, la jeune princesse s'agenouille devant l'hôte étranger,
à qui des attentions particulières sont dues, et lui présente une
coupe; elle y boit la première et la présente ensuite à l'étranger,
I. Ce vers n'a pas de sens. Il faut lire sans doute avec Gaston Paris : Et
cbili tost la coupe vu'ula (Romaiiia, XXXL 121).
SOSE DE X'ASSAI ET LA NORVEGE 561
qui la prend et la pusse h ses compagnons après y avoir bu lui-
même. La cérémonie finie, la princesse fait cadeau à ceux qui
y ont pris part d'une arme précieuse.
Evidemment cette coutume ne plaît pas au chevalier fran-
çais. Il connaît trop bien les lois de 1' « amour courtois » pour
trouver convenable qu'une jeune fille se mette à genoux devant
lui. Pourtant ses protestations restent sans effet, et comme on
lui apprend que telle est la coutume du pays, il s'incline^
prend la coupe, et goûte à la boisson qu'elle contient, sans
même laisser voir combien il la trouve détestable ; il hurle avec
les loups, comme dit le texte. Ce dernier trait, soit dit en pas-
sant, nous persuade que l'auteur, en composant, s'est servi de
souvenirs personnels.
La coutume décrite n'est pas française ; on est donc naturel-
lement amené à penser qu'elle est norvégienne, bien qu'elle ne
soit mentionnée, que nous sachions, dans aucune des vieilles
sagas ou chroniques. Il est hors de doute que tous les éléments
dont elle se compose sont conformes à l'esprit et aux mœurs
Scandinaves, et le vieux récit de la princesse saxonne Rowena
nous prouve l'existence de coutumes semblables dans les pays
germaniques. A titre de curiosité nous citerons ce récit tel qu'il
a été conservé par Jotrei de Monmouth dans son Historia Reguiii
Britannie, 1. VI, ch. 12 ',
Iiiterea reversi sunt nuncii ex Germania, conduxcruntque decem et octo
naves electis militibus plenas. Conduxeruut etiam Hengisti filiam nomine
Rowen : cujus pulchritudo nuUi secunda videbatur. Postquam autem vene-
runt, invitavit Hengistus Vortegirnum regem in domum suam, ut et novum
edificium et milites novos qui applicuerant videret. Venit ilico rex privatim,
tamque subituni laudavit opus, et milites invitatos retinuit. Ut vero regiis
epulis refectus fuit, egressa est puella de thalamo, aureum scyphum viuo plé-
num ferens : accedens deinde propius, régi flexis genibus dixit : « Laiieid
King tuacht heil. » At ille, puelle visa facie, admiratus est tantum ejus deco-
rem, et incaluit. Deinde interpretcm suum interrogavit quid puella dixerat, et
quid ei respondere debeat. Cui interpres dixit : « Vocavit te domiuum regem,
et vocabulo salutationis honoravit. Quod autem respondere debes, est :
« Dri)ic heil ! « Respondens deinde Vortegirnus : Driiic heil ! jussit puellam
potare : cepitque de manu ipsius scyphum, et eam osculatus est, et potavit :
I. Éd. de Saû-Marte, Halle, 1854.
Romania XXKV ^5
562 K. NYROP
ab illo die usque in hodicrnum nuinsit consuctudo illa in Britannia, quod in
conviviis qui potat, ad aliuni dicit : JFacbt heil ! qui vero post ipsum recipit
potum, respondct : Driiic bcil !
Après ce banquet le roi de Norvège propose à Sone d'entrer
à son service ; il lui tait des promesses magnifiques s'il veut le
secourir dans la guerre qui va s'ouvrir. Sone accepte. Ensuite
le roi convoque tous ses guerriers dans sa capitale pour préparer
la défense du pays. On envoie des espions de tous côtés, l'un
d'eux revient et dit :
Sire, sachiés, ce dist Jofrois, Mais plenté ont de dars agus,
3610 Gent ont a moût peu de defois. 5613 De glaves et de gavrelos :
Il ont les cors tous descouviers, De ce est bien garnis lor os,
Si leur ferons sentir nos fiers. Mais a chevalerie armée
Moût i a de descaus et nus, Telz gens n'avoieut ja durée '.
La bataille s'engage le lendemain. Comme la victoire reste
indécise, le roi d'Ecosse propose de s'en remettre à un duel
entre les deux guerriers les plus vaillants de chaque armée. Le
roi de Norvège accepte la proposition, et une trêve de vingt
jours est conclue (v. 4269). Les Norvégiens choisissent Sone
comme champion; pour lui assurer la victoire, on décide que
le héros fera un pèlerinage à l'abbaye de Galoche où reposent
les ossements du patron de la Norvège, Joseph d'Arimathie;
et Sone part, accompagné du roi et d'une nombreuse suite.
Voici la description du voyage :
Et par Noruëghe s'en vont, En .1. autre mont sont entré.
Maint divers lieu trouvé i ont. Biestes truevent, s[i] ont non
4285 .1. mont trouvèrent qui ert haus, [heles,
La truevent l'aire des grifaus, 4290 Et si vous di qu'elles sont teles,
Plus n'en est en crestiienté. Con vous ores ja deviser
I. Il nous semble que cette relation de l'espion contient des traits que l'au-
teur n'a pu inventer et qui paraissent dus à des observations personnelles
faites dans ses voyages. Les Français du xni': siècle n'avaient certes pas une
connaissance même superficielle de l'Ecosse et des Ecossais, et on ne voit
pas bien comment l'auteur de Sone aurait pu donner une description telle-
ment ressemblante des « Wild Scottis » s'il ne les avait pas vus lui-même.
M. Ch.-V. Langlois paraît être du même avis. Voir La société française au
XlIIe siècle (Paris, I9'04), p. 272.
SONE DE N AXS AI ET LA NORVÈGE 563
.On ne puet si grandes trouver Des leus sour la montaingne
De haut, mais si très haingrcs [avoit,
[sont 4500 Tel poil ont qu'il lor traïnnoit,
Que corsage trop petit ont. Et si sanloient fourment granl.
4295 Aësmer ne sai ne prisier Mais il estoient moût pesant
Sanlant fors a cameus coursier Pour le poil qui lor traïnoit
Ne plus priés aësmer nés sai. Et a la raimme s'atachoit.
Mais d'autres biestes vous di- 4305 Alains li rois tout lor moustra
[rai. Et la nature loi' conta.
Le premier des animaux décrits dans ce passage est sans
aucun doute l'élan. La description, toute gauche et sommaire
qu'elle est, ne paraît convenir à aucune autre bête, et le nom de
hele\ qu'on lui attribue, est certainement une forme française
du mot Scandinave : elg. Le mot hcle ne se rencontre que deux
fois dans la littérature- française-. Outre l'auteur de Sone de
Nansai, Philippe de Commynes s'en est servi. En parlant de
la manie qu'avait Louis XI d'acheter des animaux rares, il
observe que ce roi fit venir des pays du Nord deux sortes d'ani-
maux : des belles et des raiigiers.
« Au pais de Danemarche et de Suevie, envoya quérir deux
sortes de bestes : les unes s'appeloient belles, et sont de corsage
de cerfz, grans comme buffles, les cornes courtes et grosses :
les autres s'apelloient rangiers', qui sont de corsaigeet de cou-
leur de dain, sauf qu'elles ont les cornes beaucoup plus
grandes : car j'ay veu rangier porter cinquante quatre cors-^. »
Ce passage montre clairement que belle s'applique bien à
l'élan. Il est curieux d'observer que dans les deux textes où
1. Le nom actuel élan, qui remonte au xv^ siècle, vient de l'Est. Il repro-
duit l'allemand elen (conservé dans eîenthier), emprunté au lithuanien eliiis.
2. Dans son Dictionnaire de V ancienne langue française, F. Godefroy cite les
deux passages ; il traduit avec quelque hésitation : « sorte d'animal, l'élan ? »
M. A. Tobler m'a gracieusement fitit savoir qu'il n'avait trouvé ce mot dans
aucun autre texte.
3. Rangier, nom médiéval du renne en français, s'explique difficilement; il
paraît emprunté au bas-ail. rendicr; la forme moderne reiuie provient direc-
tement de ren, mot propre au norvégien et au suédois.
4. Mémoires de Ph. de Commynes, 1. VI, c. 7. — [L'édition récente de
M. B. de Mandrot (Paris, 1903), p. 57, donne helle[n]i, au lieu de belles; la
correction, que j'ai suggérée a l'éditeur, n'est pas heureuse. — A. Th.]
564 K. NYROP
l'claii est désigné comme un animal propre à la Scandinavie, on
l'appelle par son nom Scandinave. L'absence des cro3'ances
superstitieuses qui s'étalent si souvent dans les descriptions
anciennes de l'élan, nous paraît prouver que les deux auteurs
ont eu une connaissance directe de l'animal.
Reste à déterminer quels sont les grands loups au poil telle-
ment long qu'il traîne sur le sol et s'accroche aux buissons. Il
ne s'agit certainement pas de loups ordinaires. La description
ne convient pas à cet animal, que l'auteur connaissait assuré-
ment pour Tavoir vu chez lui et qu'il n'aurait pas eu l'idée
de mentionner; il faut que ce soit un animal propre à la Scan-
dinavie. Plusieurs naturalistes, à qui j'ai fait lire la description
de notre poème, s'accordent à y reconnaître le glouton {Giilo
liiscus), dont l'allure est gauche et lourde et le pelage est assez
long; il va de soi, bien entendu, que l'auteur a exagéré la lon-
gueur des poils.
Sone et ses compagnons continuent leur voyage : ils des-
cendent des montagnes dans la plaine et s'approchent de la mer.
Le cloître est difficile à trouver ; le roi seul en connaît le che-
min et il conduit ses hommes à une vallée profonde, continuée
par un fiord où le cloître est situé sur une île cachée par deux
rochers. L'eau du fiord est profonde ; comment faire pour la
passer ? Le roi sonne du cor, et deux moines s'approchent dans
un bateau. D'un ton irrité, ils demandent aux étrangers ce qu'ils
veulent et qui ils sont. On leur répond que le roi est là qui
désire voir le cloître, et les moines, heureux de cette visite,
s'approchent pour conduire le roi et sa suite à l'île aux rochers
où se cache leur retraite. Suit une description fantastique du
cloître et de tous les bâtiments y attenant. Nous la passons ici
sous silence en nous contentant de reproduire les vers qui
décrivent la vue qu'on avait de la grr.nde cour où le repas tut
servi.
Plainne d'aubours et de chi- Et les dains veuir et aler,
[priest, 4475 Les chisnes, les pauwes, (et) les
De saigrcmor[sl et d'aliiers, [heles,
4470 D'alemandiers et d'oliviers Et les galices qui ont elles,
Et d'autres arbres qui biel sont, Mais ne pueent pas lonc voler.
En la foriest sur la mer sont. Douche aighe li convient et
La voit on les chiers déporter [mCr.
SONE DE yAXSAI ET LA NORVEGE 565
De sa faiture vous dirai Fais est comme cainvosoris,
4480 Si con chieus qui vëus les ai. 4485 Et ses elles [si] sont de piel.
Au jugement de ma raison, Poil a grant et agut musiel.
Sont aussi grant comme tais- Mais si grant noise tait adiés,
[son ; Toute en retentist la foriès.
Ne croi qu'il soient plus pctis.
Nous ne nous arrêterons pas à la description de la flore nor-
végienne. Elle oft're peu d'intérêt. Sous le nom de cyprès il faut
probablement comprendre des pins ordinaires; les autres plantes
exotiques sont sans doute dues à l'imagination du trouvère".
La faune nous retiendra plus longtemps. Le trouvère français a
vu des cerfs et des élans dans les forêts voisines du cloître, ce
qui n'a rien que de vraisemblable ; il se peut aussi qu'il y ait vu
des cygnes et des paons, l'élevage de ces animaux dans un cloître
norvégien n'est pas non plus pour nous étonner. Quant aux
daims, il est très peu probable qu'il y en eût en Norvège au
xiii'' siècle. Examinons maintenant quel peut bien être l'animal
désigné par l'auteur sous le nom de galicc. La description qu'il
en donne paraît au premier abord si étrange qu'on se croit en
présence d'un de ces êtres fabuleux qui abondent dans les bes-
tiaires du moyen âge. Aussi personne n'a-t-il encore essayé de
ridentifier. L'éditeur du poème remarque en note que l'animal
en question est sans doute une chauve-souris. Cette explication
nous paraît tout à fait inacceptable, et pour beaucoup de rai-
sons. On ne connaît ni en Norvège, ni ailleurs, des chauves-
souris de la taille d'un blaireau (taissorï) et vivant dans l'eau
salée aussi bien que dans l'eau douce. Du reste le poète s'est
borné à dire que ces animaux ressemblent aux chauves-souris.
M. Herluf Winge, savant naturaliste attaché au Musée zoolo-
gique de Copenhague, auquel j'ai proposé la question, m'apprend
I. Rappelons pourtant qu'au xvie siècle on a essayé en Danemark de cul-
tiver des figuiers et des amandiers en pleine terre (voir Troels Lund, Dagligt
Liv i Norden i del i6'^^ Aarhiuidrcde, III, 107) et qu'à la même époque des
essais semblables ont été faits en Norvège. Nous savons par exemple que dans
les vergers de cloîtres voisins de Bergen on cultivait des châtaigniers et des
raisins de Corinthe, des figuiers et des lauriers (C.-A. Lange, De norske Klos-
tres Historié i Middelalderen, 2^ éd., Kristiania, 1856, p. 155). Il se pourrait
que ces essais de culture remontassent au xiiie siècle.
566 K. XYROP
qu'il regarde comme indubitable que l'animal décrit est le grand
plongeon ÇCol\nibus glacialis). Plusieurs autres ornithologistes,
à qui j'ai fait lire le texte sans leur communiquer l'explication
de M. Wi nge, se sont prononcés, sans aucune hésitation, dans
le même sens. Comparons maintenant aux faits mentionnés
dans la vieille chanson française ce que nous apprend la science
moderne sur la nature du grand plongeon.
Le grand plongeon perd son pennage en été, et, durant cette
période de mue, les ailes peuvent parfaitement donner à un
observateur peu attentif l'impression d'être de picl ' ; lorsqu'il
se dresse sur l'eau en battant des ailes, il peut très bien offrir
une certaine ressemblance avec la chauve-souris. Le trouvère
remarque :
Douche aighe li convient et mer - ;
ce trait est bien coniorme à la manière de vivre du plongeon,
qui quitte la mer au temps de l'accouplement et vient s'abriter
au fond des Jîords où l'eau est plutôt douce. Ajoutons que notre
oiseau a à peu près les dimensions du taisson, comme dit le
trouvère, et que sa voix, réellement stridente, s'entend de très
loin. Cette dernière particularité a été relevée par presque tous
les auteurs, à commencer par Arrôbo, qui se sont occupés du
grand plongeon. Mon collègue à l'Université, M. H. Jungersen,
professeur d'histoire naturelle, m'écrit : « Dans le Groenland
méridional j'ai entendu, sur le JionI d'Ammalik, la voix du
grand plongeon, qui m'a fait une très forte impression ; aucune
voix d'oiseau ne m'a jamais impressionné à ce point. »
Ainsi presque tous les détails ' fournis par la vieille descrip-
tion de la gaJice se retrouvent chez le grand plongeon ; l'identi-
fication des deux oiseaux nous paraît donc des plus vraisem-
blables. La gaJice fabuleuse se réduit à n'être qu'un animal réel
et bien connu ; il est vrai que les Français du moyen âge étaient
bien excusables de ne pas le connaître; et d'ailleurs le grand
plongeon est un oiseau tellement curieux qu'il est très naturel
1. V. 4485.
2. V. 4478.
3. Il faut pourtant excepter ce qui est dit au vers 4484 sur le long poil et
le museau pointu de l'oiseau.
SOXE DE \.4XS.n ET LA NORVEGE 567
qu'il ait pris, dans l'imagination du poète, un aspect un peu
fantastique.
Reste à expliquer le mot même de galice. Il ne figure dans
aucun autre texte, et F. Godefroy ne Ta pas admis dans son
Dictionnaire. Il ne me paraît offrir de rapport avec aucun nom
d'animal connu de la littérature médiévale, et MM. H. Schuchardt,
Vilh. Tlîomsen et A. Tobler, à qui je me suis adressé, n'ont
pas réussi à trouver la solution de ce problème étymologique.
Je dois pourtant ajouter que M. Winge a attiré mon attention
sur un grand album in-folio que possède le Musée de zoologie
de Copenhague, et qui date du milieu du xix*" siècle. Il est dû à
un ancien gouverneur de l'Islande, le comte de Moltke, et con-
tient des dessins coloriés d'oiseaux vivant dans cette île. Chaque
dessin est accompagné d'une légende très sommaire donnant, en
plusieurs langues, le nom de l'oiseau reproduit. Sous l'image
du plongeon à gorge rouge, se lit, à côté du nom Scandinave :
LoDi, le mot Galônske. Malheureusement ce mot, qui indubita-
blement offre une certaine ressemblance avec le vieux trançais
calice, paraît aussi énigmatique que celui-ci. Il n'est ni danois,
ni norvégien, et il est également inconnu à l'islandais et au
féroéen ; mes efforts pour savoir d'où M. de Moltke avait trouvé
galônske n'ont pas abouti. Je me suis arrêté un moment à l'idée
que le mot pourrait être lapon. Selon Leem les Lapons appellent
le grand plongeon gakkor ou gakatte; mais comment trouver le
pont qui relierait ces mots à galice ou à galônske ? On pourrait
aussi penser au lapon goalsse, par lequel on désigne le Mergus.
Parmi d'autres étymologies hypothétiques qui se présentent je
citerai gagl, mot répandu sous diverses formes dans tous les pays
Scandinaves et qui s'applique surtout à l'oie sauvage (Anser cine-
rens); rappelons aussi gadise, mot propre au dialecte de l'île de
Bornholm au sens de « canard plongeon ».
L'incertitude où nous sommes de la véritable origine du mot
oaJice ne touche en rien à l'identification de notre oiseau avec
le grand plongeon. Si cette identification est sûre, notre hypo-
thèse suivant laquelle l'auteur de Sone de Nansai a tait un séjour
en Norvège gagne notablement en vraisemblance. Remarquons
que l'auteur dit en propres termes qu'il a vu l'oiseau, et que
nous n'avons pas de raison de douter de sa parole.
Examinons en dernier lieu les noms attribués par l'auteur aux
568 K. XYROP
localités norvégiennes et aux personnes qu'il prétend v avoir
rencontrées. Malheureusement ils ne nous fournissent aucun
éclaircissement, car ils n'ont certainement rien de norvégien ;
ce sont soit des noms latins^ soit des noms imaginaires. La capi-
tale du pays est appelée Trase; le port adjacent Saint-Joseph ; et
le cloître qui est le but du pèlerinage de Sone, Galoche '. Le roi
s'appelle Alain; sa tille, Odée; ses fils, Hondiant (Odian) et
Thiinias. Odée rappelle vaguement Audr; Hondiant, Halodan;
mais ces ressemblances, peut-être toutes fortuites, ne nous
avancent guère. A part les quelques parties que nous venons
d'examiner, tout ce que l'auteur de So7îe dit de la Norvège est
pure fantaisie. Il fiiit de Joseph d'Arimathie le patron de la
Norvège, et il raconte avec force détails comment il a débarqué
dans le pays en apportant le saint graal et la sainte lance, et
comment ces reliques précieuses furent conservées à l'abbaye de
Galoche, qui devint désormais le but de nombreux pèlerinages.
Dans le résumé que donne M. Ch.-V. Langlois de notre poème,
il se demande si l'auteur de So^te a vraiment visité les pays qu'il
décrit ; mais il laisse la question indécise. M. G. Grôber % de
son côté, est d'avis que le trouvère ne connaît de proprio visu
aucun des pays où il conduit son héros. L'éditeur du poème ne
discute pas la question. Nous soutenons pour notre compte, en
nous fondant sur les recherches précédentes, que les aventures
arrivées à Sone en Norvège ont été décrites par un homme qui
avait voyagé dans le pays et qui s'est servi, pour la description
de scènes certaines, de souvenirs personnels. Il a dû assister à
un festin de guerriers où il a vu des coutumes qui lui ont paru
bien étranges et dont il n'a saisi qu'à demi le sens; il a dû faire
un voyage à l'intérieur du pavs pour visiter un cloître situé
au fond d'un^zo;-^; il y a vu des animaux curieux, dont l'un
1. Ce dernier nom nous paraît tellement particulier que nous sommes
tentés d'y voir une déformation de quelque nom norvégien, peut-être de celui
d'un des plus anciens cloîtres du pays : Kdstala-Klaustr.
2. « Kenntnis des Schitferwesens betahigte den Verfasser allerdings, Hel-
den-Seereisen zu erzâhlen, Stùrme zu schildern u. dgl. Aber Land und Leute
hat er so wenig gesehcn wie die italienischen Stàdte und Landschaften,
von denen er redet. Sein Wissen floss auch nicht aus Bùchern » (Gniiidris^
der rowanisctien Ptiiloloi^ic, II, i, p. 785).
SOXE DE \'J\S.-i^ ET LA NORVÈGE 569
est très certainement l'élan et les deux autres, probablement le
glouton et le grand plongeon. Ces trois animaux vivaient et
vivent encore dans TEurope septentrionale ; dans quel pays si
ce n'est dans la Scandinavie a-t-il pu les voir tous les trois?
Le tait qu'un Français a visité la Norvège au xiii"' siècle n'a
en soi rien d'extraordinaire. Il suffit, pour n'en être pas surpris,
de se rappeler combien furent nombreuses et suivies les rela-
tions littéraires entre la France et la Norvège au temps du roi
Haquin V.
Kr. Nyrop.
NOTICE DU MS. BODLEY 57
(OxpoRD, Bodleienne)'
Ce manuscrit, d'origine anglaise, est un recueil de miscel-
lanées où le latin domine. Il s'y trouve un certain nombre de
pièces françaises qui méritent d'être publiées ou au moins
signalées. Quant aux morceaux latins, je ne les mentionnerai
pas tous : il }- fliudrait trop d'espace, et d'ailleurs une longue
énumération de pièces latines ne serait pas ici à sa place. Je ne
donnerai de numéros qu'aux pièces françaises. Le recueil, qui
comprend 218 feuillets en parchemin, est formé, autant qu'il
semble, de deux livres originairement indépendants: le premier,
s'étendant jusqu'au fol. 104, peut être attribué à la seconde
moitié du xiii'^ siècle : l'écriture est partout la même, sauf dans
les dernières pages qui contiennent quelques morceaux ajoutés
bien peu après la transcription de ce qui précède. La seconde
partie (ff. 105 etsuiv.), de mains diverses, est un peu postérieure
et pourrait n'être que du commencement du xiv^ siècle. Les
dimensions moyennes des feuillets, qui ne sont pas absolument
égaux, sont 168 mill. pour la hauteur et 117 pour la largeur.
(Fol. i). Leçons de l'office de saint François. Inc. Sancti
Francisa confessons lectio b. Vir erat in civitate Assisii, que in
vallis Spoletane (^/r) sita est, nomine Franciscus.
1. — (Fol. 2). Traduction de la règle de saint Augustin. —
L'original, maintes fois imprimé, est reproduit dans la Patro-
logie latine de Migne, XXXII, 1377.
I. Ancien no NE. B. 5. 18. C'est le n» 2004 de la numérotation courante
des Catahgi de Bernard (1696).
NOTICE DU MS. BODLEY 57 57 1
Le rule scint Ausîin.
Devant tûtes choses, cher frères, seit Dcu amé entre nus, c après lui nostre
prosme. Kar icez conmandemenz nus sunt principalment donez. Iço sunt ke
nus comandum ke vus ke estes asemblez e establiz en seinte EgHse, pur ço
que en un estes assemblez, gardez tut premerement ke vus uniement habitez
en meisun, e seit a vus un aime e un quor en Dampnedeu (v") e ne diez e
nen aiez nule chose propre ; tut seint conmunes tutcs choses a vus, e seit
liveret a chcscun de vus, de vostre prior, vostre vivre e vostre vesture, nient
uelemeift a tuz, kar tuz ne poez mie uelement ' tuz, meis a chescun solun ço
que bosoin avérât. Issi pur veir lisez in Actihus Aposlohrum ke tûtes choses
lur erent conmunes e estait {sic) livré a chescun si cum il avoint besoin-...
2. — (Fol. 4 v°). Les cinq joies Notre Dame, en vers. — On
possède plusieurs rédactions de cette pièce en latin ' et en fran-
çais ■*. Celle-ci se trouve encore dans le ms. Harleien 273,
fol. iio (Musée britannique), et le ms. O. 5.32 de Trinity
Collège (Cambridge) en contient la première strophe accom-
pagnée d'un commentaire où cette prière est attribuée à
l'évêque de Paris, Maurice de Sully >, ce qui doit s'entendre
non pas de la pièce en vers français, mais de son origmal
latin, car une version française très différente, celle du ms. Gg.
I. I de l'Université de Cambridge est aussi attribuée au même
évêque. Cet original latin, œuvre de Maurice de Sully, peut
bien être l'une des pièces latines sur les cinq joies qui nous sont
parvenues, mais laquelle ? Toutes sont anonymes.
/("/ coniiieiiceiit le[s] cinq joies Nostre Dame.
Gloriuse dame ki le fiz Deu pprtastes,
Virgine le conceutes, virgine le enfantastes.
1 . iielment est douteux ; le ms. porte veleineitt ; IV du milieu est expontué et
au-dessus est écrit iiie ; ce qui ne donne pas de sens. Latin : « non aequaliter
omnibus, quia non aequaliter valetis omnes. »
2. AcT. IV, 32, 35.
5. On connaît sur les cinq joies de la Vierge au moins trois pièces ryth-
miques qui commencent toutes par ces deux vers : Gaiide Virgo, mater
Christi, Que per aureni concepisti, ce sont les no^ 7013, 27207, 27210 du
Repertoriiim hymnologictiin de M. le chanoine Chevalier; mais il y a sans doute
d'autres pièces ayant le même sujet parmi celles qui commencent à peu près
de même et qu'a enregistrées M. Chevalier. Remarquons toutefois que les
pièces sur les sept joies sont plus nombreuses.
4. Romaiiia, XV, 807.
j. Roiiiaiiia, XXXII, ii<S.
572
p. MEYER
De virgine led virginement le Ictastes,
Dame, cume ço est veirs e jo ben le crei,
5 Aiez en garde le cors e l'aime de mei. Amen.
Duce dame, vus rcquer Duce dame Sainte Marie,
E ducement vus voil prier, 28 Mult est garri k'en vuss'afie.
Pur la joie e honurance Jo vus roquer, pur cel honur
4 Ke vus eûtes en la nessance, Ke Deus vus fit, nostre creatur,
Me grantez mun désir, Kant nostre Sire Jesu Crist
Duce dame, par ta merci. Amen. 32 Furme de hume de vus jfrist,
D , , A y/i ■ ir- Ke cntentive soez e prête
Pater tioster , Ave Maria. Virgo . '
, ,., . ., . De dire ', dame, ma requeste.
verbo comeptt, virgo reiiiaiisit, vtrgo ' ' ^
peperit regem omnium regum.
Duce dame, je vus pri
8 E ducement vus cri merci.
Pur la honur ke Deu vus fist
Q.uant il son angle vus tramist ;
Saint Gabriel nunça
1 2 E le message vus portât ;
A vus dist le duz salut
Ke en vus se enumbreit Jesu.
Pur la joie ke dunke eûtes
16 Quant vus lo fiz Deu receiites
Vus requer, ma dame chère,
Ke vus entendez ma preiere.
(Fol. 5) Pater noster, Ave Maria.
Iiigressus angélus ad Mariam âixit :
Ave Maria gracia plena. Doiiiiuus
tecum ; heata tu in mulieribus.
Duce dame sainte Marie,
20 As chetifs seiz confort e aïe.
Jo vos pri si ducement,
En le honur del advenement
Del saint Espirit ke se umbra
24 Quant en vus se herberga,
Ke vus ma preiere entendez
E ma requeste me grantez.
Pater noster, Ave Maria. Ne tinieas
Maria, invenisti gratiam apud Doini-
nuiii.
Duce dame, jo vus rcquer
36 E ducement vus voil preier.
Pur celé joie e cel honur
Quant offrîtes nostre sauvur
Al Temple, ço fust Jesu Crist,
40 Symeon en sa main le prist ;
Si verraimcnt, virgine chère,
Granteiz mei ma preiere.
Pater noster, Ave Maria. Aineu.
Ki ces joies ici escrit
44 Soit parcener de cest dit,
Tuz ceus ki dient après
De lur péchez aient relès.
Damnedeu de sa grant aprise,
48 Sire c père e enginnur,
Verrai confort, verrai mire.
Verrai joie, verrai amur,
A tei comant jo, beau sire,
52 Ma aime e mun cors ui ce jur.
Gardeiz mei de fol'ire
Ke ne entre en fol eurrur (sic) ;
Jo cunmand a ta puissance
Pater noster, Ave Maria. Ne tinieas 56 Mes diz, mes fèz e mun poer.
Maria, hahes in utero filinni Dei. Ma chère e [ma] contenance,
I. Sic, corr. d'oïr.
NOTICE DU MS. BODLEY 57 573
Mua quidcr c ma cspcrance, Ke hume ne femme en ccst munde
M'amur e mun espirit. Ne me puissent mes haïr,
60 Tut dis me gardez e avance, 65 Mes tut sei[t] en joie a ton plaisir.
E nuite jur e mâtine seir,
Mes ort mcsfet, ma focunde,
Aiiicn. Pater Hostcr, Ave Maria.
3. — Sciluts à la \'ierge. — D'après la rubrique, cette pièce
serait une autre rédaction des cinq joies. Mais la rubrique est
erronée ou du moins n'est pas à sa place '. Dans le ms. Digby
86 (Oxford) ' la même prière est précédée d'une rubrique ainsi
conçue : « Ci comencent les aves Noustre Dame », ce qui
est plus exact. J'ai signalé autrefois ÇRoinania, XIII, 509) quatre
copies de cette poésie, à Cheltenham, à Cambridge, à Londres,
à Oxford; mais alors je ne connaissais pas la copie que renferme
le ms. Bodley 57. Voici les premiers couplets qu'on pourra
comparer au texte de Cheltenham ÇRoiiiaiiiû, /. /.):
(Fol. )') De rechef /('[.v] cinq joies Nostre Dama (sic).
Ave sainte Marie, la mère al Creatur,
Reïne des angles pleine de duçur,
Esteille de merde grant resplend[di]ssur,
Eschele de paradis, salu de peccheùr.
Ave sainte Marie, la verge al rei Jessé ;
De vus espanist la llur replenie de bunté,
De force de bunté (sic) e de humilité.
De conseille de science e de pité
E de la poïir de Deu par ki le deble est maté,
Gloriuse reine aiez de mei pité.
Ave la tur David, ave sainte Marie ;
De vus vint celé père par ki murut Golie,
E la parenté Adam de mort devint a vie ;
Aiez merci de mei ke estes la Deu amie.
Ave, sainte Marie, le temple Salomun ;
A vus tramist le angele ke Gabriel ad nun,
1. L'erreur s'explique par ce fait que cette pièce et la suivante — qui a
en effet pour sujet les cinq joies — ont pu être considérées comme n'en
faisant qu'une, comme on le verra à l'article suivant.
2. Notice de M. Stengel, p. 80.
574 P- MEYER
A vus descendit ducement par grant dilcctiun
Pur sauver sun pople del cnemi felun.
Il y a trente couplets de quatre vers. Voici les deux derniers:
Unkes ne oï, ma dame, de nul peccheïïr (/. 5 </)
Ki ne vousist son pecché lesser nuit ne jur
E rcc]uerre vostre aide, ke ne out suceur ;
Aiez merci de mov pur la vostre douçour.
Puis ke fu de set anz ne cessai de pcccher,
Si ke la mauveise char ne volt unke cesser.
Gloriuse reine, vostre aïe requer
Ki poet tut le mund de joie alumer.
4. — • Les cinq joies Notre Dame, en vers. — Ici la rubrique
est exacte. La pièce en vingt-cinq quatrains dont je vais trans-
crire le début a bien pour sujet les cinq joies. Remarquons que
cette pièce et la précédente se suivent dans les mss. de
Cheltenham et d'Oxford (Digby, 86), sans qu'il y ait entre les
deux aucune séparation, tandis qu'ici elles sont séparées par
une rubrique. Il en est résulté que, dans ma description du
ms. de Cheltenham, j'ai considéré les deux pièces comme n'en
taisant qu'une. Il se peut fort bien, du reste, qu'elles soient
du même auteur.
Les cinq joies Nosire Dame.
Ma dame, pur celé joie merci vus requer,
Ke Gabriel le angle vus vint nuncier
Ke vus duisset Jesucrist de ventre porter
Ke voleit sun pople del deable délivrer.
Dame, pur celé joie, dunt tant ùistes lé, (/. 6)
Quant Jhesu Crist de vostre duz cors fut né,
Dunkes purço ne perdîtes virg-neté,
Gloriuse reine, aiez de niei pité.
Le jur de la Tiphaine aviez joie grant
Quant veïstes les treis reis tut agenullant
Fere lur offendre (sic) a vostre duz enfant :
Aiez merci de mei ke estes si puissant.. ..
A la suite des cinq joies vient une invocation à divers saints,
que le poète prie d'intercéder auprès de la Vierge. Voici les
NOTICE DU MS. BODLEY 57 575
derniers vers, qu'on pourra comparer au texte du ms. de
Cheltenham (Koiiiania, XIII, 510), qui se termine tout autre-
ment, n'ayant, pour cette fin, en commun, avec notre ms. que
les deux premiers des vers ci-dessous.
Gloriusc rcïne, aiez de mci merci, (/'. 6 c)
Pur l'amur Jesucrist mult ducement vus pri
Ke pur nos iniquitez ne nus metez en obli,
Mes par ta duce prière nus aidez quant departuni de ci.
Pensez de duz Jesu i<e pur nus fu vendu,
Batuz e ledengé e vilement pendu
E de Sun un (,wV) costé ledement féru
Pur tut le munde reindre ke tut fu perdu.
Sire, par ta passiun aiez de mei merci
De tuz le[s] pecchez ke ai fet vus en cri,
Ke ja le cruel de moy ne soit enjoï.
Mes ke jo puisse a vus venir merci vus cri
ÂIIICII.
5. — Prière de saint Edmond de Cantorbéry. — Edmond
de Pontigny, archevêque de Cantorbéry, mort en 1240 et
canonisé en 1246, est surtout connu dans l'histoire littéraire
par son Spcculuiii ccksk, qui tut de bonne heure traduit
en français '.
Est-il l'auteur de la prière qui lui est attribuée par le
ms. Bodley et aussi par le ms. Digby 86 -, ou bien n'avons-
nous ici qu'une traduction en vers d'une prière composée en
latin pour ce saint personnage, c'est ce que je ne saurais dire.
Quoi qu'il en soit, cette oraison n'est pas mentionnée dans
l'article que lui a consacré V Histoire lillérairc (XVIII, 253-269).
Elle se compose de douze quatrains dont je citerai les deux
premiers et le dernier.
{Fol. 6 d) Oracio sancli Eadinundi arcliiepiscopi Cant.
Duz sire Jhesu Crist, aiez merci de mei,
Ke del cel en tere venistes pur mei.
1. Voir Roiiiaiiiii, XXIX, 33.
2. Voir la description de ce ms. par M. Stcngcl, p. 102.
576 p. MEYER
E de la virginc Marie nasqiiistes pur moi,
E en la croiz mort surtristes pur niei.
Merci vus cri, mun Jesu, mun sauveur,
Mun solaz, mun confort, ma joie, ma duçur.
Osteiz de mun quer orguil, ire e rancur,
Ke jo vus puisse a gré servir e amer cuni Seignur.
Mut vus dei ben amer kar vus me amastes avant.
Pur mei mesmes vus requer e pur tut mes amis,
Numeement pur N. e pur les autres morz e vifs :
Mustrez nusel jugement la clarté de vostre vis
E mettez nus trestuz ensemble en la joie de paradis.
Avien.
Tout ce qui suit jusqu'au fol. 74 est latin : ce sont des
prières, des sermons, des extraits de livres théologiques.
Je citerai le morceau suivant, dont une partie est empruntée
aux Corrogatioiies Pronictbei, autrement dit au commentaire
d'Alexandre Nequam sur la Bible. Les premières lignes, aux-
quelles se rapporte proprement la rubrique Proprietates mulieris,
ne viennent pas de la même source :* c'est une élucubration
cléricale connue d'ailleurs si je ne me trompe, bien que je
ne me rappelle plus où je l'ai lue'.
{Fol. 20 v°) Proprietates mulieris. Quid est mulier ? humana abusio, insa-
tiabilis bestia, continua sollicitudo, indesinens pugna, cotidianum dampnum,
domus tempestatis, castitatis impedimentum, incontinentis viri naufragium,
adulterii vas, preciosum prelium, animal pessimum, pondus gravissimum aspis
insanabilis, humanum mancipium. — Hec ^ statera libra est, hic stater, stateris,
pundus. Gomor indeclinabile nomen est mensure. Tridentes sunt instru-
menta quibus carnes de ollis extrahebantur. Dumtaxat adverbium est, id
est tantummodo. Taxare idem est quod est ordinare ; unde dicitur « sicut
1. Il y a un morceau du même genre, mais différent, dans les Reliquiœ
antiqiix de Wright et Halliwell, I, 168.
2. Ce qui suit fait partie du commentaire d'Alexandre Nequam (ou Nekam
sur l'Exode, le Lévitique, les Nombres. Plusieurs de ces gloses (celles qui
contiennent des mots français) sont citées dans ma Notice sur les Corrogatioiies
Proiiiethei (Notices et extraits des manuscrits, XXXV, 673-675, ou pp. 33-35 du
tirage à part).
NOTICE DU MS. KODLEY 57 577
pretaxavimus », et sumitur verbum ab lioc nomine taxus. Hec taxus, taxi,
est arbor que in gallico dicitur if \ unJc arcus dicitur taxeiis. Hic taxus est
animal quod in gallico dicitur teisnii. Pampinus est lolium vitis, palmes.
Racemus, sarmcntuiu, ramusculus precisus. Botrus congregatio racemorum ;
raccmus congregacio uvaruni; botrus in gallico muisinc ; xd.cemus grape\ uva
reisin. Vinacium (?) est foUiculus in quo glarea continetur. Aqua lustra-
cionis, id est purgacionis; lustrarc eiiim est purgare ; unde lustrum dicitur
spatium .v. annorum. Malogranata punies orciwttcs. Simila est farina secun-
dum theologum delicata, secundum medicuni grossa. Fimbria est filum
in extremitate vestis. Hoc anathema est suspensio. Nausea est indignacio
stomachi, cum quis scilicet ad vomituni paratus est, et dicitur a naiis, quod
est navis, quia in navi nauseat quis de facili
Fer posticum [Judic. IIÎ, 24) ; id est latens hostium, dicitur autem posticum
in eadem significacione ; unde Oratius : Postico falle clientem '. Erat autem
Delbora (sic) prophètes ; hec prophètes, hujus prophète. Se dédit discrimini
[V, 15J, id est periculo.
A b suite (fol. 21) commence un long commentaire en
latin sur l'hymne Ave maris Stella.
Passant sous silence un très grand nombre de morceaux qui
n'intéressent pas la Romauia, nous rencontrons, au fol. 69, un
quatrain d'hexamètres où le français se mêle au latin. Le voici :
Qui non fit coiifes nec vult deponere son fès
Senciet hinc diram venturi judicis iram.
Cum judex vendrai et justis premia rendrai
justi gaudebunt, injusti jure dolebunt.
On connaît d'autres compositions où quelques mots français
sont intercalés dans un texte latin '.
6. — Le Credo, en vers. Cette paraphrase du Credo, en
vingt-deux vers monorimes, est tout à fait différente des quatre
paraphrases ou traductions en vers que j'ai publiées jadis '.
1. Epist. I, V, 31.
2. Par ex., dans le ms. B. N. latin 18523, fol. 159, ces vers attribués au
célèbre Primas :
Mors alios morde, michi parce, precor, per amor Dé,
Car, par le cor Dé, nemo sine crimine/or Dé,
Les mêmes vers se retrouvent dans le ms. B. N. lat. 1862, fol. 86 h.
3. Roniania, XV, 321 et 341. Bull, de la Soc. des anc. textes, 1880, p. 40;
1896, p. 43.
Romania,XXXV 37
57?
p. MEYER
(Fol. /4) La créance.
lo crei en Deu le père omnipotent
Ke cria cel e tere a sun talent,
E en Jhesu Crist sun fiz ensenient.
4 ' Xostre Sire fu e ert sulenient.
Del Seint Esperit ot conceivement,
Nez fu de la virgine Maria ducement,
Desuz Pilate fu pené egrement
8 E en croiz fiché mult anguissusement ;
Mort fu e mis al monument;
En enfern entra, si estreit la sue gent ;
Le terz jur leva de mort verraiment,
12 Munta al ceil, iloc seit hautement
Al destre Deu le père omnipotent ;
D'iloc vendra al grant jugement
Ki les vifs jugera e le[s] mors ensenient
i6 Ki ben vesquirent el secle u malement.
Je crei en Saint Espirit parfitement
E en saint Eglise, de seinz l'asemblement,
De tuz sainz le comuniment,
28 E perdun de péché ensement,
De char verrai resuscitement
E pardurable joie ensement.
7. — Paraphrase en vers du Pater. Les traductions et expo-
sitions en vers du Pater abondent dans l'ancienne littérature
française. Plusieurs ont été composées en Angleterre'. C'est
le cas de la paraphrase dont je vais rapporter le début. Le texte
est écrit à longues lignes, comme prose, et le début manque
évidemment. Il y a une lacune d'au moins un feuillet entre les
ff. 90 et 91.
Li ton nun seit seinterié. (f. 91)
Dun [n'Jes[t] ton nun seinz asez ?
Que est ço dunt que requérez?
Ore le dirrai, si l'entendez :
Nus, in ceste peticion,
Prium par grant devociun
I. Komanid, XIII, 534 ; XV, 522 et 342.
NOTICE DU MS. BODLEY 57 579
Que la saint (c)é de tun nun
Par nus n'ait violaciun.
Advenial icç)iuiii tiiniii.
Li tun rcgue aveinge.
Nus devu[n]s eu tum régnée
Aver fcm (sic) z hérité ;
Pur [ço] avun ici preé
Que ncl perdum par pecché. . .
Parmi les pièces latines qui suivent se trouve une copie *de
la légende de l'arbre dont fut faite jla sainte croix. Ce texte
bien connu est publié dans les Denkmàhr der provenyalischeii
Literaliir iind Spracbe de M. Suchier, I, i66 (cf. p. 525 pour
les notes).
(Fol. 98 V») Post peccatum Ade, expulso codem de paradiso propter
peccatum quod commiserat, dum clamaret in misericordiam Domini,
indutus perizomate...
8. — Le fol. 102 v° est occupé presque en entier par des
recettes dont plusieurs sont en français. Voici ces dernières :
Se vus volez espruver se li malades viverat u nun, faites li pisseir en un
bacin o en un escuelc, e pernez le lait de la femme ki nurist vallet, si ço est
hume, e de la meschine si ço est femme. Si metteiz el bacin sur la date : si li
laiz vait al funz si senefie mort ; se il esta desure, niustre ke il viverat ^
1. Ce mot, qui est encore dans Cotgrave, est ordinairement masculin.
2. C'est la première des recettes que renferme le petit recueil publié,
d'après un ms. de Montpellier, par Boucherie, Revue des langues romanes,
VII, 62. Le texte de Montpellier est un peu plus court. Ailleurs on se contente
d'eau claire sur laquelle on répand le lait ; voir Bulletin de la Société des
anciens textes, 1906, p. 50, et de même dans une rédaction en vers que ren-
ferme un recueil manuscrit appartenant à Trinity Collège (Cambridge),
O. 8. 27, fol. 153 :
Femme enceinte, si volt saver K'ele degute enz de sun lait ;
S'ele doit fille u fiz aver, E si le lait aval décent,
Prenge cler ewe en un vaissel, Dune est ço malle veirement,
En un hanap net et bel, E si le leit flote desus,
Puis si deit issi estre feit Fille est, qe vus dirrei ge plus?
580 p. MEYER
Suivent quelques recettes en latin, puis :
Pur la perc, pcrnez burnecte', gnimiP, quisez ensemble en estale cer-
veise, si bevez le seir chalde e le matin freide '. — La rue valt encuntre tuz
venims, car ço mustre la musteile, car, quant ele se deit combatre encuntre
le scorpiun, si en use primes +. — Medicinea occire le rancle de la plaie : pren
le jus de la planteine c le jus de! ache e del ruge cholet e de la mbrele e la
mie de pain de furment e trible ensemble e puis met sur la rancle de la plaie.
— Le fenuil quisez od le vin, si lavez le vit del hume ki est emflez, sempres
essiugerat. — Seint Cassidoires dit en son livre ke ki deïst ces dous vers en
son muriant, sa aime ne enterra mie en enfern : « O Domine, quia ego servus
tuus, ego servus tuus et filius ancille tue. Dirupisti vincula mea, tibi sacrifi-
cabo hostiam laudis et nomen Domini invocabo. >>
Suivent ces vers anglais > .
Wen(?) lo pe rode se Hys bac wid scurge iswungen,
Jesunailed to^e tre, Hys side depe istungen,
Jesu mi lefman For sinne an lowe of man,
Ibunden, bloc an blodi, Weil aut I sinne lete
An hys moder stant him bi An neb wit teres wete,
Wepande an Johan, Gif of lowe [I] kan.
I. Godefroy, sous brunette, propose, de seconde main et sans discussion,
trois significations différentes. Le D"" Murray, Netu Englisch Dictionary, sous
BURNET 2, est plus précis et sûr : « The popular names of plants belonging
to the genexâ Sanc^iiisorba and Potcriitm (N. O. Rosacex) of which the Great
or Common Burnet is comraon in mcadows, and the Lesser or Salad Burne^
{Poterium sanguisorba) on the Chalk. The old herbalists confounded with
thèse, the Burnet Saxifrage, Piiiiplnella Saxijraga, an umbelliferous plant
resembling the Burnets in foliage. » En provençal moderne bruneto est une
sorte de champignon (Mistral), ce qui ne semble pas convenir ici.
2. On voit ailleurs le grémil (borraginée) employé pour les maladies de la
vessie (ms. de Cambrai, § 46, dans les Et. row. dédiées à G. Paris, p. 259).
5. Il y a une recette anglaise fort analogue dans les Reliqtdx antiqiix de
Wright et Halliwell, I, 52, premières lignes de la page.
4. Cf. Pline, Hist. nat., VIII, xli, 3 ; XX, Li, 2.
5. En voici la traduction : « Lors que je vois Jésus cloué sur l'arbre de la
croix, Jésus mon amour, attaché livide et sanglant, sa mère éplorée près de
lui, et Jean, son dos meurtri de verges, son côté percé d'une blessure pro-
fonde pour les péchés et l'amour de l'homme, je devrais bien laisser le péché
et mouiller mon visage de larmes, si je suis capable d'aimer. »
NOTICE DU MS. BODLEY 57 581
Un peu plus loin nous rencontrons un itinéraire de Terre
sainte, qui a été publié, d'après deux mss. de Londres, par Titus
Tobler, sous le titre lïhinoniinatus I, dans Thcoderici liheUus de
Jocis sanclis edifiis circa A. D. ii']2, cui accedunt breviores
aliquot descriptiones Terrai sanctx" (S. Gall, 1865), p. 113 et
suiv. :
(F. 10 j vo) Si quis ab occidentalibus ' partibus Jérusalem adiré vokierit, solis
ortum scmper teneat, et Jerosoliinitaniloci oracula ' ita inveniet sicut hic nota-
tur. In Jérusalem est cubiculum uno lapide coopertum -, et ibi, inter tcmplum
et altare, in marmore ante aram sanguis Zacharie fusus est. Inde non longe
est lapis ad quem per singulos annos Judei veniunt, et ungentes eum lamen-
tantur, et sic cum gemitu redeunt. Ibi est domus Ezechie régis Juda cui ter
quinos annos Deus addidit. Deinde domus est Cayphe et columpna ad quam
Christus ligatus flagelli cesus fuit
(Fol. 105). Les Méditations de saint Bernard.
(Fol. 140 v°). Une pièce rythmique qui n'est pas relevée
dans le Reperloriuiii byiinwlogicuiii- de M. le chanoine Chevalier :
Dulcis Jésus memoria,
Sola mentis affectio,
Dans vera cordi gaudia
due mentis sunt attentio.
(Fol. 174 v°). L'Algorisme en vers latins d'Alexandre
de Villedieu, sur lequel voir Romania, XXVI, 232 :
Hec algorismus ars presens dicitur in qua
Il n'a été copié ici que le début de ce poème.
(Fol. 176 et 177). Chronique latine qui commence à la
mort du roi Jean (1216) et se poursuit jusqu'à 1224.
Signalons au fol. 180 v°, un sermon attribué à Robert
Grossetête, le savant évêque de Lincoln :
Hic incipit sermo magistri Roberti Grossi Capitis episcopi.
Maria optimam partem elegit que non auferetur ab ea [Luc. x, 43]. —
Bene novit caritas vestra per istas duas mulieres Mariam et Martham duas
vitas designari in sancta Ecclesia, scilicet activam et contemplativam
1. Lire oratoria.
2. Le copiste a omis ces mots : « ubi Salomon Sapientie librum scripsit ».
582 p. MEYER
Puis (fol. 188) la pièce goliardique A tauro torrida lampade
Cinlhii plus d'une fois publiée, notamment par Th. Wright,
Poems coinmouly attrikuted to Walter Mape (dans la Camden
Society), p. i.
8. — Au fol. 217 \° on lit, en écriture cursive du xiv'= siècle,
la recette et le charme ci-après :
Pur encloyer ■ de chvval, pcriiez porciouns de payn blanc et un erbe c'on
apele mousere, et mêliez ensemble e donez a chyval a manger deux foiche
(i/V) ou troys et il garryra.
Suit le charme ci-après qu'il fallait sans doute dire en
donnant la médecine :
Hau ! douce sire Jhesucrisl, aussi verroiment come vous estes piere et
fitz et Seint Esperit, treis persones et un Dieu, et donastes vertues a chapleyn
de fere char et sang de payn de forment, e auxi verreyment come scly char
e sange suffret grevouses playes sur la crois, pur pechours saver, par clous de
fer, et auxi verreyment come vous donastez vertue en piere, en erbe et en
parole, donez tele vertue en ceste pa\-n et en ceste erbe que il enserche et
sane sanz delay le clouere de ceste beste si, en le honurance de Piere et do
Filz et de Seynt Espirit.
Paul Meyer.
I. Blessure produite par un clou; cf. Roinaiiia, XXXII, 50, note 4. Plus
loin le chuere. La forme correcte devrait être eiichenre.
NOTICE BIOGRAPHiaUE
SUR EUSTACHE MARCADÉ
Le chapitre ix du premier volume des Mystères de Petit de
Julleville, qui est consacré à la biographie des auteurs connus
de mystères, s'ouvre" par une notice sur Eustache Marcadé-,
auteur de hi Vengeance Jésus-Christ, dont le seul manuscrit signalé
jusqu'ici se trouve dans la bibliothèque d'Arras'. En 1893,
M. Jules-Marie Richard a publié le mystère de la Passion qui,
dans le même manuscrit, précède la Vengeance Jésus-Christ et
qui, selon toute vraisemblance, émane du même auteur, et il a
groupé de nouveau les renseignements que l'on possède sur la
biographie d'Eustache Marcadé "♦. Il y a lieu de revenir présente-
ment sur ce sujet, car de nouveaux documents ont été mis au
jour sans qu'on ait pris soin d'en marquer le lien avec ceux qui
étaient connus auparavant; ces nouveaux documents jettent
la plus vive clarté sur la fin de la carrière de Marcadé, qui ne
fut pas sans éclat, et nous révèlent le jour exact de sa mort
(10 janvier 1440).
1. Pages 314-15-
2. Petit de Julleville l'appelle Mercade, mais cette forme, bien que généra-
lement adoptée (c'est elle qui figure dans la Bio-bibliographie du chanoine
Ulysse Chevalier), n'est pas conforme, comme on le verra plus loin, à celle
que le personnage employait lui-même et que nous devons respecter.
5. Ms. no 697.
4. Arras, 1895 ; in-49 de xxxvi-295 pages; voy. notamment p. vu. Pour
les raisons qui militent en faveur de l'attribution à Marcadé de la Passion aussi
bien que de la Vengeance, voyez Emile Roy, Le Mystère de ta Passion en
France, p. 275 ; cf. Alfred Jeanroy, dans Roniania, XXXV, 373 et dans/o!</--
nal des savants, sept. 1906, p. 491.
584 A. THOMAS
On sait que le manuscrit d'Arras se termine par une notice
en vers qui a été pendant longtemps le seul témoignage connu
sur notre auteur et qui reste encore aujourd'hui une excellente
base pour sa biographie. Cette notice est ainsi conçue :
C'est la Vengancc Jcsii CrisI,
Laquelle composa et fist ^ '
Ung clerc moult bien recommandé ;
S'eult dampt Ustasse Marcadé
A nom, et docteur en décret
Moult sage fut et moult discret,
Bachelier en théologie,
Et officiai de Corbie
En son temps. Et sans nez .1. blasmc
Penser, priez Dieu pour son ame '.
Ce qu'il y a peut-être de plus saillant dans cette notice, c'est
le titre d'official de Corbie donné à Eustache Marcadé. Effecti-
vement, l'histoire de l'abbave de Corbie fournit la première
date précise qui jalonne la biographie de notre auteur. M. Léo-
pold Delisle a emprunté à une monographie de Corbie, compo-
sée, au commencement du xvi'^ siècle, par Jacques Baron et con-
servée en manuscrit à la Bibliothèque nationale (lat. 12393),
les détails suivants^.
Après la mort de l'official Jean Pinchon, survenue en 1414,
son successeur, Olivier Belle 5, permuta avec Eustache Marcadé,
licencié en décret et prévôt de Dampierre+, lequel exerçait les
fonctions d'official en 14 18. Vers 1427, Marcadé prit partie
pour Guillaume de Hotot, abbé de Cormery, qui contestait les
droits de Jean du Lion au titre d'abbé de Corbie ; aussi ce der-
nier, non content de le révoquer de ses fonctions, s'empressa-
t-il de le dénoncer au gouvernement anglais comme criminel
de lèse-majesté en l'accusant d'entretenir des relations avec les
1. Ces vers ont été plusieurs ibis publiés, avec de légères variantes gra-
phiques. Je les donne d'après une copie du manuscrit que je dois à mon con-
frère M. Eugène Déprez, archiviste du Pas-de-Calais ; je ponctue d'après le
sens. Jesti Crist est écrit en un seul mot abréviativcment : ihucrist.
2. Cah. des Manuscrits, II, 1 30-1 31.
5. Nommé Bulle par Cocquelin dans l'histoire de Corbie citée plus loin.
4. Ce Dam pierre CSX celui qui forme une commune du canton d'Iînvermeu,
arr. de Dieppe.
\OTICE BIOGRAPHiaUF. SUR EUSTACIIE MARCADE 5Ô)
partisans de Charles VII. Marcadé fut emprisonné à Amiens et
condamne à 200 livres parisis d'amende. Mais il ne se tint pas
pour battu. Il attaqua Tabbé et le monastère de Corbie devant
le prévôt de Paris et le conservateur des privilèges de l'Univer-
sité, et réussit à obtenir une sentence qui lui rendait sa charge
d officiai le 8 septembre 1437. Il v eut appel au Parlement:
mais un arrêt du 2 mai 1439 débouta l'abbé et consacra le
triomphe d'Eustache Marcadé '.Cet arrêt nous est parvenu; il
n'entre malheureusement pas dans les détails de la première
affliire. En voici les données essentielles :
Karolus, etc. Cum lis mota fuisset coram illo qui preposituni ville nostre
Parisius et conservatoreni generalem privilegiorum Universitatis ejusdem
ville... sub adversariis nostris Anglicis... se gerebat, inter Eustacium Marcadé,
ordinis sancti Benedicti, in jure canonico licenciatum, actorem et conqueren-
tem in casu novitatis et saisine, ex una parte, et abbatem et conventum
monasterii seu abbacie de Corbeva, defensores et opponentes, ex parte altéra,
racione possessionis et saisine benetîcii seu officii officialatus dicti monasterii
de Corbeya ...et post reduccionem ville nostre Parisius... fuit a dicta senten-
cia pro parte dictorum defensorum ad nostram Parlamenti curiani appella-
tum... Dictum fuit dictum prepositum nostrum bene judicasse...
(Registres du Parlement, Arch. nat., X 'a yo, fo 108 r" : 2 mai 1439)
Une fois Paris rentré sous la domination de Charles VII,
Eustache Marcadé était venu reprendre ses études universitaires
à la Faculté de décret. Il était depuis bien longtemps licencié.
I. L'histoire de l'abbave de Corbie écrite en 1678 par Dom Cocquelin, qui
a été publiée dans le t. VIII des Méiii. de la soc. des aiitiq. de Picardie, en 1845,
et dont je ne puis contrôler les sources, précise quelques points. C'est le
20 avril 1427 que Jean du Lion nomma officiai Philippe de Baquencourt, prieur
de Saint-Ouen de Gisors, .à la place d'Eustache Marcadé. Baquencourt ayant
été nommé abbé de Saint-Martin d'Aumale(2 3avril 1451) eut pour successeur
dans la charge d officiai Anselme Proïiille (lire ProvUJe) : c'est à ce dernier
que Marcadé intenta un procès. A Proville succéda Jean Roussel (24 janvier
1436 : probablement 1437 ^'^ nouveau st\'le) ; quand Marcadé eut obtenu
gain de cause au Parlement, il se désista en faveur de Roussel VIII (Méni.
soc. aitliq. Pic, p. 462). — Je reviendrai plus loin sur le bénéfice dont Coc-
quelin attribue la possession à Marcadé (vov. p. 589). Q.uant au fait de la ces-
sion de l'officialat par Marcadé à Roussel, s'il est constant (ce dont je doute),
il n'a pu avoir Heu que dans les quatre derniers mois de la vie de Marcadé
(10 octobre 1459-10 janvier 1440).
586 A. THOMAS
Le 2 mai 1437, en même temps que deux autres candidats,
Jean Chufart et Martin de Fresnes, il se présenta au doctorat,
fut admis et prêta serment : les actes vinrent plus tard, et la fête
doctorale traditionnelle, consistant essentiellement en un ban-
quet, eut lieu le 30 juillet, dans la maison de l'archevêque de
Reims; les trois nouveaux docteurs obtinrent le titre de régents
le lendemain '. Le 14 août suivant, Marcadé recevait de la Faculté
un témoignage de haute confiance : il fut chargé d'aller porter
au pape Eugène IV le rôle des bénéfices que Ton sollicitait de Sa
Sainteté pour le corps enseignant-. Nouvelle mission, plus
importante encore, en 1438 : il fut désigné, avec son collègue
Jean Chufart, pour représenter la Faculté au concile de Bourges.
Comme il était naturel, la Faculté décida que, pendant cette
mission, les deux délégués seraient considérés comme présents
et régents et toucheraient leurs émoluments'. Nommé receveur
de la Faculté, le 6 novembre 1438, il dut bientôt accepter, après
la retraite de Jean de Courcelles, les importantes fonctions de
doyen : elles lui furent confiées le 24 février 1439 ■♦.La mort
l'empêcha de les exercer jusqu'au bout. Les traces de son activité
décanale sont consignées (presque toutes de sa propre main)
dans le registre de la Faculté de décret conservé aujourd'hui à
la bibliothèque de la Faculté de droit et publié par MM. Marcel
Fournier et Léon Dorez \ Je -tiens à emprunter à ce registre les
dernières lignes d'une délibération du 10 octobre 1439 parce
qu'elles établissent la forme qu'il donnait à son nom de famille,
Marcadé et non Mercadé :
Fuerunt omnes doctores présentes, videlicet domini Livinus, Joh. de Cour-
1. La Faculté de décret de ViDiiversité de Paris, par Marcel Fournier et
Léon Dorez, t. II, p. 27 et 28; cf. Chartulaniiin uiiiversitatis Parisieiisis, par
H. Denifle et E. Châtelain, t. IV, p. 597, n" 2505.
2. Ibid., p. 28; cf. Charluhriuui cité, t. IV. p. )97 et 598, n"^ 2504 et
2506.
3. Ibid., p. 37 ; cf. Chartiihiriiiiii cité, t. IV, p. 605, no 2322.
4. Ibid., p. 44; cf. Chartitlariuni cité, t. IV, p. 613, no 2558.
5. L'écriture de Marcadé est une cursive surchargée d'abréviations, d'un
aspect inélégant, qui contraste avec celle de ses prédécesseurs et successeurs
au décanat. Il me semble la retrouver dans une note de douze lignes datée du
23 janvier 1437 (anc stvle), sous le décanat de Martin de Fresnes (M. Four-
nier et L. Dorez, La Faculté de décret, t. II, p. 37).
NOTICE BIOGRAPHiaUE SUR EUSTACHE MARCADÉ 587
cellis, Joh. Chuffart, M. de Fraxinis, et ego E. Marcade, decanus Facultatif,
officialis Corb[ciensi.sJ. Datum ubi supra et registratum per me Eustacium
decanum Facultatis, anno et die predictis.
Signé : E. Marcade decanus Facult[atis] '.
Eustache Marcadé mourut le lo janvier 1440, ainsi qu'il
résulte de la note suivante inscrite sur le même registre par
maître Jean de Courcelles, qui lavait précédé et qui lui succéda
dans les fonctions de doyen de la faculté de décret :
Die X januarii hujus anni M CCCC XXXIX deccssit ab hoc seculo prefatus
dominus Eustacius decanus : anima ejus in pace requiescat ! Et fuerunt cele-
brate in Facultatevigilie solempnes et percepitquiiibet dominorum doctorum
unum scutum et quilibet bacalarius xii denarios^
Il est difficile de réxoquer en doute l'authenticité et la véracité
de cette note, étant donné sa provenance. Mais il nous, faut
maintenant considérer la mention nécrologique suivante, qui se
trouve dans un rouleau des morts de Marmoutier envoyé par
l'abhé Pierre, le 12 mars 1442, et indiquant les décès des frères
survenus depuis quatre ans :
Anno Doniini M CCCC XXXIX obierunt :
XVII kalendas februarii, frater Eustachius Marchade ?.
En éditant ce rouleau, en 1866, M. Léopold Delisle a indiqué
comme « possible » l'identification de ce frère de Marmoutier
avec l'auteur des mystères d'Arras. Petit de Julleville, tout en
renvoyant aux Rouleaux des uiorts, évite de s'expliquer sur ce
point. M. Richard fait état de la « possibilité » admise par
M. Delisle et il écrit ceci : « A part ces dernières années, où
les vicissitudes de sa lutte contre l'abbé Jean du Lion le retinrent
à Paris et l'amnèrent peut-être à finir ses jours à Marmoutier,
1. Bibl. de la Faculté de droit, Archives, i, loi. 192 r"; cf. M. Fournier et
L. Dorez, La Faculté de décret, t. II, p. 44-5. Les éditeurs ont complété le pré-
nom de Marcadé en Eustachius, bien qu'il écrive lui-même, au moins ici, ce
prénom par un c non suivi d'/;. Le texte de la délibération est aussi reproduit
dans le Chartulariunt de Denifle et Châtelain, avec quelques menues lacunes
(no 2528).
2. Manuscrit cité, fol. 192 vo ; cf. M. Fournier et L. Dorez, La Faculté
de décret, II, p. 51.
3. Léopold Delisle, Rouleaux des Morts, p. 476.
588 A. THOMAS
Eustache Mercadc paraît avoir passé une bonne partie de sa vie
à Ham et surtout à Corbie ' ».
En convertissant en style moderne la date donnée par le rou-
leau de Marmoutier, on a : i6 janvier 1440. Le registre de la
faculté de décret de Paris nous dit e]ue le doyen Marcadé mou-
rut le 10 janvier 1440. Cette légère discordance ne doit pas
l'empêcher d'affirmer qu'il s'agit de part et d'autre d'un seul et
unique personnage ; il \a de soi que la date à retenir est celle
du 10 janvier. Le doyen Marcadé appartenait effectivement
au clergé régulier et était Bénédictin : le registre de la Faculté
lui donne à plusieurs reprises le titre de prieur « de Ouis »
ou « d'Oeus », c'est-à-dire d'Œuf-en-Ternois -, et il le désigne
une fois en abrégé par cette formule : « pater dominus prior » '.
Or le prieuré d'Œuf dépendait de l'abbaye de Marmoutier 4 :
il est donc tout naturel que le nom du doyen de la faculté de
décret figure sur le rouleau des morts de cette abbaye.
Il a été dit plus haut que Marcadé fut d'abord moine de
Corbie et posséda la prévôté de Dam pierre, qu'il échangea avec
Olivier Belle pour la charge d'official en 14 14. Il faut noter que
c'est sous le titre de « prévôt de Dampierre » qu'il fut inscrit
parmi les vingt-quatre ministres de la singulière Cour amoureuse
étudiée naguère par M. Arthur Piaget : il y remplaça, après
décès, Jean Carité, chanoine de Laon '. Passe pour un chanoine
comme Jean Carité ou Jean de Montreuil, mais vraiment on ne
s'attendait pas à voir un moine Bénédictin en pareille société,
la Cour amoureuse avant été fondée, en l'an 1400, « a Ton-
neur, loenge, recommendacion et service de toutes dames et
damoiselles » ''. Il est vrai qu'il ne s'agissait guère de faire en
l'honneur des dames et damoiselles que de vertueuses ballades,
1. Ouvrage cité, p. vni.
2. Commune du canton de Saint-Pol (Pas-de-Calais).
3. M. Fournier et L. Dorez, La FacuUc de dccret, t. 11, p. 27. Ce doniiinis
correspond ici au dampt du manuscrit d'Arras et à notre doiii actuel, surtout
employé par déférence vis-à-vis des moines Bénédictins.
4. Voir sur ce prieuré une monographie de feu le chanoine Haigneré dans
les Mih)]. de la Soc. des aiiliq. de la Moriuie, XXII (1890-2), 65-86 ; malheu-
reusement l'auteur n"a rien trouvé sur les prieurs d'Œuf avant 1507.
5. Kimninia, XX, 424 et 429.
6. Remania, XXXI, 599 (article complémentaire publié par M. Piaget).
XOTICE BIOGRAPHIQUE SUR EUSTACllE MARCADÉ 589
et que la Cour amoureuse ne devait pas être très folâtre lors-
qu'elle était présidée par un solennel maître en théologie de
nationalité autrichienne, Jean MuUechner, dit Austria '.
Petit de Julleville a attribué à Eustache Marcadé le titre de
« prieur de l'abbaye de Ham », et M. Richard a répété, après
lui, que notre auteur avait été « prieur de Ham au diocèse de
Térouanne en I-123 ». La source commune de cette atfirma-
tion est l'histoire de l'abbave de Corbie de Benoît Cocquelin
publiée dans le tome Mil des Mémoires de la Société des anti-
quaires de Picardie en 18^) 5 . Voici les passages visés :
1423. Eustachius de Marcade ex monacho et officiali Corheiensi prior de
Anàin episcopatu Morinensi.
Eustachius de Marcade reperitur otîfîcialis 1-414.
Pliilippus de Bacquencurià denunciatur officialis 20 aprilis 1427 ab abbate
Joanne de Lion, ad rujus beneplacitum Eustachius de Marcade illud officium
exercuerat. Philippus per id tempus erat prior S. Audoeni de Gissora tune a
Majori Monasterio dependentis ; Eustachius verô prior prioratus de Ham in
dioecesi Morinensi -.
La première mention, avec la date de 1423, tait partie d'un
chapitre intitulé : Index chronologiciis vironiin illnstriuui sancti-
fate, doctriiia, dignitate et prosapia, qui constitue la division IX
du recueil de Benoît Cocquelin, et qui, au témoignage même de
l'éditeur, ne se trouve que dans la copie de ce recueil qui est à la
Bibliothèque Nationale dans la collection de Picardie de Dom
Grenier, vol. 32, p. 398 et suiv. Or cette copie porte, non pas
Alla, mais Ans. Plus loin, il est vrai, dans la liste des officiaux,
il y a effectivement //^w ; plus loin, encore, une mention, qui
semble manquer dans le ms. d'Amiens 525 suivi par l'éditeur,
qualifie Marcadé de « prior de Hanis in dioecesi Morinensi»'.
Voici comment j'explique l'hésitation de Dom Cocquelin : il a dû
lire Ans dans le document de i_|23, et plus tard il a écrit Ham
et Hams en supposant qu'il s'agissait soit de Ham-Jes-Lillers,
soit de Hames-Bures, deux localités du département actuel du
Pas-de-Calais. Mais aucune de ces localités ne convient : à
1. Sur ce personnage, non ident'fié par M. Piaget {Romania, XX, 429),
voir VAiictarium et le tome lY du Ctiartiilariim de Denifle et Châtelain.
2. Ouvrage cité, p. 460 et 462.
3. Bibl. nat., Coll. de Picardie, 32, p. 408.
590 A. THOMAS
Ham-lcs-Lillcrs il y avait une célèbre abbaye ; à Hames-Bures
il n'y avait pas de prieuré ■. Je crois qu'il faut tabler sur Ans
et V voir une faute de lecture, assez facilement explicable par la
paléographie, pour Ouis, c'est-à-dire Ovis : c'est le nom latin du
prieuré d'Œuf-en-Ternois dont Marcadé a été incontestablement
titulaire.
Ceci posé, je me rallie à la conjecture émise en passant par
M. Richard : à la suite de ses démêlés avec l'abbé de Corbie,
Jean du Lion, Eustache Marcadé a dû se faire transférer de l'ab-
baye de Corbie à l'abbaye de Marmoutier, et c'est en raison de
sa nouvelle qualité de moine de Marmoutier qu'il a obtenu le
prieuré d'Œuf-en-Ternois.
A. Thomas.
I. Renseignements fournis par M. Eugène Déprez, archiviste du Pas-de-
Calais, et par M. de Loisne, auteur d'un Diclionnaiie topographiquc du Pas-de-
Calais actuellement sous presse.
MÉLANGES
EXTRAITS D'UN RECUEIL DE SERMONS LATINS
COMPOSÉS EN ANGLETERRE
On sait combien de détails intéressants pour l'histoire des
mœurs, des croyances populaires, de la littérature, ont été tirés
de sermons latins du xin" siècle, d'abord par Lecoy de La
Marche ', puis par Hauréau^. Il serait bien à désirer qu'un
savant compétent entreprît le même travail de dépouillement
sur les manuscrits de sermons latins composés en Angleterre.
La moisson ne serait probablement pas aussi abondante qu'en
France, d'abord parce que les manuscrits à dépouiller sont moins
nombreux, ensuite parce que le sermon familier, où l'auteur se
plaît à intercaler des dictons, des phrases entières en langue
vulgaire, paraît avoir été moins fréquent chez les prédicateurs
anglais que chez leurs confrères du continent. Toutefois une
exploration méthodique donnerait des résultats appréciables.
Mais, il serait nécessaire que l'explorateur fût en état de distin-
guer les sermons d'origine française de ceux qui ont été composés
en Angleterre. Cette distinction est à peu près possible actuelle-
ment : elle ne l'était pas au temps où Th. Wright a publié ses
Latin stories (1842, Percy Society^ où les extraits tirés de
recueils d'origine française ne sont pas distingués de ceux qui
sont empruntés à des recueils d'origine anglaise '.
1. La Chaire française au XIII*^ siècle, 2^ éd., 1886.
2. Dans ses nombreuses notices de manuscrits, réunies en six vol. in-80
sous le titre de Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque
nationale, 1890-3 (cf. Romania, XX, 630; XXI, 478, 627). Voir aussi son
article sur les sermonnaires, Hist. litt. de la Fr., XXVI, 387-468.
3. Th. Wright n'a pas'fait usage du ms. auquel est consacré la présente
notice.
592 melax(;ks
Le ms. H.u'l. )0) (Musée britannique) contient l'un de ces
recueils de sermons écrits en Angleterre qui mériteraient d'être
attentivement dépouillés la plume à la main. Les extraits que je
vais en donner ne sont assurément pas les seuls qui présentent
de l'intérêt. Il y a notamment beaucoup d'exenipla, dont un cer-
tain nombre connus d'ailleurs, que je ne me suis pas attardé à
copier, mais qu'il y aurait lieu de noter ou d'analyser. C'est for-
tuitement que mon attention a été attirée vers ce recueil. Les
premiers leuilletsdu livre renferment un cantique latin en qua-
trains rythmiques accompagné d'une traduction française en qua-
trains de vers octosyllabiques. Ayant transcrit cette pièce — que
je publierai plus tard, avec les observations qu'elle comporte' —
j'eus la curiosité de parcourir le recueil de sermons qui occupe
le reste du volume (ft. 5 v°-i82), prenant çà et là quelques
extraits. Mais il est bien entendu qu'il y aurait lieu de procéder
à un dépouillement plus complet et plus méthodique. Seulement
ce n'est pas un travail qui soit à la portée du premiervenu. L'écri-
ture est fine et abonde en abréviations qui défieraient les efforts
de paléographes novices. Elle est de la fin du xiii'' siècle ou du
commencement du xiV^, et les sermons ne sont pas de beaucoup
antérieurs. Le Liber île natiiris rernm d'Alexandre Nequam
(-|- 1217) y est cité (fol. 178 v°); un évèque de Rochester mort
en 1235 y est mentionné (ci-après, fol. 68). Peut-être arrive-
rait-on à resserrer en de plus étroites limites lépoque de la
composition, si on arrivait à identifier le frère mineur, appelé
Alexandre, et appartenant au couvent de Cambridge, dont il
est question au fol. 8r v" ^. Voici maintenant mes extraits :
{Fol. 20) Ecceenim talibus ait Apostolus, Gal. v, [15] : « quod si invicem
mordetis et comedetis, videte ne ab invicem consummamini. » Quia, sicut
rubigo consumit ferrum, sic morsu detractionis quilibet hodie consumit aliuni.
O miserorum miserrimi et in infinita miseria sine fine mansuri, quia inter
1. J'en ai publié les trois premières strophes (latin et français) dans le
t. IV de la RomaïUii, p. 371. Il y en a 49. C'est le no 4907 du Repertorium
hymnologicum du chanoine Chevalier.
2. Le manuscrit a été écrit en grande partie par un religieux du sud de
l'Angleterre. On lit en effet, au verso du premier feuillet : « Quicumque
habuerit usum hujus libri oret pro fratre Johanne de Candevere qui eum pro
niajori parte scripsit propria manu. » Candevere est Candover, Hanipshire.
EXTRAITS D UN RECUEIL DK SERMONS LATINS 593
omnes miserabilcs dicuntur dctnictorcs Deo odibilcs, Rom. i, [30]. Et vulgaii
gallico sic solebat dici :
Ceo est la parole Jhesu Crist
Ke de sa boche même dit :
« Joe sui le plus amant de tôt le mu[n]d
V z le mains amé de kaunt kc sunt.
« Pur ceo ne ad rvn qc me grève tant
« Cum faus amour z boen semblant '. »
(Fol. 21 V") Erat quedam puella in reputatione communi honesta et valde
bona que, infra tempus brève in infirmitate prevenla, facta confessione, exs-
piravit ; que, post sepulturam, intrans ecclesiam quadam noctc ubi jacuit
sacerdos ejus confesser, cepit horribiliter lugere, bec verba anglice distin-
guendo :
Wi la wy z wo la \vo ^at ich efre was boren,
Mi lif z mi saule hop hep forloren ! =
Ad que verba supra modum expavescens sacerdos, prima nocte ac seconda
tacens abscondit se. Tandem contra terciam noctem se multum animans, ad
gemitum tercie noctis comparuit, qui videns duos niger[r]imos in forma
hominem > gementem ducere, ait gementi : « Adjuro te per Deum qui est
dominus omnium ut dicas michi quis es. » Et respondit : « Nonne cognos-
cis me ? » Et appropinquans et aspisciens dixit : « Es illa puella nuper
dcfuncta? » Et illa : « Sum. » Et ille : « Cur dampnata es, cum putavimus te
virginem et valde bonam ? » Et respondit : « Solebam murmurare contra
matrem meam, et cum nil aliud mortale fecissem, non potui id pro verecun-
dia tibi dicere, et jam crucior in ejus obprobrio et eterno tormento. »
(Fol. 41) « Vides ergo, karissime, quia inquo obicis te ipsum prosternis,
quia non tu pro servo, nec servus pro te, sed unusquisque pro se rationem
1. Je ne saurais dire à quel poème est empruntée cette citation. D'autre
part voici trois vers, écrits au bas du fol. 40 recto du même ms., où est
exprimée une idée analogue :
Oiez le tort que dames funt :
Jeo sui le meins amé de mund ;
Si eim plus que tus ki sunt.
Mais ici ce n'est pas Jésus-Christ qui parle.
2. « Hélas ! hélas ! que je suis née (quel malheur pour moi d'être venue au
monde) ! ma vie et mon âme sont perdues )>.
3. Je suppose qu'il faut lire : « duos nigerrimos fdemones] in forma
hominum. »
Rotnania, XXXV 38
594 MELANGES
reddct in die judicii, socundiim illud proverbialitcr dictuni : Chelcnii par çoe '
au hatnih le rey ».
(Fol. so) Nos certant triplici certamine très inimici : serpens antiquus,
caro lubrica, mundus iniquus. Treis evemis uns grèvent par treis vianeres de
hatailes : le viel serpent, ceo est le diable, la char escrillouse' et II trichir (sic, 1.
Itichur) mundi; dunt dit seiiit Bernard : O anima innocens, o lilium candens,
o flos tener et délicate, vide quomodo caute ambules ; inter spinas habitas,
subversiones tecum liabens ; intra te sunt, extra te sunt, super te sunt,
subter te sunt, supra te sunt, in carne tua. sunt. 0 vus aime inocente, o z'iis
flur de lis bêle e gente, o vus fliir tendre e delicius, vee^ cornent u/c:^ ■•, entre
espines habite:^, reversurs od vus iive~, o te sunt vus 5 enetnis niorteus, dedens vus
sîinl, dehors vus sunt, desus vus sunt e en vostie char sunt.
(Fol. 66) Exemplum ergo ponamus in vino, quoniam vinum, antequam
acceptum sit ad bibendum, teritur, exprimitur, et ad quiescendumreponitur;
quod sic gallice dicitur : Eus qe de grape plese vin sour la nape, Covi[e]nt ^
que il seitdefoU, coulé z reposé. Consimiliter, antequam penitentia sit Deo acce-
pta, oportet ut contritionecor teratur, utconfusionecor contritum exprimatur.
Voici une anecdote qui a été publiée d\après un autre ms.
par Th. Wright dans ses Latin storics (1842), n° xxxvi.
(Fol. 6S) Contigit in Cancia quod magister Henricus de Sanford, qui
primo fuit archidiaconus Cantuarensis, deinde episcopus Rofcnsis 7, audiret
confessionem cujusdam qui, diabolo homagium faciens, quoddam coclear
argenteum dederat, et dum sibi peccatum commis^um plane confiteretur,
cecidit coclear juxta eos simul coUoquentes, quod confitens diligenter inspi-
ciendo cognovit certis signis idem coclear esse quod demoni in homagium
dederat, quod accipiens magister Henricus dixit confesso quod sua confes-
sione sic dispergebatur ab eo suum peccatum sicut démon a se projecit
coclear acceptum ; et in signum facti mirabilis magister Henricus, de peti-
sione confitentis, illo cocleari semper utebatur deinceps dum vixit, et ideo
nullus dubitet quin peccata in nihilum dispergentur.
1. Corr. sei. « A la cour le roi chescun y est pur soi », Le Roux de Lincy,
II, 472 ; cf. ibid., 75.
2. Cet adjectif manque au dictionnaire de Godefrov, mais on y trouve le
verbe escriller, « glisser » .
3. Sur les trois ennemis de l'homme, et sur les compositions du moyen
âge où il en est question, voir Romania, XVI, 2.
4. Il doit manquer ici un adverbe correspondant à caute.
5. Il faudrait vos ou vo^.
6. Je rétablis la forme correcte du présent, mais on sait que dans le fran-
çais d'Angleterre vint pour vient est habituel.
7. Henri de Sanford occupa le siège de Rochester de 1228 à 1235.
I
EXTRAITS D UN RECUEIL DE SERMONS LATINS 595
(Fol. Si) Unde, ad derisionem potatorum, solebant mulicrculo cantare
anglice sic : Ise\'ne is on mi robe pat stal ^e ah is me lef, quod idem est :
« patet in roba quantum placet servisia defccata. »
(Fol. 12S) Redeat ergo quilibet ad nutricem et videat qualiter ipsa suum
afFectum exprimit puero per osculum, suum affectum dulcorat per cantum
quod anglice dicitur lolling soiig.
(Fol. IJ2) Et scitis quomodo est de audientibus ? omnino sicut de quo-
dam rustico qui debuit facere exenium de anguillis coctis in pane, qui dum
quiesceret in eundo, sensit colorem (corr. calorem ?) et vidit exire pinguedi-
neni, cepitque lingere, et, percipiens in gustu dulcedinem, fregit crustani et
comedit pistam totam, de quo exivit prov. quod gallice dicitur : mange présent.
(Fol. i^s '^'°)-- • Attendcre enim debetis quod labor penitencie ex tribus al-
Icviatur : scilicet ex multiplicitate adjutorii, sicut gallice dicitur : De legyer
porte travayl quant miiU:^ de meins ly mecle>it apouayl.
(Fol. ijS v")... qui in rei veritate sunt de génère illorum quibus dixit
mitissimus pastor Jésus Christus in Johanne : « Multa bona teci vobis, prop-
ter quod horum vultis me lapidare ? w (Jo, x, 32), de quibus in proverbio
solebat dici : Grate^ le cul au vileyn e il vus counchiera la mayii '.
L'extrait qui suit est dirigé contre ceux qui affectent les
dehors de la sainteté, contre les hypocrites. L'auteur nous
donne toute une série de qualifications vulgaires appliquées à
ces derniers. Il y a là des termes que je ne sais pas expliquer, et
des substantifs composés d'un verbe et d'un complément qui
ne sont pas relevés dans le Traité de la formation des niots com-
posés dans la langue française d'A. Darmesteter.
(Fol. 182 v°) Unde, karissimi, nullus de religioso secundum Deum
jocundo maie supponat, imo doleat cum sic esse non videat, quia multociens
sub hvllaritate vultus absconditur vir Deo karissimus. Multi enim, si aliquid
Deo acceptum studio sollicite nitantur facere, nolunt illud aliquo signo exte-
rius patere hominibus, ne forte meritum minuatur, sed omnis circumspectio-
nis diligencia illud curant interius occultare ; unde pro constanti habeat qui-
libet quod hac racione, tam inter seculares quam religiosos, sunt judicia
I. Ce proverbe se retrouve ailleurs sous des formes variées. J'ai publié l'une
de ces variantes d'après un ms. d'AU Soûls, Oxford, à la suite de la Manière
de langage, p. 405 (1873 ; Revue critique, numéros complémentaires de l'an-
née 1870). Cf. aussi Le Roux de Lincy, Livre des proverbes, 2eéd., I, xxix
(Oignez le vilain la paume, et il vous chira ens), et le ms. Selden supra 74
(Oxford, Bodleienne), fol. 3$'' : « Gratez al vilein la coille et il vous chiera en
la palme. »
596 MÉLANGES
multum periculosa ; hoc est enim disponi seciindum facicni sanctorum ut
interius habeamus animum Deo dcvotum et exterius vultum coram homini-
bus jocundum, et hoc est quod dicit Eccu. xxxv, [i i] : « In omni dato hylla-
rem fac vultum tuum », contra quod peccat ypocrisis cum septeni speciebus
que sic gallice dicuntur : sitigiiler, siiiîevent, Cokeiiphi, geroiiiie, ordhost{}),
roiinge vtysire, coupe tout. Isti sunt qui querunt vocari ab hominibus Rabi ',
longas protractando orationes
P. Meyer.
UN FAUX TRISTAN WURTEMBERGEOIS EN 807
Feu W. Hertz, dans sa troisième édition du Tristan de
Gottfried ^, a signalé qu'un personnage de ce nom apparaît dans
une charte datée du i^"" octobre 807. MM. Wolfgang Golther,
dans ses Beinerkungen :(iir Sage und Dicbtung von Tristan and
Isolde\ et Joseph Bédier, dans l'introduction de sa reconstitution
du Roman de Tristan-^, ont relevé la découverte de Hertz, qui
n'avait pas, je crois, attiré l'attention, mais ils n'en ont pas aperçu
pleinement la portée. Elle serait grande, cependant, car l'acte est
donné « in loco et in villa Arcuna », c'est-à-dire à Langenargen
sur la rive wurtembergeoise du lac de Constance (Boden Sec) K
Son examen montre que le Tristan qui souscrit cet acte, une dona-
tion de serfs à l'abbaye de Saint-Gall, est plus que probablement
un laïque^. La légende de Tristan aurait donc été assez populaire
en Alemannie pour qu'un personnage de cette contrée, né sous
le règne de Pépin ou de Charlemagne, eût reçu le nom du héros.
1. Allusion à Matth. xxiii, 7.
2. Tristan tind Isolde, von Gottfried von Strassburg (Stuttgart et Berlin,
1901, in-12), p. 485.
3. Parues dans la Zeitschrift fïir franiôsische Sprache und Litteratiir, XXII,
1900, 2.
4. Tome II, p. 106.
5. Urkundenbuch der Abtei Sancl-Gallen, 1(1865), P- ^^7» "° '97- — Hertz
renvoie à l'édition de Buck dans le IVïirlcmhergisches VierteJjahrshcft, II, 134.
6. Une hypothèse qui, un instant, m'était venue à l'esprit, c'est que ce
Tristan était un moine d'origine scotique, comme bien des religieux de
l'abbaye de Saint-Gall à l'époque carolingienne. Mais le fait n'eût eu alors
aucune portée : rien d'étonnant, en effet, à ce que ce moine fût picte ou
portât un nom picte (Rhys et Zimmer ont montré l'origine picte du mot
Tristan) puisque le nord de la grande île, et aussi l'Irlande, renfermait une
population picte au milieu des tribus scotiques.
UN FAUX TRISTAN WURTEMBERGEOIS EN 807 597
C'est curieux, trop curieux. J'ai préféré croire à une faute de
transcription, et, pour en avoir le cœur net, je me suis adressé
à l'éditeur ' du monumental Urkundeubitcb dcr Ahiei Sauct-GaUen.
M. Hermann Wartmann voulut bien vérifier sur le manuscrit
et me fit promptement savoir (27 février 1906) qu'il fout lire
non pas Tristan mais Crislaii : l'erreur provenait de ce que
l'initiale du nom est en partie efl^acée. Ce Cristan ou Christian
se retrouve, au surplus, dans d'autres documents de l'abbaye de
la même époque et concernant la même région.
Il faut donc renoncer à l'idée que les légendes — mettons
« brittonniques » pour ne pas nous compromettre — aient été
connues sur le continent - avant que les Français eussent été en
contact permanent avec la Grande-Bretagne K
Ferdinand Lot.
1. Par l'entremise de son fils qui, par un heureux hasard, suivait lesconfé-
rences de l'École des Hautes-Études.
2. Ne pas confondre Tristan avec Triscan ou Drescaud, nom que portait,
vers 1020-1030, un abbé de Saint-Melaine qui fut ensuite évcque de Rennes.
'Voy. Gallia Christania, t- XIV, col. 743-744, 771.
En Armorique le nom de Tristan n'est pas attesté d'une façon sûre dans
les textes diplomatiques avant le xive siècle. Voy. J. Loth, Chresiomathie
bretonne, p. 235. Le nom même d'Arthur n'y apparaît qu'une seule fois avant
le xiie siècle. M. J. Loth (op. cit., p. 107) nous dit que ce nom se retrouve
six fois dans le Cartutaire de Redon (nos XXI, LU, LXXVII, C, CCXXXV,
CCXL, app. XXXI). Il s'y trouve même sept fois, mais il suffit de confronter
les chartes où il figure pour s'assurer qu'il s'agit d'un seul et même person-
nage, vassal successivement des ducs Erispoé, Salomon, Alain le Grand. Il
est mentionné du 19 mai 851-857 (app. XXXI) au 12 juin 878 (n<> CCXXV).
L'extrême rareté de ce nom, alors que celui voisin d'Arthwiu est très
fréquent, ne me paraît pas un bon signe en faveur de la popularité de la légende
arthurienne dans l'Armorique. Étant donné que nous possédons environ 400
chartes bretonnes antérieures au xii^ siècle, on s'attendrait vraiment à
rencontrer plus qu'»« exemple de ce nom. Il se pourrait, d'ailleurs, que
l'unique Arthur que connaissent les textes continentaux de l'époque caro-
lingienne fût originaire de Grande-Bretagne, les relations entre Tilc et la
« Letavie » n'ayant jamais complètement cessé.
5. M. W. Golther, dont l'opinion est acceptée par M. Bèdier, a cru
remarquer que, dès le ix^ siècle, un fjord d'Islande portait le nom de Tros-
transfjordh. Il devrait ce nom à des émigrants venus d'Irlande ou d'Ecosse.
Ce serait fort possible et, au surplus, sans intérêt pour nous puisque ce nom
;98 MÉLANGES
ANC. FRAXÇ. CASIGAN, -INGAN, GASIGAN, -INGAN
Godefrov a recueilli un exemple unique du mot gasygan
« veste rembourrée » dans la continuation de Villehardouin
que nous devons à Henri de Valenciennes. Ce terme est beau-
coup plus fréquent que ne porterait à le croire le silence de
Godefroy. En combinant les notes ajoutées par Gaston Paris à
son exemplaire du Dictionnaire de F ancienne Ja^igne française avec
l'article gasingax du Glossaire archéologique du moyen âge, de
Victor Gay, et avec mes propres recherches, je suis arrivé à
réunir les exemples suivants que je classe, autant que possible,
par ordre chronologique, en laissant de côté Henri de Valen-
ciennes :
D'une fort lance qu'il teneit
Li percha le casingan jaune.
Ambroise, Estoire de la guerre sainte, 9924'.
Casingans et colites parpaintes.
Id., ib'uL, 10521 K
Un ga:^iga)i tant solement
Vesti, quer molt Taveit en us.
Hist. de GiiiUaume le Mareschal, 10198 î.
était répandu parmi les Pietés des lies britanniques. Mais le fait lui-même me
paraît douteux. M. Golther se réfère au chap. 26 du Laiidiuunabôk islandais
qui raconte les conquêtes de Geirthjofr Valthjofsson. Mais lui-même a noté
la variante Taustans/jordb. Comme le LandnaDiahôk ne date, sous la forme qui
nous est parvenue, que du xiii<= siècle, il est à présumer que cette dernière
leçon est la bonne et que Taustansfjordh n'est devenu Tiostransfjordh que préci-
sément sous l'influence de la légende de Tristan alors bien connue en
Islande.
I. Le ms. porte caisan.
1. Le ms. porte E calingans. — G. Paris, dans le glossaire, traduit par
« cotte de maille rembourrée de coton » et renvoie à la note de M. Stubbs,
Itineruritim Ricardi, VI, 5 [lisez : 4]. On sait que Vltinerariiim Ricardi n'est
qu'une traduction de V Estoire. Le passage qui correspond au v. 1052 1 est
précieux en ce qu'il donne un commentaire et que les diflférents manuscrits
fournissent d'intéressantes variantes du mot français : « arma varia, tela
muhiplici insutas loricas vulgo dictas casigans (var. gasigans, casingans).
3. Au glossaire, M. P. Mej'er identifie dubitativement le ga^igan avec le
ja:{eran « cotte de mailles d'origine algérienne >:.
ANC. FRANC. CASIGAS, -INGAN, -GASIGAN. -INGAN 599
Ja aveuc soi n'emportera
La montance d'un gasisganl.
Fregits, p. 120, éilit. F. Michel '.
Legasigaii trenclia, l'obère tîst desniaillier.
Maugis d'Jigreniont, 2916, éd. Castets, Rev. des 1. roiii., xxxvi, 88.
Gasigaii:^ ne hauber/. onques ne li aida.
Mtiiigis, 3085, //'/(/., p. 92.
Gasigan et haubert tôt a fet desartir.
Maugis, 31 13, ibid., p. 93.
Veluau taint en graine pour couvrir gasingaiis. — Gasùigaiis d'acier. —
Pour la brodeure de 2 gasingatis... semés par la poitrine et par les manches
d'ennelez de broderie faiz d'or et d'argent acouplez ensemble (Compte de
récurie du Roi de 1385, cité par Victor Gav).
Cotte d'acier mise en un gasigan t (Arch.du baron de Joursanvault, n" 662,
acte de 1390, cité par Victor Gay).
Dans la Chronique de Jean Le Bel, A. Delboulle a relevé et
signalé ici-même le « mot obscur » baligan, sur lequel M. Wal-
berg s'est escrimé sans aucun profit ^. La nouvelle édition
donnée récemment par MM. Depret et Viard pour la Société de
l'histoire de France, tome I, p. 156, porte pour ce passage :
« De grans haubers et de grans ballgaus armoyés de leurs
armes ». Si l'on tient compte du fait que le manuscrit de VEstoire
de la guerre sainte écrit, au vers 105 21, calingans, et que dans
le texte d'Henri de Valenciennes tel que l'a publié le recueil des
Historiens de France (XVIII, 492) il y a galigan, on sera porté
à corriger dans le texte de Jean Le Bel baligaus en kasigans.
Il est à peine besoin de faire remarquer que le sens de notre
mot convient admirablement au passage, et il suffit de rappeler
que les textes que j'ai empruntés à Victor Gay prouvent que
1. Michel imprime raiiioiitance. Godefroy a idenù^é gasisgant avec le mot
tout différent o-rtr/z/L-u/. L'apparat critique de l'édition de Fergus publiée depuis
par M. Ernest Martin (Halle, 1872) montre que cette leçon, propre au ms. A,
ne doit pas être originale (variantes, p. 208). Le texte établi par le nouvel
éditeur porte : La vaillance d'un sol sierlenc (vers 331 1).
2. Romania, XXXI, 351, et XXXIH, 140.
600 MÉLANGES
l'usage et le nom de ce vêtement militaire se sont maintenus
en France jusqu'à la fin du xiv'^ siècle '.
Le même terme a pénétré en Allemagne, mais son emploi
paraît y avoir été beaucoup plus éphémère qu'en France ; du
moins je ne le trouve que dans un passage souvent cité de
Wolfram von Eschenbach, où il est écrit casagân ^
L'étymologie du mot dont nous venons de retracer fa car-
rière dans l'Europe occidentale est bien connue : c'est le persan
arabisé ka::^ngand, dont mon collègue et confrère M. Hart-
wig Derenbourg a eu l'occasion de parler dans le livre qu'il a
publié sur Ousâma ibn Mounkidh '. Paul de Lagarde lui a con-
sacré un assez long excursus dans les Gôttingisrbe Gekhrte An~ei-
gen, ^nnée iSjj, p. 298-301. Non content d'en préciser l'ori-
gine, Paul de Lagarde a voulu en voir la survivance dans le
français casaquin, et il a émis l'idée que le mot casaque n'était
pas, comme il semble au premier abord et comme on le croit
généralement, le primitif de casaquin, mais un mot tiré après
coup de casaquin'^. Cette idée intéressante me paraît radicale-
ment fausse. Je le déclare sans ambages, mais je suis assez
porté à penser, avec Paul de Lagarde, que l'étymologie admise
par Diez, d'après laquelle casaque et ses congénères viennent
du latin casa, n'a aucune valeur. Malheureusement je n'ai rien
à mettre à la place.
Il est probable que les mots français casaque, casaquin sont
empruntés à l'italien, lequel a comme correspondants casacca,
casacchino. Il y a bien dans Du Cange un bas latin casaca que
les Bénédictins ont identifié à notre mot casaque, et qui, figurant
exclusivement dans un texte rédigé à Montpellier en 1367, por-
terait à admettre l'existence d'un mot provençal casaca ayant pu
1 . Jules Quicherat ne mentionne pas le mot dans son Histoire du costume
en France, publiée en 1875. — M. Viard, à qui j'ai communiqué cette correc-
tion, m'a déclaré qu'il l'acceptait sans réserve.
2. « Von samit ein casagân » , cf. Ahvin Schulz, Das ho/iicbe Lehen -ur Zeit
der Minnesilnger, 2^ édit., II, 39.
3. Ousdnia ibn Monnkidb, un émir sx'rien au !'='' siècle des Croisades
(Paris, Leroux, 1889), ne partie, p. 43, note 7.
4. On trouve déjà dans Littré (art. CASAaUE du Supplément) un rapproche-
ment dubitatif entre le français casaque et le mot persan kii-ag,ind.
l'article BALANr DE GODEl-ROY éoi
servir d'intermédiaire entre Titiilien et le irançais. Mais Tiden-
tilîcation des Bénédictins est faite à la venvole. Voici ce texte :
foJcraliiras Iniiien siiidoiiis vel casacam in ipsis mantellis licet eis
(scilicet inuJicrihiis) portnre. Il est évident qu'il y a une faute de
lecture : au lieu de l'accusatif casacam, il faut un génitif en har-
monie avec sindonis ; et, d'autre part, il est manifeste qu'il ne
s'agit pas d'un vêtement, mais d'une fourrure ou doublure.
Mon confrère M. Berthelé, archiviste de l'Hérault, a réussi à
retrouver l'original du document dont les Bénédictins ont cité
cet extrait, document qui a été publié intégralement dans l'His-
toire de Languedoc, édition Privât, t. X, preuves, col. 1375-
1378. Cet original, qui se trouve aux Archives municipales de
Montpellier, fonds du Grand Chartrier, n° 440, porte exacte-
ment : cafacani. Il n'est pas douteux à mes yeux qu'il faille
corriger l'énigmatiquecfl/iafrrfwen tajatani. Adieu la « casaque » :
il s'agit bel et bien de « taffetas' ».
L'étymologie de casaque et de ses congénères reste à trouver,
car il ne semble pas qu'il faille faire fond sur l'idée de F. Guyet,
épousée par Gaston Paris-, que casaque Qslwn doublet de cosaque.
A. Th.
L'ARTICLE BALANI DE GODEFROY
On lit l'article suivant dans le Dictionnaire de Godefroy :
Bal AN I, adj. ?
On roncin bron, la teste haJanic (1354, Jean de Neuchatel, Arch. du
Prince, Neuchatel, \\''°, 11° 16).
Dès 1894, M. H. Suchier a cru pouvoir rapprocher ce mot
français du roumain bàlan '', et y voir un dérivé du gotique
bal- « balzan ». Cette opinion vient d'être reprise par
M. Richard Loewe au cours d'un article sur les éléments ger-
1. et. Du Cange, tafatanus. M. Berthelé me signale fort à propos, pour
appuyer ma conjecture, la mention d'une « cothe folree de taffataiii » dans
un acte de notaire de Saint-Pons de Tlioniiéres (i 567)^
2. Romaiiia, IX, 624; d. l'art, casaque de Ménage et du Suppl. de Littré.
5. Zeitschr. fier roman. Phil., XVIII, 187-8 ; cf. Romania, XXIII, 441.
(^Q2 MÉLANGES
maniques des langues des Balkans S et M. Meyer-Lûbke a aus-
sitôt fait voir qu'il n'y a aucune bonne raison pour mettre en
doute la filiation du roumain hàlan et du slave bëln, admise par
De Cihac Tiktin et Densusianu, tandis que des raisons pho-
nétiques insurmontables empêchent d'admettre que bàlan puisse
être emprunté au gotique bala)i -.
Quel fond faut-il foire sur l'anc. franc, halani ^>? Je me suis
adressé à M. Arthur Piaget, archiviste de Neuchâtel, pour être
édifié sur ce point, et il me suftira de transcrire sa réponse
pour que halani aille rejoindre tant d'autres ombres de mots
sans aucune réalité qui encombrent le Dictionnaire de Godetroy
et sont autant de leurres dangereux pour les philologues sans
défiance. Voici ce que m'écrit M. Piaget : , vr i ^
(c Quand Godefrov cite un document des archives de Neuchâ-
tel il ne le fait pas d'après l'original dont il donne la cote, mais
d'après les Momunenis de V histoire de Neuchâtel, etc., publies par
G A. Matile (Neuchâtel, 1844; 3 ^ol- '^^-^<^^-)- P^^^^^ le t. li,
p 709 de cet ouvrage se lit effectivement le membre de phrase
reproduit par Godefroy; mais le document original, auquel je
me suis reporté et dont je vous envoie un décalque, donne non
pas teste balanie, mais, sans l'ombre d'un doute, teste bacaine.
le suppose que hacaine est pour baucaine, c'est-a-dire bançaine,
forme féminine relativement récente de l'adjectif bien connu
dont la forme masculine est dans les plus anciens textes balcent
et dans les textes postérieurs baiiçain. »
M Piaget a tout à foit raison, et il est inutile d insister.
A. Th.
I. Zeitschr.fnr vergt.Sprachforsch., XXXIX, 299 et 301 ; cf. ci-dessus,
p. 480. . , ,
2 II ne faut pas perdre de vue le fait que l'existence d'un ad,, gotique /n,/a«
est assez hypothétique, puisqu'elle ne repose que sur une phrase de Procope
qui n'est pas très catégorique {De hello Goth., I, 18) : « ToOtov LUtiv.:
a'v oaAiov, jîapoa
3. Une faute
2c éd., no 1 169.
3. Une faute d'impression a transformé bahiui en balam dans Kortmg,
6o3
UN DOCUMENT PEU CONNU SUR ALAIN CHARTIER
(5 JUILLET 1425)
J'ai dressé et publié ici-même, XXXIII, 394-5, une liste
chronologique des documents d'archives actuellement connus
qui constituent la charpente d'une biographie d'Alain Chartier.
Il y a dans cette liste une fâcheuse lacune que je me propose de
combler.
Le regretté Père Henri Denifle a consacré au célèbre écrivain
une courte mais substantielle note intitulée : « De legatione
Alani Chartier in Germaniam », qui est comme perdue dans
l'introduction du tome IV du CharUtlariiiin universitatis Pari-
sietisis publié par lui, en 1897, '^^'^^ ^^ concours de M. Emile
Châtelain. Cette note est le commentaire d'un document iort
curieux qu'il édite in extenso au bas de la page xiv : ce docu-
ment est une supplique adressée par Charles VII au pape Mar-
tin V en taveur de « iamiliaris et secretarii sui Alani Chartier,
rectoris parrochialis ecclesie Sancti Lamberti de Levatis, Ande-
gavensis diocesis, magistri in artibus, ...qui pro certis ejusdem
régis peragendis negociis ad serenissimum principem Sigismun-
dum, Romanorum regem augustum, ambaxiator seu nuncius
destinatus clericalique caractère dumtaxat insignitus existit »,
Le roi expose au souverain pontife qu'Alain Chartier a obtenu
depuis moins d'un an la cure de Saint-Lambert-des-Levées, au
diocèse d'Angers ', et sollicite pour lui une dispense pour pro-
roger d'un an la date à laquelle il sera tenu de se faire promou-
voir aux ordres ecclésiastiques, étant donné que, en raison de
la lointaine mission dont il est chargé, on ne peut espérer qu'il
soit avant un an en état de le faire. Le Père Denifle remarque
très justement que cette supplique prouve que, à la date du
I. L'identification, que le Père Denifle a négligé de faire, ne souffre
aucune difficulté. 'Saint-Lambert-des-Levées est actuellement une grosse com-
mune du canton de Saumur (Maine-et-Loire). Le précieu.\ Dictionnaire histo-
rique, etc., (/(' Maine-et-Loire, dû à Célestin Port, ne nous apprend rien sur
les circonstances dans lesquelles Alain Chartier fut nommé curé de Saint-
Lambert-des-Levées : le foit était absolument inconnu avant la note du Père
Denifle.
604 MÉLANGES
5 juillet 1425, Alain Charrier était un simple maître es arts et
n'avait pas conquis le grade de docteur en décret qu'on lui a
gratuitement attribué.
Il est à peine besoin d'ajouter que Martin V accorda immé-
diatement \c fiai à la supplique de Charles VII.
A. Th.
NOTE COMPLÉMENTAIRE SUR MERLIN DE CORDEBEUF
Notre collaborateur, M. Arthur Piaget, m'informe que l'o-
puscule de Merlin de Cordebeuf intitulé : Ordonnance et manière
des chevaliers errans, dont je ne connaissais qu'un manuscrit
(Bibl. Nat., franc. 1997; ^^- Roniania, XXXV, "91), se trouve
dans un second manuscrit, conservé comme le premier à la
Bibliothèque Nationale (franc. 5241), mais dont les feuillets,
heureusement, n'ont pas été lacérés. On peut voir dans le
Catalogue in-4'' des manuscrits français le sommaire du contenu
de ce n° 5241 : c'est un recueil, transcrit dans la seconde
moitié du xv^ siècle, de morceaux divers touchant de plus ou
moins près à la profession de roi, héraut ou poursuivant
d'armes. Je n'ai pas le loisir de faire en ce moment une étude
critique et bibliographique de chacun de ces morceaux ' : mais
je puis déclarer sans hésitation que l'idée d'attribuer, même
dubitativement, comme le fiiit le Catalogue, la paternité de
tout le recueil à Merlin de Cordebeuf doit être résolument
rejetée. Ainsi que dans le franc. 1997, VOrdonnance y est précé-
dée du traité anonyme sur le costume publié en 1866 par René
de Belleval (fol. 91-100).
Voici d'après le ms. 5241, fol. 107, la fin de l'opuscule de
Merlin de Cordebeuf, pour tenir lieu du fragment informe que
j'en ai publié antérieurement d'après le ms. 1997 :
Item, de toutes les choses devant dictes je Merlin de Cordebeuf devant
nommé fait {sic) ses advis au Roy nostre Sire et a Messes de'l'ordre de la Rose
blanche ou de (5/c) serment de la Targe%affin que de sa maison ysse(i/c) nou-
1 . Des fragments en ont été cités par Fauchet dans son mémoire intitulé :
Origines des chevaliers, armoiries et lieraux (Paris, 1600).
2. Je ne puis fournir aucun éclaircissement sur ces ordres de la Rose
blanche et de la Targe mentionnés ici par Merlin de Cordebeuf.
GODOÏNE 605
veaulx esbatcniens en armes qui picça ne furent faiz depuis le temps du règne
du royArthus, soubz la bonne correction du Roy nostredit s^, de Mess-rdc
1 Ordre et de tous ceulx qui y sauront aucune chose mieulx adjoustcr.
ExpUcit.
A. Th.
MARISOPA
Pour l'explication de 1 cnigmatiquc marisopa qui figure
parmi les noms de poissons dans le Laterculus de Polemius
Silvius ', on pourrait, au point de vue germanique, hésiter
entre -sôpa = -saupa (racine fléchie) et -sôppa = -suppa
(racine réduite avec doublement devant un ;/ ; déclinaison pri-
mitive : nom. *-supô, gén. '-su p nés, etc.), mais le poitevin
marsoitpc tranche la question en faveur de la seconde manière
de voir. Ceci posé, je suis convaincu que M. Thomas a ren-
contré juste en songeant à la racine de l'allemand saiifcu, car
précisément elle ne signifie pas « boire », mais « aspirer un
liquide, siroter, se rincer la bouche, etc. ». Dès lors, un mot
qui se traduirait en allemand moderne par meerschliirfcr, iiteer
n'étant pas ici le régime direct du verbe schliirfen, mais un
simple régime indirect de localité, soit « l'aspirateur marin »,
me parait éminemment propre à désigner un cétacé à évents -\
Victor Henry.
GODOÏNE
Dans son Introduction à l'œuvre de Thomas, M. Bédier
range en cinq groupes les noms propres des divers poèmes con-
sacrés à la légende de Tristan. Il met dans le quatrième groupe,
consacré aux noms qui semblent dus aux Bretons armoricains,'
1. Voir /?o;Hfl/na, XXXV, 183.
2. [A la lumineuse explication de mon savant collègue M. Victor Henry,
je joins un renseignement important pour la diffusion en roman de mari-
sopa, renseignement que je dois à M. Martinenche, maître de conférences de
langue et littérature espagnoles à la Faculté des lettres de Paris : c'est que
marsopa ou marsopla est le nom que porte le marsouin en espagnol. La forme
primitive est certainement marsopa, car c'est la seule qui figure dans les
anciens dictionnaires de cette langue et c'est aussi la seule que connaisse
encore aujourd'hui le portugais. — A. Th.]
6oé MÉLANGES
celui de Godoïne : « le nom du traître Gondoïne ' est d'origine
germanique {Godwiii). Mais la forme ne semble pas fran-
çaise et l'on rencontre ce nom dans le Cartiilaire de Redon
(p. 174-6, document de Tan 819) -. » On le rencontre aussi
dans l'histoire d'Angleterre, où il est bien célèbre. Pendant dix
ans ce fut Godvvine qui dirigea véritablement le royaume. Exilé
en 105 1 à l'instigation des Normands dont s'entourait Edouard
le Confesseur, il fut rappelé l'année suivante et son retour fut
provoqué par la révolte du sentiment national contre l'invasion
des continentaux. Godwine mourut en 1053 et son fils, le
célèbre Harold, lui succéda dans le gouvernement effectif de
l'Angleterre '.
Un tel adversaire ne pouvait qu'être odieux aux Normands,
et Ton comprend que pour ceux-ci, surtout après la conquête
du duc Guillaume, il ait été le type du « traître ». Cette répu-
tation et sa persistance ne sont admissibles qu'en Angleterre.
Nous avons ici une nouvelle preuve que Tristan de Béroul,
comme celui de Thomas, s'adressait au public anglo-normand
de la grande île -^.
Voulant donner des noms à la trinité de barons félons qui
s'acharnent contre le héros, le poète a emprunté Guenelon à la
France \ Godoïne à l'Angleterre, enfin Denoalen à la Bre-
ta2:ne ^.
1. La graphie Gondoïne qu'on trouve à plusieurs reprises dans le TrisUin
de Béroul me semble une simple erreur pour Gondoïne, Godoïne qu'on y
trouve également usité.
2. Le roman de Tristan par Thomas, II, 125.
5. Tout cela est élémentaire et se trouve dans n'importe quel manuel d'his-
toire d'Angleterre. Je saisis cependant Foccasion de signaler le plus récent
qui est excellent : Samuel R. Gardiner, Manuel d'histoire d'Angleterre, traduit
par M"ie Beck, avec préface de Ch. Seignobos, Paris, Joanin, 1905, t. I (seul
paru), p. 91-97.
4. Ct. Bédier, op. cil, II, 120.
5. L'auteur a pensé au célèbre Guenelon, Ganelon, cela va de soi. Il n'im-
porte que le Cartnlaire de Saint-Père de Chartres renferme une charte où
paraît un IVeniJo canonicns {Bédier, II, 124, note i). Encore moins peut-on
accepter que « Guenelon a peut-être remplacé sous l'influence des chansons
de geste un nom celtique analogue au breton Gwenolé » comme le suggère
M. Ernest Muret dans la préface de son édition Le roman de Iristan par
Béroul, p. xx.
6. Les graphies que présente le Tristan de Béroul pour ce nom attestent sa
provenance armoricaine. Cf. J. Loth, Chresloniathie bretonne, p. 202 ; E. Muret,
loc. cit. ; Bédier. op. cit., II, 123. Il n'est pas cependant absolument exact de
1
GODOÏNt 607
Ce dernier est-il, comme les deux premiers, un personnage
historique? on ne sait. Mais il est bien probable qu'il était
un type de « traître » pour les seigneurs d'origine bretonne éta-
blis en nombre en Angleterre de 1066 a. 1203, et que par eux,
ou par toute autre voie, le public insulaire pouvait vaguement
connaître ce nom comme celui d'un « félon ». On n'est donc
pas entièrement justifié d'écrire : « L'homme parlant breton qui
a créé Denoalen et l'homme parlant français qui a créé Guene-
lon doivent n'en foire qu'un '. » Je pense qu'ils ne font qu'un
seul et même auteur, mais cet auteur, n'a ^m''ni Guenelon, ni
Godoïne, ni Denoalen, et il ne savait pas forcément le breton,
pas plus, ajouterai-je, qu'il ne savait torcément l'anglais -.
Ferdinand Lot.
dire avec ce dernier : « ce nom se trouve dans le Ciiiinlairc de Redott et li
seulement que nous sachions ». C'est le brittonique DiiDiiiagual (J. Lotli,
ibid., 127), écrit Diiiigiiallann et Diiigiiallavn dans le Book of Llandav
(p. 200, 251). On trouve un Dyvyinual-hcn dans les Mahiiwgioji et les triades
gallois. Voy. J. Loth, Les Mahinogion, II, 272, n. i, 309, 311, 326, 352.
1. Bédier, op. cit., Il, 125.
2. A n'invoquer, bien entendu, que la présence du mot Godoïne dans son
œuvre.
COMPTES RENDUS
Die Lieder des altfranzœsischen Lyrikers Gille le Vinier.
Inaugural-Dissertation... von Albert Metckh. Halle, Kx-mmerer, 1906. In-8,
50 pages.
Certes il faut savoir gré aux jeunes savants allemands qui choisissent comme
sujet de thèse l'édition d'un de nos vieux poètes lyriques ; mais notre recon-
naissance leur serait encore plus amplement acquise s'ils se préoccupaient
davantage de comprendre les textes qu'ils publient. Si j'étais leur maître, je
ne manquerais pas d'exiger d'eux, à côté de tâches un peu mécaniques, comme
l'étude de la langue et de la versification, quelques notes explicatives, qui
devraient au reste être peu nombreuses et concises (il ne s'agit pas, comme
l'ont fait certains débutants trop zélés, de composer toute une grammaire à
propos d'un texte); ils se rendraient mieux compte des difficultés et arrive-
raient sans doute, à force d'y songer, à en résoudre quelques-unes.
Ces réflexions me sont naturellement suggérées par le travail de M. Melcke,
où le texte est certainement la partie la plus médiocre. Les autres (biographie
du poète, faite d'après M. Guesnon, étude de la langue et de la métrique, etc.)
sont convenables, mais prêtent aussi à quelques critiques. Le tableau complet
des sources latines des voyelles (p. 26-9) est un travail purement scolaire,
qui ne valait pas d'être imprimé : il suffisait de relever les traits caractéris-
tiques. La discussion sur l'authenticité des pièces attribuées au poète (p. 10-6)
n'est pas complète et les résultats en sont fort douteux. Le n° 368 par exemple
est bien probablement de Gilles le Vinier, à qui l'attribue le ms. T, auquel
son origine artésienne confère une autorité particulière et qui, en ce qui con-
cerne notre poète, ne peut être une seule fois convaincu d'erreur. Pour 1728
il fallait au moins rechercher pourquoi le même ms. attribue une fois cette
pièce à Gille le Vinier, une autre fois à Oudart de Laceni. Le jeu parti 691
devait être publié, puisque Gille y fut certainement partenaire, comme le
reconnaît M. Metcke lui-même. La chanson de croisade 140 n'est certaine-
ment pas de Gille le Vinier, mais, comme l'ont bien vu Dinaux et Schwan,
du châtelain d'.^rras. Le témoignage du groupe K N P X n'a aucune valeur
contre celui de 7" et surtout contre celui du texte, car le premier vers de l'en-
voi (Léi chastelain iVArras dist en ses chans) contient sûrement une signature et
Die Lieder des gille lk vixier 609
non une citation : c'est ce qu'admettront sans peine tous ceux qui ont quelque
familiarité avec notre ancienne poésie lyrique, tant du Xord que du Midi, où
cette façon de signer son œuvre est extrêmement fréquente'.
Avant de passer à l'examen du texte, je dois faire remarquer encore que
les notices précédant les pièces contiennent de nombreuses erreurs, dont
quelques-unes paraissent provenir d'une confusion de notes. Selon l'éditeur,
les pièces I et II porteraient l'une et l'autre dans Ravnaud le 110410 : c'est
une double erreur, la première étant 140, la seconde 572. — Le no IV est au
fol. 102 /' (non ICI (■) de T\ cette pièce n'est pas inédite, puisqu'elle se trouve
aussi dans C (l'indication est au reste dans Ravnaud). — La strophe i de V
n'est pas imprimée dans Fauchet. — La pièce VI est naturellernent dans le
recueil complet des Lais et Dcscoits que j'ai récemment publié avec MM. .\ubry
et Brandin (p. 16).
J'en arrive aux textes et fais remarquer tout d'abord que les lautes les plus
choquantes ont été habilement corrigées par M. Guesnon (voy. la note ci-
dessous) ; mais il en reste.
I, I, 5 Mainte pensée favrai g lèverai ne. M. Guesnon a parfaitement raison
de lire /, qui écarte une forme de césure très rare; mais il vaut mieux lire
(avec T) i avérai grei'{r)ai ne.
II, I, 2. Le ms. T n'a pas ^or, mais très nettement et en toutes \enrcs, par.
— 3 effacer la virgule après nians. — 7 est heîlë et avenaus ; Ve devant s'élider,
suppl. est [('/]. — La str. iv doit être naturellement de la même forme que les
trois premières ; elle finit après le v. 7, où il faut corriger mesdire en niesiiis,
qui rime avec le dernier mot {dis) de la strophe précédente. — Au v. 5 les
deux mss. ont, non viesdient, mais desvoient (leçon qui manque dans la varia
lectio, mais est notée ailleurs, p. 19); la correction est au reste vraisemblable.
— Le début de la strophe v aura été omis par inattention et c'est à la suite
de cette chute que inesdis aura été corrigé en mesdire, pour rimer avec le v. 8.
— Le V. 9 Dis tant celé gent nCaJole n'a pas de sens : le ms. T {M manque) a
correctement tans (tant os).
III, m, 6, 7 : ne de j'ovene dntcrie ; — Fors par donner 11 en puet avoir avel.
Ces deux vers ne forment qu'une proposition : effacer le point virgule et, au
lieu de nen, lire (avec h) ne. — vu et viii :, la varia lectio devrait indiquer
(cf. p. 19) que ces deux strophes manquent dans b. — Au v. i de la première
I. Voy. par ex. Gace Brûlé, éd. Huet, envois des pièces II, V, VIII, X,
XXI, XXII, XXIV, XXXI. — M. Guesnon, dans un compte rendu auquel
j'aurai encore l'occasion de renvover {Moyen dge , 1906, p. 157-61) a parfai-
tement fait remarquer que dans le v. 4 de cet envoi {Por ce se met del tôt en
ses couians) le poète exprime certainement ses propres sentiments ; or s'il était
lui-même différent du Châtelain, il devrait dire me (et non se) met.
Rontaiiia XXXl
39
6 10 COMPTES RENDUS
il faut lire, comme la montré M. Guesnon, Vielle pour Gilk,ct écrire taulel au
lieu de tavlel. — Le v. 3 n'a pas de sens ; M. Guesnon l'a bien vu, mais il hésite
sur la correction. La phrase devient claire si on lit, avec le ms. unique, en mie;
M. M. corrige à tort A^' e)i et lit une ; on pourrait aussi proposer ¥en, mais l'ad-
dition de ^t' n'est pas nécessaire ; scel désigne ici, naturellement, non le cachet
qui sert à donner l'empreinte, mais la cire qui l'a reçue et s'est durcie.
IV, 1. Le V. 7 ne manque pas dans M, qui porte inais tous Jours serf et aiiii...
Pour cette pièce c'est le ms. C qui a en général conservé la bonne leçon, que
M. M. a reléguée dans les notes. A la str. v, le poète regrette d'abord que
les yeux ne puissent parler à la place de la bouche, obstinée à se taire ; puis
il convient qu'il vaut mieux que les choses restent comme elles sont. Je lirais
donc au v. i Car s'en parlant (C), au v. 5 reteiies (rechei'és T, teneis C)', au
V. 7 (avec C) Si siii souspris del dire ou del laissier, au v. 8 (en cotiibinant les
deux mss.) Ne sai 5'/ a péril ou avantaigc. — De la strophe vi M ne donne
que les dix derniers mots, ce qui n'est pas indiqué ; au v. 4 le ms. (unique) ne
donne pas son visaige, mais 7non visnage <C vicinaticum, qui fournit un
sens excellent. Les v. 7-8 ne forment qu'une proposition : lire (avec T) s'outre
(contre, qui serait dans B, n'est peut-être qu'une faute de lecture).
Je ne crois pas que M. M. ait compris la structure rythmique du descort
(VI) ; la str. v notamment est purement amorphe ; je me permets de ren-
voyer à mon édition. — I, 18, le ms. (unique) a déporter, non desporler. —
II, 15 le sens exige trai (au présent), non irai. — IV, 2 en coin], 1 encovi ; 7
e)i cor'\ 1. encor; 22 le ms. a très nettement mie, comme je l'avais imprimé ; la
correction nue, due à M. Guesnon, me paraît sûre ; 23 j'ai eu tort de conser-
ver la leçon du ms. son cors ; M. M. a raison de corriger en soncors. — V, 2,
le ms. a correctement Ions (non loue, qui pèche contre la déclinaison).
A. Jeanroy.
Joaquim Miret i S.ws. El més aiitic text literari escrit en
català, precedit per una coleccio de documents dels
segles XI'', XII^ i XIII^ Barcelona, 1906. Petit in-80, 47 pages et
quatre planches en phototypie (Extrait de la Revista de bibliografia
catalana).
Ce petit livre, bien imprimé sur papier à la cuve, contient des textes fort
dignes d'attention, et, bien qu'on puisse trouver à redire à la façon dont
l'édition a été conduite, on ne peut que savoir gré à M. Miret i Sans des
intéressantes découvertes dont il nous fait part. Le texte principal est un
recueil d'homélies, en catalan, trouvé dans les archives d'Organyà (province
I . La faute de T s'explique : l'original ayant retenes, le scribe aura lu
receve's et picardisé en rechevés.
MiRET I SANS, El >iiés ûiiltc tcxt Utcrari català. 6ii
de Lerida), et qui, à en juger par les fjc-similés joints à la publication ', peut
être attribué au commencement du xiii'= siècle. Malheureusement, ce n'est
qu'un fragment qui n'a pas plus de six feuillets de petit format (23 lignes par
page). Mais, avant de le publier, M. M. i S. nous donne, dans les trente
premières pages du livre, un grand nombre d'e.xtraits de vieilles chartes, et
même quelques chartes in extenso, où se trouvent des passages en catalan. Il
y a là un très utile supplément à la publication du même genre que feu Alart
fit jadis dans la Revue des langues romanes (tomes III, IV, V, etc.). Peut-
être l'éditeur eût-il mieux fait d'impr\^mer ces extraits en petit texte au lieu
de les intercaler, sans alinéa, dans un exposé un peu vague. On peut aussi
regretter qu'il n'ait pas identifié les noms de lieux, d'autant plus que ces noms
de lieux ne sont pas systématiquement distingués par l'emploi de capitales,
de sorte qu'il n'est pas toujours facile, pour un lecteur peu familier avec la
géographie de la Catalogne, de savoir si on a affaire à un nom de lieu ou à un
nom commun-. En ce qui concerne l'emploi des capitales, on peut supposer
que l'éditeur s'est attaché à reproduire les textes avec une exactitude maté-
rielle, mais, outre qu'il n'y a pas grand intérêt à se conformer à un usage qui
n'a rien de régulier, il faut dire que M. M. i S. lui-même est, à cet égard,
fort irrégulier. La comparaison du fac-similé no i avec la transcription donnée
à la p. 23 montre que l'éditeur met souvent des capitales là où il n'y en a pas
dans l'original. Je ne puis non plus approuver de mauvaises réunions de mots,
comme, p. 25, ni aiieridevem. La preuve que les copistes catalans n'attachaient
guère d'importance à la façon dont ils coupaient ou groupaient les mots,
c'est que, dans une citation latine de la p. 42, on lit mitete (pour mitte te) de
orsnni. Je sais bien qu'il y a des cas qui demandent une considération par-
ticulière. Ainsi les anciens copistes réunissent souvent les enclitiques et les
proclitiques au mot voisin ; mais c'est ce qu'on peut expliquer dans une note.
Ce sont des minuties. Ce qui est plus grave, c'est que les textes n'ont pas
toujours été copiés ou collationnés avec tout le soin désirable. Ainsi, dans
la pièce que je viens de citer, qui est une charte de Guirau de Cabrera (peut-
être le troubadour), datée de 121 1, on lit (p. 24): « E es dit e promes e posât
qe mentre que io sere en uostra preso mos homes ni mos ualedors quais
que sien no faççen mal a uos ni a uostra terra ni a uostres homes ni a vos
ni vostres homes ni nul hom per razo de uos no faççatz mal a ma terra ni a
mos homes. » J'ai copié littéralement le texte de l'édition. Je remarque
d'abord que M. M. i S. ne ponctue pas, ce qui ne saurait être approuvé ;
1. Ces facs-similés sont réduits, mais cependant fort lisibles.
2. Je suis d'avis qu'il n'y a aucun inconvénient, et qu'il y a au contraire de
sérieux avantages, à suivre l'usage moderne en ce qui concerne les noms de
personnes et de lieux. Ainsi, p. 22, on lit « quedam vestimenta de drap de
arraz ». Si l'éditeur avait écrit Anai, on aurait reconnu aussitôt qu'il s'agit
de la ville d'Arras, et comme le texte est de 11 87, ce témoignage sur la
draperie d'Arras n'est pas sans intérêt.
6l2 COMPTES RENDUS
ensuite qu'il écrit itostrc, iiaJedors, nos, etc., mais une lois vos et voslres, alors
qu'il y a toujours ii dans l'original. De même, il y a constamment qe, tandis
que la transcription porte une fois que. Ce sont de légères négligences, mais
voici une erreur qui a un peu plus d'importance. On ne comprend pas qu'après
« a uos ni a uostra terra ni a uostres homes » le copiste ait écrit >ii a nos,
et en effet il a écrit /// nos. Avant ni, il faut une virgule, et on doit sup-
primer la préposition ^7 que M. M. i S. a ajoutée par inadvertance.
On pourrait faire des observations de même genre sur le texte des^ermons,
qui est, comme je l'ai dit, le morceau principal du volume. Mais ce compte
rendu ne doit pas dégénérer en liste d'errata. Je me bornerai à quelques
remarques. Dans ces sermons se rencontrent de fréquentes citations latines, le
plus souvent tirées de la Bible. L'éditeur en a identifié quelques-unes, mais il
aurait pu, sans grande peine, surtout pour les textes bibliques, en identifier
un plus grand nombre, et cette vérification lui aurait parfois épargné des
fautes de lecture. Ainsi, p. 40, on lit : « Eper zo dix. n. s. si o feres munus(?)
tiiii/ anie altareet. r.f. q. f. t. etc. », et en note M. M. i S. dit que ces initiales
correspondent sûrement à un texte évangélique. Mais il n'était pas difficile de
trouver que ce texte est dans M.\tth, V, 23, et de voir que l'absurde 0 feres
niiiHus, imprimé en romain comme si c'était du catalan, fait partie de la citation
latine (Si ergo offers iiinnus tuiini ad altare et il'i recordatus Jueris...). Dans la
même page se lit cette autre citation, qui n'est pas tirée de la Bible: Quid
predest iiiro si tola doiiius chiudatur et iinniii reliiiqi tu viea foranicii. Qu'est-ce
que cela signifie ? Il est aisé de lire prodest et relinquitur in ea. On pourrait
multiplier les exemples de ces négligences. Je termine par une dernière obser-
vation. Il y a dans les extraits d'anciennes chartes, un assez bon nombre de
mots qui ne se trouvent pas dans les dictionnaires catalans, et qu'il est sou-
vent difficile d'expliquer à l'aide de Du Gange ou des dictionnaires proven-
çaux. Or, il n'y a ni notes ni glossaire.
Si j'ai insisté, peut-être plus que de raison, sur les côtés défectueux du
travail, d'ailleurs méritoire de M. Miret i Sans, c'est que je voudrais voir les
Catalans, si justement soucieux de tout ce qui concerne leur langue et leur
littérature, se familiariser davantage avec des méthodes de travail qui, ailleurs,
ont amené, dans les études romanes, de si rapides progrès.
P. M.
PÉTRARQUE. Lc traité De sui ipsius et multorum ignorantia,
publié d'après le manuscrit autographe de la Bibliothèque Vaticane, par
L. M. C.\PELLi. Paris, Champion, 1906. In-80, 120 pages (Tome VI de la
Bibliothèque littéraire de la Renaissance, dirigée par P. dk Nolh.vc et
L. Dorez).
La Bildiothcque littéraire de la Renaissance, commencée à la librairie Bouillon
et qui se continue à la librairie Champion, confin.' à notre domaine, mais ne
pÉTRARauH, De siti ipsiiis et iiiullonini ignorant iii. 613
lui appartient pas. Nous ne devons cependant pas la passer entièrement sous
silence, car les œuvres de la Renaissance tiennent souvent par quelques
attaches à la littérature du moyen âge '. Pétrarque y était déjà représenté par
deux écrits de M. H. Cochin : La Chronologie du Can:^onit're et Le frère de
Pétrarque. Voici qu'on annonce comme devant paraître dans la même collec-
tion, par les soins de MM. H. Cochin et L. Dorez, une nouvelle édition des
Reniin meviorabiliuni lihri du même écrivain, et c'est aussi une œuvre de
Pétrarque que renferme le mince volume dont nous allons faire un compte
rendu sommaire, le traité de De sui ipsnis et multoruiii ignorantia. Cet écrit
de polémique, composé en 1367, nous a été conservé par plusieurs manu-
scrits dont l'un, comme l'a montré M.deNolhac, est autographe. C'est d'après
ce ms. (Vatican 8359) que la présente édition a été publiée. Il a été possible
de collationner les épreuves sur une photographie du Vaticanus, de sorte
que l'édition présente de sérieuses garanties. Ajoutons que, dans les notes qu-
terminent le volume, l'éditeur s'est efforcé de déterminer les passages d'auteurs
anciens auxquels Pétrarque fait allusion, et ils sont nombreux ; car, dans sa
discussion, assez mal conduite, des doctrines averroïstes, ce qui est le sujet du
traité, Pétrarque est constamment obsédé par ses souvenirs littéraires. Jus-
qu'ici tout est bien, mais, puisque le motif qui a conduit M. Capelli à entre-
prendre OJtte nouvelle édition est le désir de donner au public une reproduc-
tion de l'autographe de Pétrarque, il eût été utile, ce semble, d'une part, de
présenter quelques remarques sur les habitudes orthographiques de Pétrarque,
et, d'autre part, de faire connaître l'état du texte avant cette reproduction.
Or sur ces points il n'y a rien. Non seulement M. C. n'apprécie pas les
éditions antérieures, mais il ne les mentionne même pas, bien qu'il cite la
traduction publiée par Fracassetti en 1858. J'ai eu la curiosité de comparer
les premières pages de la nouvelle édition avec l'ancienne édition, celle de
1501 '. J'ai trouvé que l'ancien texte était, dans l'ensemble, fort correct. Il ne
diffère de la leçon du ms. du Vatican que par de rares fautes d'impression,
par quelques transpositions de mots et par certains détails orthographiques.
Aucune de ces différences n'est vraiment importante ; il ne faudrait donc pas
s'imaginer que l'emploi du ms. autographe a renouvelé le texte. J'ajoute que
dans certains cas, exceptionnels j'en conviens, la comparaison avec l'édition
de 1501 eût donné d'utiles résultats. Ainsi, dans l'épître préliminaire (qui
manque dans le ms. autographe et qui est rétablie d'après unms. de Modène),
je lis à la troisième ligne : « quem [librum] si ingenii incude studii
maleo extendere licuisset... » ; il y a dans l'ancienne édition « ingenii m
incude mallco », ce qui vaut mieux. Un peu plus bas, dans la même page,
l'ancienne édition porte proinererer, au lieu du barbarisme proinerer de la
1. Nous avons annoncé l'un des volumes de cette collection dans la Roiiid-
nia, XXXIV, 167.
2. La première édition de Pétrarque, celle de 1496, ne renferme pas le
irsLixé De sui ipsi us et uiultontui iguorautia.
6 14 COMPTES RENDUS
nouvelle. J'ajoute qu'ailleurs encore, là où nous avons le sûr appui du ms.
autographe, la collation avec la vieille édition n'eût pas été sans utilité.
Carie ms. autographe contient des corrections, des additions marginales, des
grattages, soigneusement indiqués au bas des pages de la nouvelle édition ;
mais ces altérations à la leçon primitive sont-elles de la main de Pétrarque ?
Dans ces cas il semble qu'il y aurait eu intérêt à connaître la leçon de l'ancienne
édition et celle des autres tnanuscrits. Même dans un ms. autographe il peut
y avoir des fautes. Ne nous arrive-t-il pas de commettre des erreurs en nous
recopiant ? Ainsi, p. 21 : « Sic jam sola philosophantis infantia et perplexa
balbuties, ;(/// nitens supercilio atque oscitans, ut Cicero vocat, sapicntia, in
honore est. » Au lieu de uni nitens, l'ancienne édition porte innilcns, qui est
évidemment la bonne leçon. Et un peu plus bas (1. 10 du bas), extiment doit
évidemment être remplacé par existiinent de l'ancienne édition. En somme,
tout en reconnaissant les mérites du travail de M. Capelli, on peut regretter
qu'il n'ait pas été exécuté scion une méthode plus critique.
P. M.
Histoire de la mise en scène dans le théâtre religieux
français du moyen âge, par Gustave Cohex. Paris, H. Champion,
1906. In-8°, 304 pages et 6 planches (Extrait des Mcnioires couronnés
publiés par la Classe des lettres et des sciences morales et politiques de
l'Académie royale de Belgique, Nouvelle série, Collection in-80, tome I,
1906).
Le fort intéressant et fort remarquable travail de début de M. Gustave
Cohen, justement couronné par l'Académie royale de Belgique, nous a
reporté à quarante années en arrière, c'est-à-dire à nos propres débuts dans
l'érudition, quand, au mois de janvier 1866, nous soutenions à l'École des
chartes une thèse intitulée : Essai sur les proccdés scéniques dans les cirâmes
liturgiques et les mystères du moyen âge, dont les positions seules ont été impri-
mées et dont le texte, seulement ébauché, ne méritait pas de l'être. M. Gus-
tave Cohen nous a procuré le plaisir de voir réalisé, à peu prés de la façon
dont nous l'avions conçu nous-même, mais en usant de tous les progrés
acquis dans ce long espace de temps, et selon des recherches aussi person-
nelles et originales qu'étendues, l'ouvrage abandonné par nous, mais qui a
servi de point de départ à nos autres études sur le théâtre médiéval. Une lec-
ture attentive de son volume nous permet de lui donner avec une sincérité
cordiale notre pleine approbation quant à son ensemble et au plus grand
nombre de ses détails. L'information en est abondante et solide, le caractère
réellement scientifique, l'exposition nette, vive, agréable. C'est tout à la
fois une dissertation bien liée et un utile répertoire analytique d'indications
spéciales et techniques sur les diverses parties de la mise en scène du moyen
âge. L'auteur montre d'ailleurs çâ et là par ses réflexions de philosophie ou
G. COHEN, Hist. iii' la mise en scène. 615
d'esthétique, sur lesquelles nous nous sommes trouvé souvent, mais peut-
être pas toujours, en plein accord avec lui, qu'il domine son sujet et ne se
refuse pas l'occasion de donner quelque essor à sa pensée. Une mention par-
ticulière est due à l'intéressant chapitre consacré à étudier, notamment
d'après les beaux travaux de M. Mâle, les rapports des mystères avec l'art
médiéval. Nous ne croyons pas nous méprendre sur la valeur très estimable
du livre de M. Cohen. En la signalant aux lecteurs de ce recueil, nous
sommes d'autant plus à l'aise pour joindre à cette appréciation générale
quelques observations critiques.
C'est à bon droit que M. Cohen dans son introduction rapproche les
tii:jehs persans des mystères du moyen âge (p. 1-5), mais on est étonné qu'il
néglige l'analogie, souvent notée et à juste titre, de notre drarne religieux
avec la tragédie grecque. — Ce n'est pas à l'Académie des inscriptions et
belles-lettres, mais au Congrès des sociétés savantes qu'a été faite la commu-
nication de M. l'abbé Muller sur l'évangéliaire de Novon (p. 18, note 4) —
Il parait peu exact de considérer comme un « véritable rideau « (p. 21) le
tapis que soulève l'ange dans VOfice du sépulcre. C'est un rapprochement qui
semble forcé. — Au lieu de se borner pour la mise en scène des plus anciens
mystères en langue vulgaire à l'étude, d'ailleurs très bien faite, du drame
(ÏAdaiu (p. 51 et suiv.), M. Cohen aurait dû examiner de près le fragment
bien connu de la Résurrection du xii'-' ou du xiii'-' siècle. Il aurait pu tirer peut-
être un parti plus avantageux qu'il ne l'a cru du Saint Nicolas de Jean Bode
et du Théophile de Rustebeuf. A l'aide de ces textes, de la Passion gasconne,
des Miracles de Notre-Danw et d'autres pièces encore, notamment des docu-
ments étrangers, mais analogues aux représentations françaises, il aurait pu
essayer de poursuivre le développement, la généalogie des procédés scéniques
et de combler, au moins de façon relative, la lacune de deux siècles constatée
et regrettée par lui dans son sujet (p. 65-64). — S'il eût tentécette entreprise,
il aurait reconnu que les représentations « dans une salle fermée » remontent
à une époque antérieure à celle qu'il indique (p. 66). — La ponctuation
adoptée pour la citation d'une note de mise en scène du mvstère des Actes
des Apôtres (p. 163) rend cette note presque inintelligible. — Marguerite de
Navarre n'aurait pas dû être classée parmi les « arrangeurs » (p. 179-180).
Ses « comédies sacrées », bien qu'inspirées des mystères, ont le caractère de
compositions originales. — M. Cohen nous paraît s'être quelque peu exagéré
la distinction établie par l'Eglise entre les mystères et la comédie profane, dans
laquelle en tout cas il n'aurait pas dû comprendre ingloho les moralités (p. 198).
Celles-ci en effet, pour une bonne partie, se rattachent au drame religieux. —
Il est très admissible, quoi qu'il en dise, que les mystères ou pièces analogues
aient été compris sous le nom général de « spectacles », dans la sentence
synodale du 6 mars 1626, citée par lui (p. 200). — Le texte des Miracles de
Notre-Dame rapporté par M. Cohen (p. 232) nous paraît plutôt un argument
contre que pour la solution qu'il adopte dans la question traitée en cet endroit.
6l6 COMPTES RENDUS
— Le passage cité de Rabelais yp. 242) nous semble pris trop au sérieux.
— Il est vraiment trop peu probable que « l'expression de matinée, dont nous
nous servons pour désigner les spectacles de l'après-midi <>, dérive des mys-
tères, c'est-à-dire de leurs « représentations du matin » (p. 251). Matiui-e
dans le langage dramatique contemporain équivaut à représentation diurne
et s'oppose aux représentations nocturnes de la soirée. C'est une matinée. . .
relative. « De nos jours, dit Littré, dans les grandes villes surtout, on étend
souvent la matinée jusqu'à l'heure du dîner, c'est-à-dire jusqu'à six ou sept
heures du soir. »
Par l'annonce des ouvrages « en préparation « de M. Gustave Cohen nous
voyons qu'il n'a pas l'intention d'abandonner le champ d'études où il vient
de faire une brillante et habile entrée. La copieuse et utile bibliographie
jointe à son volume nous le montre armé de pied en cap et prêt à de vail-
lantes chevauchées. Nous serons heureux d'applaudir à ses succès.
Marins Sepet,
Pf-RIODIQUES
Revue des langues komaxes, t. XLVIII (5e série, t. VIII). Janvier et
février 1905. — P. 5, K. Sneyders De Vogel, La suite du Parthcnopcn de Blois
et la version hollandaise. Il y a deux formes (a et [3) de ce poème à partir du
V. 9163 de l'édition de Crapelet, et ces deux recensions sont l'une et l'autre
incomplètes de la fin. La question que cherche à résoudre l'auteur de ce mémoire
est celle-ci : laquelle des deux formes de la seconde partie peut-on attribuer à
l'auteur de la première partie ? Il s'efforce d'en trouver la solution à l'aide du
manuscrit de Tours, jusqu'ici négligé, et de la version néerlandaise dont nous
n'avons plus, malheureusement, que des fragments. La conclusion est que la
forme désignée par [î est la suite naturelle de la première partie et émane
vraisemblablement du même auteur. Cette conclusion est présentée avec cer-
taines réserves, et en efïet, on ne peut dire qu'elle soit démontrée. — P. 30,
L.-E. Kastner, Le débat du corps et de Vànie en provençal . Cette publication d'un
poème dont on ne possède qu'un manuscrit bien médiocre (B. N. fr. 14973)
dénote une connaissance par trop insuffisante de la langue provençale, de la
paléographie, et même de la bibliographie du sujet. Il serait peu utile de signa-
ler les faiblesses de ce travail : un des collaborateurs de la Revue des langues
romanes s'est chargé de ce soin. — P- 65, G. Thérond, Contes lengadoucians
(suite). — P. 75 , L'Apocalypse en haut-Engadinois publiée (sans préface ni notes)
par J. Ulrich (chap. i-ix). — P. 88, Bibliographie. — P. 95, Rapport sur le
concours pour le prix Boucherie. Le prix est décerné à M. Sarrieu pour un
Vocabulaire du patois du canton de Luchon.
Mars-avril. — P. 97, G. Clavelier, Élude sur la langue de Fourès. — P. 141,
J. Coulet, Sur le débat provençal du corps et de Faine. Après quelques judicieuses
observations sur la méthode qu'il convenait d'appliquer à la publication de ce
petit poème, M. Coulet relève une par une les innombrables erreurs de lec-
ture, de ponctuation, etc., que renferme l'édition donnée par M. Kastner dans
le fascicule précédent. Il reste cependant à faire pour rétablir ce texte fréquem-
ment corrompu. Au v. 80, M. Coulet lit En ombra mi, où M. Kastner avait
lu E membra. La vraie lecture est E neinbra ; la forme nembrar pour memhrar
est bien connue ; soven, l'adverbe qui vient après, signifie naturellement « sou-
vent » et n'a rien à faire avec « souvenir ». — P. 157, L.-G. Pélissier, Docu-
6l8 PÉRIODiaUES
tiu'iils sur les relations de Fentpereiir Max i mi lien et de Ludovic Sfor:(a en 14Ç9
(suite). — P. 174, H. Guy, La chronique française de Guillaume Crétin (suite)
— P. 186, Bibliographie. Courts articles sur des publications dont bien peu
sont du ressort de la Romania.
Mai-juin. — P. 193, Paul Barbier fils, Le mot « har » comme nom de poisson
en français et en anglais. [L'auteur pense que le Dictionnaire général a eu tort
d'assimiler le ternie de blason har, que les ouvrages spéciaux considèrent
comme désignant le barbeau, au nom de poisson har, anciennement bars, qui
désigne un poisson très différent, et qui est d'origine germanique ; le terme
de blason serait le représentant normal du lat. barbus. A cela il n'y a rien
à objecter au point de vue théorique, et il est évident que barbus a pu aboutir
à bar ; mais il n'y 3 aucune vraisemblance que dans aucun des exemples d'an-
cien français que l'on connaît jusqu'ici le mot bars (toujours au pluriel) puisse
désigner le barbeau, car il est toujours en compagnie de noms de poissons
de mer. — A. Th.]. — P. 199, Alph. Roque-Ferrier, c fana de Mourmeiroun »,
essai de restitution d'un chant populaire Montpellicrain. « Restitution» est un
terme bien impropre. M. R. F. a lu, dans un texte assez mauvais, la chanson
populaire intitulée « le retour du marin », ou ailleurs « le retour du mari sol-
dat » '. Il imagine qu'il a pu en exister une forme montpéliéraine qui se serait
perdue, et c'est pour réparer cette perte très hypothétique, qu'il nous donne une
poésie de sa façon sur le même sujet, mais à tous égards très différente. —
P. 208, F. Castets, / dodici canti. Compléments à l'introduction. — P. 249,
A. Vidal, Les délibérations du conseil communal d'Albi, de i^/2 à 1^88 (suite).
P. 241, 1. II du bas, alsculs doit être une faute d'impression, pour alcus.
P. 244, 1. 9, d'el, plutôt del, en un mot. P. 246, dernière ligne, lire aten-
dut que hom [iion] trobava... P. 260, 1. 4, Milhasola nom de lieu, ne doit-il pas
se lire Molhasola} Il y a bien un Millasole dans la Drôme, mais la forme
ancienne est vioUasola (Brun-Durand, Dict. top. de la Drame), Moillasola
dans le Cart. de Léoncel ; cf. mualhasolas, Cart. de S. -Pons de Nice, p. 287.
P. 262, la correction proposée en note : fosso vostadas e sarradas, au lieu du
texte fos vostat e sarrat, est inutile : deux sujets singuliers se construisent
régulièrement avec un verbe au sing., selon un usage qui existe aussi en
ancien français. Il est regrettable que certains noms de lieu n'aient pas été
identifiés. — P. 280, Bibliographie.
Juillet-août. — - P. 289-95, V. Chichmarev, Contenances de la Table. D'après
le ms. de Pevre de Serras que j'ai décrit dans le t. XIV de la Romania; voir,
pour ce petit poème, p. 519. Remarquons que le même texte a déjà été publié
en 1893, par M. Biadene, ce dont M. Ch. a été averti trop tard. — Suivent
deux articles qui sont en dehors de notre cadre. — P. 306, U Apocalypse en
I. Doncieux, Romancero populaire de la France, pp. 409 et suiv., ouvrage
que M. R.-F. n'a pas connu.
PÉR10DIQ.UES 6 19
huit-eiigctdinois, fin du texte. — P. 524, H. Guy, La chronique française de
viaître Guillaume Crétin (suite). — P. 574, Bibliographie.
Septembre-octobre. — P. 385, L.-E. Kastner. Les versions françaises iné-
dites de la Descente de saint Paul en enfer. M. K. se propose simplement de
publier les versions de cet apocryphe que j'ai énumérées et fait connaître par
des extraits, à diverses reprises, et notamment dans ma notice du ms. B. X.
fr. 24862 (Notices et extraits, XXXV, i^'' partie). Il commence par le poème
d'Henri d'Arci (272 vers), dont il aurait dû comparer le texte avec son original
latin. Il n'ajoute du reste rien à ce qu'on savait sur le sujet. Son édition se
réduit donc à une simple copie et il faut ajouter que cette copie — si l'on
met à part les morceaux publiés antérieurement — est fort inexacte'. —
P. 396, Castets, / dodici canti, compléments à l'introduction (suite et fin).
M. C. polémique contre M. Hauvette au sujet de l'auteur du poème. —
P. 411, J. Ronjat, Sur la lang^uede Fourès. Rectifications à l'article de M. Cla-
velier publié dans le fascicule de mars-avril. — P. 420, A. Vidal, Les déli-
bérations du conseil communal d'Alhi (suite et fin). — P. 470, Bibliographie.
Novembre-décembre. — Les deux premiers articles ne sont pas de notre
ressort. — P. 295, A. de Stefano, Una nuova gramniatica latino-ilaliana del sec.
XILL. C'est une grammaire latine incomplète, plusieurs feuillets du ms. ayant
été enlevés, avec des exemples et des gloses en italien du nord. Elle est
contenue dans un ms. de Munich qui paraît être de la première moitié du
xive siècle. M. de St. n'en cite que les passages où se trouvent des mots ita-
liens, se proposant de publier ultérieurement cette grammaire, ou du moins
ce qui en reste, in extenso. Il devra alors rechercher la source des nombreux
vers techniques qui y sont cités, et qui ne sont empruntés ni à Evrard de
Béthune ni à Alexandre de Villedieu-. — P. 530, H. Guy, La chronique fran-
çaise de maître Guillaume Crétin (suite et fin). — P. 551, J.Calmetie, La cor-
respondance de la ville de Perpignan de ijpç à 14S0. Publication de textes inté-
ressants pour l'histoire et pour la langue, recueillis dans les archives munici-
pales de Barcelone, les minutes originales ne se trouvant plus à Perpignan.
C'est un premier article, contenant des lettres de 1399 à 1405. — P. 560,
Bibliographie.
P. M.
1. V. ^o, fut, lis.///. V. 57, bien monterai quel sunt, lis. ben mustcrai qu'il
s. M. K., dont l'éducation paléographique est évidemment imparfaite, n'a pas
reconnu dans le mot mustcrai le signe qui représente us ; la même faute repa-
raît plus loin. V. 68, la conjonction E a été omise au commencement du
vers. V. 61, Iceus', lis. E cens. V. 68, Et, lis. Ne. V. 78, Saint, lis. seint. V. 79,
E, lis. Oui. V. 89, Qui les, 1. Ouis. V. 95, Cunissey^, 1. Cunuisse:;^. V. 106, E a
été omis au commencement du vers. V. 136, inuntrè, 1. mustrë. V. 136, sceaus,
lis. sceaus; etc., etc. Je ne compte pas les fautes de ponctuation qui sont
nombreuses.
2. Plusieurs sont cités dans la Grammaire latine inédite du Xllh siècle
publiée par Ch. Fierville (Paris, 1886).
620 PKRIODIQ.UES
ZeITSCIIRIFT I-UR ROMANISCHE PHILOLOGIE, XXX, 3. — P. 257, A. SchulzC,
Ziir Breiidaukgetide. Dans cette nouvelle contribution à l'étude de la ques-
tion « brendanique », M. Sch. présente sur la formation de la légende, sa
chronologie, les rapports des versions les plus anciennes, des idées notable-
ment différentes de celles de M. Zimmer; je ne puis qu'extraire de cette
exposition les propositions principales : i. La Vie irlandaise de Brendan, ou
plus précisément la partie qui raconte le voyage océanique du saint, n'est
pas inspirée de la Kavigatio Bi-eiidaui, car elle contient des traits moins alté-
rés et s'accorde contre la Navigatio avec les témoignages antérieurs relatifs à
la légende du vo\'age océanique (Litanies d'Oengus, Vies de saint Malo). —
2. Ce récit irlandais n'est pas une création du xiic s.; la forme que nous en
possédons est tronquée, mais, sous sa forme complète, il n'était que la tra-
duction remaniée d'une Vie latine à laquelle re rattache aussi une Vita Bren-
dani conservée dans un ms. du xive s. {Acta sanctornni Hiherniae ex codice
Salmanticensi). — 3. Cette Vie Jatine ancienne, comme le récit irlandais et la
Vie du xive s., connaissait le voyage océanique (ou plutôt un double voyage)
attaché au nom de Brendan dès le début du ix= s. — 4. La Navigatio ne fait
que développer à l'aide de Viniravi Maelduin cet épisode de la Vie ancienne;
ainsi, ce n'est pas Vimram Maelduin ou tout autre qui a donné naissance au
voyage océanique de Brendan, c'est ce voyage préexistant qui a permis d'at-
tribuer à Brendan les aventures d'un autre voyageur. — 5 . Le fait que la
Vita Brendani publiée par Moran ne connaît pas le voyage océanique ne
peut pas être opposé à ce qui précède, l'unique ms. de celte Vie contient en
effet la Navigatio et c'est là sans doute une interpolation de copiste, mais
cette interpolation est venue remplacer, comme nous le voyons dans d'autres
cas, un récit antérieur du voyage océanique qui a donné l'idée même de l'in-
terpolation; ainsi cette Vie ne forme pas une classe à part. — P. 280,
G. Steffens, Ziir Karlsreise. Le poète nous dit que, après avoir quitté Jéricho,
Chevalchet Temperere od sa compaigne grant,
Et passent les montaignes et les puis d'Abilant,
La roche del Guitiime et les plaines avant.
Virent Costantinoble, une citet vaillant,
Les clochiers et les aigles et les pons reluisanz... (v. 259-265)
Qu'est-ce que la roche del Guitiime} M. St. pense que Guituvie représente
le latin bit umen et que le poète veut parler d'une élévation voisine de la
Mer Morte ; cette opinion est appuyée d'un grand nombre de textes médié-
vaux ou modernes relatifs à cette élévation de terrain et à la Mer Morte et à
son bitume. Q.uant au v. 263, qui est dans le ms.
Les cloches e les egles e punz le lusanz,
il n'y serait pas question d'aigles, mais probablement d'egle's, c.-à- d. des
églises dont le nombre était en efiet remarquable à Constantinople ; on lirait-
Pl-RlODldUES 621
donc : les cloches et Cii'lcs; c(., pour l;i forme, Iheve de Ihuniiloiic, 3842 et la
note '. — P. 29s, S. Pieri, AppuiUi etiniologici. Ces courtes notes intéressent
les mots suivants appartenant à divers dialectes italiens, mais surtout à celui
de Lucques : aâdesare, aggagîiarsi, appielto, appitiiilo, aria, baroucio, h'u'ndola,
bigonia, boarimi, carruga, cbia~:(^a, corso-boddaglio, culej^ola, dilcggiare, cipicare,
Jiàccola, fiscbio, fojçiico, gragiitioht, grçiiibo, igiitido, iiifolcarsi, ingojare, iniia-
grare, hillinielle, leppa et lebbra, lodra, maliata, iiianialo, ineuiio, iiie~^.isinia,
pdrolo, pedana, periiice, piturlo, pocciare, pocciotie, pi\'tto, renia, reiiuire, reiiliaia,
ribre~~are, rovagUoiw, riiî^are, sdrajare, is^randiiiato, siiionld, streiiienlire, tat-
sello, Irdito, traltoiie, ti'iUore. — P. 307, L. Sainéan, Notes d'élyiiwlogie roiiidiie.
Les rapprochements proposés par M. S. dans ces trop brèves notes méritent
d'être enregistres, mais l'on n'est pas toujours porté à obéir à ses suggestions,
dans l'incertitude où il nous laisse relativement à l'histoire de la plupart des
formes ainsi confrontées, i. Français : coqueiiiart, du bas lat. cucumarium
parallèle à c u c u m e 1 1 a ; croquigiiole, dérivé de l'anc. fr. croqniner ; danie-jeaiiiie :
l'auteur revient à l'explication de Littré, un nom de personne servant à désigner
une très grosse bouteille (cf. parmes. niadalenna); dégringoler, tomber d'une
griugole, c.-à-d. d'une colline escarpée (pic.) ; dorclot, de dor = or en picard ;
enjôler, emploi figuré, non pas de 1 anc. fr. enjaolcr, mais de enjoeler, « parer de
bijoux » \grec « tricheur », sans rapport avec l'homonyme ethnique, se rattache
3. grec « crochet » (cf. grecs de sanglier); mdchicoiilis, nidcbicoider, parallèle à l'ita-
lien WirccwcH/iï/Y ; inarp.iiitct mots apparentés, se rattachent à l'anc. fr. niorpier,
niorfier « bâfrer )>, onomatopée probable (cf. rouni. niolfâi) ; papelard « niais »,
puis « hypocrite », de * papeler -\- suff. , et non de puper ~\- lard ; pouleiiiart « gros
fil », du prov. pouloiiiiiar, qui n'est lui-même que le catalan palotiiar, dérivé de
palonid «colombe « : soteret « lutin », doit se rattachera sauter ; — 2. Provençal :
erronr « crépuscule », extension, déjà connue de l'ancien provençal, dterrour
« égarement »; escaniandre « déguenillé », de escaino « eflfilure »; esclop
« sabot », développement roman de esclop « claquement », lequel est le lat.
scloppus; — 3. Roumain : curciibéû « arc-en-ciel », composé d'un élément
indiquant la courbure (cf. cocor) et du verbe bere, la composition s'expliquant-
par la croyance populaire que l'arc-en-ciel assèche la terre; îinâ « mère », de
anima, forme enfantine de mamma; nuhnàligd n polenta», diminutif rou-
main enfantin de marna; — 4. Italien : agémina « damasquinure », de l'arabe
Adjein, nom de la Perse ; bergainotta « variété de poire », a d'abord désigné
une variété de citron cultivée spécialement à Bergamc, d'où son nom, qui a
été attribué ensuite à une poire et a passé avec ce sens en France, en Angle-
I. [Cette interprétation est fort contestable. D'abord il y a, dans Boeve de
Haitiiitoiie, non pas egles, mais esgles, ce qui est déjà plus voisin d'esglise,
ensuite l'absence d'article avant egles est choquante. Je tiens donc pour bonne
la correction de Koschwitz. J'eitends qu'il s'agit des aigles et d^:s pou 1 s qui
surmontaient certanis é.iifices, quoique, ordinairement, ces ornements soient
mentionnés à propos des pavillons ou tentes. — P. M.]
622 PÉRIODIQUES
terre et nicmc dans les Balkans, où on avait jusqu'ici cherch;} son point de
départ; iVWiîwa/Ai, s'explique par le sens simplement superlatif pris par iiiatto
« fou » (cf. fr. un succès fou, etc.), une casamatta n'étant à l'origine qu'un
grand bâtiment ; /«;/T(i/H/o « manteau », terme moderne d'origine dialectale,
du sicilien furriolu, qui repose sur furra « doublure » ; giauiheducco « caban
de marinier », du turc yainourlouk « manteau de pluie », qui a suivi partiel-
lement le même chemin que le lurc yelek (d'où vénit. giulecco, esp. gileco, fr.
gilel) et présente le même traitement pour l'initiale; scalfcrotto « soulier », de
scafa (cf. anc. fr. escafe et des emplois dérivés analogues un peu partout),
influencé par le synon\nie calicrotto ; sciabecco « trois-mâts », identique à
stainhecco « bouquetin », a donné naissance aux formes arabes dont on le
dérive ordinairement; sciahica « filet », a donné lieu, soit par lui-même soit
par ses dérivés, à un développement de sens péjoratif, aboutissant à « ribotte,
vaurien », etc., qui s'explique par la mauvaise réputation des matelots et
pêcheurs. — P. 320, H. Schuchardt, Fian~. mauvais lai. malifatius (~u
Ztschr., XIV, 181, XIX, 577, XX, 536). M. Sch. a voulu rtjprendre une fois
encore la discussion de son étymologie et nous devons nous en féliciter :
l'article qu'il lui consacre est un complément souhaité aux Roinaitische Etynio-
logieeu. Al'étymologie proposée l'on a fait une objection phonétique sérieuse,
mais l'on n'en a fait qu'une:/ intervocal ne doit pas donner v en fran-
çais. M. Sch. se prend à cette « loi phonétique » et montre que les mots
français où / parait conservé sont des mots mi-savants ou des composés ou
bien ne peuvent prouver, s'il en est que l'on considère comme héréditaires,
que pour/ intervocal posttonique. Encore dans ce cas, a-t-on/>- v, par
exemple dans antevene, Estevene. Pour/ protonique, en dehors de bcncvi- et
niakvii, et des graphies bas-latines où z' alterne avec/", la disparition de /en
contact avec une voyelle labiale dans dehors, écroucUes, ruser, usine (cf., à la
posttonique, cercueil) ne trouve son explication que dans une série /> v >>
zéro, et de même aedificare > aïgicr est parallèle à navigare > nagier
et postule une étape *-ivigare. Q.u'il y ait, parmi les exemples allégués, des
mots demi-savants, et que le maintien de Yi atone jusqu'au changement de /
en V soit inadmissible dans un mot héréditaire, cela ne saurait constituer
une difficulté : la fortune de malifatius s'est évidemment fliite dans le
monde chrétien. A côté de celui-ci, un *malifatus, que rend vraisemblable
l'existence de bonifatus, explique le fr. niah'é et les formes romanes appa-
rentées et c'est de ces formes à apparence de participe qu'on a tiré les verbes
comme esp. malvar, etc. Quant au sens, les notions de « malheureux » et de
« mauvais » voisinent dans toutes les langues, soit par l'effet d'une morale
de classe qui voit dans les malheureux des malfaiteurs possibles, soit grâce à
l'idée tout opposée que le méchant est un malheureux ; c'est à ce second
développement que se rattacherait malifatius (cf. le grec a.--j-/o;), et
M. Sch. nous indique ici, très discrètement, une influence possible de la pen-
sée chrétienne sur la langue, et les liens qui pourraient unir la recherche
étymologique à l'histoire de la morale'.
PÉRIODIQUES 623
MÉLANGES. — P. 329, H. ScHUCHAKDT, Zui' Vcibreiluiig (les lûitiildiiischi'n.
M. Scli. publie une chanson recueillie en 1843 en Floride et qui prouve l'usage
du catalan dans une petite partie de cette région au milieu du xix^ siècle ; notes
sur le catalan dans les Pityuses et sur la limite du valencien et du castillan à la
fin du xvinc siècle. — P. 332, J. Leite de Vasconcellos, A propos ilo de u El
Honiado Heiuiano » de Lope de Vega (cf. Rouiania, XXXV, 158). Variante
portugaise de l'anecdote. — P. 333,0. Baist. Zur karolingischen SehiilreforDi .
Témoignage d'Amalarius de Metz sur les variations de la prononciation de
l'initiale dans Je su s. — Ihid., G. Baist, PLirasitische Dentale. Examine les cas
des mots espagnols hiimilde (croisement de hùiiiile et de huiiiildosd), igital-
ddiiça (croisement de igualaiiça et de igualdad), cercaiidaiiça (influencé par
andaiiça), aveciudar, ainerindar (influencés par veciiidaf), aviltança (emprunté
au français) ; apeldar, codecildo, apaiidar, arepende, corondeles, pildora, banda
(empruntés au latin d'église ou d'école, au français ou à l'italien) ; et effleure
en passant quelques mots français (Normandie, n/archeandie, bandon, colombe,
/a»/fe), provençaux (coronda, cande, Gironde), et italiens (notamment bando).
— P. 337, S. Pieri, il tipo avverbiale di « carpone -i ». Discute les objections
de M. Meyer-Lùbke (Zeitschr. f. rom. Philol., XXIX, 245) à son article paru
ici (Romania, XXXIII, 230) et maintient son interprétation du sufT. onc
comme non péjoratif. — P. 339, S. Pieri, Uit « -ne ». La voyelle épithé-
tique normale de l'italien se rencontre parfois accompagnée de -h-, ex. Ire,
trene; ce -«f provient de nieue, tene, iene, où )ie représente inde daiis des
combinaisons telles que me-ne-vado, la particule s'étant soudée au pronom et
l'alternance de vie et mené ayant fait créer un renforcement -ne.
Comptes rendus. — P. 341, P. Savj-Lopez, Storie tebane in llalia
(G. Bertoni). — P. 342, A. Parducci, / rimatori liicchesi del sec. XIII
(G. Bertoni). — P. 345, G. Rydberg, Zur Geschichte des franipsischen d, II,
3 (E. Herzog). — P. 349, R. Menéndez Pidal, Mamial elemental de gramd-
tica espaiiold (P. de Mugica). — P. 352, Zeilschr.f.frani. Sprache und Litera-
/«;-, XXVII et XXVIII (A. Schulze). — P. 363, Revue de philologie française
et de littérature, XIX (E. Herzog). — P. 365, Bulletin du Glossaire des patois
de la Suisse romande, I-III (E. Herzog). — P. 370, Remania, 1903, 1-3
(G. G., W. Meyer-Lùbke, W. Foerster). — P. 379, Giornale storico délia
letteratura italiana, années XXIII-XXIV (B. Wiese).
M. R0Q.UES.
CHRONIQUE
M. Joseph Mazzatinti, bien connu par des travaux bibliographiques d'une
grande importance, est mort, le 15 avril 1906, à Forli,où il était professeur
au lycée et bibliothécaire municipal. Il n'avait pas plus de 31 ans. Ses cata-
logues de manuscrits (M/H05fn/// iUiliani dcUe biblioteche di Fra}icia, 1886-8 ;
IiiveiilLiri di luanoscritti delh InbJioleche d'Italia, 1887- 1903, faits trop
vite, ne sont pas des modèles; ils rendent cependant de réels services, et il
faut savoir gré à l'auteur du zèle et du désintéressement qu'il apporta à
cette œuvre utile pour laquelle il ne trouva pas auprès du gouvernement
toute l'aide qu'il avait espérée. Un travail plus personnel est son étude sur la
bibliothèque des rois d'Aragon dont la Roiiiaiiia a rendu compte, XXVI, 578.
Une bonne notice lui a été consacrée dans le G'uviiah' storico délia hikrahira
itdliami, t. XLVIII, p. 292-4.
— M. Sernin Santy, receveur de l'enregistrement à Saint-Étiennc, auteur
d'un travail sur la fabuleuse comtesse de Die dont nous avons rendu compte
en son temps (XXII, 651), est décédé le 21 août dernier, à l'âge de 56 ans. Il
était né à Dun-le-Palleteau (Creuse), d'une famille de Brive, et avait joué un
rôle très actif dans la conquête du Limousin par le félibrige.
— ■ M. Jacob Ulrich, professeur de langues romanes à l'Université de
Zurich, est décédé le 5 septembre dernier, à l'àge de )0 ans. Il avait
suivi les cours de G. Paris et les miens pendant les années 1876 à 1878.
Sa thèse sur le participe passé dans les langues romanes (1879) re.ste
l'un de ses meilleurs travaux : G. Paris lui a consacré un article étendu
(Roiiiania, VIII, 443). Les écrits qu'il publia depuis lors consistent surtout
en éditions de textes italiens, français et surtout ladins. Beaucoup ont paru
dans la Romania, la Revue des langues romanes, VArcbivio gloltologico, la
Zeitscbrift f. roin. Philologie. On lui doit aussi une sorte de chrestomathie
de l'ancien italien (Altitalieiiisches Lesebuch, Halle, 1886), et une édition des
Fiori di F/V/« (1890). II entreprit, en 1890, sous le t\trQ à' Italien iscbc 'Bibliotek,
une collection de petits volumes à bon marché, contenant des textes de l'an-
cienne littérature italienne (voir Romania, XIX, 151), qui fut bientôt inter-
rompue. En 1885 il avait proposé à la Société des anciens textes une édition
des poèmes de Robert de Blois qui ne fut pas acceptée, le travail de l'éditeur
ayant paru insuffisant (voir Bulletin de la Société des anciens textes, année 1885^
pp. 58 et 82). J. Ulrich publia en Allemagne, de 1889 à 1S95, son édition,
qui justifie pleinement la réserve avec laquelle le Conseil de la Société des
anciens textes avait accueilli sa proposition. Il donna, en collaboration avec
CllROXldUH 625
G. Paris, pour la mcmc société, rédition du Merlin en prost.'(i886, deux vol.)
où tout, saut" la copie, est de G. Paris. Sa publication de la version provençale
du Libdhis de dcscriptionc Hibcniic de Philippe, moine irlandais, a été appréciée
ici-même (XXI, 451). Ulrich ne manquait pas de connaissances philologiques,
mais il travaillait un peu vite et se contentait le plus souvent de publier ses
copies sans y joindre aucun travail critique. — P. M.
— La question de la simplification de l'orthographe française reste tou-
jours en suspens. Nous avons dit précédemment (XXXIV, 548) que l'Acadé-
mie française avait publié un rapport, rédigé par M. Faguet', sur les propo-
sitions fiiites par la commission ministérielle dont j'ai été le président et le
rapporteur. Un très petit nombre de ces propositions étaient acceptées : la
plupart étaient repoussées par des motifs dont nous avons donné une idée à
nos lecteurs. Le ministre de l'Instruction publique, se trouvant en présence
de deux rapports dont les conclusions étaient le plus souvent opposées, fît ce
que font en général les ministres en semblable occurrence : il nomma une
seconde commission chargée de reprendre la question en tenant compte des
propositions de la première commission et de celles de l'Académie. Cette
nouvelle commission était composée de huit personnes : trois avant f;ùt partie
de la première : MM. Brunot, Clairin, Meyer ; deux directeurs du Ministère :
MM. Gasquet (enseignement primaire) et Rabier (enseignement secondaire),
le doyen de la Faculté des lettres de Paris, M. A. Croiset, un inspecteur géné-
ral de l'enseignement secondaire, "M. Hémon, et enfin, comme représentant de
l'Académie française, le rapporteur même de cette Académie, M.'Faguet. Il
y eut plusieurs réunions dans lesquelles on étudia consciencieusement les
questions en litige, en prenant pour base le rapport de la première commis-
sion. Cet examen fut conduit dans un esprit très libéral, et il est juste de
dire que l'un de ceux qui se montrèrent le plus favorables à une large réforme
fut précisément M. Faguet, le rapporteur de l'Académie. Mais, comme il
arrive ordinairement lorsque des propositions successives sont soumises à
un vote et que (ce qui est inévitable) tous les membres ne sont pas présents
aux mêmes séances, les conclusions adoptées ne furent pas toujours en par-
fait accord les unes avec les autres. Finalement, on chargea M. Brunot du
rapport. Ce rapport, très étudié et très documenté, fut lu en commission
et adopté au mois de juin dernier. Il fut entendu qu'il serait soumis au
Conseil supérieur de l'instruction publique lors de sa prochaine session. Mais,
un changement de ministère avait eu lieu (mars 1906). Le nouveau ministre
de l'Instruction publique, M. Briand, avait bien d'autres préoccupations que
celle de la réforme de l'orthographe. A l'ouverture de la session du Conseil
supérieur, en juillet dernier, il déclara qu'il n'avait pas eu le temps d'étudier la
I. Il importe de remarquer que M. Faguet a pris soin de déclarer publique-
ment que personnellement il n'acceptait pas toutes les conclusions qu'il avait
dû formuler dans ce rapport.
Romania, XXXV aq
626 CHROXiaUE
question et qu'elle devrait être réservée à une session ultérieure. Nous devons
ajouter que pendant les semaines qui précédèrent l'ouverture de la session, il
avait été fait, dans les journaux ', une campagne ardente contre toute proposi-
tion de simplification orthographique. Les arguments invoqués n'ont, bien
entendu, aucune valeur ni portée quelconque. C'est toujours la même confu-
sion entre la langue et l'orthographe : les simplifications proposées (et que
les journalistes en question ne connaissent que vaguement, car le rapport de
M. Brunot, bien qu'imprimé, n'a pas été distribué, même aux membres de la
commission -), sont un attentat c .-ntre la langue de nos grands classiques ; il est
nécessaire de conserver les lettres parasites, qu'elles aient une origine étymo-
logique ou non, parce qu'elles servent à distinguer les homonymes (poiils et
pois), etc., etc. Il est possible que cette campagne ait fait hésiter le ministre.
Mais comme il y a un vœu formellement exprimé par un certain nombre de
membres du Conseil supérieur de l'instruction publique en faveur de la sim-
plification de notre orthographe, il semble impossible que la question ne soit
pas reprise prochainement. Quoi qu'il en soit, il est du moins un point qui
paraît acquis. On n'insiste plus guère sur l'autorité suprême de l'Académie
française en matière d'orthographe ' : on reconnaît que le ministre de l'Ins-
truction publique a le pouvoir d'introduire dans l'enseignement le système
orthographique qui lui aura été recommandé par une commission compétente,
et c'est là un point important. Ce qui fait espérer que peu à peu l'utilité d'une
réforme de notre orthographe pénétrera da-ns les esprits, c'est l'exemple qui
nous vient en ce moment d'Amérique. Les journaux nous ont entretenus
récemment du projet de simplification de l'orthographe anglaise proposée par
le Prof. Brander Matthews, de Columbia Collège (New-York)+, et qui a obtenu
l'appui du Président Roosewelt. Ce projet a soulevé, comme on devait s'y
attendre, bien des discussions aux États-Unis et en Angleterre, Il s'est trouvé
de braves gens pour réclamer en faveur de l'orthographe de Shakespeare,
comme cUez nous il s'en trouve qui rompent des lances pour l'orthographe
de Corneille et de Bossuet, que naturellement ils ne connaissent pas. Mais
1. Le Temps et \q Journal se sont distingués dans cette campagne.
2. Je viens d'en recevoir un exemplaire, ex dono auctoris, au moment où je
corrige les épreuves de cette note : Rapport pr''senté au nom de la commission
chargée de préparer un arrête relatif à la simplification de l'orthographe, par
F. Bruxot, professeur d'histoire de la langue française à la Faculté des lettres
de l'université de Paris. In-4", 68 pages in-40.
3. Il ne faut pas perdre de vue que, si même l'Académie française était
disposée à introduire dans notre orthographe une véritable simplification, elle
ne pourrait le faire que par une nouvelle édition de son Dictionnaire. Elle
s'occupe en effet, depuis bien des années de la huitième édition (la septième
date de 1877), mais, étant donné l'état d'avancement de ses travaux, il ne
parait pas qu'elle puisse avoir achevé son travail avant vingt ou trente ans.
4. M. Br. Matthews est le président d'une association pour la simplification
de l'orthographe anglaise qui a son siège à New-York (Simplified spclling Board,
I Madison avenue;.
CHRONIQUE 627
toutefois ropinion moyenne de la presse aniéricaine et anglaise est beaucoup
plus raisonnable que celle de la presse française touchant la simplification de
notre orthographe, et il y a lieu de croire qu'en Amérique d'abord, puis en
Angleterre, le bon sens finira par triompher". Puisse-t-il en être de même
chez nous ! — P. M.
— La nouvelle édition du Répertoire des sources historiques du moyen dge, du
chanoine Ulysse Chevalier, se poursuit régulièrement, avec toute la rapidité
que permet la bonne correction des épreuves. Le septième fascicule qui com-
mence à Nat-, et s'étend jusqu'à Prex.\no, a paru en août dernier. On peut
prévoir la fin de cet indispensable répertoire pour l'année 1907.
— Livres annoncés sommairement :
Li jus de saint Nicbolai des Arrassers Jean Bodel. Text mit einer Untersu-
chung der Sprache und der Metrums des StOckes nebst Anmerkungen und
Glossar... von Georg Manz. Erlangen, 1904. In-8", 124 pages (Disserta-
tion de Heidelberg). — La dissertation proprement dite consiste dans le
dépouillement linguistique qui occupe les trente premières pages de ce petit
volume et qui est un travail estimable, mais qui ne nous apprend pas grand'-
chose de nouveau. Quant à l'édition, elle est assurément en progrès sur
celle de Monmerqué et Michel ('/'/;(''(///■(; /mHç'rt/i a« moyen dge, 1839), ce qui
est d'autant plus naturel que, depuis lors, des extraits du Jeu de saint Nico-
las, œuvre véritablement remarquable, ont été publiés avec soin en diverses
cbrestomathies. Mais le progrès n'est pas considérable, et il ne faut pas s'en
étonner. Il y a dans ce texte des passages très difficiles, inintelligibles
même, dont on ne pouvait guère attendre l'explication d'un débutant.
On verra, par un article de la Zeitschr. f. rom. Phil. (XXX, 102) combien il
reste à faire pour obtenir une édition digne de l'œuvre. Ajoutons qu'il n'y
a pas de préface (carie dépouillement linguistique ne saurait constituer une
préface), que le glossaire est insignifiant et mal disposé au point de vue typo-
graphique, et qu'enfin il v a beaucoup de fautes d'impression. — P. M.
A. Carnoy. Le latin d'Espagne d'après les inscriptions; [troisième partie].
Compléments sur la morphologie, le vocabulaire et la syntaxe. In-80, 64 p.
(extrait du Muséon, 1904-1905). — La Romania a déjà signalé les deux
premières parties du travail de M. Carnoy : Vocalisme {Rom., XXXII, 307)
et Consonantisme {Rom., XXXIII, 310). Cette troisième partie réunit, avec
les mêmes qualités de précision que les premières, des faits assez peu
nombreux, — ce qui s'explique par le peu d'étendue et la monotonie de la
plupart des inscriptions, — mais parfois très importants : je signalerai en
particulier les chapitres sur l'origine des patronymiques espagnols en -q,
1. Sur le projet américain on peut lire l'article plein de sens de M. L. Havet,
dans la Revue bleue du 1 5 septembre dernier.
2. Nat de Mons. Pour le dire en passant, la vraie place de cet article eût
été à At.
628 CHRON1Q.UH
sur la déclinaison en -(/, -due limitée aux noms d'origine gothique, ce qui
n'est pas sans importance pour l'histoire de cette déclinaison, sur les
traces d'une déclinaison à infixe -Iccr-, -Jwii-, -lui- dans les noms propres,
analogie remarquable avec la lorniation des patronymiques ou ethniques
ibères ou basques, enfin sur le lexique, dont quelques éléments, para m us,
conlactea, altarium, etc. sont particulièrement intére sants à retrouver
dans la péninsule ibérique; cf. csp. paraiiio, co!la:^o, o!cro, etc. • — M.
R0Q.UES.
Vasile Diamandi, Rciiscis^nicnu'iils slallsliqucs sur la popidalion roumaine de la
péninsule des Balkans (Bibliothèque Cazacovitchi, no i). Paris, Société
nouvelle de librairie et d'édition, 1906. In-i6, 31 pages. — M. E. Picot a
déjà montré dans son article sur les Roinudius de la Macédoine (i8j •)) combien
variaient les estimations relativesau nombredes Roumains deTurquie et de
Grèce. La brochure de M. Diamandi réunit toutes les évaluations proposées
jusqu'à ce jour, pour le nombre des Roumains balkaniques, par les écrivains
grecs, slaves, européens occidentaux, roumains nord-danubiens ; l'auteur
réimprime une statistique grecque ancienne des Roumains d'Épire, œuvre
d'un Grec et antérieure à la naissance de la question macédonienne ; enfin,
et c'est la partie la plus importante de cette intéressante publication, il donne
une statistique minutieuse, village par village, des Roumains de la Turquie
d'Europe et de la Grèce. Cette statistique est établie sur des enquêtes person-
nelles pour une partie du territoire et, pour le reste, sur les rapports des
instituteurs roumains. Elle aboutit aux totaux suivants : plus de 720.000
Roumains en Turquie, 200.000 en Thessalie et en Grèce, 1 50.000 en Serbie,
1 10.000 en Bulgarie, soit en tout près de 1.200.000. On contestera certai-
nement ces chiffres, et dès maintenant il nous apparaît que l'on pourra discu-
ter deux données : l'estimation arbitraire du nombre des Vahques nomades
dans chaque vilayet turc et la moyenne de dix individus par famille adoptée
par M. D. pour transformer une statistique par familles en statistique par
individus. Il restera que M. D. nous aura donné pour la plupart des groupes
roumains balkaniques une statistique précise et par conséquent contrô-
lable. — M. RociUES.
Cel mal vechiu âictionar latino-romînesc de Tudor Corbea {rnanuscript de pe la
lyoo). Notità de prof. Gr. Cretu. Bucarest, i905.In-i6, 10 p. — Ren-
seignements sommaires sur l'histoire et le contenu de ce dictionnaire
manuscrit conservé à Blaj (Biblioth. Cipariu). Ce dictionnaire, composé
d'après le Dictionnaire latin-hongrois de Molnar, paraît important en raison
du grand nombre et de la variété de ses articles. — M. RoauES.
Las desch eleds da Gebhard Stuppaun, publicaziun da Jacob Jud. Coira,
Fiebig, i905.In-8o, 113 pages. — M. Gartner avait publié ce drame, traduit
librement de l'allemand vers le milieu du xvi^ siècle, d'après un ms.
incomplet (Komaniscbe Sludien, VI, 259 ss. ; cf. Roniania, XV, 150).
M. Jud en donne une édition nouvelle d'après un ms. meilleur et plus
CHROXICIUE 629
ancien, qu'il reproduit exactement en y ajoutant les variantes importantes
des trois autres mss. connus. Un glossaire étendu est joint à cette édition.
Dans une courte introduction, M. J., après avoir donné quelques rensei-
gnements historiques et parlé des mss., traite du dialecte original de cette
composition : il pense, contrairement à ce qu'avait dit M. Gartner, que
l'original était écrit dans le dialecte de la Basse-Engadine et qu'il a subi
dans nos mss. des modifications destinées à en permettre les représentations
dans la Haute-Engadine. — M. Roques.
Carlulaire de Vabbaye de Noire-Dame de la Merci-Dieu, autrement dite de
Bécherou, au diocèse de Poitiers, p.p. Etienne Clouzot. Poitiers, 1905.
In-80, 456 p. (^Archives historiques du Poitou, t. XXXIV). — Nous signa-
lons ici cette publication, faite avec soin, parce qu'un certain nombre
des actes du cartulaire sont en langue vulgaire (un peu plus d'une dou-
zaine, dont les dates sont comprises entre 1265 et 1291), et qu'il y a
toujours quelque chose à glaner dans les recueils de textes. C'est ainsi
qu'on remarque dans la charte cccii l'adj. vioiige « qui a de la vitalité »,
dont Godefrov n'a pas d'exemple de provenance diplomatique, et que la
charte cclxxvii, quoique rédigée en latin, nous offre un exemple inté-
ressant pour l'historique de notre mot chèneau : « Teueant et habeant
goterias seu les cheitatis propriarum domorum suarum sicut cousueverant »
(1277). — Le français' intervient parfois brusquement, et non sans perfidie,
dans la langue latine, par exemple charte Lxxx, où l'éditeur imprime ce
qui suit : « Ita quod pro eodem stallo abbas et conventus a le Legier xi'^i™
denarios turonenses ceusuales... persolvant. » Que peut-il bien entendre par
a le Legier} Je crois qu'il faut lire : a Felegier, et voir là le verbe esligier au
sens de « acquérir ». — Mais ce sont surtout les noms propres qui offrent
de l'intérêt, à commencer par le vieux nom de Bechcroii : je ne doute pas
que ce nom soit dû à la position de l'abbaye, près du confluent de la Creuse
et de la Gartempe : cf. les noms comme le Bec d'Avibcs (confl. Garonne
et Dordogne), le Bec du Cher (confl. Loire et Cher), etc. En tout cas c'est
un exemple du suffixe diminutif -eroii qui vaut par sa date (11 51). —
Dans la charte IV, il faut garder le nom propre IF. Iiieaiis et non le cor-
riger IV. JuclUis : ce doit être l'adj. isnel « vif, rapide ». — Dans la charte
VIII, Gaufridus Effrelie serait mieux imprimé avec un accent aigu sur Ve
final : c'est notre participe effrayé actuel; en revanche, l'accent aigu est à
supprimer dans Gaiiterio Coindé : c'est l'adj. coiiite sous une forme où,
comme en provençal, le / latin s'est sonorisé. — Il est bien probable que le
nom de famille Cochuns porté par différents bienfaiteurs de l'abbave en
12 12 (chartes cxxxvii, cxxxviii, cxxxix), est le plus ancien exemple qu'on
puisse invoquer jusqu'ici du nom commun cochon, que Godefroy ne fait
remonter qu'à 1339; cf. Guillcliiius Gorruns dans le ch. CLXlv (cochon et
gorron, c'est tout un). — A. Th.
Monsieur Delboulle. Quelques souvenirs recueillis par l'abbé A. Toug.\rd,
Paris, Champion, 1906. In-8, 38 pages; extrait de la Rei'ue catholique de
630 CHRONIQUE
Nonihiihlic. — Ce n'est pas seulement l'érudit, mais l'homme et le catho-
lique que M. l'abbé Tougard a voulu faire revivre en feuilletant et en
livrant partiellement au public les 250 lettres et plus qu'il a reçues d'Achille
Delboulle depuis quarante ans. Il ne faut pas s'attendre à trouver dans cette
brochure une appréciation doctrinale de l'œuvre philologique rêvée et
accomplie seulement en partie par notre regretté collaborateur; on y suivra
avec curiosité l'histoire de sa liaison, puis de ses démêlés, avec Frédéric
Godefrov, et celle, moins orageuse, de sa collaboration à la partie histo-
rique du Dictionnaire gcnèrid. Beaucoup de citations se rapportent aux
articles de Delboulle dans la Ra'iie critique et dans la Roinania. M. l'abbé
Tougard ne donne que des extraits de lettres, mais il n'ampute pas les mor-
ceaux qu'il publie et il imprime les noms propres tout au long, sans atténuer
les termes énergiques dont se sert souvent son correspondant. Aussi cette
brochure a-t-elle assez un faux air de gazette, où se donnent carrière toutes
les passions humaines à côé de celle de la science. — A. Th.
Paolod'ANCONA, Le vestl délie donne fioraitine ncl secolo XIV. Perugia, Unione
tipografica cooperativa, 1906. In-S", 19 pages (Estratto délia Miscellanea
nuziale Ferrari-Toniolo). — M. P. d'Ancona fait connaître un curieux
registre des Archives d'Etat à Florence, où, en 1543, furent inscrites les
dames florentines qui, movennant une taxe, étaient autorisées à porter cer-
tains vêtements prohibés par les lois somptuaires. Ties vêtements devaient
être marqués d'un sceau de plomb. Les descriptions qu'en donne le
registre ont un caractère technique qui les rend intéressantes pour l'histoire
de l'industrie comme pour celle des mots. Voici l'une .de ces descriptions :
« Item, habet unam guarnacchiam dimezzatam ex una parte panni mes-
cholati acchole ' et ex alla parte panni schacchati cum virgis de siricho
coloris scharlattini » (p. 1 1).
Le Folk-lore de France, par Paul Sf.billot. T. III, La faune et la flore. Paris.
Librairie orientale et américaine, 1906. In-80, 11-541 pages. — La publi-
cation de ce précieux ouvrage, l'un des plus importants et des plus com-
modes à consulter qui aient été publiés depuis longtemps sur le sujet, se
poursuit avec une louable activité. Ce troisième tome mérite les mêmes
éloges que les deux précédents (voh Ko)iiania, XXXIV, 135 et XXXV,
154). Il est divisé en deux livres : I la Faune (sept chapitres : mammi-
fères sauvages, domestiques; oiseaux sauvages, domestiques; reptiles;
insectes; poissons); II la Flore (deux chapitres : arbres, plantes). Dans
chaque chapitre, les témoignages sur les croyances populaires sont classés
méthodiquement selon la nature des croyances ou superstitions. Naturel-
lement l'ordre suivi n'est pas tellement rigoureux que certains de ces
I. Ailleurs, p. 71 : « unam tunicham dimezzatam ex una parte. ... et ex
alia parte panni i7u/;(i/t' cum cervis albis et giallis. » Acchole, dont on a plu-
sieurs exemples en anc. fr. (voir ci-dessus, p. 439), reste obscur.
CHRONIQUE 631
témoignages ne puissent être classés sous des cliefs difierents, mais une
table générale rendra les recherches faciles. Notons que dans ce volume,
M. Sebillot cite plus souvent que dans les deux tomes précédents les
documents du moyen âge ; il a notamment dépouillé à son point de vue
la Rovmina et diverses publications de la Société des anciens textes. Çà et
là M. S. emploie des mots ou des formes qui lui sont personnelles et dont
l'introduction dans l'usage n'est pas à encourager; ainsi ag>teaidet (p. 144)
pour agnelet ; lima (p. 357) pour limas ; aguérissaieiit (p. 489) pour aguerris-
saient. Q.u'est-ce qu' « une jeune hiédresse » (p. 451)? Une bergère (pour
herderesse ?) Il faudrait au moins le dire et mettre ce mot patois entre
guillemets. — P. M.
Recueil de dociiiiiiiits relatifs à Vhistoire de l industrie drapière en Flandres, p.p.
G. EspiN.\s et H. PiRENNE, t. I, Bruxelles, Kiessling et G''-', 1906. In-4",
xx-695 p. — Nous nous bornons à annoncer ce premier volume d'une
publication sur laquelle nous nous proposons de revenir lorsqu'elle sera
achevée et qu'elle contiendra la table et le glossaire qui en rendront l'usage
facile. Bornons-nous à dire présentement qu'elle renferme 211 documents
dont cent trente inédits. Ges documents sont, pour la plupart, du xiv^ siècle
et du commencement du xv^. Quelques-uns sont en latin, d'autres en
flamand, mais le plus grand nombre est en français du Nord. Non seule-
ment on y rencontre des formes linguistiques intéressantes — la plupart
connues d'ailleurs — mais on y trouve beaucoup de termes techniques
que nos dictionnaires n'ont pas relevés ou qu'ils expliquent d'une façon
vague, parfois même erronée. Le glossaire qui terminera la publication ne
pourra manquer d'offrir un véritable intérêt. Les textes paraissent bien
reproduits (anneche, anne, p. 331, doivent se Vire auiieche, aune). On peut
regretter toutefois que les auteurs leur aient appliqué l'accentuation du
français moderne en des cas où la prononciation du temps devait exclure
cette façon d'accentuer. Une faute plus grave est que trop souvent la finale
féminine -ie est écrite -ié. — P. M.
Congrès international pour V extension et la culture de la langue française. Paris
Ghampion; Bruxelles, Weissenburch ; Genève, Julien, 1906. In-S^^. — Ce
volume, qui résume les travaux du congrès de Liège, dont nous avons parlé
en son temps (XXXIV, 627), renferme, outre la liste des membres et les
procès-verbaux des séances, qui occupent 1 1 1 pages, quarante mémoires
se rapportant presque tous à des sujets pédagogiques ou à l'emploi du
français comme langue d'usage général, soit dans nos colonies, soit à
l'étranger, toutes questions fort intéressantes en elles-mêmes, mais qui
ne sont pas de notre ressort. La seule communication qui se rapporte
à nos études est le mémoire de M. Vagana\' intitulé Le Vocabulaire français
du XV I^ siècle et deux lexicographes flamands du même siècle dont nous avons
rendu compte dans un précédent fascicule (p. 13H). Une liste sommaire,
imprimée sur le titre, donne une idée du contenu de ce recueil : « Le
632 CHRONIQUE
français en Alsace-Lorraine, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, dans le
Grand-Duché de Luxembourg, au Canada, dans l'Amérique du Sud, etc.
— L'universalité de la langue française : accroissement; décroissance. — ■
Le vers français. — Le stvle. — La critique. — La question de l'enseigne-
ment du français en France et hors de France. — N'y a-t-il pas lieu de
substituer, dans l'enseignement de la langue française, la lecture des prosa-
sateurs du xviiif siècle à celle des prosateurs du xviie ? — Patois,
dialectes, vocabulaire. — 2000 mots inconnus à Cotgrave. « Comme ces
mémoires ont été publiés à part, ils ont ciiacun leur pagination séparée,
de sorte que la table alphabétique par noms d'auteurs qui termine ce
volume ne peut renvover aux pages. Ce système ne facilite pas les
recherches. L'inconvénient eût été diminué si on avait eu la bonne pensée
d'inscrire l'objet de ciiaque communication en titre courant. — P. M.
La malsoii de ville de Genève, par Camille M.\rtin' (Mémoires et dociniieiils
publies par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, série in-40, t. III ;
Genève, A. JuUien, 1906). In-40, 139 pages. — Cet ouvrage, d'un carac-
tère purement historique et archéologique, est annoncé ici parce qu'il
renferme, aux pages 114-117, un compte de travaux exécuté en 14)6 à la
maison de ville, qui est rédigé en langage local. Les anciens textes genevois
sont, comme on le sait, fort rares : celui-ci, par suite, n'est pas àdédaigner.
La copie paraît fort exacte. Quelques notes, pour expliquer certains termes
techniques, n'eussent pas été inutiles. L'inventaire du mobilier de la maison
de ville (1507) qui vient ensuite, quoique en latin, contient aussi des mots
qu'il eût été bon d'expliquer en note. Dans le troisième article, il faut sans
doute lire, comme ailleurs nenioreas (tabulas — ) et non menioreas.
Epître il la Maison de Bourgogne sur la croisade turque projetée par Philippe le
Bon (1464), p. p. G. DouTREPONT. Louvain, Bureaux des Amilectes, 1906.
Ir.-8o, 56 p. (extrait des Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de
la Belgique, 3c série, II) — Cette « épitre », tirée d'un ms. de la Bibl.
nat. qui a appartenu à Philippe 1j Bon, est écrite de ce style lourd et
pédantesque qui était de mode, d ins le nord de la France, pendant la
seconde moitié du xv^ siècle. Elle est en prose mêlée de vers. La pièce par
laquelle se termine cette exhortation à courir sus aux Turcs est du nombre
de celles ou chaque strophe se termine par un proverbe. Cette composi-
tion, dont l'auteur est inconnu, présente un certain intérêt pour l'histoire.
Les allusions historiques qu'elle renferme permettent de la dater exacte-
ment. Le travail de M. Djutrepont est à tous égards très satisfaisant : les
notes explicatives qu'il a jointes au texte mettent l'épître à la portée des
personnes qui n'auraient fait aucune étude de l'ancien français. — P. M.
Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Page 157, ligne 10. — Au lieu Je : « an/^/oz/iw », lire : « caii~o)iieri- ».
Page 173, note 8. — Notre collaborateur, M. Ch. Joret, m'apprend que
c'est dans le compte rendu de la Fan ne populaire de M. Rolland, publié dans
la Rci'iit' critique, 2^ sem de 1877, p. 117, qu'Arsène Darmesteter a rattaché
à un radical darb-, d'origine inconnue, les noms romans de la taupe comme
âarlmi, etc. — A. Th.
Page 169, note 5. — Je n'ai connu qu'après coup le mémoire de Grandga-
gnage intitulé : Vocabulaire des noms wallons if animaux, de plantes et de miné-
raux (2e éd., Liège, 1857), o'-' '^'^ ''^' P- ''^ • " Ancraive . .. sans doute de
anchorago. . . En allemand mod. anke désigne encore le saumon, mais
seulement dans les composés Rhein-anke, Inn-anke, etc. Vovez le dictionnaire
des frères Grimm. » — \. Th.
Page 179, ligne 23. — Au lieu de : « ses sens », lire « ces sens »; on sait
que le latin jaculusdans le sens de « filet dit épcrvier » est encore vivant en
italien sous la forme giacchio.
Page 189, lignes 17-18. — Supprimer les mots suivants, dus à une étour-
derie : « scelio, de scelus, qui est dans Pétrone, et ».
Page 361, ligne 14, — « /'fl/uvvto?i5 devenus paroxytons », lire/'/o/'(/;avv/o»5.
Page 443, col. I, ligne 12. — Au lieu de « 446 », lire « 466 ».
Page 552. — J'ai laissé sans commentaire les vers de V Instruction de la vie
mortelle ci l'auteur parle de la « noble et excellente peinture » que Martin V
fit exécuter à Saint-Jean-de-Latran, et que maints peintres allaient admirer
(troisième extrait, vv. 215-220). C'est que je n'avais aucun renseignement sur
cette peinture qui n'existe plus maintenant ou qui, du moins, n'est plus visible,
M. Ph. Lauer, qui achève en ce moment un ouvrage considérable sur Saint-
Jean-de Latran, et à qui j'avais communiqué ce passage, m'adresse à ce
propos la note suivante :
« 'PisciHo ou Pisanello, originaire de Vérone, appelé à Rome par Martin V,
orna de fresques les murailles de la grande nef de la basilique. Vasari attribue
le succès de ces fresques à la beauté d'un bleu d'outre-mer d'une qualité
incomparable que le pape lui avait fourni. 11 eut pour collaborateur Gentile da
Fabriano qui exécuta plusieurs sujecs de la longue frise des arcades et qui se
distingua principalement dans les figures des prophètes peintes en grisaille
sur les trumeaux des fenêtres. Cf. Rohault de Fleury, Le Latran au moyen âge
(Paris, 1877, in-80), p. 238 ». — P. M.
TABLE DES MATIÈRES
Pnges
Ed. Philipon, Provenç. -enc, ital. -higo, -engo i ; cf, 333
P. Meyer, Fragments de manuscrits français 22
J.-A. Herbert. An early manuscript of Gui of Warivick 68
A. Thomas, Jamette de Nesson et Merlin de Cordebeuf 82; cf. 604
A. Thomas, Le Latercuhis de Polemius Silvius ,. . . 161, cf. 605
C. Salvioki, La declinazione imparisillaba in -a -àne, etc. nelle carte
medievali d'italia 198
F. Lot, Vivien et Larchamp 258
P. Meyer, L'Évangile de l'Enfance en provençal (manuscrit de Cambis-
Velléron et de Raynouard) 357
A. Jeaxroy, Sur quelques sources des Mystères français de la Passion. 365
J. Bédier, Sur deux chansons de croisade 379
A. Delboulle, Mots obscurs et rares de l'ancienne langue française
{^l'Jte) 394
P. Meyer et G. Guigue, Fragments du Grand livre d'un drapier de Lyon
(1320-1325) 428
G. Lavergne, Fragment d'un nouveau manuscrit de la Chanson de
Roland (version rimée) 445
J.-L. Weston et J. Bédier, Tristan ménestrel, extrait de la continua-
tion de Percez'aî par Gerbert 497
P. Meyer, h' Instruction delà Vie mortelle par Jean Baudouin deRosières-
aux-Salines 5 3 1 ; cf. 63 3
Kr. Nyrop, Sone de Nansai et la Norvège 555
P. Meyer, Notice du manuscrit Bodley 57 (Oxford, Bodléienne) 570
A. Thomas, Notice biographique sur Eustache Marcadé 583
MÉLANGES
G. HuET, Encore Floire et Blanchejleur 93 ; cf. 335
F. Lot, Guenelon-Giuielon 100
Ch. Drouhet, Franc, épaule 102
A. Thomas, « Giraut de Borneil » ou « Guiraul de Bornelh » ? 106
— Provenç. anc. aïbuesca, provenç. mod. auhieco 109
— Un sens rare du mot voiture no
TABLE DES MATIERES 635
F. NovATi, Ital. jaiia, janara 112
N. Valois, Nouveaux témoignages sur Pierre de Nesson 278
Éd. Philipon, Espagnol -anco, français -ape 283
M. L. Wagner, Les noms sardes du mouflon 291
L. Brandin, Le plus ancien exemple du franc, ahrier 293
J. Derocquigny et A. Thomas, Franc, dial. tégucr, le'qiier 295
A. Tho.mas, Ane. normand aiioil 300
— Bret:(el 30°
— Franc, dial. guitcati 303
— Ane. franc, viachet 3^3
— Ane. franc, oisdif 304
— Ane. franc, rojiiel 306
— Ane. franc, tenoil 3°^
— L'identité du médecin Aldebrandin de Sienne 454
• — Ane. franc. hauceiU « blaireau « 45^
— Ane. franc, hotisacle, hou^ekle « pastèque » 459
— Ane. franc, traîne « trompette » 460
C. Nedelcou, Sur la date de la naissance de Pierre Alphonse 462
P. Meyer, Extraits d'un recueil de sermons latins composés en Angle-
terre 591
F. Lot, Un faux Tristan wurtembergeois 596
A. Thomas, Ane. franc, casigan, -iiigan, gasigan, -iiigaii 598
— L'article halani de Godefroy 601
— Un document peu connu sur Alain Chartier (5 juillet
1425)..- 603
— Note complémentaire sur Merlin de Cordebeuf 604
V. Henry, Marisopa 605
F. Lot, Godoïne 605
COMPTES RENDUS
Aliscans, Kritischer Text, von E. Wienbeck, W. Hartnacke,
P. Rasch (Raymond Weeks) 309
Angicourt (Perrin von), voir Perrin.
Barrau-Dihigo (L.). Voir Cartulaire de Saint- Vincent-de-Lucq.
Bausteine zur romanischen Philologie, Festgabe fur Adolfo Mussafia
(A. Th.) 113
Beaurepaire (Ch. de), voir Livre des comptes de Thomas du Marest.
BuRNAM (John M.), Glossemata de Prudentio (A. Th.) 123
Capelli (L.-M.), voir Pétrarque.
Carnaham (D. H.), The Prologue in the Old French and Provençal
Mysterv' (H. Châtelain) 135
Cartulaire de l'abbaye de Gimont, p. p. l'abbé Clergeac (P. M.). ... 318
636 TABLE DES MATIERES
Cartulairc du prieuré de Saint-Mont, p. p. Jean do Jaurgain et Justin
Maumus(P. M.) 318
Cartulaire de Saint-Vincent-de-Lucq, p. p. L. Barrau-Dihigo et
R. PouPARDiN (A. Th.) 124
Clkrgeac (L'abbé), voir Cartulaire de l'abbaye de Gimoiit.
CoHEX (G.), Histoire de la mise en scène dans le théâtre religieux
français du moyen âge (M. Sepet) 614
Comptes consulaires d'Albi, voir Vidal.
DoTTiN (G.), Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique
(A. Th.) 5,6
Du Marest (Thomas), voir Livre des Comptes.
Elisabeth von Nassau-Saarbrucken, Der Huge Scheppel, p. p. H.
Urtel (F. Lot) 156
GiLLE Le Vinier (Die Lieder des altfranz. Lyrikers), p. p. A. Metcke
(A. Jeanroy) 608 •
Hartnacke (W.), voir AJiscans.
Jaurgain (Jean de), voir Cartulaire du prieure de Saint-Mont.
Jordan (Léo), Die Sage von den Vier Haimonskindern (A. Jeanroy). 466
Kalff (G.), Geschiedenis dcr Nederlandsche letterkunde (G. Huet). . . 464
Langlois (E.), Table des noms propres compris dans les chansons de
geste imprimées (P. M.) 1 50
Le Cacheux (P.), voir Livre des comptes de Thomas du Marest.
Le Vinier (Gille), voir Gille Le Vinier.
Livre des comptes de Thomas du Marest, p. p. P. Le Cacheux et
Ch. de Beaurepaire (P. M.) 133
LoKE (Marie), Les versions néerlandaises de Rciniul de Montauhaii
(A. Jeanroy) 466
Marest (Thomas du), voir Livre des comptes.
Maumus (J.), voir Cartulaire du prieuré de Saint-Mont.
Metcke (A.), voir Gille Le Vinier.
Miret i Sans (J. ), El mes antic text literari escrit en catala (P. M.). 610
Mussafia (.^dolfo), voir Bausteine.
Nassau-Saarbrucken (Elisabeth von), voir Elisabeth.
Perrin von Angicourt (Die Lieder des Troveors), p. p. G. Steffens
(A. Jeanroy) 125
PÉTRARQUE, Traité De sui ipsius et niiillonitn ignordiitia, p. p. L. M.
Capelli (P. M.) 612
Poupardin (R.), voir Cartulaire de Saint-Vincent-deLucq.
Rasch (P.), voir Aliscans.
Renaud de Moiitauhan, voir Loke (Marie).
Sainéan (L.), La création métaphorique en français et en roman, etc.
Le chat (A. Th.) 47 1
ScHwoB (M.), voir Villon.
TABLE DKS MATIERES 637
Stefi"ENS (G.), voir Pcrriii von Aiigicourt.
Thomas du Marest, voir Livre des comptes.
Urtel(H.), voir Elisabeth.
Vidal (A.), Douze comptes consulaires d'Albi du \iv^ siècle (P. M.). 321
Villon (François), Le Petit et le Grand Testament, p. p. Marcel
ScHWOB (G. Raynaud) 469
V1NIER (Gille Le), voir Gillk.
Wienbeck(E.), voir Alisaiiis.
LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT
An'cona, voir D'Axcona.
Arbois de Jubainville(H. d'). Voir Mélanges.
Bartsch (K.), Chrestomathie de l'ancien français, 8^ éd., p. p. Hor-
NiNG 152
Bayot (A.), voir Goniiond et Iscinbart.
Biadene (L.), voir Canzone.
BoNiLLA Y San Martin, voir Sindihdd.
Canzone d'Amore di un antico rimatore pisano, p. p. L. Biadene. ... 152
Carnov (A.), Le latin d'Espagne d'après les inscriptions, 3e partie. . . . 627
Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de la Merci-Dieu, p. p.
É. Clouzot 629
Chants et chansons populaires du Languedoc, p. p. L. Lambert 155
Clouzot (E.), voir Cartulaire.
CoMPAGNi (Dino), Chronique, trad. p. Ch. Weiss 152
Congrès international |à Liège] pour l'extension et la culture de la
langue française 631
CoRBEA (Tudor), Dictionarlatino-rumînesc, notice p. Gr. Crktu 628
Courtois d'Airas, p. p. É. Faral.
Cretu (Gr.), voir Corbea 494
D'Ancona (Alessandro), Poesia popolare italiana 155
D'Ancona (Paolo), Le vesti délie donne florentine nel secolo xiv. . . . 650
DiAMANDi (V^asile), Renseignements statistiques sur la population rou-
maine des Balkans 628
D0UTREPONT (G.), Epître à la maison de Bourgogne sur la croisade
projetée par Philippe le Bon 632
DuvERNOY (É.) et R. Harmand, Le tournoi de Chauvency en 1283. . . 157
EspiNAS (G.) et H. PiRENNE, Recueil de documents relatifs à l'industrie
drapière en Flandres, t. 1 631
Faral (E.), voir Courtois d'Arras.
GiESE (H.), La Passion jouée à V^alencicnnes en 1 547 493
638 TABLE DES MATIÈRES
Goniioiid et Isciiilhiit. reproduction p. A. Bayot 136
Grojean (0.)> Notes sur quelques jurons français 157
GuÉNARD (É.), Le patois de Courtisols 159
GUERLIN DE GUER (Ch.), voir SUCHIER.
Harmand (R.), voir Duverkoy.
Henzie (P.)- Die Engel auf der niittclaltcrl. Mystcricnbuline Frank-
reichs 49 ^
HOLBROOK (R.), voir Palbeliu.
HoRNiNG (A.), voir Bartsch.
Jean Botel, Li jus (h saint NicoLii... von G. Manz 627
JuD (J.), voir Stuppaun.
KuTTNER (Max), voir Tobler.
Lepitre(A.), La Vierge Marie dans la littérature française et proven-
çale 1)3
LôsETH (E.), Le Tristan et le Palanihle des niss. français du British
Muséum • 1 5 5
Manz (G.), voir Jean Bodel.
Martin (C), La maison de ville de Genève 632
Mélanges H. d'Arbois de Jubainville. 495
Menéndez PiDAL (R.), Manual elementar de gramdtica histôrica espa-
nola, 2*: éd 1)8
Miscellaneadi studi storici e ricerchecritiche (en l'honneur du patriarche
Paulin d'Aquilée) 1 5 3
Neumann (Ernest), Die Sôldner im Mittelalter 1 56
— (Walter), Die letzte Journée des Mystères de la Passion von
Arnoul Gréban in der Handschr. von Troyes 492
NiEDERMANN (Max), Contribution à la critique et à l'explication des
gloses latines 1 60
NovATi (F.), Attraverso il medio evo 1 5 5
Padiglioue (//) di ir Aljonso, p. p. Pio Rajna 152
Pathclln (The farce of Master Pierre), trad. en anglais par R. Holbrook. i 5 3
Peeters (P.), La légende de Saïdnaya 331
Perrett (W.), The story of king Lear 336
Pirenne (H.), voir Espinas.
Plainte (La) d'Amour, poème anglo-normand p. p. J. Vising 156
Popovicï (J.)> Rumaenische Dialekt, 1 494
Précigou (A.), Ornithologie de la Haute-Vienne 336
Rajna (Pio), voir Padiglioue.
ScHiFF (M.), La Bibliothèque du marquis de Santillane 496
SÉBILLOT (P.), Le Folk-lore de France, t. II et III 154, 630
Sheldon (E. S.), Concordanza dclle opère italianc in prosa c del can-
zoniere di Dante Alighieri IS7
Simlibdd (version espagnole du xiiie s.) p. p. A. Bonilla y San Mar-
tin 151
TABLE DES MATIERES 639
Strebi-ox (II.), Le Mystère de Semur . . . 492
Stuppaun (G.), Las '^i^scb eicih, p. p. J. JuD 628
SucHiER (H.), Les voyelles toniques en vieux français, trad. p. Ch.
GUERLIN DE GUER 495
SUDRE (L.), voir TOBLER.
Thurneysen (R.), Die Etymologie 158
Tobler(A.), Mélanges de grammaire française, ii"^ série, trad. p.
M. KUTTNERet L. SUDRE I59
— Vermischte Beitràge zur franz. Gramniatik, 2^ série, 2^ éd. . 496
TouGARD (A.), Monsieur Delboulle 629
Vaganay (H.), Le vocabulaire français du xvi^ siècle 158
Vising(J.), voir Plai nie cf Amour.
Weiss (Ch.), voir Compagni.
WoLKENHAUER (K.), Das Mystère de saint André 493
PÉRIODIQUES
Annales des Alpes, V, VI, IX 532
Annales du Midi, XVII (1905) 143
— XVIII (1906), janv. -avril 477
Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, n» 34 479
Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, LV . . . 479
Jahresbericht des Instituts fur rumànische Spra<Jie zu Leipzig, i le année
(1904) ; 480
Revista de bibliografla catalana, no 6(1903) 142 ; cf. 333
Revue de philologie française et de littérature, XIX (1905), 1-3 326
Revue des langues romanes, XLVIII (1905) 615
Studi romanzi, II-III (1904-1905) 145
Studier i modem Sprakvetenskap, III (1905) 143
Zeitschrift fur franzœsische Sprache und Literatur, XXVI-XXIX
(1904-1906) 482
Zeitschrift tùr romanische Philologie, XXIX (1905), 3-4 135
— - — 5-6 323
— — XXX (1906), 1-2 475
— — — 3 620
Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, XXXIX (1904) 479
CHRONiaUE
Nécrologie : Ed. Boehmer, 329; A. Delboulle, 149; L.-M. Kawczynski,
350; J. Mazzatinti, 624; B. Prost, 149;]. Protat, 330; G. Saige, 148;
640 TABLE DES MATIÈRES
S. Santv, 625 ; j. Ulrich, 624; H.-L. W'ard, 149. — Xominaiions : M. Ph.
A. Bcckcr à l'Universitc' de Vicn ic, 490. — Hommage: à M. Chabancau,
351. — Prix La Grange à M. Bcdier, 530. — La question de la simplilication
de l'orthographe française, 625. — La Romania éditée par la maison Cham-
pion, 148. — Table de la Komania par le Dr Bos, 469. — Sur le Miracle de
Sardenai, par le P. Paul Peeters, 331. — Le dialecte de Poschiavo, par
M. C. Salvioni, 351. — La Nucva Bibliotcca de Aiitorcs espanoles dinocid par
M. Menéndez Pelayo, 150. — Édition des œuvres catalanes de Ramond Lull,
333. — Publications de la Société des anciens textes français, 330; de la
Société G. Paris, 531; de la. Gesellscbaft f. romaiiische Litiraliir, ijo; des
lectures faites au Congrès des arts et des sciences à l'iilxposition universelle
de Saint-Louis, 490. —Septième rapport (190J) sur les travaux de la com-
mission du Glossaire de la Suisse romande, 332. — U. Chevalier, Répertoire
des sources historiques du moyeu âge (bio-bibliographie), fasc. IV à VII, 627. —
Édition française d'un précis de littérature française jusqu'au xve siècle par
G. Paris, 490. — Travaux projetés : nouvelle édition du Lihro de Alexandre,
par M. Morel-Fatio, 150 ; édition du poème champenois sur le psaume Eruc-
tavit,pâr M. Jenkins, 150. — Correspondance : MiM. W. Foerster, 150; Phi-
lipon, 533 ; Reiuhold, 335 ; Schultz-Gora, 490.
MAÇON, PKOTAT IRERHS, IMPRIMEURS
o
PC Romania
2
R6
V.35
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